01-Harry Potter a  l'ecole des Sorciers

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Harry Potter à L'École des Sorciers
Chapitre 1
Le survivant
Mr et Mrs Dursley, qui habitaient au 4, Privet Drive, avaient toujours affirmé avec la plus
grande fierté qu'ils étaient parfaitement normaux, merci pour eux. Jamais quiconque n'aurait
imaginé qu'ils puissent se trouver impliqués dans quoi que ce soit d'étrange ou de mystérieux.
Ils n'avaient pas de temps à perdre avec des sornettes.
Mr Dursley dirigeait la Grunnings, une entreprise qui fabriquait des perceuses. C'était un
homme grand et massif, qui n'avait pratiquement pas de cou, mais possédait en revanche une
moustache de belle taille. Mrs Dursley, quant à elle, était mince et blonde et disposait d'un
cou deux fois plus long que la moyenne, ce qui lui était fort utile pour espionner ses voisins en
regardant par-dessus les clôtures des jardins. Les Dursley avaient un
petit garçon prénommé
Dudley et c'était à leurs yeux le plus bel enfant du monde.
Les Dursley avaient tout ce qu'ils voulaient. La seule chose indésirable qu'ils possédaient,
c'était un secret dont ils craignaient plus que tout qu'on le découvre un jour. Si jamais
quiconque venait à entendre parler des Potter, ils étaient convain
cus qu'ils ne s'en remettraient
pas. Mrs Potter était la sœur de Mrs Dursley, mais toutes deux ne s'étaient plus revues depuis
des années. En fait, Mrs Dursley faisait comme si elle était fille unique, car sa sœur et son bon
à rien de mari étaient aussi éloignés que possible de tout ce qui faisait
un Dursley. Les
Dursley tremblaient d'épouvante à la pensée de ce que diraient les voisins si par malheur les
Potter se montraient dans leur rue. Ils savaient que les Potter, eux aussi, avaient
un petit
garçon, mais ils ne l'avaient jamais vu. Son existence constituait une raison supplémentaire de
tenir les Potter à distance: il n'était pas question que le petit Dudley se mette à fréquenter un
enfant comme celui-là.
Lorsque Mr et Mrs Dursley s'éveillèrent, au matin du mardi où commence cette histoire, il
faisait gris et triste et rien dans le ciel nuageux ne laissait prévo
ir que des choses étranges et
mystérieuses allaient bientôt se produire dans tout le pays. Mr Durs
ley fredonnait un air en
nouant sa cravate la plus sinistre pour aller travailler et Mrs Dursley
racontait d'un ton badin
les derniers potins du quartier en s'efforçant d'installer sur sa chaise de bébé le jeune Dudley
qui braillait de toute la force de ses poumons.
Aucun d'eux ne remarqua le gros hibou au pl umage mordoré qui voleta devant la fenêtre.
A huit heures et demie, Mr Dursley prit son attaché-case, déposa un baiser sur la joue
de Mrs
Dursley et essaya d'embrasser Dudley, mais sans succès, car celui-ci était en proie à une petite
crise de colère et s'appliquait à jeter contre les murs de la pièce le contenu de son assiette de
céréales.
—Sacré petit bonhomme, gloussa Mr Dursley en quittant la maison.
Il monta dans sa voiture et recula le long de l'allée qui menait à sa maison.

Ce fut au coin de la rue qu'il remarqua pour la première fois un détail insolite: un chat qui
lisait une carte routière. Pendant un instant, Mr Dursley ne comprit pas très bien ce qu'il
venait de voir. Il tourna alors la tête pour regarder une deuxième fois. Il y avait bien un chat
tigré, assis au coin de Privet Drive, mais pas la moindre trace de carte routière. Qu'est-ce qui
avait bien pu lui passer par la tête ? Il avait dû se laisser abuser par un reflet du soleil sur le
trottoir. Mr Dursley cligna des yeux et regarda fixement le chat. Celui-ci soutint son regard.
Tandis qu'il tournait le coin de la rue et s'engageait sur la route, Mr Dursley continua
d'observer le chat dans son rétroviseur. L'animal était en train de lire la plaque qui indiquait
« Privet Drive »—mais non, voyons, il ne lisait pas, il regardait la plaque. Les chats sont
incapables de lire des cartes ou des écriteaux. Mr Dursley se ressais
it et chassa le chat tigré de
son esprit. Durant le trajet qui le menait vers la ville, il concentra ses pensées sur la grosse
commande de perceuses qu'il espérait obtenir ce jour-là.
Mais lorsqu'il parvint aux abords de la ville quelque chose d'autre chassa les perceuses de sa
tête. Assis au milieu des habituels embouteillages du matin, il fut bien forcé de remarquer la
présence de plusieurs passants vêtus d'une étrange façon: ils portaient des capes. Mr Dursley
ne supportait pas les gens qui s'habillaient d'une manière extravagante—les jeunes avaient
parfois de ces accoutrements ! Il pensa qu'il s'agissait d'une nouvelle mode particulièrement
stupide. Il pianota sur le volant de sa voiture et son regard rencontra
un groupe de ces olibrius
qui se chuchotaient des choses à l'oreille d'un air surexcité. Mr Dursley s'irrita en voyant que
deux d'entre eux n'étaient pas jeunes du tout. Cet homme, là-bas, était sûrement plus âgé que
lui, ce qui ne l'empêchait pas de porter une cape vert émeraude ! Quelle impudence ! Mr
Dursley pensa alors qu'il devait y avoir une animation de rue—ces gens étaient probablement
là pour collecter de l'argent au profit d'une œuvre quelconque. Ce ne pouvait être que ça. La
file des voitures se remit en mouvement et quelques minutes plus tard, Mr Dursley se rangea
dans le parking de la Grunnings. Les perceuses avaient repris leur place
dans ses pensées.
Dans son bureau du huitième étage, Mr Dursley s'asseyait toujours dos à la fenêtre. S'il en
avait été autrement, il aurait sans doute eu un peu plus de mal que d'habitude à se concentrer
sur ses perceuses, ce matin-là. Il ne vit pas les hiboux qui volaient à tire-d'aile en plein jour.
Mais en bas, dans la rue, les passants, eux, les voyaient bel et bien. B
ouche bée, ils pointaient
le doigt vers le ciel, tandis que les rapaces filaient au-dessus de leur
tête. La plupart d'entre
eux n'avaient jamais vu de hibou, même la nuit. Mr Dursley, cependant, ne remarqua rien
d'anormal et aucun hibou ne vint troubler sa matinée. Il réprimanda vertement une demi-
douzaine de ses employés, passa plusieurs coups de fil importants et poussa quelques
hurlements supplémentaires. Il se sentit d'excellente humeur jusqu'à l'heure du déjeuner où il
songea qu'il serait bon de se dégourdir un peu les jambes. Il traversa alors la rue pour aller
s'acheter quelque chose à manger chez le boulanger d'en face.
Les passants vêtus de capes lui étaient complètement sortis de la tête, mais lorsqu'il en vit à
nouveau quelques-uns à proximité de la boulangerie, il passa devant eux en leur lançant un
regard courroucé. Il ignorait pourquoi, mais ils le mettaient mal à l'aise. Ceux-là aussi
chuchotaient d'un air surexcité et il ne vit pas la moindre boîte destinée à récolter de l'argent.
Quand il sortit de la boutique avec un gros beignet enveloppé dans un
sac, il entendit quelques
mots de leur conversation.
—Les Potter, c'est ça, c'est ce que j'ai entendu dire...
—Oui, leur fils, Harry...

Mr Dursley s'immobilisa, envahi par une peur soudaine. Il tourna la tête vers les gen
s qui
chuchotaient comme s'il s'apprêtait à leur dire quelque chose, mais il se ravisa.
Il traversa la maison toute hâte, se dépêcha de remonter dans son bureau, ordonna d'un ton sec
à sa secrétaire de ne pas le déranger, saisit son télépho
ne et avait presque fini de composer le
numéro de sa maison lorsqu'il changea d'avis. Il reposa le combiné et se caressa la moustache.
Il réfléchissait... non, décidément, il était idiot. Potter n'était pas un nom si rare. On pouvait
être sûr qu'un grand nombre de Potter avaient un fils prénommé Harry Et quand il y repensait,
il n'était même pas certain que son neveu se prénomme véritablement Harry. Il n'avait même
jamais vu cet enfant. Après tout, il s'appelait peut-être Harvey. Ou Harold. Il était inutile
d'inquiéter Mrs Dursley pour si peu. Toute allusion à sa sœur la
mettait dans un tel état ! Et il
ne pouvait pas lui en vouloir. Si lui-même avait eu une sœur comme celle-là... mais enfin
quand même, tous ces gens vêtus de capes...
Cet après-midi là, il lui fut beaucoup plus difficile de se concentrer sur ses pe
rceuses et
lorsqu'il quitta les bureaux à cinq heures, il était encore si préoccu
pé qu'il heurta quelqu'un
devant la porte.
—Navré, grommela-t-il au vieil homme minuscule qu'il avait manqué de faire tomber.
Il se passa quelques secondes avant que Mr Dursley se rende compte que l'homme portait une
cape violette. Le fait d'avoir été ainsi bousculé ne semblait pas avoir affecté son humeur. Au
contraire, son visage se fendit d'un large sourire tandis qu'il répondait d'une petite voix
perçante qui lui attira le regard des passants:
—Ne soyez pas navré, mon cher Monsieur. Rien aujourd'hui ne saurait me mettre en colère.
Réjouissez-vous, puisque Vous-Savez-Qui a enfin disparu. Même les Moldus comme vous
devraient fêter cet heureux, très heureux jour !
Le vieil homme prit alors Mr Dursley par la taille et le serra contre lui avant de poursuivre son
chemin.
Mr Dursley resta cloué sur place. Quelqu'un qu'il n'avait jamais vu venait de le prendre dans
ses bras. Et l'avait appelé « Moldu », ce qui n'avait aucun sens. Il en était tout retourné et se
dépêcha de remonter dans sa voiture. Il prit alors le chemin de sa maison en espérant qu'il
avait été victime de son imagination. C'était bien la première fois qu'il espérait une chose
pareille, car il détestait tout ce qui avait trait à l'imagination.
Lorsqu'il s'engagea dans l'allée du numéro 4 de sa rue, la première chose qu'il vit—et qui
n'améliora pas son humeur—ce fut le chat tigré qu'il avait déjà remarqué le matin même. A
présent, l'animal était assis sur le mur de son jardin. Il était sûr qu'il s'agissait bien du même
chat. Il reconnaissait les dessins de son pelage autour des yeux.
—Allez, ouste ! s'exclama Mr Dursley.
Le chat ne bougea pas. Il se contenta de le regarder d'un air sévère. Mr Dursley se demanda si
c'était un comportement normal pour un chat. Essayant de reprendre contenance, il entra dans
sa maison, toujours décidé à ne rien révéler à sa femme.

Mrs Dursley avait passé une journée agréable et parfaitement normale. Au cours du dîner, elle
lui raconta tous les problèmes que la voisine d'à côté avait avec sa fille et lui signala
également que Dudley avait appris un nouveau moi: « Veux pas ! ». Mr Dursley s'efforça de
se conduire le plus normalement du monde et après que Dudley eut été mis au lit, il s'installa
dans le salon pour regarder la fin du journal télévisé.
—D'après des témoignages venus de diverses régions, il semblerait que les hiboux se soient
comportés d'une bien étrange manière au cours de la journée, dit le présentateur.
Normalement, les hiboux sont des rapaces nocturnes qui attendent la nuit pour ch
asser leurs
proies. Il est rare d'en voir en plein jour. Or, aujourd'hui, des centaines de témoins ont vu ces
oiseaux voler un peu partout depuis le lever du soleil. Les experts inte
rrogés ont été
incapables d'expliquer les raisons de ce changement de comportement pour le moins étonnant.
Voilà qui est bien mystérieux, conclut le présentateur en s'autorisant un sourire. Et
maintenant, voici venue l'heure de la météo, avec les prévisions de Jim McGuffin. Alors, Jim,
est-ce qu'on doit s'attendre à d'autres chutes de hiboux au cours de la nuit prochaine ?
—Ça, je serais bien incapable de vous le dire, Ted, répondit l'
homme de la météo, mais sachez
en tout cas que les hiboux n'ont pas été les seuls à se comporter d'une étrange manière. Des
téléspectateurs qui habitent dans des régions aussi éloignées les unes des autres que le Kent, le
Yorkshire et la côte est de l'Écosse m'ont téléphoné pour me dire qu'au lieu des averses que
j'avais prévues pour aujourd'hui, ils ont vu de vér itables pluies d'étoiles filantes ! Peut-être
s'agissait-il de feux de joie, bien que ce ne soit pas encore la saison. Q
uoi qu'il en soit, vous
pouvez être sûrs que le temps de la nuit prochaine sera très humide.
Mr Dursley se figea dans son fauteuil, Des pluies d'étoiles filantes sur tout le pays ? Des
hiboux qui volent en plein jour ? Des gens bizarres vêtus de capes ? Et ces murmures, ces
murmures sur les Potter...
Mrs Dursley entra dans le salon avec deux tasses de thé. Décidé
ment, il y avait quelque chose
qui n'allait pas. Il fallait lui en parler. Mr Dursley, un peu nerveux, s'éclaircit la gorge.
—Euh... Pétunia, ma chérie, dit-il, tu n'as pas eu de nouvelles de ta sœur récemment ?
Comme il s'y attendait, son épouse parut choquée et furieuse. Elle faisait to
ujours semblant de
ne pas avoir de sœur.
—Non, répondit-elle sèchement. Pourquoi ?
—Ils ont dit un truc bizarre à la télé, grommela Mr Dursley. Des histoires de hiboux,.. d'
étoiles filantes... et il y avait tout un tas de gens qui avaient un
drôle d'air aujourd'hui.
—Et alors ? lança Mrs Dursley.
—Rien, je me disais que... peut-être... ça avait quelque chose à voir avec
... sa bande...
Mrs Dursley retroussait les lèvres en buvant son thé à petites
gorgées. Son mari se demanda
s'il allait oser lui raconter qu'il avait entendu prononcer le nom de « Potter ». Il préféra s'en
abstenir. D'un air aussi détaché que possible, il dit:
—Leur fils... Il a à peu près le même âge que Dudley, non ?

—J'imagine, répliqua Mrs Dursley avec raideur.
—Comment s'appelle-t-il, déjà ? Howard, c'est ça ?
—Harry. Un nom très ordinaire, très désagréable, si tu veux mon avis.
—Ah oui, répondit Mr Dursley en sentant son cœur s'arrêter. Oui, je suis d'accord avec toi.
Il ne dit pas un moi de plus à ce sujet tandis qu'ils montaient l'escalier pour aller se coucher.
Pendant que Mrs Dursley était dans la salle de bains, Mr Dursley se g
lissa vers la fenêtre de la
chambre et jeta un coup d'œil dans le jardin. Le chat était toujours là. Il regardait dan
s la rue
comme s'il attendait quelqu'un.
Mr Dursley imaginait-il des choses ? Tout cela avait-il un lien avec les Potter ? Si
c'était le
cas... S'il s'avérait qu'ils étaient parents avec des... Non, il ne pourrait jamais le supporter,
Les Dursley se mirent au lit. Mrs Dursley s'endormit très vite mais son mari resta éveillé,
retournant dans sa tête les événements de la journée. La seule pensée qui le consola avant de
sombrer enfin dans le sommeil, ce fut que même si les Potter avaient vraiment quelque chose
à voir avec ce qui s'était passé, il n'y avait aucune raison pour que lui et sa femme en subissent
les conséquences. Les Potter savaient parfaitement ce que Pétunia et lui pensaient des gens de
leur espèce... Et il ne voyait pas comment tous deux pourraient être mêlés à ces histoires. Il
bâilla et se retourna. Rien de tout cela ne pouvait les affecter.
Et il avait grand tort de penser ainsi.
Tandis que Mr Dursley se laissait emporter dans un sommeil quelque peu agité, le chat sur le
mur, lui, ne montrait aucun signe de somnolence. Il restait assis, immobile comme une statue,
fixant de ses yeux grands ouverts le coin de Privet Drive. Il n'eut pas la moindre réaction
lorsqu'une portière de voiture claqua dans la rue voisine, ni quand deux hib
oux passèrent au-
dessus de sa tête. Il était presque minuit quand il bougea enfin.
Un homme apparut à l'angle de la rue que le chat avait observé pendant tout ce temps. Il
apparut si soudainement et dans un tel silence qu'il semblait avoir jailli du sol. La queue du
chat frémit, ses yeux se rétrécirent.
On n'avait encore jamais vu dans Privet Drive quelque chose qui ressemblât à cet homme. Il
était grand, mince et très vieux, à en juger par la couleur argentée de ses ch
eveux et de sa
barbe qui lui descendaient jusqu'à la taille. Il était vêtu d'une longue robe, d'une cape violette
qui balayait le sol et chaussé de bottes à hauts talons munies de boucles. Ses yeux bleus et
brillants étincelaient derrière des lunettes en demi-lune et son long nez crochu donnait
l'impression d'avoir été cassé au moins deux fois. Cet homme s'appelait Albus Dumbledore.
Albus Dumbledore n'avait pas l'air de se rendre compte qu'il venait d'arriver dans une rue où
tout en lui, depuis son nom jusqu'à ses bottes, ne pouvait être qu'indésirable. Il était occupé à
chercher quelque chose dans sa longue cape, mais sembla s'apercevoir qu'il était observé, car
il leva brusquement les yeux vers le chat qui avait toujours le regard fixé sur lui à
l'autre bout
de la rue. Pour une raison quelconque, la vue du chat parut l'amuser. Il eut un petit rire et
marmonna:

—J'aurais dû m'en douter.
Il avait trouvé ce qu'il cherchait dans une poche intérieure, Apparemment, il s'agissait d'un
briquet en argent. Il en releva le capuchon, le tendit au-dessus de sa t
ête et l'alluma. Le
réverbère le plus proche s'éteignit alors avec un petit claquement. L'homme alluma à nouveau
le briquet : le réverbère suivant s'éteignit à son tour. Douze fois, il actionna ainsi l'Éteignoir
jusqu'à ce qu'il ne reste plus aucune lumière dans la rue, à part deux points minuscules qui
brillaient au loin: c'étaient les yeux du chat, toujours fixés sur lui. Quiconque aurait
regardé
par une fenêtre en cet instant, même Mrs Dursley et ses petits yeux perçants, aurait été
incapable de voir le moindre détail de ce qui se passait dans la rue. Dumbledore rangea son
Éteignoir dans la poche de sa cape et marcha en direction du numéro 4. Lorsqu'il y fut
parvenu, il s'assit sur le muret, à côté du chat. Il ne lui accorda pas un regard, mais après un
moment de silence, il lui parla:
—C'est amusant de vous voir ici, professeur McGonagall, dit-il.
Il tourna la tête pour adresser un sourire au chat tigré, mais celui-ci avait disparu. Dumbledore
souriait à présent à une femme d'allure sévère avec des lunettes carrées qui avaient
exactement la même forme que les motifs autour des yeux du chat. Elle aussi portait une cape,
d'un vert émeraude. Ses cheveux étaient tirés en un chignon serré et elle a
vait l'air
singulièrement agacée.
—Comment avez-vous su que c'était moi ? demanda-t-elle.
—Mon cher professeur, je n'ai jamais vu un chat se tenir d'une manière aussi raide.
—Vous aussi, vous seriez un peu raide si vous restiez assis toute une
journée sur un mur de
briques, répondit le professeur McGonagall.
—Toute la journée ? Alors que vous auriez pu célébrer l'événement avec les autres ? En
venant ici, j'ai dû voir une bonne douzaine de fêtes et de banquets.
Le professeur McGonagall renifla d'un air courroucé.
—Oui, oui, je sais, tout le monde fait la fête, dit-elle avec agacement. On aurait pu penser
qu'ils seraient plus prudents, mais non, pas du tout ! Même les Moldus ont remarqué qu'il se
passait quelque chose. Ils en ont parlé aux nouvelles.
Elle montra d'un signe de tête la fenêtre du salon des Dursley, plongé dans l
'obscurité.
—Je l'ai entendu moi-même. Ils ont signalé des vols de hiboux... des pluies d'étoiles filantes...
Les Moldus ne sont pas complètement idiots. Il était inévitable qu'ils s'en aperçoivent. Des
étoiles filantes dans le Kent ! Je parie que c'est encore un coup de Dedalus Diggle. Il n'a
jamais eu beaucoup de jugeote.
—On ne peut pas leur en vouloir, dit Dumbledore avec douceur Nous n'avons pas eu grand-
chose à célébrer depuis onze ans.
—Je sais, répliqua le professeur McGonagall d'un ton sévère, mais ce n'est pas une raison
pour perdre la tête. Tous ces gens ont été d'une imprudence folle. Se promener dans les rues

en plein jour, à s'échanger les dernières nouvelles sans même prendre la précaution de
s'habiller comme des Moldus !
Elle lança un regard oblique et perçant à Dumbledore, comme si elle espérait qu'il allait dire
quelque chose, mais il garda le silence.
—Nous serions dans de beaux draps, reprit-elle alors, si le jour où
Vous-Savez-Qui semble
enfin avoir disparu, les Moldus s'apercevaient de notre existence. J'imagine qu'il a vraiment
disparu, n'est-ce pas, Dumbledore ?
—Il semble qu'il en soit ainsi, en effet, assura Dumbledore. Et nous avons tout lieu de nous en
féliciter. Que diriez-vous d'un esquimau au citron ?
—Un quoi ?
—Un esquimau au citron. C'est une friandise que fabriquent les Moldus et je dois dire que
c'est plutôt bon.
—Merci, pas pour moi, répondit froidement le professeur McGonagall qui semblait estimer
que le moment n'était pas venu de manger des glaces au citron. Je vous disais donc que même
si Vous-Savez-Qui est vraiment parti...
—Mon cher professeur, quelqu'un d'aussi raisonnable que vous ne devrait pas hésiter à
prononcer son nom, ne croyez-vous pas ? Cette façon de dire tout le temps « Vous-Savez-Qui
» n'a aucun sens. Pendant onze ans, j'ai essayé de convaincre les gens de l'appeler par son
nom: Voldemort.
Le professeur McGonagall fit une grimace, mais Dumbledore qui avait sorti deux esquimaux
au citron ne parut pas le remarquer.
—Si nous continuons à dire « Vous-Savez-Qui », nous allons f
inir par créer la confusion. Je
ne vois aucune raison d'avoir peur de prononcer le nom de Voldemort.
—Je sais bien que vous n'en voyez pas, répliqua le professeur McGonagall qui semblait
moitié exaspérée, moitié admirative. Mais, vous, vous êtes différent des autres. Tout le monde
sait que vous êtes le seul à avoir jamais fait peur à Vous-Savez-Qui... ou à Voldemort, si vous
y tenez.
—Vous me flattez, dit Dumbledore d'une voix tranquille. Voldemort dispose de pouvoirs que
je n'ai jamais eus.
—C'est simplement parce que vous avez trop de... disons de noblesse pour en faire usage
.
—Heureusement qu'il fait nuit. Je n'ai jamais autant rougi depuis le jour où Madame
Pomfresh m'a dit qu'elle trouvait mes nouveaux cache-oreilles ravissants.
Le professeur McGonagall lança un regard perçant à Dumbledore.
—Les hiboux, ce n'est rien comparé aux rumeurs qui circulent, déclara-t-elle. Vous savez ce
que tout le monde dit sur les raisons de sa disparition ? Ce qui a fini par l'arrêter ?

Apparemment, le professeur McGonagall venait d'aborder le sujet qui lui tenait le plus à cœur,
la véritable raison qui l'avait décidée à attendre toute la journée, assise sur un mur glacial. Car
jamais un chat ni une femme n'avait fixé Dumbledore d'un regard aussi pénétrant que celui du
professeur en cet instant. A l'évidence, elle n'avait pas l'intention de croire ce que « tout le
monde » disait tant que Dumbledore ne lui aurait pas confirme qu'il s'agissait bien de la vérité.
Dumbledore, cependant, était occupé à choisir un autre esquimau et ne lui répondit pas.
—Ce qu'ils disent, poursuivit le professeur, c'est que Voldemort est venu hier soir à Godric's
Hollow pour y chercher les Potter. D'après la rumeur, Lily et James Potter sont... enfin, on dit
qu'ils sont... morts...
Dumbledore inclina la tête. Le professeur McGonagall avait du mal à reprendre sa respiration.
—Lily et James... Je n'arrive pas à y croire... Je ne voulais pas l'admettre... Oh, Albus...
Dumbledore tendit la main et lui tapota l'épaule.
—Je sais... Je sais... dit-il gravement.
—Et ce n'est pas tout, reprit le professeur McGonagall d'une voix tremblante. On dit qu'il a
essayé de tuer Harry, le fils des Potter. Mais il en a été inca
pable. Il n'a pas réussi à supprimer
ce bambin. Personne ne sait pourquoi ni comment, mais tout le monde raconte que lorsqu'il a
essayé de tuer Harry Potter sans y parvenir, le pouvoir de Voldemort s'est brisé, pour ainsi
dire—et c'est pour ça qu'il a... disparu.
Dumbledore hocha la tête d'un air sombre.
—C'est... c'est vrai ? bredouilla le professeur McGonagall. Après tout ce qu'il a fait.. tous les
gens qu'il a tués ... il n'a pas réussi à tuer un petit garçon ? C'est stupéfiant ... rien d'autre
n'avait pu l'arrêter... mais, au nom du ciel, comment se fait-il que Harry ait pu survivre ?
—On ne peut faire que des suppositions, répondit Dumbledore. On ne saura peut-être jamais.
Le professeur McGonagall sortit un mouchoir en dentelle et s'essuya les yeux sous ses
lunettes. Dumbledore inspira longuement en prenant dans sa poche une montre en or qu'il
consulta. C'était une montre très étrange. Elle avait douze aiguilles, mais pas de chiffres. A la
place, il y avait des petites planètes qui tournaient au bord du cadr
an. Tout cela devait avoir
un sens pour Dumbledore car il remit la montre dans sa poche en disant:
—Hagrid est en retard. Au fait, j'imagine que c'est lui qui vous a dit que je serais ici ?
—Oui, admit le professeur McGonagall, et je suppose que vous n'avez pas l'intention de me
dire pour quelle raison vous êtes venu dans cet endroit précis ?
—Je suis venu confier Harry à sa tante et à son oncle. C'est la seule famille qui lui reste
désormais.
—Vous voulez dire... non, ce n'est pas possible ! Pas les gens qui habitent dans cette maison !
s'écria le professeur McGonagall en se levant d'un bond, le doigt pointé sur le numéro 4 de la
rue. Dumbledore... vous ne pouvez pas faire une chose pareille ! Je les ai observ
és toute la

journée. On ne peut pas imaginer des gens plus différents de nous. En plus, ils ont un fils... je
l'ai vu donner des coups de pied à sa mère tout au long de la rue en hurlant pour réclamer des
bonbons. Harry Potter, venir vivre ici !
—C'est le meilleur endroit pour lui, répliqua Dumbledore d'un ton ferme. Son oncle et sa tante
lui expliqueront tout quand il sera plus grand. Je leur ai écrit une
lettre.
—Une lettre ? répéta le professeur McGonagall d'une voix éteinte en se rasseyant sur le
muret. Dumbledore, vous croyez vraiment qu'il est possible d'expliquer tout cela dans une
lettre ? Des gens pareils seront incapables de comprendre ce garçon ! Il va devenir célèbre—
une véritable légende vivante—je ne serais pas étonnée qu
e la date d'aujourd'hui devienne
dans l'avenir la fête de Harry Potter. On écrira des livres sur lui. Tous
les enfants de notre
monde connaîtront son nom !
—C'est vrai, dit Dumbledore en la regardant d'un air très sérieux par-dessus ses lunettes en
demi-lune. Il y aurait de quoi tourner la tête de n'importe quel enfant. Être célèbre avant
même d'avoir appris à marcher et à parler ! Célèbre pour quelque chose dont il ne sera
même
pas capable de se souvenir ! Ne comprenez-vous pas qu'il vaut beaucoup mieux pour lui qu'il
grandisse à l'écart de tout cela jusqu'à ce qu'il soit prêt à l'assumer ?
Le professeur McGonagall ouvrit la bouche. Elle parut changer d'avis, avala sa salive et
répondit:
—Oui... Oui, bien sûr, vous avez raison. Mais comment l'enfant va-t-il arriver jusqu'ici,
Dumbledore ?
Elle regarda soudain sa cape comme si elle pensait que Harry était peut-être caché dessous.
—C'est Hagrid qui doit l'amener, dit Dumbledore.
—Et vous croyez qu'il est... sage de confier une tâche importante à Hagrid ?
Je confierais ma propre vie à Hagrid, assura Dumbledore.
—Je ne dis pas qu'il manque de cœur, répondit le professeur McGonagall avec réticence
, mais
reconnaissez qu'il est passablement négligent. Il a tendance à... Qu'est-ce que c'est que ça ?
Un grondement sourd avait brisé le silence de la nuit. Le bruit augmenta d'intensité tandis
qu'ils scrutaient la rue des deux côtés pour essayer d'apercevoir la lueur d'un phare. Le
grondement se transforma en pétarade au-dessus de leur tête. Ils levèrent alors les ye
ux et
virent une énorme moto tomber du ciel et atterrir devant eux sur la chaussée.
La moto était énorme, mais ce n'était rien comparé à l'homme qui était assis dessus. Il était à
peu près deux fois plus grand que la moyenne et au moins cinq fois plus large. Il était même
tellement grand qu'on avait peine à le croire. On aurait dit un sauvage, avec ses longs
cheveux
noirs en broussaille, sa barbe qui cachait presque entièrement son visage, ses mains de la taille
d'un couvercle de poubelle et ses pieds chaussés de bottes en cuir qui
avaient l'air de bébés
dauphins. L'homme tenait un tas de couvertures dans ses immenses bras musculeux.

—Hagrid, dit Dumbledore avec soulagement. Vous voilà enfin. Où avez-vous déniché cette
moto ?
—L'ai empruntée, professeur Dumbledore, Monsieur, répondit le géant en descendant avec
précaution de la moto. C'est le jeune Sirius Black qui me l'a prêtée. Ça y est, j'ai réussi à vous
l'amener, Monsieur.
—Vous n'avez pas eu de problèmes ?
—Non, Monsieur. La maison était presque entièrement détruite mais je me suis débrouillé
pour le sortir de là avant que les Moldus commencent à rappliquer. Il s'est endormi quand on a
survolé Bristol.
Dumbledore et le professeur McGonagall se penchèrent sur le tas de couver
tures. A
l'intérieur, à peine visible, un bébé dormait profondément. Sous une touffe de cheveux d'un
noir de jais, ils distinguèrent sur son front une étrange coupure
en forme d'éclair.
—C'est là que ?... murmura le professeur McGonagall.
—Oui, répondit Dumbledore. Il gardera cette cicatrice à tout jamais.
—Vous ne pourriez pas arranger ça, Dumbledore ?
—Même si je le pouvais, je ne le ferais pas. Les cicatrices sont parfois uti
les. Moi-même, j'en
ai une au-dessus du genou gauche, qui représente le plan exact du métro de Londres. Donnez-
le-moi, Hagrid, il est temps de faire ce qu'il faut.
Dumbledore prit Harry dans ses bras et se tourna vers la maison des Dursley.
—Est-ce que... est-ce que je pourrais lui dire au revoir, Monsieur ? demanda Hagrid.
Il pencha sa grosse tête hirsute vers Harry et lui donna un baiser qui devait être singulièrement
piquant et râpeux. Puis, soudain, Hagrid laissa échapper un long h
urlement de chien blessé.
—Chut ! siffla le professeur McGonagall. Vous allez réveiller les Moldus !
—Dé... désolé, sanglota Hagrid en sortant de sa poche un gra
nd mouchoir à pois dans lequel il
enfouit son visage, mais je... je n'arrive pas à m'y faire... Lily et James qui meurent et ce
pauvre petit Harry qui va aller vivre avec les Moldus...
—Oui, je sais, c'est très triste, mais ressaisissez-vous, Hagrid, sinon, nous allons nous faire
repérer, chuchota le professeur McGonagall en tapotant doucement le bras de Hagrid tandis
que Dumbledore enjambait le muret du jardin et s'avançait vers l'entrée de la maison.
Avec précaution, il déposa Harry devant la porte, sortit une lettr
e de sa cape, la glissa entre les
couvertures, puis revint vers les deux autres. Pendant un long moment, tous trois restèrent
immobiles, côte à côte, à contempler le petit tas de couvertures. Les épaules de Hagrid
tremblèrent, le professeur McGonagall battit des paupières avec frénésie et la lueur qui brillait
habituellement dans le regard de Dumbledore sembla s'éteindre.

—Eh bien voilà, dit enfin Dumbledore. Il est inutile de rester ici. Autant rejoindre les autres
pour faire la fête.
—Oui, dit Hagrid d'une voix étouffée. Je vais aller rendre sa moto à Sirius. Bonne nuit,
professeur McGonagall, bonne nuit, professeur Dumbledore, Monsieur.
Essuyant d'un revers de manche ses yeux ruisselants de larmes, Hagrid enfourcha la moto et
mit le moteur en route. Dans un vrombissement, la moto s'éleva dans les airs et disparut dans
la nuit.
—A bientôt, j'imagine, professeur McGonagall, dit Dumbledore avec un signe de tête.
Pour toute réponse, le professeur McGonagall se moucha.
Dumbledore fit volte-face et s'éloigna le long de la rue. Il s'arrêta au coin et reprit dans sa
poche l'Éteignoir d'argent. Il l'actionna une seule fois et une douzaine de boules lumineuses
regagnèrent aussitôt les réverbères. Privet Drive fut soudai
n baigné d'une lumière orangée et
Dumbledore distingua la silhouette d'un chat tigré qui tournait l'angle de la rue. Il aperçut
également le tas de couvertures devant la porte du numéro 4.
—Bonne chance, Harry, murmura-t-il.
Il se retourna et disparut dans un bruissement de cape.
Une brise agitait les haies bien taillées de Privet Drive. La rue é
tait propre et silencieuse sous
le ciel d'encre. Jamais on n'aurait imaginé que des événements extraordinaires puissent se
dérouler dans un tel endroit. Harry Potter se retourna sous ses couve
rtures sans se réveiller. Sa
petite main se referma sur la lettre posée à côté de lui et il continua de dormir sans savoir qu'il
était un être exceptionnel, sans savoir qu'il était déjà célèbre, sans savoir non plus que dans
quelques heures, il serait réveille par le cri de Mrs Dursley qui ouv
rirait la porte pour sortir les
bouteilles de lait et que pendant des semaines, il serait piqué et pincé par son cousin Dudley...
Il ne savait pas davantage qu'en ce moment même, des gens s'étaient rassemblés en secret
dans tout le pays et qu'ils levaient leur verre en murmurant: « A la santé de Harry Potter. Le
survivant ! »

Chapitre 2
Une vitre disparaît
Il s'était passé près de dix ans depuis que les Dursley avaient trou
vé au saut du lit leur neveu
devant la porte, mais Privet Drive n'avait quasiment pas changé. Ce jour-là, le soleil se leva
sur les mêmes petits jardins proprets en faisant étinceler la plaque de cuivre qui portait le
numéro 4, à l'entrée de la maison des Dursley. La lumière du matin s'infiltra dans un living-
room exactement semblable, à quelques détails près, à celui où Mr Dursley ava
it appris par la
télévision le fameux vol des hiboux, de sinistre mémoire. Seules les photos exhibées sur le
manteau de la cheminée donnaient une idée du temps qui s'était écoulé depuis cette date. Dix
ans plus tôt, on distinguait sur les nombreux clichés exposés quelque chose qui ressemblait à

un gros ballon rose coiffé de bonnets à pompons de différentes couleurs. Mais Dudley
Dursley n'était plus un bébé et à présent, les photos montraient un gros garçon blond sur son
premier vélo, sur un manège de fête foraine, devant un ordinateur en compagnie de son père
ou serré dans les bras de sa mère qui le couvrait de baisers. Rien dans la pièce ne laissait
deviner qu'un autre petit garçon habitait la même maison.
Et pourtant, Harry Potter était toujours là, encore endormi pour le moment, mais plus pour
longtemps. Car sa tante Pétunia était bien réveillée et ce fut sa v
oix perçante qui rompit pour
la première fois le silence du matin.
—Allez, debout ! Immédiatement !
Harry se réveilla en sursaut. Sa tante tambourina à la porte.
—Vite, debout ! hurla-t-elle de sa voix suraiguë.
Harry l'entendit s'éloigner vers la cuisine et poser une poêle sur la cuisinière.
Il se tourna sur
le dos et essaya de se rappeler le rêve qu'il était en train de faire. C'était un beau rêve, avec
une moto qui volait, et il eut l'étrange impression d'avoir déjà fait le même rêve auparavant.
Sa tante était revenue derrière la porte.
—Ça y est ? Tu es levé ? demanda-t-elle.
—Presque, répondit Harry.
—Allez, dépêche-toi, je veux que tu surveilles le bacon. Ne le
laisse surtout pas brûler. Tout
doit être absolument parfait le jour de l'anniversaire de Dudley.
Harry était un grognement.
—Qu'est-ce que tu dis ? glapit sa tante derrière la porte.
—Rien, rien...
L'anniversaire de Dudley ! Comment avait-il pu l'oublier ? Harry se glissa lentement hors du
lit et chercha ses chaussettes. Il en trouva une paire sous le lit, et a
près avoir chassé l'araignée
qui s'était installée dans l'une d'elles, il les enfila. Harry était habitué aux araignées. Le
placard sous l'escalier en était plein. Or, c'était là qu'il dormait.
Lorsqu'il eut fini de s'habiller, il sortit dans le couloir et alla dans la cuisine. La table av
ait
presque entièrement disparu sous une montagne de cadeaux. Apparemment, Dudley avait eu
le nouvel ordinateur qu'il désirait tant, sans parler de la deuxième télévision et du vélo de
course. La raison pour laquelle Dudley voulait un vélo de course rest
ait mystérieuse aux yeux
de Harry, car Dudley était très gros et détestait faire du spor
t—sauf bien sûr lorsqu'il s'agissait
de boxer quelqu'un. Son punching-ball préféré, c'était Harry, mais il était rare qu'il parvienne
à l'attraper. Même s'il n'en avait pas l'air, Harry était très rapide.
Peut-être était-ce parce qu'il vivait dans un placard, en tout cas, Harry avait toujours été p
etit
et maigre pour son âge. Il paraissait d'autant plus petit et maigre qu'il était obligé de porter les

vieux vêtements de Dudley qui était à peu près quatre fois plus gros que l
ui. Harry avait un
visage mince, des genoux noueux, des cheveux noirs et des yeux d'un vert brillant. Il portait
des lunettes rondes qu'il avait fallu rafistoler avec du papier collant à cause des nombreux
coups de poing que Dudley lui avait donnés sur le nez. La seule chose
que Harry aimait bien
dans son apparence physique, c'était la fine cicatrice qu'il portait sur le front et qui avait la
forme d'un éclair. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, il avait toujours eu cette cicatrice
et la première question qu'il se rappelait avoir posée à sa tante Pétunia, c'était: comment lui
était-elle venue ?
—Dans l'accident de voiture qui a tué tes parents, avait-elle répondu. Et
ne pose pas de
questions.
Ne pose pas de questions — c'était la première règle à observer si l'on voulait vivre tranquille
avec les Dursley.
L'oncle Vernon entra dans la cuisine au moment où Harry retournait les tranches de bacon
dans la poêle.
—Va te peigner ! aboya Mr Dursley en guise de bonjour.
Une fois par semaine environ, l'oncle Vernon levait les yeux de son journal pour crier haut et
fort que Harry avait besoin de se faire couper les cheveux. Harry s'était fait couper les
cheveux plus souvent que tous ses camarades de classe réunis, mais on ne voyait pas la
différence, ils continuaient à pousser à leur guise—c'est-à-dire dans tous les sens.
Harry était en train de faire cuire les œufs au plat lorsque Dudle
y arriva dans la cuisine en
compagnie de sa mère, Dudley ressemblait beaucoup à l'oncle Vernon. Il avait une grosse
figure rose, un cou presque inexistant, de petits yeux bleus humides et d'épais cheveux blonds
qui s'étalaient au sommet de sa tête épaisse et grasse. La tante Pétunia disait souven
t que
Dudley avait l'air d'un chérubin—et Harry disait souvent qu'il avait l'air d'un cochon avec une
perruque.
Harry essaya de disposer sur la table les assiettes remplies d'œufs au bacon, ce qui n'était pas
facile en raison du peu de place qui restait. Pendant ce temps, Dudley comptait ses cadeaux.
Lorsqu'il eut terminé, ses joues s'affaissèrent.
—Trente-six, dit-il en levant les yeux vers ses parents. Ça fait d
eux de moins que l'année
dernière.
—Mon petit chéri, tu n'as pas compté le cadeau de la tante Marge, regarde, il est là, sous ce
gros paquet que Papa et Maman t'ont offert.
—D'accord, ça fait trente-sept, dit Dudley qui commençait à devenir tout rouge.
Harry, qui sentait venir une de ces grosses colères dont Dudley avait
le secret, s'empressa
d'engloutir ses œufs au bacon avant que l'idée vienne à son cousin de renverser la table. De
toute évidence, la tante Pétunia avait également senti le danger.

—Et nous allons encore t'acheter deux autres cadeaux, dit-elle précipitamment, quand nous
sortirons tout à l'heure. Qu'est-ce que tu en dis, mon petit agneau ? Deux autres cadeaux. Ça te
va ?
Dudley réfléchit un bon moment. Apparemment, c'était un exercice difficile. Enfin, il dit
lentement:
—Donc, j'en aurai trente... trente...
—Trente-neuf, mon canard adoré, dit la tante Pétunia.
—Bon, dans ce cas, ça va,
Dudley se laissa tomber lourdement sur une chaise et attrapa le paquet le plus proche.
L'oncle Vernon eut un petit rire.
—Le petit bonhomme en veut pour son argent, comme son père. C'est très bien, Dudley ! dit-
il en ébouriffant les cheveux de son fils.
A ce moment, le téléphone sonna et la tante Pétunia alla répondre pe
ndant que Harry et l'oncle
Vernon regardaient Dudley déballer le vélo de course, un caméscope, un avion radio-
commandé, seize nouveaux jeux vidéo et un magnétoscope. Il était occupé à déchirer le papier
qui enveloppait une montre en or lorsque la tante Pétunia revint dans la cuisine, l'air à la fois
furieux et inquiet.
—Mauvaise nouvelle, Vernon. Mrs Figg s'est cassé une jambe. Elle ne pourra pas le prendre,
dit-elle en montrant Harry d'un signe de tête.
Horrifié, Dudley resta bouche bée. Harry, lui, sentit son cœur
bondir de joie. Chaque année, le
jour de l'anniversaire de Dudley, ses parents l'emmenaient avec un ami dans des parcs
d'attractions, au cinéma ou dans des fast-foods où il pouvait se gaver de hamburgers. Et
chaque année, on confiait Harry à Mrs Figg, une vieille folle qui
habitait un peu plus loin.
Harry détestait aller là-bas. Toute la maison sentait le chou et Mrs Figg passait son temps à lui
montrer les photos de tous les chats qu'elle avait eus.
—C'est malin ! dit la tante Pétunia en jetant un regard furieux à Harry co
mme si c'était lui qui
était responsable de la situation.
Harry savait bien qu'il aurait dû éprouver un peu de compassion pour cette pauvre Mrs Figg,
mais ce n'était pas facile, car il pensait surtout qu'il s'écoulerait encore une année entière avant
qu'il soit obligé de regarder à nouveau les photos de Pompom, Patounet, Mistigri et
Mignonnette.
—On pourrait peut-être téléphoner à Marge, suggéra l'oncle Vernon.
—Ne dis pas de bêtises, Vernon, tu sais bien qu'elle déteste cet enfant.

Les Dursley parlaient souvent de Harry de cette façon, en faisant com
me s'il n'était pas là—ou
plutôt comme s'il était un être dégoûtant, une sorte de limace incapable de comprendre ce
qu'ils disaient.
—Et ton amie... comment s'appelle-t-elle déjà ? Ah oui, Yvonne...
—Elle est en vacances à Majorque, répliqua sèchement la tante Pétunia.
—Vous n'avez qu'à me laisser ici, intervint Harry plein d'espoir.
Pour une fois, il pourrait regarder ce qu'il voudrait à la télévision et peut-être même essayer
l'ordinateur de Dudley.
On aurait dit que la tante Pétunia venait d'avaler un citron entier.
—C'est ça, grinça-t-elle, et quand nous reviendrons, la maison sera en ruine ?
—Je ne ferai pas sauter la maison, assura Harry, mais ils ne l'écoutaient plus.
—Nous pourrions peut-être l'emmener au zoo, dit la tante Pétunia, et le laisser dans la voiture
en nous attendant.
—La voiture est toute neuve, pas question de le laisser tout seul ded
ans, trancha Mr Dursley.
Dudley se mit à pleurer bruyamment. En fait, il ne pleurait pas pour de bon. Il y avait des
années qu'il ne versait plus de vraies larmes, mais il savait que dès qu'il commençait à se
tordre le visage en gémissant, sa mère était prête à lui accorder tout ce qu'il voulait.
—Mon Dudlynouchet adoré, ne pleure pas. Maman ne va pas le laisser gâcher ta plus belle
journée, s'écria Mrs Dursley en le serrant dans ses bras.
—Je... veux... pas... qu'il... vienne ! hurla Dudley d'une voix secouée de faux sanglots. Il
gâche... toujours tout !
Dudley adressa alors à Harry un horrible sourire entre les bras de sa
mère.
Au même moment, la sonnette de la porte d'entrée retentit,
—Oh, mon Dieu, les voilà ! dit précipitamment la tante Pétunia.
Un instant plus tard, Piers Polkiss, le meilleur ami de Dudley, entra dans la maison en
compagnie de sa mère. Piers était un garçon efflanqué avec une tête de rat. Qu
and Dudley
tapait sur quelqu'un, c'était toujours lui qui tenait par-derrière les mains de la victime, pour
l'empêcher de se défendre. Dudley cessa aussitôt sa comédie.
Une demi-heure plus tard, Harry, qui n'en croyait pas sa chance, était assis à l'arrière de la
voiture des Dursley, en compagnie de Piers et Dudley. Pour la première fois de sa vie, il allait
visiter le zoo. Son oncle et sa tante n'avaient pas trouvé d'autre solution que de l'emmener
avec eux, mais avant de partir, l'oncle Vernon avait pris Harry à part.

—Je te préviens, avait-il dit, sa grosse figure rouge tout contre
le visage de Harry, je te
préviens que s'il se produit la moindre chose bizarre, tu ne sortiras pas de ce placard avant
Noël.
—Je ne ferai rien, assura Harry c'est promis.
Mais l'oncle Vernon ne le croyait pas. Personne ne le croyait jamais.
Le problème, c'était qu'il se passait souvent des choses étranges autour de Harry et les Durs
ley
refusaient de croire qu'il n'y était pour rien.
Un jour, la tante Pétunia, fatiguée de voir Harry sortir de chez l
e coiffeur avec la même tête
que s'il n'y était pas allé du tout, avait pris une paire de gros ciseaux et
lui avait coupé les
cheveux si court qu'il en était devenu presque chauve. Elle n'avait laissé qu'une frange « pour
cacher cette horrible cicatrice ». Dudley s'était écroulé de rire en voyant le résultat et Harry
n'avait pas pu dormir de la nuit en imaginant ce qui allait se passer le lendemain à l'école, où
déjà on se moquait de ses vêtements trop grands et de ses lunettes rafistolées au papier collant.
Au matin, cependant, il s'était aperçu que ses ch eveux avaient repousse tels qu'ils étaient avant
que la tante Pétunia ne les coupe. Il avait été puni d'une semaine de placard sans sortir, malgré
tous ses efforts pour essayer de leur faire admettre qu'il ne comprenait pas ce qui avait bien pu
se passer.
Une autre fois, la tante Pétunia avait voulu le forcer à mettre un vieux pull de Dudley (une
horreur marron avec des pompons orange), mais plus elle essayait de lui faire passer la tête à
l'intérieur du pull, plus celui-ci rapetissait. Finalement, il s'était trouvé réduit à la taille d'un
gant de poupée et la tante Pétunia en avait conclu qu'il avait rétréci au lavage. A son grand
soulagement, Harry, cette fois-là, n'avait reçu aucune punition.
En revanche, il avait eu de sérieux ennuis à l'école, le jour où on l'avait retrouvé sur le toit de
la cantine. La bande de Dudley l'avait poursuivi dans la cour comme à l'accoutumée lorsque, à
la grande surprise de tout le monde, y compris de Harry lui-même, il s'était retrouvé assis au
sommet de la cheminée. Les Dursley avaient reçu une lettre furieuse de la directric
e dans
laquelle elle affirmait que Harry s'amusait à escalader les bâtiments de l'école. Pourtant,
comme il l'avait expliqué à l'oncle Vernon à travers la porte verrouillée de son placard, il
s'était contenté de sauter derrière les poubelles qui se trouvaie
nt à côté de la porte de la
cuisine. Harry pensait que c'était le vent qui avait dû l'emporter jusqu'au toit au moment où il
sautait.
Mais aujourd'hui, tout irait bien. Cela valait même la peine de supporter Dudley et Piers du
moment qu'il pouvait passer la journée dans un endroit qui ne serait ni l'école, ni le placard, ni
le salon à l'odeur de chou de Mrs Figg.
Tandis qu'il conduisait la voiture, l'oncle Vernon se plaignait à la tante Pétunia. Il aimait bien
se plaindre de choses et d'autres. Les gens qui travaillaient avec lui, Harry, la municipalité,
Harry, son banquier et Harry constituaient quelques-uns de ses sujets pr
éférés. Ce matin-là,
c'était aux motos qu'il en avait.
—... conduisent comme des malades, ces petits voyous ! dit-il alors qu'une moto les dépassait.
—J'ai rêvé d'une moto, cette nuit, dit Harry qui se souvenait soudain de son rêve. Elle
volait.

L'oncle Harry faillit percuter la voiture qui le précédait. Il se re
tourna brusquement, son
visage si rouge qu'il ressemblait à une énorme betterave à moustache.
—LES MOTOS NE VOLENT PAS ! hurla-t-il.
Dudley et Piers ricanèrent.
—Je le sais bien, répondit Harry, ce n'était qu'un rêve.
Mais il regretta d'en avoir trop dit. Plus encore que les questions qu'il posait, les Dursley
détestaient l'entendre parler d'objets qui sortaient de leur rôle habituel, que ce soit dans un
rêve ou un dessin animé, comme s'ils redoutaient qu'il n'en tire des idées dangereuses.
C'était un samedi ensoleillé et le zoo était bondé de familles en promenade. Les Dursley
achetèrent à Dudley et à Piers de grosses glaces au chocolat. M
ais, avant qu'ils aient eu le
temps de repartir, la jeune femme souriante qui vendait les glaces avait demandé à Harry ce
qu'il voulait et ils avaient fini par lui acheter une sucette à bon marché. Elle n'était d'ailleurs
pas si mauvaise que ça, pensa Harry tandis qu'il la léchait devant la cage d'un gorille occupé à
se gratter la tête. L'animal ressemblait étrangement à Dudley, sauf qu'il n'était pas blond.
Il y avait bien longtemps que Harry n'avait pas passé une matinée aussi agréable. Il prenait la
précaution de se tenir un peu à l'écart des Dursley pour éviter que Dudley et Piers, qui
commençaient à se lasser des animaux, ne se consacrent une fois de plus à leur passe-temps
favori: lui taper dessus. Ils déjeunèrent au restaurant du zoo où
Dudley fit une grosse colère
parce que sa coupe de glace géante n'était pas assez grande à son goût. L'oncle Vernon lui en
commanda une autre et Harry fut autorisé à finir la première.
Mais Harry aurait dû s'en douter: tout cela était trop beau pour durer.
Après déjeuner, ils allèrent voir les reptiles au vivarium.
L'endroit était sombre et frais, avec des cages de verre éclairées qui s'alignaient le long des
murs. Derrière les vitres, on voyait toutes sortes de lézards et de
serpents qui rampaient et
ondulaient sur des morceaux de pierre ou de bois. Dudley et Piers voulaient voir d'énormes
cobras au venin mortel et de gros pythons capables de broyer un homme dans leur étreinte.
Dudley ne mit pas longtemps à dénicher le plus grand serpent du vivarium. Il était si long qu'il
aurait pu s'enrouler deux fois autour de la voiture de l'oncle Vernon et la réduire en un petit
tas de ferraille, mais pour l'instant, il ne semblait pas d'humeur à tenter ce genre d'exploit. En
fait, il dormait profondément.
Le nez collé contre la vitre, Dudley contemplait les anneaux luisants du reptile.
—Fais-le bouger, dit-il à son père d'une voix geignarde.
L'oncle Vernon tapota la vitre, mais le serpent ne bougea pas.
—Recommence, ordonna Dudley.
L'oncle Vernon donna de petits coups secs sur la vitre, mais le serpent continua de dormir.

—On s'ennuie, ici, marmonna Dudley en s'éloignant d'un pas traînant.
Harry s'approcha alors de la cage de verre et contempla le serpent. Il n'aurait pas été surpris
que le reptile soit lui-même mort d'ennui à force de rester seul dans cette cage sans autre
compagnie que tous ces imbéciles qui passaient la journée à taper contre la vitre. C'était pire
que de coucher dans un placard avec pour toute visite celle de la tante
Pétunia qui
tambourinait à la porte pour le réveiller. Lui, au moins, pouvait se déplacer dans la maison.
Le serpent ouvrit soudain ses petits yeux brillants. Lentement, très lentement, il leva la tête
jusqu'à ce qu'elle soit au même niveau que celle de Harry.
Et il lui fit un clin d'œil.
Harry resta bouche bée. Il jeta un coup d'œil autour de lui pour s'assurer que personne ne le
regardait, puis il adressa à son tour un clin d'œil au serpent.
Le reptile fit un signe de tête en direction de l'oncle Vernon et de Dudley, puis il leva les yeux
au plafond. Il semblait dire à Harry : « J'ai droit à ça sans arrêt. »
—Je sais, murmura Harry, sans savoir si le serpent pouvait l'entendre à travers la vitre. Ça
doit être vraiment agaçant.
Le serpent approuva d'un hochement de tête vigoureux.
D'où tu viens ? demanda Harry.
Le serpent pointa le bout de la queue vers le petit écriteau apposé
à côté de la vitre.
—Boa constrictor — Brésil, lut Harry. C'était bien, là-bas ? demanda-t-il.
Le boa pointa à nouveau la queue vers l'écriteau et Harry lut la suite: « Né à la ménagerie ».
—Ah, d'accord, je comprends. Donc, tu n'as jamais été au Brésil ?
Tandis que le serpent confirmait d'un signe de tête, un hurlement assourdissant retentit et les
fit sursauter tous les deux.
—DUDLEY ! MR DURSLEY ! REGARDEZ LE SERPENT ! VOUS N'ALLEZ PAS LE
CROIRE !
Dudley revint vers la cage en se dandinant aussi vite qu'il le pouvait.
Pousse-toi de là, toi, dit-il en donnant à Harry un coup de poing
dans les côtes.
Pris par surprise, Harry tomba sur le sol de ciment. Ce qui se passa ensuite fut tellement
rapide que personne ne vit comment c'était arrivé. Soudain, alors qu'ils se tenaient côte à côte
devant la cage de verre, Piers et Dudley firent un bond en arrière en poussant des cris
d'horreur.

Harry se redressa, le souffle coupé: la vitre qui retenait le boa pri
sonnier avait disparu. Le
long serpent se déroula rapidement et quitta sa cage en ondulant sur le sol. Pris de panique, les
visiteurs du vivarium se précipitèrent alors vers la sortie en hurlant de terreur.
Au moment où le serpent glissa rapidement devant lui, Harry eut l'impression d'entendre une
voix basse et sifflante dire:
—Et maintenant, direction, le Brésil ! Merssssi, amigo.
Le gardien du vivarium était en état de choc.
—La vitre, répétait-il. Où est passée la vitre ?
Le directeur du zoo en personne offrit une tasse de thé fort à la
tante Pétunia et se confondit
en excuses. Piers et Dudley balbutiaient d'un air ahuri. D'après ce que Harry avait pu voir, le
serpent ne leur avait fait aucun mal, il s'était contenté de claquer des mâchoires tout près de
leurs mollets pour s'amuser à leur faire peur, mais quand tout le monde eut repris place dans la
voiture de l'oncle Vernon, Dudley raconta que le boa avait failli lui arracher la jam
be tandis
que Piers affirmait qu'il avait essayé de l'étouffer en s'enroulant autour de lui. Mais le pire,
pour Harry tout au moins, ce fut lorsque Piers, qui s'était un peu calmé, dit:
—Harry a parlé au serpent, pas vrai, Harry ?
L'oncle Vernon attendit que Piers fût rentré chez lui pour s'en prendre à Harry. Sa fureur était
telle qu'il pouvait à peine parler. Il parvint seulement à dire:
—File... placard... pas bouger... rien à manger.
Puis il s'effondra dans un fauteuil et la tante Pétunia se hâta d'aller lui chercher un grand verre
de cognac.
Beaucoup plus tard, Harry, allongé dans son placar d, se désolait de ne pas avoir de montre. Il
n'avait aucune idée de l'heure et il ne savait pas si les Dursley étaient déjà couché
s. Tant qu'ils
ne dormaient pas, il ne pouvait pas se risquer dans la cuisine pour aller cherc
her discrètement
quelque chose à manger.
Il avait passé dix ans chez les Dursley, dix années sinistres, dep
uis que ses parents étaient
morts dans cet accident de voiture alors qu'il n'était encore qu'un bébé. Il ne se souvenait pas
d'avoir été dans la voiture lorsque ses parents aient été tué
s. Parfois, seul dans son placard, il
fouillait dans ses souvenirs pendant des heures entières et une ét
range vision émergeait de sa
mémoire: il revoyait un éclair aveuglant de lumière verte et se souvenait d'une brûlure
douloureuse sur le front. C'était sans doute le choc de l'accident, pensait-il, bien qu'il n'eût
aucune idée de l'origine de la lumière verte. Il ne se rappelait rien de ses parents. Son oncle et
sa tante ne lui en parlaient jamais et, bien entendu, il n'avait pas le droit de poser de questions
à ce sujet. Il n'y avait même aucune photo d'eux dans la maison.
Lorsqu'il était plus jeune, Harry avait souvent rêvé qu'un parent lointain et inconnu vienne le
chercher et l'emmène avec lui, mais cela n'était jamais arrivé. Les Dursley étaient sa seule
famille. Parfois, cependant, il lui semblait (ou peut-être était-ce un simple espoir) que des
gens qu'il croisait au dehors le reconnaissaient. C'étaient d'ailleurs des gens très étranges. Un

jour, un homme minuscule coiffé d'un chapeau haut de forme violet s'était incliné devant lui
pendant qu'il faisait des courses avec Dudley et la tante Pétunia. Après lui
avoir demandé d'un
air furieux s'il connaissait cet homme, la tante Pétunia s'était dépêchée de les faire sortir du
magasin sans avoir rien acheté. Un autre jour, dans un bus, une vieill
e femme échevelée, tout
habillée de vert, lui avait fait de grands signes de la main. Récemment encore, un homme
chauve dans un long manteau pourpre lui avait serré la main dans la rue, puis était reparti sans
dire un mot. Le plus étrange, c'était que tous ces gens semblaient toujours disparaître dès que
Harry essayait de les regarder de plus près.
A l'école, Harry n'avait pas d'ami. Tout le monde savait que la bande de Dudley détestait
Harry Potter, avec ses vêtements trop grands et ses lunettes cassées, et personne n'avait envie
de déplaire à la bande de Dudley.

Chapitre 3
Les lettres de nulle part
La fuite du boa brésilien valut à Harry la plus longue punition qu
'il eût jamais reçue. Lorsqu'il
fut enfin autorisé à ressortir de son placard, les vacances d'été avaient déjà commencé et
Dudley avait eu le temps de casser son nouveau caméscope, d'écraser au sol son avion radio-
commandé et d'étrenner son vélo de course en renversant Mrs Figg qui traversait
Privet Drive
avec ses béquilles.
Harry était content que l'école ait pris fin, mais il n'arrivait pas à échapper à la bande de
Dudley qui venait chaque jour à la maison. Piers, Dennis, Malcolm et Gordon étaient tous
grands et stupides, mais comme Dudley était encore plus grand et plus bête qu'eux, c'était lui
qui était le chef. Et les autres étaient ravis de pratiquer le sport préféré de Dudley: la chasse au
Harry.
C'est pourquoi Harry passait le plus de temps possible hors de la maison, à se promener dans
les environs en pensant à la fin des vacances qui représentait pou
r lui une minuscule lueur
d'espoir. Car en septembre, il entrerait au collège et, pour la première fois de sa vie, il ne
serait plus dans la même école que Dudley. Dudley irait à Smelting, un collège privé où
l'oncle Vernon avait fait ses études. Piers Polkiss y était inscrit,
lui aussi. Harry, pour sa part,
devrait se contenter du collège du quartier. Dudley en était ravi.

—Là où tu vas, on met la tête des nouveaux dans le trou des toilettes, dit-il à Harry
. Si tu veux
t'entraîner, monte avec moi dans la salle de bains.
—Non, merci, répondit Harry, ces pauvres toilettes n'ont jamais vu quelque chose d'aussi
atroce que ta tête, ça les rendrait malades.
Et il prit aussitôt la fuite avant que Dudley ait compris ce qu'il avait dit.
Un jour de juillet, la tante Pétunia emmena Dudley à Londres pour lui acheter l'uniforme de sa
nouvelle école. Elle déposa Harry chez Mrs Figg qui fut moins pénible qu'à l'ordinaire car elle
s'était cassé la jambe en trébuchant sur un de ses chats, ce qui avait quelque peu refroid
i la

passion qu'elle leur portait habituellement. Harry fut même autorisé à regarder la télévision en
mangeant un gâteau au chocolat qui avait dû séjourner quelques a
nnées au fond d'un placard.
Le soir, Dudley parada dans le salon pour montrer à toute la famille ses habits flambant neufs:
un frac marron à queue-de-pie, un pantalon de golf orange et un canotier. Les élèves de
Smelting avaient également une canne dont ils se servaient pour se taper dessus quand les
professeurs ne les voyaient pas. C'était, para it-il, une façon de se forger le caractère.
En contemplant son fils ainsi accoutré, l'oncle Vernon déclara que c'était le plus beau jour de
sa vie et la tante Pétunia éclata en sanglots en disant qu'elle n'arrivait pas à croire que ce
garçon si grand, si élégant était son petit Dudlinouchet ado
ré. Harry préféra ne rien dire. Il
avait l'impression de s'être déjà fêlé deux côtes à force de réprimer son fou rire.
Le lendemain matin, au petit déjeuner, une odeur pestilentielle se dégageait d'une grande
bassine posée dans l'évier de la cuisine, Harry s'approcha et vit de vieux vêtements qui
flottaient dans une eau grisâtre.
—Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il à la tante Pétunia.
Elle pinça les lèvres, choquée qu'il ait l'audace de poser la question.
—C'est ton nouvel uniforme, dit-elle.
—Ah bon ? s'étonna Harry en regardant à nouveau la bassine. Je ne savais pas q
u'il fallait le
faire tremper dans l'eau.
—Ne fais pas l'idiot, répondit sèchement la tante Pétunia J'ai teint en gris des vieilles affaires
de Dudley. Ça te suffira bien comme uniform e, il ne sera guère différent des autres.
Harry en doutait, mais il était inutile de discuter. Il se demanda à quoi il ressemblerait, là-
dedans, le jour de la rentrée. On aurait dit des morceaux de peau arrachés à un vieil éléphant.
Dudley et l'oncle Vernon entrèrent dans la cuisine en fronçant le nez à cau
se de l'odeur que
répandait la bassine. L'oncle Vernon ouvrit son journal comme à l'ordinaire et Dudley donna
sur la table un coup de sa canne dont il ne se séparait plus.
Ils entendirent alors le facteur glisser le courrier dans la boîte au
x lettres de la porte d'entrée.
—Va chercher le courrier, Dudley, dit l'oncle Vernon sans lever le nez de son journal.
—Harry n'a qu'à y aller, dit Dudley.
—Va chercher le courrier, Harry.
—Dudley n'a qu'à y aller, dit Harry.
—Donne-lui un coup de canne, Dudley.
Harry évita la canne et alla chercher le courrier. Il y avait trois l
ettres: une carte postale de
Marge, la sœur de l'oncle Vernon, qui était en vacances à l'île de Wight, une enveloppe de
papier kraft qui devait être une facture et... une lettre pour Harry
!

Harry la contempla bouche bée. Son cœur faisait de grands bonds dans sa poitrine,
comme
une balle en caoutchouc. De toute sa vie, personne, jamais, ne lui avait écrit. D'ailleurs, qui
aurait pu le faire ? Il n'avait pas d'amis, pas de parents autres que son oncle et sa tante, il
n'était même pas inscrit à la bibliothèque, ce qui lui évitait de recevoir
des mots désagréables
exigeant le retour de livres empruntés.
Et pourtant, il avait entre les mains une lettre dont l'adresse ne pouvait prêter à confusion:

Mr H. Potter
Dans le placard sous l'escalier
4, Privet Drive
Little Whinging
Surrey
L'enveloppe, lourde et épaisse, était faite d'un parchemin jauni et l'adresse était écrite à l'encre
vert émeraude. Il n'y avait pas de timbre.
En retournant l'enveloppe, les mains tremblantes, Harry vit un sceau de cire frappé d'un
écusson qui représentait un aigle, un lion, un blaireau et un serp
ent entourant la lettre « P ».
—Dépêche-toi, mon garçon, cria l'oncle Vernon dans la cuisine. Qu'est-ce que tu fais ? Tu
regardes s'il n'y a pas de lettre piégée ?
Sa plaisanterie le fit éclater de rire.
Harry reprit le chemin de la cuisine sans quitter l'enveloppe des yeux. Il donna à l'oncle
Vernon la carte postale et la facture puis il s'assit et entreprit de décacheter l'enveloppe jaune.
L'oncle Vernon poussa un grognement dégoûté en ouvrant l'enveloppe de la facture et lui ce
qui était écrit au dos de la carte postale.
—Marge est malade, dit-il à la tante Pétunia. Elle a mangé un drôle de coquillage.
—Papa ! s'écria soudain Dudley. Papa, regarde ! Harry a reçu quelque chose !

Harry était sur le point de déplier sa lettre, écrite sur un pa
rchemin semblable à celui de
l'enveloppe, lorsque l'oncle Vernon la lui arracha des mains.
—C'est à moi ! protesta Harry en essayant de la reprendre.
—Qui donc t'écrirait ? dit l'oncle Vernon d'un ton plein de mépris.
D'une main, il secoua la lettre pour la déplier, puis il y jeta un coup d'œil. Son teint passa alors
du rouge au vert plus vite qu'un feu de signalisation. Et il n'en resta pas là. En quelques
secondes, il était devenu d'un gris pâle de vieux porridge.
—P ... P...Pétunia ! balbutia l'oncle Vernon.
Dudley essaya de s'emparer de la lettre, mais l'oncle Vernon la tenait hors de portée. Il la
donna à la tante Pétunia qui en lut la première ligne d'un air intrigué. Pendant un instant, elle

sembla sur le point de s'évanouir et porta la main à sa gorge d'où s'échappa un borborygme
étouffé.
—Vernon ! Oh, mon Dieu, Vernon !
Ils se regardèrent comme s'ils avaient oublié que Harry et Dudley étaient avec eux dans la
cuisine. Dudley n'avait pas l'habitude qu'on lui manifeste une telle indifférence et il donna un
coup sec de sa canne sur la tête de son père.
—Je veux lire cette lettre, dit-il d'une voix forte.
—C'est moi qui veux la lire ! intervint Harry. Elle est à moi !
—Sortez d'ici, tous les deux, dit l'oncle Vernon d'une voix grinçante en remettant la lettre
dans l'enveloppe.
Harry ne bougea pas.
—JE VEUX MA LETTRE ! hurla-t-il.
—Laissez-moi voir, exigea Dudley.
—DEHORS ! rugit l'oncle Vernon.
Il prit Harry et Dudley par la peau du cou et les poussa dans le couloir
en claquant la porte de
la cuisine sur eux. Harry et Dudley engagèrent aussitôt un combat féroce mais silencieux pour
savoir qui écouterait au trou de la serrure ce qui allait se dire dan
s la cuisine. Ce fut Dudley
qui l'emporta. Harry, les lunettes en bataille, s'allongea alors à plat ventre pour écouter par
l'interstice entre le bas de la porte et le sol.
—Vernon, dit la tante Pétunia d'une voix tremblante, regarde l'adresse. Comment ont-ils pu
savoir où il couche ? Tu crois qu'ils surveillent la maison ?
—Ils nous surveillent, ils nous espionnent, peut-être même qu'ils nous suivent, marmonna
furieusement l'oncle Vernon.
—Qu'allons-nous faire, Vernon ? Est-ce qu'il faut leur répondre ? Leur dire que nous ne
voulons pas...
Harry apercevait les chaussures noires bien cirées de l'oncle Vernon qui faisait les cent pas
dans la cuisine.
—Non, dit-il enfin. On ne va pas y faire attention. S'ils ne reçoivent pas de réponse... Oui,
c'est ce qu'il y a de mieux... Nous n'allons rien faire du tout...
—Mais...
—Je ne veux pas de ça dans la maison, Pétunia ! Souviens-toi, quand nous l'avons pris avec
nous, nous nous sommes juré de refuser toutes ces idioties. C'est beaucoup trop dangereux.

Le soir, en revenant du travail, l'oncle Vernon fit quelque chose qu'il n'avait encore jamais
fait: il alla voir Harry dans son placard.
—Où est ma lettre ? demanda Harry au moment même où l'oncle Vernon se faufilait dans le
placard. Qui est-ce qui m'a écrit ?
—Personne. La lettre t'a été adressée par erreur, répondit l'oncle Vernon. Je l'ai brûlée.
—Ce n'était pas une erreur, protesta Harry avec colère. Il y avait l'adresse de mon placard sur
l'enveloppe.
—SILENCE ! cria l'oncle Vernon.
Deux araignées tombèrent du plafond. Il respira profondément à plusieurs reprises puis il se
força à sourire, d'un sourire qui avait l'air singulièrement douloureux.
—Justement, Harry... au sujet de ce placard. Ta tante et moi, nous avons réfléchi... Tu
commences à devenir un peu trop grand pour rester ici... Nous avons pensé
qu'il serait peut-
être préférable que tu déménages dans la deuxième chambre de Dudley.
—Pourquoi ? demanda Harry.
—Ne pose pas de questions ! répliqua sèchement son oncle. Prends tes affaires et monte là-
haut.
Il y avait quatre chambres dans la maison des Dursley: une pour l'oncle Vernon et la tante
Pétunia, une chambre d'amis (qui servait généralement à Marge, la sœur de Vernon), une où
Dudley dormait et une autre où Dudley mettait ses jouets et tout ce qui n'entrait pas dans la
première.
Un seul voyage suffit à Harry pour transporter toutes ses affaires da
ns la chambre. Il s'assit
sur le lit et regarda autour de lui. Presque tous les objets qu'il voyait étaient cassés. Le
caméscope était posé sur un char d'assaut à pédales avec lequel Dudley avait écrasé le chien
du voisin; dans un coin, il y avait la première télévision de Dudley qu'il avait éventrée d'un
coup de pied un jour où son émission préférée avait été annulée; il y avait aussi un
e grande
cage dans laquelle avait vécu autrefois un perroquet que Dudley avait
échangé contre une
carabine à air comprimé. La carabine, posée sur une étagère, était complètement tordue depuis
le jour où Dudley s'était assis dessus. Les autres étagères étaient remplies de livres. C'étaient
les seules choses auxquelles il semblait n'avoir jamais touché.
Du rez-de-chaussée montaient les hurlements de Dudley qui s'adressait à sa mère:
—Je ne veux pas de lui là-dedans, criait-il. J'ai besoin de cette chambre... Fais-le sortir...
Harry soupira et s'étendit sur le lit. La veille, il aurait donné n'importe quoi pour avoir cette
chambre. Aujourd'hui, il aurait mieux aimé rester dans son placard avec sa lettre, plutôt que
d'être ici sans avoir le droit de la lire.

Pendant le petit déjeuner du lendemain, tout le monde a silencieux. Dudley était en état de
choc. Il s'était égosillé, avait frappé son père avec sa canne, s'était fait vomir exprès, avait
donné des coups de pied à sa mère et jeté sa tortue à travers le toit de la serre, sans parve
nir à
récupérer sa chambre. Harry repensait à ce qui s'était passé la veille à la même heure et il
regrettait amèrement de n'avoir pas ouvert sa lettre pendant qu'il était encore dans le hall
d'entrée. L'oncle Vernon et la tante Pétunia échangeaient de sombres regards.
Lorsque le courrier arriva, l'oncle Vernon, qui s'était efforcé de se montrer aimable avec
Harry, envoya Dudley le chercher. Ils l'entendirent donner des coups de canne un peu partout
sur son chemin, puis il se mit à hurler:
—Il y en a une autre ! Mr H. Potter, dans la plus petite chambre du 4, Privet Drive...
L'oncle Vernon poussa un cri étranglé et se précipita dans le hal
l d'entrée, Harry sur ses
talons. L'oncle Vernon dut se battre avec Dudley et le faire tomber par terre pour essayer de
lui arracher la lettre, ce qui était d'autant plus difficile que Harry avait attrapé l'oncle Vernon
par-derrière en lui serrant le cou. Après quelques instants d'un furieux combat au cours duquel
chacun prit de nombreux coups de canne, l'oncle Vernon se releva, le souffle court, la main
crispée sur la lettre destinée à Harry.
—Va dans ton placard... Je veux dire, dans ta chambre, dit-il à Harry d'une voix rauque. Et
toi, Dudley, va-t'en, file !
Inlassablement, Harry faisait les cent pas autour de sa chambre. Quelqu'un savait qu'il avait
déménagé de son placard et semblait également savoir qu'il n'avait pas reçu la première lettre.
Cela signifiait sûrement qu'il essaierait encore. Et cette fois, il s'arrangerait pour que la lettre
lui parvienne. Il avait un plan.

Le lendemain matin, le vieux réveil rafistolé sonna à six heures. Harry arrê
ta aussitôt la
sonnerie et s'habilla en silence pour ne pas réveiller les Dursley. Puis il descend
it l'escalier
sans faire le moindre bruit et sans allumer les lumières.
Il allait attendre que le facteur arrive au coin de Privet Drive et lui
demander de lui donner les
lettres du numéro 4 en premier. Le cœur battant, il traversa le hall d'entrée en direction de la
porte...
—AAAAAARRRGH !
Harry fit un bond. Il venait de marcher sur une grosse chose molle étalée devant la porte, une
chose vivante !
Des lumières s'allumèrent au premier étage et il se rendit compte avec horreur que la grosse
chose molle était en réalité la tête de son oncle. L'oncle Vernon avait passé la nuit devant la
porte, dans un sac de couchage, pour empêcher Harry de réussir ce qu'il avait tenté de faire.
Après l'avoir traité de tous les noms pendant près d'une demi-heure, l'oncle Vernon ordonna à
Harry d'aller lui préparer une tasse de thé. Découragé, Harry s'en alla dans la cuisine en
traînant des pieds, et lorsqu'il revint, le courrier était déjà entre les mains de son oncle. Il
aperçut trois lettres à l'encre verte qui lui étaient adressées.

—Je veux mes... commença-t-il.
Mais l'oncle Vernon était déjà en train de déchirer les lettres sou
s ses yeux.
Ce jour-là, l'oncle Vernon n'alla pas travailler. Il resta maison et cloua une planche devant la
boîte aux lettres.
—S'ils n'arrivent pas à nous les faire parvenir, ils finiront par laisser tomber, dit-il à la tante
Pétunia, la bouche pleine de clous.
—Je ne sais pas si ça servira à grand-chose, Vernon.
—Pétunia, ces gens-là sont très différents de nous, ils n
e raisonnent pas comme toi et moi,
répliqua-t-il en essayant de planter un clou avec le morceau de cake que la tante Pétunia
venait de lui apporter.

Le vendredi, douze lettres pour Harry arrivèrent. Comme la boite aux lettres était inutilisable,
elles avaient été glissées tout autour de la porte et l'une d'elles avait même été introduite à
travers un vasistas dans les toilettes du rez-de-chaussée.
Ce jour-là également, l'oncle Vernon resta à la maison. Après avoir brûlé toutes les lettres, il
reprit son marteau et ses clous et boucha à l'aide de planches tous les interstices autour des
portes de devant et de derrière, si bien que personne ne pouvait plus entrer ni sortir.

Le samedi, la situation devint incontrôlable. Vingt-quatre lettres destiné
es à Harry furent
introduites à l'intérieur de la maison: elles avaient été roulées et dissimulées à l'intérieur des
deux douzaines d'œufs que le livreur, passablement déconcerté, leur avait passées par la
fenêtre du salon. Pendant que l'oncle Vernon donnait des coups de téléphone furieux au
bureau de poste et au crémier pour essayer de trouver un responsable auprès de qui protester,
la tante Pétunia réduisit les lettres en bouillie dans son mixer.
—Mais qui peut bien avoir envie de t'écrire à ce point ? demanda Dudley abasourdi.

Le dimanche matin, l'oncle Vernon avait l'air fatigué et malade lorsqu'il s'assit à la table du
petit déjeuner, mais il paraissait heureux malgré tout.
—La poste ne fonctionne pas le dimanche, dit-il d'un ton joyeux en étalant
consciencieusement de la marmelade sur son journal. Aujourd'hui, pas de lettres.
Au même moment, quelque chose tomba dans le conduit de la cheminée avec un sifflement
sonore et il sentit un coup derrière la tête. Un paquet venait d'exploser dans le foyer de la
cheminée en projetant une quarantaine de lettres qui volaient dans la cui
sine comme des
boulets de canon. Les Dursley se baissèrent pour éviter les projec
tiles tandis que Harry
essayait d'en attraper un au vol.

—Dehors ! DEHORS !
L'oncle Vernon saisit Harry par la taille et le projeta dans le hall d'entrée, puis, dès que
Dudley et la tante Pétunia eurent pris la fuite en se protégeant le visage de leurs bras, il claqua
la porte de la cuisine. Derrière le panneau, on entendait les lettres
qui continuaient de voler en
rebondissant contre les murs et le carrelage.
—Cette fois-ci, ça suffit, déclara l'oncle Vernon qui s'efforçait de parler d'une voix calme tout
en arrachant des touffes de poils de sa moustache. Je veux tout le monde prêt à partir dans
cinq minutes. On s'en va. Emportez simplement quelques vêtements, et pas de discussion !
Il paraissait tellement menaçant, avec sa moustache dégarnie, que personne n'osa plus faire un
geste. Dix minutes plus tard, après avoir arraché les planches qui condamnaient la porte, ils
montèrent dans la voiture qui fonça vers l'autoroute. Dudley pleurnichait à l'arrière, à cause du
coup que son père lui avait donné sur la tête pour les avoir re
tardés en voulant à tout prix
emporter sa télévision, son magnétoscope et son ordinateur dans son sac de sport. Ils
roulèrent, roulèrent, roulèrent. La tante Pétunia elle-même n'osait pas demander à son mari où
il comptait les emmener. De temps à autre, l'oncle Vernon faisait demi-tour et repartait dans la
direction opposée.
—On va les semer, on va les semer, marmonnait-il.
Ils roulèrent ainsi toute la journée sans prendre le temps de s'arrêter pour boire ou manger
quelque chose. A la tombée du jour, Dudley poussa de longs hurlements. Il avait faim, il avait
raté cinq émissions de télévision qu'il tenait absolument à voir et il n'avait jamais passé autant
de temps sans pulvériser un extraterrestre sur son ordinateur.
L'oncle Vernon arrêta enfin la voiture devant un hôtel sinistre, dans la banlieue d'une grande
ville. Dudley et Harry partagèrent une chambre avec des lits jumeaux et des draps humides
qui sentaient le moisi. Dudley passa la nuit à ronfler, tandis que Harry, assis sur le r
ebord de
la fenêtre, regardait les phares des voitures qui passaient dans la r
ue. Il se posait des
questions...

Au matin, on leur servit des corn flakes rassis et des toasts froids recouve
rts de vieilles
tomates en boîte. La patronne de l'hôtel s'approcha alors de leur table.
—'Mande pardon, est-ce qu'il y aurait un Mr Potter parmi vous ? Parce que j'en ai une
centaine comme ça à la réception.
Elle tenait à la main une enveloppe sur laquelle on pouvait lire cette adresse écrite à
l'encre
verte:

Mr H. Potter
Chambre 17
Hôtel du Rail
Carbone les miness

Harry essaya de s'emparer de la lettre, mais l'oncle Vernon l'en empêcha d'un geste de la
main. La patronne les regardait d'un air ahuri.
—Je m'en occupe, dit l'oncle Vernon en se levant et en suivant l'hôtelière hors de la salle à
manger.

—Et si nous rentrions à la maison ? suggéra timidement la tante Pétunia, quelques heures plus
tard.
Mais l'oncle Vernon ne semblait pas l'avoir entendue. Personne ne comprenait ce qu'il
cherchait. Il les conduisit au milieu d'une forêt, sortit de la voiture, inspecta les alentours,
hocha la tête, puis remonta dans la voiture et ils repartirent. Il recommença ensuite le même
manège au beau milieu d'un champ, entre un pont suspendu et un parking à étages.
Vers la fin de l'après-midi, l'oncle Vernon s'arrêta dans un village du bord de mer, enferma
tout le monde dans la voiture et s'en alla.
—Papa est devenu fou ? demanda Dudley, effaré, à la tante Pétunia.
La pluie commença à tomber. De grosses gouttes martelaient le toit de la voiture. Dudley
pleurnichait bruyamment.
—C'est lundi, dit-il à sa mère. Le jour de mon émission préférée, Je veux qu'on aille quelque
part où il y aura une télévision.
Lundi ! On pouvait faire confiance à Dudley, il ne se trompait jamais dans les dates, à cause
des programmes de télévision. Harry se souvint tout à coup que le mardi suivant, c'est-à-dire
le lendemain, serait le jour de son onzième anniversaire ! Oh, bien sûr, ses anniversaires
n'avaient rien de bien réjouissant—l'année précédente, les Dursley lui avaient offert un cintre
et une paire de vieilles chaussettes qui avaient appartenu à l'oncle Vernon—mais quand
même: on n'avait pas onze ans tous les jours !
L'oncle Vernon revint en portant sous le bras un paquet long et fin. Il souriait, mais refusa de
répondre à la tante Pétunia lorsqu'elle lui demanda ce qu'il avait acheté.
—J'ai trouvé l'endroit idéal, dit-il. Allez, venez ! Tout le monde dehors !
Dehors, il faisait très froid. L'oncle Vernon m ontra du doigt un gros rocher qui émergeait à
bonne distance de la côte. Au sommet du rocher, on distinguait une cabane misérable, à
moitié en ruine. Une chose était certaine: il ne pouvait pas y avoir
de télévision là-dedans !
—On prévoit une tempête pour cette nuit, dit l'oncle Vernon d'un ton joyeux. Et Monsieur a
été assez aimable pour nous prêter son bateau !
Un vieil homme édenté s'approcha d'eux d'un pas raide.
Avec un sourire à faire froid dans le dos, il montra d'un geste de la main une vieille barque qui
se balançait à la surface de la mer d'un gris métallique.

J'ai déjà acheté des provisions, dit l'oncle Vernon. Il ne reste plus qu'à embarquer.
Il faisait un froid polaire à bord de la barque. La pluie et les embruns s'insinuaient dans leur
cou et un vent glacé leur fouettait le visage. Il sembla s'écouler des heures avant qu'ils
atteignent enfin le rocher. Glissant à chaque pas sur la pierre humide, l'oncle Vernon les
conduisit à la masure.
L'endroit était épouvantable: il régnait une terrible odeur d'algues, le vent sifflait à travers les
fissures des murs en planches et la cheminée humide ne comportait pas la moindre bûche. Il
n'y avait que deux pièces.
Les provisions de l'oncle Vernon étaient plutôt maigres: un paquet de chips pour chacun et
quatre bananes. Il essaya de faire un feu, mais les emballages de chips vides se consumèrent
en ne parvenant à produire qu'un peu de fumée.
—C'est maintenant qu'on aimerait bien avoir quelques-unes de ces lettres pour faire un bon
feu ! dit joyeusement l'oncle Vernon.
Il était de très bonne humeur. De toute évidence, il était convaincu que personne ne
parviendrait à braver la tempête pour leur apporter du courrier dans cet endroit. Harry songea
qu'il avait raison, mais cette pensée ne le réjouissait guère.
Lorsque la nuit tomba, la tempête annoncée se mit à souffler autour d'eux. L'écume des
vagues qui se fracassaient contre le rocher inondait les murs de la cabane et un vent féroce
faisait trembler les fenêtres crasseuses. La tante Pétunia dénicha quelques
couvertures moisies
dans l'autre pièce et fit un lit à Dudley sur le canapé rongé aux m
ites.
Elle s'installa avec l'oncle Vernon dans un lit défoncé de la pièce voisine et Harry d
ut
s'efforcer de trouver un endroit où le sol n'était pas trop dur. Il s'enroula alors dans la dernière
couverture qui restait, la moins épaisse, la plus déchirée.
La tempête devenait de plus en plus violente à mesure que la nuit avançait. Harry, couché par
terre, ne parvenait pas à s'endormir. Il frissonnait en se tournant et se retournant pour essayer
de trouver une position qui ne soit pas trop inconfortable. Son ventre v
ide criait famine. Les
coups de tonnerre qui avaient commencé à retentir autour de minuit étouffaient les
ronflements de Dudley qui donnait dans le canapé. Son bras pendait par-dessu
s l'accoudoir et
Harry apercevait le cadran phosphorescent de sa montre sur son poignet gras. Dans dix
minutes exactement, Harry allait avoir onze ans. Il garda les yeux fixés sur le cadr
an en se
demandant si les Dursley allaient se souvenir de son anniversaire. Il se de
mandait également
où se trouvait l'auteur des lettres en cet instant.
Plus que cinq minutes. Harry entendit quelque chose grincer au-dehors. Il espérait qu
e le toit
n'allait pas s'effondrer. Plus que quatre minutes. A leur retour, il y aurait peut-être tellement
de lettres dans la maison de Priver Drive qu'il arriverait à en attraper une ? Trois minutes.
Etait-ce la mer qui cognait ainsi contre le rocher ? Plus que deux minutes. Et ce craquement,
qu'est-ce que c'était ? Le rocher menaçait-il de s'effondrer ?
Plus qu'une minute et il aurait onze ans. Trente secondes... vingt... dix... neuf ...
Et s'il
réveillait Dudley, rien que pour l'énerver ? Trois ... deux... un...

BOUM !BOUM !
La cabane se mit à trembler. Harry se redressa brusquement, le regard fixé sur la porte.
Dehors, quelqu'un frappait contre le panneau.

Chapitre 4
Le gardien des clés
BOUM !BOUM !
On frappa à nouveau. Dudley se réveilla en sursaut.
—C'était un coup de canon ? demanda-t-il bêtement.
Il y eut un grand bruit derrière eux et l'oncle Vernon entra dans la pièce en glissant par terre. Il
tenait un fusil à la main. A présent, ils savaient ce que contenait le long paquet qu'il avait eu
sous le bras la veille.
—Qui est là ? cria-t-il. Je vous préviens, je suis armé !
Il y eut un instant de silence, puis...
CRAAAAAC !
On cogna sur la porte avec tant de force qu'elle fut arrachée de ses gonds et tomba à plat sur le
sol dans un fracas assourdissant.
Un véritable géant se tenait dans l'encadrement. Son visage était presque entièrement caché
par une longue crinière de cheveux emmêlés et par une grande barbe broussailleuse, mais on
voyait distinctement ses yeux qui brillaient comme deux scarabées noirs au milieu de ce
foisonnement.
Le géant se glissa à l'intérieur de la masure en inclinant la tête pour ne pas se cogner contre le
plafond. Il se pencha, ramassa la porte et la remit sans difficulté sur ses gonds. Au-dehors, le
vacarme de la tempête s'était un peu atténué.
—Si vous aviez une tasse de thé, ce ne serait pas de refus, dit le
géant. Le voyage n'a pas été
facile.
Il s'avança vers le canapé où Dudley était resté assis, pét
rifié de terreur.
—Bouge-toi un peu, gros tas, dit-il.
Dudley poussa un petit cri et courut se réfugier derrière sa mère, tout aussi terrifiée, qui se
cachait elle-même derrière l'oncle Vernon.

—Et voilà Harry ! dit le géant.
Harry leva la tête vers son visage hirsute et vit de petites rides ap
paraître autour de ses yeux
en forme de scarabée: le géant souriait.
—La dernière fois que je t'ai vu, tu n'étais encore qu'un bébé, dit-il. Tu ressembles beaucoup à
ton père, mais tu as les yeux de ta maman.
L'oncle Vernon laissa échapper un drôle de grognement.
—Monsieur, j'exige que vous sortiez d'ici immédiatement, dit-il. Vous avez commis une
violation de domicile avec effraction.
—Ah, ça suffit, Dursley, espèce de vieux pruneau ! dit le gé
ant,
Il tendit le bras, arracha le fusil des mains de l'oncle Vernon, fit un nœud avec le canon aussi
facilement que s'il avait été en caoutchouc et le jeta dans un coin de la pièce.

L'oncle Vernon émit à nouveau un drôle de bruit, comme une souris sur laquelle on aurait
marché.
—Je te souhaite un bon anniversaire, Harry, dit le géant en tourna
nt le dos aux Dursley. Je t'ai
apporté quelque chose. J'ai dû m'asseoir un peu dessus pendant le voyage, mais ça doit être
très bon quand même.
Il tira d'une poche de son manteau noir une boîte en carton légèrement aplatie. Harry l'ouvrit
en tremblant et découvrit à l'intérieur un gros gâteau au chocolat un peu fondu sur lequel ét
ait
écrit avec un glaçage vert: « Joyeux anniversaire Harry ».
Harry leva les yeux vers le géant. Il aurait voulu lui dire merci, mais les mots se perdirent
dans sa gorge et il s'entendit demander:
—Qui êtes-vous ?
Le géant eut un petit rire.
—Ah, c'est vrai, je ne me suis pas présenté, dit-il. Rubeus Hagrid, Gardien des Clés et
des
Lieux à Poudlard.
Il tendit une énorme main et serra celle de Harry en lui secouant le bras.
—Et ce thé ? Il faudrait peut-être y penser, dit-il en se frottant les mains. Remarquez, si vous
avez quelque chose de plus fort, je ne serais pas contre.
Son regard tomba sur la cheminée vide. En voyant les paquets de chips calcinés, il poussa un
grognement et se pencha sur l'âtre. Personne ne put voir ce qu'il faisait, mais quand il se
releva un instant plus tard, un feu d'enfer ronflait dans la cheminée, projetant des lueurs
dansantes dans la cabane humide. Harry sentit la chaleur se répandre autour de lui comme s'il
venait de plonger dans un bain tiède.

Le géant se rassit sur le canapé qui s'écrasa sous son poids et sortit toutes sortes d'objets de sa
poche: une bouilloire en cuivre, un paquet de saucisses, un tisonnier, u
ne théière, des tasses
ébréchées et une bouteille qui contenait un liquide ambré dont il avala une gorgée avant de
préparer le thé. Bientôt, l'odeur des saucisses grillées qu'on entendait grésiller dans la
cheminée se répandit dans la cabane. Tout le monde resta immobile et silencieux pendant que
le géant s'affairait, mais lorsqu'il fit glisser du tisonnier six grosses saucisses bien juteuses et
légèrement brûlées, Dudley commença à frétiller.
—Dudley, ne touche à rien de ce qu'il te donnera, dit sèchement l'oncle Vernon.
Le géant eut un petit rire narquois.
—Votre gros lard de fils n'a pas besoin d'engraisser davantage, Dursley, ne vous inquiétez
pas.
Il donna les saucisses à Harry qui avait tellement faim que rien ne lui avait jamais paru aussi
délicieux, mais il n'arrivait pas à détacher ses yeux du géant. Finalement, comme personne ne
semblait décidé à donner la moindre explication, il rompit le silence:
—Je suis désolé, dit-il, mais je ne sais toujours pas qui vous êtes.
Le géant avala une gorgée de thé et s'essuya la bouche d'un revers de main.
—Appelle-moi Hagrid, dit-il, comme tout le monde. Et je te l'ai dit, je suis le Gardien des
Clés de Poudlard. Tu sais déjà ce qu'est Poudlard, j'imagine ?
—Euh... non... répondit Harry.
Hagrid parut scandalisé.
—Désolé, dit précipitamment Harry.
—Désolé ? aboya Hagrid en se tournant vers les Dursley qui se tassèrent sur eu
x-mêmes en
essayant de disparaître dans la pénombre. C'est eux qui devraient être désolés ! Je savais que
tu ne recevais pas les lettres mais j'ignorais que tu n'avais même pas entendu parler de
Poudlard ! Tu ne t'es donc jamais demandé où tes parents avaient appris tout ça ?
—Tout ça quoi ? s'étonna Harry.
—TOUT ÇA QUOI ? tonna Hagrid. Attends un peu !
Il se leva d'un bond. Sa colère était telle qu'il semblait remplir tout l'espace de la cabane. Les
Dursley s'étaient recroquevillés contre le mur.
—Vous n'allez pas me dire, rugit Hagrid, que ce garçon ce garçon !—ne sait rien su
r... sur
RIEN ?
Harry pensa qu'il exagérait. Après tout, il était allé à l'école et il avait toujours eu de bonnes
notes.

—Je sais quand même certaines choses, dit-il. J'ai fait des mathématiques et tout ça...
Mais Hagrid eut un geste dédaigneux de la main.
—Je voulais dire que tu ne sais rien de notre monde, de ton monde. De mon monde. Du
monde de tes parents.
—Quel monde ?
Hagrid parut sur le point d'exploser.
—Dursley ! hurla-t-il.
L'oncle Vernon, le teint livide, marmonna quelque chose qui aurait pu vouloir dire:
« Maisnonmaisquoimaispasdutout. »
Hagrid regarda Harry d'un air effaré.
—Il faut absolument que tu saches qui étaient ton père et ta mère, dit-il. Ils sont célèbres. Et
toi aussi, tu es célèbre.
—Quoi ? Mais mon père et ma mère n'ont jamais été célèbres.
—Tu ne sais pas... Tu ne sais pas...
Hagrid passa les doigts dans ses cheveux en fixant Harry d'un air abasourdi.
—Tu ne sais même pas qui tu es ? dit-il enfin.
L'oncle Vernon retrouva soudain l'usage de la parole.
—Ça suffit ! ordonna-t-il. Ça suffit, monsieur ! Je vous défends de dire quoi que ce soit à ce
garçon !
Même un homme plus courageux que l'oncle Vernon aurait flanché devant le regard furieux
que Hagrid lui adressa
—Vous ne lui avez jamais rien dit ? reprit-il en détachant chaque syllabe d'une voix
tremblante de rage. Rien dit du contenu de la lettre que Dumbledore avait laissée pour lui ?
J'étais là ! J'ai vu Dumbledore déposer la lettre, Dursley ! Et vous lui avez caché ça p
endant
toute ces années ?
—Caché quoi ? dit précipitamment Harry.
—ÇA SUFFIT ! JE VOUS INTERDIS ! s'exclama l'oncle Vernon pris de panique.
La tante Pétunia eut une exclamation d'horreur.
—Je vais vous transformer en pâté, tous les deux, lança Hagrid. Harry... Tu es un sorci
er.

Un grand silence s'abattit soudain sur la cabane. On n'entendait plus que le bruit de la mer et
le sifflement du vent.
—Je suis un quoi ? balbutia Harry.
—Un sorcier, bien sûr, dit Hagrid en s'appuyant contre le dossier du canapé qui craqua et
s'écrasa un peu plus sous son poids. Et tu deviendras un sacré bon s
orcier dès que tu auras un
peu d'entraînement. Avec un père et une mère comme les tiens, ça ne peut pas être autrement.
Mais il est temps que tu lises ta lettre.
Harry tendit la main pour prendre l'enveloppe de parchemin jauni sur laquelle était écrit à
l'encre vert émeraude: « Mr H. Potter, sur le plancher de la cabane au sommet du rocher, en
pleine mer. » Il ouvrit l'enveloppe et lut la lettre qu'elle contenait:

COLLÈGE POUDLARD, ÉCOLE DE SORCELLERIE
Directeur: Albus Dumbledore
(Commandeur du Grand-Ordre de Merlin, Docteur ès Sorcellerie, Enchan
teur-en-chef, Manitou suprême de la Confédération internationale des Mages et
Sorciers)

Cher Mr Potter,
Nous avons le plaisir de vous informer que vous bénéficiez d'ores
et déjà d'une inscription au
Collège Poudlard. Vous trouverez ci-joint la liste des ouvrages et é
quipements nécessaires au
bon déroulement de votre scolarité.
La rentrée étant fixée au 1er septembre, nous attendons votre h
ibou le 31 juillet au plus tard.
Veuillez croire, cher Mr Potter, en l'expression de nos sentiments disti
ngués.

Minerva McGonagall
Directrice adjointe

Harry avait tellement de questions à poser qu'elles explosaient dans
sa tête comme un feu
d'artifice. Il ne savait pas par où commencer et il s'écoula quelq
ues minutes avant qu'il se
décide enfin, à parler.
—Qu'est-ce que ça veut dire « nous attendons votre hibou »,
bredouilla-t-il.
—Mille Gorgones, j'allais oublier ! s'exclama Hagrid en se donnant su
r le front une tape de
la main qui aurait suffi à renverser un cheval.
D'une poche intérieure de son manteau, il tira alors un hibou—un vrai hibou bien vivant qui
avait l'air un peu froissé—une longue plume d'oie et un rouleau de parchemin. La langue
entre les dents, il se mit à griffonner un mot que Harry, face à l
ui, parvint à lire à l'envers:

Monsieur le Directeur,
J'ai donné la lettre à Harry. Je l'emmène acheter ses affaires
demain. Le temps est affreux.
J'espère que vous allez bien.
Hagrid

Hagrid roula le billet et le donna au hibou qui le prit dans son bec, pu
is il alla ouvrir la porte
et jeta l'oiseau au-dehors, en pleine tempête. Il revint ensuite s'asseoir sur le canapé comme si
ce qu'il venait de faire n'était pas plus étonnant que de passer u
n coup de téléphone.
Harry se rendit compte qu'il avait la bouche grande ouverte et il s'empr
essa de la refermer.
—Où en étais-je ? dit Hagrid.
A ce moment, l'oncle Vernon, le teint toujours grisâtre, mais l'air f
urieux, vint se poster
devant la cheminée.
—Il n'est pas question qu'il s'en aille, dit-il.
Hagrid poussa un grognement.
—J'aimerais bien voir qu'un Moldu dans votre genre s'avise de l'en em
pêcher, dit-il.
—Un quoi ? demanda Harry, intéressé.
—Un Moldu, dit Hagrid, c'est comme ça que nous appelons les gens q
ui n'ont pas de pouvoirs
magiques. Et manque de chance, tu as grandi dans la plus incroyable fami
lle de Moldus que
j'aie jamais rencontrée.
—Quand nous l'avons pris avec nous, nous nous sommes juré d'en fin
ir avec ces balivernes,
dit l'oncle Vernon. Juré qu'on allait le débarrasser de tout ça
. Un sorcier ! Et puis quoi,
encore ?
—Vous saviez ? s'écria Harry. Vous saviez que je suis un... un sor
cier ?
—Nous le savions ! hurla soudain la tante Pétunia d'une voix perç
ante. Bien sûr que nous le
savions ! Comment aurait-il pu en être autrement quand on sait ce qu'
était ma maudite sœur !
Un jour, elle a reçu une lettre exactement comme celle-ci et elle est
partie dans... dans cette
école.. Quand elle revenait à la maison pour les vacances, elle av
ait les poches pleines de
têtards et elle changeait les tasses de thé en rats d'égout. J'
étais la seule à la voir telle qu'elle
était: un monstre ! Mais avec mon père et ma mère, il n'y en av
ait que pour elle, c'était Lily
par-ci, Lily par-là, ils étaient si fiers d'avoir une sorcière
dans la famille !
Elle s'interrompit pour respirer profondément puis elle reprit sa tir
ade. On aurait dit qu'elle
avait attendu des années avant d'oser dire tout ce qu'elle avait sur
le cœur.

—Et puis, elle a rencontré ce Potter, à l'école, reprit-elle
, ils se sont mariés et tu es arrivé.
Moi, je savais bien que tu serais comme eux, aussi bizarre, aussi... ano
rmal... Et pour finir,
quelqu'un l'a fait exploser et on a hérité de toi !
Harry était devenu très pâle. Il mit un certain temps à retr
ouver sa voix.
—Exploser ? Vous m'avez toujours dit que mes parents étaient morts
dans un accident de
voiture !
—UN ACCIDENT DE VOITURE ? rugit Hagrid, en sursautant si violemment que les Dursley
retournèrent se terrer dans un coin de la cabane. Comment un simple a
ccident de voiture
aurait-il pu tuer Lily et James Potter ? C'est une insulte ! Un scandale
! Harry Potter ne
connaît même pas sa propre histoire, alors que dans notre monde, t
ous les enfants
connaissent son nom !
—Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Harry, avide
de savoir.
La colère disparut du visage de Hagrid. Il eut soudain l'air très
mal à l'aise.
Je ne m'attendais vraiment pas à ça, dit-il d'une voix inquiète
. Quand Dumbledore m'a
prévenu qu'il ne serait peut-être pas facile de te ramener, je ne
me doutais pas que n'étais au
courant de rien. Ah, Harry, je me demande si c'est moi qui suis le mieux
placé pour te révéler
tout ça, mais il faut bien que quelqu'un le fasse . Tu ne peux pas aller à Poudlard sans savoir...
Il lança un regard noir aux Dursley.
—Je vais essayer de te dire ce que je peux, mais je ne pourrai pas to
ut dire, il y a de trop
grands mystères derrière tout cela.
Il se laissa aller contre le dossier du canapé et contempla le feu pendant quelques instants
avant de commencer son récit.
—Toute l'histoire commence à cause d'un personnage qui s'appelle..
. c'est vraiment
incroyable que tu n'aies jamais entendu son nom alors que, dans notre mo
nde, chacun
connaît...
—Connaît qui ? demanda Harry.
—Je n'aime pas beaucoup prononcer son nom quand je peux l'éviter.
Personne n'aime ça.
—Pourquoi ?
—Nom d'une gargouille, Harry ! Tout le monde a encore peur. Ah, bougr
e de diable, c'est
tellement difficile ! Voilà: il y a eu un jour un sorcier qui... qui
a mal tourné... Très, très mal
tourne... Pire que ça, même. Pire que tout ce qu'on peut imaginer de pire. Il s'appelait...
Hagrid avala sa salive, mais aucun nom ne sortit de sa bouche.
—Vous pourriez peut-être l'écrire ? suggéra Harry.

—Non, je ne sais pas comment ça s'écrit. .. Bon, allons-y, il s
'appelait... Voldemort.
L'immense corps du géant fut parcouru d'un frisson.
—Ne m'oblige pas à le répéter, dit-il. Il y a une vingtaine
d'années, ce... ce sorcier a
commencé à chercher des adeptes. Et il a réussi à en avoir.
Certains l'ont suivi parce qu'ils
avaient peur, d'autres voulaient simplement profiter de son pouvoir, par
ce que, des pouvoirs,
il en avait ! C'était une sombre époque, Harry. On ne savait plus
à qui faire confiance, on
n'osait pas se lier d'amitié avec les sorciers ou les sorcières qu
'on ne connaissait pas bien... Il
s'est passé des choses terribles. Il prenait le pouvoir sur les autre
s. Oh, bien sûr, il y en avait
encore qui lui résistaient... mais il les tuait. Et d'une manière
effroyable. L'un des seuls
endroits où on était encore en sécurité, c'était Poudlard
. Je crois bien que Dumbledore était
le seul qui arrivait à faire peur à Tu-Sais-Qui. Il n'a jamais osé
s'attaquer à l'école, pas à ce
moment-là, en tout cas. Ton père et ta mère étaient d'excell
ents sorciers. Toujours premiers
de la classe à Poudlard, à l'époque où ils étaient étu
diants ! Le mystère, c'est pourquoi Tu-
Sais-Qui a attendu si longtemps pour essayer de les amener dans son camp
... sans doute
parce qu'ils étaient trop proches de Dumbledore pour avoir quelque ch
ose à faire dans le
monde des Ténèbres. Et puis il a fini par croire qu'il parviendrai
t à les convaincre... ou alors,
il voulait simplement se débarrasser d'eux. Tout ce qu'on sait, c'est
qu'il y a une dizaine
d'années, le jour de Halloween, il s'est rendu dans le village où vous habitiez tous les trois. Tu
avais à peine un an. Il est arrivé devant votre maison et.. et...
Hagrid sortit soudain un mouchoir à pois très sale et se moucha en
faisant un bruit de corne
de brume.
—Excuse-moi, dit-il, mais c'est tellement triste... Je connaissais to
n papa et ta maman et
c'étaient les gens les plus charmants qu'on puisse imaginer... Enfin, c'est comme ça... Tu-Sais-
Qui les a tués. Ensuite—et c'est là qu'est le vrai mystère—
il a essayé de te tuer aussi. Il
voulait sans doute faire le travail jusqu'au bout, ou alors il aimait tu
er tout simplement. Mais
il n'a pas réussi. Tu ne t'es jamais demandé d'où te venait la
cicatrice que tu as sur le front ?
Ce n'est pas une blessure ordinaire. C'est la trace du mauvais sort qu'i
l a lancé contre, toi, un
mauvais sort si puissant qu'il a détruit tes parents et leur maison.
Mais avec toi, ça n'a pas
marché, et c'est pour cette raison que tu es célèbre, Harry. Pe
rsonne n'a jamais pu lui
échapper parmi ceux qu'il avait décidé de tuer, personne sauf t
oi. Et pourtant, il a supprimé
quelques-uns des plus grands sorciers et sorcières de l'époque, le
s McKinnon, les Boncs, les
Prewett. Mais toi qui n'étais qu'un bébé, tu as survécu.
Il se passait quelque chose de très douloureux dans la tête de Har
ry. A mesure que Hagrid
approchait de la fin de son récit, il revoyait l'éclair de lumiè
re verte plus nettement que
jamais—et pour la première fois de sa vie, il se rappelait aussi u
n rire cruel, sonore, glacé.
Hagrid le regarda avec tristesse.
—C'est à moi que Dumbledore a confié la mission d'aller te cher
cher dans la maison en
ruine. Et c'est comme ça que je t'ai amené chez ces gens...
—Tout ça n'est qu'un monceau de fariboles, s'exclama l'oncle Verno
n.
Harry sursauta. Il avait presque oublié la présence des Dursley. L
'oncle Vernon semblait
avoir retrouvé tout son courage. Les poings serrés, il lançait
à Hagrid des regards furieux.

—Maintenant, écoute-moi bien, mon garçon, lança-t-il à Ha
rry. Je veux bien qu'il y ait chez
toi quelques bizarreries, mais il suffirait d'une bonne correction pour
arranger tout ça. Quant
à tes parents, c'étaient de drôles de zigotos, sans aucun doute
, et à mon avis, le monde se
porte beaucoup mieux depuis qu'ils ne sont plus là. Ils ont eu ce qu'
ils cherchaient, à force de
fréquenter ces espèces de magiciens. Je le savais bien, d'ailleurs
! J'étais sûr qu'ils finiraient
mal...
Hagrid bondit alors du canapé, tira de son manteau un vieux parapluie
rose passablement
délabré et le pointa sur l'oncle Vernon comme une épée.
—Je vous préviens, Dursley, rugit-il, je vous préviens... Un mo
t de plus et...
La perspective de se retrouver embroché au bout d'un parapluie par un
géant barbu fit perdre
tout son courage à l'oncle Vernon. Il s'aplatit contre le mur et n'osa plus dire un mot.
—J'aime mieux ça, dit Hagrid en respirant profondément.
Il se rassit sur le canapé qui s'écrasa contre le soi. Mais Harry
avait encore une foule de
questions à poser.
—Et qu'est-il arrivé à Vol... enfin, je veux dire à Vous-Sav
ez-Qui ?
—Bonne question, Harry. Il a tout simplement disparu. Il s'est volati
lisé la nuit même où il a
essayé de te tuer. Ce qui ajoute encore à ta réputation. Qu'est
-il devenu, lui qui semblait au
sommet de sa puissance ? Mystère. Certains disent qu'il est mort. A m
on avis, ce sont des
calembredaines. Je ne crois pas qu'il ait eu en lui quelque chose de suf
fisamment humain
pour mourir. D'autres pensent qu'il est toujours quelque part à atten
dre son heure, mais je n'y
crois pas non plus. Ceux qui s'étaient ralliés à lui sont reven
us de notre côté. Certains avaient
été plongés dans une sorte de transe. Je ne pense pas qu'ils au
raient réussi à s'arracher à lui
s'il était revenu. La plupart d'entre nous croient qu'il est toujours
vivant, mais qu'il a perdu
ses pouvoirs. Il est trop faible pour continuer. Il y a en toi quelque c
hose qui l'a détruit,
Harry. Cette nuit-là, il s'est passé un phénomène auquel il
ne s'attendait pas. Je ne sais pas ce
que c'était, personne ne le sait, mais tu as réussi à le réd
uire à rien.
Une lueur de respect et de sympathie brillait dans le regard de Hagrid, mais Harry, au lieu de
ressentir de la fierté, avait la certitude que tout cela n'était q
u'un terrible malentendu. Lui, un
sorcier ? Comment serait-ce possible ? Toute sa vie, il avait été
brutalisé par Dudley et
malmené par l'oncle Vernon et la tante Pétunia. S'il était vrai
ment un sorcier, pourquoi ne les
avait-il pas changés en crapauds chaque fois qu'ils l'enfermaient dan
s son placard ? S'il avait
été capable de vaincre le plus grand sorcier du monde, comment se
faisait-il que Dudley ait
pu le traiter comme un ballon de football ?
—Hagrid, dit-il, je crois que vous avez fait une erreur. Je ne suis p
as un sorcier.
A sa grande surprise, Hagrid éclata de rire.
—Pas un sorcier ? Rappelle-toi: il ne s'est jamais rien passé quan
d tu avais peur ou que tu
étais en colère ?

Harry contempla le feu dans la cheminée. Maintenant qu'il y pensait..
. Toutes ces choses
étranges qui rendaient furieux son oncle et sa tante s'étaient tou
jours produites lorsqu'il était
furieux, ou sous le coup d'une émotion... Poursuivi par la bande de D
udley, il s'était soudain
retrouvé hors de leur portée... Paniqué à l'idée d'aller
à l'école avec sa coupe de cheveux
ridicule, il avait réussi à faire repousser sa tignasse... Et la d
ernière fois que Dudley l'avait
frappé, ne s'était-il pas vengé, sans même s'en rendre compt
e, en lâchant sur lui le boa
constrictor ?
Harry leva à nouveau les yeux vers Hagrid. Il lui sourit et vit que l
e géant rayonnait.
—Tu vois ? dit Hagrid. Harry Potter, pas un sorcier ? Attends donc d'
être à Poudlard et tu
verras comme tu es célèbre !
Mais l'oncle Vernon ne voulait pas abandonner la partie.
—Je vous ai déjà dit qu'il n'ira pas là-bas, dit-il d'une vo
ix sifflante. Il fera ses études au
collège de son quartier et il nous en sera très reconnaissant. J'a
i lu ces lettres et j'ai vu toutes
les sottises qu'on l'obligeait à acheter, des grimoires, des baguette
s magiques, des...
—S'il a envie d'y aller, ce n'est pas un gros Moldu dans votre genre
qui pourra s'y opposer,
grogna Hagrid. Vous vous croyez suffisamment fort pour empêcher le fi
ls de Lily et James
Potter de faire ses études à Poudlard ? Vous êtes fou ! Il y es
t inscrit depuis sa naissance. Il
va étudier dans la meilleure école de sorcellerie du monde. Sept a
ns là-bas et il sera
transformé. Pour changer, il aura des camarades qui appartiennent au
même monde que lui,
et il étudiera avec l'un des plus grands maîtres que le collège
Poudlard ait jamais comptés,
Albus Dumbled...
—JE REFUSE DE PAYER UN SOU POUR QU'UN VIEUX CINGLÉ LUI APPRENNE DE
S
TOURS DE MAGIE ! s'écria l'oncle Vernon.
Mais cette fois, il était allé trop loin. Hagrid empoigna son para
pluie et le fit tournoyer au-
dessus de sa tête.
—JAMAIS PLUS ... INSULTER ... ALBUS ... DUMBLEDORE ... DEVANT ... MOI
...tonna-t-
il.
Il abattit le parapluie dans un sifflement et le pointa sur Dudley. Il y
eut un éclair violet, une
détonation comme un pétard qui explose et un petit cri aigu. Un in
stant plus tard, Dudley
dansait sur place en hurlant de douleur, les mains plaquées sur son v
olumineux postérieur.
Lorsqu'il leur tourna le dos, Harry vit qu'une petite queue de cochon en
tire-bouchon lui avait
poussé à travers son pantalon.
L'oncle Vernon laissa échapper un véritable rugissement, il attrap
a aussitôt Dudley et la
tante Pétunia et les entraîna dans l'autre pièce. Puis il jeta
un dernier regard terrifié à
Hagrid et claqua la porte.
Hagrid regarda le parapluie en se caressant la barbe.

—Je n'aurais pas dû m'énerver comme ça, dit-il d'un ton de r
egret. Mais de toute façon, ça
n'a pas marché. Je voulais le changer en cochon, mais il ressemble dé
jà tellement à un
cochon qu'il n'y avait pas grand-chose de plus à faire.
Il lança un regard oblique à Harry sous ses sourcils broussailleux
.
—Si tu pouvais éviter de raconter ça à qui que ce soit à
Poudlard, je t'en serais
reconnaissant, dit-il. Normalement, je ne suis pas censé faire de la
magie. On m'a simplement
donné l'autorisation de m'en servir un peu pour te retrouver et t'app
orter tes lettres. C'est
pour ça que j'étais tellement content qu'on me confie cette missio
n...
—Pourquoi n' êtes-vous pas censé faire de la magie ? demanda Ha
rry.
—Disons que... moi aussi, j'ai été élève à Poudlard, m
ais, euh... pour dire la vérité, on m'a
renvoyé... J'étais en troisième année. Ils ont cassé ma baguette magique en deux et tout ça...
Mais Dumbledore m'a permis de rester comme garde-chasse. Un grand homme,
Dumbledore.
—Pourquoi on vous a renvoyé ?
—Il se fait tard et on aura beaucoup de choses à faire demain, dit
Hagrid d'une voix forte. Il
faut qu'on aille en ville acheter tes livres et tout le reste.
Il ôta son grand manteau noir et le jeta à Harry.
—Tu n'as qu'à dormir là-dedans, dit-il. Ne t'inquiète pas s'
il remue un peu. Il doit y avoir un
ou deux loirs dans une des poches.

Chapitre 5
Le chemin de traverse
Harry se réveilla de bonne heure le lendemain matin. Il savait qu'il
faisait jour, mais il garda
les yeux fermés. Dans un demi-sommeil, il se demanda s'il n'avait pas
rêvé, si le géant nommé
Hagrid existait bien, s'il n'allait pas se retrouver dans son placard lo
rsqu'il ouvrirait les yeux.
Il entendit alors frapper des coups.
—C'est bien ce que je pensais, marmonna-t-il. Tout cela n'était qu
'un rêve. Voilà la tante
Pétunia qui cogne à la porte du placard pour me réveiller.
Tap ! Tap ! Tap !
Résigné, il ouvrit les yeux et se redressa. Le gros manteau de Hag
rid glissa de ses épaules et
il vit l'intérieur de la cabane illuminé de soleil. La tempête
avait cessé. Hagrid dormait
toujours sur le canapé écrasé et Harry aperçut un hibou qui
tapait d'une patte au carreau de
la fenêtre, un journal dans le bec.

Harry se leva en hâte. Il éprouvait une telle sensation de bonheur
qu'il avait l'impression de
sentir son corps flotter comme un ballon. Il se précipita sur la fenê
tre et l'ouvrit. Le hibou
entra aussitôt et laissa tomber le journal sur Hagrid qui ne se ré
veilla pas pour autant. Le
hibou se posa alors sur le manteau du géant et l'attaqua à coups d
e bec. Harry essaya de le
chasser, mais l'oiseau le menaça avec des claquements de bec féroc
es et continua de s'en
prendre au manteau.
—Hagrid ! s'écria Harry. Il y a un hibou...
—Paye-le, grommela Hagrid sans bouger de son canapé.
—Quoi ?
—Il veut qu'on le paye pour le journal. Regarde dans les poches.
Le manteau du géant semblait être constitué uniquement de poche
s—on y trouvait des
trousseaux de clés, du produit contre les limaces, des pelotes de fic
elle, des bonbons à la
menthe, des sachets de thé... Harry finit par dénicher une poigné
e de pièces de monnaie qui
lui semblèrent bizarres.
—Donne-lui cinq Noises, dit Hagrid d'une voix ensommeillée.
—Noises ?
—Les petites pièces en bronze.
L'oiseau tendit une patte et Harry déposa cinq Noises dans la petite
bourse qui y était
attachée. Le hibou s'envola aussitôt par la fenêtre.
—On ferait bien d'y aller, dit Hagrid qui se redressa avec un bâil
lement sonore. On a
beaucoup de choses à faire aujourd'hui. Il faut aller à Londres et
acheter tes affaires pour
l'école.
Harry retournait les pièces de monnaie entre ses mains. Il avait l'ai
r soudain préoccupé,
comme si le bonheur qu'il avait ressenti venait de crever comme un ballo
n.
—Heu... Hagrid ?
—Oui, répondit le géant en chaussant ses immenses bottes.
—Comment va-t-on faire pour acheter tout ça ? demanda-t-il. Je n'a
i pas d'argent et l'oncle
Vernon refuse de payer mes études de sorcier.
—Ne t'inquiète pas pour ça, répondit Hagrid en se levant. Tu
crois donc que tes parents ne
t'ont rien laissé ?
—Mais leur maison a été détruite...

—Ils ne gardaient pas leur or à la maison. On va commencer par s'a
rrêter chez Gringotts.
C'est la banque des sorciers. Mange donc une saucisse. Elles ne sont pas
mauvaises quand
elles sont froides. Et moi, je mangerais bien un morceau de ton gâtea
u d'anniversaire.
—Il y a des banques de sorciers ?
—Il n'y en a qu'une seule, c'est Gringotts. Elle est dirigée par d
es gobelins.
—Des gobelins ?
—Oui, et il faudrait être fou pour essayer de leur voler quoi que
ce soit. Gringotts est
l'endroit le plus sûr du monde. A part Poudlard, peut-être. De tou
te façon, je dois y passer,
Dumbledore m'a demandé d'aller lui chercher quelque chose là-bas.
Il me fait confiance pour
toutes les missions importantes, assura Hagrid avec fierté. Tu es prê
t ? Alors, viens.
Harry suivit Hagrid hors de la cabane. Le ciel était clair, à pré
sent et la mer étincelait sous le
soleil. La barque que l'oncle Vernon avait louée était toujours là
, inondée d'eau de pluie.
—Comment avez-vous fait pour arriver jusqu'ici ? demanda Harry en che
rchant des yeux une
autre embarcation.
—En volant, répondit Hagrid.
—En volant ?
—Oui, mais on va revenir en bateau. Maintenant que tu es avec moi, je
ne dois plus faire de
magie.
Ils s'installèrent dans la barque. Harry observait Hagrid en se deman
dant comment il pouvait
bien s'y prendre pour voler.
—C'est quand même un peu idiot de ramer, dit le géant en lanç
ant à Harry un regard de côté.
Si je m'arrange pour... accélérer un peu les choses, tu n'en parle
ras pas quand tu seras à
Poudlard ?
—Bien sûr que non, répondit Harry qui avait hâte de voir un
nouveau tour de magie.
Hagrid tapota alors de la pointe de son parapluie rose le bord de la barque et le bateau fila
aussitôt vers le rivage.
—Pourquoi est-ce qu'il faudrait être fou pour essayer de voler quelque chose chez Gringotts ?
demanda Harry.
—Ils n'ont pas leur pareil pour jeter des sorts, répondit Hagrid e
n dépliant son journal. On
dit même que ce sont des dragons qui gardent la salle des coffres. Et
en plus, ce n'est pas
facile d'y retrouver son chemin—Gringotts est à des kilomètres
en sous-sol, bien plus bas que
le métro de Londres. En imaginant que quelqu'un parvienne à y pren
dre quelque chose, il
finirait par mourir de faim en cherchant la sortie.

Harry resta assis en silence pendant que Hagrid lisait son journal, La G
azette du Sorcier.
Harry avait appris au contact de l'oncle Vernon qu'il ne fallait jamais
déranger quelqu'un qui
lit son journal, mais il avait tant de questions à poser qu'il éta
it très difficile de résister.
—Le ministère de la Magie a encore fait des bêtises, comme d'ha
bitude, marmonna Hagrid en
tournant les pages.
—Il y a un ministère de la Magie ? demanda Harry.
—Bien sûr. Ils voulaient nommer Dumbledore ministre, mais il ne qu
itterait Poudlard pour
rien au monde et c'est ce vieux gâteux de Cornelius Fudge qui a hé
rité du poste. Un vrai
gaffeur, celui-là. Chaque matin, il envoie un hibou à Dumbledore p
our lui demander conseil.
—Et ça sert à quoi, un ministère de la Magie ?
—Oh, ça sert surtout à garder nos secrets. Il ne faut pas que l
es Moldus sachent qu'il y a
toujours des mages et des sorcières d'un bout à l'autre du pays. Sinon, ils essaieraient de faire
appel à nous pour résoudre leurs problèmes. On préfère qu
'ils nous laissent tranquilles.
A ce moment, le bateau heurta en douceur le quai du port, Hagrid replia
son journal et ils
montèrent l'escalier de pierre qui menait à la rue.
Tout au long du chemin qui conduisait à la gare, les passants se reto
urnaient sur Hagrid : il
était deux fois plus grand que la moyenne et ne cessait de faire des
commentaires à haute voix
sur tout ce qu'il voyait.
—Regarde ça, disait-il en montrant des parcmètres. Les Moldus o
nt vraiment l'esprit tordu
pour inventer des trucs pareils !
Il marchait si vite que Harry avait du mal à suivre.
—C'est vrai qu'il y a des dragons chez Gringotts ? demanda-t-il, un p
eu essoufflé.
—C'est ce qu'on dit, assura Hagrid. Sac à méduses, j'aimerais b
ien avoir un dragon ! J'en
rêve depuis que je suis tout petit... Ah, on est arrivés.
Ils étaient devant la gare et il y avait un train pour Londres cinq m
inutes plus tard. Hagrid,
qui ne comprenait rien à « l'argent des Moldus » confia à Ha
rry le soin d'acheter les billets.
Dans le train, les passagers ouvraient des yeux ronds en voyant Hagrid.
Il occupait deux
sièges à lui tout seul et tricotait quelque chose qui ressemblait
à un chapiteau de cirque jaune
canari.
—Tu as toujours ta lettre, Harry ? demanda-t-il en comptant les maill
es. Regarde un peu la
liste des fournitures.
Harry prit dans sa poche l'enveloppe en parchemin. Elle contenait une au
tre feuille qu'il
n'avait pas remarquée auparavant. Il lut:
COLLÈGE POUDLARD—ÉCOLE DE SORCELLERIE

Uniforme
Liste des vêtements dont les élèves de première année devront obligatoirement être équipés:
1) Trois robes de travail (noires), modèle normal
2) Un chapeau pointu (noir)
3) Une paire de gants protecteurs (en cuir de dragon ou autre matière
semblable)
4) Une cape d'hiver (noire avec attaches d'argent)
Chaque vêtement devra porter une étiquette indiquant le nom de l'é
lève.

Livres et manuels
Chaque élève devra se procurer un exemplaire des ouvrages suivants
:
Livre des sorts et enchantements (niveau 1), par Miranda Fauconnette
Histoire de la magie, par Bathilda Tourdesac
Magie théorique, par Adalbert Lasornette
Manuel de métamorphose à l'usage des débutants, par Emeric G .
Changé
Mille herbes et champignons magiques, par Phyllida Augirolle
Potions magiques, par Arsenius Beaulitron
Vie et habitat des animaux fantastiques, par Norbert Dragonneau
Forces obscures: comment s'en protéger, par Quentin Jentremble.

Fournitures
1 baguette magique
1 chaudron (modèle standard en étain, taille 2)
1 boite de fioles en verre ou cristal
1 télescope

1 balance en cuivre
Les élèves peuvent également emporter un hibou OU un chat OU un
crapaud.

IL EST RAPPELÉ AUX PARENTS QUE LES ÉLÈVES DE PREMIÈRE ANNÉ
E NE SONT
PAS AUTORISES À POSSÉDER LEUR PROPRE BALAI.

—Et on peut trouver tout ça à Londres ? se demanda Harry à h
aute voix.
—Oui, quand on sait où aller, assura Hagrid.

Harry n'était encore jamais allé à Londres. Hagrid semblait con
naître son chemin mais, de
toute évidence, il n'avait pas l'habitude de se déplacer dans les
transports en commun. Il resta
coincé dans le portillon automatique du métro et se plaignit d'une
voix tonitruante que les
sièges étaient trop petits et les rames trop lentes.
—Je ne sais pas comment font les Moldus sans la magie, dit-il tandis
qu'ils escaladaient un
escalier roulant en panne qui menait à une rue animée bordée de
magasins.
Sur les trottoirs, la foule était dense, mais Hagrid était si gran
d qu'il n'avait aucun mal à se
frayer un chemin et Harry restait prudemment dans son sillage. Ils passè
rent devant des
librairies, des magasins de disques, des stands de hamburgers et des cin
émas, mais aucune
boutique ne semblait vendre des baguettes magiques. La rue dans laquelle
ils marchaient
paraissait aussi ordinaire que les passants qui les entouraient. Y avait
-il vraiment des
montagnes d'or magique enterrées à des kilomètres sous leurs pi
eds ? Y avait-il vraiment des
boutiques qui vendaient des grimoires et des balais volants ? N'était-ce pas plutôt une farce
énorme que lui avaient faite les Dursley ? Si Harry n'avait pas su qu
e les Dursley ne
possédaient pas le moindre sens de l'humour, il aurait pu le penser.
Mais même si tout ce que
lui avait raconté Hagrid jusqu'à maintenant était incroyable, H
arry ne pouvait s'empêcher de
lui faire confiance. Soudain, Hagrid s'arrêta net.
—C'est là, dit-il. Le Chaudron Baveur. Un endroit célèbre.
C'était un pub minuscule et miteux, coincé entre une grande librai
rie et une boutique de
disques. Si Hagrid ne le lui avait pas montré, Harry ne l'aurait jama
is remarqué, d'ailleurs,
personne d'autre n'y faisait attention, c'était comme si Hagrid et Ha
rry avaient été les seuls à
le voir. Lorsque le géant le fit entrer à l'intérieur, Harry fu
t surpris qu'un endroit célèbre
paraisse aussi sombre et misérable. De vieilles femmes étaient ass
ises dans un coin et
buvaient de petits verres de xérès. L'une d'elles fumait une longu
e pipe. Un petit homme en
chapeau haut de forme parlait à un barman chauve dont la tête ress
emblait à une noix
scintillante. Lorsque Harry et Hagrid entrèrent, la rumeur des conver
sations s'interrompit.
Tout le monde semblait connaître Hagrid; on lui adressait de toutes p
arts des signes de main
et des sourires.

—Comme d'habitude, Hagrid ? demanda le barman en tendant la main vers
une rangée de
verres.
—Peux pas, Tom. Je suis en mission pour Poudlard, répondit le gé
ant en donnant une tape
sur l'épaule de Harry dont les genoux fléchirent sous le choc.
—Seigneur Dieu, dit le barman en regardant Harry. C'est... Est-ce que
c'est vraiment ?...
Soudain, les clients du Chaudron Baveur ne dirent plus un mot, ne firent
plus un geste.
—Par le ciel, murmura le vieux barman. Harry Potter. Quel honneur !
Il se hâta de contourner le comptoir et se précipita sur Harry pou
r lui serrer la main. Il avait
les larmes aux yeux.
—Soyez le bienvenu, Mr Potter. Bienvenue parmi nous.
Harry ne savait quoi répondre. Tous les regards étaient tournés
vers lui. La vieille femme
continuait de tirer sur sa pipe sans se rendre compte qu'elle s'était
éteinte. Hagrid rayonnait.
Puis on entendit les chaises racler le plancher et, un instant plus tard
, Harry se trouva
entouré de gens qui tenaient à tout prix à lui serrer la main.
Pas un seul client du bar n'était
resté assis.
—Je suis Doris Crockford, Mr Potter, c'est extraordinaire de vous voi
r enfin.
—Je suis très fier de faire voire connaissance, dit quelqu'un d'au
tre.
—J'ai toujours rêvé de vous serrer la main, assura un troisiè
me. Je suis si ému.
—Je suis si honoré de faire votre connaissance, Mr Potter, dit un
quatrième. Je m'appelle
Diggle, Dedalus Diggle.
—Je vous ai déjà vu, répondit Harry tandis que le chapeau ha
ut de forme de Dedalus Diggle
tombait sous le coup de l'émotion. Vous m'avez salué un jour dans
un magasin.
—Il s'en souvient ! s'écria Diggle en regardant tout le monde auto
ur de lui. Vous avez
entendu ? Il s'en souvient !
Harry continuait à saluer tout le monde tandis que Doris Crockford ne
cessait de lui tendre la
main.
Un jeune homme au teint pâle s'avança, visiblement nerveux. L'une
de ses paupières était
agitée de tics.
—Professeur Quirrell ! s'exclama Hagrid. Harry, je te présente le
professeur Quirrell qui
sera un de tes maîtres à Poudlard.
—P... P... Potter ... balbutia le professeur en saisissant la main de
Harry V ... V... Vous ne
pou... pouvez pas savoir à... à quel point je suis heu... heu... h
eureux de vous rencontrer.

—Quelle matière enseignez vous, professeur ? demanda Harry.
—La dé... défense contre les for... forces du Mal, marmonna le
professeur Quirrell comme s'il
eût préféré ne pas en parler. Mais vous... vous... vous n'en
avez pas be ... besoin, P... P...
Potter.
Il eut un rire nerveux.
—Vous... vous êtes venu chercher vos fournitures ? Je ... je dois
moi-même a... acheter un
nouveau li... livre sur les vampires.
Cette perspective semblait le terrifier.
Les autres clients du bar n'avaient pas l'intention de laisser le profes
seur accaparer Harry, et
Hagrid eut toutes les peines du monde à se faire entendre.
—Il faut y aller, dit-il. Nous avons beaucoup de choses à acheter.

Doris Crockford lui serra la main une dernière fois et Hagrid l'entra
îna hors du bar, dans
une petite cour entourée de murs où il n'y avait que des poubelles
et quelques mauvaises
herbes.
—Je t'avais prévenu que tu étais célèbre, dit le géant
avec un grand sourire. Même le
professeur Quirrell était tout tremblant. Remarque, il n'arrête pa
s de trembler. Le pauvre.
C'est un esprit remarquable. Il allait très bien tant qu'il étudia
it dans les livres mais depuis
qu'il est allé rencontrer des vampires et des harpies dans la Forê
t noire, il a peur de tout,
même de ses élèves. Voyons, qu'est-ce que j'ai fait de mon para
pluie ? Ah, le voilà.
Hagrid compta les briques sur le mur, au-dessus des poubelles, puis il t
apota trois fois à un
endroit précis avec la pointe de son parapluie. La brique se mit alor
s à trembloter et un petit
trou apparut en son milieu, Le trou s'élargit de plus en plus et se t
ransforma bientôt en une
arcade suffisamment grande pour permettre à Hagrid de passer. Au-delà
, une rue pavée
serpentait devant eux à perte de vue.
—Bienvenue sur le Chemin de Traverse, dit Hagrid.
La stupéfaction de Harry le fit sourire. Ils franchirent l'arcade qui
disparut aussitôt sur leur
passage pour ne laisser derrière eux que le mur de pierre.
Le soleil brillait sur un étalage de chaudrons, devant un magasin. Un
e pancarte annonçait:
« Chaudrons—toutes tailles—cuivre, étain, argent—touillage automatique modèles pliables.
»
—Il va falloir t'en acheter un, dit Hagrid, mais on va commencer par
aller chercher ton
argent.
Harry aurait voulu avoir une demi-douzaine d'yeux supplémentaires, il
regardait de tous
côtés, en essayant de tout voir à la fois: les magasins, les é
tals, les gens qui faisaient leurs
courses. Une petite femme rondelette regardait la vitrine d'un apothicai
re en hochant la tête:

—Dix-sept Mornilles pour trente grammes de foie de dragon, c'est de l
a folie.. marmonna-t-
elle.
Un hululement s'éleva d'une boutique dont l'enseigne indiquait: « Au Royaume du Hibou—
hulottes, chouettes effraies, grands ducs, chouettes lapones. » Quelq
ues garçons de l'âge de
Harry avaient le nez collé contre une vitrine dans laquelle étaien
t exposés des balais volants.
—Regarde, dit l'un d'eux. Le nouveau Nimbus 2000. Encore plus rapide.

On vendait de tout dans les boutiques, des balais, des robes de sorcier,
des télescopes, des
foies de chauve-souris et des yeux d'anguille conservés dans des bari
ls, des piles de
grimoires, des plumes d'oie, des parchemins, des potions, des globes lun
aires.
—Ah, voilà Gringotts, dit enfin Hagrid.
Ils se trouvaient devant un grand bâtiment d'une blancheur de neige,
qui dominait les
boutiques alentour. Debout à côté du portail en bronze étinc
elant, vêtu d'un uniforme
écarlate, se tenait un...
—Eh oui, c'est un gobelin, dit Hagrid tandis qu'ils montaient les mar
ches de pierre blanche
qui menaient au portail.
Le gobelin avait environ une tête de moins que Harry. Il avait le tei
nt sombre, un visage
intelligent, une barbe en pointe, des pieds et des doigts longs et fins.
Lorsqu'ils pénétrèrent à
l'intérieur du bâtiment, le gobelin s'inclina sur leur passage. Il
s se retrouvèrent devant une
autre porte, en argent cette fois, sur laquelle étaient gravés ces
mots:


Entre ici étranger si tel est ton désir
Mais à l'appât du gain, renonce à obéir,
Car celui qui veut prendre et ne veut pas gagner,
De sa cupidité, le prix devra payer.
Si tu veux t'emparer, en ce lieu souterrain,
D'un trésor convoité qui jamais ne fut tien,
Voleur, tu trouveras, en guise de richesse,
Le juste châtiment de ta folle hardiesse.

—Comme je te l'ai dit, il faudrait être fou pour essayer de voler
quelque chose ici, dit Hagrid.
Deux autres gobelins s'inclinèrent devant eux et ils entrèrent dan
s un vaste hall tout en
marbre. Derrière un long comptoir, une centaine de gobelins étaien
t assis sur de hauts
tabourets, écrivant dans des registres, pesant des pièces de monna
ie sur des balances en
cuivre, examinant des pierres précieuses à la loupe.
Il y avait tant de portes aménagées dans le hall qu'il était in
utile d'essayer de les compter.
Certaines d'entre elles s'ouvraient de temps en temps pour laisser passe
r des clients escortés
par d'autres gobelins. Hagrid et Harry s'approchèrent du comptoir.

—Bonjour, dit Hagrid à un gobelin. On est venus prendre un peu d'a
rgent dans le coffre de
Mr Potter.
—Vous avez la clé, monsieur ? demanda le gobelin.
Hagrid commença à vider ses poches, répandant quelques biscuits
moisis sur le livre de
comptes du gobelin.
—La voilà, dit-il en montrant une minuscule clé d'or. J'ai auss
i une lettre du professeur
Dumbledore. C'est au sujet de Vous-Savez-Quoi, dans le coffre numéro
713.
Le gobelin examina la clé et lut attentivement la lettre.
—Très bien, dit-il, je vais vous faire accompagner dans la salle d
es coffres. Gripsec !
Un autre gobelin apparut et les conduisit aussitôt vers l'une des por
tes du hall.
—Qu'est-ce que c'est, le Vous-Savez-Quoi dans le coffre numéro 713
? demanda Harry.
—Ça, je ne peux pas te le dire, répondit Hagrid d'un air mysté
rieux. Très secret. Une affaire
qui concerne Poudlard. Dumbledore m'a confié une mission mais je n'ai
pas le droit d'en
parler.
Gripsec leur tenait la porte. Il les avait menés dans un étroit pa
ssage éclairé par des torches.
Harry fut surpris de ne pas voir de marbre. Le passage était en pente
raide et une voie ferrée
courait en son milieu. Le gobelin siffla. Aussitôt, un wagonnet s'app
rocha dans un bruit de
ferraille et vint s'arrêter devant eux. Lorsqu'ils y furent grimpé
s tous les trois—non sans
difficulté pour Hagrid—le wagonnet les emporta.
Tout d'abord, ils parcoururent un labyrinthe de galeries tortueuses, tournant sans cesse, à
droite, à gauche, sans que Gripsec ait besoin de manœuvrer le wago
nnet qui semblait
connaître son chemin.
Malgré le vent glacial, Harry ouvrait grand les yeux. Pendant un bref
instant, il remarqua un
jet de flammes au bout d'une galerie et il se demanda si c'était un d
ragon, mais le wagonnet
avait déjà bifurqué dans une autre direction. Ils s'enfoncèr
ent de plus en plus loin dans les
profondeurs et longèrent un lac souterrain bordé de stalactites et
de stalagmites.
—J'oublie toujours la différence entre stalactite et stalagmite, c
ria Harry pour couvrir le
bruit du wagonnet.
—Dans stalactite, il y a un « ti », répondit Hagrid. Et ne m
e pose pas de questions
maintenant, je commence à avoir mal au cœur.
Enfin, le wagonnet s'arrêta devant une petite porte. Le teint verdâ
tre, Hagrid alla s'appuyer
contre le mur, les genoux tremblants.
—Ça me rend malade de voyager là-dedans, dit-il d'une voix sour
de.

Gripsec ouvrit la porte. Un panache de fumée verte s'échappa aussi
tôt. Lorsqu'il fut dissipé,
Harry découvrit avec stupéfaction des Monceaux d'or, d'argent et d
e bronze qui s'entassaient
dans une chambre forte.
—Tout ça t'appartient, dit Hagrid avec un sourire.
C'était difficile à croire ! Dire que les Dursley n'avaient cessé
de reprocher à Harry de leur
coûter trop cher alors que, pendant tout ce temps, une petite fortune
l'attendait dans les sous-
sols du Londres ! Si l'oncle Vernon et la tante Pétunia l'avaient su.
..
Hagrid aida Harry à remplir un sac de pièces.
—Celles en or sont des Gallions, lui expliqua-t-il. En argent, ce son
t les Mornilles. Il y a dix-
sept Mornilles d'argent dans un Gallion d'or et vingt-neuf Noises de bro
nze dans une
Mornifle. C'est facile à retenir. Avec ça, tu auras de quoi couvri
r tes frais pendant l'année
scolaire. On va laisser le reste dans le coffre. Et maintenant, au numé
ro 713, s'il vous plaît,
ajouta-t-il en se tournant vers Gripsec. Et si on pouvait y aller un peu
moins vite...
—Désolé, monsieur, répondit le gobelin, la vitesse des wagon
nets n'est pas réglable.
Ils repartirent dans le labyrinthe en s'enfonçant encore davantage da
ns les entrailles de
Gringotts. La température devenait de plus en plus glaciale tandis qu
e le wagonnet continuait
sa course en prenant des virages à angle droit. Il passèrent par-d
essus un ravin et Harry se
pencha pour scruter ses profondeurs mais Hagrid le ramena en arrière
par la peau du cou.
La chambre forte numéro 713 ne possédait pas de serrure.
—Reculez un peu, dit Gripsec d'un air important.
Il caressa alors la porte du bout des doigts et elle disparut soudain co
mme si elle s'était
volatilisée.
—Si quiconque d'autre qu'un gobelin essayait d'ouvrir cette porte, il
serait aspiré au travers
et deviendrait prisonnier de la chambre forte.
Et vous vérifiez de temps en temps s'il n'y a pas quelqu'un à l'in
térieur ? demanda Harry.
—Tous les dix ans, environ, répondit Gripsec avec un sourire mauva
is.
Une chambre forte aussi bien protégée devait contenir un trésor
fabuleux, pensa Harry, mais
il fut déçu de constater qu'elle était vide. Seul un petit paqu
et grossièrement enveloppé dans
du papier kraft était posé sur le sol. Hagrid ramassa le paquet et
le fourra dans une poche
intérieure, tout au fond de son manteau. Malgré sa curiosité, H
arry renonça à poser des
questions: Hagrid n'était certainement pas disposé à lui rév
éler ce qu'il y avait dans le
paquet.
—Allez, on retourne dans le wagonnet infernal, soupira le géant. É
vite de me parler pendant
le voyage, il vaut mieux que je garde la bouche fermée.

Après une nouvelle course endiablée dans les profondeurs de Gringo
tts, ils se retrouvèrent
au-dehors, sous un soleil éclatant qui les fit cligner des yeux. Harr
y avait hâte de commencer
à dépenser son argent. Peu lui importait combien valaient les Gall
ions en livres sterling, tout
ce dont il était sûr, c'est qu'il n'avait jamais été aussi r
iche. Même Dudley n'avait jamais eu
autant d'argent à sa disposition.
—On va commencer par s'occuper de ton uniforme, dit Hagrid. C'est là
-bas.
Il montra un magasin dont l'enseigne indiquait: « Madame Guipure, prêt-à-porter pour
mages et sorciers ».
—Ça ne t'ennuie pas d'y aller tout seul ? demanda Hagrid qui sembl
ait encore un peu pâle. Je
te rejoins dans quelques minutes. J'ai besoin de prendre un petit remont
ant au Chaudron
Baveur. J'ai horreur des wagonnets de chez Gringotts.
Un peu intimidé, Harry entra donc seul dans la boutique.
Madame Guipure était une petite sorcière replète et souriante,
vêtue tout en mauve.
—C'est pour Poudlard, mon petit ? demanda-t-elle avant même que Ha
rry ait eu le temps de
parler. J'ai tout ce qu'il faut. Il y a un autre jeune homme qui est en
train d'essayer uniforme.
Au fond du magasin, un garçon au teint pâle, le nez en l'air, se t
enait debout sur un tabouret
tandis qu'une autre sorcière ajustait la longue robe qu'il avait revê
tue. Madame Guipure
installa Harry sur un deuxième tabouret et lui fit passer une autre r
obe de sorcier dont elle
entreprit d'épingler l'ourlet pour le mettre à la bonne longueur
—Salut, dit le garçon. Toi aussi, tu vas à Poudlard ?
—Oui, répondit Harry.
—Mon père est en train de m'acheter mes livres dans le magasin d'à
côté et ma mère est allée
me chercher une baguette magique à l'autre bout de la rue, dit le gar
çon d'une voix traînante.
Ensuite, je compte les emmener faire tour du côté des balais de co
urse. Je ne vois pas
pourquoi élèves de première année n'auraient pas le droit d'
avoir leur propre balai.
J'arriverai bien à convaincre mon père de m'en acheter un et je m'
arrangerai pour le faire
passer en douce au collège.
En l'écoutant parler, Harry ne pouvait s'empêcher de penser à D
udley.
—Et toi, tu as un balai ? poursuivi-t-il.
—Non, dit Harry.
—Tu joues au Quidditch ?
—Non, répéta Harry en se demandant ce que pouvait bien être
le « Quidditch ».
—Moi, oui. Mon père dit que ce serait un scandale si je n'étais
pas sélectionné dans l'équipe.
Tu sais dans quelle maison tu seras ?

—Aucune idée, répondit Harry, de plus en plus déconcerté.

—En fait, on ne peut pas vraiment savoir avant d'être sur place. Mais moi, je suis sûr d'aller à
Serpentard, toute ma famille y a toujours été. Tu t'imagines, se r
etrouver à Poufsouffle ? Je
préférerais m'en aller tout de suite.
—Mmmh... marmonna Harry, incapable de trouver une réponse plus per
tinente.
—Oh, dis donc, regarde un peu ce bonhomme ! dit soudain le garçon
avec un signe de tête en
direction de la vitrine du magasin.
Hagrid se tenait devant la boutique. Il adressa un sourire à Harry et
lui montra les deux
grosses crèmes glacées qu'il tenait à la main pour lui faire co
mprendre qu'il ne pouvait pas
entrer.
—C'est Hagrid, dit Harry, content de savoir quelque chose que le garç
on ignorait. Il travaille
à Poudlard.
—Ah oui, j'en ai entendu parler. C'est une sorte de domestique, non ?

—Il est garde-chasse, précisa Harry qui éprouvait de plus en pl
us d'antipathie pour le
garçon.
—C'est ça. On m'a dit que c'était une espèce de sauvage. Il
habite dans une cabane, dans le
parc de Poudlard, et il se soûle de temps en temps. Quand il est ivre
, il essaye de faire des
tours de magie et finit toujours par mettre le feu à son lit.
—Moi, je le trouve très intelligent, dit Harry avec froideur.
—Vraiment ? ricana le garçon. Qu'est-ce qu'il fait avec toi ? Où
sont tes parents ?
—Ils sont morts, dit Harry qui n'avait pas envie d'aborder ce sujet.
—Oh, désolé, dit l'autre qui n'avait pas l'air désolé du
tout. Mais ils étaient de notre monde,
non ?
—Ils étaient sorciers, si c'est ça que tu veux dire.
—A mon avis, Poudlard devrait leur être exclusivement réservé
. Ceux qui viennent d'autres
familles ne sont pas comme nous, ils n'ont pas eu la même éducatio
n. Certains d'entre eux
n'avaient même jamais entendu parler de Poudlard avant de recevoir le
ur lettre, tu te rends
compte ? Je pense que l'école ne devrait accepter que les enfants iss
us des vieilles familles de
sorciers. Au fait, comment tu t'appelles ?
—Et voilà, c'est fait, mon petit, interrompit Madame Guipure avant
qu'il ait eu le temps de
répondre.
Saisissant l'occasion pour mettre un terme à sa conversation avec le
garçon, Harry sauta du
tabouret.

—Nous nous reverrons à Poudlard, dit l'autre de sa voix traînan
te.
Harry ne dit pas grand-chose pendant qu'il mangeait la glace (chocolat-
fraise aux noisettes)
que Hagrid lui avait achetée.
—Quoi de neuf ? demanda le géant.
—Rien, mentit Harry.
Ils s'arrêtèrent dans une autre boutique pour acheter du parchemin et des plumes d'oie. Harry
fut ravi de découvrir qu'on pouvait acheter de l'encre qui changeait
de couleur en écrivant.
—C'est quoi, le Quidditch ? demanda Harry lorsqu'ils furent sortis du
magasin.
—Nom d'un vampire ! J'oublie toujours que tu n'es au courant de rien.
Tu ne sais même pas
ce qu'est le Quidditch !
—Je sais que j'ai l'air idiot, répondit Harry.
Il parla à Hagrid du garçon au teint pâle qu'il avait vu chez M
adame Guipure.
—Et il a dit que les enfants de famille moldue ne devraient pas êt
re admis à Poudlard...
—Tu ne viens pas d'une famille moldue. S'il savait qui tu es... Il a
dû entendre parler de toi
souvent s'il appartient à une famille de sorciers—tu t'en es rendu
compte au Chaudron
Baveur. D'ailleurs, qu'est-ce qu'il en sait, certains des meilleurs é
lèves que j'ai vus étaient les
seuls sorciers d'une longue lignée de Moldus. Regarde ta mère, par
exemple ! Et regarde qui
elle avait comme sœur !
—Alors, c'est quoi, le Quidditch ?
—C'est le sport des sorciers. Dans notre monde, on est tous passionné
s de Quidditch, un peu
comme les Moldus avec le football. Ça se joue avec quatre balles et l
es joueurs volent sur des
balais. Difficile à expliquer en quelques mots.
—Et qu'est-ce que c'est que Serpentard et Poufsouffle ?
—Ce sont les noms de deux maisons de Poudlard. En tout, il y en a qua
tre. Tout le monde dit
que les cancres sont nombreux à Poufsouffle, mais...
—Je parie que j'irai à Poufsouffle, dit Harry, résigné.
—Mieux vaut Poufsouffle que Serpentard. Tous les sorciers qui ont mal
tourné sont passés
par Serpentard. Tu-Sais-Qui, par exemple.
—Vol... pardon, Vous-Savez-Qui était à Poudlard ?
—Oui, il y a bien des années.

Ils entrèrent dans une librairie qui s'appelait Fleury et Bott pour a
cheter les manuels
scolaires. Sur les étagères s'entassaient jusqu'au plafond des liv
res gros comme des pavés,
reliés en cuir, d'autres pas plus gros qu'un timbre-poste et recouver
ts de soie, des livres
remplis de symboles étranges et quelques autres encore dont les pages
étaient blanches.
Même Dudley, qui ne lisait jamais rien, aurait eu envie de les ouvrir
. Hagrid dut presque
traîner Harry pour l'arracher à Sorts et contre-sorts (ensorcelez
vos amis et stupéfiez vos
ennemis avec les sortilèges de l'âne chauve, Jambencoton, Langue d
e plomb et bien d'autres
encore) par le professeur Vindictus Viridian.
—J'aimerais bien jeter un sort à Dudley, dit Harry. Il doit bien y
avoir un livre qui explique
comment faire ?
—Ce ne serait pas une mauvaise idée, répondit Hagrid, mais il v
aut mieux éviter d'utiliser la
magie dans le monde des Moldus, sauf dans des cas exceptionnels. De tout
es façons, tu n'en
sais pas encore assez pour jeter des sorts. Tu as encore beaucoup de cho
ses à apprendre
avant d'en arriver là.
Harry n'eut pas non plus la permission d'acheter un gros chaudron en or
(« il faut qu'il soit
en étain », assura Hagrid) mais il fit l'acquisition d'un télescope pliable et d'une jolie bala
nce
pour peser les ingrédients entrant dans la composition des potions. P
uis ils allèrent faire un
tour dans la boutique de l'apothicaire qui fascina Harry en dépit de l'odeur pestilentielle qui y
régnait, un mélange d'œufs pourris et de choux avariés. Des tonneaux contenant des
substances gluantes s'alignaient sur le sol. Disposés sur des étag
ères, on voyait des bocaux
remplis d'herbes, de racines séchées et de poudres brillantes. Des
plumes d'oiseaux, des
crochets de serpents, des serres de rapaces pendaient du plafond. Pendan
t que Hagrid
demandait à l'apothicaire les ingrédients de base nécessaires à
la fabrication de potions,
Harry examina des cornes argentées de licornes à vingt et un Gallions pièce et de minuscules
yeux de scarabées d'un noir brillant (cinq Noises la poignée).
Ils continuèrent leurs emplettes dans les boutiques qui s'alignaient
le long de la rue et bientôt,
il ne resta plus que la baguette magique à acheter.
—Il faut aussi que je t'offre un cadeau pour ton anniversaire, ajouta
Hagrid.
Harry se sentit rougir.
—Vous n'êtes pas obligé, dit-il.
—Je le sais bien, mais je veux t'offrir un animal. Pas un crapaud, le
s crapauds ne sont plus à
la mode, on se moquerait de toi. Ni un chat, les poils de chat me font é
ternuer. Je vais
t'acheter un hibou. Tous les enfants veulent des hiboux, ils sont trè
s utiles, on peut s'en servir
pour le courrier.
Vingt minutes plus tard, Harry sortit du magasin de hiboux avec une gran
de cage à l'intérieur
de laquelle une magnifique chouette aux plumes blanches comme la neige d
ormait
paisiblement, la tête sous l'aile. Harry en bégayait de reconnaiss
ance. On aurait cru entendre
le professeur Quirrell.

—Ce n'est rien, répondit Hagrid d'un ton bourru. J'imagine que tu
n'as jamais eu beaucoup
de cadeaux, chez les Dursley. Maintenant, il ne nous reste plus qu'à
aller chez Ollivander, la
meilleure boutique de baguettes magiques. Il te faut ce qu'il y a de mie
ux,
Une baguette magique... le rêve de Harry.
La dernière boutique dans laquelle ils pénétrèrent était
étroite et délabrée. Au-dessus de la
porte, des lettres d'or écaillées indiquaient: « Ollivander—
Fabricants de baguettes magiques
depuis 382 avant J.-C. » Dans la vitrine poussiéreuse, une simple
baguette de bois était
exposée sur un coussin pourpre un peu râpé.
A leur entrée, une clochette retentit au fond de la boutique. L'inté
rieur était minuscule, Une
unique chaise de bois mince était réservée aux clients et Hagri
d s'y assit en attendant. Harry
éprouvait une étrange sensation, comme s'il venait d'entrer dans u
ne bibliothèque
particulièrement austère. Il renonça à poser toutes les ques
tions qui lui venaient à l'esprit et
se contenta d'observer les milliers de boîtes étroites qui s'entas
saient presque jusqu'au
plafond. Il sentit un frisson dans la nuque. La poussière et le silen
ce du lieu semblaient
receler une magie secrète.
—Bonjour, dit une voix douce.
Harry sursauta. La chaise sur laquelle Hagrid était assis craqua bruy
amment et il se leva
d'un bond.
Un vieil homme se tenait devant eux. Ses grands yeux pâles brillaient
comme deux lunes dans
la pénombre de la boutique.
—Bonjour, dit Harry, mal à l'aise.
—Ah, oui, oui, bien sûr, dit l'homme. Je pensais bien que j'allais
vous voir bientôt, Harry
Potter. Vous avez les yeux de votre mère. Je me souviens quand elle e
st venue acheter sa
première baguette, j'ai l'impression que c'était hier. 25,6 centim
ètres, souple et rapide, bois
de saule. Excellente baguette pour les enchantements.
Mr Ollivander s'approcha de Harry. Les yeux argentés du vieil homme a
vaient quelque chose
d'angoissant.
—Votre père, en revanche, avait préféré une baguette d'ac
ajou, 27,5 centimètres. Flexible.
Un peu plus puissante remarquablement efficace pour les métamorphoses
. Enfin, quand je dis
que votre père l'avait préférée... en réalité, c'est b
ien entendu la baguette qui choisit son
maître.
Mr Ollivander était si près de Harry à présent que leurs nez
se touchaient presque. Harry
distinguait son reflet dans les yeux couleur de brume du vieil homme.
—Ah, c'est ici que...
D'un doigt long et blanc, Mr Ollivander toucha la cicatrice en forme d'éclair sur le front de
Harry.

—J'en suis désolé, mais c'est moi qui ai vendu la baguette responsable de cette cicatrice, dit-il
d'une voix douce, 33,75 centimètres. En bois d'if. Une baguette puiss
ante, très puissante, et
entre des mains maléfiques... Si j'avais su ce que cette baguette all
ait faire en sortant d'ici...
Il hocha la tête puis, au grand soulagement de Harry, il se tourna ve
rs Hagrid.
—Rubeus ! Rubeus Hagrid ! Quel plaisir de vous revoir...
—C'était du chêne, 40 centimètres, plutôt flexible, n'est
-ce pas ?
—En effet, dit Hagrid.
—Une bonne baguette. Mais ils ont dû la casser en deux quand vous
avez été exclu du
collège ? demanda Mr Ollivander d'un ton soudain grave.
—Euh... oui... oui, c'est ça,.. répondit Hagrid, mal à l'ais
e. Mais j'ai gardé les morceaux,
ajouta-t-il d'une voix plus assurée.
—J'imagine que vous ne vous en servez pas ? interrogea sèchement M
r Ollivander.
—Oh, non, bien sûr que non, monsieur, répondit précipitammen
t Hagrid.
Harry remarqua que ses mains s'étaient crispées sur le parapluie r
ose.
—Mmmmmm, marmonna Mr Ollivander en jetant à Hagrid un regard perç
ant, Bien,
revenons à vous, Mr Potter. Voyons un peu...
Il sortit de sa poche un mètre ruban avec des marques en argent.
—De quelle main tenez-vous la baguette ? demanda
—Euh... je suis droitier, répondit Harry.
—Tendez le bras. Voilà.
Il mesura le bras de Harry, de l'épaule jusqu'au bout des doigts, pui
s du poignet jusqu'au
coude, puis la hauteur de l'épaule jusqu'aux pieds, puis du genou à
l'aisselle et enfin, il prit
son tour de tête.
—Chaque baguette de chez Ollivander renferme des substances magiques
très puissantes, Mr
Potter. Nous utilisons du poil de licorne, des plumes de phénix ou de
s ventricules de cœur de
dragon. Et de même qu'on ne trouve pas deux licornes, deux dragons ou
deux phénix
exactement semblables, il n'existe pas deux baguettes de chez Ollivander
qui soient
identiques. J'ajoute, bien entendu, qu'aucune autre baguette magique ne
vous donnera des
résultats aussi satisfaisants que les nôtres.
Le vieil homme alla prendre des boîtes disposées sur des étagè
res tandis que le mètre ruban
continuait tout seul de prendre les dernières mesures nécessaires—
l'écartement des narines,
notamment.

—Ça ira comme ça, dit l'homme, et le mètre ruban tomba en un
petit tas sur le sol. Essayez
donc celle-ci, Mr Potter, Elle est en bois de hêtre et contient du ve
ntricule de dragon, 22,5
centimètres. Très flexible, agréable à tenir en main. Prenez
-la et agitez-la un peu.
Harry prit la baguette et la fit tournoyer légèrement en se sentan
t parfaitement idiot. Mais Mr
Ollivander la lui arracha presque aussitôt des mains et lui en fit es
sayer une autre.
—Bois d'érable et plume de phénix, 17,5 centimètres, très
flexible, Essayez...
Harry l'essaya mais à peine avait-il levé la baguette que Mr Olliv
ander la lui arracha
également des mains.
—Non, plutôt celle-ci, bois d'ébène et crin de licorne, 21,2
5 centimètres, très souple. Allez-y,
essayez.
Harry l'essaya, puis une autre encore. Il ne comprenait pas ce que voula
it Mr Ollivander.
Bientôt, il y eut un monceau de baguettes magiques posées sur la c
haise en bois mince, mais
aucune ne convenait.
—Un client difficile, commenta Mr Ollivander d'un air satisfait. Mais
nous finirons bien par
trouver celle qui vous convient. Voyons celle-ci. Une combinaison origin
ale: bois de houx et
plume de phénix, 27,5 centimètres. Facile à manier, très sou
ple.
Harry prit la baguette et sentit aussitôt une étrange chaleur se r
épandre dans ses doigts, Il la
leva au-dessus de sa tête, puis l'abaissa en la faisant siffler dans
l'air. Une gerbe d'étincelles
rouge et or jaillit alors de l'extrémité de la baguette, projetant
sur les murs des lueurs
mouvantes. Hagrid applaudit en poussant une exclamation enthousiaste.
—Bravo ! s'écria Mr Ollivander. Très bien, vraiment très bie
n. Etrange... très étrange...
Il reprit la baguette et la remit dans sa boîte qu'il enveloppa de pa
pier kraft en continuant de
marmonner: « Etrange... vraiment étrange... »
—Excusez-moi, dit Harry, mais qu'est-ce qui est étrange ?
Le vieil homme fixa Harry de ses yeux pâles.
—Je me souviens de chaque baguette que j'ai vendue, Mr Potter, rép
ondit-il. Or, le phénix sur
lequel a été prélevée la plume qui se trouve dans votre bagu
ette a également fourni une autre
plume à une autre baguette. Il est très étrange que ce soit pré
cisément cette baguette qui vous
ait convenu, car sa sœur n'est autre que celle qui... qui vous a fait
cette cicatrice au front.
Harry avala sa salive avec difficulté.
—L'autre faisait 33,75 centimètres. Elle était en bois d'if. Cu
rieux, vraiment, la façon dont les
choses se produisent. Souvenez-vous, c'est la baguette qui choisit son s
orcier, pas le
contraire... Je crois que vous avez un bel avenir, Mr Potter... Après
tout, Celui-Dont-On-Ne-
Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom a fait de grandes choses, des choses terribles
, certes, mais
quelle envergure !

Harry frissonna. Il n'était pas sûr d'éprouver une grande sympa
thie pour Mr Ollivander. Il
paya les sept Gallions que coûtait la baguette et le vieil homme les
raccompagna jusqu'à la
porte de sa boutique.

Lorsque Hagrid et Harry reprirent le Chemin de Traverse dans l'autre sen
s, le soleil
descendait déjà vers l'horizon. Ils franchirent le mur en sens inv
erse et traversèrent à
nouveau Le Chaudron Baveur, vide à cette heure.
Harry ne dit pas un mot lorsqu'ils retournèrent dans la rue. Dans le
métro, il ne remarqua
même pas les autres passagers qui les regardaient bouche bée en vo
yant tous leurs paquets
aux formes bizarres et la chouette blanche qui somnolait sur ses genoux.
Ils montèrent un
autre escalier mécanique et arrivèrent à la gare de Paddington.
Il fallut que Hagrid tapote
l'épaule de Harry pour que celui-ci réalise enfin qu'ils étaien
t arrivés.
—On a le temps d'avaler quelque chose avant le départ du train, di
t Hagrid.
Il offrit à Harry un hamburger et ils allèrent s'asseoir sur des s
ièges en plastique pour
manger. Harry ne cessait de regarder autour de lui. Tout lui paraissait
si étrange.
—Ça va Harry ? demanda Hagrid. Tu ne dis rien.
Harry ne savait pas très bien comment s'expliquer. Il avait eu le plu
s bel anniversaire de sa
vie, et pourtant...
—Tout le monde pense que je suis quelqu'un d'exceptionnel, dit-il enf
in en mâchonnant sa
viande caoutchouteuse. Tous ces gens au Chaudron Baveur, le professeur Q
uirrell, Mr
Ollivander... Mais moi, je sais bien que je ne connais rien à la magi
e. Comment peuvent-ils
croire que j'ai un bel avenir ? Je suis célèbre, mais je ne me rap
pelle pas pourquoi. Je n'ai
aucune idée de ce qui s'est produit quand Vol... pardon... je veux di
re le soir où mes parents
sont morts.
—Ne t'inquiète pas, Harry, répondit Hagrid avec un sourire bien
veillant, tu apprendras très
vite. A Poudlard, tout le monde commence au même niveau. Tu t'en sort
iras très bien. Reste
toi-même, c'est tout. Je sais que c'est difficile. Tu as été ch
oisi et c'est toujours difficile. Mais
tu seras très content à Poudlard. Moi aussi, j'étais content...
Et je le suis toujours...
Hagrid accompagna Harry jusqu'au train qui devait le ramener chez les Du
rsley, puis il lui
donna une enveloppe.
—Ton billet pour Poudlard, dit-il. 1 er septembre, gare de King's Cross, tout est écrit sur le
billet. Si jamais tu as un problème avec les Dursley, envoie-moi une
lettre avec ta chouette.
Elle saura où me trouver. A bientôt, Harry.
Le train s'ébranla. Harry voulait regarder Hagrid jusqu'à ce qu'il
soit hors de vue. Il se leva
de son siège et colla le nez contre la vitre, mais le temps de cligne
r des yeux, Hagrid avait
disparu.

Chapitre 6
Rendez-vous sur la voie 9 ¾
Le dernier mois que Harry passa chez les Dursley n'eut rien de très a
musant. Dudley avait à
présent si peur de lui qu'il ne voulait jamais se trouver dans la mê
me pièce. Quant à l'oncle
Vernon et à la tante Pétunia, ils avaient tout simplement décidé de ne plus lui adresser la
parole. Ils ne l'enfermaient plus dans son placard, ne le forçaient plus à faire quoi que ce soit,
ne le réprimandaient même plus. D'une certaine manière, c'ét
ait mieux qu'avant, mais un peu
déprimant malgré tout.
Harry restait donc dans sa chambre en compagnie de sa chouette qu'il ava
it baptisée
Hedwige, un nom trouvé dans son Histoire de la magie. Il passait ses
journées à lire ses
manuels scolaires tandis qu'Hedwige allait se promener, sortant et rentr
ant par la fenêtre
ouverte. Fort heureusement, la tante Pétunia ne venait plus faire le
ménage car Hedwige ne
cessait de ramener des cadavres de souris. Tous les soirs avant de se co
ucher, Harry barrait
un jour sur le calendrier de fortune qu'il avait fait lui-même sur un
morceau de papier
accroché au mur. Il attendait le 1er septembre.
La veille du jour où il devait partir à Poudlard, Harry descendit
voir l'oncle Vernon pour lui
demander s'il voulait bien le conduire à la gare le lendemain.
Dans le salon, les Dursley regardaient un jeu télévisé et il to
ussota pour signaler sa présence.
En le voyant, Dudley poussa un hurlement et sortit de la pièce en cou
rant.
—Heu... Oncle Vernon ?
L'oncle Vernon grogna pour indiquer qu'il l'avait entendu.
—Heu... Il faudrait que je sois à la gare de King's Cross demain p
our... pour aller à
Poudlard.
L'oncle Vernon grogna à nouveau.
—Est-ce que tu voudrais bien m'y conduire ?
Grognement. Harry pensa que c'était sa façon de dire oui.
—Merci.
Il s'apprêtait à remonter l'escalier lorsque l'oncle Vernon se mit
à parler.
—Drôle de façon d'aller dans une école de sorcie rs, le train. Les tapis volants sont en panne ?
Harry ne répondit rien.
—D'ailleurs, où se trouve-t-elle, cette école ?

—Je ne sais pas, dit Harry en prenant conscience pour la première
fois de son ignorance à ce
sujet. Je dois prendre le train à la gare de King's Cross à onze h
eures, sur la voie 9 ¾,
ajouta-t-il en regardant le billet que Hagrid lui avait donné.
Son oncle et sa tante l'observèrent avec des yeux ronds.
—La voie combien ?
—9 ¾.
—Ne dis pas de bêtises, dit l'oncle Vernon. La voie 9 ¾ n'exist
e pas.
—C'est écrit sur mon billet.
—Ils sont tous fous ! décréta l'oncle Vernon. Enfin, tu as de l
a chance, je devais de toute
façon aller à Londres demain matin.
—Pour le travail ? demanda Harry, essayant d'être aimable.
—Non, j'emmène Dudley à l'hôpital. Il faut lui faire enlever
cette queue en tire-bouchon avant
qu'il entre au collège.

Le lendemain, Harry se réveilla dès cinq heures du matin et s'habi
lla d'un jean. Inutile de se
faire remarquer en revêtant une robe de sorcier ! Il se changerait da
ns le train. Il jeta un
coup d'œil à sa liste pour s'assurer qu'il n'avait rien oublié,
vérifia qu'Hedwige était bien
enfermée dans sa cage puis fit les cent pas dans la chambre en attend
ant que les Dursley se
réveillent. Deux heures plus tard, l'oncle Vernon chargea son énor
me valise pleine de livres
et de fournitures scolaires dans le coffre de la voiture et ils prirent
la direction de Londres
après que la tante Pétunia eut convaincu Dudley qu'il n'y avait au
cun danger à s'asseoir à
côté de Harry.
A dix heures et demie, ils étaient devant King's Cross. L'oncle Verno
n mit la grosse valise sur
un chariot et accompagna Harry jusqu'à l'entrée des voies.
—Et voilà, mon garçon, dit-il. La voie 9 est ici, la voie 10 ju
ste à côté. J'imagine que la tienne
doit se trouver quelque part entre les deux, mais j'ai bien peur qu'elle
ne soit pas encore
construite.
Il avait raison, bien sûr. Il y avait un gros chiffre en plastique au
-dessus de chacun des deux
quais et rien du tout au milieu.
—Bon voyage !
Et l'oncle Vernon repartit vers la voiture sans ajouter un mot. Harry se
retourna et vit les
Dursley repartir dans leur voiture en éclatant de rire. La gorge sè
che, Harry se demanda ce
qu'il allait bien pouvoir faire. La chouette enfermée dans sa cage in
triguait les autres
voyageurs et il sentait des regards se tourner vers lui.

Il demanda à un employé où se trouvait le train à destinatio
n de Poudlard, mais l'homme
n'avait jamais entendu ce nom.
Harry étant incapable de lui dire dans quelle région l'endroit é
tait situé, l'employé s'énerva,
croyant qu'il se moquait de lui. Harry n'osa pas parler de la voie 9 ¾
, il se contenta de
demander d'où partait le train de onze heures mais l'employé lui r
épondit qu'aucun train ne
partait à cette heure-là et il s'éloigna en maudissant tous ces
gens qui lui faisaient perdre son
temps.
Harry s'efforça de ne pas céder à la panique. La grosse horloge
, au-dessus du tableau des
arrivées, lui indiqua qu'il lui restait dix minutes avant le dépar
t du train mais il ne savait
absolument pas comment faire pour y monter. Il était seul au milieu d
e la gare, avec une
valise qu'il pouvait à peine soulever, la poche pleine d'argent qui n
'avait cours que chez les
sorciers et une grande cage avec une chouette à l'intérieur.
Il se demanda si Hagrid n'avait pas oublié de lui dire quelque chose
d'important sur la façon
dont il devait s'y prendre pour trouver son train, comme lorsqu'il avait
tapé sur la troisième
brique à gauche pour pénétrer sur le Chemin de Traverse. Il se
demandait s'il convenait de
sortir sa baguette magique pour en tapoter le composteur situé entre
les deux quais lorsqu'il
entendit un groupe de voyageurs parler derrière lui.
—La gare est pleine de Moldus, il fallait s'y attendre, dit une voix.

Harry fit aussitôt volte-face. Une petite femme replète parlait à
quatre garçons aux cheveux
roux flamboyants. Chacun des garçons poussait un chariot sur lequel é
tait posée une grosse
valise semblable à celle de Harry. Et chacun d'eux avait un hibou.
Le cœur battant, Harry alla se placer derrière eux avec son propre
chariot et décida de les
suivre. Il était suffisamment près pour entendre ce qu'ils disaien
t.
—C'est quoi, le numéro de la voie ? demanda la mère des quatre
garçons.
—9 ¾, dit une fillette également rousse qui tenait la main de l
a petite femme replète. Moi
aussi, je veux aller à Poudlard.
—Tu n'es pas encore assez grande, Ginny, ce sera pour plus tard. Vas-
y, Percy, passe le
premier.
Celui qui semblait être l'aîné des quatre garçons se dirigea
vers les voies 9 et 10, Harry
l'observa attentivement, mais un groupe de touristes arriva au même m
oment et lui boucha la
vue. Lorsque le dernier touriste fut passé, le garçon avait dispar
u.
—Fred, à toi maintenant, dit la mère.
—Fred, c'est pas moi, moi, c'est George, dit le garçon. Franchemen
t, tu crois que c'est digne
d'une mère de confondre ses enfants ? Tu ne vois pas que je suis Geor
ge ?
—Désolée, mon chéri.
—C'était pour rire, dit le garçon. En fait, Fred, c'est moi..

Il s'avança à son tour vers les voies tandis que son frère jume
au lui disait de se dépêcher. Et
il se dépêcha si bien qu'un instant plus tard, il avait disparu. L
e troisième garçon se volatilisa
de la même manière, sans que Harry comprenne comment il s'y éta
it pris.
—Excusez-moi, dit alors Harry à la petite femme replète.
—Toi, je parie que c'est la première fois que tu vas à Poudlard
, Ron aussi est nouveau, dit la
femme en montrant son plus jeune fils, un grand dadais avec de grands pi
eds, de grandes
mains et des taches de rousseur.
—C'est... c'est ça, dit Harry et je ... je ne sais pas comment on
fait pour...
—Ne t'inquiète pas, dit la femme. Il suffit de marcher droit vers
la barrière qui est devant toi,
entre les deux tourniquets. Ne t'arrête pas et n'aie pas peur de te c
ogner, c'est très important.
Si tu as le trac, il vaut mieux marcher très vite. Vas-y, passe devan
t Ron.
—Euh... oui, d'accord... dit Harry.
Il fit tourner son chariot et regarda la barrière entre les voies 9 e
t 10. Elle paraissait très
solide.
Il s'avança alors en poussant son chariot et marcha de plus en plus v
ite, bousculé par les
voyageurs qui se hâtaient vers les voies 9 et 10. Penché sur son c
hariot, il se mit à courir. La
barrière se rapprochait dangereusement. Trop tard pour freiner, à
présent. Il n'était plus qu'à
cinquante centimètres. Il ferma les yeux et attendit le choc.
Mais il n'y eut pas de choc. Il continua de courir sans rencontrer aucun
obstacle et lorsqu'il
rouvrit les yeux, il vit une locomotive rouge le long du quai où se p
ressait une foule compacte.
Au-dessus de sa tête, une pancarte signalait: « Poudlard Express—
11 heures ». En regardant
derrière lui, Harry vit une grande arche de fer forgé à la plac
e de la barrière et des
tourniquets. Un panneau indiquait: « Voie 9 ¾ ». Il avait ré
ussi à trouver son train.
De la fumée s'échappait de la locomotive et se répandait au-des
sus de la foule, des chats de
toutes les couleurs se glissaient çà et là entre les jambes des
passagers et la rumeur des
conversations était ponctuée par le bruit des valises traîné
es sur le quai et des ululements que
les hiboux échangeaient d'un air grognon.
Les premiers wagons étaient déjà pleins d'élèves. Certain
s, penchés aux fenêtres, bavardaient
avec leurs parents pendant que d'autres se battaient pour une place assi
se. Harry poussa son
chariot le long du quai, à la recherche d'une place libre. Il passa d
evant un garçon au visage
joufflu qui disait:
—Grand-mère, j'ai encore perdu mon crapaud.
—Neville ! soupira la vieille dame.
Un petit groupe se pressait autour d'un garçon coiffé avec des dre
adlocks.
—Allez, montre-nous ça, Lee, vas-y.

Le garçon souleva le couvercle de la boîte qu'il tenait dans les m
ains et tout le monde se mit à
hurler en voyant surgir une longe patte velue.
Harry se fraya un chemin parmi la foule jusqu'au dernier wagon où il
trouva enfin un
compartiment vide. Il posa d'abord la cage d'Hedwige à l'intérieur
du wagon, puis il essaya
de hisser sa valise sur le marchepied mais il ne parvint qu'à la lais
ser tomber sur son pied.
—On peut t'aider ? demanda l'un des jumeaux roux qu'il avait suivis à
travers la barrière.
—Je veux bien, répondit Harry, le souffle court.
—Hé, Fred, viens nous donner un coup de main.
Avec l'aide des jumeaux, Harry parvint à s'installer avec sa valise d
ans un coin du
compartiment libre.
—Merci, dit Harry en relevant d'un doigt une mèche de cheveux trem
pés de sueur.
—Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda soudain l'un des jumeaux en
montrant la cicatrice en
forme d'éclair.
—Ça alors ! s'exclama l'autre frère, ce ne serait pas...
—Si, c'est sûrement lui, dit le premier jumeau. C'est bien ça ?
ajouta-t-il à l'adresse de Harry.
—Quoi ? demanda celui-ci.
—Harry Potter, dirent en chœur les deux frères.
—Oui, oui, c'est lui, répondit Harry. Enfin, je veux dire... c'est
moi.
Les deux frères le regardèrent bouche bée et Harry se sentit ro
ugir. Puis, à son grand
soulagement, une voix retentit à la porte du wagon.
—Fred ? George ? Vous êtes là ?
—On arrive, M'man.
Après avoir jeté un dernier coup d'œil à Harry, les jumeaux
se hâtèrent de redescendre sur le
quai.
Harry s'assit dans le coin près de la fenêtre. A demi-caché, il
pouvait observer et entendre la
famille aux cheveux roux sans être vu. La mère venait de sortir so
n mouchoir.
—Ron, dit-elle, tu as quelque chose sur le nez.
Le plus jeune des quatre frères essaya de se dérober mais sa mè
re l'attrapa par le bras et se
mit à lui frotter le bout du nez.
—M'man ! Laisse-moi tranquille ! dit-il en parvenant à se dégag
er.

—Ma parole, le petit Ron à sa maman a quelque chose sur son nez ?
dit l'un des jumeaux.
—Ferme-la, répliqua Ron.
—Où est Percy ? demanda leur mère.
—Il arrive.
L'aîné des garçons apparut, la démarche décidée. Il av
ait déjà revêtu la robe noire de
Poudlard et Harry remarqua, épinglé sur sa poitrine, un petit insi
gne brillant qui portait la
lettre P.
—Je ne peux pas rester très longtemps, Maman, dit-il. Je dois alle
r à l'avant du train, les
préfets ont un compartiment réservé.
—Tu es préfet, Percy ? dit l'un de jumeaux avec surprise. Tu aurai
s dû nous prévenir, on n'en
savait rien.
—Attends, je crois bien qu'il nous en a soufflé un mot, une fois,
dit l'autre jumeau.
—Peut-être même deux fois.
—Maintenant que tu me le rappelles, je crois même qu'il nous en a parlé pendant une minute
entière.
—Et même pendant tout l'été, à bien y réfléchir...
—Ça suffit, dit Percy le préfet.
—Comment ça se fait que Percy ait une robe neuve ? s'étonna l'u
n des jumeaux.
—Parce qu'il est préfet, répondit leur mère d'une voix ém
ue. Fais bon voyage, mon chéri, et
envoie-moi un hibou quand tu seras arrivé.
Elle embrassa Percy sur la joue et celui-ci s'éloigna. Elle se tourna
ensuite vers les jumeaux.
—Vous deux, vous allez être sages, cette année ! lança-t-ell
e. Si jamais je reçois un hibou qui
me dit que vous avez fait exploser les toilettes...
—Faire exploser les toilettes ? On n'a jamais fait ça.
—Mais c'est une bonne idée. Merci, M'man !
—Et occupez-vous bien de Ron.
—Ne t'en fais pas, le petit Ron à sa maman n'aura rien à craind
re avec nous.
—Ça suffit, dit Ron.

Il était presque aussi grand que les jumeaux et son nez était tout
rose à l'endroit où sa mère
l'avait frotté.
—Hé, M'man, devine qui on vient de voir dans le train ? dit l'un d
es jumeaux.
Harry se blottit un peu plus dans son coin pour être sûr qu'ils ne
le voient pas.
—Le petit brun qui était à côté de nous, à la gare ? T
u sais qui c'est ?
—C'est qui ?
—Harry Potter !
Harry entendit la voix flûtée de la petite fille.
—Oh, M'man, je peux monter dans le train pour aller le voir ? demanda
-t-elle.
—Tu l'as déjà vu, répondit sa mère, et d'ailleurs, ce pau
vre garçon n'est pas une bête curieuse
qu'on va voir au zoo. Comment tu sais que c'est lui, Fred ?
—Je lui ai demandé. J'ai vu sa cicatrice. Elle a vraiment la forme
d'un éclair.
—Pauvre petit, pas étonnant qu'il soit tout seul, je me disais bie
n.—Il était tellement poli
quand il m'a demandé où se trouvait le quai.
—Tu crois qu'il se souvient de la tête qu'avait Tu-Sais-Qui ?
Leur mère devint soudain grave.
—Je t'interdis de lui poser cette question, Fred. Il n'a vraiment pas
besoin qu'on lui rappelle
ça pour son premier jour d'école.
Un sifflet retentit.
—Dépêchez-vous, dit la mère.
Les trois garçons montèrent dans le wagon. Percy, l'aîné, é
tait déjà parti s'installer en tête du
train. En voyant partir ses frères, la petite fille se mit à pleur
er.
—T'en fais pas, lui dit l'un des jumeaux par la fenêtre verte. On
t'enverra plein de hiboux.
—Et un siège de toilettes de Poudlard, ajouta son frère.
—George ! s'indigna sa mère.
—C'était pour rire, M'man.
Le train s'ébranla. Harry vit la mère des garçons faire de gran
ds signes de la main tandis que
la petite sœur, pleurant riant à la fois, courait le long du quai
pour suivre le wagon. Lorsque
le train prit de la vitesse, Harry regarda la mère et la fillette dev
enir de plus en plus petites,

puis disparaître. Les maisons qui bordaient la voie défilaient dev
ant la fenêtre du
compartiment. Harry éprouvait un sentiment d'excitation. Il ne savait pas ce qui l'attendait,
mais c'était certainement mieux que ce qu'il laissait derrière lui
.
La porte du compartiment s'ouvrit et le plus jeune des frères aux che
veux roux entra.
—La place est libre ? demanda-t-il en montrant le siège en face de
Harry. Les autres
compartiments sont pleins.
Harry hocha la tête et le garçon s'assit. Il je ta un coup d'œil à Harry puis se tourna du côté de
la fenêtre d'un air indifférent. Il avait toujours une tache noire
sur le bout du nez.
—Hé, Ron.
Les jumeaux étaient de retour.
—On va dans le wagon du milieu, dit l'un. Lee Jordan a une tarentule
géante, on va aller voir
ça.
—D'accord, marmonna Ron.
—Harry, dit l'autre jumeau, je ne sais plus si nous nous sommes pré
sentés. Fred et George
Weasley. Et lui, c'est Ron, notre frère. A plus tard.
Les jumeaux s'en allèrent après avoir refermé la porte du compa
rtiment.
—C'est vrai que tu es Harry Potter ? demanda brusquement Ron.
Harry confirma d'un signe de tête.
—Je m'étais dit que c'était peut-être une blague de Fred ou
George. Et tu as vraiment cette...
tu sais, la...
Il pointa le doigt vers le front de Harry. Celui-ci releva sa mèche pour lui montrer la cicatrice
en forme d'éclair. Ron la contempla avec des yeux ronds.
—Alors, c'est là que Tu-Sais-Qui...
—Oui, dit Harry, mais je ne m'en souviens pas.
—Vraiment pas ? demanda avidement Ron.
—Je me souviens d'une lumière verte éblouissante, c'est tout.
—Eh ben, dis donc...
Il fixa Harry pendant quelques instants puis, comme s'il s'était soud
ain rendu compte de ce
qu'il faisait, il regarda à nouveau par la fenêtre.

—Ils sont tous sorciers dans ta famille ? demanda Harry qui s'inté
ressait autant à Ron que
Ron à lui.
—Oui, je crois, répondit Ron. Il paraît que M'man a un cousin q
ui est comptable, mais on ne
parle jamais de lui à la maison.
—Alors tu dois être déjà très fort en magie.
Les Weasley étaient certainement l'une de ces vieilles familles de so
rciers auxquelles faisait
allusion le garçon au visage pâle qu'il avait rencontré sur le
Chemin de Traverse.
—J'ai entendu dire que tu avais vécu dans une famille de Moldus. I
ls sont comment, ces gens-
là ?
—Horribles, répondit Harry. Enfin, pas tous. En tout cas, ma tante, mon oncle et mon cousin
sont abominables. J'aurais bien voulu avoir trois frères sorciers.
—Cinq, rectifia Ron.
Son visage s'était soudain assombri.
—Je suis le sixième à aller à Poudlard, dans la famille. J'a
i intérêt à être à la hauteur. Bill et
Charlie, mes deux frères aînés, ont déjà fini leurs ét
udes. Bill était Préfet en chef et Charlie
capitaine de l'équipe de Quidditch. Maintenant, c'est Percy qui est p
réfet.
—Préfet ? Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Harry.
—C'est un élève chargé de maintenir la discipline, répond
it Ron. Une sorte de pion... Tu ne
savais pas ça ?
—Je ne suis pas beaucoup sorti de chez moi, confessa Harry.
—Fred et George font pas mal de bêtises, poursuivit Ron, mais ils
ont de bonnes notes et tout
le monde les trouve très drôles. Et moi, on voudrait que je fasse
aussi bien que les autres,
mais même si j'y arrive, personne ne s'en apercevra, parce que je ser
ai le sixième à le faire et
on trouvera ça normal. Quand on a cinq frères, on n'a jamais rien
de neuf. J'ai les vieilles
robes de sorcier de Bill, la vieille baguette magique de Charlie et le v
ieux rat de Percy.
Ron sortit de sa poche un gros rat gris qui dormait.
—Il s'appelle Croûtard et il ne sert à rien. Il dort tout le te
mps. Mon père a offert un hibou à
Percy quand il a été nommé préfet, mais il n'avait pas les m
oyens de... Enfin, je veux dire,
c'est moi qui ai hérité de Croûtard.
Les oreilles de Ron devinrent écarlates, comme s'il avait eu le senti
ment d'en avoir trop dit et
il détourna la tête.
Harry ne voyait pas pourquoi il aurait fallu se sentir honteux de n'avoi
r pas les moyens
d'acheter un hibou. Lui-même n'avait jamais eu d'argent jusqu'au mois
dernier et il raconta à
Ron qu'il devait se contenter de porter les vieux vêtements de Dudley
.

—Jusqu'à ce que Hagrid me l'annonce, je ne savais pas que j'éta
is un sorcier, je ne savais
même rien de mes parents, ni de Voldemort.
Ron laissa échapper une exclamation étouffée.
—Tu as prononcé le nom de Tu-Sais-Qui ! dit-il d'un air à la fo
is choqué et admirait. Je
pensais que tu serais le dernier à...
—Ce n'est pas pour faire le malin, dit Harry. Simplement, je ne me su
is pas encore habitué à
ne pas dire son nom. J'ai beaucoup de choses à apprendre... Je suis s
ûr que je serai le plus
mauvais élève de ma classe.
—Oh non, dit Ron d'un ton rassurant. Il y a plein d'élèves qui
ont vécu dans des familles de
Moldus et ils apprennent très vite.
Le train était sorti de Londres, à présent. Pendant un long mom
ent, ils restèrent silencieux,
contemplant les vaches et les moutons qui paissaient dans les prés, l
e long de la voie.
Vers midi et demi, ils entendirent un chariot tintinnabuler dans le couloir du wagon et une
jeune femme souriante fit glisser la porte du compartiment.
—Vous désirez quelque chose, les enfants ? demanda-t-elle en montr
ant les marchandises
disposées sur le chariot.
Harry, qui n'avait pas pris de petit déjeuner, se leva d'un bond. Ron
, les oreilles à nouveau
écarlates, marmonna qu'il avait apporté des sandwiches. Pour la pr
emière fois de sa vie,
Harry avait les poches pleines d'argent et il était décidé à
s'en servir pour s'acheter autant de
barres de chocolat qu'il lui plairait. Mais en examinant les friandises
que vendait la jeune
femme, il s'aperçut qu'elles lui étaient totalement inconnues. Jam
ais il n'avait entendu parler
des Dragées surprises de Bertie Crochue, des Ballongommes du Bullard,
des
Chocogrenouilles, des Patacitrouilles, des Fondants du Chaudron ou des B
aguettes magiques
à la réglisse. Comme il ne voulait rien manquer, il acheta un peu
de tout et donna à la jeune
femme les onze Mornilles et sept Noises qu'elle lui demanda.
Ron ouvrit de grands yeux lorsque Harry revint avec ses acquisitions et
les étala sur la
banquette.
—Tu as faim ? dit Ron.
—Je suis affamé, dit Harry en mordant avidement dans un Patacitrou
ille.
Ron était en train de déballer un paquet qui contenait quatre sand
wiches. Il en prit un et fit la
grimace.
—Ma mère oublie toujours que j'ai horreur du corned-beef, soupira-
t-il.
—Si tu veux, je te l'échange contre ce qui te plaira.
—Il ne faut surtout pas manger ça, c'est tout sec, dit Ron. Ma mè
re n'a pas beaucoup le temps
de faire la cuisine, nous sommes cinq enfants à la maison.

—Vas-y, sers-toi, proposa Harry, ravi de pouvoir partager quelque cho
se avec quelqu'un
pour la première fois de sa vie. C'est quoi, ça ? demanda-t-il en
montrant un paquet de
Chocogrenouilles. Ce ne sont pas de vraies grenouilles, j'espère ?
—Non, mais regarde la carte qui est à l'intérieur, j'en fais co
llection. Il me manque Agrippa.
—La carte ?
—Dans chaque paquet de Chocogrenouille, il y a une carte sur un sorci
er ou une sorcière
célèbre. J'en ai déjà cinq cents, mais il m'en manque encore
quelques-unes, Agrippa et
Ptolémée, par exemple.
Harry ouvrit un paquet de Chocogrenouille et trouva la carte. Elle montr
ait la photo d'un
homme avec des lunettes en demi-lune, un long nez aquilin, une chevelure
argentée, une
barbe et une moustache. Sous le portrait était écrit le nom du per
sonnage: Albus
Dumbledore.
—C'est lui, Dumbledore ? s'exclama Harry
—Ne me dis pas que tu n'en as jamais entendu parler ? Tiens, passe-mo
i un autre
Chocogrenouille, j'y trouverai peut-être une carte qui me manque.
Harry retourna la carte et lut:
« ALBUS DUMBLEDORE, ACTUEL DIRECTEUR DU COLLEGE POUDLARD.
Considéré par beaucoup comme le plus grand sorcier des temps moder
nes, Dumbledore s'est
notamment rendu célèbre en écrasant en 1945 le mage Grindelwald, de sinistre mémoire. Il
travailla en étroite collaboration avec l'alchimiste Nicolas Flamel e
t on lui doit la découverte
des propriétés du sang de dragon. Les passe-temps préféré
s du professeur Dumbledore sont
le bowling et la musique de chambre. »
Harry regarda à nouveau la photo et fut stupéfait de constater que
Dumbledore avait disparu.
—Il est parti ! s'écria-t-il.
—Tu ne voudrais pas qu'il reste là toute la journée, dit Ron. M
ais ne t'en fais pas, il va
revenir. Oh non, je suis encore tombé sur Morgane. J'en avais déjà
six... Tu la veux ? Tu
pourras commencer une collection.
Ron regarda avec envie la pile de Chocogrenouilles qui attendaient d'ê
tre ouverts.
—Vas-y, sers-toi, dit Harry, Tu sais, chez les Moldus, les gens reste
nt immobiles sur leurs
photos, expliqua-t-il.
—Ah bon ? Ils ne vont jamais faire un tour ? demanda Ron, étonné
. Ça, c'est vraiment
bizarre.
Harry vit alors Dumbledore reprendre sa place sur la photo et lui adress
er un petit sourire.
Ron avait beaucoup plus de plaisir à manger les Chocogrenouilles qu'à
regarder les portraits

des sorcières et sorciers célèbres mais Harry, lui, n'arrivait
pas à en détacher les yeux.
Bientôt, en plus de Dumbledore et de Morgane, il trouva les cartes de
Hengist, de Woodcroft,
d'Alberic Grunnion, de Circé, de Paracelse et de Merlin. Il s'arracha enfin à la contemplation
de la druidesse Cliodna qui se grattait le nez pour ouvrir un sachet de
Dragées surprises de
Bertie Crochue.
—Fais attention avec ça, dit Ron. On peut vraiment avoir des surpr
ises en mangeant ces
trucs-là. Il y a toutes sortes de parfums. Si tu as de la chance, tu peux avoir chocolat, menthe
ou orange, mais parfois, on tombe sur épinards ou foie et tripes. Geo
rge dit qu'un jour il en a
eu un au sang de gobelin.
Ron prit une dragée verte, l'examina attentivement et en mordit prude
mment l'extrémité.
—Beuârk ! s'exclama-t-il. Du chou de Bruxelles !
Pendant un bon moment, ils s'amusèrent à manger les Dragées sur
prises. Harry tomba sur
divers parfums, toast grillé, noix de coco, haricots blancs, fraise,
curry, gazon, café, sardine.
Il eut même le courage d'en goûter une qui avait une étrange co
uleur grise et que Ron refusa
de toucher. C'était une dragée au poivre.
Après avoir traversé des paysages de campagne aux champs bien dess
inés, le train abordait à
présent une région plus sauvage, avec des forêts, des collines,
des rivières qui serpentaient
parmi les arbres.
Quelqu'un frappa à la porte du compartiment et le garçon joufflu q
ue Harry avait déjà vu sur
le quai 9¾ entra. Il avait l'air de pleurer.
—Vous n'auriez pas vu un crapaud ? demanda-t-il.
Ils firent « non » de la tête.
—Je l'ai perdu, se lamenta le garçon. Il n'arrête pas de s'é
chapper.
—Il va sûrement revenir, dit Harry.
—Oui, soupira le garçon d'un air accablé. Mais si tu le vois...

Et il sortit.
—Je me demande pourquoi il s'inquiète tellement, dit Ron. Si j'ava
is un crapaud, je ferais tout
mon possible pour le perdre. Remarque, je n'ai rien à dire, avec Croû
tard.
Pendant tout ce temps, le rat de Ron avait continué de dormir sur les
genoux de son maître.
—Il pourrait aussi bien être mort, on ne verrait pas la différe
nce, soupira Ron. Hier, j'ai
essayé de lui jeter un sort, je voulais changer sa couleur en jaune p
our le rendre un peu plus
drôle, mais ça n'a pas marché. Je vais te montrer. Regarde...
Il fouilla dans sa valise et en sortit une vieille baguette magique tout
abîmée. Quelque chose
de blanc brillait à son extrémité.

—Elle est tellement vieille que le poil de licorne commence à sort
ir.
Au moment où il brandissait sa baguette, le garçon qui avait perdu
son crapaud revint à la
porte du compartiment, accompagné d'une fille vêtue de sa robe de
Poudlard.
—Vous n'auriez pas vu un crapaud ? Neville a perdu le sien, dit la fi
lle.
Elle avait d'épais cheveux bruns ébouriffés, de grandes dents e
t un ton autoritaire.
—On n'a rien vu du tout, répondit Ron.
Mais la fille ne l'écoutait pas. Elle regardait la baguette magique q
u'il tenait à la main.
—Tu étais en train de faire de la magie ? demanda-t-elle. On va vo
ir si ça va marcher.
Elle s'assit sur la banquette. Ron sembla pris au dépourvu. Il s'é
claircit la gorge.
—Bon, dit-il, allons y:

Soleil, jonquille et canari,
Que ce gros gras rat gris
En jaune soit colorié
De la tête jusqu'aux pieds.
Il agita sa baguette, mais rien ne se produisit. Croûtard était to
ujours aussi gris et n'avait
même pas ouvert un œil.
—C'est ça que tu appelles jeter un sort ? dit la fille. Pas trè
s brillant, comme résultat. Moi,
j'ai essayé de jeter des sorts pour m'entraîner et à chaque foi
s, ça a marché. Personne n'est
sorcier dans ma famille, j'ai eu la surprise de ma vie en recevant ma le
ttre, mais j'étais
tellement contente ! On m'a dit que c'était la meilleure école de
sorcellerie. J'ai déjà appris
par cœur tous les livres qui sont au programme, j'espère que ce se
ra suffisant pour débuter.
Ah, au fait, je m'appelle Hermione Granger, et vous ?
Elle avait dit tout cela très rapidement, sans reprendre souffle. Har
ry jeta un coup œil à Ron
et fut soulagé. Son expression stupéfaite montrait que lui non plu
s n'avait pas appris par cœur
tous les livres du programme.
—Je m'appelle Ron Weasley, marmonna Ron.
—Moi, c'est Harry Potter, dit Harry.
—C'est vrai ? s'exclama Hermione. Je sais tout sur toi, j'ai lu quelq
ues livres supplémentaires
pour ma culture générale et je peux te dire qu'on parle de toi dan
s Histoire de la magie
moderne, Grandeur et décadence de la magie noire et Les Grands Evé
nements de la
sorcellerie au XX
e siècle.
—Ah bon ? dit Harry, abasourdi.

—Tu ne savais pas ? Si c'était à moi que c'était arrivé,
j'aurais lu tous les livres où on en
parlait, dit Hermione. Vous savez dans quelle maison vous serez ? Moi, j
'espère bien aller
chez les Gryffondor, ça m'a l'air d'être la meilleure. On m'a dit
que Dumbledore y a fait
toutes ses études, mais les Serdaigle ne doivent pas être mal non
plus. Enfin, bon, on va
essayer de retrouver le crapaud de Neville. Vous feriez bien de mettre v
os robes de sorcier,
vous deux, on ne va pas tarder à arriver.
Et elle s'en alla en emmenant le garçon joufflu abandonné par son
crapaud.
—J'espère en tout cas qu'elle ne sera pas dans la même maison q
ue moi, celle-là, dit Ron un
rangeant sa baguette magique dans sa valise. Complètement idiot, ce s
ortilège. C'est George
qui me l'a appris, il devait savoir que ça ne marchait pas.
—Tu pourrais m'en dire un peu plus sur les maisons de Poudlard ? dema
nda Harry.
—L'école est divisée en quatre maisons, répondit Ron. Les é
lèves sont répartis dans chaque
maison selon leur personnalité. Il y a les Gryffondor, les Serdaigle,
les Serpentard et les
Poufsouffle.
—Et tes frères, ils sont dans quelle maison ?
—Gryffondor, dit Ron.
Cette fois encore, son visage s'assombrit.
—Mon père et ma mère y étaient aussi. Je me demande ce qu'il
s diront si jamais je n'y suis
pas. J'imagine que ce ne serait pas trop grave si je me retrouvais chez
les Serdaigle, mais si
jamais ils me mettent chez les Serpentard... C'était là qu'étai
t Tu-Sais-Qui.
—Vol... je veux dire, Tu-Sais-Qui a fait ses études à Serpentar
d ?
—C'était il y a très longtemps.
Ron se laissa aller contre la banquette. La conversation sur les maisons
de Poudlard semblait
le démoraliser complètement.
—On dirait que le bout des moustaches de Croûtard a un peu jauni,
dit Harry pour changer
de sujet. Qu'est-ce qu'ils font, tes frères aînés, depuis qu'il
s ont fini leurs études ?
Il se demandait ce que pouvait bien devenir un sorcier une fois ses dipl
ômes en poche.
—Charlie est en Roumanie pour faire des recherches sur les dragons et
Bill est en Afrique, en
mission pour Gringotts. A propos de Gringotts, tu es au courant de ce qu
i s'est passé ? Il y a
tout un article dans La Gazette du sorcier, mais j'imagine qu'on ne lit
pas ça chez les Moldus.
Des voleurs ont forcé un coffre.
Harry ouvrit de grands yeux.
—Et qu'est-ce qui leur est arrivé ?

—Rien, ils ne se sont pas fait prendre, c'est pour ça qu'on en par
le tellement. Mon père dit
qu'il faut être un grand expert en magie noire pour s'introduire chez
Gringotts, mais
apparemment, ils n'ont rien emporté. C'est bizarre. Bien sûr, quan
d ce genre de chose arrive,
tout le monde a peur que Tu-Sais-Qui soit dans le coup.
Harry retourna dans sa tête la nouvelle qu'il venait d'apprendre. Il
commençait à ressentir un
frisson de crainte chaque fois qu'on lui parlait de Vous-Savez-Qui. C'é
tait sans doute la
conséquence de son entrée dans le monde magique. Il se sentait bea
ucoup moins à l'aise
qu'au temps il pouvait prononcer le nom de Voldemort sans s'inquiéter
.
—C'est quoi, ton équipe de Quidditch préférée ? demanda R
on.
—Heu... Je ne connais pas les équipes, avoua Harry.
—Quoi ? s'exclama Ron, abasourdi. Tu ne sais rien du Quidditch ? C'es
t le plus beau jeu du
monde !
Il entreprit alors de lui en expliquer les règles, les quatre balles
en jeu, les différents postes
occupés par les joueurs. Il lui raconta les plus beaux matches qu'il
avait vus en compagnie de
ses frères et lui décrivit en détail le balai volant qu'il aura
it aimé acheter s'il avait eu assez
d'argent pour ça. Il était en train de lui expliquer les aspects l
es plus complexes du jeu
lorsque la porte du compartiment s'ouvrit à nouveau. Cette fois-ci, c
e n'étaient ni Neville, ni
Hermione Granger.
Trois élèves de Poudlard entrèrent et Harry reconnut parmi eux
le garçon au teint pâle dont
il avait fait la connaissance dans la boutique de vêtements de Madame
Guipure. Cette fois, il
regardait Harry avec beaucoup plus d'intérêt que lors de leur prem
ière rencontre.
—Alors, c'est vrai ? lança-t-il. On dit partout que Harry Potter s
e trouve dans ce
compartiment. C'est toi ?
—Oui, dit Harry.
Il regarda les deux autres garçons. Tous deux étaient solidement b
âtis et avaient l'air féroce.
Debout de chaque côté du garçon au teint pâle, ils avaient l
'air de gardes du corps.
—Lui, c'est Crabbe et l'autre, c'est Goyle, dit le garçon d'un air
détaché. Moi, je m'appelle
Malefoy, Drago Malefoy.
Ron eut une toux discrète qui ressemblait à un ricanement. Drago M
alefoy tourna les yeux
vers lui.
—Mon nom te fait rire ? Inutile de te demander le tien.
—Mon père m'a dit que tous les Weasley ont les cheveux roux, des t
aches de rousseur et
beaucoup trop d'enfants pour pouvoir les nourrir.
Il se tourna à nouveau vers Harry.

—Fais bien attention à qui tu fréquentes, Potter. Si tu veux é
viter les gens douteux, je peux te
donner des conseils.
Malefoy lui tendit la main, mais Harry refusa de la serrer.
—Je n'ai besoin de personne pour savoir qui sont les gens douteux, di
t-il avec froideur.
Les joues pâles du garçon rosirent légèrement,
—Si j'étais toi, je serais un peu plus prudent, Potter, dit-il len
tement. Si tu n'es pas plus poli,
tu vas finir comme tes parents. Eux aussi ont manqué de prudence. Si
tu trames avec de la
racaille comme les Weasley ou ce Hagrid, ils finiront par déteindre s
ur toi.
Harry et Ron se levèrent en même temps. Le visage de Ron était
aussi rouge que ses cheveux.
—Répète un peu ça, dit-il.
—Vous voulez vous battre, tous les deux ? lança Malefoy avec mé
pris.
—Vous feriez mieux de filer d'ici, dit Harry en s'efforçant de par
aître plus assuré qu'il ne
l'était, car Crabbe et Goyle étaient beaucoup plus grands que Ron
et lui.
—Oh, mais on n'a pas du tout l'intention de s'en aller, pas vrai, les
gars ? On a fini toutes nos
provisions et vous avez l'air d'en avoir encore.
Goyle tendit la main vers les Chocogrenouilles qui se trouvaient à cô
té de Ron. Ron se jeta
aussitôt sur lui, mais avant qu'il ait pu toucher son adversaire, cel
ui-ci poussa un hurlement
épouvantable.
Croûtard le rat était suspendu à un doigt de Goyle, ses dents pointues profondément plantées
dans une phalange. Crabbe et Malefoy reculèrent d'un pas tandis que G
oyle, toujours
hurlant, agitait la main en tous sens pour essayer de se débarrasser
de Croûtard. Le rat finit
par lâcher prise et fut projeté contre la fenêtre. Les trois ga
rçons s'éclipsèrent aussitôt,
craignant sans doute que d'autres rats se soient cachés parmi les fri
andises. Quelques
instants plus tard, Hermione Granger arriva à son tour dans le compar
timent.
—Qu'est-ce qui s'est passé, ici ? demanda-t-elle en voyant les fri
andises étalées par terre et
Ron qui tenait Croûtard la queue.
—Je crois bien qu'il est assommé, dit Ron.
Il examina le rat de plus près.
—Ça, c'est incroyable ! s'exclama-t-il. Il n'est pas assommé, i
l s'est tout simplement
rendormi !
En effet, Croûtard dormait paisiblement.
—Tu le connaissais déjà, ce Malefoy ? demanda Ron.

Harry lui raconta sa rencontre avec lui sur le Chemin de Traverse.
—J'ai entendu parler de sa famille, dit Ron d'un air sombre. Ils ont
été parmi les premiers à
revenir de notre côté quand Tu-Sais-Qui a disparu. Ils ont prét
endu qu'ils avaient été victimes
d'un mauvais sort, mais mon père n'y croit pas. Il dit que le père
de Malefoy n'a pas besoin de
mauvais sort pour se mettre dans le camp des forces du Mal.
—Vous feriez bien de vous changer, dit Hermione. Je suis allée voi
r le machiniste dans la
locomotive et il m'a dit que nous étions presque arrivés. Vous ne
vous êtes quand même pas
battus, j'espère ? Vous cherchez les ennuis avant même qu'on soit
là-bas !
—C'est Croûtard qui s'est battu, pas nous, répliqua Ron en lui
lançant un regard noir. Ça ne
t'ennuierait pas de nous laisser tranquilles pendant qu'on se change ?
—D'accord, je m'en vais, dit Hermione d'un air hautain. J'étais ve
nue vous voir parce que les
autres ne font que des bêtises, ils courent dans le couloir comme des
idiots et toi, tu as une
saleté sur le nez, si tu veux savoir.
Ron lui adressa un regard féroce tandis qu'elle sortait du compartime
nt. Dehors, la nuit
commençait à tomber. Des montagnes et des forêts défilaient
sous un ciel pourpre et le train
semblait perdre de la vitesse.
Ron et Harry enfilèrent leur robe de sorcier. Celle de Ron était u
n peu trop courte pour lui,
on voyait ses chaussures et le bas de son pantalon.
Une voix retentit alors dans le train:
—Nous arriverons à Poudlard dans cinq minutes. Veuillez laisser vo
s bagages dans les
compartiments, ils seront acheminés séparément dans les locaux
scolaires.
Harry sentit son estomac se contracter et il vit Ron pâlir sous ses t
aches de rousseur. Après
avoir rempli leurs poches des dernières friandises qui restaient, ils
rejoignirent la foule des
élèves qui se pressaient dans le couloir.
Lorsque le train s'arrêta enfin, tout le monde se précipita vers l
a sortie et descendit sur un
quai minuscule plongé dans la pénombre. L'air frais de la nuit fit
frissonner Harry. Une
lampe se balança alors au-dessus de leur tête et Harry entendit un
e voix familière:
—Les première année, par ici. Suivez-moi. Ça va, Harry ?
La grosse tête hirsute de Hagrid, le regard rayonnant, dominait la fo
ule des élèves.
—Les première année sont tous là ? Allez, suivez-moi. Et fai
tes attention où vous mettez les
pieds. En route !
Glissant et trébuchant, la file des élèves suivit Hagrid le lon
g d'un chemin étroit et escarpé
qui s'enfonçait dans l'obscurité. Harry pensa qu'ils devaient se t
rouver au cœur d'une épaisse
forêt. Personne ne parlait beaucoup. Neville, celui qui avait perdu s
on crapaud, renifla à
plusieurs reprises.

—Vous allez bientôt apercevoir Poudlard, dit Hagrid en se retourna
nt vers eux. Après le
prochain tournant.
Il y eut alors un grand « Oooooh ! ».
L'étroit chemin avait soudain débouché sur la rive d'un grand l
ac noir. De l'autre côté du lac,
perché au sommet d'une montagne, un immense château hérissé de tours pointues étincelait,
de toutes ses fenêtres dans le ciel étoilé.
—Pas plus de quatre par barque, lança Hagrid en montrant une flott
e de petits canots alignés
le long de la rive.
Harry et Ron partagèrent leur barque avec Hermione et Neville.
—Tout le monde est casé ? cria Hagrid qui était lui-même mon
té dans un bateau. Alors, EN
AVANT !
D'un même mouvement, les barques glissèrent sur l'eau du lac dont
la surface était aussi lisse
que du verre. Tout le monde restait silencieux, les yeux fixés sur la
haute silhouette du
château, dressé au sommet d'une falaise.
—Baissez la tête, dit Hagrid lorsqu'ils atteignirent la paroi abru
pte.
Tout le monde s'exécuta tandis que les barques franchissaient un ride
au de lierre qui cachait
une large ouverture taillée dans le roc. Les bateaux les emportère
nt le long d'un tunnel
sombre qui semblait les mener sous le château. Ils arrivèrent alor
s dans une sorte de crique
souterraine et débarquèrent sur le sol rocheux.
—Hé, toi, là-bas, c'est à toi ce crapaud ? dit Hagrid qui re
gardait dans les barques pour voir
si personne n'avait rien oublié,
—Trevor ! s'écria Neville en tendant les mains.
Guidés par la lampe de Hagrid, ils grimpèrent le long d'un passage
creusé dans la montagne
et arrivèrent enfin sur une vaste pelouse qui s'étendait à l'om
bre du château. Ils montèrent
une volée de marches et se pressèrent devant l'immense porte d'ent
rée en chêne massif.
—Tout le monde est là ? demanda Hagrid. Toi, là-bas, tu as touj
ours ton crapaud ?
Puis le géant leva son énorme poing et frappa trois fois à la p
orte du château.

Chapitre 7
Le choixpeau magique.

La porte s'ouvrit immédiatement. Une grande sorcière aux cheveux n
oirs, vêtue d'une longue
robe vert émeraude se tenait dans l'encadrement. Elle avait le visage
sévère des gens qu'il
vaut mieux éviter de contrarier, pensa aussitôt Harry.
—Professeur McGonagall, voici les élèves de première anné
e, annonça Hagrid.
—Merci, Hagrid, dit la sorcière, je m'en occupe.
Le hall d'entrée du château était si grand que la maison des Du
rsley aurait pu y tenir tout
entière et le plafond si haut qu'on n'arrivait pas à l'apercevoir.
Des torches enflammées
étaient fixées aux murs de pierre, comme à Gringotts, et un som
ptueux escalier de marbre
permettait de monter dans les étages.
Guidés par le professeur McGonagall, ils traversèrent l'immense sa
lle au sol dallé et
entrèrent dans une petite salle réservée aux élèves de pr
emière année. Harry entendait la
rumeur de centaines de voix qui lui parvenaient à travers une porte s
ituée sur sa droite. Les
autres élèves devaient déjà être là. L'exiguïté
des lieux les obligea à se serrer les uns contre
les autres et ils restèrent debout en silence, lançant autour d'eu
x des regards un peu inquiets.
—Bienvenue à Poudlard, dit le professeur McGonagall. Le banquet de
début d'année va
bientôt commencer mais avant que vous preniez place dans la Grande Sa
lle, vous allez être
répartis dans les différentes maisons. Cette partition constitue u
ne cérémonie très importante.
Vous devez savoir, en effet, que tout au long de votre séjour à l'
école, votre maison sera pour
vous comme une seconde famille. Vous y suivrez les mêmes cours, vous
y dormirez dans le
même dortoir et vous passerez votre temps libre dans la même salle
commune. Les maisons
sont au nombre de quatre. Elles ont pour nom Gryffondor, Poufsouffle, Se
rdaigle et
Serpentard. Chaque maison a sa propre histoire, sa propre noblesse, et c
hacune d'elles a
formé au cours des ans des sorciers et des sorcières de premier pl
an. Pendant votre année à
Poudlard, chaque fois que vous obtiendrez de bons résultats, vous rap
porterez des points à
votre maison, mais chaque fois que vous enfreindrez les règles commun
es, votre maison
perdra des points. A la fin de l'année scolaire, la maison qui aura obtenu le plus de points
gagnera la coupe des Quatre Maisons, ce qui constitue un très grand h
onneur. J'espère que
chacun et chacune d'entre vous aura à cœur de bien servir sa maiso
n, quelle qu'elle soit. La
Cérémonie de la Répartition aura lieu dans quelques minutes en
présence de tous les élèves
de l'école. Je vous conseille de profiter du temps qui vous reste ava
nt le début de cette
cérémonie pour soigner votre tenue.
Le regard du professeur s'attarda sur Neville dont la cape était atta
chée de travers et sur Ron
qui avait toujours une tache sur le nez. D'un geste fébrile, Harry es
saya d'aplatir ses cheveux.
—Je reviendrai vous chercher lorsque tout sera prêt, dit le profes
seur McGonagall. Attendez-
moi en silence.
Elle quitta la salle. Harry avait la gorge serrée.
—Comment font-ils pour nous sélectionner ? demanda-t-il à Ron.
—J'imagine qu'ils vont nous faire passer des tests. Fred m'a dit que
ça faisait très mal, mais
je crois que c'était pour rire.

Harry eut un haut-le-corps. Des tests ? Devant tout le monde ? Alors qu'
il ne savait pas faire
le moindre tour de magie ? Il regarda autour de lui: les autres élèves avaient l'air terrifié, eux
aussi. Personne ne disait grand-chose, à part Hermione Granger qui ch
uchotait à toute
vitesse qu'elle avait appris par cœur tous les sorts possibles et qu'
elle se demandait bien
lequel il faudrait jeter. Harry s'efforça de ne pas écouter ce qu'
elle disait. Jamais il n'avait
ressenti une telle appréhension, même le jour où il avait dû
rapporter à la maison son carnet
scolaire dans lequel il était expliqué que la perruque d'un de ses
professeurs avait
mystérieusement pris une couleur bleu vif et qu'on le soupçonnait d'y être pour quelque chose.
Il gardait les yeux fixés sur la porte. A tout moment, maintenant, le
professeur McGonagall
allait entrer et l'emmener vers son destin fatal.
Tout à coup, des cris s'élevèrent derrière Harry. Il se reto
urna et resta bouche bée, comme les
autres. Une vingtaine de fantômes venait d'apparaître en traversan
t le mur du fond. D'un
blanc nacré, légèrement transparents, ils flottaient à trave
rs la salle sans accorder un regard
aux élèves rassemblés. Ils paraissaient se disputer. L'un d'eux
, qui ressemblait à un petit
moine gras, lança:
—Oublions et pardonnons. Nous devrions lui donner une deuxième cha
nce.
—Mon cher Frère, n'avons-nous pas donné à Peeves toutes les
chances qu'il méritait ?
répondit un autre spectre, vêtu de hauts-de-chausse et le cou ento
uré d'une fraise. Il nous fait
une horrible réputation alors que lui-même n'est pas véritablem
ent un fantôme. Tiens, qu'est-
ce qu'ils font ici, ceux-là ?
Il venait de remarquer la présence des première année qui se ga
rdèrent bien de prononcer le
moindre mot.
—Ce sont les nouveaux élèves, dit le gros moine en leur sourian
t. Vous attendez la
Répartition, j'imagine ?
Quelques élèves hochèrent la tête en silence.
—J'espère vous voir à Poufsouffle, dit le moine. C'était ma
maison, dans le temps.
—Allons-y, maintenant, dit une voix brusque. La cérémonie va co
mmencer.
Le professeur McGonagall était revenue. Un par un, les fantômes qu
ittèrent la salle en
traversant le mur opposé.
—Mettez-vous en rang et suivez-moi, dit le professeur aux élève
s.
Harry éprouvait une sensation bizarre, comme si ses jambes s'étaie
nt soudain changées en
plomb. Il se glissa entre Ron et un garçon aux cheveux blonds et la f
ile des élèves quitta la
salle, traversa à nouveau le hall, puis franchit une double porte qui
ouvrait sur la Grande
Salle.
L'endroit était étrange et magnifique. Des milliers de chandelles
suspendues dans les airs
éclairaient quatre longues tables autour desque lles les autres étudiants étaient déjà assis,
devant des assiettes et des gobelets d'or. Au bout de la salle, les professeurs avaient pris place
autour d'une autre table.

Le professeur McGonagall aligna les première année face à leurs
camarades derrière
lesquels se tenaient les professeurs. Dans la clarté incertaine des c
handelles, les visages les
observaient telles des lanternes aux lueurs pâles. Dispersés parmi
les étudiants, les fantômes
brillaient comme des panaches de brume argentée. Gêné par les r
egards fixés sur les
nouveaux, Harry leva la tête vers un plafond d'un noir de velours, pa
rsemé d'étoiles.
—C'est un plafond magique, murmura Hermione. Il a été fait exprès pour ressembler au ciel.
Je l'ai lu dans L'Histoire de Poudlard.
On avait du mal à croire qu'il existait un plafond. On avait plutô
t l'impression que la salle
était à ciel ouvert.
Harry regarda à nouveau ce qui se passait devant lui lorsque le profe
sseur McGonagall
installa un tabouret à quatre pieds devant les nouveaux élèves.
Sur le tabouret, elle posa un
chapeau pointu de sorcier. Le chapeau était râpé, sale, rapiécé. La tante Pétunia n'en aurait
jamais voulu chez elle.
Peut-être allait-on leur demander d'en faire sortir un lapin ? pensa
Harry. Tout le monde, à
présent, avait les yeux fixés sur le chapeau pointu. Pendant quelq
ues instants, il régna un
silence total. Puis, tout à coup. le chapeau remua. Une déchirure,
tout près du bord, s'ouvrit
en grand, comme une bouche, et le chapeau se mit à chanter:


Je n'suis pas d'une beauté suprême
Mais faut pas s'fier à ce qu'on voit
Je veux bien me manger moi-même
Si vous trouvez plus malin qu'moi
Les hauts-d'forme, les chapeaux splendides
Font pâl'figure auprès de moi
Car à Poudlard, quand je décide,
Chacun se soumet à mon choix.
Rien ne m'échapp'rien ne m'arrête
Le Choixpeau a toujours raison
Mettez-moi donc sur votre tête
Pour connaître votre maison.
Si vous allez à Gryffondor
Vous rejoindrez les courageux,
Les plus hardis et les plus forts
Sont rassemblés en ce haut lieu.
Si à Poufsouffle vous allez,
Comme eux vous s'rez juste et loyal
Ceux de Poufsouffle aiment travailler
Et leur patience est proverbiale.
Si vous êtes sage et réfléchi
Serdaigle vous accueillera peut-être
Là-bas, ce sont des érudits
Qui ont envie de tout connaître.
Vous finirez à Serpentard
Si vous êtes plutôt malin,
Car ceux-là sont de vrais roublards
Qui parviennent toujours à leurs fins.
Sur ta tête pose-moi un instant
Et n'aie pas peur, reste serein
Tu seras en de bonnes mains

Car je suis un chapeau pensant !

Lorsqu'il eut terminé sa chanson, des applaudissements éclatère
nt dans toute la salle. Le
chapeau s'inclina pour saluer les quatre tables, puis il s'immobilisa à
nouveau.
—Alors, il suffit de porter le chapeau ! murmura Ron à l'oreille d
e Harry. Fred m'avait parlé
d'un combat avec un troll... J'ai bien envie d'aller lui casser la figur
e !
Harry eut un faible sourire. Essayer un chapeau valait beaucoup mieux qu
e d'être obligé de
jeter un sort, mais il aurait préféré ne pas avoir à le fair
e devant tout le monde. Le chapeau
l'impressionnait et Harry ne se sentait plus le moindre courage. S'il av
ait existé une maison
pour les élèves au bord de la nausée, il y serait allé tout
de suite.
Le professeur McGonagall s'avança en tenant à la main un long roul
eau de parchemin.
—Quand j'appellerai votre nom, vous mettrez le chapeau sur votre tê
te et vous vous assiérez
sur le tabouret. Je commence: Abbot, Hannah !
Une fille au teint rose avec des nattes blondes sortit du rang d'un pas
mal assuré. Elle alla
mettre le chapeau qui lui tomba devant les yeux et s'assit sur le tabour
et.
—POUFSOUFFLE ! cria le chapeau après un instant de silence.
Des acclamations et des applaudissements s'élevèrent de la table s
ituée à droite et Hannah
alla s'y asseoir, parmi les autres étudiants de Poufsouffle. Harry vi
t le fantôme du moine gras
lui faire de grands signes enthousiastes.
—Bones, Susan !
—POUFSOUFFLE ! cria à nouveau le chapeau.
Susan se hâta d'aller s'asseoir à côté d'Hannah.
—Boot, Terry ! appela le professeur McGonagall.
—SERDAIGLE ! cria le chapeau.
Cette fois, les applaudissements s'élevèrent de la deuxième tab
le à gauche. Des élèves de
Serdaigle accueillirent Terry en lui serrant la main.
Brocklehurst, Mandy fut également envoyée à Serdaigle. Brown, L
avande fut la première à se
retrouver à Gryffondor. Une ovation monta de la table située à
l'extrême gauche. Les
jumeaux se mirent à siffler d'un air joyeux pour saluer son arrivé
e.
Bulstrode, Millicent fut envoyée à Serpentard. Peut-être éta
it-ce dû à son imagination, après
tout ce qu'on lui avait dit sur eux, mais Harry éprouva une impressio
n désagréable en
regardant les élèves de Serpentard.

Il commençait vraiment à avoir la nausée, maintenant. Il se sou
venait des séances pendant
lesquelles on composait les équipes sportives dans son ancienne éc
ole. Il était toujours le
dernier à être choisi, non parce qu'il était le plus mauvais, m
ais parce que personne ne
voulait prendre le risque de lui manifester la moindre sympathie en pré
sence de Dudley.
—Finch-Fletchey, Justin !
—POUFSOUFFLE !
Plusieurs élèves furent ainsi répartis dans les différentes
maisons. Harry remarqua que le
chapeau prenait parfois le temps de la réflexion avant de se décid
er.
—Granger, Hermione !
Hermione courut presque jusqu'au tabouret et enfonça frénétiquement le chapeau sur sa tête.
—GRYFFONDOR ! cria le chapeau.
Ron émit un grognement.
Harry eut soudain une de ces horribles pensées qui accompagnent généralement les états de
panique. Et s'il n'était pas choisi du tout ? S'il restait là avec
le Choixpeau sur la tête sans
que rien ne se passe et que le professeur McGonagall finisse par lui ann
oncer qu'il y avait
une erreur et qu'il devait rentrer chez lui par le prochain train ?
Lorsque Neville Londubat, le garçon qui ne cessait de perdre son crap
aud, fut appelé, il
trébucha et tomba en s'approchant du tabouret. Le Choixpeau mit longtemps à se décider.
Enfin, il cria: « GRYFFONDOR. » Neville se précipita aussitô
t vers ses camarades sans
enlever le chapeau de sa tête et dut revenir le donner à MacDougal
, Morag, sous les éclats de
rire.
Lorsque son nom fut appelé, Malefoy s'avança d'un pas conquéran
t vers le tabouret. Dès qu'il
lui eut frôlé la tête, le chapeau s'écria:
SERPENTARD !
La mine satisfaite, Malefoy alla rejoindre ses amis Crabbe et Goyle qui
avaient été envoyés à
Serpentard, eux aussi. Harry ne savait pas si c'était un effet de so
n imagination, mais en tout
cas, il trouva que les élèves de Serpentard n'avait pas l'air trè
s sympathique.
Il ne restait plus grand monde dans la file des nouveaux.
—Moon... Nott... Le professeur McGonagall appela les noms qui commenç
aient par « P ».
Parkinson... les jumelles Patil... Perks, Sally-Anne... et, enfin...
—Harry Potter !
Lorsque Harry sortit du rang, des murmures s'élevèrent dans toute
la salle.
—Elle a bien dit Potter ?

—Le Harry Potter ?
Avant que le chapeau lui tombe devant les yeux en le plongeant dans le noir absolu, Harry eut
le temps de voir les têtes qui se tendaient pour mieux le regarder.
—Hum, ce n'est pas facile, dit une petite voix à son oreille. C'es
t même très difficile. Je vois
beaucoup de courage. Des qualités intellectuelles, également, Il y
a du talent et... ho ! ho !
mon garçon, tu es avide de faire tes preuves, voilà qui est inté
ressant... Voyons, où vais-je te
mettre ?
Harry crispa les doigts sur les bords du tabouret. « Pas à Serpent
ard, pas à Serpentard »,
pensa-t-il avec force.
—Pas à Serpentard ? dit la petite voix. Tu es sûr ? Tu as d'imm
enses qualités, sais-tu ? Je le
vois dans ta tête et Serpentard t'aiderait singulièrement sur le c
hemin de la grandeur, ça ne
fait aucun doute. Alors ? Non ? Vraiment ? Très bien, si tu es sûr
de toi, il vaut mieux
t'envoyer à... GRYFFONDOR !
Harry entendit le dernier mot résonner dans la Grande Salle. Il ôt
a le chapeau et se dirigea,
les jambes tremblantes, vers la table des Gryffondor. Soulagé d'avoir
échappé à Serpentard,
il remarqua à peine qu'on lui réservait la plus longue et la plus
bruyante ovation de la soirée.
Percy le Préfet se leva et lui serra vigoureusement la main tandis qu
e les jumeaux Weasley
scandaient:
—Potter avec nous ! Potter avec nous !
Harry s'assit face au fantôme qui portait une fraise autour du cou. L
e spectre lui tapota
amicalement le bras et Harry eut soudain l'horrible impression d'avoir p
longé la main
jusqu'au coude dans un seau d'eau glacée.
A présent, il voyait distinctement la Grande Table des professeurs. H
agrid, qui était assis à
l'une des extrémités, lui fit un clin d'œil en levant le pouce.
Harry lui sourit. Au centre de la
table, trônait dans un large fauteuil d'or massif Albus Dumbledore en
personne. Harry le
reconnut immédiatement, grâce à la carte qu'il avait trouvée
dans le Chocogrenouille. La
chevelure argentée de Dumbledore brillait avec autant d'éclat que
les fantômes. Harry
reconnut également le professeur Quirrell, le jeune homme émotif q
u'il avait rencontré au
Chaudron Baveur. Il portait un grand turban violet qui lui donnait un ai
r bizarre.
Il ne restait plus que trois élèves à répartir. Turpin, Lisa
fut envoyée à Serdaigle, puis ce fut
le tour de Ron. Il avait le teint verdâtre et Harry croisa les doigts
sous la table. Un instant
plus tard, le chapeau annonça:
—GRYFFONDOR !
Harry applaudit bruyamment avec les autres tandis que Ron se laissait to
mber sur une chaise
à côté de lui.
—Bravo, Ron, très bien vraiment, dit Percy d'un ton pompeux tandis que Zabini, Blaise, était
envoyé à Serpentard.

Lorsque tous les élèves eurent été répartis, le professeu
r McGonagall roula son parchemin et
emporta le Choixpeau. Harry contempla alors son assiette d'or désespé
rément vide et se
rendit compte à quel point il était affamé.
Albus Dumbledore s'était levé, le visage rayonnant, les bras large
ment ouverts. On aurait dit
que rien ne pouvait lui faire davantage plaisir que de voir tous les é
lèves rassemblés devant
lui.
—Bienvenue, dit-il. Bienvenue à tous pour cette nouvelle année
à Poudlard. Avant que le
banquet ne commence, je voudrais vous dire quelques mots. Les voici: Nig
aud ! Grasdouble !
Bizarre ! Pinçon ! Je vous remercie !
Et il se rassit tandis que tout le monde applaudissait avec des cris de
joie. Harry se demanda
s'il fallait rire ou pas.
—Il est... un peu fou, non ? demanda-t-il timidement à Percy.
—Fou ? dit Percy d'un ton léger. C'est un génie ! Le plus grand
sorcier du monde ! Mais c'est
vrai, il est un peu fou. Tu veux des pommes de terre ?
Harry resta bouche bée. Les plats disposés sur la table déborda
ient à présent de victuailles:
roast-beef, poulet, côtelettes de porc et d'agneau, saucisses, lard,
steaks, gratin, pommes de
terres sautées, frites, légumes divers, sauces onctueuses, ketchup
et, il ne savait pour quelle
raison, des bonbons à la menthe. Les Dursley n'avaient jamais privé
Harry de nourriture,
mais il n'avait pas vraiment le droit de manger à sa faim. Dudley se
précipitait toujours le
premier sur ce que Harry aimait le mieux, même si cela le rendait mal
ade. Harry remplit son
assiette d'un peu de tout, sauf de bonbons à la menthe, et se mit à
manger avec appétit. Tout
était délicieux.
—Tout ça me paraît bien appétissant, soupira le fantôme à
fraise en regardant Harry
trancher son steak. Il y a presque quatre cents ans maintenant que je n'
ai plus rien mangé. Je
n'en ai pas besoin, bien sûr, mais ça me manque... Au fait, je ne
me suis pas présenté: Sir
Nicholas de Mimsy Porpington, pour vous servir. Fantôme résident à la tour de Gryffondor.
—Je vous connais, s'exclama Ron. Mes frères m'ont parlé de vous
. C'est bien vous, Nick
Quasi-Sans-Tête ?
—Je préfère que l'on m'appelle Sir Nicholas de Mimsy, dit le fa
ntôme d'un air pincé.
—Quasi-Sans-Tête ? l'interrompit Seamus Finnigan, le garçon aux
cheveux blonds. Comment
peut-on être quasi sans tête ?
Sir Nicholas sembla offensé. Visiblement, la conversation ne se dé
roulait pas selon ses vœux.
—Comme ceci, dit-il d'une voix agacée.
Il prit son oreille gauche entre deux doigts et la tira vers le haut. Sa
tête bascula alors vers la
droite et tomba sur son épaule comme si elle était rattachée à
son cou par une charnière.
Apparemment, quelqu'un avait essayé de le décapiter, sans réuss
ir à terminer le travail.

Satisfait de voir les regards ébahis des nouveaux élèves, Quasi
-Sans-Tête remit son chef en
place.
—Alors, les nouveaux Gryffondor, dit-il, j'espère que vous allez n
ous aider à gagner la coupe
des Quatre Maisons, cette année ? Il y a tellement longtemps que Gryf
fondor ne l'a pas
obtenue ! Les Serpentard l'ont remportée six fois de suite ! Le Baron
Sanglant en est devenu
insupportable de prétention. C'est lui, le fantôme des Serpentard.

Harry jeta un coup d'œil à la table des Serpentard et aperçut u
n horrible fantôme, les yeux
vides, le visage émacié, les vêtements maculés de taches de
sang aux reflets d'argent. Il était
assis à côté de Malefoy qui, à la grande satisfaction de Har
ry, n'avait pas l'air enchanté
d'occuper cette place.
—Comment a-t-il fait pour être couvert de sang ? demanda avec gran
d intérêt Seamus
Finnigan, le garçon blond.
—Je ne le lui ai jamais demandé, répondit Quasi-Sans-Tête av
ec délicatesse.
Lorsque tout le monde se fut bien rempli l'estomac, ce qui restait dans
les plats disparut peu à
peu et la vaisselle devint étincelante de propreté. Ce fut alors l
e moment du dessert: crèmes
glacées à tous les parfums possibles, tartes aux pommes, éclairs au chocolat, beignets, babas,
fraises, gâteau de riz.
Harry se servit. Tandis qu'il prenait un morceau de tarte à la mél
asse, les autres se mirent à
parler de leurs familles.
—Moi, je suis moitié-moitié, expliqua Seamus. Mon père est u
n Moldu et ma mère a attendu
qu'ils soient mariés pour lui dire qu'elle était une sorcière.
Ça lui a fait un choc.
Tout le monde éclata de rire.
—Et toi, Neville ? demanda Ron.
—C'est ma grand-mère qui m'a élevé et c'est une sorcière,
répondit Neville. Mais pendant des
années, la famille a cru que j'étais un Moldu. Algie, mon grand-on
cle, essayait toujours de me
prendre par surprise pour voir s'il y avait un peu de magie en moi. Un j
our, il m'a poussé
dans l'eau, au bout de la jetée de Blackpool et j'ai failli me noyer.
Jusqu'à l'âge de huit ans, je
n'avais montré aucun don pour la magie. Et puis, un jour, mon grand-oncle qui était venu
prendre le thé à la maison m'a pris par les chevilles et s'est amu
sé à me pendre par une
fenêtre du premier étage. Ma grand-tante Enid est venue lui apport
er une meringue et il m'a
lâché sans le faire exprès. Mais au lieu de tomber normalement,
j'ai rebondi dans le jardin
jusque sur la route et tout le monde était ravi. Ma grand-mère ple
urait de joie. Et je ne les
avais jamais vus aussi heureux quand j'ai été appelé à Poudl
ard. Ils avaient eu peur que je ne
sois pas assez doué pour qu'on m'accepte à l'école. Mon grand-o
ncle Algie était tellement
content qu'il m'a acheté un crapaud.
Assis de l'autre côté de Harry, Percy Weasley et Hermione parlaien
t des cours.

—J'espère qu'ils vont tout de suite commencer, dit Hermione, il y
a tellement de choses à
apprendre. Ce qui m'intéresse le plus, c'est la métamorphose. Ç
a doit être passionnant de
transformer quelque chose en quelque chose d'autre. Bien sûr, il para
it que c'est très difficile.
—Il faudra commencer avec de petits objets, par exemple changer une a
llumette en aiguille...
expliqua Percy.
Harry se sentait parfaitement à l'aise, à présent. Il jeta à
nouveau un coup d'œil à la Grande
Table. Hagrid vidait son gobelet, le professeur McGonagall bavardait ave
c Albus
Dumbledore et le professeur Quirrell, avec son turban ridicule, parlait
à l'un de ses
collègues, un homme aux cheveux noirs et gras, le nez crochu, le tein
t cireux.
Tout se passa en un éclair. Le professeur au nez crochu regarda Harry
dans les yeux et celui-
ci ressentit aussitôt une douleur aiguë, fulgurante, à l'endroi
t de sa cicatrice.
—Aie ! s'écria Harry en se plaquant une main sur le front.
—Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta Percy.
—R... rien...
La douleur avait disparu aussi vite qu'elle était venue. En revanche,
Harry n'arrivait pas à
chasser la sensation qu'il avait éprouvée en croisant le regard du
professeur—la sensation
que cet homme ne l'aimait vraiment pas.
—Qui c'est, le prof qui parle avec Quirrell ? demanda-t-il à Percy
.
—Tu connais déjà Quirrell ? Pas étonnant qu'il ait l'air si
nerveux, l'autre, c'est le professeur
Rogue. Il est chargé des cours de potions, mais ça ne lui plaît
pas. Tout le monde sait qu'il
essaye de prendre la place de Quirrell. Il en connaît un rayon en mag
ie noire, ce Rogue.
Harry observa longuement le professeur Rogue, mais celui-ci ne tourna pl
us les yeux vers lui.
Lorsque les desserts eurent à leur tour disparu, Albus Dumbledore se
leva à nouveau et le
silence se fit dans la salle.
—Maintenant que nous avons rassasié notre appétit et étanché
notre soif, je voudrais encore
dire quelques mots en ce qui concerne le règlement intérieur de l'
école. Les première année
doivent savoir qu'il est interdit à tous les élèves sans except
ion de pénétrer dans la forêt qui
entoure le collège. Certains de nos élèves les plus anciens fer
aient bien de s'en souvenir.
Dumbledore tourna ses yeux étincelants vers les jumeaux Weasley.
—Mr Rusard, le concierge, m'a également demandé de vous rappele
r qu'il est interdit de faire
des tours de magie dans les couloirs entre les cours. La sélection de
s joueurs de Quidditch se
fera au cours de la deuxième semaine. Ceux qui souhaitent faire parti
e de l'équipe de leur
maison devront prendre contact avec Madame Bibine. Enfin, je dois vous a
vertir que cette
année, l'accès au couloir du deuxième étage de l'aile droite
est formellement interdit, à moins
que vous teniez absolument à mourir dans d'atroces souffrances.

Harry éclata de rire, mais il ne fut guère imité.
—Il n'est pas sérieux ? murmura-t-il à Percy.
—Je crois que si, répondit Percy en fronçant les sourcils. C'es
t bizarre, d'habitude, il nous
explique pourquoi on n'a pas le droit d'aller dans certains endroits. La
forêt, par exemple, est
remplie de bêtes féroces, tout le monde le sait. Il aurait au moin
s pu nous le dire à nous, les
préfets.
—Et maintenant, avant d'aller nous coucher, chantons tous ensemble l'
hymne du collège !
s'écria Dumbledore,
Harry remarqua que le sourire des autres professeurs s'était soudain
figé. Dumbledore donna
un petit coup de baguette magique, comme s'il avait voulu faire partir u
ne mouche posée à
son extrémité, et il s'en échappa un long ruban d'or qui s'é
leva au-dessus des tables en se
tortillant pour former les paroles de la chanson.
—Chacun chantera sur son air préféré, dit Dumbledore. Allons
-y !
Et toute l'école se mit à hurler:


Poudlard, Poudlard, Pou du Lard du Poudlard,
Apprends-nous ce qu'il faut savoir,
Que l'on soit jeune ou vieux ou chauve
Ou qu'on ait les jambes en guimauve,
On veut avoir la tête bien pleine
Jusqu'à en avoir la migraine
Car pour l'instant c'est du jus d'âne,
Qui mijote dans nos crânes,
Oblige-nous à tout étudier,
Répète-nous c'qu'on a oublié,
Fais de ton mieux, qu'on se surpasse
Jusqu'à c'que nos cerveaux crient grâce.

Tout le monde termina la chanson à des moments différents. Les jum
eaux Weasley furent les
derniers à chanter, au rythme de la marche funèbre qu'ils avaient
choisie. Dumbledore
marqua la cadence avec sa baguette magique et lorsqu'ils eurent terminé
, il fut l'un de ceux
qui applaudirent le plus fort.
—Ah, la musique, dit-il en s'essuyant les yeux. Elle est plus magique
que tout ce que nous
pourrons jamais faire dans cette école. Et maintenant, au lit. Allez,
tout le monde dehors.
Les nouveaux de Gryffondor suivirent Percy hors de la Grande Salle puis
montèrent derrière
lui le grand escalier de marbre. Harry eut à nouveau l'impression d'a
voir des jambes de
plomb, mais cette fois, seuls la fatigue et le plantureux repas en ét
aient la cause. Il avait
tellement sommeil qu'il ne fut même pas surpris de voir les personnag
es des tableaux
accrochés aux murs des couloirs chuchoter et montrer les élèves
du doigt sur leur passage. Il

ne fut pas davantage étonné de voir que Percy les faisait passer p
ar des portes cachées
derrière des tapisseries ou des panneaux coulissants. Ils parcoururen
t ainsi une distance
interminable avant de s'arrêter brusquement.
Des cannes apparurent soudain devant eux, flottant dans les airs, et se
ruèrent sur Percy qui
dut faire un pas de côté pour les éviter.
—C'est Peeves, murmura Percy. Un esprit frappeur. Peeves, montre-toi,
dit-il en élevant la
voix.
Pour toute réponse, un bruit grossier résonna dans le couloir.
—Tu veux que j'aille prévenir le Baron Sanglant ? menaça Percy.

Il y eut alors un bruit sec et un petit homme au regard noir et mécha
nt, avec une grande
bouche, se dessina dans les airs. Il avait les jambes croisées et se
cramponnait aux cannes.
—Ooooooooh ! lança-t-il en accompagnant son cri d'une sorte de caq
uètement. Voilà les
petits nouveaux ! On va bien s'amuser !
Il fondit alors sur eux, obligeant les élèves à se baisser.
—Va-t'en, Peeves, sinon, le Baron sera prévenu. Et je ne plaisante
pas ! s'exclama Percy.
Peeves tira la langue et disparut en laissant tomber les cannes sur la t
ête de Neville. Des
armures cliquetèrent sur son passage.
—Il faut faire attention à Peeves, dit Percy en poursuivant son ch
emin. Le Baron Sanglant est
le seul à qui il obéisse. Même nous, les préfets, il ne nous
écoute pas. Voilà, on y est.
Tout au bout du couloir était accroché un tableau qui représent
ait une très grosse dame vêtue
d'une robe de soie rose.
—Le mot de passe ? demanda-t-elle.
—Caput Draconis, dit Percy et le tableau pivota aussitôt, laissant
voir un trou rond découpé
dans le mur.
Ils s'y engouffrèrent un par un et se retrouvèrent dans la salle c
ommune de Gryffondor, une
salle ronde, confortable et accueillante, remplie de gros fauteuils moel
leux.
Percy montra aux nouveaux les deux dortoirs qui leur étaient réser
vés, celui des filles et celui
des garçons. Les garçons montèrent l'escalier en colimaçon q
ui menait au sommet d'une tour
et trouvèrent des lits à baldaquin avec des rideaux de velours rou
ge. Leurs valises avaient
déjà été amenées. Trop fatigués pour parler longtemps,
ils enfilèrent leur pyjama et se mirent
au lit.
—On mange bien ici, hein ? chuchota Ron à Harry à travers les r
ideaux. Hé, laisse-moi
tranquille, Croûtard ! Il est en train de ronger mes draps.

Harry voulut répondre, mais il tomba endormi. Peut-être était-c
e à cause de son trop copieux
repas qu'il fit un rêve étrange. Il portait le turban du professeu
r Quirrell et le turban ne
cessait de lui répéter qu'il ferait mieux de se faire transfére
r à Serpentard, car telle était sa
destinée. Harry répondait qu'il ne voulait pas aller à Serpenta
rd. Le turban devenait alors de
plus en plus lourd. Harry essayait de l'enlever mais il lui serrait doul
oureusement la tête et il
voyait Malefoy qui riait en le regardant s'escrimer en vain, puis Malefo
y prenait l'apparence
de Rogue, le professeur au nez crochu, et son rire devenait de plus en p
lus sonore, de plus en
plus glacé. Un éclair de lumière verte avait alors jailli et Ha
rry s'était réveille, le corps
tremblant, baigné de sueur.
Il s'était tourné de l'autre côté et s'était rendormi. Le
lendemain, lorsqu'il se réveilla, il n'avait
plus aucun souvenir du rêve.

Chapitre 8
Le maître des potions
—Là, regarde.
—Où ?
—A côté du grand type roux.
—Avec les lunettes ?
—Tu as vu sa cicatrice ?
Le lendemain, dès qu'il eut quitté le dortoir, Harry entendait mur
murer sur son passage. Les
élèves qui attendaient à la porte des salles de classe se levai
ent sur la pointe des pieds pour le
voir ou revenaient sur leurs pas pour le croiser à nouveau. Harry, pe
ndant ce temps, essayait
de trouver son chemin dans le labyrinthe du château.
Il y avait cent quarante-deux escaliers, à Poudlard, des larges, des
étroits, des courbes, des
carrés, des délabrés, certains avec une ou deux marches escamot
ables qu'il fallait se souvenir
d'enjamber pour ne pas tomber. Il y avait aussi les portes qui refusaien
t de s'ouvrir si on ne le
leur demandait pas poliment, ou si on ne les chatouillait pas au bon end
roit, et d'autres qui
n'étaient que des pans de mur déguisés en portes. Il était a
ussi très difficile de se souvenir où
les choses se trouvaient car tout bougeait sans cesse. Les gens repré
sentés sur les tableaux
accrochés aux murs passaient leur temps à se rendre visite les uns
aux autres et Harry était
persuadé que les armures se promenaient parfois dans les couloirs.
Quant aux fantômes, ils ne facilitaient pas la tâche. C'était t
oujours un choc désagréable
lorsque l'un d'eux traversait une porte au moment où on essayait de l
'ouvrir. Quasi-Sans-Tête
était toujours heureux d'aider les nouveaux de Gryffondor à trouve
r leur chemin, mais
Peeves, l'esprit frappeur, bombardait les nouveaux de morceaux de craie,
tirait les tapis sous
leurs pieds, renversait des corbeilles à papier sur leur tête ou s
e glissait silencieusement
derrière eux et leur attrapait le nez en hurlant: « JE T'AI EU ! »
d'une voix perçante.

Mais pire encore que Peeves, si toutefois c'était possible, il y avai
t Argus Rusard, le
concierge. Harry et Ron avaient réussi à se le mettre à dos dè
s le premier jour, Rusard les
avait surpris alors qu'ils essayaient d'ouvrir une porte qui, par malcha
nce, s'était révélée être
l'entrée du couloir interdit du deuxième étage. Il avait refusé
de les croire lorsqu'ils lui
avaient expliqué qu'ils s'étaient perdus. Il était convaincu qu
'ils avaient tenté de la forcer
exprès et il les avait menacés de les enfermer au cachot. Heureusement, le professeur Quirrell
qui passait par là était venu à leur secours.
Rusard avait une chatte qui s'appelait Miss Teigne, une créature gris
âtre et décharnée avec
des yeux globuleux qui brillaient comme des lampes, à l'image de ceux
de son maître. Elle
sillonnait les couloirs toute seule et dès qu'elle voyait quelqu'un c
ommettre la moindre faute,
ne serait-ce que poser un orteil au-delà d'une ligne interdite, elle
filait prévenir son maître
qui accourait aussitôt en soufflant comme un bœuf.
Rusard connaissait les passages secrets de l'école mieux que personne
(à part peut-être les
jumeaux Weasley) et pouvait apparaître aussi soudainement que l'un des fantômes. T
ous les
élèves le détestaient et nombre d'entre eux auraient été
ravis de donner un bon coup de pied à
Miss Teigne.
Lorsqu'on avait enfin réussi à trouver la salle de classe, il fall
ait arriver à suivre les cours et
Harry découvrit très vite que l'exercice de la magie ne consistait
pas seulement à brandir une
baguette magique en marmonnant quelques paroles un peu bizarres.
Chaque mercredi soir, ils observaient le ciel au télescope et apprena
ient les noms des étoiles
ainsi que le mouvement des planètes. Trois fois par semaine, ils étudiaient les plantes dans les
serres situées à l'arrière du château, sous la direction d'u
ne petite sorcière joliment potelée
qui s'appelait le professeur Chourave.
Les cours les plus ennuyeux étaient ceux d'histoire de la magie qui é
tait enseignée par le seul
professeur fantôme du collège. Alors qu'il était déjà trè
s vieux, le professeur Binns s'était
endormi devant la cheminée et quand il s'était levé le lendemai
n matin pour aller faire sa
classe, il avait laissé son corps derrière lui. Binns parlait sans
cesse d'une voix monocorde
tandis que les élèves griffonnaient des noms de sorciers célè
bres en confondant Emerie le
Hargneux et Ulric le Follingue.
Flitwick, le professeur d'enchantements, était un minuscule sorcier q
ui devait monter sur une
pile de livres pour voir par-dessus son bureau. Au début de leur prem
ier cours, pendant qu'il
faisait l'appel, il poussa un petit cri aigu en voyant le nom de Harry e
t tomba à la renverse.
Le professeur McGonagall était très différente. Harry avait vu
juste en pensant qu'il valait
mieux éviter de la contrarier. Elle était stricte, intelligente et
leur parla très directement dès
le début du premier cours.
—La métamorphose est une des formes de magie les plus dangereuses
et les plus complexes
que vous aurez à étudier, avait-elle dit. Quiconque fera du chahut
pendant mes cours sera
immédiatement renvoyé avec interdiction de revenir. Vous êtes p
révenus.
Elle avait alors changé son bureau en cochon puis lui avait redonné
sa forme d'origine. La
démonstration était impressionnante et les élèves avaient hâ
te de commencer les cours au
plus vite, mais ils s'étaient bientôt rendu compte qu'ils n'éta
ient pas près d'en faire autant.

Après avoir suivi des explications très compliquées, ils avaien
t commencé à s'exercer en
essayant de changer une allumette en aiguille, mais seule Hermione Grang
er avait obtenu un
résultat. Le professeur McGonagall avait montré à toute la clas
se l'allumette qui avait pris
une couleur argentée et dont l'extrémité était devenue point
ue et elle avait même accordé à
Hermione un de ses rares sourires.
Le cours que tout le monde attendait avec impatience, c'était celui d
e la défense contre les
forces du Mal, mais l'enseignement de Quirrell tournait plutôt à l
a farce. La salle de classe
était imprégnée d'une forte odeur d'ail destiné à éloi
gner le vampire que le professeur avait
rencontré en Roumanie et qu'il craignait de voir arriver un jour à
Poudlard. Son turban,
avait-il expliqué à ses élèves, lui avait été offert p
ar un prince africain pour le remercier de
l'avoir débarrassé d'un zombie, mais son histoire sonnait faux. Qu
irrell, en effet, avait été
incapable de raconter comment il avait combattu le zombie. En plus, le t
urban dégageait la
même odeur que la salle de classe, ce qui avait fait dire aux jumeaux
Weasley que le
professeur l'avait rempli d'ail pour se protéger en permanence des va
mpires.
Harry constata avec un grand soulagement qu'il n'avait guère de retar
d sur ses camarades.
Nombre d'entre eux avaient également été élevés dans des
familles de Moldus et, tout comme
lui, ne s'étaient jamais doutés qu'ils appartenaient au monde de l
a sorcellerie. Il y avait tant
de choses à apprendre que même quelqu'un comme Ron ne tirait pas g
rand avantage de son
appartenance à une vieille famille de sorciers.
Le vendredi, Harry et Ron avaient trouvé tout seuls le chemin de la G
rande Salle où était
servi le petit déjeuner.
—Qu'est-ce qu'on a, aujourd'hui ? demanda Harry.
—Un cours commun de potions magiques avec les Serpentard, dit Ron. C'
est Rogue qui est
leur directeur. On dit qu'il essaye toujours de les avantager, on verra
bien si c'est vrai.
—J'aimerais bien que McGonagall ait envie de nous avantager, dit Harr
y.
Le professeur McGonagall était la directrice des Gryffondor, ce qui n
e l'avait pas empêchée
de leur donner une montagne de devoirs à faire.
Au même moment, le courrier arriva. Harry s'était habitué à
voir entrer chaque matin dans la
Grande Salle, au moment du petit déjeuner, une centaine de hiboux qui
tournoyaient au-
dessus des tables en laissant tomber lettres et paquets sur les genoux d
e leur propriétaire.
Jusqu'à présent, Hedwige n'avait rien apporté à Harry. Parfo
is, elle venait le voir pour lui
mordiller l'oreille et grignoter un morceau de toast avant de retourner
dans la volière
réservée aux hiboux. Ce matin-là, cependant, elle vint voleter
entre la confiture et le sucrier
et déposa une lettre dans l'assiette de Harry. Il déchira aussitô
t l'enveloppe et en sortit un mot
griffonné à la hâte:

Cher Harry,

Je sais que tu es libre le vendredi après-midi. Est-ce que tu aurais
envie de venir prendre une
tasse de thé avec moi aux alentours de trois heures ? Je voudrais bie
n savoir comment s'est
passée ta première semaine. Réponds-moi en m'envoyant Hedwige.
Hagrid

Harry emprunta la plume de Ron et écrivit rapidement au dos du morcea
u de papier:
« D'accord, à tout à l'heure. » Puis il confia le message à
Hedwige qui l'emporta vers son
destinataire.
La perspective de prendre le thé avec Hagrid mit un peu de baume au c
œur de Harry. Car le
cours de potions magiques fut sans nul doute la pire épreuve qu'il ai
t eu à subir depuis son
arrivée au collège.
Lors du banquet de début d'année, Harry avait senti que le profess
eur Rogue ne l'aimait pas
beaucoup. A la fin du premier cours de potions, il se rendit compte qu'i
l s'était trompé: en
réalité, Rogue le haïssait.
Le cours avait lieu dans l'un des cachots. Il y faisait plus froid que d
ans le reste du château et
les animaux qui flottaient dans des bocaux de formol alignés le long
des murs rendaient
l'endroit encore plus effrayant.
Rogue commença par faire l'appel. Lorsqu'il fut arrivé au nom de H
arry, il marqua une
pause.
—Ah oui, dit-il. Harry Potter. Notre nouvelle... célébrité.
Drago Malefoy et ses amis Crabbe et Goyle ricanèrent en se cachant de
rrière leurs mains.
Rogue acheva de faire l'appel et releva la tête. Ses yeux étaient
aussi noirs que ceux de
Hagrid mais ils n'avaient pas la même chaleur. Ils étaient vides e
t froids comme l'entrée d'un
tunnel.
—Vous êtes ici pour apprendre la science subtile et l'art rigoureu
x de la préparation des
potions, dit-il.
Sa voix était à peine plus élevée qu'un murmure, mais on ent
endait distinctement chaque mot.
Tout comme le professeur McGonagall, Rogue avait le don de maintenir san
s effort le silence
dans une classe.
—Ici, on ne s'amuse pas à agiter des baguettes magiques, je m'atte
nds donc à ce que vous ne
compreniez pas grand-chose à la beauté d'un chaudron qui bouillonn
e doucement en laissant
échapper des volutes scintillantes, ni à la délicatesse d'un li
quide qui s'insinue dans les veines
d'un homme pour ensorceler peu à peu son esprit et lui emprisonner le
s sens... Je pourrais
vous apprendre à mettre la gloire en bouteille, à distiller la gra
ndeur, et même à enfermer la
mort dans un flacon si vous étiez autre chose qu'une de ces bandes de
cornichons à qui je
dispense habituellement mes cours.

Cette entrée en matière fut suivie d'un long silence. Harry et Ron
échangèrent un regard en
levant les sourcils. Hermione Granger était assise tout au bord de sa
chaise et avait
visiblement hâte de prouver qu'elle n'avait rien d'un cornichon.
—Potter ! dit soudain Rogue. Qu'est-ce que j'obtiens quand j'ajoute d
e la racine d'asphodèle
en poudre à une infusion d'armoise ?
Poudre de quoi, infusion de quoi ? Harry jeta un coup d'œil à Ron
qui parut aussi
décontenancé que lui. La main d'Hermione s'était levée à
la vitesse d'un boulet de canon.
—Je ne sais pas, Monsieur, répondit Harry.
Rogue eut un rictus méprisant.
—Apparemment, la célébrité n'est pas tout dans la vie, dit-i
l sans prêter la moindre attention
à la main levée d'Hermione.
—Essayons encore une fois, Potter, reprit Rogue. Où iriez-vous si
je vous demandais de me
rapporter un bézoard ?
Hermione leva à nouveau la main comme si elle essayait de toucher le
plafond, mais Harry
n'avait pas la moindre idée de ce que pouvait bien être un bézo
ard. Il essaya de ne pas
regarder Malefoy, Crabbe et Goyle qui étaient secoués d'un fou rir
e.
—Je ne sais pas, Monsieur, dit-il.
—Vous n'alliez quand même pas vous donner la peine d'ouvrir un de
vos livres avant
d'arriver ici, n'est-ce pas, Potter ?
Harry se força à ne pas baisser les yeux devant le regard glacé
du professeur. En fait, il avait
bel et bien ouvert ses livres quand il était encore chez les Dursley,
mais Rogue ne pouvait pas
exiger de lui qu'il ait retenu tout ce que contenait le manuel intitulé
Mille herbes et
champignons magiques. Rogue ne faisait toujours pas attention à la ma
in frémissante
d'Hermione.
—Potter, reprit le professeur, quelle est la différence entre le n
apel et le tue-loup ?
Cette fois, Hermione se leva, la main toujours tendue au-dessus de sa tê
te.
—Je ne sais pas, répondit Harry avec calme. Mais je crois qu'Hermi
one le sait. Vous aurez
peut-être plus de chance avec elle.
Il y eut quelques rires. Rogue, en revanche, n'avait pas l'air content.
—Asseyez-vous ! lança-t-il à Hermione. Pour votre information,
Potter, sachez que le
mélange d'asphodèle et d'armoise donne un somnifère si puissant
qu'on l'appelle la Goutte du
Mort vivant. Un bézoard est une pierre qu'on trouve dans l'estomac de
s chèvres et qui
constitue un antidote à la plupart des poisons. Quant au napel et au
tue-loup, il s'agit de la
même plante que l'on connaît aussi sous le nom d'aconit. Alors ? Q
u'est-ce que vous attendez
pour prendre note ?

Il y eut un soudain bruissement de plumes et de parchemins.
—Et votre impertinence coûtera un point à Gryffondor, Potter, a
jouta Rogue.
Il répartit alors les élèves deux par deux et leur fit prépa
rer une potion destinée à soigner les
furoncles. Il passait et repassait parmi les élèves, sa longue cape noire flottant derrière lui, en
les regardant peser des orties séchées et écraser des crochets
de serpent. Chacun eut droit à
de sévères critiques, sauf Malefoy pour qui il semblait éprouve
r de la sympathie.
Brusquement, un nuage de fumée verte accompagné d'un sifflement so
nore emplit le cachot.
Neville Londubat s'était débrouillé pour faire fondre le chaudr
on de Seamus et leur potion se
répandait sur le carrelage en rongeant les chaussures des élève
s. Un instant plus tard, toute
la classe était debout sur les tabourets et Neville, aspergé de po
tion lorsque le chaudron avait
fondu, gémissait de douleur tandis que des furoncles lui poussaient s
ur les bras et les jambes.
—Imbécile ! gronda Rogue en faisant disparaître d'un geste de l
a main la potion répandue
sur le sol. J'imagine que vous avez ajouté les épines de porc-é
pic avant de retirer le chaudron
du feu ?
Neville pleurnichait et des furoncles lui poussaient à présent sur
le nez.
—Emmenez-le à l'infirmerie, ordonna Rogue à Seamus.
Puis il se tourna vers Harry et Ron qui avaient préparé leur potio
n à côté de Neville.
—Potter, pourquoi ne lui avez-vous pas dit qu'il ne fallait pas ajout
er les épines tout de
suite ? Vous pensiez que s'il ratait sa potion, vous auriez l'air plus b
rillant ? Voilà qui va
coûter un point de plus à Gryffondor.
C'était tellement injuste que Harry ouvrit la bouche pour réplique
r, mais Ron lui donna un
petit coup de pied pour l'en dissuader.
—Laisse tomber, chuchota-t-il. Il paraît qu'il peut devenir trè
s méchant quand il s'y met.
Lorsqu'ils remontèrent du cachot, une heure plus tard, Harry remuait
de sombres pensées et
son moral était au plus bas. Il avait fait perdre deux points à Gr
yffondor dès la première
semaine. Pourquoi Rogue le haïssait-il ainsi ?
—Ne t'en fais pas, dit Ron. Rogue enlevait aussi des points à Gryf
fondor à cause de Fred et
George. Est-ce que je peux venir avec toi chez Hagrid ?
A trois heures moins cinq, ils quittèrent le château et traversè
rent le parc. Hagrid habitait
une petite maison de bois en bordure de la Forêt interdite. Une arbalète et une paire de bottes
en caoutchouc étaient posées à côté de la porte.
Lorsque Harry frappa, un grand fracas retentit à l'intérieur de la
maison, accompagné
d'aboiements sonores. Puis, la voix de Hagrid domina le vacarme:
—Ça suffit, Crockdur ! dit-il. Va-t'en de là.

Le visage hirsute de Hagrid apparut dans l'entrebâillement de la port
e.
—Du calme, Crockdur !
Il fit entrer Harry et Ron en s'efforçant de retenir par son collier
un énorme molosse noir.
La maison ne comportait qu'une seule pièce. Des jambons et des faisan
s étaient suspendus au
plafond, et une bouilloire en cuivre était posée sur le feu. Un co
in de la pièce était occupé par
un lit massif recouvert d'une courtepointe en patchwork.
—Faites comme chez vous, dit Hagrid en lâchant Crockdur qui bondit
aussitôt sur Ron et
entreprit de lui lécher consciencieusement les oreilles. A l'image de
son maître, Crockdur
était beaucoup moins féroce qu'il ne le paraissait.
—Je vous présente Ron, dit Harry à Hagrid qui versait de l'eau
chaude dans une grande
théière et disposait des biscuits maison sur une assiette.
—Encore un Weasley, à ce que je vois, remarqua Hagrid en regardant
les taches de rousseur
de Ron. J'ai passé la moitié de ma vie à poursuivre tes frèr
es jumeaux quand il leur prenait
l'envie d'aller faire un tour dans la forêt.
Les biscuits faillirent leur casser les dents, mais Ron et Harry firent
semblant de les trouver
délicieux. Ils lui racontèrent leur première semaine de classe
pendant que Crockdur, la tête
posée sur les genoux de Harry, bavait abondamment sur sa robe de sorc
ier.
Harry et Ron furent enchantés d'entendre Hagrid qualifier Rusard de «
vieille ganache ».
—Et un de ces jours, j'aimerais bien présenter son horrible Miss T
eigne à Crockdur. A
chaque fois que j'entre dans l'école, elle me suit partout. Impossibl
e de se débarrasser d'elle.
C'est Rusard qui me l'envoie.
Lorsque Harry lui raconta ce qui s'était passé pendant le cours de
Rogue, Hagrid lui fit la
même réponse que Ron: il ne fallait pas y prêter attention, Rog
ue n'avait jamais aimé grand
monde parmi ses élèves.
—Mais moi, on dirait vraiment qu'il me hait, insista Harry.
—Tu dis des bêtises, assura Hagrid. Pourquoi donc te haïrait-il
?
Mais Harry remarqua que Hagrid avait détourné les yeux en disant c
ela.
—Comment va ton frère Charlie ? demanda Hagrid à Ron. Je l'aimais beaucoup. Il savait très
bien s'y prendre avec les animaux.
Pendant que Ron lui parlait de Charlie, Harry prit un morceau de journal
posé sur la table,
C'était un article découpé dans La Gazette du sorcier:

« LE CAMBRIOLAGE DE GRINGOTT'S »

L'enquête sur le cambriolage qui s'est produit le 31 juillet dans les
locaux de la banque
Gringotts se poursuit. La piste suivie par les enquêteurs devrait les
mener dans les milieux de
la magie noire.
Les gobelins de Gringotts ont répété que rien n'avait été
volé. La chambre forte fracturée
avait en effet été vidée le même jour.
« Mais nous ne vous révélerons pas ce qu'elle contenait et, dan
s votre propre intérêt, nous
vous conseillons vivement de ne pas vous mêler de cette affaire »,
a déclaré le porte-parole
des gobelins.

Harry se souvenait de ce que Ron lui avait dit dans le train: il y avait
eu une tentative de
cambriolage à Gringotts. Mais il ne lui avait pas précisé la da
te à laquelle elle avait eu lieu.
—Hagrid ! s'exclama Harry. Ce cambriolage à Gringotts s'est passé
le jour de mon
anniversaire ! Ça aurait pu arriver pendant qu'on y était !
Cette fois, il n'y avait vraiment aucun doute: Hagrid fuyait le regard d
e Harry. Il poussa un
grognement et lui offrit un autre biscuit. Harry relut l'article. La cha
mbre forte fracturée
avait été vidée le même jour. Hagrid avait vidé la chambr
e forte numéro 713, si on pouvait
appeler ça vider. Il n'avait pris qu'un petit paquet enveloppé de
papier kraft. Etait-ce donc
cela que les voleurs avaient voulu dérober ?
Lorsqu'il revint au château avec Ron, leurs poches pleines de biscuit
s qu'ils avaient été trop
polis pour refuser, Harry estima qu'aucun des cours qu'il avait suivis j
usqu'à présent ne lui
avait donné autant à penser que cette visite chez Hagrid. Il se de
manda où pouvait bien se
trouver le fameux paquet, à présent. Si c'était bien ce que che
rchaient les voleurs, Hagrid
l'avait emporté juste à temps ! Harry se posait aussi une autre qu
estion: Hagrid avait-il
quelque chose à lui cacher au sujet de Rogue et de l'antipathie qu'il
lui avait manifestée ?

Chapitre 9
Duel à minuit
Harry avait toujours cru qu'il était impossible de rencontrer quelqu'
un d'aussi détestable que
Dudley, mais c'était avant de faire la connaissance de Drago Malefoy.
Les Gryffondor
pensaient n'avoir que le cours de potions en commun avec les Serpentard.
Hélas, une note au
tableau d'affichage les informa que les cours de vol sur balai seraient
également communs
entre les deux maisons.
—On ne pouvait pas rêver mieux, marmonna Harry. Je n'attendais que
ça: me ridiculiser
devant Malefoy en essayant de manier un manche à balai.
Les leçons de vol étaient celles qu'il attendait avec le plus d'im
patience.

—Qui te dit que tu vas te ridiculiser ? répondit Ron. Je sais que
Malefoy se vante toujours
d'être un grand joueur de Quidditch, mais ça ne coûte rien de le dire. Il faudra voir sur le
terrain.
Il est vrai que Malefoy parlait beaucoup de balais volants, Il racontait
sans cesse des
histoires dont il était le héros et qui se terminaient invariablem
ent par une poursuite
haletante à l'issue de laquelle il échappait de justesse à un h
élicoptère piloté par des Moldus.
Il n'était d'ailleurs pas le seul à se vanter, A l'en croire, Seam
us Finnigan avait également
passé le plus clair de son enfance à faire des acrobaties aérie
nnes en pleine campagne. Même
Ron racontait à qui voulait l'entendre qu'il avait failli, entrer en
collision avec un deltaplane
alors qu'il pilotait le vieux balai de Charlie. Tous les élèves is
sus de familles de sorciers
parlaient sans cesse de Quidditch. Ron avait déjà eu une longue di
spute avec Dean Thomas,
qui partageait leur dortoir, à propos du football. Ron ne voyait pas
ce qu'on pouvait bien
trouver d'intéressant à un jeu qui ne comportait qu'une seule ball
e et où il était interdit de
voler. Un soir Harry avait surpris Ron en train de tapoter une affiche d
e Dean représentant
l'équipe de football de West Ham pour essayer, en vain, de faire boug
er les joueurs.
Neville, en revanche, n'était jamais monté sur un balai. Sa grand-
mère s'y était toujours
opposée. Harry songeait en son for intérieur que c'était une sa
ge décision, étant donné le
nombre incroyable d'accidents que Neville avait déjà eu dans sa vi
e en restant les deux pieds
sur terre.
Quant à Hermione, elle redoutait autant que Neville la première le
çon de vol, car c'était
quelque chose qu'on ne pouvait pas apprendre par cœur dans un livre—
et pourtant elle avait
essayé !
Le premier cours de balai volant devait avoir lieu le jeudi. Au petit dé
jeuner, elle leur infligea
les stupides conseils en matière de vol qu'elle avait trouvés à
la bibliothèque dans un livre
intitulé Le Quidditch à travers les âges. Neville buvait ses pa
roles, dans l'espoir d'apprendre
quelque chose qui pourrait l'aider à tenir sur un balai mais tous les autres furent ravis que
l'arrivée du courrier interrompe la conférence d'Hermione.
Harry n'avait pas reçu la moindre lettre depuis le petit mot de Hagri
d, ce que Malefoy avait
tout de suite remarqué. Le hibou grand duc de celui-ci lui apportait
sans cesse des colis de
bonbons qu'il ouvrait avec jubilation à la table des Serpentard.
Ce matin-là, un hibou apporta à Neville un paquet que lui envoyait
sa grand-mère. Il l'ouvrit
fébrilement et montra à tout le monde une boule de verre de la tai
lle d'une grosse bille qui
semblait remplie de fumée.
—C'est un Rapeltout ! expliqua-t-il. Ça sert à se souvenir de c
e qu'on a oublié de faire. Ma
grand-mère me l'a envoyé parce qu'elle trouve que je suis étour
di. Regardez, il suffit de la
tenir dans sa main, comme ça et si on a oublié quelque chose, elle
devient rouge.
Neville fronça les sourcils: dans sa main, la boule était devenue
écarlate. Pendant qu'il
essayait de se rappeler ce qu'il avait oublié, Drago Malefoy passa pr
ès de la table des
Gryffondor et prit le Rapeltout des mains de Neville.
Harry et Ron se levèrent d'un bond. Ils n'auraient pas été mé
contents d'avoir un prétexte pour
se battre avec Malefoy, mais le professeur McGonagall accourut aussitô
t.

—Que se passe-t-il ? demanda-t-elle.
—C'est Malefoy qui m'a pris mon Rapeltout, gémit Neville.
Malefoy fit une grimace et laissa retomber la boule de verre sur la tabl
e.
—C'était simplement pour jeter un coup d'œil, dit-il avant de s
'éloigner en compagnie de
Crabbe et de Goyle.

A trois heures et demie, cet après-midi-là, les élèves de Gr
yffondor sortirent dans le parc
pour se rendre sur le lieu de leur première leçon de vol. Le ciel
était clair et les vastes
pelouses ondulaient sous une faible brise. Le terrain se trouvait du cô
té opposé à la Forêt
interdite dont on voyait les arbres se balancer au loin.
Les Serpentard étaient déjà là, ainsi qu'une vingtaine de ba
lais soigneusement alignés sur le
sol. Harry avait entendu Fred et George se plaindre de la qualité des
balais de l'école qui se
mettaient à vibrer quand on volait trop haut ou qui tiraient un peu t
rop à gauche.
Madame Bibine, le professeur de vol, arriva bientôt. Elle avait des c
heveux courts et gris et
des yeux jaunes comme ceux d'un faucon.
—Alors, qu'est-ce que vous attendez ? aboya-t-elle. Mettez-vous chacu
n devant un balai.
Allez, dépêchez-vous !
Harry jeta un coup d'œil à son balai: il était vieux et pas en
très bon état.
—Tendez la main droite au-dessus du balai, ordonna Madame Bibine, et
dites : « Debout ! »
—Debout ! crièrent les élèves à l'unisson.
Le balai de Harry lui sauta aussitôt dans la main, mais ce fut un des
rares à le faire. Celui
d'Hermione Granger fit simplement un tour sur lui-même et celui de Neville ne bougea pas.
Les balais étaient peut-être comme les chevaux, songea Harry, quan
d on avait peur, ils le
sentaient et le tremblement dans la voix de Neville indiquait clairement
qu'il aurait préféré
garder les deux pieds sur terre.
Madame Bibine leur montra ensuite comment enfourcher le manche sans glis
ser. Elle passa
devant chacun pour corriger la position et Harry et Ron furent enchanté
s de l'entendre dire à
Malefoy qu'il tenait très mal son balai.
—Et maintenant, dit le professeur, à mon coup de sifflet, vous don
nez un coup de pied par
terre pour vous lancer. Frappez fort. Vous tiendrez vos balais bien droi
ts, vous vous élèverez
d'un ou deux mètres et vous reviendrez immédi atement au sol en vous penchant légèrement en
avant. Attention au coup de sifflet. Trois, deux...
Mais Neville était si nerveux et il avait si peur de ne pas réussi
r à décoller qu'il se lança
avant que Madame Bibine ait eu le temps de porter le sifflet à ses lè
vres.

—Redescends, mon garçon ! ordonna-t-elle.
Mais Neville s'éleva dans les airs comme un bouchon de champagne. Il
était déjà à trois
mètres. Il monta jusqu'à six mètres. Harry vit son visage se dé
composer tandis qu'il regardait
le sol s'éloigner. Il eut un haut-le-corps, glissa du balai et...
BAM ! Il y eut un bruit sourd, puis un horrible craquement et Neville se
retrouva face contre
terre, le nez dans le gazon. Son balai continua de s'élever de plus en plus haut, puis dériva
lentement vers la Forêt interdite avant de disparaître à l'hori
zon.
Madame Bibine était penchée sur Neville, le teint aussi pâle qu
e lui.
—Poignet cassé, murmura-t-elle. Allez, viens mon garçon, lèv
e-toi, ce n'est pas grave.
Elle se tourna alors vers les autres élèves.
—Personne ne bouge pendant que j'emmène ce garçon à l'infirm
erie, dit-elle. Et vous laissez
les balais par terre, sinon, je vous garantis que vous ne resterez pas l
ongtemps à Poudlard.
Neville, le visage ruisselant de larmes, la main crispée sur son poig
net, clopina à côté de
Madame Bibine qui le tenait par l'épaule. Dès qu'ils se furent suf
fisamment éloignés, Malefoy
éclata de rire.
—Vous avez vu sa tête, à ce mollasson ? s'exclama-t-il.
Les Serpentard éclatèrent de rire à leur tour.
—Tais-toi, Malefoy, lança sèchement Parvati Patil.
—Tu prends la défense de Londubat, Parvati ? s'exclama Pansy Parki
nson, une fille de
Serpentard au visage dur. Je ne savais pas que tu aimais les gros pleurn
ichards.
—Regardez ! s'écria Malefoy.
Il se précipita soudain à l'endroit où Neville était tombé
et ramassa quelque chose dans
l'herbe.
—C'est ce truc idiot que sa grand-mère lui a envoyé, dit-il en
montrant le Rapeltout qui
étincelait dans sa main.
—Donne-moi ça, Malefoy, lança Harry d'une voix très calme.
Tout le monde cessa de parler pour regarder la suite des événement
s. Malefoy eut un sourire
mauvais.
—Je vais le laisser quelque part pour que ce pauvre Neville puisse le
retrouver. Au sommet
d'un arbre, par exemple.
—Donne ça ! s'écria Harry.

Mais Malefoy avait déjà enfourché son balai et décolla aussi
tôt. Il n'avait pas menti en disant
qu'il savait voler.
—Si tu y tiens tellement, viens le chercher, Potter, cria-t-il en vol
ant autour de la cime d'un
chêne.
Harry empoigna son balai.
—Non ! cria Hermione Granger. Madame Bibine nous a dit de ne pas boug
er. Tu vas nous
attirer des ennuis.
Mais Harry ne fit pas attention à elle. Il enfourcha le balai, donna
un grand coup de pied par
terre et s'éleva à toute vitesse. L'air lui sifflait aux oreilles
et sa robe de sorcier flottait
derrière lui.
Il ressentit une joie intense en découvrant soudain qu'il savait fair
e voler un balai sans avoir
eu besoin d'apprendre. C'était quelque chose qui lui paraissait trè
s naturel, très facile, et qui
lui donnait une sensation merveilleuse. Lorsqu'il tira sur le manche pou
r monter encore un
peu plus haut, il entendit s'élever de la pelouse les hurlements des
filles qui le suivaient des
yeux et une exclamation admirative de Ron.
Harry prit alors un virage serré pour faire face à Malefoy qui par
aissait stupéfait.
—Donne-moi ça, s'écria Harry, ou je te fais tomber de ton balai
!
—Vraiment ? répliqua Malefoy qui essayait d'avoir l'air méprisa
nt mais semblait plutôt
inquiet.
D'instinct, Harry savait parfaitement ce qu'il fallait faire. Il se penc
ha en avant, serra les
mains sur le manche et son balai fonça sur Malefoy comme un javelot.
Malefoy parvint de
justesse à éviter Harry qui prit un virage en épingle à chev
eux et fondit à nouveau sur son
adversaire. En bas, des élèves applaudirent.
—Alors, Malefoy ! Crabbe et Goyle ne sont plus là pour te sauver l
a mise ? lança Harry.
Il sembla que Malefoy avait eu la même pensée.
—Attrape, si tu en es capable, cria-t-il.
Et il lança la boule de verre le plus haut possible.
Comme dans un film au ralenti, Harry vit la boule s'élever dans les a
irs puis amorcer sa
chute. Il se pencha aussitôt en avant, abaissa le manche à balai e
t poursuivit la boule en
fonçant vers le sol. Des cris se mêlaient au sifflement du vent da
ns ses oreilles, tandis qu'il
fendait l'air à une vitesse vertigineuse. Soudain, il tendit la main
et réussit à attraper la boule
à une cinquantaine de centimètres du sol, juste à temps pour po
uvoir redresser le manche de
son balai et atterrir en douceur sur la pelouse, en tenant le Rapeltout
au creux de son poing.
—HARRY POTTER !

Cette fois, ce fut son cœur qui sembla plonger dans sa poitrine à
la même vitesse que le balai.
Le professeur McGonagall courait vers lui. Harry se releva, les jambes t
remblantes.
—Jamais depuis que je suis à Poudlard...
Elle étant dans un tel état de choc qu'elle n'arrivait presque plu
s à parler et ses lunettes
lançaient des éclairs furieux.
—Comment avez-vous pu oser... ? Vous auriez pu vous rompre le cou...
—Ce n'est pas sa faute, professeur, intervint Ron, c'est Malefoy qui.
..
—Taisez-vous, Weasley. Venez avec moi, Potter.
Harry aperçut Malefoy, Crabbe et Goyle qui arboraient un air triompha
nt en le regardant
partir sur les talons du professeur McGonagall. Harry savait qu'il allai
t être renvoyé. Il
aurait voulu dire quelque chose pour se défendre, mais il avait l'imp
ression que sa voix
refusait de lui obéir. Le professeur McGonagall avançait à gran
ds pas sans même le regarder
et il lui fallait courir pour la suivre. Il n'avait pas tenu deux semain
es. Dans dix minutes, il
devrait faire sa valise. Que diraient les Dursley quand ils le verraient
sur le pas de la porte ?
Il monta les marches de pierre, puis l'escalier de marbre. Le professeur
McGonagall ne disait
toujours rien. Elle ouvrait les portes à la volée et arpentait les
couloirs, Harry sur ses talons.
Peut-être l'emmenait-elle dans le bureau de Dumbledore. Il pensa à
Hagrid qui s'était fait
renvoyer mais qui avait pu rester à Poudlard comme garde-chasse. Peut
-être pourrait-il
devenir son assistant ? Il sentit son estomac se nouer à l'idée de
voir Ron et les autres devenir
sorciers tandis qu'il serait condamné à suivre Hagrid en portant s
on sac.
Le professeur s'arrêta soudain devant une salle de classe. Elle ouvri
t la porte et jeta un coup
d'œil par l'entrebâillement.
—Excusez-moi, dit-elle au professeur qui donnait son cours dans la sa
lle.
C'était Flitwick, le professeur d'enchantements.
—Puis-je vous emprunter du bois quelques instants ?
Du bois ? Avait-elle l'intention de lui donner des coups de bâton ? s
e demanda Harry,
déconcerté.
Mais Dubois était en fait un élève de cinquième année, un
garçon solide qui avait l'air très
étonné d'être ainsi arraché à son cours.
—Venez avec moi, tous les deux, dit le professeur McGonagall.
Ils la suivirent le long du couloir. Dubois lançait à Harry des re
gards surpris.
—Entrez là, ordonna le professeur.

Elle les fit entrer dans une classe vide où Peeves était occupé
à écrire des gros mots au
tableau.
—Dehors, Peeves ! aboya-t-elle.
Peeves lança la craie dans une corbeille et fila dans le couloir en p
oussant des jurons. Le
professeur McGonagall claqua la porte derrière lui et se planta devan
t les deux garçons.
—Potter, je vous présente Olivier Dubois. Dubois, je vous ai trouv
é un attrapeur.
L'expression de Dubois passa de la surprise au ravissement.
—Vous parlez sérieusement, professeur ?
—Très sérieusement, répliqua sèchement le professeur McGo
nagall. Ce garçon a un don. Je
n'ai jamais rien vu de semblable. C'était la première fois que vou
s montiez sur un balai,
Potter ?
Harry approuva d'un signe de tête. Il n'avait pas la moindre idée
de ce qui se passait, mais
apparemment, on n'avait pas l'intention de l'exclure.
—Il a attrapé cette boule de verre après une descente en piqué
de quinze mètres, dit le
professeur McGonagall. Et il s'en est tiré sans la moindre égratig
nure. Même Charlie
Weasley n'aurait pas été capable d'en faire autant.
Dubois avait à présent la tête de quelqu'un dont le rêve le
plus cher vient de se réaliser.
—Tu as déjà assisté à un match de Quidditch, Potter ? dem
anda-t-il d'une voix enthousiaste.
—Dubois est le capitaine de l'équipe de Gryffondor, précisa le
professeur McGonagall.
—Il a le physique parfait pour un attrapeur, dit Dubois qui tournait
tout autour de Harry
pour l'examiner en détail. Léger, rapide... Il va falloir lui trou
ver un bon balai. Peut-être un
Nimbus 2000 ou un Astiqueur 7.
—Je vais aller voir le professeur Dumbledore pour lui demander si on
peut faire une entorse
au règlement et fournir un balai à un élève de première a
nnée. Dieu sait que nous avons
besoin d'une meilleure équipe que celle de l'année dernière. No
us avons été littéralement
écrasés par les Serpentard. Pendant des semaines, je n'ai plus osé
regarder Severus Rogue en
face...
Le professeur McGonagall observa Harry d'un air grave par-dessus ses lun
ettes.
—Je veux que vous suiviez un entraînement intensif, Potter. Vous a
vez intérêt à vous donner
du mal, sinon, je pourrais revenir sur ma décision de ne pas vous pun
ir pour ce que vous
venez de faire.
Puis elle eut soudain un sourire.

—Votre père aurait été fier de vous, ajouta-t-elle. Lui auss
i était un excellent joueur de
Quidditch.

—Tu plaisantes ou quoi ?
C'était l'heure du dîner et Harry venait de raconter à Ron ce q
ui s'était passé avec le
professeur McGonagall.
—Attrapeur ? s'exclama Ron. Mais les première année ne jouent j
amais... Tu vas être le plus
jeune joueur depuis...
—Un siècle, acheva Harry. C'est Dubois qui me l'a dit.
Ron était tellement stupéfait qu'il en oublia de manger ce qu'il a
vait dans son assiette.
—Je commence l'entraînement la semaine prochaine, dit Harry. Mais
ne le dis à personne.
Dubois tient à garder le secret.
Fred et George Weasley venaient d'entrer dans la salle. Ils se précip
itèrent sur Harry.
—Bravo, dit George à voix basse. Dubois nous a raconté. Nous au
ssi, on est dans l'équipe.
Comme batteurs.
—Cette année, on gagne la coupe, c'est sûr, dit Fred. On n'avai
t plus jamais gagné depuis le
départ de Charlie, mais cette fois, on a une équipe formidable. Tu
dois être vraiment très bon,
Harry ! Dubois en sautait de joie.
—Il faut qu'on y aille, dit George. Il paraît que Lee Jordan a tro
uvé un nouveau passage
secret pour sortir de l'école.
—Je parie que c'est celui qui se trouve derrière la statue de Greg
ory le Hautain. On l'avait
déjà repéré dès la première semaine. A tout à l'heu
re.
Fred et George étaient à peine partis que quelqu'un de beaucoup moins sympathique apparut:
c'était Malefoy, accompagné de Crabbe et Goyle.
—Alors, c'est ton dernier repas, Potter ? Quand est-ce que tu retourn
es chez les Moldus ?
—Tu faisais moins le fier quand tu n'avais pas tes petits copains ave
c toi, répliqua Harry avec
froideur.
Le qualificatif de « petit » ne convenait guère à Crabbe et
à Goyle, mais les professeurs
étaient nombreux autour de la Grande Table et ni l'un ni l'autre ne put faire grand-chose à
part froncer les sourcils.
—Je te prends quand tu veux, dit Malefoy, vexé. Cette nuit si ç
a te convient. Duel de sorciers.
Baguettes magiques uniquement, pas de contact physique. Qu'est-ce qu'il
y a ? Tu ne sais pas
ce que c'est qu'un duel de sorciers ?

—Bien sûr que si, intervint Ron. Et je veux bien être son secon
d. Et toi, qui tu prends comme
second ?
Malefoy se tourna vers Crabbe et Goyle et les évalua du regard.
—Crabbe, dit-il. A minuit, d'accord ? On se retrouve dans la salle de
s trophées, elle n'est
jamais fermée.
Lorsque Malefoy et ses amis furent partis, Ron et Harry se tournèrent
l'un vers l'autre.
—Qu'est-ce que c'est que ça, un duel de sorciers ? demanda Harry.
Et qu'est-ce que tu
entends par second ?
—Le second est là pour prendre ta place si tu es tué, répond
it Ron d'un ton dégagé. Mais on
ne meurt que dans les vrais duels, avec de vrais sorciers. Tout ce que v
ous arriverez à faire,
Malefoy et toi, c'est à vous envoyer des étincelles. Vous ne vous
y connaissez pas
suffisamment en magie pour vous faire du mal. Je suis sur qu'il s'attend
ait à ce que tu refuses.
—Et si rien ne se passe quand j'agiterai ma baguette ?
—Jette-la par terre et donne un coup de poing sur le nez de Malefoy,
suggéra Ron.
—Excusez-moi, dit une voix.
Harry et Ron levèrent la tête. C'était Hermione Granger.
—On ne peut pas dîner en paix ? grommela Ron.
Hermione ne fit pas attention à lui et s'adressa à Harry:
—J'ai entendu ce que vous vous disiez avec Malefoy. Il n'est pas ques
tion que vous vous
promeniez la nuit dans le château. Vous avez pensé aux points que
vous ferez perdre aux
Gryffondor si jamais vous êtes pris ? Et vous serez forcément pris
. C'est vraiment très égoïste
de votre part.
—Et ça ne te regarde vraiment pas, ajouta Harry.
—Au revoir, bonne soirée, dit Ron.

La nuit promettait de ne pas être de tout repos, pensa Harry tandis q
u'il attendait, allongé sur
son lit, l'heure d'aller au rendez-vous. Ron avait passé la soirée
à lui donner des conseils.
—S'il essaye de te jeter un sort, arrange-toi pour esquiver. Je ne me
souviens plus de ce qu'il
faut faire pour les neutraliser.
Il y avait de grands risques qu'ils se fassent prendre par Rusard ou Mis
s Teigne et Harry
pensa qu'il tentait un peu trop la chance, mais il avait enfin l'occasio
n de battre Malefoy une
bonne fois pour toutes et il ne fallait pas la laisser échapper.

—Onze heures et demie, murmura Ron. Il est temps d'y aller.
Ils enfilèrent leur robe de chambre, prirent leurs baguettes magiques
et descendirent
l'escalier en colimaçon qui menait à la salle commune. Quelques br
aises rougeoyaient encore
dans l'âtre et les fauteuils avaient l'air de créatures informes,
tapies dans la pénombre. Ils
avaient presque atteint le trou qui permettait de sortir de la pièce
lorsqu'une voix s'éleva
derrière eux.
—Je n'arrive pas à croire que tu puisses faire une chose pareille,
Harry.
La lueur d'une lampe tremblota dans l'obscurité et Hermione Granger a
pparut, vêtue d'une
robe de chambre rose, les sourcils froncés.
—Retourne te coucher, toi ! lança Ron avec fureur.
—J'ai failli tout raconter à ton frère, répliqua Hermione. P
ercy est préfet, il pourrait
empêcher ça.
Harry n'avait jamais vu quelqu'un montrer une telle obstination à se
mêler des affaires
d'autrui.
—Viens, dit-il à Ron.
Il fit pivoter le portrait de la grosse dame et passa par le trou. Mais
Hermione n'était pas
décidée à abandonner la partie aussi facilement et elle franchi
t le trou à la suite de Ron en
émettant des sifflements d'oie furieuse.
—Vous vous en fichez de Gryffondor ? Vous ne pensez qu'à vous-mê
mes ? Je ne veux pas que
ce soit Serpentard qui gagne la coupe et que vous nous fassiez perdre to
us les points que j'ai
gagnés avec McGonagall.
—Va-t'en.
—Très bien, mais je vous aurai prévenus. Demain, quand vous serez dans le train parce qu'on
vous aura renvoyés, vous vous souviendrez de ce que je vous ai dit. V
ous êtes vraiment des...
Mais ils ne surent pas ce qu'ils étaient car en voulant faire à no
uveau pivoter le portrait de la
grosse dame pour retourner dans son dortoir, Hermione s'aperçut que l
a toile était vide. La
grosse dame était allée se promener, laissant Hermione à la por
te.
—Qu'est-ce que je vais faire, maintenant ? dit-elle d'une petite voix
aiguë.
—Ça te regarde, répondit Ron. Nous, il faut qu'on y aille, sino
n on va être en retard.
Mais avant qu'ils aient atteint le bout du couloir, Hermione les avait r
attrapés.
—Je viens avec vous, dit-elle.
—Certainement pas.

—Vous ne croyez pas que je vais attendre là que Rusard vienne me c
hercher ? S'il nous
trouve tous les trois, je lui dirai la vérité, que j'ai essayé
de vous faire revenir mais que je n'ai
pas pu. Vous pourrez témoigner en ma faveur.
—Tu ne manques pas de culot ! répliqua Ron à voix haute.
—Taisez-vous, tous les deux, dit sèchement Harry. J'ai entendu que
lque chose.
On aurait dit quelqu'un qui reniflait.
—Miss Teigne ? chuchota Ron en scrutant l'obscurité.
Mais ce n'était pas elle. C'était Neville Londubat. Il était co
uché sur le sol, en chien de fusil,
et dormait profondément. Lorsque les trois autres s'approchèrent,
il se réveilla en sursaut.
—Ah ! Vous m'avez enfin retrouvé ! dit-il. Ça fait des heures q
ue je suis là. Je n'arrivais pas à
me souvenir du mot de passe pour retourner au dortoir.
—Ne parle pas trop fort, dit Ron. Le mot de passe, c'est Groin de por
c, mais ça rie te servira
à rien, la grosse dame est allée se promener.
—Comment va ton poignet ? demanda Harry.
—Très bien, dit Neville. Madame Pomfresh m'a arrangé ça en d
eux minutes.
—Parfait. A plus tard, Neville, on a quelque chose à faire.
—Ne me laissez pas tout seul ! dit Neville en se relevant. Le Baron S
anglant est déjà passé
deux fois.
Ron regarda sa montre et jeta un coup d'œil furieux à Hermione et
à Neville.
—Si on se fait attraper à cause de vous, dit-il, je vous jure que
j'apprendrai à vous jeter un
sort dont vous ne vous remettrez pas.
Hermione s'apprêtait à répondre, mais Harry lui fit signe de se
taire et se remit en chemin. Ils
parcoururent des couloirs zébrés de rayons de lune qui projetaient
l'ombre des croisées sur le
sol. A chaque tournant, Harry s'attendait à se trouver nez à nez a
vec Rusard ou Miss Teigne,
mais ils eurent de la chance et parvinrent à monter sans encombre au
deuxième étage où se
trouvait la salle des trophées.
Malefoy et Crabbe n'étaient pas encore arrivés. Derrière les vi
trines de cristal, des coupes,
des écus, des plateaux, des statuettes d'or et d'argent étincelaie
nt dans la pénombre, à la
lueur du clair de lune. Harry sortit sa baguette magique, au cas où M
alefoy se serait caché
quelque part pour l'attaquer par surprise. Ils attendirent quelques minutes, mais rien ne se
produisit.
—Il est en retard. Peut-être qu'il s'est dégonflé, murmura R
on.

Au même instant, un bruit dans la pièce voisine les fit sursauter.
Harry brandit sa baguette et
ils entendirent une voix, mais ce n'était pas celle de Malefoy.
—Cherche ma belle, cherche bien, ils doivent se cacher dans un coin.
C'était Rusard qui parlait à Miss Teigne. Frappé d'horreur, Har
ry fit des signes désespérés
aux trois autres pour qu'ils s'enfuient le plus vite possible. Ils filè
rent en silence jusqu'à la
porte opposée et parvinrent tout juste à la franchir avant que Rus
ard entre dans la salle des
trophées.
—Il y a quelqu'un qui doit se cacher quelque part, marmonna-t-il derr
ière eux.
Suivi des trois autres, Harry s'engagea dans une longue galerie où s'alignaient des armures.
Ils entendaient Rusard qui se rapprochait et Neville poussa brusquement
un cri apeuré. Il se
mit à courir, trébucha, essaya de se rattraper en saisissant Ron p
ar la taille et tous deux
tombèrent en renversant une armure.
Le vacarme qui s'ensuivit aurait suffi à réveiller tout le chât
eau.
—ON FILE ! cria Harry et ils se mirent à courir sans se donner le
temps de se retourner.
Parvenus à l'extrémité de la galerie aux armures, ils prirent u
n virage serré et foncèrent à
toutes jambes à travers un dédale de couloirs. Harry avait pris la
tête du groupe sans avoir la
moindre idée de l'endroit où ils se trouvaient, ni de la direction
qu'ils suivaient. Ils passèrent
derrière une tapisserie et s'engouffrèrent dans un passage secret
qu'ils parcoururent sans
ralentir l'allure. Ils se retrouvèrent alors près de la salle où
avaient lieu les cours
d'enchantements et qui était située à des kilomètres de la s
alle des trophées.
—Je crois bien qu'on l'a semé, dit Harry, hors d'haleine.
Neville, plié en deux par un point de côté, essayait de retrouv
er sa respiration en émettant
toutes sortes de bruits bizarres.
—Je... vous... avais prévenus ! dit Hermione, le souffle court.
—Il faut retourner à la tour de Gryffondor, dit Ron. Et on a inté
rêt à se dépêcher.
—Malefoy t'a tendu un piège, dit Hermione à Harry, j'espère
que tu t'en rends compte. Il
n'avait pas la moindre intention d'aller au rendez-vous. Mais il a dû
dire à Rusard que
quelqu'un s'apprêtait à entrer dans la salle des trophées.
Harry pensa qu'elle avait sans doute raison, mais il n'allait certaineme
nt pas le reconnaître.
—Allons-y, dit-il.
Ce n'était pas si simple, cependant. Il avait à peine fait dix mè
tres qu'ils virent quelque chose
jaillir d'une salle de classe, juste devant leur nez. C'était Peeves,
l'esprit frappeur. En les
voyant, il poussa une exclamation ravie.

—Alors, les petits nouveaux, on se promène dans les couloirs à
minuit ? Je devrais le dire à
Rusard, déclara-t-il d'une voix vertueuse. Pour votre propre bien, aj
outa-t-il, les yeux
brillants de malice.
—Fiche le camp, laisse-nous passer, lança Ron en faisant un geste
pour écarter Peeves.
C'était une grave erreur.
—ÉLÈVES HORS DU DORTOIR ! hurla aussitôt Peeves. ELEVES HORS
DU DORTOIR
DANS LE COULOIR DES ENCHANTEMENTS !
Ils se baissèrent pour passer sous l'esprit frappeur et coururent à
toutes jambes jusqu'au bout
du couloir où ils tombèrent sur une porte verrouillée.
—On est fichus, gémit Ron tandis qu'ils essayaient vainement d'ouv
rir la porte. C'est la fin,
pour nous !
Ils entendaient les bruits de pas de Rusard qui courait le plus vite qu'
il pouvait dans la
direction d'où provenaient les cris de Peeves.
—Pousse-toi, grogna Hermione.
Elle prit la baguette magique de Harry, tapota la serrure et murmura:
—Alohomora !
Il y eut alors un déclic et la porte pivota sur ses gonds. Ils se pré
cipitèrent dans l'ouverture,
refermèrent aussitôt derrière eux et collèrent l'oreille con
tre le panneau pour écouter ce qui
se passait.
—Où sont-ils allés, Peeves ? demandait Rusard. Vite, dis moi.
—On dit: où sont-ils allés s'il te plaît, quand on est poli.

—Ça suffit, Peeves, ce n'est pas le moment de faire l'idiot. Par o
ù sont-ils partis ?
—Je dirai quelque chose quand on me dira s'il te plaît, chantonna
Peeves de son ton le plus
exaspérant.
—Bon, d'accord. S'il te plaît.
—QUELOUE CHOSE ! Ha ! Ha ! Ha ! Je vous avais prévenu. Je dirai «
quelque chose »
quand on me dira s'il te plaît ! Ha ! Ha ! Ha !
Harry et les trois autres entendirent un bruit semblable à une rafale
de vent. C'était Peeves
qui prenait la fuite tandis que Rusard lançait des jurons furieux.
—Il pense que la porte est verrouillée, chuchota Harry. Je crois q
u'on va s'en tirer. Qu'est-ce
qu'il y a ? dit-il à Neville qui le tirait par la manche depuis un bo
n moment.

Comme Neville insistait, Harry se retourna. Pendant un instant, il se de
manda s'il ne faisait
pas un cauchemar. Avec tout ce qui venait de se passer, c'en était tr
op !
Car ils ne se trouvaient pas dans une salle, comme il l'avait cru tout d
'abord, mais dans un
couloir. Plus précisément, dans le couloir interdit du deuxième
étage. Et à présent, ils
comprenaient pourquoi l'endroit était interdit.
Devant leurs yeux, un chien monstrueux remplissait tout l'espace entre l
e soi et le plafond.
L'animal avait trois têtes : trois paires d'yeux étincelant d'une
lueur démente, trois museaux
qui les flairaient en frémissant avec avidité et trois gueules bav
antes hérissées d'énormes
crocs jaunâtres d'où pendaient des filets de salive épais comme
des cordes.
Le chien se tenait immobile, ses six yeux fixés sur eux. S'il ne les
avait pas encore dévorés,
c'était sans doute parce qu'ils l'avaient pris par surprise, pensa Ha
rry, mais à en juger par
ses grognements qui roulaient comme le tonnerre, il n'allait pas tarder
à leur bondir dessus.
Harry chercha à tâtons la poignée de la porte. Entre Rusard et
la mort, il choisissait Rusard.
Ils sortirent à reculons, claquèrent la porte derrière eux et s
e mirent à courir le long du
couloir à une telle vitesse qu'ils avaient presque l'impression de vo
ler. Rusard avait dû les
chercher ailleurs, car ils ne l'aperçurent nulle part, mais peu leur
importait, ils n'avaient plus
qu'une idée en tête: mettre le maximum de distance entre le monstr
e et eux. Ils ne s'arrêtèrent
de courir que lorsqu'ils furent revenus devant le portrait de la grosse
dame, au sixième étage.
—Où êtes-vous donc allés ? demanda le portrait en voyant leu
rs robes de chambre qui
pendaient sur leurs épaules et leurs visages écarlates, luisants d
e sueur.
—Aucune importance, répliqua Harry, pantelant. Groin de porc, Groi
n de porc. Vite !
Le tableau pivota aussitôt. Ils s'engouffrèrent dans la salle comm
une et se laissèrent tomber
dans des fauteuils, tremblant de tous leurs membres.
Ils restèrent un long moment silencieux. Neville avait l'air d'avoir
perdu à tout jamais l'usage
de la parole.
—Mais qu'est-ce qui leur prend de garder un truc pareil dans une é
cole ? dit enfin Ron. S'il y
a un chien au monde qui a besoin d'exercice, c'est bien celui-là !
Hermione avait retrouvé à la fois son souffle et son mauvais carac
tère.
—Ça vous arrive de vous servir de vos yeux ? lança-t-elle. Vous
n'avez pas vu sur quoi il
était ?
—Il était par terre, non ? répondit Harry. Je n'ai pas regardé
ses pattes, j'avais suffisamment
à voir avec ses têtes.
—Non, il n'était pas par terre, il était sur une trappe. On l'a
mis là pour garder quelque
chose, c'est évident.
Elle se leva et les fixa d'un regard flamboyant.

—J'espère que vous êtes contents de vous. On aurait pu se faire
tuer, ou pire, être renvoyés.
Et maintenant, si ça ne vous dérange pas, je vais me coucher.
Ron la regarda partir, bouche bée.
—Non, ça ne nous dérange pas, dit-il. On dirait vraiment que c'
est nous qui l'avons obligée à
venir !
Harry, lui, remonta dans le dortoir en pensant à ce qu'avait dit Herm
ione. Le chien était là
pour garder quelque chose. Qu'avait dit Hagrid, déjà ? Que Gringot
ts était le meilleur
endroit pour cacher un objet—en dehors de Poudlard, peut-être.
Apparemment, Harry avait découvert où se trouvait désormais le
petit paquet enveloppé de
papier kraft que Hagrid était allé chercher dans la chambre forte
numéro 713.

Chapitre 10
Halloween
Le lendemain, Malefoy n'en crut pas ses yeux lorsqu'il vit que Harry et
Ron étaient toujours à
Poudlard, l'air fatigué, mais la mine joyeuse. Après une bonne nui
t de sommeil, Harry et Ron
trouvaient que cette rencontre avec le chien aux trois têtes était
finalement une belle aventure
et ils avaient hâte d'en connaître d'autres. Harry avait révé
lé à Ron l'existence du paquet
transféré de Gringotts à Poudlard et ils s'étaient longuemen
t demandé ce qui pouvait bien
justifier une protection aussi dissuasive.
—Ou bien c'est quelque chose qui a beaucoup de valeur, ou bien c'est
un truc très dangereux,
dit Ron.
—Ou bien les deux, ajouta Harry.
Mais pour l'instant, la seule chose qu'ils savaient de cet objet mysté
rieux, c'était qu'il était
long d'une soixantaine de centimètres. Et sans indice supplémentai
re, ils n'avaient aucune
chance d'en savoir davantage.
En revanche, ni Hermione, ni Neville ne montraient le moindre intérê
t pour ce qui se trouvait
sous la trappe. Tout ce qui comptait, pour Neville, c'était de ne plu
s jamais se retrouver en
présence du chien.
Hermione refusait désormais de parler à Ron et Harry, ce qui leur
paraissait plutôt
avantageux. Tout ce qu'ils souhaitaient, à présent, c'était se
venger de Malefoy et l'occasion
leur en fut donnée une semaine plus tard, à l'heure de la distribu
tion du courrier.
Au moment où les hiboux envahirent la Grande Salle, comme chaque mati
n, l'attention des
élèves fut aussitôt attirée par un long paquet que portaient
une demi-douzaine de hiboux
grands ducs. Harry était aussi intrigué que les autres et il fut s
tupéfait lorsque les hiboux

laissèrent tomber le paquet devant lui, en envoyant au passage son as
siette d'œufs au bacon
sur le carrelage. Un autre hibou passa juste après pour déposer un
e lettre sur le paquet.
Harry eut la bonne idée de commencer par lire la lettre dans laquelle
il était écrit:

N'OUVREZ PAS LE PAQUET PENDANT QUE VOUS SEREZ À TABLE.
Il contient votre nouveau Nimbus 2000, mais je ne veux pas que tout le m
onde sache que vous
avez votre propre balai. Sinon, les autres en voudront un aussi. Olivier
Dubois vous attend ce
soir à sept heures sur le terrain de Quidditch pour votre première
séance d'entraînement.
Professeur McGonagall.

Harry montra la lettre à Ron en éprouvant les plus grandes difficu
ltés à ne pas laisser éclater
sa joie.
—Un Nimbus 2000, marmonna Ron avec envie. Je n'ai même jamais eu l
'occasion d'en
toucher un.
Ils se hâtèrent de quitter la salle pour aller déballer le paqu
et loin des regards. Mais Crabbe
et Goyle leur barrèrent le chemin de l'escalier et Malefoy prit le pa
quet des mains de Harry.
—Ca m'a l'air d'être un balai, dit Malefoy en tâtant le paquet.

Il le lui rendit avec une expression de mépris mêlée d'envie.
—Cette fois, tu es fichu, Potter, les première année n'ont pas
le droit d'avoir de balai.
Ron ne put se retenir.
—Ce n'est pas n'importe quel balai, dit-il, c'est un Nimbus 2000. C'e
st quoi, déjà, la marque
du tien ? Un Comète 260, c'est ça ? Les Comète, c'est pas mal q
uand on n'y regarde pas de
trop près. Mais évidemment, les Nimbus, c'est une autre classe.
—Qu'est-ce que tu en sais, Weasley, répliqua Malefoy. Tu n'aurais
même pas de quoi te payer
la moitié d'une poignée. Toi et tes frères, vous les achetez br
indille par brindille.
Avant que Ron ait eu le temps de répondre, le professeur Flitwick app
arut à côté de Malefoy.
—J'espère que vous n'êtes pas en train de vous disputer ? couin
a le professeur.
—Potter s'est fait envoyer un balai, dit Malefoy.
—Oui, oui, bien sûr, répondit le professeur Flitwick en gratifi
ant Harry d'un sourire
rayonnant. Le professeur McGonagall m'a mis au courant. De quel modèl
e s'agit-il ?

—C'est un Nimbus 2000, Monsieur, dit Harry qui s'efforça de ne pas éclater de rire devant
l'expression horrifiée de Malefoy. Et c'est grâce à Malefoy que
j'ai pu l'avoir.
Puis Harry et Ron montèrent l'escalier en essayant de ne pas rire tro
p fort, tandis que
Malefoy ne parvenait pas à dissimuler sa rage.
—S'il n'avait pas volé le Rapeltout de Neville, je ne ferais pas p
artie de l'équipe, dit Harry.
—Alors, j'imagine que tu prends ça comme une récompense pour av
oir violé le règlement ?
lança une voix courroucée derrière eux.
Hermione montait l'escalier à grands pas en jetant un coup d'œil d
ésapprobateur au paquet
que portait Harry.
—Je croyais que tu ne nous parlais plus ? dit Harry.
—Oui, tu devrais continuer, dit Ron, ça nous fait beaucoup de bien
.
Hermione s'éloigna d'eux, le nez en l'air.
Ce jour-là, Harry eut beaucoup de mal à se concentrer sur ce qui s
e passait en classe. Il ne
cessait de penser à son balai rangé sous son lit ou au terrain de
Quidditch où il allait
apprendre à jouer le soir même. Il avala son dîner sans faire a
ttention à ce qu'il mangeait et
se rua avec Ron dans le dortoir pour déballer enfin le Nimbus 2000.
—Eh ben dis donc, soupira Ron avec admiration.
Même aux yeux de Harry qui n'y connaissait rien, le balai paraissait
superbe. Il avait une
forme élégante, avec un manche d'acajou étincelant et un long f
aisceau de brindilles droites
et lisses. La marque Nimbus 2000 était gravée en lettres d'or à
une extrémité du marche.
Peu avant sept heures, il quitta le château et se rendit sur le terra
in de Quidditch dans la
lumière du crépuscule. C'était la première fois qu'il entrai
t dans le stade. Il était entouré de
gradins installés en hauteur qui permettaient aux spectateurs d'être suffisamment haut placés
pour ne rien perdre du spectacle. A chaque bout du terrain, étaient plantés des poteaux en or
surmontés de larges cercles verticaux. Ils ressemblaient un peu à
ces bâtonnets en plastique à
travers lesquels les enfants moldus soufflent des bulles, sauf que ces p
oteaux-là faisaient
quinze mètres de hauteur.
Impatient d'essayer son balai. Harry l'enfourcha sans attendre l'arrivé
e de Dubois et décolla
aussitôt. La sensation était extraordinaire, le Nimbus 2000 enchaî
nait les virages à la
moindre caresse, montait en chandelle, descendait en piqué, passait à
travers les cercles d'or,
fonçait à toute vitesse sur toute la longueur du terrain.
—Hé, Potter ! Redescends !
Olivier Dubois venait d'arriver avec une grosse boîte sous le bras. H
arry atterrit auprès de
lui.

—C'était vraiment très bien, dit-il, les yeux étincelants. J
e comprends ce que McGonagall
voulait dire... Tu as vraiment un don. Ce soir, je vais simplement t'app
rendre les règles,
ensuite, tu participeras aux entraînements trois fois par semaine.
Il ouvrit la boîte. A l'intérieur, il y avait quatre balles de tai
lles différentes.
—Alors, voilà, dit Dubois. Le Quidditch a des règles très si
mples même s'il est très difficile
d'y jouer. Chaque équipe comporte sept joueurs. Trois d'entre eux son
t des poursuiveurs.
—Trois poursuiveurs, répéta Harry pendant que Dubois prenait un
e grosse balle rouge vif de
la taille d'un ballon de football.
—Cette balle s'appelle un Souafle, expliqua Dubois. Les poursuiveurs
se passent le Souafle
les uns aux autres et essayent de le lancer à travers un des cercles
d'or pour marquer un but.
Chaque but rapporte dix points. Tu me suis ?
—Le poursuiveur lance le Souafle à travers les cercles pour marque
r un but. En fait c'est une
sorte de basket-ball à six paniers qu'on joue sur des balais.
—C'est quoi, ça, le basket-ball ? demanda Dubois, intéressé.

—Peu importe, continue.
—Dans chaque équipe, il y a un autre joueur qu'on appelle le gardi
en. Le gardien de l'équipe
des Gryffondor, c'est moi. Mon rôle consiste à tourner autour des
poteaux pour empêcher les
poursuiveurs de l'équipe adverse de marquer.
—Trois poursuiveurs, un gardien, dit Harry qui était bien décid
é à faire entrer tout ça dans
sa tête. Et ils jouent avec le Souafle. D'accord, compris. Et les aut
res balles, elles servent à
quoi ?
—Je vais te montrer. Tiens, prends ça.
Dubois lui tendit une batte un peu plus courte que les battes de base-ba
ll.
—Je vais t'expliquer ce que sont les Cognards,
Il montra à Harry deux balles noires identiques, légèrement plu
s petites que le Souafle rouge.
Harry remarqua que les deux balles essayaient de se dégager des laniè
res qui les
maintenaient dans la boue.
—Recule un peu, dit Dubois.
Il se pencha et libéra l'un des Cognards. Aussitôt, la balle noire
sauta en l'air et se précipita
droit sur la figure de Harry. Celui-ci donna un grand coup de batte dans
la balle pour
l'empêcher de lui casser le nez et l'envoya zigzaguer un peu plus loi
n. La balle revint alors à
la charge et s'attaqua cette fois à Dubois qui plongea sur elle et pa
rvint à I'immobiliser sur le
sol.

—Tu vois ? dit Dubois, le souffle court en forçant le Cognard à
rentrer dans sa boîte. Les
Cognards essayent de frapper les joueurs pour les faire tomber de leur b
alai. C'est pourquoi
chaque équipe comporte également deux batteurs. Dans la nôtre,
ce sont les jumeaux Weasley
qui occupent ce poste. Leur rôle consiste à protéger les joueur
s de leur équipe des attaques
des Cognards et de les renvoyer dans le camp d'en face. Ça va, tu as
tout compris ?
—Trois poursuiveurs essayent de marquer des buts avec le Souafle. Le
gardien protège les
buts, les batteurs tiennent les Cognards à distance, récita Harry
—Très bien.
—Euh... Est-ce que les Cognards ont déjà tué quelqu'un ? dem
anda Harry en essayant
d'adopter un ton dégagé.
—Jamais à Poudlard. On a déjà eu des mâchoires fracturé
e, mais rien de plus. Passons au
dernier membre de l'équipe. Il s'agit de l'attrapeur. C'est-à-dire
toi. Et tu n'auras pas à te
soucier du Souafle ni des Cognards.
—Sauf s'ils me fracassent le crâne...
—Ne t'inquiète pas, tu peux faire confiance aux Weasley pour s'occ
uper des Cognards. Eux-
mêmes sont des espèces de Cognards humains.
Dubois prit dans la boîte la quatrième et dernière balle.
Comparée aux trois autres, elle paraissait minuscule. De la taille d'
une grosse noix, elle était
d'un or étincelant et pourvue de petites ailes d'argent qui battaient
sans cesse.
—Ceci, dit Dubois, c'est le Vif d'or, la plus importante des quatre b
alles. Elle est très difficile
à attraper à cause de sa rapidité et de sa petite taille. C'est
l'attrapeur qui est chargé de la
saisir. Il doit se faufiler parmi les autres joueurs pour essayer de l'a
ttraper avant l'équipe
adverse. Car l'attrapeur qui parvient à s'emparer du Vif d'or fait gagner cent cinquante points
à son équipe, ce qui lui assure pratiquement la victoire. Un match de Quidditch ne se termine
que lorsque le Vif d'or a été attrapé. C'est pour ça que les
matches peuvent durer
indéfiniment. Je crois que le record est de trois mois. Il fallait sa
ns cesse fournir des
remplaçants pour que les joueurs puissent dormir un peu. Voilà. Tu
as des questions à
poser ?
Harry fit non de la tête. Il avait très bien compris ce qu'il avai
t à faire, le problème, c'était d'y
arriver.
—On va commencer l'entraînement sans le Vif d'or, dit Dubois en ra
ngeant soigneusement la
petite balle dans la boite. Il fait trop sombre, on pourrait le perdre.
On utilisera ça à la place.
Il sortit de sa poche un sac de balles de golf ordinaires et quelques mi
nutes plus tard, Harry
et lui volaient sur leurs balais, Dubois jetant de toutes ses forces les
balles de golf dans tous
les sens pour que Harry les attrape. Harry n'en rata pas une seule et Du
bois en fut enchanté.
Au bout d'une demi-heure, la nuit étant tombée, ils durent mettre
fin à la séance
d'entraînement.

—Cette année, la coupe de Quidditch sera gravée au nom des Gryf
fondor, assura Dubois d'un
ton joyeux tandis qu'ils retournaient vers le château. Je ne serais p
as étonné que tu deviennes
encore meilleur que Charlie Weasley. Et pourtant, il aurait pu jouer dan
s l'équipe
d'Angleterre s'il n'était pas parti à la chasse aux dragons.

Harry était si occupé par ses cours et ses séances d'entraîn
ement qu'il ne voyait plus le temps
passer. Il ne s'était pas rendu compte qu'il était à Poudlard d
epuis déjà deux mois. Il se
sentait beaucoup mieux au château qu'à Privet Drive, c'était là
désormais que se trouvait son
vrai foyer. Quant aux cours, ils lui paraissaient de plus en plus inté
ressants, maintenait qu'ils
avaient assimilé les notions les plus élémentaires.
Au matin de Halloween, les élèves se réveillèrent dans une d
élicieuse odeur de citrouille qui
flottait dans les couloirs. Mieux encore, le professeur Flitwick leur an
nonça qu'il allait leur
apprendre à faire voler des objets. Tout le monde en rêvait depuis
qu'il l'avaient vu envoyer le
crapaud de Neville à travers la classe dans un magnifique vol plané
. Le professeur Flitwick
demanda aux élèves de se répartir en équipes de deux. Harry
avait Seamus Finnigan pour
partenaire (ce fut un soulagement car Neville lui avait lancé un reg
ard plein d'espoir). Ron,
lui, dut faire équipe avec Hermione Granger. Il était difficile de
dire qui en était le plus fâché,
Hermione ou Ron. Elle ne leur avait plus parlé depuis le jour où l
e balai de Harry était
arrivé.
—N'oubliez surtout pas ce mouvement du poignet que nous avons appris,
couina le professeur
Flitwick, perché sur sa pile de livres, comme d'habitude. Le poignet
bien souple, levez,
tournez, rappelez-vous, levez, tournez. Et prononcez distinctement la fo
rmule magique, c'est
très important. N'oubliez jamais le sorcier Baruffio qui avait un dé
faut de prononciation et
dont la femme s'est retrouvée avec un bison sur les épaules au lie
u d'un vison.
C'était très difficile. Harry et Seamus levèrent, tournèrent
, mais la plume qu'ils auraient dû
envoyer dans les airs restait immobile sur la table. Seamus s'énerva
tellement qu'il la toucha
du bout de sa baguette magique et y mit le feu. Harry dut l'éteindre
avec son chapeau.
A la table voisine, Ron n'avait pas beaucoup plus de chance.
—Wingardium Leviosa ! s'écriait-il en agitant ses longs bras comme
un moulin à vent.
—Tu ne prononces pas bien, lança Hermione. Il faut dire Win-gar-dium Leviosa en
accentuant bien le « gar ».
—Tu n'as qu'à le faire si tu es si intelligente, répliqua Ron.
Hermione releva les manches de sa robe, donna un coup de baguette magiqu
e et articula
nettement: Wingardium Leiviosa !
Leur plume s'éleva alors dans les airs, et s'immobilisa à plus d'u
n mètre au-dessus de leur
tête.
—Bravo, très bien ! s'écria le professeur Flitwick en applaudis
sant. Regardez tous, Miss
Granger a réussi !

Ce qui eut pour effet de porter à son comble l'exaspération de Ron
.
—Ça ne m'étonne pas que personne ne puisse la supporter, dit Ro
n à Harry à la fin du cours.
C'est un vrai cauchemar, cette fille-là !
Quelqu'un les dépassa en bousculant Harry. C'était Hermione. Elle
était en larmes.
—J'ai l'impression qu'elle t'a entendu, dit Harry.
—Et alors ? répliqua Ron qui sembla soudain un peu mal à l'aise
. Elle a bien dû se rendre
compte qu'elle n'avait pas d'amis.
Hermione ne se rendit pas au cours suivant et personne ne la vit plus de
tout l'après-midi. En
se rendant à la Grande Salle où devait être servi le dîner d
e Halloween, Harry et Ron
entendirent une élève dire à sa copine qu'Hermione s'était e
nfermée dans les toilettes des
filles pour y pleurer tout à son aise et qu'elle ne voulait surtout p
as être dérangée. Ron parut
de plus en plus mal à l'aise, mais un instant plus tard, ils péné
trèrent dans la Grande Salle
spécialement décorée pour Halloween, et les pleurs d'Hermione l
eur sortirent aussitôt de la
tête.
Des milliers de chauves-souris voletaient dans la salle et fondaient sur
les tables en de gros
nuages noirs qui faisaient vaciller les flammes des chandelles à l'in
térieur des citrouilles
évidées. Les mets du festin apparurent tout à coup dans les pla
ts d'or, comme lors du banquet
de début d'année.
Harry avait commencé à se servir lorsque le professeur Quirrell en
tra dans la salle en
courant, le turban de travers, le visage déformé par la terreur. T
out le monde le regarda se
précipiter sur le professeur Dumbledore, s'effondrer à moitié s
ur la table et balbutier, hors
d'haleine:
—Un troll... dans les cachots... je voulais vous prévenir...
Puis il tomba évanoui sur le sol.
Il y eut alors un grand tumulte dans la salle et le professeur Dumbledor
e dut faire exploser
des gerbes d'étincelles à l'extrémité de sa baguette magique
pour rétablir le silence.
—Messieurs les préfets, veuillez ramener immédiatement vos condisciples dans les dortoirs de
vos maisons respectives, ordonna-t-il.
Percy fut à son affaire.
—Suivez-moi ! lança-t-il. Les première année, vous restez bi
en groupés ! Vous n'aurez rien à
craindre du troll si vous m'obéissez ! Restez derrière moi. Attent
ion, écartez-vous, laissez
passer les première année ! Allons, écartez-vous, je suis pré
fet, figurez-vous !
—Comment un troll a-t-il pu entrer dans le château ? s'étonna H
arry tandis qu'ils montaient
l'escalier.

—Je n'en sais rien, il paraît qu'ils sont complètement idiots,
dit Ron. Peut-être que Peeves l'a
fait venir en guise de blague pour Halloween.
Ils se frayèrent un chemin à travers un groupe d'élèves de P
oufsouffle qui refluaient en
désordre.
—Au fait, dit Harry en saisissant le bras de Ron. Je viens d'y penser
. Hermione...
—Quoi, Hermione ?
—Elle n'est pas au courant, pour le troll.
Ron se mordit la lèvre.
—Bon, d'accord, on va la chercher, dit-il, mais il vaut mieux que Per
cy ne nous voie pas.
Ils rejoignirent discrètement les Poufsouffle qui partaient dans l'autre sens, se glissèrent dans
un couloir latéral et se précipitèrent vers les toilettes des f
illes. Ils venaient de tourner le coin
lorsqu'ils entendirent derrière eux des pas précipités. Ron pou
ssa aussitôt Harry derrière la
statue d'un griffon. Ils jetèrent un coup d'œil et aperçurent l
e professeur Rogue qui traversa le
couloir et disparut.
—Qu'est-ce qu'il fait là ? murmura Harry. Il devrait être desce
ndu dans les cachots avec les
autres profs.
—Aucune idée.
Ils se faufilèrent en silence dans l'autre couloir pour essayer de vo
ir où allait Rogue.
—Il monte au deuxième étage, dit Harry.
—Tu sens cette odeur ? chuchota Ron.
Une odeur nauséabonde flottait en effet dans le couloir, un mélang
e de vieille chaussette et de
toilettes mal entretenues. Ils entendirent alors un grognement sourd et
un bruit de pas
sonores, comme des pieds géants qui martelaient le sol. Ron montra du doigt un autre couloir
qui partait vers la gauche: tout au bout, une masse énorme s'était
mise en mouvement et
avançait dans leur direction. Ils se recroquevillèrent dans l'obsc
urité et regardèrent la chose
apparaître à la lueur d'une fenêtre que traversait un rayon de
lune.
C'était un spectacle épouvantable. Près de quatre mètres de
hauteur, une peau grise et terne
comme de la pierre, un corps couvert de verrues, qui avait l'air d'un é
norme rocher au
sommet duquel était plantée une petite tête chauve de la taille
d'une noix de coco. La créature
avait des jambes courtes, épaisses comme des troncs d'arbre avec des
pieds plats hérissés de
pointes. L'odeur pestilentielle qu'elle dégageait défiait l'imagin
ation. Le monstre tenait une
gigantesque massue qui traînait par terre au bout de son bras d'une l
ongueur interminable.
Le troll s'arrêta devant une porte et jeta un coup d'œil. Il agita
ses longues oreilles comme s'il
réfléchissait, puis il se baissa et s'engouffra lentement dans l'o
uverture.

—La clé est dans la serrure, murmura Harry. On pourrait l'enfermer
.
—Bonne idée, dit Ron, un peu nerveux.
La bouche sèche, ils s'approchèrent avec précaution de la porte ouverte, en priant pour que le
troll n'ait pas l'idée de sortir au même moment. D'un bond, Harry
parvint à attraper la clé, à
claquer la porte et à la verrouiller.
Ravis de leur victoire, ils se mirent à courir le long du couloir, mais un cri perçant les arrêta
net. C'était un cri déchirant, désespéré, et il venait de
derrière la porte qui retenait le troll
prisonnier.
—Oh non, dit Ron, aussi pâle que le Baron Sanglant.
—C'était la porte des toilettes des filles, balbutia Harry, horrif
ié.
—Hermione ! s'exclamèrent-ils ensemble.
Ils n'avaient pas d'autre choix que de faire volte-face et de se préc
ipiter pour aller rouvrir la
porte. Les doigts tremblants, Harry dut s'y prendre à plusieurs repri
ses pour tourner la clé
dans la serrure. Lorsqu'il parvint enfin à pousse r la porte, Hermione Granger, plaquée contre
le mur du fond, paraissait sur le point de s'évanouir. Le troll s'ava
nçait vers elle en arrachant
les lavabos des murs sur son passage,
—Essaye de l'attirer ailleurs ! lança Harry à Ron.
Il ramassa un robinet et le jeta de toutes ses forces contre le mur. Le
troll s'arrêta à deux
mètres d'Hermione, se retourna d'un mouvement lent et lourd et cligna
ses petits yeux
stupides pour essayer de voir ce qui venait de faire ce bruit. Son regar
d mauvais tomba alors
sur Harry. Le troll hésita un instant, puis s'avança vers lui en s
oulevant sa grosse massue.
—Ohé, petite tête ! cria Ron qui s'était glissé de l'autr
e côté de la pièce.
Il lui jeta un tuyau, mais le troll ne sentit pas le choc sur son épa
ule. Il avait entendu le cri, en
revanche, et il s'arrêta à nouveau, tournant vers Ron son mufle re
poussant, ce qui donna à
Harry le temps de passer derrière lui et de se précipiter sur Herm
ione.
—Viens ! Cours ! cria-t-il en essayant de la tirer vers la porte.
Mais elle était incapable de faire un geste et restait collée au m
ur, la bouche grande ouverte,
figée de terreur. Leurs cris qui s'étaient répercutés en é
cho dans le couloir avaient rendu le
troll fou furieux. Il poussa un rugissement et marcha droit sur Ron qui
était le plus près de lui
et n'avait aucune issue. Empoignant sa baguette magique, Harry fit alors
quelque chose qui
était à la fois très courageux et très stupide: il prit son
élan, sauta au cou du troll et parvint à
s'accrocher derrière lui. Le troll ne sentait pas le poids de Harry e
n revanche, il sentait très
bien la baguette magique qui lui était entrée droit dans une narin
e. Avec un cri de douleur, la
créature se trémoussa et brandit sa massue, Harry toujours accroch
é à son cou. A tout
instant, le troll pouvait le jeter à terre d'un coup de patte ou ré
ussir à lui abattre sa massue
sur la tête.

Hermione s'était effondrée sur le sol, à moitié évanouie.
Ron sortit sa propre baguette
magique, sans très bien savoir ce qu'il allait en faire. A tout hasar
d, il prononça la formule
qu'ils avaient apprise au cours du professeur Flitwick:
—Wingardium Leviosa !
Aussitôt, la massue s'arracha toute seule de la main du troll, s'é
leva très haut dans les airs, se
retourna lentement et s'abattit avec un craquement sinistre sur la tê
te de son propriétaire. La
créature vacilla, puis tomba en avant, face contre terre, avec un bru
it sourd qui fit trembler
toute la pièce.
Harry, entraîné dans sa chute, se releva, les jambes flageolantes,
le souffle court. Ron était
resté immobile, la baguette toujours levée, contemplant la masse i
nanimée du monstre.
Ce fut Hermione qui rompit le silence:
—Il... il est mort ?
—Je ne crois pas, dit Harry. Il doit être simplement assommé.
Il se pencha et récupéra sa baguette magique qui était resté
e enfoncée dans la narine du troll.
Elle était à présent couverte d'une espèce de colle grise pl
eine de grumeaux.
—Beuââârk ! De la morve de troll...
Il essuya la baguette sur le monstre.
Des bruits de pas sonores leur firent lever la tête. Ils ne s'étai
ent pas rendu compte du
vacarme qu'ils avaient produit, mais bien entendu, les rugissements et l
a chute du troll
n'étaient pas passés inaperçus. Un instant plus tard, le profes
seur McGonagall fit irruption
dans la pièce, suivie de près par Rogue et Quirrell qui fermait la
marche. Quirrell jeta un
coup d'œil au troll, laissa échapper un gémissement et s'assit
sur un siège de toilettes, une
main sur le cœur.
Rogue se pencha sur le troll. Le professeur McGonagall regardait Ron et
Harry qui ne
l'avaient jamais vue aussi furieuse. Ses lèvres étaient livides.
—Qu'est-ce qu'il vous est passé par la tête ? dit-elle avec une
colère froide.
Harry échangea un regard avec Ron qui tenait toujours sa baguette en
l'air.
—Vous pouvez vous estimer heureux de ne pas vous être fait tuer, p
oursuivit le professeur
McGonagall. Pourquoi n'êtes-vous pas dans votre dortoir ?
Rogue jeta à Harry un regard féroce. Harry baissa les yeux. Une pe
tite voix s'éleva alors:
—Professeur McGonagall, ne soyez pas trop sévère, s'il vous pla
ît. Ils étaient venus me
chercher.
—Miss Granger !

Hermione avait réussi à se relever.
—J'étais partie à la recherche du troll parce que je... je croy
ais pouvoir m'en occuper moi-
même. J'ai lu beaucoup de choses sur les trolls...
Stupéfait, Ron lâcha sa baguette magique. Hermione Granger venait
de mentir à un
professeur !
—S'ils ne m'avaient pas retrouvée, je serais morte à l'heure qu
'il est. Harry lui a enfoncé sa
baguette magique dans le nez et Ron a réussi à l'assommer avec sa
propre massue. Ils n'ont
pas eu le temps d'aller chercher quelqu'un d'autre. Le troll était su
r le point de me tuer quand
ils sont arrivés.
—Dans ce cas... dit le professeur McGonagall en les fixant tous les t
rois. Mais laissez-moi
vous dire, Miss Granger, que vous êtes bien sotte d'avoir cru que vou
s pourriez vaincre un
troll des montagnes à vous toute seule.
Hermione baissa la tête. Harry resta silencieux. Voir Hermione faire semblant d'avoir
enfreint le règlement pour leur sauver la mise, c'était comme si R
ogue s'était mis à leur
distribuer des bonbons.
—Miss Granger, votre conduite coûtera cinq points à Gryffondor,
dit le professeur
McGonagall. Vous me décevez beaucoup. Si vous n'êtes pas blessé
e, vous feriez bien de
retourner dans votre tour. Les élèves terminent le repas de Hallow
een dans leurs maisons
respectives.
Hermione s'en alla aussitôt.
Le professeur McGonagall se tourna alors vers Harry et Ron.
—Je vous répète que vous avez eu beaucoup de chance, mais il es
t vrai qu'il n'y a pas
beaucoup d'élèves de première année qui auraient été c
apables de combattre un troll adulte.
Vous faites gagner cinq points chacun à Gryffondor. Le professeur Dum
bledore sera informé
de tout cela. Vous pouvez partir.
Ils se dépêchèrent de sortir de la pièce et montèrent les
escaliers en silence. En dehors de tout
le reste, c'était un grand soulagement de pouvoir échapper à l'
horrible odeur du troll.
—On aurait dû gagner plus de dix points, marmonna Ron.
—Cinq, tu veux dire. Une fois qu'on a enlevé ceux qu'a perdus Herm
ione.
—C'était bien de sa part de nous tirer d'affaire, admit Ron. Mais
enfin, on lui a vraiment
sauvé la vie.
—Elle n'en aurait peut-être pas eu besoin si on ne l'avait pas enf
ermée avec la créature, lui
rappela Harry.
Ils étaient arrivés devant le portrait de la grosse dame.

—Groin de porc, dirent-ils et le tableau les laissa passer.
La pièce commune était bondée et bruyante. Tout le monde mangea
it, sauf Hermione qui les
attendait à la porte. Il y eut un moment de silence gêné, puis,
sans se regarder, chacun dit
« Merci » et se rua sur les assiettes pleines de victuailles.
A compter de ce moment, Hermione devint amie avec Ron et Harry. Il se cr
ée des liens
particuliers lorsqu'on fait ensemble certaines choses. Abattre un troll
de quatre mètres de
haut, par exemple.

Chapitre 11
Le match de Quidditch
Le temps froid de novembre enveloppa de glace les montagnes qui entourai
ent l'école et la
surface du lac prit une couleur d'acier. Chaque matin, le sol était c
ouvert de givre et l'on
voyait Hagrid, emmitouflé dans un gros manteau, qui dégivrait les
balais sur le terrain de
Quidditch.
La saison de Quidditch avait commencé. Le samedi suivant, Harry allai
t jouer son premier
match après des semaines d'entraînement: Gryffondor contre Serpent
ard. Si Gryffondor
gagnait, son équipe prendrait la deuxième place du championnat.
Presque personne n'avait vu Harry s'entraîner. Il était devenu l'a
rme secrète de l'équipe et
Dubois le gardait soigneusement à l'écart. Il y avait eu des fuite
s, cependant, et l'on savait
qu'il jouerait au poste d'attrapeur. Harry ne savait pas ce qu'il y avai
t de pire pour lui: ceux
qui lui affirmaient qu'il allait être brillant, ou ceux qui lui prome
ttaient de le suivre avec un
matelas pour amortir sa chute. En tout cas, l'amitié d'Hermione avait
été utile à Harry. Elle
l'avait aidé à faire ses devoirs pour compenser le temps qu'il pas
sait à s'entraîner et elle lui
avait également prêté Le Quidditch à travers les âges don
t la lecture s'était révélée très
instructive.
Harry avait notamment appris qu'il existait sept cents fautes possibles
au Quidditch et
qu'elles avaient toutes été commises au cours d'un match de la Coupe du Monde en 1473. Que
les attrapeurs étaient généralement les joueurs les plus petits
et les plus rapides et qu'ils
étaient exposés aux accidents les plus graves. Que des arbitres av
aient parfois disparu pour
réapparaître des mois plus tard dans le désert du Sahara et qu'
enfin on mourait rarement au
cours des matches de Quidditch.
Hermione était un peu moins à cheval sur le règlement depuis qu
e Harry et Ron l'avaient
sauvée du troll et elle se montrait beaucoup plus aimable.
La veille du premier match de Quidditch, Hermione, Harry et Ron s'éta
ient retrouvés dans la
cour pendant la récréation. La température était glaciale, m
ais Hermione avait réussi à
fabriquer par un tour de magie un feu vif et clair qu'elle pouvait trans
porter dans un bocal de
confiture et qui répandait une douce chaleur. Debout côte à cô
te, ils se réchauffaient à la
flamme bleue du bocal en la cachant soigneusement derrière eux, de pe
ur qu'on la leur

confisque, lorsqu'ils virent Rogue traverser la cour. Harry remarqua aus
sitôt qu'il boitait.
Rogue décela sans doute une vague culpabilité dans l'expression de
leur visage et il clopina
droit vers eux. Il n'avait pas vu le feu, mais, de toute évidence, il
cherchait quelque chose à
leur reprocher.
—Qu'est-ce que vous avez là, Potter ? demanda-t-il.
C'était Le Quidditch à travers les âges. Harry lui montra le li
vre.
—Il est interdit d'emporter les livres de la bibliothèque en dehor
s des murs du château, fit
observer Rogue. Donnez-le-moi et j'enlève cinq points à Gryffondor
.
—Ça, c'est une règle qu'il vient d'inventer, marmonna Harry tan
dis que Rogue s'éloignait en
claudiquant. Je me demande ce qu'il s'est fait à la jambe.
—Je n'en sais rien, mais j'espère que ça lui fait mal, dit Ron
d'un ton amer.

La salle commune de Gryffondor était particulièrement bruyante, ce
soir-là. Harry, Ron et
Hermione étaient assis près de la fenêtre. Hermione vérifiai
t leurs devoirs pour le cours
d'enchantements. Elle ne les aurait jamais laissés copier sur elle (
sinon, comment feriez-vous
pour apprendre quelque chose ?), mais elle leur donna quand même toutes les bonnes
réponses.
Harry ne tenait plus en place, Il voulait récupérer son livre en e
spérant que la lecture
l'aiderait à se détendre avant le match du lendemain. Et d'ailleur
s, pourquoi devrait-il avoir
peur de Rogue ? Harry annonça à Ron et à Hermione qu'il avait l
'intention d'aller voir Rogue
pour lui demander son livre.
—Moi, je reste ici, répondirent en chœur les deux autres.
Harry était convaincu que Rogue ne pourrait pas refuser si d'autres p
rofesseurs étaient
présents et entendaient sa requête.
Il descendit dans la salle des professeurs et frappa à la porte. Pers
onne ne répondit. Il frappa
à nouveau. Toujours rien.
Rogue avait peut-être laissé le livre dans la salle ? Après tou
t, il pouvait bien jeter un coup
d'œil. Il entrouvrit la porte, regarda à l'intérieur et se fige
a d'horreur.
Rogue et Rusard étaient seuls dans la pièce. Rogue avait relevé
sa robe de sorcier au-dessus
des genoux et Harry vit une blessure sanglante sur une de ses jambes, Ru
sard avait préparé
des pansements et les donnait à Rogue.
—Sale bestiole, disait celui-ci. Comment voulez-vous qu'on surveille
ses trois têtes à la fois ?
Harry essaya de refermer la porte en silence, mais...
—POTTER !

Le visage déformé par la fureur, Rogue laissa retomber le bas de s
a robe pour cacher sa
jambe. Harry sentit sa gorge se serrer.
—Je... je voulais simplement vous demander si je pouvais reprendre mon livre, balbutia-t-il.
—SORTEZ ! SORTEZ IMMÉDIATEMENT !
Harry s'éloigna aussitôt, avant que Rogue ait eu le temps d'enleve
r d'autres points à
Gryffondor, et remonta l'escalier quatre à quatre.
—Alors, tu l'as eu, ton livre ? demanda Ron lorsqu'il eut rejoint la
salle commune. Eh bien,
qu'est-ce qui t'arrive ?
Dans un murmure, Harry raconta à Ron et à Hermione ce qu'il venait
de voir.
—Vous comprenez ce que ça veut dire ? conclut-il, le souffle court
. Il a essayé de passer
devant le chien à trois têtes le soir de Halloween. C'était là
qu'il allait quand on l'a vu. Il
essaye de s'emparer de ce que garde le chien ! Et je suis prêt à p
arier mon balai qu'il a laissé
entrer ce troll exprès pour faire diversion.
Hermione ouvrit de grands yeux.
—Il n'aurait pas fait une chose pareille ! dit-elle . Même s'il est désagréable, il n'essaierait pas
de voler quelque chose que Dumbledore a mis en lieu sûr.
—Tu crois vraiment que tous les profs sont des saints ? dit Ron. Moi,
je suis d'accord avec
Harry, je n'ai pas la moindre confiance en Rogue. Mais je me demande ce
que ce chien peut
bien garder.
La même question tournait dans la tête de Harry lorsqu'il alla se
coucher. Il aurait bien voulu
dormir, mais il n'arrivait pas à trouver le sommeil: il revoyait sans
cesse l'expression féroce
du visage de Rogue lorsqu'il l'avait surpris en train de soigner sa jamb
e dans la salle des
professeurs.

Au matin, le ciel était clair, l'air sec et froid. La Grande Salle se
ntait bon la saucisse frite et
retentissait de conversations joyeuses qui portaient toutes sur le match
de Quidditch.
—Il faut absolument que tu manges quelque chose.
—Je ne veux rien.
—Un simple morceau de toast, l'encouragea Hermione.
—Je n'ai pas faim.
L'approche de son premier match lui nouait l'estomac. Dans une heure à
peine, il serait sur le
terrain.

—Harry, il faut que tu prennes des forces, dit Seamus Finnigan. Les a
ttrapeurs sont toujours
la cible principale de l'équipe adverse.
—Merci, Seamus, dit Harry en le regardant couvrir ses saucisses de ke
tchup.
Vers onze heures, toute l'école était rassemblée sur les gradin
s du stade. De nombreux élèves
étaient équipés de jumelles. Ron, Hermione, Neville, Seamus et
Dean s'étaient assis côte à
côte tout en haut et avaient déployé une grande bannière sur
laquelle était écrit: « Potter
président ». Hermione avait même réussi un tour de magie qui
avait rendu les lettres
lumineuses. Dean avait dessiné en dessous un énorme lion Gryffondo
r.
Pendant ce temps, dans les vestiaires, Harry et les autres joueurs revê
taient la robe rouge de
leur équipe. Les Serpentard, eux, étaient habillés en vert.
Dubois s'éclaircit la gorge.
—Messieurs, dit-il.
—Et Mesdemoiselles, ajouta Angelina Johnson qui jouait dans l'équi
pe au poste de
poursuiveur.
—D'accord, Messieurs et Mesdemoiselles, corrigea Dubois. Nous y voilà
.
—Le grand jour est arrivé, dit Fred Weasley.
—Celui que nous attendions tous, ajouta George.
—On connaît le discours d'Olivier par cœur, dit Fred à Harry
. On était déjà dans l'équipe
l'année dernière.
—Taisez-vous, vous deux, coupa Dubois. C'est la meilleure équipe q
ue nous ayons eue à
Gryffondor depuis des années. On va gagner, je le sais.
Il eut un regard noir qui signifiait: « Sinon, gare à vous ! »
—Allez, c'est l'heure. Bonne chance à tous.
Harry, les jambes tremblantes, suivit Fred et George sur le terrain où
ils furent accueillis par
des acclamations enthousiastes.
Debout au milieu du terrain, son balai à la main, Madame Bibine ét
ait chargée d'arbitrer le
match.
—Je veux que la rencontre soit placée sous le signe du fair-play,
prévint-elle lorsque tous les
joueurs se furent rassemblés autour d'elle.
Harry remarqua qu'elle s'adressait tout particulièrement à Marcus
Flint, le capitaine de
l'équipe des Serpentard. Flint semblait avoir du sang de troll dans les veines. Du coin de l'œil,
Harry aperçut la bannière dont l'inscription « Potter présid
ent » étincelait comme une
enseigne au néon. Cette brève vision lui redonna courage.

—En position sur vos balais, s'il vous plaît.
Harry enfourcha son Nimbus 2000.
Madame Bibine donna alors un grand coup de sifflet et les quinze balais
s'élevèrent aussitôt
dans les airs.
—Angelina Johnson, de l'équipe de Gryffondor, s'empare immédiat
ement du Souafle, dit le
commentateur. Cette fille est décidément un excellent poursuiveur,
et en plus, elle est plutôt
jolie...
—JORDAN !
—Excusez-moi, professeur.
Le commentaire du match était assuré par Lee Jordan, un ami des ju
meaux Weasley et le
professeur McGonagall le surveillait de près.
—Angelina passe à Alicia Spinnet, qui jouait l'année dernièr
e comme suppléante. Nouvelle
passe à Johnson et... non, c'est Marcus Flint, le capitaine des Serpe
ntard qui reprend le
Souafle et qui vole comme un aigle vers les buts adverses, il va mar...
non, le tir est arrêté par
Olivier Dubois, le gardien de Gryffondor.
Gryffondor reprend le Souafle avec Katie Bell qui fait un joli plongeon
pour éviter Flint et—
AÏE—voilà qui a dû faire mal, un Cognard en pleine tête—
le Souafle aux Serpentard—Adrian
Pucey se précipite vers les buts, mais il est arrêté par un deu
xième Cognard envoyé par Fred
ou George Weasley, impossible d'être plus précis. En tout cas, c'e
st un joli coup du batteur de
Gryffondor et Johnson reprend le Souafle sans aucun adversaire devant el
le. Elle vole
vraiment, c'est le cas de le dire, elle évite un Cognard, les buts so
nt devant elle, vas-y,
Angelina—Bletchey, le gardien de but, plonge et GRYFFONDOR MARQUE !
Sur les gradins, les supporters de Gryffondor saluèrent l'exploit ave
c des cris de joie tandis
que les partisans des Serpentard se répandaient en lamentations.
—Poussez-vous un peu, là.
—Hagrid !
Ron et Hermione se serrèrent pour laisser à Hagrid la place de s'a
sseoir à côté d'eux.
—Je regardais depuis ma cabane, dit Hagrid en tapotant une grosse pai
re de jumelles
accrochées autour de son cou. Mais c'est pas la même chose que d'ê
tre dans le stade. On n'a
pas encore vu le Vif d'or ?
—Non, dit Ron. Harry n'a pas eu grand-chose à faire pour le moment
.
A califourchon sur son balai, Harry volait au-dessus du terrain, scrutan
t l'espace autour de
lui dans l'espoir d'apercevoir le Vif d'or. Lorsque Angelina avait marqu
é le premier but, il
avait fait quelques loopings pour manifester sa joie, mais il n'avait pa
s encore eu l'occasion
d'intervenir dans le jeu. Puis soudain, un éclat d'or brilla dans l'a
ir, mais c'était un reflet

d'une montre des frères Weasley. Harry vit alors un Cognard foncer su
r lui mais il parvint à
l'éviter et Fred Weasley se lança à sa poursuite.
—Ça va, Harry ? cria-t-il en envoyant le Cognard vers Marcus Flint
.
—Serpentard reprend le Souafle, dit Lee Jordan. Le poursuiveur Pucey
évite deux Cognards,
les deux frères Weasley et Bell, la poursuiveuse, et fonce vers—at
tendez un peu est-ce que
c'était le Vif d'Or ?
Un murmure parcourut la foule tandis qu'Adrian Pucey perdait le Souafle,
trop occupé à
regarder par-dessus son épaule l'éclat d'or qui venait de passer à
côté de son oreille gauche.
Le cœur battant, Harry plongea aussitôt dans sa direction. Terence
Higgs, l'attrapeur des
Serpentard l'avait vu également et ils foncèrent côte à cô
te pour essayer de l'attraper. Les
poursuiveurs semblaient s'être désintéressés du jeu et regar
daient les deux attrapeurs au
coude à coude.
Harry fut plus rapide que Higgs. Il voyait la petite balle agiter ses ai
les un peu plus loin
devant lui et il fit donner toute la puissance de son balai.
Un grand cri de rage monta alors des gradins réservés aux Gryffond
or. Marcus Flint avait
essayé de bloquer Harry et le Nimbus 2000 avait violemment dévié de sa trajectoire Harry,
cramponné au manche, parvint de justesse à se maintenir sur son ba
lai.
—Faute ! hurlèrent les supporters de Gryffondor.
Madame Bibine rappela Flint à l'ordre et ordonna un coup franc en fav
eur des Gryffondor.
Bien entendu, la confusion qui régnait sur le terrain avait permis au
Vif d'or de s'échapper.
—Renvoyez-le ! hurla Dean Thomas dans les gradins. Carton rouge !
—On n'est pas au football, l'interrompit Ron. On ne peut pas renvoyer
les joueurs, au
Quidditch—et d'abord, qu'est-ce que c'est qu'un carton rouge ?
Mais Hagrid approuvait Dean.
—On devrait changer les règles, Flint aurait pu faire tomber Harry
de son balai.
Lee Jordan avait du mal à ne pas prendre parti.
—Donc, après cette scandaleuse tricherie...
—Jordan ! protesta le professeur McGonagall.
—Je voulais dire après cette faute révoltante...
—Jordan, je vous préviens...

—D'accord, d'accord. Flint a failli tuer l'attrapeur de Gryffondor, c
e qui aurait pu arriver à
n'importe qui et donc Gryffondor bénéficie d'un penalty repris par
Spinnet et c'est Gryffondor
qui garde le Souafle.
Lorsque le jeu eut repris, Harry évita un Cognard qui fonçait sur
lui. Au même moment, son
balai fit une violente embardée. Pendant une fraction de seconde, il
crut qu'il allait tomber. Il
serra les mains et les genoux sur le manche et à nouveau le balai eut
un sursaut, comme un
cheval de rodéo qui aurait essayé de le désarçonner. Harry s
'efforça de virer en direction des
buts de Gryffondor et il se rendit compte alors que son Nimbus 2000 ne r
épondait plus. Il
refusait de tourner et zigzaguait à sa guise en multipliant les embar
dées.
Lee Jordan continuait de commenter:
—Serpentard prend le Souafle avec Flint qui passe à Spinnet qui pa
sse à Bell—frappée au
visage par un Cognard, j'espère qu'elle a le nez cassé—non, non
, je plaisantais, professeur...
Oh non ! SERPENTARD MARQUE !
Les supporters de Serpentard poussèrent des acclamations. Pendant ce
temps, personne ne
semblait avoir remarqué le comportement étrange du balai de Harry. Le Nimbus 2000 prenait
lentement de l'altitude en continuant ses soubresauts.
—Je ne sais pas ce que fabrique Harry, grommela Hagrid qui l'observait avec ses jumelles. Je
me demande s'il n'a pas perdu le contrôle de son balai... Ça m'é
tonnerait, pourtant...
Brusquement, des doigts se pointèrent en direction de Harry. Son balai s'était mis à tourner
sur lui-même et il parvenait tout juste à se cramponner au manche.
La foule laissa échapper
une exclamation de terreur. Le Nimbus 2000 venait de faire une embardé
e plus violente que
les autres, désarçonnant Harry qui avait réussi à se rattrap
er au manche d'une seule main et
restait suspendu dans le vide. Vous croyez que le balai a pris un coup q
uand Flint a bloqué
Harry ? s'inquiéta Seamus.
—Impossible, répondit Hagrid d'une voix tremblante. Il n'y a que la magie noire qui puisse
dérégler un balai. Aucun élève n'arriverait à faire ça
à un Nimbus 2000.
A cet instant, Hermione arracha les jumelles des mains de Hagrid, mais a
u lieu de les diriger
vers Harry, elle les pointa sur la foule des spectateurs.
—Qu'est-ce que tu fais ? grommela Ron, le teint grisâtre.
—Je le savais, dit Hermione d'une voix haletante. C'est Rogue. Regard
e !
Ron s'empara des jumelles. Rogue se trouvait au milieu des gradins qui l
eur faisaient face. Il
fixait Harry des yeux et ses lèvres remuaient comme s'il avait réc
ité des formules magiques.
—Il est en train de jeter un sort au balai, dit Hermione.
—Qu'est-ce qu'on fait ?
—Je m'en occupe.

Avant que Ron ait pu ajouter un mot, Hermione avait disparu. Ron dirigea
les jumelles vers
Harry. Son balai vibrait avec une telle force que Harry ne pourrait pas
tenir très longtemps.
Les spectateurs horrifiés s'étaient levés et regardaient les fr
ères Weasley qui essayaient
d'attraper Harry pour le prendre sur leur balai, mais leurs efforts é
taient inutiles. Chaque
fois qu'ils approchaient, le Nimbus 2000 prenait encore un peu plus d'al
titude pour rester
hors de leur portée. Ils firent alors des cercles au-dessous de Harry
en espérant le rattraper
s'il tombait. Pendant ce temps, Marcus Flint s'était emparé du Sou
afle et avait marqué cinq
buts dans l'indifférence générale.
Hermione s'était frayé un chemin jusqu'aux gradins où se trouva
it Rogue et courait à présent
le long de la rangée qui était juste derrière la sienne. Au pas
sage, elle bouscula le professeur
Quirrell qui tomba tête la première. Sans prendre la peine de s'ex
cuser, elle poursuivit sa
course et parvint à la hauteur de Rogue. Elle s'accroupit alors derri
ère lui, sortit sa baguette
et murmura une formule magique. Aussitôt, la baguette projeta des ger
bes d'étincelles bleues
sur la robe de Rogue.
Le professeur mit quelques secondes à se rendre compte une le bas de sa robe de sorcier avait
pris feu. Le cri d'horreur qu'il poussa prouva à Hermione qu'elle ava
it réussi son coup. Une
autre formule magique fit alors rentrer les flammes dans le bocal qu'ell
e avait dans la poche
et elle repartit à quatre pattes le long de la rangée. Rogue ne s'
était aperçu de rien, mais elle
avait réussi à détourner son attention. Là-haut. loin au-des
sus du terrain, Harry put soudain
faire un rétablissement et reprendre une position normale sur son bal
ai.
—Ça y est ! Elle a réussi ! s'exclama Ron, à l'autre bout du
stade.
Lorsque Harry redescendit en piqué vers le sol, la foule vit qu'il av
ait une main plaquée
contre sa bouche, comme s'il était sur le point de vomir. Il atterrit
brutalement sur la pelouse
du stade, toussa et un objet doré tomba alors au creux de sa main.
—J'ai attrapé le Vif d'or ! hurla-t-il en agitant le bras au-dessu
s de sa tête.
Et le match prit fin dans la plus totale confusion.
Vingt minutes plus tard, Marcus Flint continuait de hurler:
—Il ne l'a pas attrapé, il a failli l'avaler !
Mais comme aucune règle du jeu ne l'interdisait, Gryffondor avait bel
et bien remporté le
match par cent soixante-dix points contre soixante. Harry, cependant, n'
entendit rien de ce
qui se disait sur le terrain. Il prenait un thé fort dans la cabane d
e Hagrid, en compagnie de
Ron et d'Hermione.
—C'est Rogue qui a fait le coup, affirma Ron. On l'a vu, Hermione et
moi. Il était en train de
jeter un sort à ton balai. Il te fixait des yeux en marmonnant des fo
rmules magiques.
—Allons, ce sont des bêtises, répliqua Hagrid qui n'avait pas e
ntendu un mot de ce que Ron et
Hermione s'étaient dit sur les gradins. Pourquoi Rogue aurait-il fait
ça ?
Harry, Ron et Hermione échangèrent un regard en se demandant ce qu
'ils pouvaient bien lui
répondre. Harry décida de dire la vérité.

—J'ai fait une découverte à son sujet, annonça-t-il à Hag
rid. Il a essayé de passer devant le
chien à trois têtes le, soir de Halloween et il s'est fait mordre.
Il voulait sûrement voler ce que
le chien doit garder.
Hagrid lâcha la théière.
—Vous avez vu Touffu ? s'exclama-t-il.
—Touffu ?
—Il est à moi. Je l'ai acheté à un ami grec que j'ai rencont
ré dans un pub l'année dernière. Je
l'ai prêté à Dumbledore pour garder...
Hagrid s'interrompit.
—Garder quoi ? demanda avidement Harry.
—Non, ça suffit, ne me posez plus de questions, répondit Hagrid
d'un ton bourru. C'est top
secret.
—Mais Rogue essaye de voler ce que garde votre chien.
—Ce sont des bêtises, répéta Hagrid. Rogue est un professeur
de Poudlard, il ne ferait jamais
une chose pareille.
—Dans ce cas, pourquoi a-t-il essayé de tuer Harry ? s'écria Hermione. Je sais ce que ça veut
dire de jeter un sort. J'ai tout lu là-dessus ! Il faut fixer les yeu
x sur l'objet ou la personne
visés et Rogue n'a pas cillé une seule fois, je l'ai bien vu !
—Et moi, je te dis que tu as tort, s'emporta Hagrid. Je ne sais pas p
ourquoi le balai de Harry
s'est comporté de cette manière, mais jamais Rogue n'essaierait de
tuer un élève !
Maintenant, écoutez-moi bien, tous les trois. Vous êtes en train d
e vous mêler de choses qui
ne vous regardent absolument pas. Et c'est très dangereux. Alors, oub
liez ce chien et oubliez
ce qu'il garde, c'est une affaire entre le professeur Dumbledore et Nico
las Flamel...
—Ah, tiens ! s'exclama Harry. Il y a donc un nommé Nicolas Flamel
dans le coup ?
Hagrid eut soudain l'air furieux contre lui-même.

Chapitre 12
Le miroir du riséd
Noël approchait. Un jour de la mi-décembre, Poudlard se réveill
a sous une épaisse couche de
neige. Le lac avait gelé et les jumeaux Weasley reçurent une punit
ion pour avoir fabriqué des
boules de neige magiques qui suivaient Quirrell partout où il allait
en visant son turban.

Hagrid s'occupait de soigner les quelques hiboux qui arrivaient à tra
verser l'air glacé pour
apporter le courrier, frigorifiés.
Tout le monde attendait les vacances avec impatience. Des feux de chemin
ée chauffaient la
Grande Salle et la salle commune de Gryffondor mais les couloirs étai
ent parcourus de
courants d'air glacés et un vent polaire faisait trembler les fenê
tres des salles de classe. Le
pire, c'était les cours du professeur Rogue, dans le cachot glacial o
ù les élèves se serraient
contre les chaudrons pour essayer de se protéger du froid.
—Je plains beaucoup les malheureux qui devront rester à Poudlard p
endant les vacances
parce que personne n'en veut à la maison, lança un jour Malefoy pe
ndant un cours de
potions,
Il avait dit cela en regardant Harry. Crabbe et Goyle pouffèrent de r
ire, mais Harry n'y prêta
aucune attention. Malefoy avait été plus désagréable que jam
ais depuis le match de
Quidditch. Dégoûté par la défaite des Serpentard, il avait e
ssayé de mettre les rieurs de son
côté en répétant partout que la prochaine fois, on pourrait
remplacer Harry par un crocodile
en train de bâiller. Mais il s'était très vite rendu compte que
sa plaisanterie n'amusait
personne car tout le monde avait été impressionné par la virtuo
sité avec laquelle Harry avait
réussi à s'accrocher à son balai. Jaloux et furieux, Malefoy se
consolait en saisissant toutes
les occasions de rappeler que Harry n'avait pas de famille digne de ce n
om.
Harry, en effet, n'irait pas à Privet Drive pour Noël. Le professe
ur McGonagall était passée
dans les classes la semaine précédente pour faire la liste des é
lèves qui resteraient à
Poudlard pour les vacances et il avait été le premier à s'inscr
ire, Mais il n'en éprouvait aucun
regret. Au contraire, il allait probablement connaître le meilleur No
ël de sa vie. Ron et ses
frères passeraient également leurs vacances au collège, car Mr
et Mrs Weasley devaient se
rendre en Roumanie pour aller voir leur fils Charlie.
Lorsqu'ils sortirent du cours de potions, un énorme sapin avançait
dans le couloir en
haletant, soufflant, ahanant. Les deux pieds immenses qu'on voyait dé
passer trahissaient la
présence de Hagrid derrière le sapin.
—Vous avez besoin d'aide ? demanda Ron en passant la tête parmi le
s branchages.
—Non, non, ça va, merci.
—Vous pourriez dégager le chemin ? lança derrière eux la voi
x sèche de Malefoy. Tu essayes
de te faire un peu d'argent de poche, Weasley ? Tu vises la place de gar
de-chasse quand tu
sortiras de Poudlard ? C'est vrai que pour quelqu'un de ta famille, la c
abane de Hagrid doit
avoir l'air d'un palace.
Ron se rua sur Malefoy au moment même où Rogue montait l'escalier.

—WEASLEY !
Ron lâcha Malefoy.
—Il a été provoqué, professeur, dit Hagrid en montrant sa gr
osse tête hirsute derrière le
sapin. Malefoy a insulté sa famille

—C'est possible, Hagrid, mais il est interdit de se battre, à Poud
lard, répliqua Rogue d'un ton
doucereux. Cinq points de moins pour Gryffondor, Weasley, et estimez-vou
s heureux que ce
ne soit pas davantage. Allez, filez, maintenant.
Avec un ricanement, Malefoy, Crabbe et Goyle avancèrent dans le coulo
ir en repoussant le
sapin qui répandit des aiguilles sur le sol.
—Je l'aurai, dit Ron entre ses dents. Un de ces jours, je l'aurai.
—Je les déteste, ces deux-là, ajouta Harry. Rogue et Malefoy.
—Allons, un peu de gaieté, c'est bientôt Noël, dit Hagrid. V
enez un peu avec moi, on va aller
voir la Grande Salle, c'est une merveille.
Tous trois suivirent Hagrid et son arbre jusqu'à la Grande Salle où
le professeur McGonagall
et le professeur Flitwick s'affairaient à installer les décoration
s.
—Ah, Hagrid, le dernier arbre, mettez-le tout au bout, là-bas, s'i
l vous plaît.
La Grande Salle était magnifique. Des guirlandes de gui et de houx é
taient suspendues aux
murs et pas moins d'une douzaine d'arbres de Noël se dressaient tout autour de la salle,
certains recouverts de glaçons scintillants, d'autres de chandelles a
llumées.
—Il reste combien de jours avant les vacances ? demanda Hagrid.
—Un seul, répondit Hermione. Au fait, Harry, Ron, nous avons encor
e une demi-heure avant
le déjeuner, nous devrions aller à la bibliothèque.
—Tu as raison, dit Ron, s'arrachant à la contemplation du professe
ur Flitwick qui faisait
apparaître au bout de sa baguette magique des boules d'or qu'il accro
chait aux branches du
nouveau sapin.
—La bibliothèque ? dit Hagrid en les suivant dans le hall. Juste a
vant les vacances ? Vous
êtes vraiment passionnés !
—Oh, ce n'est pas pour travailler, répondit Harry d'un ton joyeux.
Mais depuis que vous avez
parlé de Nicolas Flamel, on essaye de savoir qui c'est.
—Quoi ? s'exclama Hagrid, interloqué. Ecoutez-moi, je vous ai dit
de laisser tomber. Ce que
le chien garde, ce n'est pas votre affaire.
—On veut simplement savoir qui est Nicolas Flamel, c'est tout, dit He
rmione.
—A moins que vous ne vouliez nous le dire vous-même pour nous é
pargner d'autres
recherches, ajouta Harry. Nous avons déjà consulté des centaine
s de livres et nous n'avons
rien trouvé. Pourtant, je suis sûr d'avoir lu son nom quelque part
.
—Je ne dirai rien, répondit simplement Hagrid.
—Dans ce cas, on cherchera tout seuls, dit Ron.

Et ils filèrent vers la bibliothèque tandis que Hagrid les regarda
it d'un air mécontent.
Le nom de Nicolas Flamel était le seul indice dont ils disposaient pour essayer de découvrir
ce que Rogue voulait voler, mais pour l'instant, ils n'avaient pas trouv
é trace du personnage
dans les dizaines d'ouvrages consultés. Ils ne sa vaient pas très bien par où commencer, car ils
ignoraient ce que Nicolas Flamel avait fait qui soit digne de figurer da
ns un livre. Il n'était
pas dans Les Grands Sorciers du XX
e siècle ni dans Les noms célèbres du monde magique
contemporain, ni dans Les Grandes Découvertes magiques, encore moins
dans Etude des
récents progrès de la sorcellerie. Il restait des milliers et des
milliers de livres sur les
étagères. Feuilleter tous ces volumes représentait une tâche
immense, mais ils n'avaient pas
renoncé pour autant.
Hermione étudia une liste de titres et de thèmes qui pouvaient fai
re allusion à Nicolas Flamel
tandis que Ron se promenait le long des étagères en prenant des li
vres au hasard. Harry, lui,
s'était aventuré du côté de la Réserve, mais il fallait u
n mot de l'un des professeurs pour avoir
accès aux ouvrages qu'on y conservait et il savait bien qu'il n'obtie
ndrait jamais une telle
autorisation. Les livres de la Réserve traitaient de magie noire, une
matière qui n'était jamais
enseignée à Poudlard. Seuls quelques étudiants de dernière a
nnée qui faisaient des
recherches poussées sur la défense contre les forces du Mal pouvai
ent les consulter.
—Qu'est-ce que tu cherches, mon garçon ?
—Rien, dit Harry.
Madame Pince, la bibliothécaire le menaça d'un plumeau.
—Dans ce cas, tu ferais mieux de filer. Allez, dehors !
N'ayant trouvé aucun prétexte plausible pour justifier sa prése
nce, Harry se résigna à quitter
la bibliothèque. Avec Ron et Hermione, ils avaient décidé qu'il
valait mieux ne pas demander
à Madame Pince où ils pourraient dénicher des renseignements sur Nicolas Flamel. Ils ne
voulaient pas prendre le risque que Rogue découvre ce qu'ils cherchai
ent.
Harry resta dans le couloir en attendant que les deux autres trouvent qu
elque chose, mais il
n'avait pas beaucoup d'espoir. Leurs recherches avaient duré quinze j
ours mais comme ils
n'avaient pu y consacrer que quelques moments par-ci par-là entre deu
x cours, il n'était pas
surprenant qu'ils aient fait chou blanc. Ils auraient eu besoin de reste
r beaucoup plus
longtemps à la bibliothèque sans avoir continuellement Madame Pinc
e sur le dos.
Cinq minutes plus tard, Ron et Hermione rejoigni rent Harry en faisant non de la tête et ils
allèrent déjeuner.
—Vous continuerez à chercher pendant que je ne serai pas là, he
in ? dit Hermione. Et si
jamais vous trouvez quelque chose, envoyez-moi tout de suite un hibou.
—Tu pourrais demander à tes parents s'ils savent quelque chose sur
Flamel, suggéra Ron.
Avec eux, tu ne risques rien.
—Rien du tout, en effet, assura Hermione. Ils sont dentistes.

Lorsque les vacances commencèrent, Ron et Harry eurent beaucoup trop
d'occasions de
s'amuser pour penser à Nicolas Flamel. Ils avaient le dortoir pour eu
x tout seuls et la salle
commune ne rassemblait plus grand monde, ce qui leur permettait de s'ins
taller dans les
meilleurs fauteuils, près du feu. Ils restaient assis des heures enti
ères à manger tout ce qu'ils
trouvaient à faire cuire à la broche—du pain, des pancakes, des
marshmallows—tout en
échafaudant des stratégies pour faire renvoyer Malefoy de l'éco
le. Leurs plans étaient sans
doute irréalisables, mais c'était toujours amusant d'en parler.
Ron apprit également à Harry le jeu d'échecs, version sorcier.
Les règles étaient les mêmes
que chez les Moldus, sauf que les pièces étaient vivantes, ce qui
leur donnait l'air d'une armée
partant à la bataille. L'échiquier de Ron était vieux et tout abîmé. Comme toutes ses affaires,
il avait appartenu à un autre membre de sa famille—son grand-pè
re en l'occurrence. L'âge
des pièces, cependant, constituait plutôt un avantage, car depuis
le temps qu'il les fréquentait,
Ron les connaissait si bien qu'il n'avait aucun mal à leur faire fair
e ce qu'il voulait.
Harry, en revanche, jouait avec des pièces que Seamus Finnigan lui av
ait prêtées et qui ne lui
faisaient aucune confiance. Il ne savait pas très bien jouer et les p
ièces contestaient sans
cesse ses décisions, ce qui jetait la confusion dans le jeu.
—Allons, ne m'envoie pas là-bas, disait le fou ou la tour. Tu n'as
donc pas vu son cavalier ?
Tiens, envoie plutôt celui-là. Lui, on peut se permettre de le per
dre.
La veille de Noël, Harry se coucha en pensant au lendemain. Ce serait une bonne journée et il
y aurait un réveillon, mais il ne s'attendait pas à recevoir de ca
deaux. Lorsqu'il s'éveilla,
cependant, il aperçut un petit tas de paquets au pied de son lit.
—Joyeux Noël, dit Ron d'une voix ensommeillée tandis que Harry
s'extrayait du lit et passait
sa robe de chambre.
—Toi aussi, dit Harry. Tu te rends compte ? J'ai des cadeaux !
Harry ouvrit aussitôt le paquet qui se trouvait au sommet de la pile.
Il était enveloppé d'un
gros papier sur lequel était griffonné: « Pour Harry de la part
de Hagrid ». A l'intérieur, il y
avait une flûte en bois grossièrement taillée. De toute évid
ence, c'était Hagrid lui-même qui
l'avait fabriquée. Harry souffla dedans et elle produisit un son semb
lable au ululement d'un
hibou.
Un autre paquet, tout petit, contenait un simple mot:
—Nous avons reçu ton message. Voici ton cadeau de Noël, de la p
art de l'oncle Vernon et de
la tante Pétunia.
Une pièce de cinquante pence était collée au papier à l'aide
d'un morceau de ruban adhésif.
—C'est gentil de leur part, dit Harry.
Ron était fasciné par la pièce de monnaie.

—C'est bizarre, dit-il. Quelle drôle de forme ! C'est vraiment de
l'argent ?
—Prends-la, si tu veux, dit Harry avec un grand rire. Tiens, qui m'a
envoyé ça ?
—Je crois savoir d'où ça vient, dit Ron en rougissant un peu. C
'est ma mère. Je lui avais dit
que tu n'attendais pas de cadeaux et... oh, non ! Elle t'a fait un pull
à la mode Weasley !
Harry sortit du paquet un épais pull-over de laine vert émeraude,
grossièrement tricoté, et
une grosse boîte de fondants faits maison.
—Tous les ans, elle nous tricote un pull à chacun, dit Ron en dé
ballant le sien. Et le mien est
toujours violet.
—C'est vraiment gentil à elle, dit Harry en goûtant un fondant
qui se révéla délicieux.
Le cadeau suivant contenait aussi des friandises, une grosse boîte de
Chocogrenouilles
qu'Hermione lui avait envoyée.
Il n'y avait plus qu'un seul paquet à ouvrir. Harry déchira le pap
ier et un morceau de tissu
très léger, d'une teinte argentée, glissa sur le sol où il f
orma un petit tas aux reflets luisants.
Ron en resta bouche bée.
—J'ai entendu parler de ça, dit-il d'une voix sourde. Si c'est ce
que je crois... Il n'en existe pas
beaucoup et c'est vraiment précieux...
—Qu'est-ce que c'est ?
Harry ramassa le morceau de tissu brillant. En le prenant entre ses doig
ts, il eut l'impression
de toucher de l'eau qu'on aurait transformée en étoffe.
—C'est une cape d'invisibilité, dit Ron, impressionné. J'en sui
s sûr, maintenant. Essaye-la.
Harry jeta la cape sur ses épaules et Ron poussa un cri.
—C'est bien ça ! Regarde !
Harry regarda ses pieds, mais ils avaient disparu. Il se précipita ve
rs le miroir et ne vit que
son visage qui semblait flotter dans l'air. Son corps, lui, était dev
enu invisible. Il remonta la
cape sur sa tête et son reflet s'effaça complètement.
—Il y a un mot ! dit soudain Ron. Un mot dans le paquet !
Harry enleva la cape et lut ce qui était écrit d'une écriture a
rrondie qu'il n'avait jamais vue
auparavant.
« Ton père m'a laisse ceci avant de mourir. Il est temps que tu en
hérites. Fais-en bon usage.
Très joyeux Noël. »

Il n'y avait pas de signature. Harry garda les yeux fixés sur le morc
eau de papier pendant que
Ron contemplait la cape d'un air admiratif.
—Je serais prêt à donner n'importe quoi pour en avoir une, dit-
il. N'importe quoi. Eh ben,
qu'est-ce qui t'arrive ?
—Rien, dit Harry.
Il éprouvait une étrange sensation. Qui avait bien pu lui envoyer
cette cape ? Avait-elle
véritablement appartenu à son père ? Il aurait tellement voulu
connaître la réponse à ces
questions...
Avant qu'il ait eu le temps de dire ou de penser quoi que ce soit d'autr
e, la porte s'ouvrit à la
volée et Fred et George Weasley se précipitèrent à l'inté
rieur du dortoir Harry se hâta de
cacher la cape. Il n'avait pas très envie de partager son secret avec
quiconque d'autre.
—Joyeux Noël !
—Hé, regarde ! Harry aussi a eu un pull Weasley !
Fred et George étaient vêtus chacun d'un pull-over bleu dont l'un
portait un grand « F » sur
la poitrine et l'autre un « G ».
—Celui de Harry est plus beau que les nôtres, dit Fred en examinan
t le pull qu'il avait reçu.
Apparemment, elle fait davantage d'efforts quand on n'est pas de la fami
lle.
—Pourquoi n'as-tu pas mis le tien, Ron ? demanda George. Vas-y, mets-
le, tu verras, c'est
très agréable,
—J'ai horreur du violet, marmonna Ron en le mettant quand même.
—Au moins, il n'y a pas de lettre sur le tien, fît remarquer Georg
e. Elle doit penser que tu
n'oublies pas ton nom. Mais nous non plus, on n'est pas idiots, on sait
très bien qu'on
s'appelle Gred et Forge.
—Qu'est-ce que c'est que tout ce bruit ?
Percy Weasley passa la tête par l'entrebâillement de la porte, l'a
ir réprobateur. Lui aussi
avait commencé à déballer ses cadeaux, car il avait sur le bras
un gros pull-over dont Fred
s'empara.
—P comme Préfet ! Mets-le, Percy, nous, on les a déjà mis. M
ême Harry en a reçu un.
Je-ne-veux-pas-le mettre, protesta Percy tandis que les jumeaux l'oblige
aient à enfiler le pull
en faisant à moitié tomber ses lunettes.
—Tu n'es pas avec les préfets, aujourd'hui, dit George. Noël, c
'est une fête de famille.
Ils traînèrent alors Percy hors de la pièce, les bras immobilis
és par le pull.

Jamais Harry n'avait passé un aussi bon réveillon. Dindes rôtie
s, saucisses grillées, sauces
onctueuses, confiture d'airelles et partout sur les tables, des pochette
s-surprises avec des
pétards qui explosaient en faisant jaillir des cadeaux. Les pétard
s surprises n'avaient rien à
voir avec ceux que les Dursley avaient l'habitude d'acheter. Ils n'ét
aient pas remplis de petits
jouets en plastique et de chapeaux en papier crépon. Celui que Harry
partagea avec Fred ne
se contenta pas de produire une petite détonation, il explosa comme u
n canon en les
enveloppant d'un nuage de fumée bleue et il en sortit un chapeau de c
ontre-amiral ainsi que
plusieurs souris blanches vivantes.
Des bûches de Noël et du pudding suivirent les dindes. Percy faill
it se casser une dent en
trouvant une Mornille en argent dans sa part. Le professeur Dumbledore a
vait troqué son
chapeau pointu de sorcier pour un bonnet à fleurs qu'il avait trouvé
dans une pochette-
surprise et il riait en écoutant Flitwick lui raconter une histoire d
rôle. Hagrid avait le teint de
plus en plus rouge. Il réclama une nouvelle bouteille de vin, puis il
embrassa sur la joue le
professeur McGonagall qui, à la grande surprise de Harry gloussa de c
ontentement, les joues
soudain écarlates, le chapeau de travers.
Lorsque Harry quitta la table, il avait les bras encombrés de cadeaux
découverts dans les
pétards surprises, notamment des ballons lumineux increvables, un kit
pour faire pousser des
verrues et un jeu d'échecs version sorcier. Les souris blanches avaie
nt disparu et Harry avait
la désagréable impression qu'elles avaient servi de dîner à
Miss Teigne.
Harry et les Weasley passèrent l'après-midi à faire des bataill
es de boules de neige dans le
parc. Puis, frigorifiés, mouillés, essoufflés, ils retournèr
ent auprès du feu, devant la cheminée
de la salle commune de Gryffondor où Harry étrenna son jeu d'éc
hecs en se faisant battre à
plate couture par Ron. Il songea qu'il n'aurait pas perdu aussi facileme
nt si Percy ne s'était
pas autant acharné à l'aider.
Ils allèrent ensuite prendre un thé accompagné de sandwiches à
la dinde, de petits pains, de
gâteaux à la confiture et de pudding de Noël. Somnolents et le
ventre plein, ils regardèrent
Percy se lancer à la poursuite de Fred et de George dans toute la tou
r de Gryffondor pour
récupérer son insigne de préfet qu'ils lui avaient volé.
Jamais il ne s'était autant amusé à Noël. Pourtant, quelque
chose n'avait cessé de lui tourner
dans la tête tout au long de la journée: la cape d'invisibilité
et son mystérieux expéditeur.
Ron, le ventre plein de dinde rôtie, et libre de toute préoccupati
on, tomba endormi dès qu'il
eut tiré les rideaux de son baldaquin. Harry, lui, se pencha pour pre
ndre la cape d'invisibilité
qu'il avait cachée sous son lit.
Son père... Elle avait appartenu à son père. Plus douce que la
soie, aussi légère qu'un souffle
d'air, l'étoffe lui coulait entre les doigts comme l'eau d'un ruissea
u. « Fais-en bon usage »,
était-il écrit sur le mot.
Il voulait l'essayer dès maintenant, à l'instant même et il s'e
nveloppa dans la cape. En
regardant à ses pieds, il ne vit que des ombres et la tache d'un rayo
n de lune. C'était une
impression très étrange.

Fais-en bon usage.
Harry se sentit soudain parfaitement réveillé. Grâce à sa ca
pe, le château tout entier lui était
ouvert. Debout dans l'obscurité et le silence. il éprouva un senti
ment d'excitation, Il pouvait
aller où bon lui semblait, à présent, et Rusard n'en saurait ja
mais rien.
Ron grogna dans son sommeil. Fallait-il le réveiller ? Quelque chose
l'en empêcha. C'était la
cape de son père. Cette fois—la première fois—il voulait ê
tre seul.
Il quitta sans bruit le dortoir, descendit l'escalier, traversa la salle
commune et passa par le
trou que dissimulait le portrait.
—Qui est là ? couina la grosse dame.
Harry ne répondit pas. Il se hâta le long du couloir.
Où aller ? Il s'arrêta et réfléchit, le cœur battant. Pui
s l'idée lui vint. La Réserve de la
bibliothèque. Il pourrait lire autant qu'il voudrait, il pourrait pas
ser le temps qu'il faudrait
pour découvrir qui était Nicolas Flamel. Il se mit en chemin en se
rrant la cape autour de lui.
La bibliothèque était plongée dans les ténèbres. Il y ré
gnait une atmosphère un peu
effrayante, Harry alluma une lampe pour voir où il allait. On aurait
dit que la lampe flottait
en l'air et bien que Harry en sentit le poids au bout de son bras, la vu
e de cette lueur qui
semblait se promener toute seule lui fit peur.
La Réserve se trouvait tout au fond. Il enjamba avec précaution le
cordon qui séparait les
livres interdits du reste de la bibliothèque et tendit la lampe pour
lire les titres des ouvrages
alignés sur les étagères.
Ils ne lui disaient pas grand-chose. Leurs lettres dorées, ternies, u
sées, formaient des mots
que Harry ne comprenait pas. Certains livres n'avaient pas de titre du t
out. L'un des volumes
était maculé d'une tache sombre qui donnait l'horrible impression
d'être du sang. Harry sentit
ses cheveux se dresser sur sa nuque. Peut-être son imagination lui jo
uait-elle des tours, peut-
être pas, en tout cas, il crut entendre un faible chuchotement qui pr
ovenait des rangées de
livres, comme s'ils savaient que quelqu'un se trouvait là qui n'aurai
t pas dû y être.
Il fallait commencer quelque part. Posant la lampe par terre, il s'inté
ressa à l'étagère du bas.
Un gros volume noir et argent attira son regard. Il était si lourd qu
'il eut du mal à le prendre.
Il le mit en équilibre sur ses genoux et le livre tomba ouvert sur le
sol.
Un hurlement suraigu, à glacer le sang, retentit alors dans le silenc
e de la bibliothèque.
C'était le livre qui criait ! Harry le referma d'un coup sec, mais le
hurlement continua, une
note assourdissante, toujours la même. Harry tomba en arrière, ren
versant sa lampe qui
s'éteignit instantanément, Saisi de panique, il entendit des bruit
s de pas qui résonnaient dans
le couloir. Il remit tant bien que mal le livre sur l'étagère, pri
t la fuite à toutes jambes et se
retrouva face à Rusard au moment où celui-ci arrivait devant l'ent
rée de la bibliothèque. Les
yeux pâles et furieux du gardien le regardèrent sans le voir. Harr
y parvint à se faufiler entre
le mur et lui, puis fonça dans le couloir, tandis que résonnait en
core à ses oreilles le cri
perçant du livre.

Il s'arrêta soudain devant une haute armure. Il avait été si oc
cupé à mettre la plus grande
distance possible entre la bibliothèque et lui qu'il n'avait pas fait
attention à la direction qu'il
avait prise. A cause de l'obscurité, peut-être, il était incapa
ble de reconnaître l'endroit où il
se trouvait. Il entendit alors la voix de Rusard.
—Vous m'avez demandé de vous avertir directement si quelqu'un vena
it rôder la nuit dans la
bibliothèque, professeur. Et je suis sûr qu'il y avait quelqu'un d
ans la bibliothèque, dans la
Réserve, très précisément.
Harry se sentit pâlir. Il ne savait pas où il était mais Rusard
devait connaître un raccourci,
car sa petite voix grasseyante se rapprochait. Il entendit alors avec te
rreur Rogue répondre à
Rusard.
—La Réserve ? Ils n'ont pas dû aller bien loin, nous allons les
rattraper.
Harry resta figé sur place tandis que Rogue et Rusard s'avançaient
dans sa direction. Ils ne
pouvaient pas le voir, bien sûr, mais le couloir était étroit e
t ils allaient inévitablement le
heurter au passage. La cape le rendait invisible, mais elle ne supprimai
t pas pour autant le
volume de son corps.
Il recula en faisant le moins de bruit possible et vit alors sur sa gauc
he une porte entrouverte.
Retenant sa respiration, il se glissa par l'entrebâillement en essaya
nt de ne pas faire bouger
le panneau et parvint à son grand soulagement à entrer dans la piè
ce à l'insu de Rogue et de
Rusard.
Tous deux passèrent devant la porte sans s'arrêter et Harry s'ados
sa au mur en respirant
profondément, écoutant le bruit de leurs pas s'éloigner puis s'
évanouir. Il avait eu chaud, très
chaud. Il se passa quelques instants avant qu'il ne jette un coup d'œ
il autour de lui.
La pièce dans laquelle il se trouvait avait l'air d'une salle de clas
se désaffectée. Il voyait la
forme sombre de pupitres et de chaises entasses contre les murs. Il y av
ait également une
corbeille à papiers retournée. Il remarqua aussi, appuyé contre
le mur d'en face, quelque
chose qui ne semblait pas appartenir au mobilier habituel d'une salle de
classe, quelque
chose que quelqu'un avait dû ranger là pour s'en débarrasser.
C'était un miroir magnifique qui montait jusqu'au plafond avec un cad
re d'or sculpté, posé
sur deux pieds pourvus de griffes, comme des pattes d'animal. Une inscri
ption était gravée
au-dessus du miroir. Harry déchiffra: « riséd elrue ocnot edsi
amega siv notsap ert nomen ej.
»
A présent qu'il n'entendait plus Rogue ni Rusard, sa panique s'éta
it calmée. Il ôta sa cape et
s'approcha du miroir pour vérifier qu'il était toujours invisible.
Il fit un pas en avant et dut
alors se plaquer une main sur la bouche pour étouffer un cri d'horreu
r. Il se retourna
brusquement et son cœur cogna contre sa poitrine encore plus fort que
lorsque le livre s'était
mis à hurler. Car son reflet était apparu, mais il n'était pas
seul, il y avait un groupe de gens
qui se tenaient derrière lui.
La pièce était vide, cependant. La respiration haletante, il se to
urna lentement vers le miroir.

Il vit à nouveau son reflet, livide, apeuré, et derrière lui au
moins dix autres personnes. Harry
regarda par-dessus son épaule. La pièce était toujours vide. Ou
alors, eux aussi étaient peut-
être invisibles, mais ce miroir avait la faculté de les refléte
r quand même ?
A nouveau il regarda le miroir. Une femme, debout derrière son reflet
, lui souriait en faisant
des signes de la main. Il tendit le bras derrière lui, mais il ne sen
tit que le vide. Si cette femme
avait été vraiment présente dans la pièce, il aurait pu la t
oucher, mais il n'y avait rien. Tous
ces gens n'existaient que dans le miroir.
La femme était très belle. Elle avait des cheveux auburn et ses ye
ux... « Ses yeux sont comme
les miens », pensa Harry en s'approchant un peu plus près de la gl
ace. D'un vert brillant et
d'une forme semblable. II s'aperçut alors que la femme pleurait. Elle
souriait et pleurait en
même temps. L'homme qui se tenait à côté d'elle était gra
nd, mince, avec des cheveux noirs. Il
la tenait par les épaules. Il portait des lunettes et ses cheveux é
taient très mal coiffés. Il avait
des épis qui dépassaient à l'arrière de son crâne, tout c
omme Harry
Il était si près du miroir, à présent, que son nez touchait
presque celui de son reflet.
—Maman ? murmura-t-il. Papa ?
L'homme et la femme le regardèrent en souriant. Lentement, Harry dé
tailla les autres
personnes qui se trouvaient dans le miroir. Il vit d'autres yeux verts c
omme les siens, d'autres
nez qui ressemblaient au sien, et même une petite vieille qui avait l
es mêmes genoux noueux
que lui. Pour la première fois de sa vie, il avait sa famille devant
les yeux.
Les Potter lui souriaient, ils lui adressaient des signes de la main et
lui les contemplait d'un
regard fébrile, les mains plaquées contre le miroir comme s'il esp
érait passer au travers et se
précipiter vers eux. Quelque chose lui faisait mal à l'intérieu
r de son corps, un mélange de
joie et de tristesse.
Il ne se rendait pas compte du temps qui passait. Les reflets dans le mi
roir ne s'effaçaient pas
et il ne se lassait pas de les regarder, encore et encore, jusqu'à ce
qu'un bruit lointain le
ramène à la réalité. Il ne pouvait pas rester ici, il fallai
t qu'il retrouve le chemin de son lit. Il
arracha son regard du visage de sa mère et murmura:
—Je reviendrai...
Puis il se hâta de quitter la pièce.
—Tu aurais pu me réveiller, dit Ron avec mauvaise humeur.
—Tu n'as qu'à venu avec moi ce soir, j'y retourne. Je veux te mont
rer le miroir.
—J'aimerais bien voir tes parents, dit Ron.
—Et moi, j'aimerais bien voir toute ta famille, tous les Weasley au c
omplet. Tu pourras me
montrer tes autres frères.

—Tu peux les voir quand tu veux, il te suffira de venir à la maiso
n cet été. D'ailleurs, peut-
être que ton miroir ne montre que les morts. C'est dommage que tu n'aies pas réussi à trouver
ce Flamel.
Mais Harry avait presque oublié Flamel, il ne pensait plus qu'à se
s parents. Il voulait les
revoir la nuit prochaine. Peu lui importait désormais le chien à t
rois têtes et ce qu'il gardait.
—Ça va ? s'inquiéta Ron. Tu as l'air bizarre.

Ce que Harry craignait le plus, c'était de ne pas être capable de
retrouver la pièce où était le
miroir. Ron et lui s'étaient enveloppés dans la cape, mais ils ne
pouvaient pas se déplacer
aussi vite que lorsque Harry était tout seul. Ils essayèrent de re
faire le chemin que Harry
avait suivi la veille en fuyant la bibliothèque et ils errèrent pe
ndant une bonne heure dans les
couloirs alentour.
—On gèle, ici, dit Ron. Laissons tomber.
—Non, chuchota Harry. Je suis sûr que c'est tout près.
Un instant plus tard, Harry reconnut la haute armure.
—C'est là ! Oui, c'est bien ça !
Ils poussèrent la porte. Harry se débarrassa de la cape et courut
vers le miroir.
Ils étaient tous là. Son père et sa mère semblèrent rayonner en le voyant à nouveau.
—Tu vois ? murmura Harry.
—Non, je ne vois rien du tout...
—Regarde ! Regarde, ils sont tous là...
—Je ne vois que toi.
—Regarde bien. Mets-toi à ma place.
Harry fit un pas en arrière et Ron se plaça devant lui. Harry ne v
oyait plus sa famille, à
présent, mais Ron sembla soudain fasciné par son propre reflet.
—Regarde-moi ! s'exclama-t-il.
—Tu vois ta famille autour de toi ?
—Non, je suis tout seul. Mais j'ai changé. Je suis plus vieux et j
e suis Préfet en chef
—Quoi ?

—Je porte le même insigne qu'avait mon frère Bill. Et je tiens
dans mes mains la coupe de
Quidditch. C'est moi, le capitaine de l'équipe !
Ron s'arracha à la contemplation de son reflet et regarda Harry d'un
air fébrile.
—Tu crois que ce miroir montre l'avenir ?
—C'est impossible, toute ma famille est morte. Laisse-moi regarder.
—Tu l'as eu pour toi tout seul la nuit dernière, maintenant, c'est
mon tour,
—Toi, tu ne fais que tenir la coupe de Quidditch, je ne vois pas ce q
ue ça a de passionnant.
C'est quand même plus important de voir mes parents.
—Arrête de me pousser.
Un bruit soudain en provenance du couloir mit fin à leur discussion.
Ils ne s'étaient pas rendu
compte qu'ils parlaient si fort.
—Vite !
Ron ramena la cape sur eux au moment où les yeux étincelants de Mi
ss Teigne apparaissaient
à la porte. Tous deux restèrent parfaitement immobiles en ayant la
même pensée: est-ce que
la cape d'invisibilité marchait aussi avec les chats ? Au bout d'un m
oment qui leur parut
interminable, Miss Teigne s'éloigna enfin.
—Méfions-nous, elle est peut-être allée chercher Rusard. Je
crois bien qu'elle nous a
entendus. Viens.
Et Ron tira Harry hors de la pièce.

Le lendemain matin, la neige n'avait toujours pas fondu.
—On fait une partie d'échecs ? proposa Ron.
—Non, répondit Harry.
—Je sais à quoi tu penses... Le miroir, c'est ça ? N'y retourne
pas cette nuit.
—Pourquoi ?
—C'est trop risqué. Rogue, Rusard et Miss Teigne n'arrêtent pas
de se promener dans les
couloirs. Même s'ils ne te voient pas, vous risquez de vous heurter,
ou alors tu finiras par
faire tomber quelque chose et ils s'apercevront de ta présence.
—On dirait Hermione, fit observer Harry.

En fait, il n'avait plus qu'une idée en tête: retourner devant le
miroir. Et ce n'était
certainement pas Ron qui allait l'en empêcher.

La troisième nuit, il retrouva le chemin plus facilement et ne fit pa
s de mauvaises rencontres.
A nouveau, il vit son père et sa mère qui lui souriaient et un de
ses grands-pères qui hochait
la tête avec une expression de bonheur. Harry s'assit par terre, deva
nt le miroir. Rien ne
l'empêchait de rester ici toute la nuit à contempler sa famille. R
ien, sauf peut-être...
—Alors ? Tu es encore là, Harry ?
Harry sentit son sang se glacer. Il regarda derrière lui. Assis sur u
n bureau, près du mur, il
reconnut... Albus Dumbledore !
—Je... je ne vous avais pas vu, Monsieur, balbutia Harry.
—On dirait que l'invisibilité te rend myope, dit Dumbledore et Har
ry fut soulagé de voir qu'il
souriait.
Albus Dumbledore vint s'asseoir par terre, à côté de lui.
—Comme des centaines de personnes avant toi, tu as découvert le bo
nheur de contempler le
Miroir du Riséd.
—Je ne savais pas qu'on l'appelait comme ça, dit Harry
—Mais j'imagine que tu as compris ce qu'il fait ?
—Il ... il me montre ma famille...
—Et il montre ton ami Ron avec la coupe de Quidditch dans les mains.
—Comment savez-vous ?
—Moi, je n'ai pas besoin de cape pour devenir invisible, dit Dumbledo
re d'une voix douce. Et
maintenant, tu comprends ce que nous montre le Miroir du Riséd ?
Harry fit « non » de la tête.
—Je vais t'expliquer. Pour l'homme le plus heureux de la Terre, le Mi
roir du Riséd ne serait
qu'un miroir ordinaire, il n'y verrait que son reflet. Est-ce que cela t
'aide à comprendre ?
Harry réfléchit, puis il dit lentement:
—Il nous montre ce que nous voulons voir...
—Oui et non, répondit Dumbledore, il ne nous montre rien d'autre q
ue le désir le plus
profond, le plus cher, que nous ayons au fond de notre cœur. Toi qui
n'as jamais connu ta

famille, tu l'as vue soudain devant toi. Ronald Weasley, qui a toujours
vécu dans l'ombre de
ses frères, s'est vu enfin tout seul, couvert de gloire et d'honneurs
. Mais ce miroir ne peut
nous apporter ni la connaissance, ni la vérité. Des hommes ont dé
péri ou sont devenus fous
en contemplant ce qu'ils y voyaient, car ils ne savaient pas si ce que l
e miroir leur montrait
était réel, ou même possible. Demain, le miroir sera démé
nagé ailleurs, et je te demande de
ne pas essayer de le retrouver. Mais si jamais il t'arrive encore de tom
ber dessus, tu seras
averti, désormais. Ça ne fait pas grand bien de s'installer dans l
es rêves en oubliant de vivre,
souviens-toi de ça. Et maintenant, remets donc cette cape merveilleuse et retourne te coucher.
Harry se releva.
—Monsieur, dit-il. Est-ce que je peux vous demander quelque chose ?
—C'est ce que tu viens de faire, mais tu peux recommencer, si tu veux
.
—Et vous, qu'est-ce que vous voyez quand vous regardez le miroir ?
—Moi ? Je me vois avec une bonne paire de chaussettes de laine à l
a main.
Harry ouvrit des yeux ébahis.
—On manque toujours de chaussettes. Noël vient de passer et je n'e
n ai même pas eu une
seule paire. Les gens s'obstinent à m'offrir des livres.
Lorsqu'il eut rejoint son lit, Harry se demanda si Dumbledore lui avait
bien répondu la vérité.
Mais après tout, c'était peut-être une question un peu trop per
sonnelle.

Chapitre 13
Nicolas Flamel
Dumbledore avait réussi à convaincre Harry de ne plus chercher le
Miroir du Riséd et
pendant toutes les vacances de Noël, la cape d'invisibilité éta
it restée rangée au fond de sa
valise. Harry aurait bien voulu oublier aussi facilement ce qu'il avait
vu dans le miroir, mais
c'était impossible. Il commença à faire des cauchemars. Il rê
vait sans cesse que ses parents
disparaissaient dans un éclair de lumière verte tandis qu'une voix
aiguë lançait un petit rire
aigrelet.
—Tu vois, Dumbledore avait raison, ce miroir pourrait finir par te re
ndre fou, dit Ron
lorsque Harry lui eut parlé de ces rêves.
Hermione, qui était revenue la veille de la reprise des cours, voyait
les choses différemment.
Elle était partagée entre l'horreur à l'idée que Harry se pr
omène dans les couloirs la nuit (Si
Rusard t'avait attrapé) et la déception qu'il n'ait toujours pas trouvé qui était Nico
las Flamel.
Ils avaient presque abandonné tout espoir de trouver quoi que ce soit
sur Flamel dans un
livre de la bibliothèque, même si Harry restait persuadé qu'il
avait lu son nom quelque part.

Dès le début du deuxième trimestre, Ron, Hermione et Harry reco
mmencèrent à feuilleter les
livres de la bibliothèque pendant les récréations. Harry avait
encore moins de temps que les
deux autres, à cause de l'entraînement de Quidditch qui avait repr
is.
Dubois faisait travailler son équipe plus dur que jamais. Même la
pluie incessante qui avait
fait fondre la neige ne parvenait pas à modérer ses ardeurs. S'ils
arrivaient à gagner le
prochain match qui les opposerait à l'équipe des Poufsouffle, ils
passeraient devant les
Serpentard dans la course au championnat pour la première fois depuis
sept ans. Au-delà de
son désir de vaincre, Harry s'était rendu compte qu'il faisait moi
ns de cauchemars quand il
revenait épuisé de ses séances d'entraînement.
Un jour qu'ils s'entraînaient sous la pluie, sur un terrain particuli
èrement boueux, Dubois se
fâcha contre les frères Weasley qui ne cessaient de se foncer dess
us en faisant semblant de
tomber de leurs balais.
—Arrêtez vos idioties ! s'écria-t-il. C'est avec ce genre de ch
oses qu'on finit par perdre ! C'est
Rogue qui va arbitrer le prochain match. Et il va chercher tous les pré
textes pour enlever des
points à l'équipe de Gryffondor.
En entendant cela, George Weasley faillit tomber de son balai.
—Rogue va arbitrer le prochain match ? bredouilla-t-il, la bouche ple
ine de boue. Il n'a
jamais fait ça ! S'il voit qu'on risque de devancer les Serpentard, i
l va chercher à nous
défavoriser.
Le reste de l'équipe atterrit auprès de George pour protester é
galement.
—Je n'y suis pour rien, se défendit Dubois. Tout ce que nous pouvo
ns faire, c'est jouer
impeccablement, comme ça, Rogue n'aura aucun prétexte pour s'en pr
endre à nous.
Sans doute, pensa Harry, mais lui-même avait des raisons personnelles
pour souhaiter que
Rogue ne soit pas trop près de lui pendant le match...
A la fin de la séance, Harry rentra directement à la salle commune
de Gryffondor où il
retrouva Ron et Hermione qui jouaient aux échecs. Les échecs ét
aient le seul jeu auquel
Hermione perdait et, aux yeux de Ron et Harry, rien ne pouvait lui fair
e plus de bien.
Attends, ne me parle pas pour l'instant, dit Ron lorsque Harry vint s'as
seoir à côté de lui. Je
dois me concen... qu'est-ce qui se passe ? s'exclama-t-il soudain en voy
ant sa tête.
A voix basse pour que personne d'autre ne puisse l'entendre, Harry leur
annonça l'intention
de Rogue d'arbitrer le prochain match de Quidditch.
—Il ne faut pas que tu joues, dit aussitôt Hermione.
—Tu n'as qu'à dire que tu es malade.
—Fais semblant de t'être cassé la jambe, suggéra Hermione.
—Ou casse-toi la jambe pour de bon, dit Ron.

—Impossible, répondit Harry, il n'y a pas d'attrapeur remplaçan
t dans notre équipe. Si je
déclare forfait, Gryffondor ne pourra pas jouer du tout.
A cet instant, Neville atterrit à plat ventre dans la salle commune.
Ses jambes étaient collées
l'une à l'autre, conséquence bien connue d'un mauvais sort très
courant appelé le maléfice du
Bloque-jambes. Comment avait-il réussi à arriver jusqu'ici, nul ne
le savait. Il avait dû faire
tout le chemin en sautillant à pieds joints jusqu'au sommet de la tou
r.
Tout le monde éclata de rire, sauf Hermione qui s'empressa de prononcer la formule magique
annulant les effets du sortilège. Les jambes de Neville se détachè
rent aussitôt l'une de l'autre
et il se releva en tremblant.
—Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Hermione en le faisant asseoi
r entre Ron et Harry.
—C'est Malefoy, répondit Neville d'une voix chevrotante. le l'ai c
roisé devant la bibliothèque.
Il m'a dit qu'il cherchait quelqu'un pour s'entraîner à lancer ce
mauvais sort.
—Va voir le professeur McGonagall, conseilla Hermione. Raconte-lui ce
qui s'est passé.
Neville refusa d'un signe de tête.
—Ça me rapporterait encore plus d'ennuis, marmonna-t-il.
—Il faut que tu te défendes ! intervint Ron. Il a pris l'habitude
de marcher sur tout le monde,
il ne faut pas lui faciliter la tâche en se couchant devant lui.
—Je sais bien que je ne suis pas assez courageux pour être à Gr
yffondor, Malefoy me l'a déjà
dit, sanglota Neville.
Harry fouilla dans sa poche et en sortit un Chocogrenouille, le dernier
de la boîte
qu'Hermione lui avait offerte pour Noël. Il le donna à Neville qui
semblait sur le point de
fondre en larmes.
—Tu vaux douze fois mieux que Malefoy, dit Harry. C'est le Choixpeau
magique qui a décidé
de t'envoyer à Gryffondor, non ? Et Malefoy, où est-il, lui ? Chez
ces horribles Serpentard !
Neville eut un pâle sourire. Il enleva le papier du Chocogrenouille.
—Merci, Harry, dit-il. Je crois que je vais aller me coucher... Tu ve
ux la carte du Choco ? Tu
en fais collection, je crois ?
Neville alla rejoindre le dortoir pendant que Harry jetait un coup d'œ
il à la carte du
Chocogrenouille.
—C'est encore Dumbledore, dit-il. J'étais déjà tombé sur
lui la première fois...
Il poussa alors une exclamation en dévorant des yeux ce qui était
écrit au dos de la carte.
Puis il regarda Ron et Hermione.

—Je l'ai trouvé, murmura-t-il. J'ai trouvé Flamel ! Je vous l'a
vais dit que j'avais déjà vu son
nom quelque part. Je l'ai lu dans le train qui nous a amenés ici. Eco
utez ça: Dumbledore s'est
notamment rendu célèbre en écrasant en 1945 le mage Grindelwald, de sinistre mémoire. Il
travailla en étroite collaboration avec l'alchimiste Nicolas Flamel e
t on lui doit la découverte
des propriétés du sang de dragon !
Hermione se leva d'un bond, l'air aussi surexcité que le jour où o
n leur avait rendu leurs
premiers devoirs.
—Attendez-moi ici, dit-elle avant de se précipiter dans le dortoir
des filles.
Elle revint quelques instants plus tard, les bras chargés d'un vieux
livre énorme.
—Je n'avais jamais pensé à regarder là-dedans ! murmura-t-el
le avec fébrilité. J'avais pris ce
livre à la bibliothèque il y a déjà un bout de temps pour av
oir quelque chose à lire le soir.
—Tu parles d'un plaisir ! Lire un truc comme ça avant de s'endormi
r ! dit Ron.
Mais Hermione lui fit signe de se taire et se mit à feuilleter les pa
ges du livre avec des gestes
frénétiques. Au bout d'un moment, elle trouva enfin ce qu'elle che
rchait.
—Je le savais ! Je le savais !
—On a le droit de dire quelque chose, maintenant ? grommela Ron.
Mais Hermione ne fit pas attention à lui.
—Nicolas Flamel, murmura-t-elle, est le seul al chimiste qui ait réussi à fabriquer la Pierre
philosophale.
—La quoi ? dirent en chœur Harry et Ron.
—Vous ne lisez donc jamais rien ? Regardez ça.
Hermione poussa le livre vers eux pour qu'ils puissent lire ce qu'elle l
eur montrait:
« Les anciennes recherches alchimiques avaient pour objet de fabrique
r la Pierre
philosophale, une substance légendaire dotée de pouvoirs étonna
nts. Cette Pierre a en effet la
propriété de transformer n'importe quel métal en or pur. Elle p
roduit également l'élixir de
longue vie qui rend immortel celui qui le boit.
Au cours des siècles, de nombreux témoignages ont fait état de
la réalité de la Pierre
philosophale, mais la seule qui existe vraiment de nos jours est l'œu
vre de Nicolas Flamel, le
célèbre alchimiste et amateur d'opéra qui a célébré ré
cemment son six cent soixante-
cinquième anniversaire et mène une vie paisible dans le Devon en c
ompagnie de son épouse,
Pernelle (six cent cinquante-huit ans). »
—Vous avez vu ? dit Hermione. Le chien doit garder la Pierre philosop
hale de Nicolas
Flamel ! Je parie que c'est Flamel en personne qui a demandé à Dum
bledore de la mettre en

lieu sûr. Ils sont amis et comme il savait que quelqu'un allait essay
er de la voler, il a voulu
l'enlever de Gringotts !
—Une Pierre qui fabrique de l'or et qui te rend immortel ! Pas étonnant que Rogue essaie de
la voler ! dit Harry. N'importe qui la voudrait pour lui tout seul !
—Et pas étonnant qu'on n'ait rien trouvé sur Nicolas Flamel dan
s Etude des récents progrès
de la sorcellerie, dit Ron. Il n'est plus de la toute première jeunes
se s'il a six cent soixante-
cinq ans.

Le lendemain matin, pendant le cours de défense contre les forces du
Mal, tout en copiant les
différentes façons de soigner les morsures de loup-garou, Harry et
Ron parlaient toujours de
ce qu'ils feraient de la Pierre philosophale s'ils en avaient une. Lorsq
ue Ron dit qu'il
achèterait une équipe de Quidditch, Harry se souvint brusquement d
e Rogue et du prochain
match.
—Je jouerai, dit-il. Si je me défile, tous les Serpentard vont pen
ser que j'ai peur d'affronter
Rogue. Je vais leur montrer... Ils vont tomber de haut si on gagne.
—J'espère que ce n'est pas toi qui vas tomber de haut, soupira Her
mione.

Pourtant, à mesure que le match approchait, Harry devenait de plus en
plus nerveux, en dépit
de tout ce que Ron et Hermione pouvaient lui dire. Les autres joueurs de l'équipe n'étaient
guère plus sereins. L'idée de l'emporter sur Serpentard pour le ch
ampionnat les
enthousiasmait—personne n'avait réussi à le faire depuis prè
s de sept ans—mais comment
pourraient-ils y parvenir avec un arbitre aussi partial que Rogue ?
Harry se demandait si ce n'était pas un effet de son imagination, mai
s il semblait toujours
tomber sur Rogue, partout où il allait. Par moments, il se demandait
même si Rogue ne le
suivait pas pour essayer de le surprendre seul. Rogue était si odieux
avec lui que les cours de
potions étaient devenus un cauchemar hebdomadaire. Rogue savait-il qu
'ils étaient au
courant de la Pierre philosophale ? Harry ne voyait pas comment il aurai
t pu faire pour le
découvrir, mais parfois, il avait l'abominable impression que Rogue l
isait dans les pensées.
Lorsque, dans l'après-midi du lendemain, ils lui souhaitèrent bonn
e chance à l'entrée des
vestiaires, Harry savait que Ron et Hermione se demandaient s'ils le rev
erraient jamais
vivant. Ce n'était pas une impression très réconfortante et Har
ry entendit à peine le discours
d'encouragement que Dubois prononça pendant que les joueurs de Gryffondor se préparaient
à entrer sur le terrain.
Ron et Hermione avaient trouvé une place à côté de Neville q
ui ne comprenait pas pourquoi
ils avaient la mine si sombre, ni pour quelle raison ils avaient cru uti
le d'apporter leur
baguette magique pendant le match. Harry ne savait pas que Ron et Hermio
ne s'étaient
entraînés en secret à jeter le sortilège du Bloque-jambes. I
ls avaient emprunté l'idée à
Malefoy et comptaient bien s'en servir contre Rogue s'il manifestait la
moindre intention de
s'en prendre à Harry.

—N'oublie pas, la formule, c'est Locomotor Mortis, murmura Hermione.
—Je le sais bien, répliqua sèchement Ron. Ne commence pas à
m'agacer.
Dans les vestiaires, Dubois avait pris Harry à part.
—Je ne voudrais pas te mettre la pression, Potter, dit-il, mais on au
rait vraiment besoin
d'attraper le Vif d'or le plus vite possible. Il faut arriver à termi
ner le match avant que Rogue
ait eu le temps de favoriser les Poufsouffle.
—Toute l'école est là ! annonça Fred Weasley en jetant un co
up d'œil par la porte. Même...
Nom d'un chaudron ! Dumbledore en personne est venu assister au match !
Harry sentit son cœur faire un saut périlleux dans sa poitrine.
—Dumbledore ! s'exclama-t-il en se précipitant vers la porte pour
vérifier par lui-même.
Il reconnut aussitôt la barbe argentée.
Harry en ressentit un tel soulagement qu'il faillit éclater de rire.
Il n'avait plus rien à
craindre, à présent. Rogue n'oserait jamais lui faire du tort sous
les yeux de Dumbledore.
C'était peut-être pour ça que Rogue avait l'air si furieux lors
que les deux équipes pénétrèrent
sur le terrain. Ron aussi l'avait remarqué.
—Je n'ai jamais vu Rogue avec un regard aussi mauvais, dit-il à He
rmione. Ah, ça y est, le
match commence ! Aie !
Quelqu'un venait de le frapper derrière la tête. C'était Malefo
y.
—Désolé, Weasley, dit-il, je ne t'avais pas vu.
Malefoy adressa un large sourire à Crabbe et à Goyle.
—Je me demande combien de temps Potter va réussir à rester sur
son balai, reprit-il.
Quelqu'un veut parier ? A ton avis, Weasley ?
Ron ne répondit pas. Rogue venait d'accorder un penalty à l'équ
ipe de Poufsouffle parce que
George Weasley avait renvoyé un Cognard dans sa direction. Hermione,
les doigts croisés,
regardait fixement Harry qui tournoyait comme un faucon au-dessus du ter
rain, à la
recherche du Vif d'or.
—Vous savez comment ils choisissent leurs joueurs dans l'équipe de
Gryffondor ? dit
Malefoy, alors que Rogue accordait aux Poufsouffle un nouveau penalty to
ut aussi injustifié.
Ils vont chercher les gens qui leur font pitié. Par exemple, ils ont
pris Potter parce qu'il n'a
pas de parents, les Weasley parce qu'ils n'ont pas d'argent et ils vont
sûrement prendre
Neville Londubat parce qu'il n'a pas de cerveau.
Neville devint écarlate et se retourna pour faire face à Malefoy.

—Je vaux douze fois mieux que toi, Malefoy, balbutia-t-il.
Malefoy, Crabbe et Goyle éclatèrent d'un rire tonitruant.
—Bien dit, Neville, approuva Ron sans quitter le match des yeux.
—Si le cerveau était en or, tu serais encore plus pauvre que Weasl
ey, ce qui n'est pas peu
dire, lança Malefoy.
Ron était si inquiet pour Harry qu'il avait les nerfs à vif.
—Je te préviens, Malefoy, dit-il, un mot de plus et...
—Ron ! s'exclama Hermione. Harry !
—Quoi ? Où ?
Harry avait amorcé une spectaculaire descente en piqué qui avait p
rovoqué des exclamations
angoissées et des cris d'enthousiasme parmi la foule. Hermione se lev
a en portant ses doigts
croisés à sa bouche tandis que Harry fonçait vers le soi à l
a vitesse d'un boulet.
—Tu as de la chance, Weasley. Potter a dû voir une pièce de mon
naie par terre, dit Malefoy.
Ron bondit comme un ressort. Avant que Malefoy ait eu le temps de compre
ndre ce qui lui
arrivait, Ron l'avait jeté à terre et le maintenait immobilisé.
Neville hésita un instant, puis il
enjamba le dossier de son banc pour lui prêter main-forte.
—Vas-y, Harry ! hurla Hermione en sautant sur place, sans même se
rendre compte que
Malefoy et Ron avaient roulé sous son banc et que Neville était au
x prises avec Crabbe et
Malefoy dans un tourbillon de poings et de pieds.
Harry filait droit sur Rogue qui fit un écart au dernier moment et n'
évita la collision que de
quelques centimètres. Une fraction de seconde plus tard, Harry effect
uait un rétablissement
spectaculaire, le bras levé en signe de triomphe, la main serrée s
ur le Vif d'or.
La foule se mit à hurler d'enthousiasme. C'était sûrement un re
cord. Personne n'avait jamais
vu un joueur attraper le Vif d'or aussi rapidement.
—Ron ! Ron ! Où es-tu ? Le match est fini ! Harry a gagné ! On
a gagné ! Gryffondor prend
la tête du championnat ! hurla Hermione en dansant sur son banc et en
serrant dans ses bras
quiconque se trouvait à sa portée.
Harry sauta de son balai. Il n'arrivait pas à y croire. Il avait ré
ussi. Le match avait à peine
duré cinq minutes. Tandis que les supporters de Gryffondor envahissai
ent le terrain, il vit
Rogue atterrir à proximité, le teint livide, les lèvres serré
es. Harry sentit alors une main se
poser sur son épaule. Il se retourna et vit Dumbledore qui lui souria
it.
—Bien joué, dit-il à voix basse pour que personne d'autre que H
arry ne puisse l'entendre. Je
suis content de voir que tu as chassé ce miroir de ta tête... Tu a
s continué à travailler... C'est
très bien...

De dépit, Rogue cracha sur le sol.
Un peu plus tard, Harry quitta seul les vestiaires et alla ranger son Ni
mbus 2000 dans le
hangar à balais. Jamais il ne s'était senti aussi heureux. Cette f
ois, il avait véritablement
accompli quelque chose dont il pouvait être fier. Plus personne ne po
urrait dire qu'il n'était
qu'un nom célèbre, rien de plus. Il revit dans sa tête les imag
es d'après le match: les
supporters de Gryffondor qui accouraient pour le porter en triomphe, Ron
, le nez
ensanglanté, et Hermione, au loin, qui sautait sur place.
Arrivé devant le hangar à balais, Harry regarda les fenêtres du
château flamboyer dans le
soleil couchant.
Gryffondor était en tête du championnat. Il avait réussi cet ex
ploit. Il avait affronté Rogue. ..
A propos de Rogue...
Harry vit une silhouette encapuchonnée descendre rapidement les march
es du château. De
toute évidence, c'était quelqu'un qui ne voulait pas être vu. L
a silhouette fila en direction de
la Forêt interdite. Harry reconnut sa démarche. C'était Rogue.
Qu'allait-il faire dans la forêt
pendant que tout le monde dînait ?
Harry enfourcha son Nimbus 2000 et décolla. Glissant silencieusement au-dessus du château,
il vit Rogue pénétrer dans la forêt au pas de course et il dé
cida de le suivre.
Les arbres étaient si touffus qu'il ne vit pas quelle direction prena
it Rogue. Il décrivit des
cercles au-dessus de la forêt en volant de plus en plus bas. Lorsqu'i
l fut parvenu à hauteur de
la cime des arbres, il entendit des voix. Il s'orienta alors dans cette
direction et atterrit sans
bruit dans les branches d'un grand hêtre.
Il s'accrocha à l'une des branches, le balai serré contre lui et e
ssaya de regarder à travers le
feuillage.
Au-dessous, il vit Rogue debout dans une clairière. Mais il n'étai
t pas seul. Quirrell était avec
lui. Harry ne parvenait pas à distinguer son visage, mais son béga
iement avait empiré. Harry
tendit l'oreille pour s'efforcer d'entendre ce qu'ils disaient.
—...ne sais pas pour... pourquoi v ... v... vous avez te... tenu à
me v... v.. . voir ici, Severus.
—Il vaut mieux que notre conversation reste confidentielle, répond
it Rogue d'une voix
glaciale. Après tout, les élèves ne sont pas censés connaî
tre l'existence de la Pierre
philosophale.
Harry se pencha en avant. Quirrell marmonnait quelque chose, mais Rogue
l'interrompit.
—Vous avez trouvé comment faire pour passer devant cette bestiole
sans se faire dévorer ?
dit-il.
—M... M... mais, Severus... Je...
—Vous ne voudriez quand même pas que je devienne votre ennemi, Qui
rrell ? lança Rogue en
faisant un pas en avant.

—Je... je... ne comprends pas ce... ce que vous...
—Vous comprenez parfaitement ce que je veux dire.
Un hibou poussa un ululement et Harry faillit tomber de son arbre. Il se
rattrapa de justesse
et parvint à saisir la fin de la phrase suivante:
—... quelques formules magiques dont vous avez le secret. J'attends.
—M... mais... Je... je ne...
—Très bien, l'interrompit Rogue. Nous aurons bientôt une autre
conversation, lorsque vous
aurez eu le temps de réfléchir et de choisir votre camp.
Rogue s'enveloppa dans sa cape et quitta la clairière. Il faisait pre
sque nuit, à présent, mais
Harry distinguait nettement la silhouette de Quirrell qui était resté
immobile au même
endroit, comme pétrifié.

—Harry ! Où étais-tu passé ? s'écria Hermione.
—On a gagné ! Tu as gagné ! On a gagné ! exulta Ron en donna
nt à Harry de grandes tapes
dans le dos. Et moi, j'ai collé un œil au beurre noir à Malefoy et Neville a essayé de s'attaquer
à Crabbe et à Goyle d'une seule main ! Il est toujours dans les po
mmes mais Madame
Pomfresh a dit que ce n'était pas grave. On leur a vraiment montré
quelque chose, aux
Serpentard ! Tout le monde t'attend dans la salle commune, on a fait une
fête, Fred et George
ont réussi à voler des gâteaux et des tas d'autres trucs dans l
a cuisine.
—On verra ça plus tard, dit Harry d'un ton précipité. Allons
dans un endroit tranquille, j'ai
plein de choses à vous dire...
Il se rendirent dans une salle vide et fermèrent la porte derrière
eux. Harry leur raconta alors
ce qu'il avait vu et entendu.
—On avait deviné juste. Il s'agit bien de la Pierre philosophale.
Rogue essaye de la voler et il
veut obliger Quirrell à l'aider. Il y a sûrement d'autres choses q
ui gardent la Pierre en plus
de Touffu. Des tas de sortilèges, probablement, et Quirrell doit conn
aître les formules
magiques pour les neutraliser.
—Ce qui veut dire que pour protéger la Pierre, il faut que Quirrel
l tienne tête à Rogue, dit
Hermione, inquiète.
—Dans ce cas, elle aura bientôt disparu... conclut Ron.

Chapitre 14

Norbert le dragon
Quirrell se montra cependant plus courageux qu'ils ne l'auraient cru. Da
ns les semaines qui
suivirent, il devint encore plus pâle et plus maigre, mais il ne semb
lait pas avoir cédé.
Chaque fois qu'ils passaient devant le couloir interdit du deuxième é
tage, Harry, Ron et
Hermione collaient l'oreille contre la porte pour vérifier que Touffu
était toujours là à
pousser des grognements. Rogue, lui, ne manquait jamais une occasion de
manifester sa
mauvaise humeur habituelle, ce qui signifiait qu'il n'avait pas encore r
éussi à s'emparer de la
Pierre. Lorsque Harry croisait Quirrell, il lui adressait un sourire en
forme d'encouragement
et Ron, de son côté, rappelait à l'ordre quiconque se moquait d
e son bégaiement.
Hermione, pour sa part, avait autre chose en tête que la Pierre philo
sophale. Elle avait
commencé à établir un programme de révisions pour les examen
s de fin d'année et harcelait
Ron et Harry pour qu'ils en fassent autant.
—Hermione, les examens, c'est dans une éternité.
—Dix semaines, répliqua Hermione, ce n'est pas une éternité,
ça correspond à une seconde
pour Nicolas Flamel.
—Nous, on n'a pas six cents ans, lui rappela Ron. D'ailleurs, tu n'as
pas besoin de réviser, tu
sais déjà tout.
—Pas besoin de réviser ? Tu es fou ? Tu te rends compte qu'il faut
absolument réussir ces
examens pour entrer en deuxième année. C'est très important, j'
aurais dû commencer à
réviser il y a un mois.
Malheureusement les professeurs semblaient lui donner raison. Ils avaien
t imposé tellement
de devoirs pour les vacances de Pâques qu'il ne restait plus beaucoup
de temps aux élèves
pour songer à s'amuser. Il était difficile de se détendre quand
Hermione passait son temps à
réciter les douze usages du sang de dragon ou à faire des exercice
s avec sa baguette
magique. Bâillant et maugréant, Harry et Ron passaient la plus grande partie de leur temps
libre dans la bibliothèque avec elle pour essayer d'arriver au bout d
e leur travail.
—Je n'arriverai jamais à me rappeler ce truc, dit un jour Ron.
Il laissa tomber sa plume et regarda avec envie par la fenêtre de la
bibliothèque. C'était la
première belle journée qu'ils avaient eue depuis des mois. Le ciel
était d'un bleu de myosotis
et l'atmosphère avait un parfum d'été.
Harry, qui lisait l'article consacré au « dictame » dans Mille
herbes et champignons
magiques, leva les yeux lorsqu'il entendit Ron s'écrier:
—Hagrid ! Qu'est-ce que vous faites dans la bibliothèque ?
Hagrid apparut, cachant quelque chose derrière son dos. Avec son gros
manteau en poil de
taupe, il paraissait déplacé dans un tel lieu.

—Je suis simplement venu jeter un coup d'œil, dit-il d'une voix qu
i ne paraissait pas très
naturelle. Et vous, qu'est-ce que vous faites ? ajouta-t-il d'un air sou
pçonneux. J'espère que
vous avez cessé de vous intéresser à Nicolas Flamel ?
—Oh, il y a longtemps que nous avons trouvé ce que nous cherchions
, dit Ron d'un ton
assuré. Et nous savons ce que garde ce chien. Il s'agit de la Pierre
philo...
—Chut ! l'interrompit Hagrid en lançant des regards autour de lui
pour voir si quelqu'un
écoutait. Parle moins fort, qu'est-ce qui te prend ?
—Nous voulions justement vous poser quelques petites questions, inter
vint Harry. On se
demandait ce qui a été prévu pour garder la Pierre, en dehors d
e Touffu.
—Chut ! répéta Hagrid. Vous n'avez qu'à venir me voir un peu
plus tard. Je ne vous promets
rien, mais arrêtez de jacasser à ce sujet, les élèves ne son
t pas censés savoir. On va penser
que c'est moi qui vous ai tout raconté.
—Alors, à tout à l'heure, dit Harry.
Hagrid quitta la bibliothèque en traînant ses grands pieds sur le
parquet.
—Qu'est-ce qu'il cachait derrière son dos ? demanda Hermione d'un
air songeur.
—Je vais voir dans quelle section il était, dit Ron.
Il revint quelques instants plus tard avec une pile de livres qu'il lais
sa tomber sur la table.
—Des dragons ! murmura-t-il. Hagrid regardait les bouquins consacré
s aux dragons !
Regardez ça: Les Différentes Espèces de dragons d'Angleterre et
d'Irlande, De l'œuf au
brasier, Le Guide de l'amateur de dragons.
—Hagrid a toujours rêvé d'avoir un dragon, il me l'a dit la pre
mière fois que je l'ai vu,
déclara Harry.
—Mais c'est contraire à nos lois, fit remarquer Ron. L'élevage
des dragons a été interdit par
la Convention des sorciers de 1709, tout le monde sait ça. Comment ve
ux-tu qu'on arrive à
cacher notre existence aux Moldus si on garde un dragon dans son jardin
? En plus, ils sont
impossibles à dresser, c'est très dangereux. Si tu voyais les brû
lures que s'est faites Charlie
avec des dragons sauvages de Roumanie !
—Il n'y a quand même pas de dragons sauvages en Grande-Bretagne ?
demanda Harry.
—Bien sûr que si, il y en a, assura Ron. Tu n'as jamais entendu pa
rler du Vert gallois ou du
Noir des Hébrides ? Le ministère de la Magie fait un sacré trav
ail pour essayer de les cacher,
je peux te le dire. Chaque fois qu'un Moldu en voit un, il faut lui jete
r un sort pour qu'il oublie
tout de suite.
—Je me demande vraiment ce que mijote Hagrid, dit Hermione.

Une heure plus tard, lorsqu'ils allèrent frapper à la porte du gar
de-chasse, ils furent surpris
de voir que tous les rideaux de la cabane étaient tirés.
—Qui est là ? demanda Hagrid avant de les faire entrer et de refer
mer rapidement la porte
derrière eux.
A l'intérieur, il faisait une chaleur étouffante. Bien qu'au-dehor
s la température fût clémente,
un grand feu ronflait dans la cheminée. Hagrid prépara du thé e
t leur proposa des
sandwiches à l'hermine, mais ils les refusèrent.
—Alors, vous vouliez me demander quelque chose ? dit Hagrid.
—Oui, répondit Harry.
Il valait mieux aller droit au but.
—Est-ce que vous pourriez nous dire ce qui garde la Pierre philosopha
le, à part Touffu ?
Hagrid fronça les sourcils.
—Bien sûr que non, je ne peux pas vous le dire. D'abord parce que
je l'ignore. Ensuite parce
que vous en savez déjà trop et donc, même si j'étais au courant, je ne vous dirais rien de plus.
Il y a de bonnes raisons pour que cette Pierre se trouve ici. Elle a fai
lli être volée chez
Gringotts, j'imagine que vous l'aviez déjà compris ? Je me demande
bien comment vous avez
fait pour découvrir l'existence de Touffu.
—Je comprends que vous ne vouliez pas nous le dire, mais ne nous fait
es pas croire que vous
ne le savez pas. Vous savez tout ce qui se passe ici, déclara Hermion
e d'un ton flatteur.
La barbe de Hagrid frémit. Ils virent qu'il souriait.
—Nous voulions simplement savoir qui s'était chargé du disposit
if de protection de la Pierre,
poursuivit Hermione. Nous nous demandions en qui, à part vous, Dumble
dore pouvait avoir
une telle confiance.
En entendant évoquer la confiance de Dumbledore, Hagrid bomba le tors
e.
—Bah, j'imagine qu'il n'y a pas de mal à vous dire ça... Voyons
... il m'a demandé de lui prêter
Touffu. Et certains professeurs se sont chargés des sortilèges...
Le professeur Chourave, le
professeur Flitwick, le professeur McGonagall, dit-il en comptant sur se
s doigts. Le
professeur Quirrell... Et Dumbledore lui-même a fait quelque chose, b
ien sûr. Ah oui, j'allais
l'oublier, le professeur Rogue, aussi.
—Rogue ?
—Oui. Vous ne vous doutiez pas de ça, hein ? Rogue a aidé à
protéger la Pierre, alors, vous
voyez bien qu'il n'a pas l'intention de la voler.
Harry savait que Ron et Hermione pensaient la même chose que lui. Si
Rogue avait participé
à la protection de la Pierre, il lui était sans doute facile de co
nnaître les sortilèges employés

par les autres professeurs pour assurer sa sécurité. Il devait sim
plement ignorer le sortilège
de Quirrell, ainsi que le moyen de passer devant Touffu sans se faire mo
rdre.
—Vous êtes le seul à savoir comment faire pour se protéger d
e Touffu, n'est-ce pas ?
demanda Harry d'un ton fébrile. Et vous ne voulez le dire à personne ? Même pas à un
professeur ?
—Personne ne le sait, à part moi et Dumbledore, répondit Hagrid
avec fierté.
—Voilà enfin quelque chose, marmonna Harry à l'adresse des deux
autres. Hagrid, est-ce
qu'on pourrait ouvrir la fenêtre ? C'est un vrai chaudron, ici.
—Impossible, Harry, désolé.
Harry vit que Hagrid jetait un coup d'œil vers le feu. Il suivit son
regard.
—Hagrid ! Qu'est-ce que c'est que ça ? s'exclama-t-il.
Mais il savait déjà de quoi il s'agissait. Au cœur des flammes,
sous la bouilloire, il y avait un
gros œuf noir.
—Ça ? dit Hagrid en se passant les doigts dans la barbe d'un geste
un peu nerveux. C'est
simplement un...
—Où est-ce que vous l'avez trouvé ? dit Ron en s'accroupissant
devant le feu pour examiner
l'œuf. Vous avez dû le payer une fortune.
—Je l'ai gagné, dit Hagrid. Hier soir. J'étais allé boire un
ou deux verres au village et j'ai
joué aux cartes avec un client de passage. Pour tout vous dire, je cr
ois qu'il n'était pas
mécontent de s'en débarrasser.
—Et qu'est-ce que vous allez en faire quand il aura éclos ? interr
ogea Hermione.
—J'ai lu des choses là-dessus, répondit Hagrid en retirant un g
ros livre de sous son oreiller.
J'ai trouvé ça à la bibliothèque. L'Elevage des dragons pour l'agrément ou le commerce. C'est
un peu daté, bien sûr, mais tout y est. Il faut garder l' œuf d
ans le feu parce que, dans la
nature, c'est leur mère qui leur souffle dessus, vous comprenez ? Et
quand l' œuf a éclos, il
faut donner au petit un seau de cognac mélangé à du sang de poulet toutes les demi-heures.
Regardez, là, ils expliquent comment reconnaître les différents
œufs. Le mien, c'est un
Norvégien à crête. Une espèce rare.
Il semblait ravi, mais Hermione ne l'était pas du tout.
—Hagrid, votre cabane est en bois, fit-elle remarquer.
Hagrid n'écoutait pas, cependant. Il remuait les braises en chantonna
nt.

Ils avaient maintenant un nouveau sujet d'inquiétude: qu'arriverait-i
l à Hagrid si quelqu'un
s'apercevait qu'il abritait dans sa cabane un dragon interdit ?
—Je me demande à quoi ça ressemble, une vie paisible, soupira Ron, accablé par le poids des
devoirs à faire.
Un matin au petit déjeuner, Hedwige, la chouette de Harry, lui apport
a un message signé
Hagrid. Il n'avait écrit que quelques mots: « Il est en train d'é
clore. »
Ron voulut aller voir à l'instant même, mais Hermione l'en dissuad
a.
—On a un cours, ce n'est pas le moment de nous attirer des ennuis. Et
ce ne sera rien
comparé à ceux qu'aura Hagrid quand quelqu'un finira par s'apercev
oir de ce qu'il fait...
—Tais-toi ! l'interrompit Harry.
Malefoy était passé tout près d'eux et s'était arrêté
net pour écouter ce qu'ils disaient.
Qu'avait-il entendu ? Harry n'aimait pas beaucoup l'expression de son vi
sage.
Ils finirent par se mettre d'accord pour aller voir Hagrid pendant la ré
création du matin.
Lorsque la cloche du château sonna la fin du cours, ils se précipi
tèrent tous les trois vers la
cabane où Hagrid les accueillit, tout excité, le teint écarlate
.
—Il est presque sorti, annonça-t-il.
L' œuf était posé sur la table. Il y avait de profondes crevass
es dans la coquille et quelque
chose remuait à l'intérieur avec un drôle de bruit, comme une s
orte de claquement.
Ils s'assirent autour de la table et observèrent l' œuf en retenan
t leur souffle.
Presque aussitôt, il y eut un craquement, la coquille s'ouvrit en deu
x et le bébé dragon
s'avança sur la table d'une démarche pataude. Il n'était pas vr
aiment beau à voir. Harry
trouva qu'il ressemblait à un vieux parapluie noir tout fripé. Ses
ailes hérissées de pointes
étaient énormes, comparées à son corps grêle d'un noir de
jais. Il avait un long museau avec
de grandes narines, des cornes naissantes et de gros yeux orange et glob
uleux.
Le dragon éternua et de petites étincelles jaillirent de son musea
u.
—Il est magnifique, murmura Hagrid.
Il tendit la main pour le caresser, mais le dragon claqua des mâchoir
es en montrant de petits
crocs pointus.
—Le brave petit, il a reconnu sa maman ! s'exclama Hagrid.
—Hagrid, il faut combien de temps pour qu'un Norvégien a crête
atteigne sa taille adulte ?
demanda Hermione.
Mais avant même qu'elle eut terminé sa question, Hagrid se leva d'
un bond et se précipita
vers la fenêtre.

—Qu'est-ce qu'il y a ?
—Quelqu'un regardait entre les rideaux. Un garçon. Il s'est enfui
vers le château.
Harry bondit sur la porte et l'ouvrit pour regarder au-dehors. Même d
e loin, il était
impossible de s'y tromper.
Malefoy avait vu le dragon.

Dans les jours qui suivirent, le sourire qui se dessinait sans cesse sur le visage de Malefoy mit
Harry, Ron et Hermione très mal à l'aise. Tous les trois passaient
la plus grande partie de
leur temps libre dans la cabane de Hagrid pour essayer de le raisonner.
—Relâchez-le dans la nature, le pressait Harry.
—Impossible, répondait Hagrid. Il est trop petit. Il mourrait.
Ils contemplèrent le dragon. En une semaine, sa taille avait triplé
et des volutes de fumée lui
sortaient des naseaux. Hagrid, trop occupé à prendre soin du drago
n, négligeait ses devoirs
de garde-chasse. Le sol était jonché de bouteilles de cognac vides et de plumes de poulet
—J'ai décidé de l'appeler Norbert, dit Hagrid en regardant le d
ragon avec des yeux embués.
Il me connaît bien, maintenant, regardez. Norbert ! Norbert ! Où e
st maman ?
—Il a perdu la boule, murmura Ron à l'oreille de Harry.
—Hagrid, dit Harry à haute voix, dans une quinzaine de jours, Norb
ert sera aussi grand que
la maison. Et Malefoy peut à tout instant avertir Dumbledore.
Hagrid se mordit la lèvre.
—Je... je sais bien que je ne pourrai pas le garder pour toujours, ma
is je ne vais quand même
pas l'abandonner ! Je ne pourrai jamais faire une chose pareille.
Harry se tourna brusquement vers Ron.
—Charlie, dit-il.
—Toi aussi, tu perds la boule, dit Ron. Moi, je m'appelle Ron, tu te
souviens ?
—Je voulais parler de Charlie, ton frère. Celui qui étudie les
dragons en Roumanie. On
pourrait lui envoyer Norbert. Charlie s'occupera de lui et il le relâ
chera dans la nature !
—Excellente idée ! approuva Ron. Qu'est-ce que vous en pensez, Hag
rid ?
Et Hagrid finit par accepter qu'ils envoient un hibou à Charlie pour
lui demander de prendre
en charge le dragon.

Le mercredi soir, Harry et Hermione étaient assis dans la salle commune, bien après que tous
les autres eurent rejoint leur lit. La pendule accrochée au mur venai
t de sonner minuit
lorsque le portrait de la grosse dame pivota. Ron enleva la cape d'invis
ibilité qui le
recouvrait, semblant surgir de nulle part. Il revenait de la cabane où
il avait aidé Hagrid à
nourrir Norbert qui mangeait à présent des kilos de rats morts.
—Il m'a mordu ! s'écria-t-il en leur montrant sa main enveloppé
e d'un mouchoir ensanglanté.
Je vais être incapable de tenir une plume pendant au moins une semain
e. Ce dragon est la
créature la plus effroyable que j'aie jamais rencontrée, mais Hagr
id en parle comme si c'était
un gentil petit lapin. Quand il m'a mordu, il a dit que c'était ma fa
ute, que je lui avais fait
peur. Et quand je suis parti, il lui chantait une berceuse.
Il y eut un bruit contre le carreau de la fenêtre.
—C'est Hedwige ! dit Harry en se précipitant pour la faire entrer.
Elle doit apporter la
réponse de Charlie !
Ils se penchèrent tous les trois sur la lettre et la lurent en mêm
e temps:

Cher Ron,
Comment vas-tu ? Merci pour ta lettre. Je serais ravi de m'occuper du No
rvégien à crête,
mais ce ne sera pas facile de l'amener jusqu'ici. Le mieux, c'est de le
confier à des amis à moi
qui doivent venir me voir la semaine prochaine. Mais il ne faut pas qu'i
ls se fassent prendre à
transporter un dragon.
Pourriez-vous amener le dragon au sommet de la plus haute tour du châ
teau samedi à
minuit ? Mes amis vous retrouveront à cet endroit et profiteront de l
'obscurité pour emporter
le dragon.
Envoie-moi ta réponse le plus vite possible.
Bises,
Charlie

Ils échangèrent un regard.
—Avec la cape d'invisibilité, ça ne devrait pas être trop di
fficile, dit Harry. La cape est
suffisamment grande pour qu'on puisse y tenir à deux avec Norbert en
plus.
Pour une fois, les deux autres approuvèrent sans discussion. L'essent
iel, c'était de se
débarrasser du dragon—et de Malefoy.

Mais il y eut bientôt un nouvel ennui. Le lendemain matin, la main de
Ron, celle que Norbert
avait mordue, avait doublé de volume. Il hésitait à aller voir
Madame Pomfresh: allait-elle
s'apercevoir qu'il s'agissait d'une morsure de dragon ? Mais dans l'aprè
s-midi, il n'eut plus le
choix. La blessure avait pris une horrible couleur verte. Norbert éta
it sans doute un dragon
venimeux,
A la fin de la journée, Harry et Hermione se précipitèrent à
l'infirmerie où Ron, en piteux
état, était au lit.
—J'ai l'impression que ma main est sur le point de tomber, murmura-t-
il. Mais il y a encore
autre chose. Malefoy a dit à Madame Pomfresh qu'il voulait m'emprunter un livre, ce qui lui a
permis de venir se moquer de moi. Il m'a menacé de révéler à
Madame Pomfresh qui m'avait
mordu. Moi, je lui ai dit que c'était un chien, mais je crois qu'elle
ne m'a pas cru.
Harry et Hermione essayèrent de le calmer.
—Tout sera terminé samedi à minuit, promit Hermione.
Mais Ron n'en fut pas le moins du monde apaisé. Il se redressa brusqu
ement dans son lit, le
visage en sueur.
—Samedi à minuit ! Oh, non ! Oh, non ! Je, viens de me souvenir. J
'ai laissé la lettre de
Charlie dans le livre que Malefoy a emporté ! Il va savoir qu'on essa
ye de se débarrasser de
Norbert.
Harry et Hermione n'eurent pas le temps d'ajouter quoi que ce soit. Au même moment,
Madame Pomfresh vint leur dire qu'il était temps de laisser Ron tranq
uille. Il avait besoin de
dormir.

—Il est trop tard pour changer de programme, dit Harry à Hermione.
Nous n'avons plus le
temps d'envoyer un autre hibou à Charlie et c'est sans doute notre se
ule chance de nous
débarrasser de Norbert. Il faut prendre le risque. Nous avons la chan
ce d'avoir la cape
d'invisibilité et ça, Malefoy ne le sait pas.
Lorsqu'ils allèrent voir Hagrid ce soir-là, Crockdur le molosse é
tait assis devant la cabane
avec un pansement autour de la queue. Hagrid ouvrit une fenêtre.
—Je ne vous fais pas entrer, souffla-t-il. Norbert est à l'âge
où il a besoin de jouer. Mais,
rassurez-vous, j'ai la situation bien en mains.
Lorsqu'ils lui annoncèrent ce que Charlie avait prévu, ses yeux se
remplirent de larmes. Mais
c'était peut-être parce que Norbert venait de lui mordre la jambe.

—Aïe ! Ce n'est pas grave, il a simplement mordu ma botte. C'est p
our jouer. Après tout, c'est
encore un bébé.
Et le bébé donna un grand coup de queue contre le mur en faisant t
rembler les vitres.
Lorsqu'ils retournèrent au château, Hermione et Harry avaient hâte d'être à samedi.

S'ils n'avaient pas été si inquiets pour la suite des événem
ents, ils auraient eu le cœur serré en
voyant Hagrid se séparer de Norbert. La nuit était sombre, le ciel
rempli de nuages. Quand
ils arrivèrent devant la cabane, Hagrid était prêt. Il avait en
fermé le dragon dans une grande
boîte.
—Je lui ai donné des rats et du cognac pour le voyage, dit-il d'un
e voix étouffée. Et je lui ai
laissé son ours en peluche pour qu'il ne se sente pas trop seul.
Un bruit de déchirure à l'intérieur de la boite indiqua que l'o
urs en peluche venait sans doute
de perdre la tête.
—Au revoir, Norbert, sanglota Hagrid tandis que Harry et Hermione rec
ouvraient la boite
avec la cape d'invisibilité, puis se glissaient au-dessous. Maman ne
t'oubliera jamais !
Minuit approchait lorsque Harry et Hermione, chargés de leur fardeau,
arrivèrent dans le
couloir situé au pied de la tour la plus haute.
Un brusque mouvement, un peu plus loin, manqua de leur faire lâcher l
a boîte à dragon.
Oubliant qu'ils étaient déjà invisibles, ils se rencognèrent dans la pénombre, les yeux fixés sur
deux silhouettes qui semblaient se débattre à quelques mètres d
evant eux. Une lampe
s'alluma.
Le professeur McGonagall, vêtue d'une robe de chambre écossaise, l
es cheveux dans un filet,
tenait Malefoy par l'oreille.
—Vous aurez une retenue ! s'écria-t-elle. Et j'enlève vingt poi
nts à Serpentard. Se promener
dans le château au milieu de la nuit, comment osez-vous ?
—Vous ne comprenez pas, professeur. Harry Potter va arriver avec un d
ragon ! se défendit
Malefoy.
—Qu'est-ce que c'est que ces bêtises ? Comment pouvez-vous avoir l
'audace de proférer de
tels mensonges ? Venez, il va falloir que je parle de vous au professeur
Rogue, Malefoy !
Après avoir assisté à ce spectacle, rien ne parut plus facile à Harry et à Hermione que de
monter l'escalier en colimaçon qui menait au sommet de la tour. Lorsq
u'ils sortirent sur le
balcon, dans l'air frais de la nuit, ils ôtèrent la cape pour resp
irer enfin à pleins poumons.
Hermione esquissa quelques pas de danse.
—Malefoy en retenue ! Il y a de quoi hurler de joie !
—Il vaudrait mieux éviter, conseilla Harry.
Il se contentèrent donc de pouffer en silence tandis que Norbert s'ag
itait dans sa boite pour
essayer de s'échapper. Une dizaine de minutes plus lard, quatre balai
s surgirent de
l'obscurité et descendirent en piqué vers le sommet de la tour. Le
s quatre amis de Charlie
avaient fabriqué un harnais accroché entre leurs balais pour pouvo
ir transporter Norbert.

Tout le monde s'y mit pour attacher soigneusement le dragon, puis Harry
et Hermione
échangèrent des poignées de main avec les autres en les remerci
ant chaleureusement.
Hermione et Harry virent bientôt la boite à dragon s'éloigner dans le ciel puis disparaître au
loin. Le cœur léger et les bras libres, ils redescendirent l'escal
ier. Ils étaient débarrassés du
dragon, Malefoy avait récolté une punition, plus rien ne pouvait g
âcher leur bonheur.
Sauf peut-être la silhouette de Rusard qui les attendait au bas des m
arches.
—Je crois bien que nous allons avoir des ennuis, jeunes gens, murmura
-t-il.
Ils se rendirent compte alors qu'ils avaient oublié la cape d'invisib
ilité au sommet de la tour.

Chapitre 15
La forêt interdite
Les choses n'auraient pas pu tourner plus mal.
Rusard les conduisit dans le bureau du professeur McGonagall où ils s
'assirent en silence.
Hermione tremblait. Harry tournait et retournait dans sa tête toutes
les excuses qu'il pouvait
trouver pour justifier leur conduite, mais aucune ne paraissait convainc
ante. Ils étaient pris
au piège. Comment avaient-ils pu être assez stupides pour oublier la cape ? Aucune excuse au
monde ne pourrait justifier aux yeux du professeur McGonagall qu'ils se
promènent ainsi au
milieu de la nuit et surtout pas dans la plus haute tour d'astronomie qu
i était réservée aux
cours. Si l'on ajoutait Norbert et la cape d'invisibilité, ils pouvai
ent tout aussi bien faire leur
valise dès maintenant.
Pour comble de malheur, lorsque le professeur McGonagall réapparut, e
lle tenait Neville par
le bras.
—Harry ! s'écria Neville. Je t'ai cherché pour te prévenir,
j'ai entendu Malefoy dire qu'il
allait te coincer, il a dit que tu avais un drag...
Harry fit un signe de tête frénétique pour inte rrompre Neville, mais le professeur McGonagall
l'avait vu. Elle semblait dans un tel état de fureur qu'elle aurait p
u cracher le feu beaucoup
mieux que Norbert.
—Je n'aurais jamais cru ça de vous. Mr Rusard m'a dit que vous é
tiez au sommet de la tour
d'astronomie. Or, il est une heure du matin. J'exige des explications !
Pour la première fois, Hermione fut incapable de répondre à la
question d'un professeur. Elle
restait immobile comme une statue, les yeux fixés sur le bout de ses
chaussons,
—J'ai une petite idée sur ce qui s'est passé, reprit le profess
eur McGonagall. Il n'est pas
nécessaire d'être un génie pour le comprendre. Vous avez racont
é à Drago Malefoy une
histoire à dormir debout au sujet d'un prétendu dragon pour l'atti
rer hors de son lit et lui

créer des ennuis. Je l'ai déjà pris sur le fait. Et vous devez
être très contents que Neville
Londubat ait également cru à votre histoire ?
Harry croisa le regard de Neville et essaya de lui faire comprendre que
ce n'était pas vrai. Il
avait en effet remarqué son expression stupéfaite et peinée. Pa
uvre Neville ! Harry savait ce
qu'il avait dû lui en coûter de partir à leur recherche dans l'
obscurité du château pour les
prévenir.
—Je suis outrée, dit le professeur McGonagall. Quatre élèves
qui se promènent dans les
couloirs la même nuit ! Je n'ai jamais vu une chose pareille. Miss Gr
anger, je pensais que
vous étiez plus raisonnable. Quant à vous, Mr Potter, je croyais q
ue vous attachiez plus de
prix au prestige de Gryffondor. Vous serez tous les trois en retenue et,
croyez-moi, vous aurez
du travail à faire ! Oui, oui, vous aussi, Mr Londubat, rien ne vous
autorise à errer dans les
couloirs en pleine nuit, encore moins en cette période, c'est extrê
mement dangereux et
j'enlève cinquante points à Gryffondor.
—Cinquante ? s'exclama Harry, suffoqué.
Ils perdaient du même coup la tête du championnat qu'ils avaient g
agnée lors du dernier
match de Quidditch.
—Cinquante points chacun ! précisa le professeur McGonagall.
—Professeur, s'il vous plaît...
—Vous ne pouvez pas...
—Ce n'est pas à vous de me dire ce que je peux faire ou pas, Potte
r. Et maintenant, retournez
vous coucher tous les trois. Jamais des élèves de Gryffondor ne m'
ont fait autant honte.
Cent cinquante points perdus ! Gryffondor était relégué à la dernière place du championnat.
En une seule nuit, ils lui avaient fait perdre toute chance de remporter
la coupe des Quatre
Maisons. Comment pourraient-ils jamais rattraper un tel handicap ?
Harry ne dormit pas de la nuit. Il entendit Neville sangloter dans son o
reiller des heures
entières. Il ne savait pas quoi dire pour le consoler. Tout comme lui
, Neville redoutait l'aube.
Qu'arriverait-il lorsque les autres élèves de Gryffondor apprendra
ient ce qui s'était passé ?
Le lendemain, quand les élèves de Gryffondor passèrent devant l
es sabliers géants qui
comptabilisaient les points de chaque maison, ils crurent d'abord à u
ne erreur. Comment
auraient-ils pu perdre cent cinquante points en une nuit ? L'histoire co
mmença alors à se
répandre: c'était Harry Potter, le célèbre Harry Potter, le
héros des deux derniers matches de
Quidditch, qui leur avait fait perdre tous ces points, lui et deux autre
s idiots de première
année.
Harry qui avait été le plus populaire, le plus admiré des él
èves de l'école devint brusquement
celui qu'on détestait le plus. Même les Serdaigle et les Poufsouff
le s'en prenaient à lui, car ils
avaient tous espéré que les Serpentard perdraient la coupe. Partou
t où Harry apparaissait,
on le montrait du doigt, on l'insultait à haute voix. Les Serpentard,
en revanche,
applaudissaient et l'acclamaient chaque fois qu'ils le voyaient passer.

—Merci pour le coup de main, Potter !
Il n'y avait que Ron pour lui rester fidèle.
—Ils auront oublié tout ça dans quelques semaines, assura-t-il. Fred et George ont fait perdre
des quantités de points à Gryffondor pendant tout le temps qu'ils ont passé ici et tout le monde
les aime bien quand même.
—Ils n'ont jamais fait perdre cent cinquante points d'un coup, j'imag
ine ? dit Harry d'un air
malheureux.
—Non, c'est vrai, admit Ron.
Il était un peu tard pour réparer les dégâts, mais Harry se
jura désormais de ne plus se mêler
de ce qui ne le regardait pas, Il se sentait si honteux qu'il proposa à
Dubois de démissionner
de l'équipe de Quidditch.
—Démissionner ? tonna Dubois. Et ça nous servira à quoi ? Co
mment on va faire pour
regagner des points si on ne peut plus gagner les matches ?
Mais même le Quidditch avait cessé de l'amuser. Les autres joueurs
refusaient d'adresser la
parole à Harry pendant les séances d'entraînement et quand ils
avaient besoin de parler de
lui, ils le désignaient sous le nom d'attrapeur.
Hermione et Neville souffraient, eux aussi. Ils n'avaient pas à subir
autant d'avanies, car ils
n'étaient pas aussi connus, mais personne ne leur parlait non plus. H
ermione était devenue
discrète en classe, gardant la tête baissée et travaillant en s
ilence.
Harry était presque content que la période des examens approche. T
outes les révisions qu'il
avait à faire lui occupaient suffisamment l'esprit pour qu'il n'ait p
lus le temps de penser à ses
malheurs.
Une semaine avant les examens, cependant, la promesse que Harry s'éta
it faite de ne plus se
mêler de ce qui ne le regardait pas fut mise à l'épreuve. Un ap
rès-midi, alors qu'il revenait de
la bibliothèque, il entendit un gémissement qui provenait d'une sa
lle de classe, un peu plus
loin. Il reconnut bientôt la voix de Quirrell.
—Non, non, ne recommencez pas... s'il vous plaît... implorait-il.
On aurait dit que quelqu'un le menaçait. Harry s'approcha.
—D'accord, d'accord, sanglota Quirrell.
Un instant plus tard, il sortit en hâte de la salle en redressant son
turban. Il avait le teint pâle
et semblait sur le point de fondre en larmes . Il s'éloigna à grands pas et disparut. Harry
attendit que le bruit de ses pas se soit évanoui, puis il regarda à
l'intérieur de la salle de
classe. Elle était vide, mais il y avait de l'autre côté une de
uxième porte qui était entrouverte
et il s'avança dans cette direction. Il avait déjà parcouru la
moitié du chemin lorsque, se
souvenant de sa promesse, il se ravisa.

De toute façon, il était prêt à parier une douzaine de Pierr
es philosophales que c'était Rogue
qui était parti par là. Et d'après ce qu'il venait d'entendre,
Quirrell avait fini par céder à ses
menaces. Harry retourna aussitôt à la bibliothèque et raconta à
Ron et à Hermione ce qu'il
avait entendu.
—Alors, Rogue a fini par y arriver ! soupira Ron. Si Quirrell lui a r
évélé comment neutraliser
son sortilège...
—Il reste Touffu, fit remarquer Hermione.
—Peut-être que Rogue a trouvé le moyen de passer devant lui san
s avoir eu besoin de le
demander à Hagrid, dit Ron en jetant un coup d'œil aux milliers de
livres qui les entouraient.
J'imagine qu'il doit bien y avoir un bouquin qui indique comment s'y pre
ndre avec un chien
géant à trois têtes. Qu'est-ce qu'on fait, Harry ?
La lueur de l'aventure brillait à nouveau dans le regard de Ron, mais
Hermione répondu
avant Harry:
—Il faut aller voir Dumbledore, dit-elle. C'est ce qu'on aurait dû
faire depuis le début. Si on
tente quelque chose nous-mêmes, on va se faire renvoyer, c'est sûr
.
—Mais on n'a aucune preuve, répondit Harry. Quirrell a bien trop p
eur pour confirmer ce
qu'on dira. Rogue se contentera de prétendre qu'il ignore comment le
troll est entré le jour de
Halloween et qu'il ne s'est pas rendu au deuxième étage. Et qui es
t-ce qu'on va croire ? Lui
ou nous ? Tout le monde sait qu'on le déteste. Dumbledore pensera que
nous avons inventé
toute l'histoire pour essayer de le faire renvoyer. Rusard ne nous aider
ait pour rien au
monde, même si sa vie en dépendait. Il est bien trop ami avec Rogu
e et, à ses yeux, plus il y a
d'élèves qui se font renvoyer, mieux c'est. En plus on n'est pas c
ensés connaître l'existence de
la Pierre, ni celle de Touffu.
Hermione sembla convaincue, mais pas Ron.
—Et si on se contentait de fouiner un peu ? proposa-t-il.
—Non, répliqua Harry. On a suffisamment fouiné comme ça.
Il tira vers lui une carte de Jupiter et commença à apprendre les
noms de ses satellites.

Le lendemain matin, les retenues furent signifiées officiellement à
Harry, Hermione et Neville
pendant le petit déjeuner. Le mot qu'on leur distribua était le mê
me:

Votre retenue commencera ce soir à onze heures.
Rendez-vous avec Mr Rusard dans le hall d'entrée.
Prof. M. McGonagall

Dans l'agitation qu'avait provoquée la perte de leurs points, Harry a
vait oublié qu'ils avaient
toujours des retenues à faire. Il s'attendait à ce qu'Hermione se
plaigne en disant que c'était
une soirée de perdue pour les révisions, mais elle ne prononça
pas un mot. Tout comme
Harry, elle estimait qu'ils avaient eu ce qu'ils méritaient. A onze h
eures, ce soir-là, ils dirent
au revoir à Ron dans la salle commune et descendirent dans le hall d'
entrée avec Neville.
Rusard était déjà là, ainsi que Malefoy. Lui aussi était
puni, Harry avait fini par l'oublier.
—Suivez-moi, dit Rusard en les conduisant au-dehors, une lampe à l
a main. Alors, vous y
repenserez à deux fois, maintenant, avant de violer les règlements
de l'école ? lança-t-il d'un
ton narquois. Travailler dur et souffrir, c'est comme ça qu'on appren
d le mieux, vous pouvez
me croire. C'est dommage que les anciennes punitions n'aient plus cours,
En ce temps-là, on
vous suspendait au plafond par les poignets pendant quelques jours, j'ai toujours les chaînes
dans mon bureau. Je les entretiens soigneusement au cas où on s'en se
rvirait à nouveau.
Allez, on y va.
Rusard leur fit traverser le parc. Harry se demanda en quoi allait consi
ster leur punition.
C'était sans doute quelque chose de redoutable pour que Rusard ait l'
air aussi réjoui.
La lune brillait, mais les nuages qui la masquaient par moments les plon
geaient dans
l'obscurité. Plus loin, on apercevait les fenêtres allumées de
la cabane de Hagrid. Ils
entendirent alors une voix crier:
—C'est vous Rusard ? Dépêchez-vous, j'ai hâte de commencer,
Harry se sentit soudain un peu plus léger. Si leur punition consistai
t à travailler avec Hagrid,
ce serait moins difficile que prévu. Le soulagement avait dû appar
aître sur son visage, car
Rusard s'empressa de le décevoir.
—Vous vous imaginez peut-être que vous allez passer un peu de bon
temps avec ce fainéant ?
Détrompez-vous, jeunes gens. C'est dans la Forêt interdite que vou
s allez et ça m'étonnerait
que vous soyez encore entiers quand vous en ressortirez.
Neville était un gémissement et Malefoy s'arrêta net.
—La forêt ? dit-il d'un ton qui avait perdu sa morgue habituelle.
On ne va quand même pas y
aller en pleine nuit ! Il y a des tas de bestioles, là-dedans, mêm
e des loups-garous d'après ce
qu'on m'a dit.
Harry sentit la main de Neville lui serrer le bras.
—Il fallait penser aux loups-garous avant de faire des bêtises.
Hagrid surgit de l'obscurité, Crockdur sur ses talons. Il avait à
la main une grande arbalète
et un carquois rempli de flèches en bandoulière.
—C'est pas trop tôt, dit-il. Ça fait une demi-heure que j'atten
ds. Ça va, Harry, Hermione ?

—A votre place, je ne serais pas trop aimable avec eux, dit Rusard av
ec froideur. Ils sont ici
pour être punis.
—C'est pour ça que vous êtes en retard ? répliqua Hagrid en
regardant Rusard d'un air
mauvais. Vous leur avez fait la leçon, hein ? C'est pas dans vos attr
ibutions. Vous avez fait
votre part, à partir d'ici, c'est moi qui m'en occupe.
—Je reviendrai à l'aube, dit Rusard, pour récupérer ce qui r
estera d'eux.
Et il retourna vers le château, éclairé par sa lampe qui se bal
ançait dans l'obscurité.
Malefoy se tourna vers Hagrid.
—Je refuse d'aller dans cette forêt, dit-il.
Harry fut enchanté d'entendre le tremblement de sa voix qui trahissai
t sa panique.
—Il faudra bien y aller si tu veux rester à Poudlard, répliqua
Hagrid d'un ton féroce. Tu as
fait des idioties, il faut payer, maintenant.
—Il n'y a que les domestiques qui vont dans la forêt, pas les é
lèves, protesta Malefoy. Je
croyais qu'on allait nous faire copier des lignes, ou quelque chose dans
ce goût-là. Si mon
père apprenait qu'on m'oblige à...
—C'est comme ça que ça se passe, à Poudlard, coupa Hagrid. Copier des lignes, et puis quoi
encore ? A quoi c'est bon ? Ou bien tu fais quelque chose d'utile, ou bi
en tu es renvoyé. Si tu
penses que ton père préfère que tu t'en ailles, tu n'as qu'à
retourner au château et préparer ta
valise. Allez, vas-y !
Malefoy ne bougea pas. Il lança à Hagrid un regard furieux, puis i
l baissa les yeux.
—Très bien, dit Hagrid, et maintenant écoutez-moi bien, tous le
s quatre, parce que c'est
dangereux ce que nous allons faire cette nuit. Je ne veux pas que vous p
reniez des risques.
Suivez-moi par là.
Il les amena à la lisière de la forêt, leva sa lampe et montra
un étroit sentier qui serpentait
parmi les gros arbres noirs. Une petite brise agitait leurs cheveux tand
is qu'ils contemplaient
la forêt.
—Regardez, dit Hagrid, vous voyez cette chose argentée qui brille
par terre ? C'est du sang
de licorne. Il y a dans les environs une licorne qui a été graveme
nt blessée par je ne sais quoi.
C'est la deuxième fois cette semaine. J'en ai trouvé une morte mer
credi dernier. On va
essayer de retrouver cette malheureuse bestiole. Il faudra peut-être
mettre fin à ses
souffrances.
—Et qu'est-ce qui se passe si le je-ne-sais-quoi qui a blessé la l
icorne nous trouve avant ?
demanda Malefoy sans parvenir à dissimuler la terreur qui altérait
sa voix.
—Tant que tu seras avec moi et Crockdur, rien de ce qui vit dans cett
e forêt ne pourra te faire
de mal, assura Hagrid. Ne vous écartez pas du chemin. Nous allons tou
t de suite nous séparer

en deux groupes et suivre les traces dans des directions différentes. Il y a du sang partout, elle
a dû errer dans tous les sens depuis la nuit dernière.
—Je veux Crockdur avec moi, dit précipitamment Malefoy en regardan
t les longues dents du
chien.
—D'accord, mais je te préviens, c'est un trouillard, dit Hagrid. A
lors, Harry, Hermione et
moi, on va d'un côté, Drago, Neville et Crockdur de l'autre. Si l'
un de nous trouve la licorne,
il envoie des étincelles vertes, d'accord ? Sortez vos baguettes magi
ques et entraînez-vous dès
maintenant. Voilà, très bien. Et si quelqu'un a des ennuis, il env
oie des étincelles rouges pour
que les autres viennent à son secours. Allons-y, maintenant, et faite
s bien attention.
La forêt était noire et silencieuse. Un peu plus loin, ils atteign
irent une bifurcation. Hagrid,
Harry et Hermione prirent le chemin de gauche, Malefoy, Neville et Crock
dur celui de droite.
Ils avancèrent sans bruit, les yeux rivés au sol. De temps à au
tre, un rayon de lune traversait
les feuillages et faisait briller une tache de sang argenté sur les f
euilles mortes.
Harry remarqua que Hagrid avait l'air inquiet.
—Est-ce qu'un loup-garou pourrait tuer une licorne ? demanda Harry.
—Il ne serait pas assez rapide. Les licornes ne sont pas faciles à
attraper, ce sont des
créatures qui ont des pouvoirs magiques très puissants. Avant ç
a, je n'avais jamais entendu
dire qu'on puisse blesser une licorne.
Ils passèrent devant une souche d'arbre couverte de mousse. Harry ent
endit un bruit d'eau. Il
devait y avoir un ruisseau à proximité. Il y avait toujours des ta
ches de sang de licorne le
long du chemin.
—Ça va, Hermione ? murmura Hagrid. Ne t'inquiète pas, si elle e
st gravement blessée, elle
n'a pas pu aller bien loin et nous arriverons à... VITE ! CACHEZ-VOUS
DERRIÈRE CET
ARBRE !
Hagrid attrapa Harry et Hermione et les souleva de terre pour les cacher
derrière un grand
chêne, à l'écart du chemin. Il saisit une flèche dans son ca
rquois, l'ajusta sur son arbalète
qu'il leva, prêt à tirer. Tous trois tendirent l'oreille. Quelque
chose rampait sur des feuilles
mortes. On aurait dit le bas d'une cape qui traînait sur le sol. Hagr
id scruta le sentier, mais
quelques instants plus tard, le bruit s'était évanoui.
—J'en étais sûr, murmura-t-il. Il y a dans cette forêt quelq
ue chose qui ne devrait pas y être.
—Un loup-garou ? risqua Harry.
—Ça, ce n'était ni un loup-garou, ni une licorne , dit sombrement Hagrid. Bon, suivez-moi,
mais faites bien attention.
Ils avancèrent plus lentement, guettant le moindre bruit.
Soudain, dans une clairière, un peu plus loin, quelque chose bougea nettement.

—Qui est là ? lança Hagrid. Montrez-vous ! Je suis armé !
Dans la clairière apparut alors... était-ce un homme, était-ce
un cheval ? Jusqu'à la taille,
c'était un homme, mais au-dessous, c'était un cheval, couleur nois
ette, avec une longue queue
aux reflets rougeâtres. Harry et Hermione restèrent bouche bée.

—Ah, c'est toi, Ronan, dit Hagrid, soulagé. Comment ça va ?
Il s'avança et serra la main du centaure.
—Salut à toi, Hagrid, répondit Ronan d'une voix grave et triste
. Tu t'apprêtais à me tirer
dessus ?
—On n'est jamais trop prudent, dit Hagrid en tapotant son arbalète
. Il y a quelque chose qui
se promène dans cette forêt et qui fait du dégât. Au fait, j
e te présente Harry Potter et
Hermione Granger. Des élèves de l'école. Ronan est un centaure,
ajouta-t-il à l'adresse de
Harry et d'Hermione.
—On avait remarqué, dit Hermione d'une petite voix.
—Bonsoir, dit Ronan. Vous êtes des élèves de l'école ? Et
vous apprenez beaucoup de
choses ?
—Un peu, répondit timidement Hermione,
—Un peu, c'est déjà pas mal, soupira le centaure.
Il leva la tête et regarda le ciel.
—On voit bien Mars, ce soir, remarqua-t-il,
—Oui, dit Hagrid en regardant à son tour. Je suis content qu'on so
it tombés sur toi, Ronan. Il
y a une licorne qui a été blessée. Tu as vu quelque chose ?
Ronan ne répondit pas tout de suite. Il garda les yeux levés vers
le ciel, puis soupira à
nouveau.
—Les innocents sont toujours les premières victimes, dit-il. Il en
a toujours été ainsi, il en
sera toujours de même.
—Oui, dit Hagrid. Mais est-ce que tu as vu quelque chose, Ronan ? Que
lque chose
d'inhabituel ?
—On voit bien Mars, ce soir, répéta Ronan. Il est beaucoup plus
brillant que d'habitude.
—Je te demandais si tu avais vu quelque chose plus près d'ici, dit
Hagrid avec impatience.
Alors ?
—Les forêts sont pleines de secrets, déclara Ronan.

Hagrid leva à nouveau son arbalète en entendant un bruit derriè
re eux, mais c'était un autre
centaure aux cheveux noirs qui avait l'air plus sauvage que Ronan.
—Salut, Bane, dit Hagrid. Ça va ? Justement, je demandais à Ron
an s'il n'avait rien vu
d'inhabituel, ces temps derniers. Une licorne a été blessée. Tu
sais quelque chose à ce sujet ?
L'autre centaure leva la tête vers le ciel.
—On voit bien Mars, ce soir, dit-il.
—On sait, on sait, grommela Hagrid. Bon, écoutez, si vous remarque
z quelque chose, tous les
deux, dites-le-moi, d'accord ?
Il s'éloigna ensuite de la clairière, suivi de Harry et d'Hermione
.
—Avec les centaures, impossible d'obtenir une réponse claire, dit
Hagrid. Ils passent leur
temps à regarder les étoiles. Rien ne les intéresse si ça ne
se passe pas au moins sur la lune.
—Il y en a beaucoup, ici ? demanda Hermione.
—Oh, pas mal, oui. Ils restent entre eux, le plus souvent, mais ils v
iennent me voir de temps
en temps. Ils savent beaucoup de choses. L'ennui, c'est qu'ils ne sont p
as très bavards.
—Vous croyez que c'était un centaure qu'on a entendu, tout à l'
heure ? demanda Harry.
—Non, ça ne ressemblait pas à des bruits de sabots. Je suis sû
r que c'était ce qui a tué la
licorne. Je n'avais jamais entendu ça auparavant.
Ils s'enfoncèrent un peu plus dans l'épaisse forêt, Harry avait
le sentiment désagréable qu'on
les observait et il n'était pas fâché que Hagrid soit armé.
Soudain, Hermione agrippa le bras
de Hagrid.
—Regardez ! s'écria-t-elle. Des étincelles rouges ! Les autres
ont des ennuis.
—Attendez-moi ici, vous deux, dit Hagrid. Ne vous éloignez pas du
sentier. Je viendrai vous
rechercher.
Ils l'entendirent s'enfoncer dans les sous-bois en échangeant un rega
rd terrifié.
—Tu crois qu'ils sont blessés ? murmura Hermione.
—Si c'est Malefoy, ça m'est égal, mais s'il est arrivé quelq
ue chose à Neville... C'est à cause
de nous qu'il est ici.
Les minutes passèrent, interminables. Leur ouïe s'affinait, Harry
percevait chaque souffle de
vent, chaque craquement de brindille. Que se passait-il ? Où étaie
nt les autres ? Enfin, des
bruits de pas sonores annoncèrent le retour de Hagrid. Malefoy, Nevil
le et Crockdur étaient
avec lui. Hagrid fulminait. D'après ce que Harry et Hermione comprire
nt, Malefoy s'était
approché sans bruit de Neville et l'avait saisi par-derrière pour
lui faire une farce. Neville
avait alors paniqué et envoyé les étincelles.

—On aura de la chance si on attrape quelque chose, avec tout le raffu
t que vous avez fait. On
va changer les groupes. Neville, tu restes avec moi et Hermione. Toi, Ha
rry, tu vas avec
Crockdur et cet imbécile. Je suis désolé, souffla-t-il à Har
ry, mais toi, au moins, il n'arrivera
pas à te faire peur.
Harry partit donc en compagnie de Malefoy et de Crockdur. Ils marchèr
ent pendant plus
d'une demi-heure. La forêt était de plus en plus épaisse à m
esure qu'ils avançaient et le
sentier devint presque impraticable. Harry avait l'impression que les ta
ches de sang étaient
plus abondantes. Il en vit sur les racines d'un arbre, comme si la malhe
ureuse créature s'était
débattue, folle de douleur. A travers le feuillage d'un vieux chên
e, Harry aperçut une
clairière. Il fit signe à Malefoy de s'arrêter. Il y avait quel
que chose d'un blanc brillant sur le
sol. Ils s'approchèrent prudemment.
C'était bien la licorne. Elle était morte. Harry n'avait jamais ri
en vu d'aussi beau et d'aussi
triste. Ses longues jambes minces s'étaient repliées dans sa chute
et sa crinière étalée formait
une tache gris perle sur les feuilles sombres.
Harry s'avançait vers elle lorsqu'un bruissement le figea sur place. Au bord de la clairière, un
buisson frémit. Puis une silhouette encapuchonnée sortit de l'ombr
e et rampa sur le sol,
comme une bête traquant un gibier. Harry, Malefoy et Crockdur étai
ent pétrifiés. La
silhouette s'arrêta devant le cadavre de la licorne, pencha la têt
e sur le flanc déchire de
l'animal et commença à boire son sang.
—AAAAAAAAAAAAAAAAARGH !
Malefoy laissa échapper un terrible hurlement et prit aussitôt la
fuite, suivi de Crockdur. La
silhouette au capuchon leva la tête et regarda Harry. Du sang de lico
rne lui coulait sur la
poitrine. La silhouette se releva d'un bond et se précipita vers lui. Paralysé par la peur, Harry
fut incapable de bouger.
Une douleur foudroyante lui traversa alors la tête, une douleur comme
il n'en avait encore
jamais ressenti. C'était comme si sa cicatrice avait soudain pris feu
. A moitié aveuglé, il
recula en titubant. Au même moment, il entendit des bruits de sabots
qui galopaient derrière
lui, puis quelque chose lui sauta par-dessus et fonça vers la silhoue
tte.
La douleur de Harry était si intense qu'il tomba à genoux. Il dut
attendre un bon moment
avant qu'elle ne s'atténue. Lorsqu'il releva la tête, la silhouett
e avait disparu et un centaure se
tenait devant lui. Ce n'était ni Ronan, ni Bane. Celui-ci paraissait
plus jeune; il avait des
cheveux blonds et un corps de couleur claire.
—Ça va ? demanda le centaure en aidant Harry à se relever.
—Oui, merci. Qu'est-ce que c'était ?
Le centaure ne répondit pas. Il avait des yeux d'un bleu surprenant,
comme des saphirs
délavés. Il observa attentivement Harry et son regard s'attarda su
r la cicatrice qui brillait,
livide, sur son front.
—Tu es le fils Potter, dit le centaure. Il vaudrait mieux que tu reto
urnes auprès de Hagrid. La
forêt n'est pas sûre, ces temps-ci, surtout pour toi. Tu sais mont
er à cheval ? Ce sera plus

rapide. Je m'appelle Firenze, ajouta-t-il en pliant les jambes pour que
Harry puisse monter
sur son dos.
Il y eut alors un autre bruit de galop et Ronan et Bane surgirent des ar
bres, les flancs
palpitants, couverts de sueur.
—Firenze ! tonna Banc. Qu'est-ce que tu fais ? Tu portes un humain su
r ton dos ! Tu n'as
donc aucune honte ? Tu te prends pour une mule ?
—Vous savez qui est ce garçon ? répliqua Firenze. C'est le fils
Potter. Plus vite il aura quitté
la forêt, mieux cela vaudra.
—Qu'est-ce que tu lui as dit ? gronda Banc. Souviens-toi, Firenze, no
us avons fait serment de
ne pas nous opposer aux décisions du ciel. N'avons-nous pas lu dans l
e mouvement des
planètes ce qui doit arriver ?
—Je suis sûr que Firenze a cru bien faire, intervint Ronan de sa v
oix sombre,
—Bien faire ! s'écria Bane avec colère, en frappant le sol de s
on sabot. Qu'avons-nous à voir
là-dedans ? Les centaures se soumettent aux décrets du destin. Nou
s n'avons pas à nous
promener comme des ânes pour aller chercher les humains égarés
dans la forêt !
Sous le coup de la colère, Firenze se mit à ruer et Harry dut se c
ramponner pour ne pas
tomber.
—Tu ne vois donc pas cette licorne ? lança-t-il à Bane. Tu ne c
omprends pas pourquoi elle a
été tuée ? Les planètes ne t'ont pas dévoilé ce secret
? Je me dresse contre ce qui se cache
dans cette forêt, Bane. Même s'il faut pour cela venir en aide à
un humain.
Firenze partit alors au galop et Harry essaya de s'accrocher de son mieu
x tandis qu'ils
plongeaient dans la forêt, laissant Ronan et Bane derrière eux.
Harry n'avait aucune idée de ce qui se passait.
—Pourquoi Bane est-il tellement en colère ? demanda-t-il. C'est à
cause de cette chose dont
tu m'as sauvé ?
Firenze ralentit l'allure et conseilla à Harry de baisser la tête
pour ne pas se heurter aux
branches basses, mais il ne répondit pas à la question. Ils poursu
ivirent leur chemin en
silence, puis, alors qu'ils traversaient d'épais sous-bois, Firenze s
'arrêta soudain.
—Harry Potter, dit-il, sais-tu à quoi sert le sang des licornes ?
—Non, répondit Harry, surpris par l'étrange question. Dans les
potions, nous n'utilisons que
leurs cornes et les crins de leur queue.
—Tuer une licorne est une chose monstrueuse, dit Firenze. Pour commet
tre un tel crime il
faut n'avoir rien à perdre et tout à gagner. Le sang de licorne permet de survivre, même si on
est sur le point de mourir, mais à un prix terrible. Car il faut tuer
un être pur et sans défense

pour sauver sa propre vie. Et dès l'instant où les lèvres touch
ent le sang, ce n'est plus qu'une
demi-vie, une vie maudite.
Harry observa la tête de Firenze que la lune parsemait de taches arge
ntées.
—Qui pourrait être désespéré à ce point ? se demanda H
arry à haute voix. Si on doit être
maudit à jamais, mieux vaut mourir, non ?
—Oui, dit Firenze, à moins qu'on ait simplement besoin de survivre
suffisamment longtemps
pour pouvoir boire quelque chose d'autre, quelque chose qui redonne la force et la puissance,
quelque chose qui permette de ne jamais mourir. Harry Potter, sais-tu ce
qui est caché dans
l'école, en ce moment ?
—La Pierre philosophale ! L'élixir de longue vie, bien sûr ! Ma
is je ne comprends pas qui...
—Ne connais-tu pas quelqu'un qui a passé des années à guette
r la moindre occasion de
retrouver son pouvoir, qui s'est cramponné à la vie en attendant s
a chance ?
Harry eut l'impression qu'une main de fer venait de se refermer sur son
cœur.
Il se souvenait de ce que Hagrid lui avait dit, lors de leur première
rencontre: « Certains
disent qu'il est mort. A mon avis, ce sont des calembredaines. Je ne cro
is pas qu'il ait eu en
lui quelque chose de suffisamment humain pour mourir. »
—Vous voulez parler de... de Vol...
—Harry ! Harry ! Tu n'es pas blessé ?
Hermione courait vers eux. Hagrid essayait de la suivre en soufflant com
me un buffle.
—Ça va très bien, répondit machinalement Harry. La licorne e
st morte, Hagrid. Elle est dans
la clairière, là-bas.
—C'est ici que je te quitte, dit Firenze tandis que Hagrid se préc
ipitait vers la clairière. Tu es
en sécurité, à présent.
Harry se laissa glisser à terre.
—Bonne chance, Harry Potter. Il arrive qu'on se trompe en lisant le d
estin dans les planètes.
Même les centaures. J'espère que c'est le cas aujourd'hui.
Il fit demi-tour et s'en alla dans les profondeurs de la forêt. Harry
le regarda s'éloigner en
frissonnant.

Ron était tombé endormi dans la salle commune en attendant leur re
tour. Mais lorsque Harry
le secoua, il se sentit parfaitement réveille et écouta le réci
t de ce qui s'était passé dans la
forêt.

Harry ne tenait pas en place. Toujours tremblant, il faisait les cent pa
s devant la cheminée.
—Rogue veut la Pierre pour la donner à Voldemort... Et Voldemort l
'attend dans la forêt... Et
pendant tout ce temps-là, nous pensions que Rogue voulait simplement
devenir riche...
—Arrête de prononcer ce nom ! murmura Ron, effrayé.
On aurait dit qu'il avait peur que Voldemort les entende. Mais Harry ne
l'écoutait pas.
—Firenze m'a sauvé, mais il n'aurait pas dû le faire... Bane é
tait furieux... Il disait qu'il ne
fallait pas intervenir dans ce que décident les planètes. Elles do
ivent sûrement montrer que
Voldemort est de retour... Et Bane pense que Firenze aurait dû laisse
r Voldemort me tuer...
J'imagine que ça aussi, c'était écrit dans les étoiles.
—Arrête de prononcer ce nom ! dit Ron d'une voix sifflante.
—Maintenant, je n'ai plus qu'à attendre que Rogue vole la Pierre, poursuivit Harry d'une voix
fébrile, et Voldemort pourra en finir avec moi. Comme ça, Bane ser
a content...
Hermione paraissait terrifiée, mais elle essaya de le rassurer:
—Harry, tout le monde dit que Dumbledore est le seul dont Tu-Sais-Qui
a jamais eu peur.
Avec Dumbledore, il n'osera pas toucher à toi. Et d'ailleurs, qui dit
que les centaures ont
raison ? Ils parlent comme s'ils disaient la bonne aventure et d'aprè
s le professeur
McGonagall, c'est une branche très douteuse de la magie.
Ils étaient encore là à parler lorsque l'aube se leva. Epuisé
s, ils montèrent se coucher, la
gorge en feu. Mais les surprises de la nuit n'étaient pas terminée
s.
Lorsqu'il défit son lit, Harry découvrit la cape d'invisibilité
soigneusement pliée entre les
draps. Un mot y était épinglé, sur lequel était écrit:

« Au cas où ».

Chapitre 16
Sous la trappe
Longtemps encore, Harry se demanderait comment il avait pu faire pour pa
sser ses examens
tout en ayant sans cesse la hantise de voir Voldemort surgir dans la sal
le de classe. Pourtant,
au fil des jours, il ne faisait aucun doute que Touffu était toujours
bien vivant et fidèle au
poste.

Il faisait une chaleur étouffante, surtout dans la Grande Salle où
se déroulaient les épreuves
écrites. Les élèves avaient reçu des plumes neuves auxquelle
s on avait jeté un sort qui
empêchait leurs utilisateurs de tricher.
Il y eut aussi un examen pratique. Le professeur Flitwick les appela un
par un dans sa classe
pour voir s'ils arrivaient à faire danser un ananas sur une table. Le
professeur McGonagall
les regarda transformer une souris en tabatière—elle ajoutait des
points si la tabatière était
particulièrement belle mais elle en enlevait si on y décelait des
moustaches. Ils étaient tous
paniqués devant Rogue qui les surveillait de près pendant qu'ils e
ssayaient de fabriquer une
potion d'Amnésie.
Harry fit de son mieux pour ne pas prêter attention aux douleurs qui,
par instants, lui
transperçaient le front depuis son aventure dans la forêt. Il n'ar
rivait presque plus à dormir.
Son vieux cauchemar le réveillait sans cesse, plus effrayant que jama
is: aux images
habituelles s'ajoutait celle d'une silhouette encapuchonnée, dégou
linante de sang de licorne.
Ron et Hermione n'avaient pas tous ces soucis; c'est sans doute pourquoi
ils paraissaient
moins préoccupés que Harry par le sort de la Pierre. La pensée
de Voldemort leur faisait
peur, mais il n'était pas présent dans leurs rêves et ils ét
aient si absorbés par leurs révisions
qu'ils n'avaient guère le temps de s'inquiéter des manigances de R
ogue ou de quiconque
d'autre.
Leur dernier examen était celui d'histoire de la magie. Ils durent pa
sser une heure à répondre
à des questions concernant de vieux sorciers un peu fous, inventeurs
de chaudrons dont le
contenu tournait tout seul puis ils furent enfin libres pendant toute un
e semaine jusqu'aux
résultats des examens.
Lorsque le fantôme du professeur Binns leur annonça qu'ils pouvaie
nt poser leurs plumes et
rouler leurs parchemins, Harry ne put s'empêcher de pousser des excla
mations de joie avec
les autres.
—C'était beaucoup plus facile que je ne le pensais, dit Hermione t
andis qu'ils rejoignaient les
autres dans le parc ensoleillé. Je n'aurais même pas eu besoin d'a
pprendre le Code de
conduite des loups-garous de 1637, ni l'ascension d'Elfric l'Insatiable.

Hermione aimait bien passer en revue les réponses aux examens, mais R
on lui dit que cela le
rendait malade et ils se contentèrent d'aller s'allonger sous un arbr
e, au bord du lac. Les
jumeaux Weasley chatouillaient les tentacules d'un calmar géant qui s
e réchauffait entre deux
eaux.
—Fini les révisions, soupira Ron avec bonheur en s'étirant dans
l'herbe. Tu pourrais être plus
joyeux, Harry, on a une semaine de tranquillité avant de savoir tout
ce qu'on a fait de travers.
Pour l'instant, plus la peine de s'inquiéter.
Harry se frottait le front.
—J'aimerais bien savoir ce que ça signifie, s'écria-t-il soudai
n avec colère. Ma cicatrice
continue à me faire mal. Ça m'était déjà arrivé avant,
mais jamais aussi souvent.
—Va voir Madame Pomfresh, suggéra Hermione.

—Je ne suis pas malade, dit Harry. Je crois plutôt que c'est un av
ertissement. Il y a un danger
qui menace.
—Détends-toi, conseilla Ron. Hermione a raison. Il n'y a rien à craindre pour la Pierre tant
que Dumbledore est dans les parages. D'ailleurs, on n'a aucune preuve qu
e Rogue ait trouvé
le moyen de passer devant Touffu sans se faire dévorer. Il a déjà
failli se faire arracher la
jambe une fois, il ne va pas recommencer tout de suite. Et le jour où
Hagrid laissera tomber
Dumbledore, Neville jouera au Quidditch dans l'équipe d'Angleterre.
Harry approuva d'un signe de tête, mais il avait le vague sentiment d
'avoir oublié quelque
chose d'important. Lorsqu'il essaya de l'expliquer à Hermione, celle-
ci répondit:
—Ce sont les examens qui font ça. La nuit dernière, je me suis
réveillée et je me suis mise à
relire la moitié de mes notes de métamorphose avant de me souvenir
qu'on avait déjà passé
l'examen.
Mais Harry était convaincu que son sentiment de malaise n'avait rien
à voir avec le travail.
Il vit un hibou passer dans le ciel, tenant une lettre dans son bec. Hag
rid était le seul à lui
envoyer des lettres mais il ne trahirait pas Dumbledore. Jamais il ne ré
vélerait à quiconque
comment faire pour neutraliser Touffu. Jamais... Pourtant...
Harry se leva d'un bond.
—Où tu vas ? demanda Ron d'une voix ensommeillée.
—Je viens de penser à quelque chose, dit Harry qui était devenu
livide. Il faut que nous
allions voir Hagrid immédiatement.
—Pourquoi ? s'étonna Hermione.
Mais Harry se hâtait déjà vers la cabane et les deux autres se
précipitèrent pour le rattraper.
—Vous ne trouvez pas ça bizarre, dit Harry, que Hagrid ait toujour
s rêvé d'élever un dragon
et que comme par hasard, il rencontre quelqu'un qui a justement un œu
f de dragon dans sa
poche ? Vous en connaissez beaucoup, des gens qui se promènent avec d
es œufs de dragon
dans leurs poches, alors que c'est interdit chez les sorciers ? Etrange
que celui-là soit
précisément tombé sur Hagrid, vous ne trouvez pas ? J'aurais dû
m'en rendre compte plus tôt.
—Qu'est-ce que tu racontes ? dit Ron.
Mais Harry ne répondit pas et se hâta en direction de la forêt.

Hagrid était assis dans un fauteuil, devant sa cabane. Il avait relevé ses manches et ses bas de
pantalon et s'occupait à écosser des petits pois dans un grand bol
.
—Alors, dit-il, c'est fini, ces examens ? Vous voulez boire quelque c
hose ?
—Non, on est pressés, dit Harry. J'ai quelque chose à vous dema
nder. Le soir où vous avez
gagné Norbert aux cartes, à quoi ressemblait le voyageur qui vous
l'a donné ?

—Je ne sais pas, répondit Hagrid, il a gardé sa cape avec son c
apuchon sur la tête.
En voyant l'air stupéfait des trois autres, il leva les sourcils.
—Ce n'est pas si étonnant que ça, dit-il. Il y a des tas de gen
s un peu bizarres dans ce pub.
Peut-être que c'était un marchand de dragons ?
Harry se laissa tomber à côté du bol de petits pois.
—Qu'est-ce que vous lui avez dit ? demanda-t-il. Vous lui avez parlé
de Poudlard ?
—C'est possible que ce soit venu dans la conversation, dit Hagrid en
fronçant les sourcils
pour essayer de se rappeler. Ah oui, c'est ça, il m'a demandé ce q
ue je faisais comme travail
et je lui ai dit que j'étais garde-chasse ici... Ensuite, il m'a posé
des questions sur le genre de
créatures dont je m'occupais et là, je lui ai dit que j'aurais bie
n voulu avoir un dragon... et
puis... je ne me souviens plus très bien, il n'arrêtait pas de me
payer à boire... Voyons... Ah,
oui, il a dit qu'il avait justement un œuf de dragon et qu'on pourrai
t peut-être le jouer aux
cartes si ça m'intéressait... Mais il voulait être sûr que j
e sache m'en occuper... Et je lui ai
répondu qu'après Touffu, je n'aurais pas de mal à m'occuper d'u
n dragon...
—Et il... il s'est intéressé à Touffu ? demanda Harry, en es
sayant de garder son calme.
—On ne rencontre pas beaucoup de chiens à trois têtes dans la r
égion, alors, je lui en ai un
peu parlé, je lui ai dit que Touffu était doux comme un mouton qua
nd on savait s'y prendre. Il
suffit de lui jouer un air de musique et il s'endort.
Hagrid parut soudain horrifié.
—Je n'aurais jamais dû vous dire ça ! s'écria-t-il. Oubliez-
le ! Hé ! Où allez-vous ?
Harry, Ron et Hermione ne s'arrêtèrent de courir que lorsqu'ils fu
rent arrivés dans le hall
d'entrée du château, qui paraissait sombre et glacé quand on ve
nait du parc.
—Cette fois, il faut aller voir Dumbledore, dit Harry. Ce voyageur av
ec son capuchon, c'était
soit Rogue, soit Voldemort. Il a dû le faire boire et Hagrid lui a ré
vélé le moyen de passer
devant Touffu. J'espère au moins que Dumbledore va nous croire. Firen
ze nous aidera peut-
être si Bane ne l'en empêche pas. Où est le bureau de Dumbledor
e ?
Ils regardèrent autour d'eux, comme s'ils espéraient voir un éc
riteau qui leur indiquerait la
bonne direction. On ne leur avait jamais dit où habitait Dumbledore e
t ils ne connaissaient
personne qui ait jamais été envoyé dans son bureau.
—On n'a qu'à... commença Harry mais une voix résonna soudain
dans le hall.
C'était le professeur McGonagall qui traversait le hall avec une énorme pile de livres dans les
bras.
—On veut voir le professeur Dumbledore, dit courageusement Hermione.

—Voir le professeur Dumbledore ? répéta le professeur McGonagal
l, comme si elle trouvait
l'idée particulièrement saugrenue. Et pourquoi donc ?
—C'est... c'est un secret, répondit Harry, la gorge sèche,
Sa réponse n'était pas très habile, pensa-t-il en voyant le pro
fesseur McGonagall froncer le
nez.
—Le professeur Dumbledore est parti il y a dix minutes, répondit-e
lle froidement. Il a reçu un
hibou urgent du ministère de la Magie et il s'est immédiatement en
volé pour Londres.
—Il est parti ? dit Harry d'une voix fébrile.
—Le professeur Dumbledore est un grand sorcier, Potter, il est trè
s demandé.
—Mais c'est très important, ce que j'ai à lui dire !
—Vous avez quelque chose de plus important à lui dire que le ministre de la Magie, Potter ?
—Ecoutez, reprit Harry en renonçant à toute prudence. Il s'agit
de la Pierre philosophale.
La pile de livres que le professeur McGonagall avait dans les bras s'eff
ondra sur le sol, mais
elle ne se baissa pas pour les ramasser.
—Comment savez-vous ?... balbutia-t-elle.
—Professeur, je crois, ou plutôt, je sais, que Ro... que quelqu'un va essayer de voler la Pierre.
C'est pour ça qu'il faut que je parle au professeur Dumbledore.
Elle parut à la fois stupéfaite et méfiante.
—Le professeur Dumbledore sera de retour demain, dit-elle enfin. Je n
e sais pas comment
vous avez fait pour connaître l'existence de la Pierre, mais soyez ra
ssuré, personne ne peut la
dérober, elle est trop bien protégée.
—Mais, professeur...
—Potter, je sais ce que je dis, répliqua-t-elle sèchement.
Puis elle se pencha pour ramasser ses livres.
—Je suggère que vous retourniez tous les trois dehors pour profite
r du soleil.
Mais ils restèrent là.
—C'est cette nuit que ça va se passer, dit Harry lorsqu'ils furent
certains que le professeur
McGonagall était trop loin pour les entendre. Rogue va essayer d'ouvr
ir la trappe, il a tout ce
qu'il faut pour y arriver et il s'est arrangé pour éloigner Dumble
dore. C'est lui qui a envoyé
cette lettre. Ils vont être étonnés, au ministère de la Magie, en voyant débarquer Dumbledore.

A ce moment, Hermione étouffa un cri. Ron et Harry firent volte-face.
Rogue se tenait
derrière eux.
—Bonjour, dit-il d'une voix douce.
Ils le regardèrent avec des yeux ronds.
—Vous ne devriez pas rester à l'intérieur avec un beau temps pa
reil, dit-il, et il eut un étrange
sourire qui ressemblait à un rictus.
—Nous étions... commença Harry sans avoir aucune idée de ce
qu'il allait dire.
—Vous devriez faire attention, dit Rogue. A vous voir comme ça, to
us les trois, on dirait que
vous préparez un mauvais coup. Et Gryffondor ne peut pas se permettre
de perdre encore des
points, n'est-ce pas ?
Harry devint écarlate. Ils se tournèrent vers la porte, mais Rogue
les arrêta.
—Je vous préviens, Potter, dit-il. Si vous recommencez à vous p
romener la nuit dans les
couloirs, je veillerai personnellement à ce que vous soyez renvoyé
du collège. Bonne journée.
Et il s'en alla en direction de la salle des professeurs.
—Voilà ce qu'on va faire, dit Harry aux deux autres lorsqu'ils fur
ent de retour dans le parc.
L'un de nous surveillera Rogue. Il faut l'attendre à la sortie de la
salle des profs et le suivre.
Hermione, c'est toi qui devrais t'en charger.
—Pourquoi moi ?
—C'est évident, dit Ron. Tu peux faire semblant d'attendre Flitwic
k. Oh, professeur, ajouta-t-
il en prenant une voix haut perchée, je suis terriblement inquiète
, j'ai peur d'avoir mal
répondu à la question 14 b...
—Ça suffit, coupa Hermione.
Elle accepta cependant d'assurer la surveillance de Rogue.
—Et nous, on ferait bien de se poster devant le couloir du deuxièm
e étage, dit Harry à Ron.
Allez, viens.
Mais cette partie du plan ne fonctionna pas. A peine avaient-ils atteint
la porte qui séparait
Touffu du reste de l'école que le professeur McGonagall apparut à
nouveau, et cette fois, elle
perdit son calme.
—Vous êtes plus difficiles à éviter qu'un mauvais sort ! ton
na-t-elle. J'en ai assez de vos
balivernes ! Si jamais j'apprends que vous êtes revenus dans ces para
ges, j'enlève cinquante
points de plus à Gryffondor ! Parfaitement, Weasley ! Même si c'es
t ma propre maison !
Harry et Ron retournèrent dans la salle commune. Quelques instants pl
us tard, le portrait de
la grosse dame pivota et Hermione entra à son tour.

—Je suis désolée, Harry, gémit-elle. Rogue est sorti de la s
alle des profs et m'a demandé ce
que je faisais là. Je lui ai dit que j'attendais Flitwick et il est a
llé le chercher. Quand j'ai pu
repartir, je ne savais plus où était Rogue.
—Bon, alors, c'est fini, dit Harry.
Les deux autres le regardèrent avec inquiétude. Il était pâl
e et ses yeux flamboyaient.
—Ce soir, dit-il, je vais essayer d'aller chercher la Pierre avant lu
i.
—Tu es fou ! s'exclama Ron.
—Tu ne peux pas faire ça ! dit Hermione. Après ce que McGonagal
l et Rogue ont dit ? Tu vas
te faire renvoyer !
—Et alors ? explosa Harry. Vous ne comprenez donc pas ? Si Rogue parv
ient à s'emparer de
la Pierre, Voldemort va revenir ! Vous n'avez jamais entendu dire commen
t c'était quand il a
voulu prendre le pouvoir ? S'il y arrive, on ne pourra plus se faire ren
voyer tout simplement
parce que Poudlard n'existera même plus ! Il va le détruire, ou le
transformer en école de
magie noire ! Perdre des points n'a plus aucune importance. Tu crois qu'
il vous laissera
tranquilles, vous et vos familles si Gryffondor gagne la coupe ? Si je m
e fais prendre avant
d'avoir réussi à atteindre la Pierre, je n'aurai plus qu'à reto
urner chez les Dursley et y
attendre que Voldemort vienne me chercher. Ça ne fera que retarder un
peu le moment de ma
mort, parce que moi, je ne me mettrai jamais du côté des forces ob
scures ! Cette nuit, je passe
par cette trappe et vous ne pourrez pas m'en empêcher ! C'est Voldemo
rt qui a tué mes
parents, il ne faut pas l'oublier.
—Tu as raison, Harry, dit Hermione d'une petite voix.
—Je me servirai de la cape d'invisibilité, dit Harry. C'est une ch
ance que je l'aie récupérée.
—Et tu crois qu'elle est assez grande pour nous couvrir tous les troi
s ? demanda Ron.
—Tous... tous les trois ?
—Tu ne crois quand même pas qu'on va te laisser y aller tout seul
?
—Bien sûr que non, dit sèchement Hermione. Comment veux-tu parv
enir jusqu'à la Pierre
sans notre aide ? Je ferais bien d'aller voir un peu dans mes bouquins.
J'y trouverai sûrement
des choses utiles...
—Mais si on se fait prendre, vous aussi, vous serez renvoyés, fit
remarquer Harry.
—Je pourrai peut-être m'arranger, répondit Hermione. Flitwick m
'a dit en secret que j'avais
cent douze pour cent de bonnes réponses à son examen.

Après dîner, ils s'assirent tous les trois à l'écart dans la
salle commune. Personne ne les
dérangea puisque les autres Gryffondor refusaient toujours d'adresser
la parole à Harry.

Pour une fois, celui-ci en était plutôt soulagé. Hermione parco
urait ses cahiers de cours,
espérant y dénicher le moyen de neutraliser les sortilèges qu'i
ls devraient affronter. Harry et
Ron ne disaient pas grand-chose. Tous deux pensaient à ce qui les att
endait.
Peu à peu, la salle se vida à mesure que les élèves allaient
se coucher. Lorsque le dernier fut
parti, Harry monta dans le dortoir pour aller chercher la cape d'invisib
ilité. En même temps,
il glissa dans sa poche la flûte que Hagrid lui avait offerte à No
ël. Il comptait l'utiliser pour
endormir Touffu. C'était mieux que d'avoir à chanter quelque chose
.
—On ferait mieux de mettre la cape dès maintenant, dit-il quand il
fut redescendu.
—Qu'est-ce que vous faites ? dit alors une voix à l'autre bout de
la salle.
Neville apparut derrière un fauteuil en tenant contre lui son crapaud
qui s'était à nouveau
évadé.
—Rien, rien, dit Harry qui s'empressa de cacher la cape derrière s
on dos.
—Vous allez encore vous balader ? dit Neville.
—Non, non, non, dit Hermione. Pas du tout. Va donc te coucher.
Harry jeta un coup d'œil à la pendule. Ils ne pouvaient pas se per
mettre de perdre du temps.
A cette heure-ci, Rogue était peut-être en train d'endormir Touffu
.
—Si vous sortez, vous allez vous faire prendre, dit Neville, et Gryff
ondor aura encore plus
d'ennuis.
—Tu ne comprends pas, dit Harry. C'est très important.
Mais Neville avait l'air décidé à tenir bon.
—Je ne vous laisserai pas partir, dit-il en allant se poster devant l
e trou qui servait d'entrée.
Je... je suis prêt à me battre !
—Neville ! s'exclama Ron, laisse-nous passer, ne fais pas l'idiot.
—Ne me traite pas d'idiot ! répliqua Neville. Vous avez suffisamme
nt fait de choses
interdites ! D'ailleurs c'est toi-même qui m'as dit que je devais me
défendre.
Et il lâcha son crapaud qui disparut sous un meuble.
—Essaye de me frapper, dit-il en levant les poings.
—Pas contre nous ! lança Ron.
—Fais quelque chose, dit Harry en s'adressant à Hermione.
Elle s'avança alors vers Neville et brandit sa baguette magique.

—Désolée, Neville, dit-elle, mais il le faut. Petrificus Totalu
s !
Aussitôt, les bras de Neville se collèrent le long de ses flancs,
ses jambes se joignirent, son
corps devint rigide, il vacilla un instant, puis tomba en avant et resta immobile à plat ventre,
raide comme une planche.
Hermione s'empressa de le retourner sur le dos. La mâchoire de Nevill
e était collée, il ne
pouvait plus parler. Seuls ses yeux bougeaient en jetant des regards hor
rifiés.
—Qu'est-ce que tu lui as fait ? murmura Harry.
—C'est le maléfice du Saucisson, dit Hermione d'une voix navrée
. C'est comme s'il était ligoté
et bâillonné. Je suis vraiment désolée, Neville...
—Il le fallait, on n'a pas le temps de t'expliquer, dit Harry.
—Tu comprendras plus tard, ajouta Ron.
Ils s'enveloppèrent alors dans la cape et sortirent de la salle commu
ne. Etre obligés de laisser
Neville dans cet état ne leur semblait pas un très bon présage.
Ils avaient les nerfs à vif et
croyaient voir dans chaque ombre la silhouette de Rusard et entendre dan
s le moindre souffle
de vent l'arrivée de Peeves.
Parvenus devant le premier escalier, ils aperçurent Miss Teigne tapie
en haut des marches.
—Si on lui donnait un coup de pied, pour une fois ? murmura Ron à
l'oreille de Harry.
Mais celui-ci refusa d'un signe de tête et ils montèrent l'escalie
r en la contournant
soigneusement. La chatte tourna vers eux ses yeux brillants comme des la
mpes, mais elle
n'eut aucune réaction.
Quelques instants plus tard, ils arrivèrent dans le couloir du deuxième étage. Ils virent alors
Peeves qui faisait des plis dans le tapis pour faire trébucher les ge
ns.
—Qui est là ? dit-il soudain, ses petits yeux noirs rétrécis
. Je sais que vous êtes là, même si je
ne peux pas vous voir. Qui êtes-vous ? Gnomes, fantômes ou sales m
ômes ?
Il s'éleva dans les airs et les observa.
—Je devrais appeler Rusard si quelque chose d'invisible rôde aux a
lentours.
Harry eut soudain une idée.
—Peeves, dit-il d'une voix rauque, le Baron Sanglant a ses raisons d'
être invisible.
Peeves fut tellement abasourdi qu'il faillit tomber. Il se rattrapa à
temps et resta suspendu à
trente centimètres de l'escalier.
—Je suis désolé, votre sanglante excellence, Monsieur le Baron,
dit-il d'une voix onctueuse.
J'ai commis une erreur, une regrettable erreur, je ne vous avais pas vu. Bien sûr, puisque

vous êtes invisible. Je vous demande de pardonner sa plaisanterie à
ce vieux Peeves,
Monsieur le Baron.
—J'ai des affaires à mener ici, dit Harry de sa voix rauque. Ne re
viens plus dans les parages
cette nuit.
—Oh mais bien sûr, Monsieur le Baron, bien entendu, dit Peeves en
remontant dans les airs.
J'espère que vos affaires se passeront bien, Monsieur le Baron. Je ne
vous dérangerai plus.
Et il fila ailleurs.
—Formidable, Harry ! murmura Ron.
Quelques secondes plus tard, ils s'étaient avancés dans le couloir
et virent que la porte était
entrebâillée.
—Et voilà, dit Harry à voix basse, Rogue a déjà réussi
à passer devant Touffu.
La porte ouverte semblait leur faire redouter ce qui les attendait. Sous
la cape, Harry se
tourna vers les deux autres.
—Si vous préférez ne pas aller plus loin, je ne vous en voudrai
pas, dit-il. Vous pouvez garder
la cape, je n'en aurai plus besoin, maintenant.
—Ne dis pas de bêtises, répliqua Ron.
—Bien sûr qu'on vient avec toi, dit Hermione.
Harry poussa la porte. Des grognements retentirent aussitôt. Les troi
s museaux du chien
reniflaient frénétiquement dans leur direction, bien qu'il fût
incapable de les voir.
—Qu'est-ce qu'il y a par terre ? demanda Hermione.
—Ça ressemble à une harpe, dit Ron. C'est sans doute Rogue qui
l'a laissée là.
—Le chien doit se réveiller dès qu'on arrête de jouer, dit H
arry. Bon, allons-y.
Il porta la flûte à ses lèvres et se mit à jouer. Ce n'ét
ait pas vraiment une mélodie, mais dès la
première note, les paupières du monstre devinrent lourdes, il arrê
ta de grogner, ses jambes
faiblirent, il trébucha puis s'effondra sur le sol, profondément e
ndormi.
—Continue à jouer, dit Ron tandis qu'ils se débarrassaient de l
a cape et s'avançaient
silencieusement vers la trappe.
Lorsqu'ils approchèrent des trois têtes du chien, ils sentirent so
n souffle brûlant et fétide.
—On devrait arriver à soulever la trappe, dit Ron. Tu veux passer
la première, Hermione ?
—Non, je n'y tiens pas.

—Bon, tant pis.
Ron serra les dents, enjamba les pattes du chien avec précaution, pui
s tira l'anneau de la
trappe qui se souleva sans difficulté et s'ouvrit.
—Qu'est-ce que tu vois ? demanda Hermione avec angoisse.
—Rien, c'est tout noir, Il n'y a ni échelle ni corde pour descendr
e, il faudra se laisser tomber.
Harry qui jouait toujours de la flûte fit un signe de la main à Ro
n et tapota sa poitrine de
l'index.
—Tu veux passer le premier ? Tu es sûr ? Je n'ai aucune idée de
la profondeur. Donne la
flûte à Hermione, sinon, il va se réveiller.
Harry lui tendit la flûte. Lorsque la musique s'arrêta, le chien s
e remit à grogner et à bouger,
mais dès que Hermione joua à nouveau, il replongea dans le sommeil
. Harry l'enjamba à son
tour et regarda à travers l'ouverture. On ne voyait pas le fond. Il s
e glissa dans le trou et se
suspendit par les mains au bord de la trappe.
—S'il m'arrive quelque chose, dit-il à Ron, n'essayez pas de me su
ivre. Allez chercher
Hedwige dans la volière et envoyez-la avec un message à Dumbledore
. D'accord ?
—D'accord, dit Ron.
—A tout de suite... J'espère...
Et Harry se laissa tomber. Il sentait l'air humide lui siffler aux oreil
les tandis qu'il tombait,
tombait, tombait... Puis soudain, avec un drôle de bruit sourd, il at
territ sur quelque chose de
mou. Il se redressa et regarda autour de lui. Ses yeux n'étaient pas
encore habitués à
l'obscurité, mais il avait l'impression d'être assis sur une sorte
de plante.
—C'est O.K. ! cria-t-il en direction de la trappe qui dessinait au-de
ssus de sa tête un carré
lumineux de la taille d'un timbre-poste. On peut sauter, c'est mou, ici
!
Ron fut le premier à suivre. Il tomba à côté de Harry.
—Qu'est-ce que c'est que ce truc ? demanda-t-il.
—Je ne sais pas, une espèce de plante, je crois. Elle a dû ê
tre placée là pour amortir la chute.
Viens, Hermione !
La flûte qu'on entendait faiblement s'interrompit. Le chien aboya bru
yamment, mais
Hermione avait déjà sauté et elle atterrit de l'autre côté
de Harry.
—On doit être à des kilomètres sous le château, dit-elle.

—Une chance qu'il y ait cette plante, fit remarquer Ron.—Une chanc
e ? hurla Hermione.
Regardez-vous, tous les deux !

Elle se leva d'un bond et parvint péniblement à se réfugier contre une paroi humide.
Péniblement, car dès l'instant où elle avait atterri, les vrill
es de la plante, longues comme des
tentacules, avaient commencé à s'enrouler autour de ses chevilles.
Quant à Ron et à Harry,
des sortes de lianes leur avaient déjà ligoté les jambes sans q
u'ils s'en rendent compte.
Hermione avait réussi à se libérer avant que la plante ait eu l
e temps de l'immobiliser. Elle
regarda avec horreur Harry et Ron qui se débattaient pour essayer de
se libérer, mais plus ils
tiraient sur les tentacules, plus l'emprise du monstre végétal se
resserrait autour d'eux.
—Ne bougez plus ! leur ordonna Hermione. Je connais cette plante, c'e
st un Filet du Diable !
—Je suis ravi de le savoir, ça nous aide beaucoup ! lança Ron d
'un ton narquois en essayant
d'empêcher la plante de s'enrouler autour de son cou.
—Silence, j'essaye de me rappeler comment il faut faire pour la tuer,
dit Hermione.
—Alors, dépêche-toi, parce que j'ai du mal à respirer, dit H
arry d'une voix haletante tandis
que la plante lui étreignait la poitrine.
—Voyons, le Filet du Diable... Qu'est-ce que nous a dit le professeur
Chourave, déjà ? Elle
aime l'humidité et l'obscurité...
—Dans ce cas, allume un feu, dit Harry, à moitié étouffé.

—Oui, bien sûr, mais il n'y a pas de bois ! s'écria Hermione en
se tordant les mains.
—TU ES FOLLE ? hurla Ron. TU ES UNE SORCIÈRE OU QUOI ?
—Ah, c'est vrai ! dit Hermione.
Elle sortit sa baguette magique, l'agita, marmonna quelque chose et un j
et de flammes bleues,
semblables à celles qui avaient mis le feu aux vêtements de Rogue,
jaillit en direction de la
plante.
En quelques instants, Ron et Harry sentirent la plante desserrer son é
treinte tandis qu'elle se
recroquevillait sous l'effet de la chaleur et de la lumière. Ils retr
ouvèrent alors leur liberté de
mouvement.
—Une chance que tu écoutes bien en classe, Hermione, dit Harry en
la rejoignant près du
mur, le visage ruisselant de sueur.
Ils s'engagèrent ensuite dans un passage qui s'ouvrait devant eux et
s'enfonçait sous la terre.
« Comme à Gringotts », pensa Harry. Avec un haut-le-cœur, il
se souvint des dragons qui
étaient censés garder la salle des coffres dans la banque des sorc
iers. Et s'ils se retrouvaient
face à un dragon, un dragon adulte ? C'était déjà difficile
avec Norbert...
Ils parcoururent ainsi quelques dizaines de mètres.
—Tu entends ? chuchota Ron.

Harry écouta. Venant d'un peu plus loin, on entendait un bruissement
confus auquel se
mêlaient quelques tintements.
—On dirait des bruits d'ailes, dit Harry.
—Il y a de la lumière là-bas, remarqua Ron. Je vois quelque cho
se bouger.
Parvenus à l'extrémité du passage, ils découvrirent une sall
e brillamment éclairée, avec un
haut plafond en forme d'arche. L'endroit était envahi de petits oisea
ux étincelants qui
voletaient sans cesse tout autour de la pièce. Dans le mur d'en face,
il y avait une grande
porte de bois.
—Tu crois qu'ils vont nous attaquer si on traverse la salle ? demanda
Ron.
—Sans doute, dit Harry. Ils n'ont pas l'air très méchant, mais
s'ils nous foncent dessus tous en
même temps... On va bien voir... Je vais courir.
Il prit une profonde inspiration, se protégea la tête avec les bra
s et s'élança à travers la salle,
Il s'attendait à sentir des dizaines de becs le piquer de la tête
aux pieds, mais il ne se passa
rien du tout et il arriva devant la porte sans avoir subi la moindre attaque. Il tira la poignée.
La porte était verrouillée.
Les deux autres vinrent à la rescousse, mais leurs efforts pour ouvri
r la porte restèrent vains.
Elle refusa de bouger, même lorsqu'Hermione essaya une de ses formule
s magiques.
—Et maintenant ? dit Ron.
—Ces oiseaux ne sont pas là pour faire joli, fit remarquer Hermion
e.
Ils observèrent les oiseaux qui brillaient au-dessus de leur tête.
Qui brillaient...
—Ce ne sont pas des oiseaux ! s'écria Harry. Ce sont des clés !
Des clés volantes. Regardez
bien. Ce qui veut dire...
Il jeta un coup d'œil autour de lui pendant que les deux autres obser
vaient le vol des clés.
—Oui ! Là ! Des balais ! s'exclama Harry. Il faut attraper la clé
qui ouvre la porte !
—Mais il y en a des centaines !
Ron examina la serrure.
—Il faut une grosse clé à l'ancienne, probablement en argent, c
omme la poignée.
Ils prirent chacun un balai et décollèrent en direction du nuage d
e clés. Ils essayèrent d'en
saisir plusieurs, mais les clés magiques filaient, plongeaient, zigza
guaient avec une telle
rapidité qu'il était presque impossible d'en attraper une.
Ce n'était pas pour rien, cependant, que Harry était le plus jeune
attrapeur qu'on ait connu
depuis un siècle. Il avait un don pour repérer des choses que les
autres ne voyaient pas. Après

avoir parcouru pendant quelques instants ce tourbillon de plumes aux couleurs d'arc-en-ciel,
il remarqua une grosse clé d'argent qui avait une aile tordue, comme
si quelqu'un l'avait déjà
attrapée et brutalement introduite dans la serrure.
—C'est celle-ci ! cria-t-il aux deux autres. La grosse, là, avec l
es ailes bleues. Les plumes
sont toutes froissées d'un côté.
Ron fila dans la direction indiquée par Harry, mais, emporté par s
on élan, il s'écrasa contre
le plafond et faillit tomber de son balai.
—Il faut la cerner, cria Harry, sans quitter des yeux la clé à
l'aile blessée. Ron, tu restes au-
dessus, Hermione, tu te mets en dessous pour l'empêcher de descendre,
et moi, j'essaierai de
l'attraper. Attention... Partez !
Ron plongea, Hermione remonta en chandelle, et la clé les évita to
us les deux, mais Harry
fonça dessus. La clé filait vers le mur. Harry se pencha en avant
et dans un craquement
sinistre, il réussit à la plaquer contre la pierre avec la paume d
e la main. Ron et Hermione
poussèrent une exclamation de joie qui résonna dans toute la salle
.
Ils se dépêchèrent d'atterrir et Harry courut vers la porte, se
rrant dans sa main la clé qui se
débattait, Il l'enfonça dans la serrure et tourna. Il y eut un dé
clic, puis la clé s'envola à
nouveau, les ailes en piteux état.
—Prêts ? demanda Harry, la main sur la poignée de la porte.
Les deux autres hochèrent la tête et il ouvrit la porte.
La deuxième salle était plongée dans une telle obscurité qu'
ils ne voyaient plus rien. Mais
lorsqu'ils eurent franchi le seuil de la porte, une lumière éclata
nte jaillit soudain en leur
révélant un spectacle étonnant.
Ils se trouvaient au bord d'un échiquier géant, derrière des pi
èces noires qui étaient plus
grandes qu'eux et semblaient avoir été sculptées dans de la pie
rre. En face d'eux, de l'autre
côté de la salle, se tenaient les pièces blanches. Harry et les
deux autres furent parcourus
d'un frisson. Les pièces blanches n'avaient pas de visage.
—Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? murmura Harry.
—C'est évident, non ? dit Ron. Il va falloir jouer une partie d'é
checs pour arriver de l'autre
côté.
Derrière les pièces blanches, ils apercevaient une autre porte.
—Comment on va s'y prendre ? demanda Hermione, inquiète.
—Nous serons sans doute obligés de nous transformer nous-mêmes
en pièces d'échecs, dit
Ron.

Il s'avança vers un cavalier noir et posa la main sur le cheval. Auss
itôt, la pierre s'anima. Le
cheval frappa l'échiquier de ses sabots et le cavalier tourna vers Ro
n sa tête coiffée d'un
casque.
—Il faut.. . euh... qu'on se joigne à vous pour passer de l'autre
côté ? demanda Ron.
Le cavalier noir approuva d'un signe de tête. Ron se tourna vers les
deux autres.
—Il faut bien réfléchir, dit-il. On va devoir prendre la place
de trois des pièces noires.
Harry et Hermione restèrent silencieux, attendant que Ron ait pris un
e décision.
—Ne vous vexez pas, dit-il enfin, mais vous n'êtes pas très bon
s aux échecs, tous les deux.
—On ne se vexe pas, dit Harry. Dis-nous simplement ce qu'on doit fair
e.
—Toi, Harry, tu prends la place de ce fou et toi, Hermione tu te mets
du même côté sur la
case de la tour.
—Et toi ?
—Moi, je prends la place du cavalier, dit Ron.
Les pièces blanches avaient entendu car à cet instant, un cavalier
, un fou et une tour
quittèrent l'échiquier, laissant trois cases vides que Ron, Harry et Hermione occupèrent.
—Les blancs jouent toujours les premiers, dit Ron en scrutant l'autre
extrémité de l'échiquier,
Regardez...
Un pion blanc venait d'avancer de deux cases.
Ron commença alors à donner ses ordres aux pièces noires et ell
es se déplacèrent sans bruit
là où il les envoyait. Harry sentit ses jambes faiblir. Que se pas
serait-il si jamais ils
perdaient ?
—Harry, déplace-toi de quatre cases en diagonale vers la droite.
Leur premier choc fut de voir le camp adverse prendre leur autre cavalie
r. La reine blanche
l'assomma en le jetant à bas de sa monture et le traîna au bord de
l'échiquier où il resta
immobile, face contre terre.
—C'était nécessaire, dit Ron qui paraissait secoué. Maintena
nt, tu vas pouvoir prendre ce
fou, Hermione. Vas-y.
Chaque fois qu'elles perdaient un de leurs hommes, les pièces blanche
s se montraient sans
pitié et bientôt, il y eut une rangée de pièces noires hors
de combat alignées le long du mur.
Mais Ron s'arrangeait pour prendre autant de pièces blanches qu'ils e
n avaient perdu de
noires.
—On y est presque, murmura-t-il. Voyons, réfléchissons...

La reine blanche tourna vers lui sa tête sans visage.
—Oui, dit Ron à voix basse, c'est le seul moyen... Je dois me fair
e prendre...
—NON ! s'écrièrent les deux autres.
—C'est le jeu, répliqua Ron. Il faut savoir faire des sacrifices !
Je vais avancer et elle me
prendra, ce qui te permettra de faire échec et mat, Harry.
—Mais...
—Tu veux arrêter Rogue, ou pas ?
—Ron...
—Si tu ne te dépêches pas, il va s'emparer de la Pierre !
Il n'y avait rien d'autre à faire.
—Prêt ? demanda Ron, le teint pâle, mais l'air décidé. J'
y vais... et ne traînez pas ici quand
vous aurez gagné.
Il s'avança. La reine blanche abattit alors son bras de pierre sur sa
tête. Ron s'effondra et la
reine le traîna jusqu'au bord de l'échiquier. En le voyant assommé
, Hermione avait poussé un
cri, mais elle n'avait pas bougé de sa case.
En tremblant, Harry se déplaça de trois cases vers la gauche.
Aussitôt, le roi blanc ôta sa couronne et la jeta aux pieds de Har
ry. Ils avaient gagné. Les
pièces blanches s'écartèrent en s'inclinant, dégageant l'acc
ès à la porte du fond. Après avoir
jeté à Ron un dernier regard navré, Harry et Hermione franchire
nt la porte et s'engouffrèrent
dans un autre passage.
—Tu crois qu'il... commença Hermione.
—Ne t'inquiète pas, il n'est pas blessé, assura Harry en essaya
nt de s'en convaincre lui-même.
Qu'est-ce qui nous attend maintenant, à ton avis ?
—Le Filet du Diable, c'était le maléfice de Chourave. C'est san
s doute Flitwick qui a
ensorcelé les clés. McGonagall a donné vie aux pièces d'é
checs. Il nous reste donc à affronter
les sortilèges de Quirrell et de Rogue.
Ils étaient à présent devant une nouvelle porte.
—On y va ? murmura Harry.
—D'accord.
Harry poussa la porte. Aussitôt, une répugnante odeur leur frappa
les narines et tous deux
durent relever les pans de leur robe pour se couvrir le nez. Ils virent
alors, allongé sur le sol,

un immense troll encore plus grand que celui auquel ils s'étaient att
aqués. Il était évanoui,
avec une grosse bosse sanglante sur le front.
—Heureusement qu'on n'a pas eu à se battre avec celui-ci, murmura
Harry.
Ils enjambèrent avec précaution l'une de ses chevilles qui leur ba
rrait le chemin et se hâtèrent
de gagner la porte suivante. Lorsque Harry l'ouvrit, ils s'attendaient a
u pire, mais ils ne
virent rien d'effrayant, Il y avait simplement une table sur laquelle é
taient alignées sept
bouteilles de différentes formes.
—Ça, c'est le maléfice de Rogue, dit Harry. Qu'est-ce qu'on doi
t faire ?
Dès qu'ils eurent franchi le seuil de la porte, de grandes flammes ja
illirent derrière eux. Mais
ce n'était pas un feu ordinaire: celui-ci était violet. Au même
moment, d'autres flammes,
noires cette fois, s'élevèrent dans l'encadrement de la porte du f
ond. Ils étaient pris au piège.
—Regarde ! dit Hermione en prenant un rouleau de parchemin posé à
côté des bouteilles.
Harry s'approcha et lui par-dessus son épaule:

Devant est le danger, le salut est derrière.
Deux sauront parmi nous conduire à la lumière,
L'une d'entre les sept en avant te protège
Et une autre en arrière abolira le piège,
Deux ne pourront t'offrir que simple vin d'ortie
Trois sont mortels poisons, promesse d'agonie,
Choisis, si tu veux fuir un éternel supplice,
Pour t'aider dans ce choix, tu auras quatre indices.
Le premier: si rusée que soit leur perfidie,
Les poisons sont à gauche des deux vins d'ortie.
Le second: différente à chaque extrémité,
Si tu vas de l'avant, nulle n'est ton alliée.
Le troisième: elles sont de tailles inégales,
Ni naine ni géante en son sein n'est fatale.
Quatre enfin: les deuxièmes, à gauche comme à droite,
Sont jumelles de goût, mais d'aspect disparates.
Hermione poussa un profond soupir et Harry fut stupéfait de voir qu'e
lle souriait.
—Remarquable ! dit-elle. Ce n'est pas de la magie, c'est de la logiqu
e. Une énigme. Il y a
beaucoup de grands sorciers qui n'ont pas la moindre logique, ils n'arri
veraient jamais à
trouver la solution.
—Et nous non plus...
—Bien sûr que si. Tout ce dont nous avons besoin est écrit sur
ce papier. Il y a sept bouteilles,
trois contiennent du poison, deux du vin, l'une d'elles permet de franch
ir sans mal les flammes
noires et une autre permet de retourner sur nos pas en traversant les fl
ammes violettes.
—Mais comment savoir laquelle boire ?
—Laisse-moi réfléchir.

Hermione relut le papier plusieurs fois. Puis elle examina attentivement
les bouteilles en
marmonnant pour elle-même. Enfin, elle poussa un cri de victoire.
—Ça y est, j'ai trouvé ! dit-elle. C'est la plus petite bouteil
le qui nous permettra de traverser
les flammes noires et d'arriver jusqu'à la Pierre.
Harry regarda la minuscule bouteille.
—Il y a tout juste une gorgée, là-dedans, dit-il, ce n'est pas
assez pour nous deux.
Ils échangèrent un regard.
—Quelle est celle qui permet de franchir les flammes violettes ?
Hermione montra une bouteille ronde, à droite de la rangée.
—Alors, bois celle-là, dit Harry Retourne auprès de Ron, allez
prendre des balais dans la
salle des clés volantes et utilisez-les pour ressortir par la trappe.
Touffu n'aura pas le temps
de vous mordre. Filez droit à la volière et envoyez Hedwige à D
umbledore avec un mot disant
qu'on a besoin de lui. J'arriverai peut-être à retenir Rogue penda
nt un moment, mais je ne
suis pas de taille à l'affronter.
—Et qu'est-ce qui se passera si jamais Tu-Sais-Qui est avec lui ?
—J'ai eu de la chance une fois, dit Harry en montrant sa cicatrice. P
ourquoi pas deux ?
Les lèvres d'Hermione tremblèrent. Elle se précipita soudain su
r Harry et le serra dans ses
bras.
—Hermione !
—Harry, tu es un grand sorcier !
—Pas autant que toi... répondit Harry, un peu gêné.
—Moi ? J'ai tout appris dans les livres. Mais il y a des choses beauc
oup plus importantes, le
courage, l'amitié..
—Oh, Harry, fais bien attention...
—Bois la première, dit Harry. Tu es sûre que tu ne te trompes p
as ?
—Certaine ! assura Hermione.
Elle but une longue gorgée au goulot de la bouteille ronde et fut par
courue d'un frisson.
—Ce n'est pas du poison ? demanda Harry d'une voix angoissée.
—Non, mais on dirait de la glace.

—Dépêche-toi, vas-y avant que les effets disparaissent.
—Bonne chance... Sois prudent...
—VAS-Y !
Hermione fit volte-face et marcha droit vers les flammes violettes.
Harry respira profondément, prit la petite bouteille et se tourna ver
s les flammes noires.
—J'arrive ! dit-il.
Et il vida la bouteille.
Il eut alors l'impression d'avoir plongé dans un bain glacé. Il reposa la bouteille, contracta
ses muscles et s'avança à travers le feu. Les flammes lui léchè
rent le corps, mais il ne sentit
aucune chaleur. Pendant quelques instants, il ne vit plus que la couleur noire du feu magique,
puis il se retrouva de l'autre côté, dans la dernière salle.
Quelqu'un était déjà là, mais ce n'était pas Rogue. Ce n'
était même pas Voldemort.

Chapitre 17
L'homme aux deux visages
C'était Quirrell.
—Vous ! s'écria Harry, suffoqué.
Quirrell sourit, le visage parfaitement calme.
—Oui, c'est moi, dit-il tranquillement. Je me demandais si vous allie
z me rejoindre ici, Potter.
—Mais je croyais... Rogue...
—Severus ?
Quirrell éclata de rire, non pas du petit rire grêle et tremblant
qu'on lui connaissait, mais
d'un rire franc et glacial.
—Oui, Severus faisait un bon coupable, n'est-ce pas ? Toujours en tra
in de fondre sur tout le
monde comme une chauve-souris géante ! A côté de lui, qui donc
aurait pu soupçonner le p...
p... pauvre et bé... bégayant p... p... professeur Quirrell ?
Harry ne parvenait pas à le croire. Ça ne pouvait pas être vrai
! C'était impossible !
—Mais Rogue a essayé de me tuer !

—Non, non, non, c'est moi qui ai essayé de vous tuer. Votre amie,
Miss Granger m'a bousculé
par accident quand elle s'est précipitée pour mettre le feu aux vê
tements de Rogue, pendant le
match de Quidditch. A cause d'elle, j'ai perdu le contact visuel avec vo
us. Quelques secondes
de plus et j'aurais réussi à vous faire tomber de ce balai. J'y serais même parvenu bien avant
si Rogue n'avait pas marmonné des formules magiques pour essayer de v
ous sauver.
—Rogue essayait de me sauver ?
—Bien sûr, dit Quirrell avec froideur. Pourquoi croyez-vous qu'il
ait tenu à arbitrer le match
suivant ? Il voulait simplement s'assurer que je ne recommence pas. C'est vraiment drôle... Il
n'aurait pas dû se donner cette peine. Dumbledore présent, je ne p
ouvais rien faire. Tous les
autres professeurs pensaient que Rogue voulait empêcher Gryffondor de
gagner. Il est vrai
qu'il n'attirait guère la sympathie. Mais tout cela n'était que du
temps perdu puisque de toute
façon, je vais vous tuer cette nuit.
Quirrell claqua des doigts. Aussitôt, des cordes surgirent de nulle p
art et ligotèrent
solidement Harry.
—Vous êtes un peu trop curieux pour vivre bien longtemps, Potter.
Quelle idée de vous
promener dans les couloirs le soir de Halloween ! Il me semblait que vou
s m'aviez surpris
pendant que j'allais voir ce qui protégeait la Pierre.
—C'est vous qui avez fait entrer le troll ?
—Bien sûr. J'ai un don avec les trolls. Vous avez dû constater
ce que j'ai fait à celui qui se
trouve dans l'autre salle, là-bas ? Malheureusement, pendant que tout
le monde le cherchait
partout, Rogue, qui me soupçonnait déjà, est monté directeme
nt au deuxième étage pour
m'empêcher d'entrer dans le fameux couloir. Et non seulement mon trol
l n'a pas réussi à vous
tuer, mais ce chien à trois têtes n'est même pas parvenu à a
rracher la jambe de Rogue. Et
maintenant, laissez-moi tranquille, Potter, je dois examiner cet inté
ressant miroir.
A ce moment-là seulement, Harry se rendit compte que le miroir du Ris
éd se trouvait derrière
Quirrell.
—Ce miroir est la clé qui mène à la Pierre, murmura Quirrell
en le contournant pour s'y
regarder. On peut faire confiance à Dumbledore pour manigancer ce gen
re de choses... Mais
il est à Londres... Et quand il reviendra, je serai loin.
La seule chose que pouvait tenter Harry, c'était de faire parler Quir
rell pour l'empêcher de se
concentrer sur le miroir.
—Je vous ai vu avec Rogue, dans la forêt, lança-t-il.
—Oui, dit Quirrell d'un ton dégagé en allant examiner le dos du
miroir. Il me suivait de près,
à ce moment-là. Il voulait savoir où j'en étais. Depuis le d
ébut, il me soupçonnait. Il a essayé
de me faire peur, comme s'il avait pu y arriver, alors que j'avais Lord
Voldemort avec moi...
Quirrell scruta à nouveau le miroir d'un air avide.
—Je vois la Pierre... Je suis en train de l'offrir à mon maître
... Mais où est-elle ?

Harry essaya de se débarrasser de ses liens, mais il n'y avait rien à
faire. Il fallait absolument
qu'il détourne l'attention de Quirrell du miroir.
—Pourtant Rogue avait l'air de me détester, dit-il.
—Oh mais, bien sûr, il vous déteste, répondit Quirrell d'un
ton désinvolte. Il était à Poudlard
avec votre père, vous ne le saviez pas ? Ils se méprisaient cordia
lement. Mais il n'a jamais
voulu vous tuer pour autant.
—Je vous ai entendu sangloter, il y a quelques jours. Je croyais que
Rogue vous menaçait...
Pour la première fois, pendant une fraction de seconde, les traits de
Quirrell se convulsèrent
dans une expression de peur.
—Parfois, dit-il, j'ai du mal à suivre les instructions de mon maî
tre. Lui, c'est un grand
sorcier et moi, je suis faible.
—Vous voulez dire que votre maître était avec vous dans cette s
alle de classe ? s'exclama
Harry avec horreur.
—Il est toujours avec moi, où que j'aille, répondit tranquillem
ent Quirrell. Je l'ai rencontré
quand je voyageais autour du monde. J'étais un jeune homme stupide, à
l'époque, plein
d'idées ridicules sur les notions de bien et de mal. Lord Voldemort m
'a montré à quel point
j'avais tort. Il n'y a pas de bien ni de mal, il n'y a que le pouvoir, e
t ceux qui sont trop faibles
pour le rechercher... Depuis ce temps-là, je l'ai servi fidèlement
, bien que je l'aie laissé
tomber à plusieurs reprises. Il a dû sévir, avec moi.
Quirrell fut soudain parcouru d'un frisson.
—Il ne pardonne pas facilement les erreurs. Le jour où je n'ai pas
réussi à voler la Pierre, à
Gringotts, il était très mécontent. Il m'a puni. Et il a déc
idé de me surveiller de plus près...
La voix de Quirrell faiblit. Harry se rappela sa journée sur le Chemi
n de Traverse. Comment
avait-il pu être aussi stupide, ? Il avait vu Quirrell ce jour-là,
il lui avait serré la main au
Chaudron Baveur.
Quirrell marmonna un juron.
—Je ne comprends pas. Est-ce que la Pierre est à l'intérieur du
miroir ? Faut-il que je le
casse ?
Harry réfléchissait à toute vitesse. Ce qu'il désirait le pl
us au monde, en cet instant, c'était de
trouver la Pierre avant Quirrell. Par conséquent, s'il se regardait d
ans le miroir, il se verrait
en train de la trouver, il verrait donc du même coup l'endroit où
elle était cachée ! Mais
comment se regarder dans le miroir sans que Quirrell s'aperçoive de c
e qu'il avait en tête ?
Il essaya de se glisser discrètement vers la gauche pour se mettre fa
ce au miroir sans que
Quirrell le remarque, mais les cordes étaient trop serrées autour
de ses chevilles. Il trébucha
et tomba. Quirrell ne fit pas attention à lui. Il continuait de se pa
rler à lui-même.

—Comment fonctionne ce miroir ? Quel est son secret ? Aidez-moi, maî
tre !
Harry, horrifié, entendit alors une voix lui répondre et la voix s
emblait venir de Quirrell lui-
même.
—Sers-toi du garçon... Sers-toi du garçon...
Quirrell se tourna vers Harry.
—Bien. Potter, venez ici.
Il frappa dans ses mains et les cordes qui ligotaient Harry tombèrent
aussitôt sur le sol,
Harry se releva lentement.
—Venez ici, répéta Quirrell. Regardez dans le miroir et dites-m
oi ce que vous y voyez.
Harry s'approcha de lui.
« Il faut que je lui mente, pensa-t-il. Je vais regarder et mentir en
lui racontant ce que je vois.
»
Quirrell se tenait derrière Harry, tout près de lui, et celui-ci s
entit une étrange odeur qui
semblait provenir de son turban, Il ferma les yeux, fit un pas vers le m
iroir et les rouvrit.
Il vit tout d'abord son reflet, pâle et terrifié. Mais un instant
plus tard, le reflet lui sourit. Il se
vit alors mettre la main dans sa poche et en retirer une Pierre rouge sa
ng. Son reflet lui
adressa un clin d'œil et remit la Pierre dans sa poche. Au même moment, Harry sentit quelque
chose de lourd tomber dans sa vraie poche. Il ne savait pas comment, il
n'arrivait pas à le
croire, mais maintenant, c'était lui qui avait la Pierre !
—Alors ? dit Quirrell avec impatience. Qu'est-ce que vous voyez ?
Harry rassembla tout son courage.
—Je me vois en train de serrer la main de Dumbledore, prétendit-il
. J'ai... j'ai fait gagner la
coupe à Gryffondor.
Quirrell poussa à nouveau un juron.
—Poussez-vous, dit-il.
En s'éloignant du miroir, Harry sentit la Pierre philosophale contre
sa jambe. Allait-il tenter
de prendre la fuite ? Mais il avait à peine fait quelques pas qu'une
voix aiguë s'exprima alors
que Quirrell n'avait pas ouvert la bouche.
—Il ment... Il ment... dit la voix.
—Potter, revenez ici, cria Quirrell. Et dites-moi la vérité ! Q
u'est-ce que vous avez vu ?
La voix aiguë s'éleva à nouveau.

—Laisse-moi lui parler face à face.
—Maître, vous n'avez pas assez de forces, dit Quirrell.
—J'en ai assez pour ça...
Harry eut alors l'impression qu'un Filet du Diable le clouait sur place.
Il ne parvenait plus à
remuer le moindre muscle. Pétrifié, il regarda Quirrell lever les
bras et commencer à défaire
son turban. Bientôt, le turban tomba et la tête de Quirrell parut
soudain étrangement petite.
Puis il pivota sur ses talons.
Harry aurait voulu crier, mais il était incapable d'émettre le moi
ndre son.
Derrière la tête de Quirrell, au lieu de son crâne, il y avait
un visage, le visage le plus
terrifiant que Harry eût jamais vu. Il était d'une blancheur de cr
aie avec des yeux rouges
flamboyants et des fentes en guise de narines, comme sur la tête d'un
serpent.
—Harry Potter... murmura le visage.
Harry essaya de faire un pas en arrière, mais ses jambes refusaient d
e lui obéir.
—Tu vois ce que je suis devenu ? dit le visage. Ombre et vapeur... Je
ne prends forme qu'en
partageant le corps de quelqu'un d'autre... Heureusement, il en reste toujours qui sont prêts à
m'accueillir dans leur cœur et leur tête... Le sang de licorne m'a
redonné des forces, ces
dernières semaines... Dans la forêt, tu as vu le fidèle Quirrel
l s'en abreuver pour moi... Et
lorsque j'aurai l'élixir de longue vie, je pourrai recréer un corp
s qui sera bien à moi...
Maintenant... Donne-moi cette Pierre qui se trouve dans ta poche.
Il savait donc. Harry sentit soudain ses jambes revenir à la vie. Il
fit un pas en arrière.
—Ne sois pas stupide, dit le visage avec colère. Tu ferais mieux d
e sauver ta vie et de me
rejoindre... Ou alors, tu connaîtras le même sort que tes parents.
.. Ils sont morts en me
suppliant de leur faire grâce...
—MENTEUR ! s'écria Harry.
Quirrell reculait vers lui pour que Voldemort ne le perde pas de vue. Le
visage maléfique
souriait, à présent.
—Comme c'est émouvant... siffla-t-il. J'apprécie toujours le co
urage... Oui, mon garçon, les
parents ont été courageux... J'ai d'abord tué ton père et il
m'a résisté avec une grande
bravoure... Quant à ta mère, je n'avais pas prévu qu'elle meure
... mais elle essayait de te
protéger... Alors, donne-moi la Pierre sinon, elle sera morte en vain
.
—JAMAIS !
Harry bondit vers la porte enflammée.
—Attrape-le ! cria alors Voldemort.

D'un geste, Quirrell saisit le poignet de Harry. Celui-ci ressentit auss
itôt une douleur aiguë à
l'endroit de sa cicatrice. Il avait l'impression que sa tête allait s
e fendre en deux. Il se mit à
hurler en se débattant de toutes ses forces et à sa grande surpris
e, Quirrell le lâcha. Il eut
soudain beaucoup moins mal à la tête. Quirrell, en revanche, ét
ait plié en deux par la
douleur, le regard fixé sur ses doigts qui se couvraient d'ampoules à
vue d'œil, comme brûlés
par une flamme.
—Attrape-le ! ATTRAPE-LE ! répéta Voldemort.
A nouveau, Quirrell plongea sur Harry. Il le fit tomber à terre et l'
immobilisa en l'écrasant
sous lui, les deux mains serrées autour de son cou. La cicatrice devi
nt si douloureuse que
Harry en était presque aveuglé. Il parvenait cependant à distin
guer le visage de Quirrell qui
poussait des hurlements. Il semblait en proie à une effroyable souffr
ance.
—Maître ! Je n'arrive pas à le tenir, gémit-il. Mes mains...
mes mains !
Tout en maintenant Harry par terre avec ses genoux, Quirrell lâcha so
n cou et contempla
d'un air incrédule les paumes de ses mains. Harry voyait qu'elles é
taient complètement
brûlées, écarlates, la chair à vif.
—Alors, tue-le, imbécile ! Qu'on en finisse ! couina Voldemort de
sa voix suraiguë.
Quirrell leva le bras pour lancer un maléfice mortel, mais Harry, d'u
n geste instinctif, plaqua
les mains contre le visage de son ennemi.
—AAAAAAAAAARG !
Quirrell roula sur le sol, le visage également brûlé. Harry se
rendit compte que son
adversaire ne pouvait pas le toucher sans souffrir de terribles brûlu
res. Sa seule chance,
c'était de saisir Quirrell et de lui infliger une telle douleur qu'il
soit incapable de lancer un
sort.
Harry se releva d'un bond, attrapa le bras de Quirrell et serra de toute
s ses forces. Quirrell
poussa un hurlement en essayant de se dégager et Harry sentit à no
uveau la douleur de sa
cicatrice. Il ne voyait plus rien, il entendait seulement les horribles
cris de Quirrell ainsi que
les glapissements de Voldemort qui répétait:
—TUE-LE ! TUE-LE ! !
Il entendait aussi, peut-être dans sa propre tête, d'autres voix c
rier: « Harry ! Harry ! »
Soudain, il sentit le bras de Quirrell s'arracher à son étreinte e
t il comprit à ce moment que
tout était perdu. Il sombra alors dans une longue, longue, longue chu
te où tout n'était plus
que ténèbres.

Un objet doré brillait juste au-dessus de lui. Le Vif d'or ! Il essay
a de l'attraper, mais ses bras
étaient trop lourds.

Il cligna des yeux. Ce n'était pas du tout un Vif d'Or, c'était un
e paire de lunettes. Etrange.
Il cligna à nouveau des yeux et distingua alors le visage souriant d'Albus Dumbledore.
—Bonjour, Harry, dit-il.
Harry le regarda fixement. Puis il se souvint.
—La Pierre ! s'écria-t-il. C'était Quirrell ! C'est lui qui a v
olé la Pierre ! Vite !
—Calme-toi, mon garçon, tu es un peu en retard, dit Dumbledore. Qu
irrell n'a pas volé la
Pierre.
—Alors, qui ?
—Du calme, sinon, Madame Pomfresh va me jeter dehors.
Harry regarda autour de lui et se rendit compte qu'il se trouvait à l
'infirmerie de Poudlard, Il
était couché dans un lit avec des draps de lin blanc et juste à
côté, il y avait une table
couverte d'une quantité de friandises suffisante pour ouvrir un magas
in.
—Quelques cadeaux de la part de tes amis et admirateurs, dit Dumbledo
re, Ce qui s'est passé
dans les sous-sols du château, entre Quirrell et toi, est un secret absolu, par conséquent, toute
l'école est au courant. Je crois que ce sont tes amis Fred et George
Weasley qui t'ont envoyé
un siège de toilettes en pensant que ça t'amuserait. Mais Madame P
omfresh a trouvé que ce
ne serait peut-être pas très hygiénique et elle l'a confisqué
.
—Ça fait combien de temps que je suis là ?
—Trois jours. Mr Ronald Weasley et Miss Granger vont être grandeme
nt soulagés de voir
que tu es revenu à toi. Ils se sont terriblement inquiétés à
ton sujet.
—Mais la Pierre...
—Je vois qu'il est inutile d'essayer de te distraire. Très bien. A
lors... La Pierre, le professeur
Quirrell n'a pas réussi à te la prendre. Je suis arrivé à te
mps pour l'en empêcher, bien que tu
te sois admirablement débrouillé tout seul, je le reconnais.
—Vous étiez là ? Vous avez reçu le hibou d'Hermione ?
—Nous avons dû nous croiser dans les airs. J'étais à peine a
rrivé à Londres qu'il m'est
nettement apparu que ma place était à l'endroit que je venais de q
uitter. Et je suis revenu
juste à temps pour t'arracher à Quirrell...
—C'était vous ?
—J'avais peur qu'il soit trop tard...
—Il était moins une. Je n'aurais pas pu l'empêcher plus longtem
ps de prendre la Pierre.

—L'important, ce n'est pas la Pierre, c'est toi. L'effort que tu as fait a failli te tuer. Pendant un
moment, j'ai craint que ce ne soit le cas. Quant à la Pierre, elle a
été détruite.
—Détruite ? répéta Harry d'une voix blanche. Mais votre ami.
.. Nicolas Flamel...
—Ah, tu connais Nicolas ? dit Dumbledore qui avait l'air ravi. Tu as
vraiment bien fait les
choses. Eh bien, Nicolas et moi, nous avons eu une petite conversation e
t il nous est apparu
que tout était pour le mieux.
—Mais ça signifie que lui et sa femme vont mourir, non ?
—Il leur reste suffisamment d'élixir pour mettre leurs affaires en
ordre et ensuite, en effet, ils
vont mourir.
Dumbledore sourit en voyant l'air stupéfait de Harry.
—Pour quelqu'un d'aussi jeune que toi, je sais que c'est incroyable,
dit-il, mais pour Nicolas
et Pernelle, c'est comme d'aller se coucher à la fin d'une très, t
rès longue journée. Après tout,
pour un esprit équilibré, la mort n'est qu'une grande aventure de
plus. Tu sais, la Pierre
n'avait rien de si extraordinaire. Elle donnait autant d'argent et perme
ttait de vivre aussi
longtemps qu'on le souhaitait ! Les deux choses que la plupart des humai
ns désirent le plus
au monde, l'ennui, c'est que les humains ont un don pour désirer ce q
ui leur fait le plus de
mal.
Harry restait immobile, ne sachant que répondre. Dumbledore chanta un
petit air et regarda
le plafond en souriant.
—Monsieur ? dit enfin Harry. Je me demande... Même si la Pierre n'
existe plus, Vol... Je veux
dire, Vous-Savez-Qui...
—Tu peux l'appeler Voldemort, Harry. Nomme toujours les choses par leur nom. La peur d'un
nom ne fait qu'accroître la peur de la chose elle-même.
—Voldemort va chercher d'autres moyens de revenir, n'est-ce pas ? Je
veux dire qu'il n'a pas
complètement disparu ?
—Non, en effet. Il est toujours là, quelque part, peut-être à
la recherche d'un autre corps à
partager... Comme il n'est pas vraiment vivant, on ne peut pas le tuer.
Il a laissé mourir
Quirrell. Il montre aussi peu de pitié pour ses partisans que pour se
s ennemis. Tu as sans
doute réussi à retarder son retour au pouvoir, Harry, mais il se t
rouvera bien quelqu'un pour
reprendre un combat qui semble perdu... Pourtant, si à chaque fois, o
n continue à le retarder,
alors il est possible qu'il ne reprenne jamais le pouvoir.
Harry hocha la tête, mais il s'interrompit aussitôt car il avait e
ncore mal.
—Il y a d'autres choses que j'aimerais bien savoir, dit-il, si vous p
ouvez me les dire...
J'aimerais bien connaître la vérité sur ces choses-là.
—La vérité, soupira Dumbledore. Elle est toujours belle et terr
ible, c'est pourquoi il faut
l'aborder avec beaucoup de précautions. Mais je veux bien répondre
à tes questions, sauf si

j'ai de bonnes raisons de ne pas le faire, auquel cas, je te demande de
me pardonner. Mais
bien sûr, je ne te mentirai pas.
—Alors, voilà: Voldemort a dit qu'il a tué ma mère uniquemen
t parce qu'elle essayait de me
protéger. Mais pourquoi donc voulait-il me tuer ?
Cette fois, Dumbledore poussa un profond soupir.
—Hélas, la première question que tu me poses fait partie de cel
les auxquelles je ne peux pas
répondre. Aujourd'hui, en tout cas. Un jour, tu sauras, mais pour l'i
nstant, chasse cette
pensée de ton esprit. Quand tu seras plus grand... Je sais que tu n'a
imes pas ce genre de
phrase... Disons plutôt que quand tu seras prêt, tu comprendras.
Et Harry savait qu'il était inutile de discuter.
—Et pourquoi Quirrell ne pouvait pas me toucher sans se brûler ?
—Ta mère est morte pour te sauver la vie. S'il y a une chose que V
oldemort est incapable de
comprendre, c'est l'amour. Il ne s'est jamais rendu compte qu'un amour a
ussi fort que celui
que ta mère avait pour toi laisse sa marque. Pas une cicatrice, ou un
signe visible... Avoir été
aimé si profondément te donne à jamais une protection contre les autres, même lorsque la
personne qui a manifesté cet amour n'est plus là. Cet amour reste
présent dans ta chair.
Quirrell était plein de haine, de cupidité, d'ambition, il partage
ait son âme avec Voldemort et
c'est pour cela qu'il ne supportait pas de te toucher. Toucher quelqu'un
qui a été marque par
quelque chose d'aussi beau ne pouvait susciter en lui que de la souffran
ce.
Dumbledore manifesta un intérêt soudain pour un oiseau qui venait
de se poser sur le rebord
de la fenêtre, ce qui donna le temps à Harry de s'essuyer les yeux
avec son drap.
—Et la cape d'invisibilité ? demanda Harry, lorsqu'il eut retrouvé
sa voix. Vous savez qui me
l'a envoyée ?
—Ah... Il se trouve que ton père l'avait laissée en ma possessi
on et j'ai pensé que tu aimerais
peut-être l'avoir. C'est parfois utile... Quand il était au collè
ge, ton père s'en servait pour se
glisser jusqu'à la cuisine et voler des tas de choses à manger.
—J'ai encore une question...
—Vas-y.
—Quirrell a dit que Rogue...
—Le professeur Rogue.
—C'est ça, lui... Quirrell a dit que s'il me détest ait, c'était parce qu'il détestait aussi mon père.
C'est vrai ?
—En effet, ils se haïssaient cordialement. Un peu comme toi et Mr
Malefoy. Et ton père a fait
quelque chose qu'il n'a jamais pu lui pardonner.

—Quoi ?
—Il lui a sauvé la vie.
—Comment ?
—Oui, dit Dumbledore d'un air rêveur. C'est curieux comme les gens
réagissent, n'est-ce
pas ? Le professeur Rogue ne supportait pas d'avoir une dette envers ton
père... Je suis sûr
que s'il a fait tant d'efforts pour te protéger, cette année, c'es
t parce qu'il a pensé qu'ainsi ton
père et lui seraient quittes. Alors, il pourrait continuer à haï
r son souvenir en paix...
Harry essaya de comprendre ce que Dumbledore venait de lui dire, mais il
eut mal à la tête,
et il laissa tomber.
—Encore une dernière chose, dit Harry. Comment se fait-il que la P
ierre soit passée du
miroir dans ma poche ?
—Je suis content que tu m'aies posé cette question. C'était une
de mes idées les plus
brillantes, ce qui n'est pas peu dire, entre nous... Seul quelqu'un qui
désirait trouver la
Pierre—la trouver, pas s'en servir—pourrait la prendre, les autres ne verraient que leur reflet
fabriquer de l'or et boire l'élixir de longue vie. Mon intelligence m
e surprend moi-même,
parfois... Et maintenant, assez de questions. Si tu entamais ces friandi
ses ? Ah, les Dragées
surprises de Bertie Crochue ! Un jour, quand j'étais jeune, j'en ai t
rouvé une qui avait le goût
de poubelle. Depuis, j'ai peur d'en manger, mais toi, ne t'en prive surt
out pas ! Enfin, je pense
que je ne risque rien avec un caramel.
Il sourit et mit la dragée d'un brun doré dans sa bouche. Puis il
se mit à tousser.
—Quelle horreur ! De la cire des oreilles !

Madame Pomfresh était une femme charmante, mais très stricte.
—Seulement cinq minutes, supplia Harry.
—Il n'en est pas question.
—Vous avez bien laissé entrer le professeur Dumbledore...
—Bien entendu, c'est le directeur. Mais maintenant, tu as besoin de r
epos.
—Je me repose, regardez, je suis couché. S'il vous plaît, Madam
e Pomfresh...
—Bon, d'accord, mais pas plus de cinq minutes !
Et elle laissa entrer Ron et Hermione.
—Harry !

Hermione était sur le point de le serrer à nouveau dans ses bras,
mais elle se retint. Harry en
fut soulagé: il avait encore très mal à la tête.
—Harry, on pensait que tu allais... Dumbledore se faisait tellement d
e souci...
—Toute l'école ne parle que de ça, dit Ron. Alors, qu'est-ce qu
i s'est passé, en vrai ?
C'était une de ces rares circonstances où la vérité paraî
t encore plus étrange et plus
passionnante que les rumeurs. Harry leur fit un récit détaillé,
sans rien omettre : Quirrell, le
miroir, la Pierre, Voldemort. Ron et Hermione, bon public, l'écoutaie
nt en étouffant des
exclamations aux bons moments. Et lorsqu'il raconta ce qu'il y avait sou
s le turban de
Quirrell, Hermione poussa un cri.
—Alors, la Pierre n'existe plus ? dit Ron lorsque Harry eut terminé
. Et Flamel va mourir ?
—C'est ce que je lui ai dit, mais Dumbledore m'a répondu... Commen
t c'était, déjà ? Ah oui,
« pour un esprit équilibré, la mort n'est qu'une grande aventur
e de plus ».
—J'ai toujours dit qu'il était cinglé, remarqua Ron qui semblai
t impressionné de voir à quel
point son héros était fou.
—Et vous, qu'est-ce qui vous est arrivé ? demanda Harry.
—Je n'ai eu aucun mal à revenir sur mes pas, dit Hermione. J'ai ra
nimé Ron—il m'a fallu un
bout de temps—et on s'est précipités vers la volière pour en
voyer un mot à Dumbledore. C'est
juste à ce moment-là qu'on l'a rencontré dans le hall d'entré
e. Il était déjà au courant. Il nous
a dit: « Harry est allé le retrouver ? » et il a foncé au de
uxième étage.
—Tu crois qu'il voulait vraiment que tu y ailles ? demanda Ron. C'est
pour ça qu'il t'a envoyé
la cape d'invisibilité ?
—Si jamais c'est vrai, c'est terrible ! s'écria Hermione. Tu aurai
s pu te faire tuer !
—Ce n'est pas tout à fait ça, répondit Harry d'un air songeu
r. C'est un drôle de personnage,
ce Dumbledore. Je crois qu'il a voulu me donner une chance. Il doit savo
ir à peu près tout ce
qui passe à l'école et je pense qu'il devait se douter de notre pr
ojet, mais au lieu d'essayer de
nous arrêter, il a cherché à nous aider. Je ne crois pas que ce
soit un hasard s'il m'a laissé
découvrir comment le miroir fonctionnait. C'est un peu comme s'il me
reconnaissait le droit
d'affronter Voldemort face à face si je le pouvais...
—Décidément, Dumbledore est vraiment dingue, dit Ron avec fiert
é. Et maintenant, écoute: il
faut absolument que tu sois debout pour le banquet de fin d'année, de
main. Le compte des
points a été fait et bien entendu, ce sont les Serpentard qui ont
gagné la coupe. Tu n'étais pas
là pour le dernier match et on s'est fait écraser par les Serdaigl
e. Mais il y aura de bonnes
choses à manger.
A ce moment, Madame Pomfresh fit irruption dans la chambre.
—Ça fait presque un quart d'heure, maintenant. DEHORS ! dit-elle d
'un ton sans réplique.

Après une bonne nuit de sommeil, Harry se sentit à nouveau dans so
n état normal.
—Je veux aller au banquet, dit-il à Madame Pomfresh. Je peux, n'es
t-ce pas ?
—Le professeur Dumbledore a dit que tu avais le droit d'y assister, d
it-elle d'un ton pincé,
comme si elle était persuadée que Dumbledore ignorait les risques
que peut présenter un
festin. Et tu as un autre visiteur.
—Ah, très bien, dit Harry. Qui est-ce ?
Hagrid se glissa alors dans l'encadrement de la porte. Comme d'habitude,
il paraissait trop
grand par rapport à la pièce. Il s'assit au chevet de Harry et fon
dit en larmes.
—C'est... c'est ma faute... sanglota-t-il en plongeant son visage dan
s ses mains. J'ai dit à ce
misérable comment faire pour passer devant Touffu ! C'était la der
nière chose qu'il ne savait
pas et c'est moi qui l'ai dite ! Tu aurais pu en mourir ! Tout ça pou
r un œuf de dragon ! Je ne
boirai plus jamais ! On devrait me chasser et m'envoyer vivre chez les M
oldus !
—Hagrid ! s'exclama Harry, désolé de voir des larmes couler le
long de sa barbe. Il aurait
trouvé, de toute façon ! Il s'agit de Voldemort, ne l'oubliez pas.
Même si vous ne lui aviez rien
dit...
—Tu aurais pu en mourir, répéta Hagrid, le corps agité de sa
nglots. Et ne prononce pas ce
nom !
—VOLDEMORT ! cria Harry.
Hagrid parut si choqué qu'il cessa aussitôt de pleurer.
—Je l'ai vu, je peux l'appeler par son nom. Ne soyez pas triste, Hagr
id, nous avons sauvé la
Pierre et elle est détruite maintenant, il ne peut plus s'en servir.
Prenez donc un
Chocogrenouille, j'en ai plein.
Ah, au fait, ça me fait penser que j'ai un cadeau pour toi, dit Hagri
d en s'essuyant le nez d'un
revers de main.
—J'espère que ça n'est pas un sandwich à l'hermine.
—Mais non, sourit Hagrid, Dumbledore m'a accordé un jour de congé
hier pour le préparer.
Il aurait plutôt dû me renvoyer. Voilà...
Il lui donna un beau livre à la reliure de cuir. Harry l'ouvrit avec
curiosité: il était rempli de
photos de sorciers. A chaque page, son père et sa mère lui souriai
ent en lui adressant des
signes de la main.
—J'ai envoyé des hiboux à tous les amis d'école de tes paren
ts en leur demandant des photos.
Je savais que tu n'en avais pas. Ça te plaît ?

Harry fut incapable de parler et Hagrid le comprit très bien.

Ce soir-là, Harry quitta sa chambre pour assister au banquet. Madame
Pomfresh avait insisté
pour l'examiner une dernière fois et la Grande Salle était déjà
pleine lorsqu'il arriva enfin.
Elle était décorée aux couleurs vert et argent des Serpentard p
our célébrer leur septième
victoire consécutive. Une immense bannière déployée sur le m
ur, derrière la Grande Table,
montrait un serpent, symbole de leur maison.
Lorsque Harry fit son entrée, il y eut un soudain silence, puis les c
onversations reprirent
toutes en même temps. Il s'assit à la table des Gryffondor, entre
Ron et Hermione, et fit
semblant de ne pas remarquer que tout le monde se levait pour mieux le v
oir.
Heureusement, Dumbledore arriva à son tour et la rumeur des conversat
ions s'évanouit.
—Une autre année se termine, dit joyeusement Dumbledore, et je vais encore vous importuner
avec des bavardages de vieillard avant que nous entamions enfin ce dé
licieux festin. Quelle
année ! Fort heureusement, vos têtes sont un peu plus remplies qu'
auparavant... et vous avez
tout l'été pour les vider à nouveau en attendant le début de
l'année prochaine... Le moment est
maintenant venu de décerner la coupe des Quatre Maisons. Le décomp
te des points nous
donne le résultat suivant: en quatrième place, Gryffondor avec tro
is cent douze points. En
troisième, Poufsouffle avec trois cent cinquante- deux points. Serdaigle a obtenu quatre cent
vingt-six points et Serpentard quatre cent soixante-douze.
Un tonnerre d'applaudissements, d'acclamations et de trépignements explosa à la table des
Serpentard. Harry voyait Malefoy frapper la table avec son gobelet et ce
spectacle le rendait
malade.
—Oui, oui, très bien, Serpentard, reprit Dumbledore. Il convient c
ependant de prendre en
compte des événements récents.
Il y eut alors un grand silence et les sourires des Serpentard devinrent
moins triomphants.
—J'ai quelques points de dernière minute à distribuer, poursuiv
it Dumbledore. Voyons... Oui,
c'est ça... Je commencerai par Mr Ronald Weasley...
Ron devint écarlate. Il avait soudain l'air d'un radis qui aurait pri
s un coup de soleil.
—Pour la plus belle partie d'échecs qu'on ait jouée à Poudla
rd depuis de nombreuses années,
je donne à Gryffondor cinquante points.
Les acclamations des Gryffondor atteignirent presque le plafond enchanté. Les étoiles au-
dessus de leur tête parurent frémir.
—C'est mon frère ! disait Percy aux autres préfets. Mon plus je
une frère ! Il a réussi à
traverser l'échiquier géant de McGonagall !
Le silence revint.

—J'en viens maintenant à Miss Hermione Granger... Pour la froide l
ogique dont elle a fait
preuve face à des flammes redoutables, j'accorde à Gryffondor cinq
uante points.
Hermione enfouit sa tête dans ses bras. Harry la soupçonnait d'avo
ir fondu en larmes. Tout
autour de la table, les Gryffondor ne se tenaient plus de joie. Ils avai
ent cent points de plus.
—Enfin, parlons de Mr Harry Potter, reprit Dumbledore.
Un grand silence se fit dans la salle.
—Pour le sang-froid et le courage exceptionnels qu'il a manifestés
, je donne à Gryffondor
soixante points.
Le vacarme qui s'ensuivit fut assourdissant. Ceux qui étaient en é
tat de faire des additions
tout en s'égosillant savaient que Gryffondor avait à présent qu
atre cent soixante-douze
points—exactement le même nombre que Serpentard. Ils étaient ex
aequo. Si seulement
Dumbledore avait pu donner à Harry un seul point de plus !
Dumbledore leva la main et le silence revint peu à peu.
—Le courage peut prendre de nombreuses formes, dit-il avec un sourire
. Il faut beaucoup de
bravoure pour faire face à ses ennemis mais il n'en faut pas moins po
ur affronter ses amis. Et
par conséquent, j'accorde dix points à Mr Neville Londubat.
Quelqu'un qui se serait trouvé à l'extérieur de la Grande Salle
aurait pu penser qu'une
terrible explosion venait de se produire, tant le vacarme qui s'éleva
de la table des
Gryffondor était assourdissant. Harry, Ron et Hermione se levèrent
pour acclamer Neville
qui avait le teint livide et disparut bientôt sous les embrassades. J
usqu'alors, il n'avait pas
gagné le moindre point pour les Gryffondor. Harry donna un petit coup
de coude à Ron et lui
montra Malefoy. Abasourdi et horrifié, il semblait figé sur place
comme s'il avait subi le
maléfice du Saucisson.
—Ce qui signifie, poursuivit Dumbledore en essayant de couvrir le ton
nerre
d'applaudissements—car les Serdaigle et les Poufsouffle étaient ra
vis de la chute des
Serpentard—ce qui signifie que nous allons devoir changer la décor
ation de cette salle.
Il frappa dans ses mains et en un instant, le vert et argent se transfor
ma en rouge et or, et le
grand serpent disparut, remplacé par le lion altier des Gryffondor. R
ogue serra la main du
professeur McGonagall avec un horrible sourire qui n'avait rien de natur
el. Harry croisa son
regard et il sut aussitôt que les sentiments de Rogue à son égard n'avaient pas changé. Mais il
n'en éprouvait aucune contrariété. La vie redeviendrait normale
dès l'année prochaine, aussi
normale qu'elle pouvait l'être à Poudlard.
Ce fut la plus belle soirée que Harry eût jamais connue. Il éta
it encore plus heureux que le
jour où il avait gagné le match de Quidditch, plus heureux que le
soir de Noël, plus heureux
que lorsqu'ils avaient vaincu le troll. Il garderait à jamais le souv
enir de ces précieux
instants.

Harry en avait presque oublié le résultat des examens. A leur gran
de surprise, Ron et lui
avaient obtenu de bonnes notes. Hermione, bien entendu, avait été
la meilleure et même
Neville avait réussi à passer de justesse: sa bonne note en botani
que rattrapait celle,
catastrophique, qu'il avait obtenue en potions. Ils avaient espéré
que Goyle, qui était aussi
bête que méchant, serait renvoyé, mais lui aussi était passé
. Comme l'avait dit Ron, on ne
peut pas tout avoir dans la vie...
Bientôt, leurs armoires se vidèrent, leur valises furent fin prê
tes et le crapaud de Neville
s'égara dans un coin des toilettes. On distribua aux élèves des
avis qui les prévenaient que
l'usage de la magie était interdit pendant les vacances (« Chaque
année j'espère qu'ils vont
oublier de nous les donner », dit Fred). Hagrid leur fit traverser le lac dans ses barques et ils
s'installèrent dans le Poudlard Express qui les ramenait chez les Mol
dus. Tout le monde
parlait et riait tandis que le paysage devenait de plus en plus verdoyan
t. On mangeait des
Dragées surprises de Bertie Crochue et on enlevait les robes de sorci
er pour remettre vestes
et blousons. Enfin, ils arrivèrent sur la voie 9 ¾ de la gare de K
ing's Cross.
Ils mirent un certain temps pour quitter le quai. Un vieux gardien ridé
les faisait passer par
groupes de deux ou trois pour qu'ils n'attirent pas l'attention en surgi
ssant soudain au milieu
de la barrière. Inutile d'affoler les Moldus.
—Il faut que vous veniez à la maison, cet été, dit Ron à
Harry et Hermione. Je vous enverrai
un hibou.
—Merci, dit Harry. J'attends ça avec impatience.
Des voyageurs les bousculaient de tous côtés tandis qu'ils replong
eaient dans le monde des
Moldus. Harry entendait fuser autour de lui des « Au revoir, Harry, à
bientôt, Potter ! »
—Toujours célèbre, fit remarquer Ron avec un sourire.
—Pas là où je vais, je te le garantis !
—Le voilà, M'man, regarde, il est là ! dit une petite voix, alo
rs qu'ils franchissaient le
portillon.
C'était Ginny Weasley, la jeune sœur de Ron, mais ce n'était pa
s Ron qu'elle montrait du
doigt.
—Harry Potter ! s'écria-t-elle. Regarde, M'man ! Je le vois !
—Tais-toi un peu Ginny, et ne montre pas du doigt, c'est malpoli.
Mrs Weasley leur adressa un grand sourire.
—Vous avez eu une année chargée ? dit-elle.
—Très, répondit Harry. Merci pour le pull, Mrs Weasley.
—Oh, ce n'était rien.

—Alors, tu es prêt ?
C'était l'oncle Vernon, toujours moustachu, toujours écarlate, tou
jours furieux que Harry ait
l'audace de se promener avec un hibou dans une cage au milieu d'une gare
remplie de gens
parfaitement normaux, Derrière lui se tenaient la tante Pétunia et
Dudley qui eut l'air terrifié
dès qu'il vit Harry.
—Vous êtes la famille de Harry ? dit Mrs Weasley.
—Façon de parler, répliqua l'oncle Vernon. Dépêche-toi, m
on garçon, nous n'avons pas que
ça à faire.
Et il s'éloigna. Harry resta quelques instants avec Ron et Hermione.
—Alors, on se voit cet été ?
—J'espère que tu passeras de... de bonnes vacances, dit Hermione e
n jetant un drôle de
regard à l'oncle Vernon.
Elle n'avait encore jamais vu quelqu'un d'aussi désagréable.
—Oh, sûrement, répondit Harry avec un grand sourire. Eux, ils n
e savent pas que l'usage de
la magie est interdit à la maison. Je crois que je vais bien m'amuser
avec Dudley, cet été.

J.K. ROWLING, L'Auteur

J.K. Rowling est née en 1967 et a passé son enfance à Chepstow,
dans le comté de Gwent, au
pays de Galles. Elle a suivi des études à l'université d'Exete
r et est diplômée en langue et
littérature françaises. Elle a ensuite travaillé quelque temps
à Londres au sein de
l'association Amnesty International et a enseigné le français.
C'est en 1990 que l'idée de Harry Potter et de son école de magici
ens a commencé à germer
dans son esprit, alors qu'elle attendait un train qui avait du retard.
Elle ne possédait
exceptionnellement ni papier ni crayon sur elle pour les noter, mais le projet du livre était né.
Malheureusement, peu de temps après, sa mère est morte. « C'é
tait une lectrice boulimique,
se souvient-elle, et elle m'avait transmis sa passion. Elle savait que
j'écrivais je ne lui avais
jamais rien fait lire. Vous ne pouvez pas imaginer combien je le regret
te. Il y a un chapitre
dans le livre où Harry, qui a perdu ses parent, réussit à les v
oir dans un miroir magique, et je
sais que si je n'avais pas perdu ma mère, j'aurais traité cet é
pisode de façon plus légère. Sa
mort m'a fait beaucoup réfléchir sur ce à quoi je tenais vraiment. J'avais été assistante, puis
maître-auxiliaire à Paris dans le cadre de mes études et cette
expérience m'avait beaucoup
plu. J'avais très envie de la renouveler. C'est la raison pour laqu
elle, neuf mois plus tard, je
suis partie au Portugal, pour enseigner l'anglais. »
C'est là que J.K. Rowling a commencé à écrire les trois prem
iers chapitres de son livre. Puis
elle a épousé un journaliste portugais et a eu une petite fille, J
essica. Après son divorce,

quelques mois plus tard, elle est partie s'installer à Édimbourg o
ù elle ne connaissait
absolument personne en dehors de sa sœur. Elle vivait dans un studio
avec sa petite fille et se
trouvait au chômage. Pendant six mois, elle s'est consacrée à
l'écriture de son livre. Elle
avait pris l'habitude de promener sa fille jusqu'à ce qu'elle s'endor
me dans sa poussette, puis
elle entrait dans un café, éparpillait ses feuilles sur une table
et se mettait à écrire avec
frénésie. Une fois son roman achevé, elle a tapé elle-mê
me son manuscrit dont elle a envoyé
une première partie a deux agents littéraires. Elle s'attendait à
essuyer un refus, mais la
première lettre de réponse disait : « Merci, nous serions trè
s heureux de pouvoir recevoir le
solde de votre manuscrit et de vous proposer une offre pour en avoir l'e
xclusivité. » « C'était
la plus belle lettre de ma vie et je l'ai lue au moins huit fois », s
e souvient-elle. Le plus grand
agent venait d'acheter son livre. Il fut vendu aux enchères aux Etat
s-Unis avec la plus grosse
avance jamais versée à un auteur pour la jeunesse.

Le succès du livre, tant en Angleterre qu'a l'étranger, ne cesse d
e se confirmer depuis sa
parution. Le roman a déjà été couronné par de nombreux p
rix dont : le Smarties Book
Award, le National Book Award, le Children's Book Award et a figuré d
ans les plus
prestigieuses sélections de livres. Mais son auteur, que l'on compar
e déjà à Roald Dahl, a
déjà pensé à la suite. J.K. Rowling a terminé le deuxiè
me livre des aventure de Harry Potter,
aujourd'hui à la tête des best-sellers en Grande-Bretagne ! Il n'
est pas étonnant que l'idée de
J.K. Rowling selon laquelle certains enfants ont, sans le savoir, des po
uvoirs magiques, ait
frappé l'imagination de ses jeunes lecteurs. Quelle liberté, quel
pouvoir !
X