Harry Potter et la Coupe de feu

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J.K. Rowling
H ARRY P OTTER
T OME 4
H ARRY P OTTER ET LA
C OUPE DE FEU
( Harry Potter and the Goblet of Fire , 2000 )
Traduction de Jean-François Ménard

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 3 / 1147
À Peter Rowling,
en souvenir de Mr Ridley
et à Susan Sladden,
qui a aidé Harry à sortir de son placard.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 4 / 1147
1
L A MAISON DES « J EUX DU SORT »
es habitants de Little Hangleton
l’appelaient toujours la maison des « Jeux
du sort », même s’il y avait de nombreuses années
que la famille Jedusor n’y vivait plus. Elle se
dressait au sommet d’une colline dominant le
village, certaines de ses fenêtres condamnées par
des planches, le toit dépourvu de tuiles en
plusieurs endroits, la façade envahie d’un lierre
épais qui poussait en toute liberté. Autrefois, le
manoir avait eu belle apparence, c’était sans nul
doute le plus grand et le plus majestueux édifice à
des kilomètres à la ronde mais, à présent, la
maison des « Jeux du sort » n’était plus qu’une
bâtisse humide, délabrée, déserte. L
Les villageois s’accordaient à dire que la maison
faisait « froid dans le dos ». Un demi-siècle plus
tôt, un événement étrange et terrifiant s’y était
produit, quelque chose que les plus anciens du
village se plaisaient encore à évoquer lorsqu’il n’y

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 5 / 1147
avait rien de plus récent pour alimenter les potins.
L’histoire avait été racontée tant de fois, enjolivée
si souvent, que plus personne n’aurait su dire où
était vraiment la vérité. En tout cas, toutes les
versions du récit commençaient de la même
manière : cinquante ans plus tôt, à l’aube d’une
belle matinée d’été, alors que la maison de la
famille Jedusor était encore une imposante
résidence soigneusement entretenue, une servante
était entrée dans le grand salon et y avait trouvé
les cadavres des trois Jedusor.
La servante s’était précipitée au village et avait
alerté à grands cris tous ceux qu’elle rencontrait
sur son passage.
— Ils sont allongés par terre les yeux grands
ouverts ! Froids comme la glace ! Encore habillés
pour le dîner !
On avait appelé la police et tout le village de
Little Hangleton avait bouillonné d’une curiosité
indignée et d’une excitation mal déguisée.
Personne, cependant, n’avait gaspillé sa salive à
déplorer la disparition des Jedusor qui n’avaient
jamais suscité une grande sympathie alentour. Mr
et Mrs Jedusor, un couple âgé, étaient riches,
arrogants, mal élevés, et leur fils déjà adulte, Tom,
se montrait encore pire que ses parents. Tout ce
qui importait aux villageois, c’était de connaître

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l’identité du meurtrier – le crime ne faisant aucun
doute, car trois personnes apparemment en bonne
santé n’auraient pu mourir subitement de mort
naturelle le même soir.
Au Pendu , le pub du village, le commerce avait
bien marché, ce soir-là ; tout le monde s’y était
rassemblé pour parler du triple meurtre. Et
personne n’avait regretté d’avoir abandonné son
fauteuil au coin du feu lorsque, en plein milieu des
conversations, la cuisinière des Jedusor avait fait
une entrée spectaculaire pour annoncer à
l’assistance soudain silencieuse qu’un homme du
nom de Frank Bryce venait d’être arrêté.
— Frank ! s’étaient écriés plusieurs clients. C’est
impossible !
Frank Bryce était le jardinier des Jedusor. Il
vivait seul dans une maisonnette délabrée située
dans le domaine qui entourait le manoir. Frank
était revenu de la guerre avec une jambe raide et
une profonde aversion pour la foule et le bruit.
Depuis, il travaillait au service des Jedusor.
Tout le monde s’était précipité pour offrir à
boire à la cuisinière et obtenir d’autres détails.
— J’ai toujours pensé qu’il était bizarre, avait-
elle dit aux villageois pendus à ses lèvres, après
avoir vidé son quatrième verre de xérès. Pas très
aimable, pour tout dire. Je crois même qu’il ne

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m’est jamais arrivé de lui offrir la moindre tasse de
thé. Il ne voulait pas se mêler aux autres, jamais.
— Faut le comprendre, avait dit une femme
accoudée au comptoir, Frank, il a beaucoup
souffert pendant la guerre. Maintenant, il aime
bien être tranquille. Ce n’est pas pour ça qu’il
aurait…
— Et qui donc possédait la clé de la porte de
service ? l’avait interrompue la cuisinière. Il y a
toujours eu une clé de cette porte dans la maison
du jardinier ! Personne n’a forcé la serrure, la nuit
dernière ! Il n’y a pas de carreau cassé ! Tout ce
que Frank a eu besoin de faire, c’était de se glisser
dans la maison pendant qu’on était tous en train
de dormir…
Les villageois avaient alors échangé de sombres
regards.
— Moi, je lui ai toujours trouvé l’air mauvais,
avait grogné un homme au comptoir.
— La guerre lui a fait un drôle d’effet, si vous
voulez mon avis, avait ajouté le patron du pub.
— Je te l’ai souvent dit que j’aimerais mieux ne
jamais l’a voir contre moi, pas vrai, Dot ? avait
lancé une femme surexcitée, assise dans un coin.
— Un caractère épouvantable, avait approuvé la
dénommée Dot en hochant vigoureusement la
tête. Je me souviens, quand il était petit…

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Le lendemain matin, il n’y avait quasiment plus
personne, à Little Hangleton, pour douter que
Frank Bryce fût bel et bien l’assassin des Jedusor.
Mais dans la ville voisine de Great Hangleton,
dans le poste de police sombre et miteux où il était
interrogé, Frank répétait obstinément,
inlassablement, qu’il était innocent et que la seule
personne qu’il avait vue s’approcher de la maison,
le jour de la mort des Jedusor, était un jeune
homme pâle aux cheveux bruns, étranger au
village. Personne d’autre n’avait vu ce garçon et la
police était persuadée que Frank l’avait tout
simplement inventé.
Puis, au moment où la situation devenait
vraiment grave pour Frank, les conclusions de
l’autopsie pratiquée sur les cadavres des Jedusor
étaient arrivées et avaient tout bouleversé.
La police n’avait jamais lu un rapport aussi
étrange. Une équipe de médecins légistes avait
examiné les corps et en avait conclu qu’aucun des
trois membres de la famille Jedusor n’avait été ni
empoisonné, ni poignardé, ni tué avec une arme à
feu, ni étranglé, ni étouffé. Apparemment,
personne ne leur avait fait le moindre mal. Pour
tout dire, concluait le rapport sur un ton qui ne
cherchait pas à dissimuler la stupéfaction de ses
auteurs, les Jedusor paraissaient en parfaite santé

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– en dehors du fait qu’ils étaient morts. Les
médecins notaient toutefois (comme s’ils avaient
voulu à tout prix trouver quelque chose d’anormal)
que les Jedusor avaient tous les trois sur le visage
une expression de terreur – mais, comme l’avaient
fait remarquer les policiers passablement
contrariés, qui donc avait jamais entendu dire
qu’on puisse provoquer la mort simultanée de
trois personnes en se contentant de leur faire
peur ?
Comme il n’existait aucune preuve d’assassinat,
la police avait dû relâcher Frank. On avait enterré
les Jedusor dans le cimetière de Little Hangleton,
derrière l’église, et leurs tombes étaient restées
pendant longtemps un objet de curiosité. À la
grande surprise de tous, et dans une atmosphère
de suspicion, Frank Bryce était retourné vivre
dans sa maisonnette, sur le domaine qui entourait
la résidence des Jedusor.
— Si vous voulez mon avis, c’est lui l’assassin et
je me fiche bien de ce que dit la police, avait
commenté Dot au pub du Pendu . Et s’il avait un
peu de décence, il partirait d’ici. Il sait bien que
tout le monde est au courant que c’est lui qui les a
tués.
Mais Frank n’était pas parti. Il avait continué à
s’occuper du jardin pour le compte de la famille

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qui avait racheté la maison des Jedusor, puis pour
la famille qui lui avait succédé – car personne n’y
restait bien longtemps. Peut-être était-ce en partie
à cause de Frank que chaque nouveau propriétaire
affirmait se sentir mal à l’aise dans cet endroit qui,
en l’absence d’occupants, avait commencé à
tomber en ruine.
Le riche propriétaire qui possédait à présent la
maison des Jedusor n’y habitait pas et ne la
destinait à aucun usage ; dans le village, on disait
qu’il la gardait pour des « raisons fiscales », même
si personne ne savait exactement ce que cela
pouvait bien signifier. En tout cas, il continuait de
payer Frank pour s’occuper du jardin. Frank
approchait à présent de son soixante-dix-septième
anniversaire. Il était sourd et sa jambe était
devenue plus raide que jamais. Pourtant, les jours
de beau temps, on le voyait encore s’affairer
autour des massifs de fleurs, même si les
mauvaises herbes commençaient à l’emporter sur
lui.
Les mauvaises herbes n’étaient d’ailleurs pas le
seul souci de Frank. Les enfants du village avaient
pris l’habitude de jeter des pierres dans les
carreaux de la maison des « Jeux du sort » et
roulaient à bicyclette sur les pelouses que Frank

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s’efforçait d’entretenir avec tant de constance. Une
ou deux fois, par défi, ils étaient même entrés dans
la maison en forçant la porte. Ils savaient que le
vieux Frank était très attaché au domaine et ils
s’amusaient beaucoup à le voir traverser le jardin
en boitant, un bâton à la main, hurlant contre eux
de sa voix rauque. Frank, pour sa part, pensait que
les enfants s’acharnaient ainsi contre lui parce
que, comme leurs parents et leurs grands-parents,
ils le prenaient également pour un assassin. Aussi,
lorsque le vieil homme se réveilla une nuit du mois
d’août et vit que quelque chose de très bizarre se
passait dans la vieille maison, il crut simplement
que les enfants avaient franchi un pas de plus dans
leurs tentatives de le punir du crime qu’ils lui
attribuaient.
Ce fut la jambe raide de Frank qui le réveilla ;
elle lui faisait de plus en plus mal dans ses vieux
jours. Il se leva et descendit l’escalier en
claudiquant, dans l’intention d’aller à la cuisine
remplir à nouveau sa bouillotte d’eau chaude pour
soulager la douleur de son genou. Debout devant
l’évier pendant qu’il faisait couler l’eau dans la
bouilloire, il leva les yeux vers la maison et vit une
lumière scintiller derrière les plus hautes fenêtres.
Frank devina tout de suite ce qui devait se passer.
Les enfants étaient à nouveau entrés dans la

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maison et, à en juger par cette lueur tremblotante,
ils avaient allumé un feu.
Frank n’avait pas le téléphone et, d’ailleurs, il
s’était toujours méfié de la police depuis qu’elle
l’avait accusé du meurtre des Jedusor. Il posa la
bouilloire, remonta l’escalier aussi vite que le lui
permettait sa jambe raide puis redescendit dans la
cuisine après s’être habillé et avoir pris une vieille
clé rouillée, pendue à un crochet près de la porte.
Au passage, il saisit sa canne posée contre le mur
et sortit dans la nuit.
Ni la porte d’entrée de la maison ni les fenêtres
ne semblaient avoir été fracturées. Frank fit le tour
par-derrière et s’arrêta devant une porte presque
entièrement dissimulée par le lierre. Il sortit alors
sa vieille clé, la glissa dans la serrure et ouvrit la
porte sans faire de bruit.
Il pénétra dans la cuisine, aussi vaste qu’une
caverne. Il y avait des années qu’il n’y était plus
entré ; pourtant, malgré l’obscurité qui y régnait, il
se rappelait où se trouvait la porte donnant sur
l’entrée et il s’avança à tâtons, dans une odeur de
moisi, l’oreille tendue pour essayer de percevoir
des bruits de pas ou des voix au-dessus de sa tête.
Il atteignit le vestibule, un peu moins sombre
grâce aux grandes fenêtres à meneaux qui
encadraient la porte d’entrée, et commença à

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monter l’escalier aux marches recouvertes d’une
épaisse poussière qui étouffait le bruit de ses pas
et de sa canne.
Parvenu sur le palier, Frank tourna à droite et
vit tout de suite où se trouvaient les intrus : au
bout du couloir, une porte était entrouverte et la
même lueur tremblotante brillait par
l’entrebâillement, projetant une longue traînée
d’or sur le sol obscur. À petits pas, Frank
s’approcha, empoignant fermement sa canne.
Lorsqu’il ne fut plus qu’à quelques dizaines de
centimètres, il aperçut l’intérieur de la pièce dans
l’espace que délimitait l’étroite ouverture de la
porte.
Il eut alors la confirmation de ce qu’il avait
deviné : quelqu’un avait allumé un feu dans la
cheminée. Il s’immobilisa et écouta attentivement,
car une voix lui parvenait de la pièce ; pas une voix
d’enfant, mais une voix d’homme, qui semblait
timide, craintive.
— Il en reste un peu dans la bouteille, Maître, si
vous avez encore faim.
— Plus tard, répondit une deuxième voix.
C’était aussi une voix d’homme mais elle était
étrangement aiguë, et froide comme un coup de
vent glacé. Quelque chose dans cette voix fit se
dresser les quelques cheveux épars qui restaient

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sur la nuque de Frank.
— Rapproche-moi du feu, Queudver.
Frank tourna vers la porte son oreille droite,
celle avec laquelle il entendait le mieux. Il y eut le
tintement d’une bouteille qu’on pose sur une
surface dure, puis le son sourd d’un gros fauteuil
traîné sur le sol. Frank aperçut un petit homme
qui poussait le fauteuil en tournant le dos à la
porte. Il portait une longue cape noire et avait le
crâne un peu dégarni. Bientôt, il disparut à
nouveau de son champ de vision.
— Où est Nagini ? demanda la voix glaciale.
— Je… je ne sais pas, Maître, répondit la
première voix d’un ton mal à l’aise. Je pense qu’il a
dû partir explorer la maison…
— Il faudra le traire avant de se coucher,
Queudver, reprit la deuxième voix. J’aurai besoin
de me nourrir au cours de la nuit. Ce voyage m’a
grandement fatigué.
Le front plissé, Frank inclina sa bonne oreille
un peu plus près de la porte, essayant d’entendre
le mieux possible ce qui se disait dans la pièce. Il y
eut un silence, puis l’homme qui s’appelait
Queudver parla à nouveau :
— Maître, puis-je vous demander combien de
temps nous allons rester ici ?
— Une semaine, répondit la voix glaciale. Peut-

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être plus. Cet endroit offre un confort relatif et il
n’est pas encore temps de mettre le plan en action.
Il serait stupide d’agir avant que la Coupe du
Monde de Quidditch soit terminée.
Frank enfonça dans son oreille un doigt noueux
et le fit tourner à plusieurs reprises. C’était sans
doute à cause d’un bouchon de cire qu’il avait
entendu prononcer le mot « Quidditch », qui ne
voulait rien dire du tout.
— La… la Coupe du Monde de Quidditch,
Maître ? dit Queudver. (Frank enfonça encore plus
vigoureusement son doigt dans l’oreille.)
Pardonnez-moi, mais… je ne comprends pas…
Pourquoi faudrait-il attendre que la Coupe du
Monde soit terminée ?
— Parce que, espèce d’idiot, c’est le moment où
les sorciers du monde entier vont se précipiter
dans le pays et où tous les fouineurs du ministère
de la Magie seront sur le qui-vive pour déceler le
moindre signe d’activité anormale. Ils vont passer
leur temps à contrôler et recontrôler toutes les
identités. Ils seront obsédés par la sécurité, de
peur que les Moldus remarquent quoi que ce soit.
Nous allons donc attendre.
Frank renonça à déboucher son oreille. Il avait
entendu distinctement les mots « ministère de la
Magie », « sorciers » et « Moldus ». De toute

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évidence, chacun de ces termes possédait un sens
secret et, pour Frank, il n’y avait que deux sortes
de gens qui aient besoin d’un code pour parler
entre eux – les espions et les criminels. Frank
serra plus fort sa canne entre ses doigts et écouta
avec plus d’attention que jamais.
— Vous êtes donc toujours aussi décidé,
Maître ? demanda Queudver d’une voix douce.
— Je suis très décidé, sans nul doute,
Il y avait à présent quelque chose de menaçant
dans la voix glaciale.
Un bref silence suivit, puis Queudver reprit la
parole, les mots s’échappant précipitamment de
ses lèvres, comme s’il se forçait à dire tout ce qu’il
avait en tête avant que ses nerfs le trahissent.
— Il serait possible de le faire sans Harry
Potter, Maître.
Nouveau silence, plus prolongé, puis :
— Sans Harry Potter ? dit la deuxième voix
dans un souffle. Vraiment ?
— Maître, je ne dis pas cela par souci de
protéger ce garçon ! assura Queudver, sa voix
montant dans les aigus, comme un grincement. Il
ne représente rien pour moi, rien du tout !
Simplement, si nous nous servions d’une autre
sorcière ou d’un autre sorcier – n’importe quel
sorcier – la chose pourrait être accomplie

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beaucoup plus vite ! Si vous m’autorisiez à vous
laisser seul pendant un bref moment – vous savez
que j’ai une faculté de déguisement très efficace –
je pourrais être de retour ici en deux jours
seulement avec la personne qui conviendrait…
— Je pourrais me servir d’un autre sorcier, dit
doucement l’autre voix, c’est vrai…
— Ce serait judicieux, dit Queudver qui
semblait soudain profondément soulagé. Mettre la
main sur Harry Potter présenterait de terribles
difficultés, il est si bien protégé…
— Et donc, tu te proposes d’aller me chercher
un remplaçant ? Je me demande… Peut-être que la
tâche de me soigner a fini par te lasser, Queudver ?
Cette suggestion de renoncer au plan prévu ne
serait-elle qu’une tentative de m’abandonner ?
— Maître ! Je… je n’ai aucun désir de vous
abandonner, pas du tout…
— Ne me mens pas ! siffla la deuxième voix. Je
le sais toujours lorsqu’on me ment, Queudver ! Tu
regrettes d’être revenu auprès de moi. Je te
dégoûte. Je te vois tressaillir chaque fois que tu me
regardes, je te sens frissonner quand tu me
touches…
— Non ! Ma dévotion à Votre Excellence…
— Ta dévotion n’est rien d’autre que de la
couardise. Tu ne serais pas ici si tu avais un autre

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 18 / 1147
endroit où aller. Comment pourrais-je survivre
sans toi, alors qu’il m’est impossible de rester plus
de quelques heures sans nourriture ? Qui va traire
Nagini ?
— Mais vous avez l’air d’avoir repris beaucoup
de forces, Maître…
— Menteur, dit la deuxième voix dans un
souffle. Je n’ai pas repris de forces et quelques
jours de solitude suffiraient à me dépouiller de la
maigre santé que j’ai retrouvée par tes soins
maladroits. Silence !
Queudver, qui avait commencé à balbutier des
paroles incohérentes, se tut aussitôt. Pendant
quelques secondes, Frank n’entendit rien d’autre
que le craquement du feu dans la cheminée. Le
deuxième homme reprit alors la parole dans un
murmure qui ressemblait presque à un sifflement.
— J’ai mes raisons pour vouloir me servir de ce
garçon, comme je te l’ai déjà expliqué, et je ne me
servirai de personne d’autre. J’ai attendu treize
ans. J’attendrai bien quelques mois de plus. Quant
à la protection dont il bénéficie, je suis convaincu
que mon plan parviendra à la neutraliser. Il suffit
que tu fasses preuve d’un peu de courage,
Queudver – un courage que tu devras trouver en
toi, à moins que tu ne souhaites subir dans toute
son ampleur la colère de Lord Voldemort…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 19 / 1147
— Maître, il faut que je vous parle ! dit
Queudver d’une voix qui trahissait à présent la
panique. Tout au long de notre voyage, j’ai
retourné ce plan dans ma tête. Maître, la
disparition de Bertha Jorkins ne passera pas
longtemps inaperçue et si nous continuons, si je
jette un sort…
— Si ? murmura la deuxième voix. Si ? Si tu suis
le plan prévu, Queudver, le ministère ne saura
jamais que quelqu’un d’autre a disparu. Tu le feras
tranquillement, discrètement ; je voudrais pouvoir
le faire moi-même, mais dans l’état où je me
trouve… Allons, Queudver, encore un obstacle à
supprimer et le chemin qui mène à Harry Potter
sera libre. Je ne te demande pas d’agir seul.
Lorsque le moment sera venu, mon fidèle serviteur
nous aura rejoints…
— Je suis un fidèle serviteur, dit Queudver d’un
ton où perçait un très net désenchantement.
— Queudver, j’ai besoin de quelqu’un
d’intelligent et de quelqu’un dont la loyauté n’ait
jamais faibli. Malheureusement, tu ne remplis
aucune de ces deux conditions.
— J’ai réussi à découvrir votre retraite, répondit
Queudver, la voix un peu boudeuse. Je suis celui
qui vous a retrouvé. Et c’est moi qui vous ai amené
Bertha Jorkins.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 20 / 1147
— C’est vrai, admit l’autre d’un ton amusé. Une
idée brillante que je n’aurais jamais attendue de
toi, Queudver. Mais, en vérité, tu ne savais pas à
quel point elle me serait utile lorsque tu l’as
capturée, n’est-ce pas ?
— Je… je pensais qu’elle pourrait vous servir,
Maître…
— Menteur, répéta la deuxième voix avec un
amusement de plus en plus cruel. Je reconnais
cependant qu’elle nous a révélé quelque chose
d’inestimable. Sans elle, je n’aurais jamais pu
échafauder notre plan et tu recevras ta
récompense pour cela, Queudver. Je vais te laisser
le soin d’accomplir pour moi une tâche essentielle.
Nombre de mes partisans seraient prêts à donner
leur main droite pour se voir confier une telle
mission…
— Vr … vraiment, Maître ? Qu’est-ce que… ?
Queudver paraissait à nouveau terrifié.
— Allons, Queudver, tu ne voudrais pas que je
gâche la surprise ? Ton rôle viendra tout à la fin…
mais je te le promets, tu auras l’honneur de m’être
aussi utile que Bertha Jorkins.
— Vous… Vous… La voix de Queudver était
devenue brusquement rauque, comme s’il avait la
gorge sèche.
— Vous… allez… me tuer aussi ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 21 / 1147
— Queudver, Queudver ! dit la voix glaciale
d’un ton doucereux. Pourquoi te tuerais-je ? J’ai
tué Bertha parce que j’y étais obligé. Elle ne
pouvait plus servir à rien après avoir subi mon
interrogatoire, elle était devenue tout à fait inutile.
De toute façon, on lui aurait posé des questions
très embarrassantes si elle était revenue au
ministère en racontant qu’elle t’avait rencontré
pendant ses vacances. Les sorciers qui sont censés
être morts devraient éviter de croiser des sorcières
du ministère de la Magie dans les auberges de
campagne…
Queudver marmonna quelque chose à voix si
basse que Frank ne put l’entendre, mais l’autre
homme éclata de rire – un rire totalement
dépourvu de joie, aussi froid que sa façon de
parler.
— Nous aurions pu modifier sa mémoire ?
Mais les sortilèges d’Amnésie peuvent très bien
être rompus par un mage aux pouvoirs puissants
comme j’en ai donné la preuve lorsque je l’ai
interrogée. Ce serait justement une insulte à sa
mémoire de ne pas se servir de ce que j’ai réussi à
lui arracher, Queudver.
Dans le couloir, Frank se rendit soudain
compte que la main qu’il tenait serrée sur sa canne
était devenue moite. L’homme à la voix glaciale

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 22 / 1147
avait tué une femme. Il en parlait sans la moindre
nuance de remords – il en parlait même avec
amusement . C’était un homme dangereux – un
fou. Et il préparait d’autres crimes. Ce garçon,
Harry Potter – de qui s’agissait-il, il n’en savait
rien –, était en danger.
Frank savait ce qu’il devait faire. C’était le
moment ou jamais d’aller prévenir la police. Il
allait ressortir sans bruit de la maison et se
précipiter vers la cabine téléphonique du village…
Mais la voix glaciale reprit la parole et Frank resta
figé sur place, l’oreille tendue.
— Un autre sort à jeter… mon fidèle serviteur
de Poudlard… Harry Potter sera entre mes mains,
Queudver. C’est décidé. Il n’y aura plus de
discussion. Mais, chut… Il me semble entendre
Nagini…
Et aussitôt, la voix de l’homme changea. Il se
mit à faire des bruits que Frank n’avait encore
jamais entendus ; il sifflait, crachait, sans
reprendre son souffle. Frank pensa qu’il devait
avoir une crise de quelque chose, une attaque,
peut-être.
Puis Frank entendit un bruit derrière lui, dans
le couloir obscur. Lorsqu’il se retourna, il fut
paralysé de terreur.
Quelque chose ondulait sur le sol, quelque

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 23 / 1147
chose qui s’avança peu à peu dans la faible lueur
que diffusaient par la porte entrebâillée les
flammes de la cheminée. Frank vit alors avec
épouvante qu’il s’agissait d’un gigantesque serpent
d’au moins trois mètres de long. Horrifié, pétrifié,
il regarda d’un air hébété son long corps ondoyant
dessiner dans l’épaisse poussière du sol une large
trace sinueuse à mesure qu’il approchait. Que
fallait-il faire ? La seule issue, c’était d’aller se
réfugier dans la pièce où deux hommes
tranquillement installés s’entretenaient des
meurtres qu’ils prévoyaient de commettre ;
pourtant, s’il restait là où il était, le serpent allait
sûrement le tuer…
Avant qu’il ait eu le temps de prendre une
décision, le reptile était arrivé à sa hauteur.
Incrédule, il le vit alors passer devant lui sans le
toucher ; un véritable miracle ! Le serpent se
laissait guider par les sifflements et les
crachotements que produisait la voix glaciale, à
l’intérieur de la pièce et, en quelques secondes, le
bout de sa queue aux écailles en losanges disparut
par la porte entrouverte.
Frank avait maintenant le front aussi moite que
sa main, qui tremblait en serrant sa canne. Dans la
pièce, la voix continuait de siffler et Frank eut
soudain une étrange pensée, une pensée absurde…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 24 / 1147
Cet homme avait la faculté de parler aux
serpents .
Frank ne comprenait pas ce qui se passait. Il ne
souhaitait plus qu’une seule chose, à présent :
retourner dans son lit avec sa bouillotte d’eau
chaude. Mais ses jambes ne semblaient pas
décidées à bouger. Tandis qu’il restait là à
trembler en essayant de reprendre ses esprits, la
voix glaciale recommença à parler normalement :
— Nagini a des nouvelles intéressantes à nous
apprendre, Queudver, dit-elle.
— Vr … vraiment, Maître ? balbutia Queudver.
— Vraiment, oui, reprit la voix. À l’en croire, il y
a derrière la porte un vieux Moldu qui écoute tout
ce que nous disons.
Frank n’avait aucune possibilité de se cacher.
Des bruits de pas retentirent et la porte s’ouvrit
brusquement.
Un petit homme au front dégarni, les cheveux
grisonnants, se tenait devant lui. Son visage
exprimait une inquiétude mêlée de terreur.
— Invite-le donc, Queudver. As-tu oublié les
bonnes manières ?
La voix glaciale s’élevait du vieux fauteuil, près
de la cheminée, mais Frank ne parvenait pas à voir
l’homme qui parlait. Le serpent était devant l’âtre,
lové sur le tapis mangé aux mites, comme une

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 25 / 1147
horrible caricature de chien.
Queudver fit signe à Frank d’entrer dans la
pièce. Bien qu’il ne fût pas encore remis du choc,
Frank se cramponna fermement à sa canne et
franchit la porte de son pas claudicant.
Les flammes de la cheminée constituaient la
seule source de lumière, projetant sur les murs des
ombres qui s’étiraient comme des toiles
d’araignée. Frank fixa du regard le dos du fauteuil.
L’homme qui y était assis devait être encore plus
petit que son serviteur car on ne voyait même pas
le sommet de sa tête dépasser du dossier.
— Tu as tout entendu, Moldu ? demanda la voix
glaciale.
— Comment m’avez-vous appelé ? lança Frank
sur un ton de défi car, maintenant qu’il était dans
la pièce, maintenant que le moment était venu
d’agir, il se sentait plus courageux, comme
lorsqu’il avait fait la guerre.
— Je t’ai appelé Moldu, répondit
tranquillement la voix. Cela signifie que tu n’es pas
un sorcier.
— J’ignore ce que vous entendez par sorcier,
répliqua Frank, la voix de plus en plus ferme. Tout
ce que je sais, c’est que j’en ai suffisamment
entendu ce soir pour intéresser la police, croyez-
moi. Vous avez commis un meurtre et vous avez

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 26 / 1147
l’intention d’en commettre un autre ! Et je vais
vous dire une chose, ajouta-t-il sous l’effet d’une
soudaine inspiration, ma femme sait que je suis ici
et si je ne reviens pas…
— Tu n’as pas de femme, dit la voix glaciale
d’un ton parfaitement calme. Personne ne sait que
tu es ici. Tu n’as dit à personne où tu allais. Ne
mens pas à Lord Voldemort, Moldu, car il sait
toujours tout…
— Voyez-vous ça ? répliqua Frank d’un ton
abrupt. Un Lord, vraiment ? Eh bien, permettez-
moi de vous dire que vos manières laissent à
désirer, Mylord . Vous pourriez au moins vous
tourner et me regarder en face, comme un homme,
vous ne croyez pas ?
— Justement, je ne suis pas un homme, Moldu,
répondit la voix glaciale qui parvenait à peine à
dominer le crépitement du feu. Je suis beaucoup,
beaucoup plus qu’un homme. Mais finalement,
pourquoi pas ? Je vais te regarder en face…
Queudver, viens tourner mon fauteuil.
Le serviteur laissa échapper un gémissement.
— Tu m’as entendu, Queudver ?
Lentement, les traits de son visage contractés,
comme s’il aurait préféré faire n’importe quoi
d’autre que d’approcher son maître et le serpent
lové sur le tapis, le petit homme s’avança et

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 27 / 1147
entreprit de tourner le fauteuil. Le reptile leva son
horrible tête triangulaire et émit un léger
sifflement lorsque les pieds du fauteuil se prirent
dans son tapis.
Enfin, Frank se retrouva face au fauteuil et vit
ce qui y était assis. Sa canne lui glissa alors des
doigts et tomba par terre avec un bruit sec. La
bouche grande ouverte, il laissa échapper un long
hurlement. Il cria si fort qu’il n’entendit jamais les
mots que la chose assise dans le fauteuil prononça
en brandissant une baguette magique. Il y eut un
éclat de lumière verte, un souffle semblable à un
brusque coup de vent, puis Frank Bryce s’effondra.
Il était mort avant d’avoir heurté le sol.
À trois cents kilomètres de là, le garçon qui
s’appelait Harry Potter se réveilla en sursaut.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 28 / 1147
2
L A CICATRICE
arry était allongé sur le dos, la respiration
haletante comme s’il venait de courir. Il
s’était éveillé d’un rêve particulièrement saisissant
en se tenant le visage entre les mains. Sur son
front, la vieille cicatrice en forme d’éclair brûlait
sous ses doigts comme si quelqu’un lui avait
appliqué sur la peau un fil de fer chauffé au rouge. H
Il se redressa dans son lit, une main toujours
plaquée sur son front, l’autre cherchant à tâtons
ses lunettes posées sur la table de chevet. Après les
avoir mises sur son nez, le décor de sa chambre lui
apparut plus nettement, dans la faible lueur
orangée projetée à travers les rideaux par le
réverbère qui éclairait la rue.
Harry caressa à nouveau sa cicatrice. Elle était
encore douloureuse. Il alluma la lampe, à côté de
son lit, s’arracha de ses couvertures, traversa la
chambre, ouvrit son armoire et regarda dans la
glace fixée à l’intérieur de la porte. Il vit face à lui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 29 / 1147
un garçon de quatorze ans, très maigre, avec des
yeux verts et brillants qui l’observaient d’un air
perplexe sous ses cheveux noirs en bataille. Il
examina de plus près la cicatrice en forme d’éclair
que présentait son reflet. Elle paraissait normale
mais elle était encore brûlante.
Harry essaya de se rappeler le rêve qu’il venait
de faire. Il lui avait semblé si réel… Il y avait deux
personnes qu’il connaissait et une autre qu’il
n’avait jamais vue… Il se concentra, les sourcils
froncés, essayant de rassembler ses souvenirs…
L’image d’une pièce plongée dans la pénombre
lui revint en mémoire… Il y avait un serpent sur un
tapis, devant une cheminée… Un petit homme qui
s’appelait Peter et qu’on surnommait Queudver…
et puis une voix froide, aiguë… La voix de Lord
Voldemort. À cette pensée, Harry eut soudain
l’impression qu’un cube de glace lui descendait
dans l’estomac…
Il ferma étroitement les paupières et s’efforça
de se rappeler quelle apparence avait Voldemort,
mais il n’y parvint pas… La seule chose certaine
c’était que, au moment où le fauteuil de Voldemort
avait pivoté et que Harry avait vu ce qui y était
assis, il avait été secoué d’un spasme d’horreur qui
l’avait réveillé en sursaut… Ou bien était-ce la
douleur de sa cicatrice ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 30 / 1147
Et qui était donc ce vieil homme ? Car il y avait
un vieil homme présent dans son rêve. Harry
l’avait vu s’effondrer sur le sol. Tout devenait
confus dans son esprit. Il plongea son visage dans
ses mains, effaçant la vision de sa chambre,
essayant de se concentrer sur l’image de cette
pièce faiblement éclairée, mais c’était comme s’il
avait essayé de retenir de l’eau entre ses doigts.
Les détails lui échappaient à mesure qu’il essayait
de les saisir… Voldemort et Queudver avaient
parlé de quelqu’un qu’ils avaient tué, mais Harry
ne parvenait pas à se souvenir du nom de la
victime… Et ils avaient projeté de tuer quelqu’un
d’autre… Lui …
Harry releva la tête, ouvrit les yeux et jeta un
regard autour de sa chambre comme s’il
s’attendait à y découvrir quelque chose
d’inhabituel. En fait, il y avait beaucoup de choses
inhabituelles dans cette pièce. Une grosse valise en
forme de malle était ouverte au pied du lit, laissant
voir un chaudron, un balai, des robes de sorcier
noires et des livres de magie. Des rouleaux de
parchemin s’entassaient sur une partie de son
bureau, à côté de la grande cage vide dans laquelle
Hedwige, sa chouette aux plumes blanches comme
la neige, était habituellement perchée. Sur le
plancher, à côté de son lit, le livre qu’il avait lu la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 31 / 1147
veille, avant de tomber endormi, était encore
ouvert. Les photos qui illustraient ses pages ne
cessaient de bouger. Sur chacune d’elles, des
hommes vêtus de robes orange vif filaient d’un
bord à l’autre du cadre, sur des balais volants, en
se jetant une balle rouge.
Harry ramassa le livre et regarda un des
sorciers marquer un but particulièrement
spectaculaire en lançant la balle à travers un cercle
situé à quinze mètres au-dessus du sol. Puis il
referma le volume d’un geste sec. Même le
Quidditch – qui était, à ses yeux, le plus beau sport
du monde – n’aurait pu le distraire en cet instant.
Il posa En vol avec les Canons sur sa table de
chevet, traversa la pièce en direction de la fenêtre
et écarta les rideaux pour regarder dans la rue.
Privet Drive avait exactement l’apparence qu’on
peut attendre d’une petite rue de la banlieue
résidentielle, aux premières heures d’un samedi
matin. Tous les rideaux alentour étaient tirés.
D’après ce que Harry pouvait voir en scrutant
l’obscurité, il n’y avait pas le moindre être vivant
en vue, pas même un chat.
Et pourtant… et pourtant… Incapable de tenir
en place, Harry revint s’asseoir sur son lit et
caressa à nouveau sa cicatrice. Ce n’était pas la
douleur qui le tracassait ; la douleur et les

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 32 / 1147
blessures ne lui étaient pas étrangères. Un jour, il
avait perdu tous les os de son bras droit et avait dû
passer une longue nuit de souffrance à attendre
qu’ils repoussent sous l’effet d’un traitement
spécial. Le même bras avait été transpercé peu
après par l’énorme crochet venimeux d’un
monstrueux serpent. L’année précédente, il avait
fait une chute de quinze mètres en tombant d’un
balai en plein vol. Il avait l’habitude des accidents
et des blessures bizarres ; il fallait s’y attendre
lorsqu’on était élève à l’école de sorcellerie de
Poudlard et qu’on avait un don indiscutable pour
s’attirer toute sorte d’ennuis.
Non, ce qui tracassait Harry c’était que, la
dernière fois qu’il avait eu mal à sa cicatrice,
Voldemort se trouvait à proximité… Pourtant
Voldemort ne pouvait être ici, en ce moment… La
pensée que Voldemort se cache dans Privet Drive
était absurde, impossible…
Harry écouta attentivement le silence qui
régnait autour de lui. S’attendait-il plus ou moins
à entendre une marche craquer ou une cape frôler
le sol ? Il eut un léger sursaut lorsque son cousin
Dudley poussa un ronflement sonore dans la
chambre voisine.
Harry décida de se secouer un peu,
mentalement tout au moins. Il était stupide. En

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 33 / 1147
dehors de lui, il n’y avait personne d’autre dans
cette maison que l’oncle Vernon, la tante Pétunia
et Dudley et, de toute évidence, tous trois
dormaient encore, plongés dans des rêves
paisibles et sans douleur.
C’était quand ils dormaient que Harry aimait le
mieux les Dursley. Lorsqu’ils étaient éveillés, ils ne
lui étaient jamais d’aucun secours. L’oncle Vernon,
la tante Pétunia et Dudley étaient les seuls
membres de sa famille encore vivants. C’étaient
des Moldus (des gens dépourvus de pouvoirs
magiques) qui détestaient et méprisaient la magie
sous toutes ses formes, ce qui signifiait que Harry
était à peu près aussi bienvenu sous leur toit
qu’une colonie de termites. Au cours des trois
dernières années, ils avaient justifié les longues
absences de Harry, lorsqu’il se trouvait au collège
Poudlard, en racontant à tout le monde qu’il était
en pension au Centre d’éducation des jeunes
délinquants récidivistes de St Brutus. Ils savaient
parfaitement que, étant sorcier de premier cycle,
Harry n’avait pas le droit de faire usage de magie
en dehors de Poudlard, mais ils ne manquaient
pas pour autant de rejeter sur lui la responsabilité
de tout ce qui n’allait pas dans la maison. Harry
n’avait jamais pu se confier à eux, ni leur raconter
quoi que ce soit de sa vie dans le monde des

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 34 / 1147
sorciers. La seule pensée d’aller voir son oncle et
sa tante pour leur parler de sa cicatrice
douloureuse et de ses inquiétudes concernant
Voldemort était risible.
Pourtant, c’était à cause de Voldemort que
Harry avait été obligé d’aller vivre chez les
Dursley. Sans Voldemort, il n’aurait pas eu de
cicatrice en forme d’éclair sur le front. Sans
Voldemort, il aurait encore des parents…
Harry avait un an le soir où Voldemort – le plus
puissant mage noir du siècle, un sorcier qui,
pendant onze ans, avait vu son pouvoir s’accroître
régulièrement – était arrivé dans la maison de ses
parents et avait tué son père et sa mère. Voldemort
avait ensuite tourné sa baguette magique vers
Harry et lui avait lancé un sort auquel de
nombreux sorcières et sorciers d’âge mûr avaient
succombé au cours de son ascension vers le
pouvoir suprême. Mais, si incroyable que cela
puisse paraître, le sortilège n’avait pas eu l’effet
escompté. Au lieu de tuer le petit garçon, il avait
ricoché et frappé Voldemort lui-même. Harry avait
survécu sans autre blessure qu’une entaille en
forme d’éclair sur le front, tandis que Voldemort,
lui, avait été réduit à quelque chose d’à peine
vivant. Ses pouvoirs anéantis, sa vie quasiment
éteinte, le mage maléfique s’était enfui. La terreur

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 35 / 1147
dans laquelle la communauté secrète des sorcières
et sorciers avait vécu pendant si longtemps n’avait
plus de raison d’être. Les partisans de Voldemort
s’étaient dispersés et Harry Potter était devenu
célèbre.
Harry avait reçu un grand choc en découvrant
qu’il était un sorcier le jour de son onzième
anniversaire. Il avait été encore plus déconcerté en
s’apercevant que son nom était connu de tous dans
le monde caché de la sorcellerie. À son arrivée à
Poudlard, il s’était rendu compte que les têtes se
tournaient sur son passage et que des
chuchotements le suivaient partout où il allait.
Mais à présent, il s’y était habitué. À la fin de cet
été, il entamerait sa quatrième année d’études à
Poudlard et il comptait déjà les jours qui le
séparaient de son retour dans le vieux château.
Il restait deux semaines à passer avant la
rentrée scolaire. Harry jeta à nouveau un regard
autour de lui et ses yeux se posèrent sur les cartes
d’anniversaire que ses deux meilleurs amis lui
avaient envoyées à la fin du mois de juillet. Que
diraient-ils s’il leur écrivait pour leur raconter que
sa cicatrice lui faisait mal ?
Il lui sembla aussitôt entendre la voix perçante
d’Hermione Granger, saisie de panique.
« Ta cicatrice te fait mal ? Harry, c’est très

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 36 / 1147
grave … Écris tout de suite au professeur
Dumbledore ! Moi, je vais consulter le traité des
Indispositions et affections magiques les plus
communes… Il y a peut-être quelque chose sur les
cicatrices dues aux sortilèges …»
Oui, tel serait le conseil d’Hermione : s’adresser
au directeur de Poudlard en personne et, en
attendant, consulter un livre. Harry contempla par
la fenêtre le ciel d’un noir bleuté, comme de
l’encre. Il doutait fort qu’un livre puisse lui être
d’aucun secours en cet instant. À sa connaissance,
il était la seule personne encore vivante qui ait
jamais résisté à un sortilège aussi puissant que
celui lancé par Voldemort. Il était donc hautement
improbable qu’il trouve la description de ses
symptômes dans Indispositions et affections
magiques les plus communes. Quant au directeur
du collège, Harry n’avait aucune idée de l’endroit
où il passait ses vacances d’été. Il s’amusa un
instant à imaginer Dumbledore, avec sa grande
barbe argentée, sa longue robe de sorcier et son
chapeau pointu, allongé sur une plage, enduisant
son long nez aquilin de crème solaire. Pourtant,
quel que soit l’endroit où était parti Dumbledore,
Harry était sûr qu’Hedwige serait capable de le
retrouver. Sa chouette découvrait toujours le
destinataire d’une lettre, même sans adresse. Mais

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 37 / 1147
que pourrait-il lui écrire ?
Cher professeur Dumbledore, je suis désolé de
vous importuner mais ma cicatrice me fait mal,
ce matin. Avec mes salutations respectueuses,
Harry Potter .
Ces mots lui paraissaient stupides avant même
de les avoir écrits.
Il essaya alors d’imaginer la réaction de son
autre meilleur ami, Ron Weasley, et presque
aussitôt, le long nez et le visage constellé de taches
de rousseur de Ron, avec son air songeur,
apparurent devant ses yeux.
« Ta cicatrice te fait mal ? Mais… Tu-Sais-Qui
ne peut pas être à proximité, n’est-ce pas ? Tu le
saurais, non ? Il essaierait encore une fois de te
tuer, tu ne crois pas ? Je ne sais pas, Harry, peut-
être que les cicatrices dues à un mauvais sort font
toujours un peu mal… Je vais demander à
papa…»
Mr Weasley était un sorcier hautement qualifié
qui travaillait au Service des détournements de
l’artisanat moldu du ministère de la Magie, mais il
n’avait pas de compétence particulière en matière
de mauvais sorts, d’après ce que Harry savait. En
tout cas, Harry n’avait pas envie que toute la
famille Weasley sache qu’une brève douleur au
front suffisait à le rendre aussi anxieux.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 38 / 1147
Mrs Weasley serait encore plus inquiète
qu’Hermione, et Fred et George, les frères de Ron,
des jumeaux de seize ans, penseraient peut-être
que Harry avait les nerfs fragiles. Les Weasley
étaient la famille préférée de Harry ; il espérait
qu’ils allaient bientôt l’inviter à passer quelque
temps chez eux (Ron en avait parlé à propos de la
Coupe du Monde de Quidditch) mais il ne voulait
pas que son séjour soit ponctué de questions
angoissées sur l’état de sa cicatrice.
Harry pressa ses poings contre son front. Ce
qu’il voulait (et il avait presque honte de se
l’avouer), c’était parler à… à un parent : un sorcier
adulte à qui il pourrait demander conseil sans se
sentir idiot, quelqu’un qui chercherait vraiment à
l’aider et qui aurait déjà eu l’expérience de la
magie noire…
La solution lui vint alors à l’esprit. Elle était si
simple, si évidente, qu’il ne comprenait pas
pourquoi il avait mis si longtemps à la trouver.
Sirius .
Harry sauta de son lit et courut s’asseoir à son
bureau. Il prit un morceau de parchemin, trempa
sa plume d’aigle dans l’encre, écrivit Cher Sirius ,
puis s’arrêta, cherchant la meilleure façon
d’exposer la situation. Il était encore stupéfait de
n’avoir pas pensé tout de suite à lui écrire. Mais

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 39 / 1147
après tout, peut-être n’était-ce pas si surprenant :
deux mois à peine s’étaient écoulés depuis qu’il
avait appris que Sirius était son parrain.
Il y avait une raison à l’absence totale de Sirius
dans la vie de Harry depuis cette date – Sirius
avait été détenu à Azkaban, la terrifiante prison
des sorciers, gardée par des créatures qu’on
appelait des Détraqueurs, sortes de démons sans
yeux, capables d’aspirer l’âme des vivants, et qui
étaient venus à Poudlard pour rechercher Sirius
après son évasion. Pourtant, Sirius était innocent
– les meurtres dont on l’avait accusé avaient été
commis par Queudver, un fidèle de Voldemort,
que presque tout le monde croyait mort à présent.
Harry, Ron et Hermione savaient que ce n’était
pas vrai, ils s’étaient retrouvés face à face avec lui
l’année précédente, mais le professeur
Dumbledore avait été le seul à les croire.
Pendant une heure qui avait été l’une des plus
belles de sa vie, Harry avait cru qu’il allait enfin
quitter les Dursley, car Sirius lui avait proposé de
l’accueillir sous son toit une fois que son nom
aurait été réhabilité. Mais cette chance s’était
soudain envolée – Queudver était parvenu à
prendre la fuite avant qu’ils aient eu le temps de
l’amener au ministère de la Magie et Sirius avait
dû s’évader à nouveau pour échapper à la mort.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 40 / 1147
Harry l’avait aidé à s’enfuir sur le dos d’un
hippogriffe du nom de Buck. Depuis lors, Sirius se
cachait. La pensée qu’il aurait pu vivre dans une
autre maison si Queudver n’avait pas réussi à
disparaître l’avait hanté tout l’été. Retourner chez
les Dursley s’était révélé d’autant plus difficile qu’il
avait failli en être débarrassé à tout jamais.
Malgré tout, Sirius avait été d’un certain
secours à Harry, même s’il avait dû renoncer à
vivre sous le même toit que lui. C’était grâce à lui
que Harry avait maintenant le droit de conserver
dans sa chambre tout son matériel scolaire.
Auparavant, les Dursley ne lui en avaient jamais
donné l’autorisation : leur volonté de gâcher la vie
de Harry, associée à leur crainte de ses pouvoirs
magiques, les avaient amenés jusqu’alors à
enfermer chaque été dans le placard situé sous
l’escalier la grosse valise qui contenait ses affaires
d’école. Mais leur attitude était très différente
depuis qu’ils avaient découvert l’existence de son
parrain qu’on présentait comme un criminel
dangereux – par commodité, Harry ne leur avait
pas dit que Sirius était innocent.
Harry avait reçu deux lettres de lui depuis son
retour à Privet Drive. Toutes deux avaient été
apportées non par des hiboux (comme il était
habituel chez les sorciers) mais par de grands

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 41 / 1147
oiseaux tropicaux aux couleurs étincelantes.
Hedwige n’avait guère approuvé l’arrivée de ces
intrus au plumage tapageur. Elle ne les avait
autorisés qu’avec réticence à boire un peu de son
eau avant de reprendre leur vol. Harry, lui, les
aimait bien. Ils évoquaient à ses yeux des plages de
sable blanc plantées de palmiers et il espérait que
Sirius, quel que soit l’endroit où il se trouvait (il ne
le précisait jamais de peur que ses lettres soient
interceptées), menait la belle vie. Harry avait du
mal à imaginer que des Détraqueurs puissent
survivre longtemps sous un soleil radieux. C’était
peut-être pour ça que Sirius était parti vers le sud.
Ses lettres – cachées sous la lame de parquet
branlante que dissimulait son lit et qui était
décidément bien utile – avaient un ton joyeux.
Sirius rappelait à Harry qu’il pouvait toujours faire
appel à lui s’il en avait besoin. Or, justement,
aujourd’hui, il en avait besoin…
La lampe de Harry semblait peu à peu perdre
de son éclat à mesure que la lumière grise et froide
qui précède l’aube se répandait dans sa chambre.
Enfin, lorsque le soleil se fut levé, teintant d’une
lueur dorée les murs de la pièce, et qu’il entendit
l’oncle Vernon et la tante Pétunia bouger dans leur
chambre, Harry débarrassa son bureau des
morceaux de parchemin froissés qui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 42 / 1147
l’encombraient et relut la lettre qu’il avait
terminée.
Cher Sirius,
Merci pour ta dernière lettre. Cet oiseau était
énorme, il a eu du mal à se glisser à travers ma
fenêtre.
Ici, c’est comme d’habitude. Le régime de
Dudley se passe assez mal. Hier, ma tante l’a
surpris en train d’emporter en douce des beignets
dans sa chambre. Ses parents lui ont dit qu’ils
allaient lui supprimer son argent de poche s’il
continuait comme ça et il s’est mis tellement en
colère qu’il a jeté sa PlayStation par la fenêtre. Il
s’agit d’une sorte d’ordinateur pour jouer à des
jeux électroniques. C’était plutôt bête de sa part,
maintenant il ne peut même plus jouer à Méga-
Mutilation III pour se changer les idées.
Pour moi, les choses vont bien, surtout parce
que les Dursley sont terrifiés à l’idée que tu
puisses revenir et les transformer en chauves-
souris si je te le demande.
Il s’est quand même passé quelque chose de
bizarre ce matin. Ma cicatrice a recommencé à
me faire mal. La dernière fois que ça s’est
produit, c’était parce que Voldemort était à
Poudlard. Mais je ne pense pas qu’il puisse se

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 43 / 1147
trouver près de chez moi en ce moment, qu’est-ce
que tu en penses ? Est-ce que tu sais si les
cicatrices provoquées par un mauvais sort
peuvent encore faire mal des années plus tard ?
J’enverrai Hedwige te porter cette lettre
quand elle reviendra. Elle est partie chasser pour
le moment. Dis bonjour à Buck de ma part.
Harry
Oui, pensa Harry, elle était très bien, cette
lettre. Inutile de parler du rêve, il ne voulait pas
paraître trop inquiet. Il plia le parchemin et le
posa sur son bureau pour le donner à Hedwige dès
qu’elle reviendrait. Puis il se leva, s’étira et
retourna devant son armoire. Sans jeter un coup
d’œil à son reflet, il commença alors à s’habiller
pour aller prendre son petit déjeuner.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 44 / 1147
3
L’ INVITATION
orsque Harry arriva dans la cuisine, les
trois Dursley étaient déjà assis autour de la
table. Personne ne leva les yeux quand il entra et
s’assit à son tour. Le gros visage violacé de l’oncle
Vernon était caché derrière le Daily Mail et la
tante Pétunia était occupée à couper un
pamplemousse en quatre, les lèvres retroussées
sur ses dents de cheval. L
Dudley avait un air furieux, boudeur, et
semblait prendre encore plus de place qu’à
l’ordinaire. Ce qui n’était pas peu dire car, en
temps normal, il occupait déjà à lui seul tout un
côté de la table. Lorsque la tante Pétunia posa un
quart de pamplemousse sans sucre sur son assiette
en disant d’une voix tremblante : « Tiens, mon
petit Duddy chéri », Dudley lui lança un regard
noir. Sa vie avait pris un tournant passablement
désagréable depuis qu’il avait rapporté son
bulletin, à la fin de l’année scolaire.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 45 / 1147
Comme d’habitude, l’oncle Vernon et la tante
Pétunia avaient réussi à lui trouver toutes sortes
d’excuses pour justifier ses mauvaises notes ; la
tante Pétunia répétait que Dudley était un garçon
très doué, incompris par ses professeurs, tandis
que l’oncle Vernon affirmait que, de toute façon, il
ne voulait pas pour fils « d’un de ces premiers de
la classe avec des manières de fillette ». Ils avaient
également glissé sur les accusations de brutalité
qui figuraient dans le bulletin. « C’est un petit
garçon turbulent, mais il ne ferait pas de mal à une
mouche ! » avait dit la tante Pétunia, les larmes
aux yeux.
À la dernière page du bulletin, cependant,
l’infirmière de l’école avait ajouté quelques
commentaires bien sentis que ni l’oncle Vernon, ni
la tante Pétunia ne pouvaient balayer d’une de
leurs explications simplistes. La tante Pétunia
avait beau se lamenter que Dudley avait les os
épais, que ses kilos n’étaient dus qu’à son jeune
âge et que c’était un garçon en pleine croissance
qui avait besoin de manger beaucoup, il n’en
restait pas moins que l’école avait du mal à trouver
des pantalons d’uniforme suffisamment grands
pour lui. L’infirmière avait vu ce que les yeux de la
tante Pétunia – si perçants d’habitude pour
déceler une trace de doigt sur ses murs étincelants

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 46 / 1147
ou pour observer les allées et venues des voisins –
avaient refusé d’accepter : que, loin d’avoir besoin
de manger davantage, Dudley avait atteint à peu
de chose près la taille et le poids d’un jeune
cachalot.
Aussi – après d’innombrables crises de colère,
des disputes qui faisaient trembler le plancher de
la chambre de Harry et des flots de larmes versés
par la tante Pétunia –, un nouveau régime avait
commencé pour Dudley. Les conseils diététiques
envoyés par l’infirmière de l’école avaient été
affichés sur la porte du réfrigérateur, après qu’il
eut été vidé des aliments préférés de Dudley –
sodas sucrés, gâteaux, barres de chocolat,
hamburgers – et rempli de fruits, de légumes et de
toutes sortes de choses que l’oncle Vernon appelait
de la « nourriture pour lapin ». Afin d’atténuer les
souffrances de son fils, la tante Pétunia avait
obligé toute la famille à suivre le même régime.
Elle donna à Harry un quart de pamplemousse et
il remarqua que sa part était beaucoup plus petite
que celle de Dudley. La tante Pétunia semblait
penser que le meilleur moyen de soutenir le moral
de Dudley, c’était de s’assurer qu’il ait toujours
davantage à manger que Harry.
Mais la tante Pétunia ignorait ce qui était caché
sous la lame de parquet, au premier étage. Elle ne

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 47 / 1147
se doutait pas que Harry ne suivait pas du tout le
régime. Dès qu’il avait su qu’on prétendait lui faire
passer l’été en le nourrissant exclusivement de
carottes crues, Harry avait envoyé Hedwige porter
à ses amis des appels au secours et ils s’étaient
tous montrés à la hauteur de la situation. Hedwige
avait rapporté de chez Hermione une grande boîte
remplie d’aliments sans sucre (ses parents étaient
dentistes). Hagrid, le garde-chasse de Poudlard,
lui avait fait parvenir un sac plein de biscuits durs
comme la pierre qu’il préparait lui-même (Harry
n’y avait pas touché ; il avait suffisamment eu
l’occasion d’expérimenter sa cuisine).
Mrs Weasley, en revanche, lui avait envoyé Errol,
le hibou de la famille, chargé d’un énorme cake et
de diverses sortes de pâtés. Vieux et fragile, le
malheureux Errol avait dû se reposer cinq jours
entiers pour se remettre du voyage. Puis, le jour de
son anniversaire (que les Dursley avaient
complètement ignoré), Harry avait reçu quatre
magnifiques gâteaux envoyés respectivement par
Ron, Hermione, Hagrid et Sirius. Il lui en restait
encore deux ; aussi, sachant qu’un petit déjeuner
digne de ce nom l’attendait sous la lame de
parquet, il mangea son pamplemousse sans
protester.
L’oncle Vernon reposa son journal en reniflant

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 48 / 1147
longuement pour exprimer sa désapprobation et
contempla son propre morceau de pamplemousse.
— C’est tout ? lança-t-il avec mauvaise humeur
à la tante Pétunia.
Celle-ci lui jeta un regard sévère puis fit un
signe de tête vers Dudley qui avait déjà mangé son
quart de pamplemousse et dont les petits yeux
porcins observaient avec dépit celui de Harry.
L’oncle Vernon poussa un long soupir qui agita
les poils de sa grosse moustache et prit sa cuillère.
Au même instant, la sonnette de la porte
d’entrée retentit. L’oncle Vernon se souleva de sa
chaise et se dirigea vers l’entrée. Rapide comme
l’éclair, pendant que sa mère s’occupait de la
bouilloire, Dudley vola ce qui restait du
pamplemousse de son père.
Harry entendit une conversation en provenance
de la porte. Quelqu’un éclata de rire et l’oncle
Vernon répondit quelque chose d’un ton sec. La
porte se referma puis il y eut un bruit de papier
qu’on déchire.
La tante Pétunia posa la théière sur la table et
regarda avec curiosité en direction de l’entrée pour
voir ce que faisait son mari. Elle n’eut pas à
attendre longtemps pour le savoir. Une minute
plus tard, il était de retour, le teint livide.
— Toi, aboya-t-il en s’adressant à Harry. Dans

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 49 / 1147
le salon. Tout de suite.
Déconcerté, se demandant de quoi on pourrait
bien l’accuser cette fois-ci, Harry se leva et suivit
dans la pièce voisine l’oncle Vernon qui referma
brusquement la porte sur eux. Il se dirigea vers la
cheminée, puis se tourna face à Harry comme s’il
s’apprêtait à lui annoncer qu’il était en état
d’arrestation.
— Alors… dit-il. Alors ?
Harry aurait été ravi de répondre : « Alors
quoi ? », mais il préférait ne pas provoquer l’oncle
Vernon à une heure aussi matinale, surtout
lorsqu’un régime strict mettait ses nerfs à si rude
épreuve. Il lui parut donc plus sage d’afficher un
étonnement poli.
— Voici ce qui vient d’arriver, dit l’oncle Vernon
en brandissant une feuille de papier violet. Une
lettre. À ton sujet.
Harry sentit s’accroître son malaise. Qui donc
pouvait bien écrire à l’oncle Vernon à son sujet ?
Qui donc, parmi les gens qu’il connaissait, aurait
l’idée d’envoyer une lettre par la poste ?
L’oncle Vernon lança un regard furieux à Harry,
puis lut la lettre à haute voix :
Chers Mr et Mrs Dursley,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 50 / 1147
Nous n’avons jamais eu le plaisir de faire votre
connaissance mais je suis sûre que Harry vous a
beaucoup parlé de mon fils Ron.
Comme Harry vous l’a peut-être déjà dit, la
finale de la Coupe du Monde de Quidditch aura
lieu lundi prochain et mon mari, Arthur, a réussi
à obtenir d’excellentes places grâce à ses relations
au Département des jeux et sports magiques.
J’espère vivement que vous voudrez bien nous
permettre d’emmener Harry voir ce match, car il
s’agit d’une occasion unique qui n’a lieu qu’une
fois dans la vie ; en effet, la Grande-Bretagne
n’avait pas accueilli la Coupe du Monde depuis
trente ans et les billets sont extrêmement difficiles
à obtenir. Bien entendu, nous serions très
heureux de prendre Harry chez nous pour le reste
des vacances d’été et de l’accompagner au train
qui doit le ramener au collège.
Il serait préférable pour Harry que vous nous
adressiez votre réponse le plus vite possible par
la voie normale car le facteur moldu n’a jamais
apporté de courrier chez nous et je ne suis même
pas sûre qu’il sache où se trouve notre maison.
En espérant voir Harry très bientôt,
Je vous prie d’agréer mes sentiments très
distingués.
Molly Weasley

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 51 / 1147
PS : J’espère que nous avons mis assez de
timbres sur l’enveloppe.
L’oncle Vernon acheva sa lecture, plongea la
main dans sa poche et en retira autre chose.
— Regarde ça, grogna-t-il.
Il montrait l’enveloppe dans laquelle la lettre de
Mrs Weasley était arrivée et Harry dut réprimer
un éclat de rire. Elle était entièrement recouverte
de timbres à part un carré de deux ou trois
centimètres de côté dans lequel Mrs Weasley avait
réussi à faire tenir l’adresse des Dursley.
— Finalement, elle avait mis assez de timbres,
dit Harry, comme s’il s’agissait d’une simple
erreur que n’importe qui aurait pu commettre.
Le regard de l’oncle Vernon flamboya.
— Le facteur l’a remarqué, lança-t-il entre ses
dents serrées. Il était très intrigué par la
provenance de cette lettre, tu peux me croire. C’est
pour ça qu’il a sonné à la porte. Il avait l’air de
trouver ça drôle .
Harry ne répondit rien. D’autres que lui
auraient peut-être eu du mal à comprendre
pourquoi l’oncle Vernon faisait tant d’histoires
pour quelques timbres en trop, mais Harry avait

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 52 / 1147
vécu suffisamment longtemps chez les Dursley
pour savoir à quel point ils étaient sensibles à tout
ce qui sortait si peu que ce soit de l’ordinaire. Leur
pire crainte, c’était que quelqu’un leur découvre
des relations (si distantes soient-elles) avec des
gens comme Mrs Weasley.
L’oncle Vernon continuait de lancer des regards
furieux à Harry qui s’efforçait de conserver un air
parfaitement neutre. S’il ne faisait pas de bêtises,
peut-être allait-il connaître une des plus grandes
joies de sa vie. Il attendit que l’oncle Vernon dise
quelque chose mais celui-ci se contenta de
l’observer d’un œil noir. Harry décida alors de
rompre le silence.
— Alors… Est-ce que je peux y aller ? demanda-
t-il.
Un léger spasme contracta le gros visage violacé
de l’oncle Vernon. Sa moustache frémit. Harry
croyait savoir ce qui se passait derrière cette
moustache : un furieux combat entre deux
aspirations fondamentales de l’oncle Vernon. S’il
donnait son autorisation, Harry en éprouverait un
grand bonheur, ce que son oncle avait tout fait
pour éviter depuis treize ans. D’un autre côté, si
Harry disparaissait chez les Weasley pendant le
reste des vacances d’été, il serait débarrassé de lui
deux semaines plus tôt que prévu ; or, l’oncle

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 53 / 1147
Vernon détestait par-dessus tout la présence de
Harry sous son toit. Pour se donner le temps de
réfléchir, il regarda à nouveau la lettre de
Mrs Weasley.
— Qui est cette femme ? demanda-t-il en
contemplant la signature d’un air dégoûté.
— Tu l’as déjà vue, dit Harry. C’est la mère de
mon ami Ron. Elle est venue le chercher à l’arrivée
du Poud … à l’arrivée du train qui nous ramenait
de l’école pour les vacances.
Il avait failli dire « Poudlard Express », ce qui
aurait été le moyen le plus sûr de déclencher la
colère de son oncle. Personne ne prononçait
jamais le nom de l’école de Harry chez les Dursley.
L’oncle Vernon contracta les traits de son
énorme visage, comme s’il essayait de se rappeler
quelque chose de particulièrement désagréable.
— Une petite femme grassouillette ? grogna-t-il
enfin. Avec toute une bande de rouquins ?
Harry fronça les sourcils. Il trouvait un peu
exagéré de la part de l’oncle Vernon de traiter
quiconque de « grassouillet » alors que son propre
fils, Dudley, avait finalement atteint l’objectif qu’il
semblait s’être fixé depuis l’âge de trois ans, c’est-
à-dire devenir plus large que haut.
L’oncle Vernon examina à nouveau la lettre.
— Quidditch, marmonna-t-il. Quidditch…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 54 / 1147
Qu’est-ce que c’est que cette idiotie ?
À nouveau, Harry ressentit une pointe
d’agacement.
— C’est un sport, répliqua-t-il d’un ton sec. Ça
se joue sur des bal…
— C’est ça, c’est ça ! dit l’oncle Vernon d’une
voix sonore.
Harry remarqua avec une certaine satisfaction
que son oncle paraissait vaguement affolé.
Apparemment, ses nerfs ne supporteraient pas
d’entendre parler de « balais volants » dans son
propre salon. Il se réfugia une nouvelle fois dans la
lecture de la lettre et Harry vit se former sur ses
lèvres les mots « que vous nous adressiez votre
réponse par la voie normale ».
— Qu’est-ce que ça veut dire, « la voie
normale » ? lança-t-il d’un air sévère.
— Normale pour nous, répondit Harry, et avant
que son oncle ait pu l’interrompre, il ajouta : tu
sais bien, les hiboux, c’est ça qui est normal chez
les sorciers.
L’oncle Vernon parut aussi scandalisé que si
Harry venait de prononcer le plus grossier des
jurons. Tremblant de colère, il jeta un regard
inquiet en direction de la fenêtre, comme s’il
s’attendait à voir un de ses voisins l’oreille collée
contre le carreau.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 55 / 1147
— Combien de fois faudra-t-il que je te répète
de ne jamais faire allusion au surnaturel sous mon
toit ? dit-il d’une voix sifflante, tandis que son
teint prenait une couleur de prune trop mûre. Tu
portes sur le dos les vêtements que nous t’avons
donnés, Pétunia et moi…
— Parce que Dudley n’en voulait plus, répliqua
froidement Harry.
Il était en effet vêtu d’un sweat-shirt si grand
pour lui qu’il tombait sur les genoux de son jean
trop large et qu’il devait retrousser cinq fois ses
manches pour pouvoir dégager ses mains.
— Je n’accepterai pas qu’on me parle sur ce
ton ! protesta l’oncle Vernon, frémissant de rage.
Mais Harry n’avait pas l’intention de se laisser
faire. Fini le temps où il était obligé d’observer
scrupuleusement les règles stupides imposées par
les Dursley. Il ne suivait pas le régime de Dudley et
même si l’oncle Vernon essayait de l’en empêcher,
il ferait tout pour assister à la Coupe du Monde de
Quidditch.
Harry prit une profonde inspiration pour
essayer de se calmer, puis répondit :
— D’accord, je n’irai pas à la Coupe du Monde.
Est-ce que je peux remonter dans ma chambre,
maintenant ? Je dois terminer une lettre pour
Sirius. Tu sais… mon parrain.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 56 / 1147
C’était gagné. Il avait prononcé les mots
magiques. Il voyait à présent la couleur violacée du
visage de son oncle perdre de son éclat et
disparaître par endroits, donnant à son visage
l’aspect d’une mauvaise glace au cassis.
— Tu… Tu vas lui écrire ? dit l’oncle Vernon
d’une voix qu’il s’efforçait de rendre la plus calme
possible – mais Harry avait remarqué que les
pupilles de ses yeux minuscules s’étaient
contractées sous l’effet d’une peur soudaine.
— Oui, bien sûr, répondit Harry d’un ton
détaché, ça fait longtemps qu’il n’a pas eu de mes
nouvelles et, si je tarde trop à lui en donner, il va
finir par croire que quelque chose ne va pas.
Il s’interrompit pour savourer l’effet de ses
paroles. Il voyait presque les rouages tourner sous
les épais cheveux bruns, séparés par une raie bien
nette, de l’oncle Vernon. S’il empêchait Harry
d’écrire à Sirius, celui-ci penserait que son filleul
était maltraité. S’il lui interdisait d’assister à la
Coupe du Monde de Quidditch, Harry l’écrirait à
Sirius qui saurait alors qu’il était véritablement
maltraité. Il ne restait donc plus à l’oncle Vernon
qu’une seule solution. Harry avait l’impression de
voir la conclusion de ses réflexions se former dans
son esprit, comme si son gros visage moustachu
avait été transparent. Harry s’efforça de ne pas

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 57 / 1147
sourire, de paraître le plus neutre possible. Alors…
— Bon, très bien, tu n’as qu’à y aller à ce fichu…
à ce stupide… à ce machin de Coupe du Monde.
Écris donc à ces… ces Weasley qu’ils viennent te
chercher. Moi, je ne vais pas passer mon temps à
te conduire je ne sais où à travers tout le pays. Tu
peux aussi rester là-bas jusqu’à la fin des vacances,
par la même occasion. Et dis-le-lui à ton… ton
parrain… n’oublie pas de lui dire… que tu y vas.
— D’accord, répondit Harry d’un ton éclatant.
Il tourna les talons et se dirigea vers la porte du
salon en se retenant de sauter en l’air et de
pousser des cris de joie. Il y allait… Il allait chez les
Weasley, il verrait la Coupe du Monde de
Quidditch !
Dans l’entrée, il faillit renverser Dudley qui
s’était caché derrière la porte dans l’espoir
clairement affiché d’entendre Harry subir les
foudres de l’oncle Vernon. Il parut indigné en
voyant Harry le regarder avec un grand sourire.
— C’était un excellent petit déjeuner, tu ne
trouves pas ? dit Harry. J’ai vraiment bien mangé,
pas toi ?
Éclatant de rire devant l’expression stupéfaite
de Dudley, Harry monta l’escalier quatre à quatre
et se précipita dans sa chambre.
Il vit tout de suite qu’Hedwige était de retour.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 58 / 1147
Elle était perchée dans sa cage, fixant Harry de ses
énormes yeux couleur d’ambre et faisant claquer
son bec pour manifester son agacement.
— AÏE ! s’exclama Harry.
Quelque chose qui ressemblait à une petite
balle de tennis grise couverte de plumes venait de
heurter de plein fouet la joue de Harry. Il se massa
vigoureusement et regarda ce qui l’avait frappé :
c’était un minuscule hibou, assez petit pour tenir
au creux de sa main, et qui volait tout autour de la
pièce d’un air surexcité, comme une fusée de feu
d’artifice devenue folle. Harry s’aperçut alors que
le hibou avait laissé tomber une lettre à ses pieds.
Il se pencha pour la ramasser et reconnut
l’écriture de Ron. À l’intérieur, il trouva un petit
mot hâtivement rédigé.
Harry, PAPA A EU LES BILLETS. Irlande
contre Bulgarie, lundi soir. Maman a écrit à tes
Moldus pour leur demander qu’ils te laissent
venir chez nous. Ils ont peut-être déjà eu sa lettre,
je ne sais pas combien de temps met la poste des
Moldus. Moi, en tout cas, je t’envoie Coq.
Harry s’arrêta sur le mot « Coq » puis il leva les
yeux vers le minuscule hibou qui volait à toute
vitesse autour de l’abat-jour accroché au plafond.
Il se demandait en quoi il pouvait bien ressembler
à un coq. Peut-être avait-il mal lu l’écriture de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 59 / 1147
Ron. Il poursuivit la lecture de la lettre :
Nous allons venir te chercher, que ça plaise ou
non à tes Moldus. Il n’est pas question que tu
manques la Coupe du Monde, mais papa et
maman pensent que ce serait mieux de faire
semblant de leur demander la permission
d’abord. S’ils sont d’accord, renvoie-moi Coq avec
ta réponse illico presto et on viendra te chercher
à cinq heures de l’après-midi dimanche prochain.
S’ils ne sont pas d’accord, renvoie-moi Coq illico
presto et on viendra quand même te chercher à
cinq heures de l’après-midi dimanche prochain.
Hermione arrive cet après-midi. Percy a
commencé à travailler – au Département de la
coopération magique internationale. Surtout, ne
lui parle pas de quoi que ce soit qui concerne des
pays étrangers, si tu ne veux pas étouffer sous des
discours à mourir d’ennui.
À bientôt, Ron
— Du calme ! dit Harry au minuscule hibou.
Celui-ci volait au-dessus de sa tête en poussant
de petits cris triomphants, apparemment très fier
d’avoir réussi à apporter la lettre à son
destinataire.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 60 / 1147
— Viens là, il faut que tu repartes avec ma
réponse !
Dans un bruissement d’ailes, le hibou voleta au-
dessus de la cage d’Hedwige qui lui lança un
regard glacial comme pour le mettre au défi
d’approcher davantage.
Harry prit sa plume d’aigle et un morceau de
parchemin puis se mit à écrire :
Ron, tout est d’accord, les Moldus ont dit que je
pouvais venir. On se voit demain à cinq heures.
Vivement demain !
Harry
Il plia le parchemin pour qu’il soit le plus petit
possible et, au prix d’immenses difficultés, le fixa à
la patte du minuscule hibou qui sautait sur place,
tout excité par sa nouvelle mission. Dès que le
parchemin fut soigneusement attaché, l’oiseau se
précipita au-dehors et disparut à l’horizon.
Harry se tourna alors vers Hedwige.
— Tu as envie de faire un long voyage ? lui
demanda-t-il.
Hedwige hulula d’un air digne.
Tu peux apporter ça à Sirius de ma part ? dit-il
en prenant sa lettre. Attends une minute… j’ai

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 61 / 1147
quelque chose à ajouter.
Il déplia le parchemin et rédigea hâtivement un
post-scriptum.
Si tu veux me joindre, je serai chez mon ami
Ron Weasley jusqu’à la fin des vacances. Son père
a réussi à nous avoir des billets pour la Coupe du
Monde de Quidditch !
Sa lettre terminée, il l’attacha à la patte
d’Hedwige qui resta parfaitement immobile, bien
décidée à lui montrer comment une chouette
postale digne de ce nom devait se comporter.
— Je serai chez Ron quand tu reviendras,
d’accord ? lui dit Harry.
Elle lui mordilla affectueusement le doigt puis,
dans un bruissement feutré, elle déploya ses ailes
immenses et s’envola par la fenêtre ouverte.
Harry la regarda s’éloigner jusqu’à ce qu’elle
soit hors de vue, puis il se glissa sous son lit,
souleva la lame de parquet et retira de sa cachette
un gros morceau de gâteau d’anniversaire. Il resta
assis par terre pour le manger, savourant
l’impression de bonheur qui le submergeait. Il
mangeait du gâteau alors que Dudley devait se
contenter de pamplemousse, c’était une
magnifique journée d’été, il allait quitter Privet
Drive dès le lendemain, sa cicatrice était
redevenue parfaitement normale et il assisterait

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 62 / 1147
bientôt à la finale de la Coupe du Monde de
Quidditch. En cet instant, il aurait été difficile de
s’inquiéter de quoi que ce soit – y compris de Lord
Voldemort.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 63 / 1147
4
R ETOUR AU T ERRIER
e lendemain, vers midi, Harry avait fini
d’entasser dans sa grosse valise ses affaires
d’école et les objets personnels auxquels il tenait le
plus : la cape d’invisibilité qu’il avait héritée de son
père, le balai volant que lui avait offert Sirius, la
carte magique de Poudlard dont Fred et George
Weasley lui avaient fait cadeau l’année précédente.
Il avait vidé sa cachette sous la lame de parquet,
vérifié soigneusement chaque recoin de sa
chambre pour être sûr de ne pas y oublier une
plume ou un grimoire et avait ôté du mur le
calendrier sur lequel il barrait les jours qui le
séparaient de son retour à Poudlard. L
L’atmosphère qui régnait au 4, Privet Drive
était extrêmement tendue. L’arrivée imminente
dans la maison d’une famille de sorciers rendait
les Dursley nerveux et irritables. L’oncle Vernon
avait paru très inquiet lorsque Harry l’avait
informé que les Weasley viendraient le chercher à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 64 / 1147
cinq heures le lendemain après-midi.
— J’espère que tu leur as dit de s’habiller
convenablement, à ces gens, avait-il aussitôt
grommelé d’un air méprisant. J’ai vu le genre de
choses que vous portez, vous autres. La moindre
décence consisterait à mettre des vêtements
normaux.
Harry avait un vague pressentiment. Il avait
rarement vu les Weasley porter quelque chose que
les Dursley auraient pu trouver « normal ». Leurs
enfants mettaient parfois des vêtements de
Moldus pendant les vacances mais Mr et Mrs
Weasley portaient généralement de longues robes
de sorcier plus ou moins élimées. Harry ne se
souciait guère de l’opinion des voisins mais il
s’inquiétait de la grossièreté dont les Dursley
pourraient faire preuve à l’égard des Weasley si
ces derniers ressemblaient trop à l’idée qu’ils se
faisaient des sorciers.
L’oncle Vernon avait revêtu son plus beau
costume. Certains auraient pu voir là un geste de
bienvenue, mais Harry savait que c’était
seulement parce qu’il voulait paraître
impressionnant, intimidant même. Dudley, lui,
semblait plutôt diminué, non pas en raison de son
régime qui n’avait encore aucun effet, mais par la
peur. Sa dernière rencontre avec un sorcier lui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 65 / 1147
avait valu de se retrouver affublé d’une queue de
cochon en tire-bouchon qui dépassait de son
pantalon et ses parents avaient dû l’emmener dans
une clinique privée de Londres pour la faire
enlever à grands frais. Il n’était donc pas
surprenant de voir Dudley passer fébrilement la
main dans son dos en marchant de côté afin de ne
pas présenter la même cible à l’ennemi.
Le déjeuner se déroula dans un silence quasi
complet. Dudley ne protesta même pas contre la
composition du menu (fromage blanc et céleri
râpé). La tante Pétunia ne mangea rien du tout.
Elle avait les bras croisés, les lèvres pincées et
semblait mâchonner sa langue comme si elle
s’efforçait de retenir la furieuse diatribe qu’elle
brûlait de prononcer contre Harry.
— Ils vont venir en voiture, bien entendu ?
aboya l’oncle Vernon, assis de l’autre côté de la
table.
— Heu…, dit Harry.
Il ne s’était pas posé la question. Comment les
Weasley allaient-ils venir le chercher ? Ils
n’avaient plus de voiture : la vieille Ford Anglia
qu’ils possédaient était retournée à l’état sauvage
dans la Forêt interdite de Poudlard. L’année
dernière, cependant, Mr Weasley avait emprunté
une voiture au ministère de la Magie. Peut-être

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 66 / 1147
allait-il faire la même chose aujourd’hui ?
— Je pense, oui, répondit enfin Harry.
L’oncle Vernon renifla d’un air méprisant.
Normalement, il aurait dû demander quelle était
la marque de la voiture de Mr Weasley. Il avait
tendance à juger les autres d’après la taille et le
prix de leurs voitures. Mais Harry doutait que
l’oncle Vernon puisse jamais éprouver de la
sympathie pour Mr Weasley, même si celui-ci
avait roulé en Ferrari.
Harry passa la plus grande partie de l’après-
midi dans sa chambre. Il ne supportait pas de voir
la tante Pétunia regarder à travers les rideaux
toutes les trente secondes, comme si on avait
signalé qu’un rhinocéros échappé du zoo se
promenait dans les parages. Enfin, à cinq heures
moins le quart, il redescendit dans le salon.
La tante Pétunia tapotait machinalement les
coussins. L’oncle Vernon faisait semblant de lire le
journal, mais ses yeux minuscules restaient
immobiles et Harry était persuadé qu’il guettait le
moindre bruit de moteur en provenance de la rue.
Dudley était tassé dans un fauteuil, assis sur ses
petites mains dodues fermement serrées sur son
derrière. La tension qui régnait dans la pièce
devenait insupportable ; Harry préféra sortir dans
l’entrée et s’asseoir sur les marches de l’escalier,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 67 / 1147
les yeux fixés sur sa montre, le cœur battant.
Cinq heures sonnèrent, puis les minutes
passèrent. L’oncle Vernon, transpirant légèrement
dans son costume trop chaud, alla ouvrir la porte,
regarda des deux côtés de la rue puis rentra
vivement la tête.
— Ils sont en retard ! lança-t-il à Harry.
— Je sais, répondit Harry. Peut-être que… il y
avait de la circulation.
Cinq heures dix… cinq heures et quart… Harry
aussi commençait à être inquiet. À la demie, il
entendit l’oncle Vernon et la tante Pétunia
marmonner quelques remarques lapidaires :
— Aucune considération pour les autres.
— Nous aurions pu avoir quelque chose à faire
tout de suite après.
— Ils pensent peut-être que, s’ils arrivent
suffisamment tard, on les invitera à dîner.
— Il ne manquerait plus que ça ! s’indigna
l’oncle Vernon.
Harry l’entendit se lever et faire les cent pas
dans le salon.
— Ils emmènent ce garçon et ils s’en vont, pas
question de les laisser traîner dans la maison. Si
toutefois ils viennent. Ils se sont probablement
trompés de jour. On peut dire que la ponctualité

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 68 / 1147
n’est pas une valeur essentielle, chez ces gens-là.
Ou peut-être qu’ils roulent dans un vieux tas de
ferraille qui est tombé en pa…
aa aaaaaa rrrrgh !
Harry se leva d’un bond. De l’autre côté de la
porte du salon, il entendit les trois Dursley pris de
panique se précipiter à l’autre bout de la pièce. Un
instant plus tard, Dudley surgit dans l’entrée, l’air
terrifié.
— Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui s’est
passé ? s’inquiéta Harry.
Mais Dudley semblait incapable de parler. Les
mains toujours crispées sur ses fesses, il se
dandina aussi vite que possible vers la cuisine
pendant que Harry se ruait dans le salon.
Des coups frappés contre le mur et des
raclements sonores s’élevaient dans la cheminée
que les Dursley avaient condamnée et devant
laquelle ils avaient installé un faux feu de bois
électrique.
— Qu’est-ce que c’est ? balbutia la tante
Pétunia, le dos plaqué contre le mur, son regard
épouvanté fixé sur le faux feu. Qu’est-ce qui se
passe, Vernon ?
La réponse ne se fit guère attendre. Un instant
plus tard, des voix retentirent à l’intérieur de la
cheminée.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 69 / 1147
— Aïe ! Fred, non… Recule, recule, il y a eu une
erreur quelque part… Dis à George de ne pas…
AÏE ! George, non, on n’a pas assez de place,
retourne vite dire à Ron…
— Peut-être que Harry nous entend, papa ?
Peut-être qu’il va pouvoir nous faire sortir d’ici ?
Il y eut un martèlement assourdissant sur les
planches qui masquaient la cheminée, derrière le
feu de bois électrique.
— Harry ? Harry, tu nous entends ? D’un même
mouvement, les Dursley se tournèrent vers Harry
comme un couple de belettes furieuses.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? gronda l’oncle
Vernon. Qu’est-ce qui se passe ?
— Ils… ils ont voulu venir avec de la poudre de
Cheminette, répondit Harry en réprimant un fou
rire. Ils peuvent se déplacer d’une cheminée à
l’autre grâce à un feu spécial mais, comme la vôtre
est condamnée, ils n’arrivent plus à sortir…
Attendez…
Il s’approcha de la cheminée et appela :
— Mr Weasley ? Vous m’entendez ?
Le martèlement cessa. À l’intérieur, quelqu’un
fit : « Chut ! »
— Mr Weasley, c’est Harry. La cheminée a été
condamnée. Vous n’allez pas pouvoir passer par

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 70 / 1147
ici.
— Allons bon ! dit la voix de Mr Weasley.
Pourquoi donc ont-ils condamné cette cheminée ?
— Ils préfèrent les feux électriques, expliqua
Harry.
— Vraiment ? dit la voix de Mr Weasley,
soudain intéressée. Comment tu dis ? Ecklectic ?
Avec une prise ! Il faut absolument que je voie ça…
Voyons, réfléchissons… Aïe, Ron !
La voix de Ron se joignit aux autres :
— Qu’est-ce qu’on fait tous là ? Il y a quelque
chose qui ne va pas ?
— Mais si, tout va très bien, Ron, dit la voix de
Fred d’un ton sarcastique, on n’aurait pas pu rêver
mieux.
— Oui, on s’amuse comme des petits fous, ici,
dit George d’une voix complètement étouffée,
comme s’il était écrasé contre le mur.
— Allons, allons… dit Mr Weasley d’un ton
indécis. J’essaye de trouver un moyen… Oui… Il
n’y a qu’une seule chose à faire…
Recule-toi, Harry. Harry battit en retraite en
direction du canapé. L’oncle Vernon, en revanche,
s’avança.
— Attendez un peu ! s’écria-t-il en parlant au
faux feu. Qu’est-ce que vous avez l’intention de… ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 71 / 1147
BANG !
Le feu électrique vola à travers la pièce, soufflé
par l’explosion de la cheminée. Mr Weasley, Fred,
George et Ron surgirent alors au milieu d’un
nuage de débris divers. La tante Pétunia poussa un
hurlement suraigu et tomba par-dessus la table
basse. L’oncle Vernon la rattrapa avant qu’elle ne
heurte le sol et regarda bouche bée les Weasley qui
arboraient tous une chevelure d’un roux vif. Fred
et George, les jumeaux, étaient parfaitement
identiques, jusqu’à la moindre tache de son.
— Ça va mieux, dit Mr Weasley d’un ton
haletant.
Il épousseta d’un revers de main sa longue robe
verte et redressa ses lunettes sur son nez.
— Ah, vous devez être l’oncle et la tante de
Harry !
Grand, mince, le front dégarni, Mr Weasley
s’avança, la main tendue vers l’oncle Vernon, mais
celui-ci recula de plusieurs pas, entraînant avec lui
la tante Pétunia. L’oncle Vernon était incapable de
prononcer un mot. Son plus beau costume était
couvert d’une poussière blanche qui s’était
également répandue sur sa moustache et dans ses
cheveux. Il avait l’air d’avoir brusquement vieilli
de trente ans.
— Ah, heu… oui… désolé pour tout ce

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 72 / 1147
dérangement, dit Mr Weasley qui laissa retomber
sa main en jetant un coup d’œil vers la cheminée
dévastée. C’est entièrement ma faute. Je n’avais
pas pensé que nous ne pourrions pas sortir une
fois arrivés à destination. Figurez-vous que j’ai fait
connecter votre cheminée au réseau de la poudre
de Cheminette – oh, bien sûr, c’était simplement
pour l’après-midi, afin que nous puissions venir
chercher Harry. Normalement, les cheminées de
Moldus ne doivent pas être connectées, mais je
connais quelqu’un au Service de régulation des
déplacements par cheminée qui m’a arrangé ça
pour me rendre service. Je remettrai tout en ordre
en un clin d’œil, ne vous inquiétez pas. Je vais
allumer un feu pour renvoyer les garçons à la
maison et ensuite, je réparerai la cheminée avant
de transplaner moi-même.
Harry était prêt à parier que les Dursley
n’avaient pas compris un mot de ce qu’il venait de
dire. Ils continuaient de regarder Mr Weasley
bouche bée, comme frappés par la foudre. La tante
Pétunia se redressa tant bien que mal et se cacha
derrière l’oncle Vernon.
— Bonjour, Harry, dit Mr Weasley, avec un
sourire rayonnant, tes bagages sont prêts ?
— Tout est là-haut, répondit Harry en lui
rendant son sourire.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 73 / 1147
— On va s’en occuper, dit aussitôt Fred.
Adressant un clin d’œil à Harry, il sortit du salon
en compagnie de George.
Ils savaient où se trouvait sa chambre pour
l’avoir un jour aidé à s’échapper en pleine nuit.
Harry soupçonnait Fred et George d’avoir envie de
jeter un coup d’œil à Dudley. Il leur en avait
souvent parlé.
— Voilà, voilà, lança Mr Weasley d’un ton un
peu gêné.
Il balança légèrement les bras en cherchant
quelque chose à dire pour essayer de rompre le
silence de plus en plus pesant.
— C’est… c’est très charmant, chez vous.
En voyant leur salon habituellement immaculé
recouvert de poussière et de morceaux de briques,
les Dursley ne furent guère sensibles à sa
remarque. Le visage de l’oncle Vernon redevint
violacé et la tante Pétunia recommença à
mâchonner sa langue. Mais ils semblaient trop
effrayés pour oser dire quoi que ce soit.
Mr Weasley regardait autour de lui. Il avait
toujours manifesté beaucoup d’intérêt pour les
inventions des Moldus et Harry sentait qu’il
brûlait d’envie d’aller examiner de près le poste de
télévision et le magnétoscope.
— Ça marche à l’eckeltricité , n’est-ce pas ? dit-il

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 74 / 1147
d’un ton d’expert. Ah, oui, je vois les prises. Je fais
moi-même collection de prises, ajouta-t-il à
l’adresse de l’oncle Vernon. Et de piles. J’ai une
très belle collection de piles. Ma femme pense que
je suis fou, mais voilà bien la preuve du contraire.
L’oncle Vernon paraissait lui aussi clairement
convaincu que Mr Weasley était fou. Il se glissa
légèrement vers la droite, cachant la tante Pétunia
derrière lui, comme s’il avait peur que Mr Weasley
se précipite soudain sur eux pour les attaquer.
Dudley réapparut soudain dans la pièce. Harry
entendit le son de sa grosse valise qu’on traînait
dans l’escalier et il comprit que c’était ce bruit qui
avait fait peur à Dudley et l’avait chassé de la
cuisine. Dudley longea le mur, observant
Mr Weasley d’un regard terrifié, et s’efforça de se
cacher derrière son père et sa mère. Mais le corps
massif de l’oncle Vernon, suffisant pour dissimuler
la tante Pétunia, n’était quand même pas assez
volumineux pour cacher Dudley.
— Ah, voilà ton cousin, c’est bien ça, Harry ? dit
Mr Weasley en essayant courageusement de
relancer la conversation.
— Ouais, répondit Harry, c’est Dudley. Ron et
lui échangèrent un regard puis détournèrent les
yeux pour échapper à la tentation d’éclater de rire.
Dudley se tenait toujours le derrière comme s’il

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 75 / 1147
avait peur qu’il se détache de son corps et tombe
par terre. Mr Weasley paraissait s’inquiéter de son
comportement.
— Tu passes de bonnes vacances, Dudley ?
demanda-t-il avec douceur.
À en juger par le ton de sa voix, Harry se
doutait que, aux yeux de Mr Weasley, Dudley
devait sembler aussi fou que lui-même le
paraissait aux Dursley, à la différence que
Mr Weasley éprouvait pour lui de la compassion
plutôt que de la peur. En l’entendant s’adresser à
lui, Dudley laissa échapper un gémissement et
Harry vit ses mains se serrer encore davantage sur
son énorme postérieur.
Fred et George revinrent dans la pièce en
portant la grosse valise de Harry et leur regard se
posa aussitôt sur Dudley. Le même sourire
malicieux apparut alors sur leur visage.
— Ah, vous voilà, parfait, je crois que nous
ferions bien d’y aller, dit Mr Weasley.
Il retroussa les manches de sa robe de sorcier et
sortit sa baguette magique. Harry vit les trois
Dursley reculer d’un même mouvement vers le
mur du fond.
— Incendio ! s’exclama Mr Weasley en pointant
sa baguette vers le trou dans le mur.
Des flammes s’élevèrent aussitôt dans la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 76 / 1147
cheminée en craquant allègrement, comme si le
feu brûlait depuis des heures. Mr Weasley sortit de
sa poche un petit sac fermé par un cordon, l’ouvrit,
retira une pincée de poudre et la jeta dans les
flammes qui prirent une teinte vert émeraude en
ronflant de plus belle.
— Vas-y, Fred, dit Mr Weasley.
— J’arrive, répondit Fred. Oh, non, attends…
Un sac de bonbons venait de tomber de sa
poche en répandant son contenu par terre – de
grosses et appétissantes pralines enveloppées de
papiers aux couleurs vives.
Fred se précipita pour les ramasser et les
remettre dans sa poche puis, l’air enjoué, il
adressa un signe de la main aux Dursley et
s’avança dans les flammes en annonçant : « Le
Terrier ! » La tante Pétunia, parcourue d’un
frisson, étouffa une exclamation apeurée. Il y eut
un bruit de bourrasque et Fred disparut.
— À toi, George, dit Mr Weasley, vas-y avec la
valise.
Harry aida George à porter sa valise dans les
flammes et à la mettre debout pour qu’il puisse la
tenir plus facilement. Puis, après s’être écrié : « Le
Terrier ! », George disparut à son tour dans le
même bruit de bourrasque.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 77 / 1147
— Ron, à toi maintenant, dit Mr Weasley.
— À bientôt, lança Ron aux Dursley d’un ton
joyeux.
Il adressa un large sourire à Harry, puis
s’avança dans le feu qui continuait de brûler et
cria : « Le Terrier ! » avant de disparaître comme
ses frères. Il ne restait plus à présent que Harry et
Mr Weasley.
— Bon, eh bien, au revoir, dit Harry aux
Dursley.
Ils restèrent silencieux et Harry s’approcha des
flammes. Mais au moment où il arrivait devant
l’âtre, Mr Weasley tendit la main et le retint par
l’épaule. Il regardait les Dursley d’un air stupéfait.
— Harry vous a dit au revoir, fit-il remarquer.
Vous ne l’avez pas entendu ?
— Ça ne fait rien, murmura Harry à
Mr Weasley. Sincèrement, ça m’est égal.
Mais Mr Weasley ne lâcha pas l’épaule de
Harry.
— Vous n’allez plus voir votre neveu jusqu’à
l’été prochain, dit-il à l’oncle Vernon, d’un ton
quelque peu indigné. Vous ne pouvez quand même
pas le laisser partir sans lui dire au revoir ?
Le visage de l’oncle Vernon trahissait une
furieuse agitation. L’idée de recevoir une leçon de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 78 / 1147
politesse de la part d’un homme qui venait de
dévaster la moitié de son salon lui causait de toute
évidence une souffrance cuisante.
Mais Mr Weasley avait toujours sa baguette à la
main et les yeux minuscules de l’oncle Vernon s’y
posèrent un instant avant qu’il se décide à lâcher à
contrecœur un timide :
— Eh bien, oui, au revoir.
— À un de ces jours, dit Harry en posant un
pied dans les flammes vertes qui dégageaient une
agréable tiédeur.
À cet instant, un horrible hoquet retentit
derrière lui et la tante Pétunia poussa un
hurlement.
Harry fit aussitôt volte-face. Dudley n’était plus
derrière ses parents. À genoux près de la table
basse, il suffoquait, crachait, s’étouffait, tandis
qu’une horrible chose gluante et violacée de trente
centimètres de long pendait de sa bouche. Harry,
stupéfait, s’aperçut qu’il s’agissait tout simplement
de la langue de Dudley – et qu’un des papiers aux
vives couleurs qui enveloppaient les pralines était
tombé par terre devant lui.
La tante Pétunia se précipita sur Dudley. Elle
attrapa le bout de sa langue enflée et essaya de
l’arracher de sa bouche. Dudley se mit alors à
hurler et à crachoter de plus belle, en essayant de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 79 / 1147
repousser sa mère. L’oncle Vernon, pris de
panique agitait les bras et vociférait si fort que
Mr Weasley fut obligé de hurler pour se faire
entendre.
— Ne vous inquiétez pas, je vais arranger ça !
s’exclama-t-il en s’approchant de Dudley, sa
baguette magique pointée sur lui.
Mais la tante Pétunia poussa des cris plus
perçants que jamais et se jeta sur Dudley pour le
protéger de son corps.
— Allons, voyons, dit Mr Weasley d’un ton
désespéré. C’est un simple phénomène de… c’est à
cause de la praline… mon fils, Fred… un vrai
farceur… il s’agit simplement d’un sortilège
d’Engorgement… c’est du moins ce que je crois…
Laissez-moi faire, je peux tout arranger…
Loin d’être rassurés, les Dursley avaient l’air de
plus en plus terrorisés et la tante Pétunia poussait
des sanglots hystériques en tirant sur la langue de
Dudley comme si elle voulait à tout prix l’arracher.
Dudley étouffait sous l’effet conjugué des efforts
de sa mère et du volume de sa langue qui ne
cessait de grandir. L’oncle Vernon, quant à lui,
avait perdu le contrôle de ses nerfs : il attrapa une
figurine en porcelaine posée sur le buffet et la jeta
de toutes ses forces à la tête de Mr Weasley qui se
baissa à temps. L’objet poursuivit sa course et se

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 80 / 1147
fracassa dans la cheminée dévastée.
— Allons, voyons ! répéta Mr Weasley avec
colère en brandissant sa baguette magique.
J’essaye au contraire de vous aider !
Meuglant comme un hippopotame blessé,
l’oncle Vernon saisit un autre objet décoratif.
— Harry, vas-y ! Vas-y ! s’écria Mr Weasley, sa
baguette pointée sur l’oncle Vernon. Je vais
arranger tout ça !
Harry ne voulait pas être privé du spectacle
mais la deuxième figurine que lança l’oncle
Vernon lui frôla l’oreille et il estima préférable de
laisser Mr Weasley dénouer seul la situation. Il
s’avança dans les flammes et jeta un coup d’œil
par-dessus son épaule en annonçant : « Le
Terrier ! » Il eut encore le temps d’apercevoir
Mr Weasley, qui faisait exploser entre les mains de
l’oncle Vernon une troisième figurine de
porcelaine, et la tante Pétunia, toujours allongée
sur son fils, qui ne cessait de hurler tandis que la
langue de Dudley serpentait hors de sa bouche
comme un grand python gluant. Un instant plus
tard, Harry se mit à tournoyer sur lui-même de
plus en plus vite et le salon des Dursley disparut
dans un tourbillon de flammes vertes comme
l’émeraude.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 81 / 1147
5
F ARCES POUR SORCIERS FACÉTIEUX
arry, coudes au corps, tournoyait toujours
plus vite. Des cheminées défilaient devant
lui, dans une succession d’images floues qui
finirent par lui donner mal au cœur et l’obligèrent
à fermer les yeux. Lorsque, enfin, il se sentit
ralentir, il tendit les mains devant lui juste à temps
pour éviter de s’écraser face contre terre dans la
cheminée de la cuisine des Weasley. H
— Alors, il en a mangé ? demanda Fred d’un ton
surexcité en tendant une main à Harry pour l’aider
à se relever.
— Oui, dit Harry. Qu’est-ce que c’était ?
— Des Pralines Longue Langue, répondit Fred
d’un air satisfait. C’est George et moi qui les avons
inventées. On a cherché quelqu’un tout l’été pour
les essayer…
Un grand rire explosa dans la minuscule
cuisine. Harry regarda autour de lui et vit George
et Ron assis à la table de bois en compagnie de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 82 / 1147
deux autres personnes aux cheveux roux que
Harry n’avait encore jamais vues mais qu’il n’eut
aucun mal à identifier : c’étaient Bill et Charlie, les
deux frères aînés de la famille Weasley.
— Comment ça va, Harry ? dit l’un d’eux avec
un grand sourire.
Il lui tendit une main que Harry serra en
sentant des cals et des ampoules sous ses doigts.
Ce devait être Charlie, qui s’occupait de dragons,
en Roumanie. Charlie était bâti comme les
jumeaux, plus petit et plus râblé que Percy et Ron
qui étaient tous deux grands et efflanqués. Il avait
un visage bienveillant aux traits burinés, et
tellement constellé de taches de rousseur qu’il en
paraissait presque bronzé. Sur l’un de ses bras
musculeux, on remarquait une grosse cicatrice
brillante, visiblement due à une brûlure.
Bill se leva en souriant et serra à son tour la
main de Harry qui fut assez surpris en le voyant de
près. Harry savait que Bill travaillait pour
Gringotts, la banque des sorciers, et qu’il avait été
préfet-en-chef à Poudlard. Aussi se l’était-il
toujours imaginé comme Percy en plus âgé :
pointilleux sur le règlement et résolu à imposer
son autorité aux autres. Mais Bill lui apparut sous
un jour très différent. S’il avait dû choisir un mot
pour le définir, il aurait cédé à la mode en le

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 83 / 1147
qualifiant de cool. Il était grand, avec une longue
chevelure nouée en catogan, et il portait à l’oreille
un anneau auquel était attaché ce qui semblait être
un crochet de serpent. Ses vêtements n’auraient
pas eu l’air déplacés dans un concert de rock, sauf
que ses bottes, comme Harry le remarqua tout de
suite, n’étaient pas en cuir mais en peau de
dragon.
Avant qu’ils aient eu le temps de se dire quoi
que ce soit, une légère détonation retentit et
Mr Weasley surgit de nulle part derrière l’épaule
de George. Harry ne l’avait jamais vu aussi
— Ce n’était pas drôle du tout, Fred ! s’écria-t-
il. Qu’est-ce que tu as donné à ce pauvre petit
Moldu ?
— Je ne lui ai rien donné du tout, répondit Fred
avec un sourire malicieux. J’ai simplement laissé
tomber quelque chose… C’est sa faute s’il l’a
mangé, je ne lui ai jamais dit de le faire.
— Tu l’as laissé tomber exprès ! rugit
Mr Weasley. Tu savais qu’il allait manger ça, tu
savais qu’il était au régime…
— Elle est devenue grande comment, sa
langue ? demanda George, avide de savoir.
— Elle avait dépassé un mètre au moment où
ses parents ont enfin accepté que j’intervienne.
Harry et les Weasley éclatèrent à nouveau de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 84 / 1147
rire.
— Ce n’est pas drôle ! s’écria Mr Weasley. Ce
genre de comportement compromet gravement les
relations entre Moldus et sorciers ! Je passe la
moitié de mon temps à essayer de lutter contre les
mauvais traitements infligés aux Moldus et mes
propres fils…
— Ce n’est pas parce que c’est un Moldu qu’on a
fait ça ! protesta Fred d’un ton indigné.
— Non, on l’a fait parce que c’est une grosse
brute stupide, dit George. N’est-ce pas, Harry ?
— Oui, c’est vrai, Mr Weasley, approuva Harry
d’un air sérieux.
— Ce n’est pas la question ! s’emporta
Mr Weasley. Attendez un peu que j’en parle à votre
mère…
— Me parler de quoi ? dit une voix derrière eux.
Mrs Weasley venait d’entrer dans la cuisine.
C’était une petite femme dodue au visage aimable,
même si, pour l’instant, elle fronçait les sourcils
d’un air soupçonneux.
— Oh, bonjour, Harry, mon chéri, dit-elle avec
un grand sourire dès qu’elle le vit.
Puis elle tourna à nouveau les yeux vers son
mari.
— Alors, de quoi voulais-tu me parler, Arthur ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 85 / 1147
insista-t-elle.
Mr Weasley hésita. Harry se rendait compte
que, en dépit de sa colère, il n’avait jamais eu
véritablement l’intention de raconter à
Mrs Weasley ce qui s’était passé. Il y eut un silence
pendant lequel Mr Weasley regarda son épouse
d’un air embarrassé. Deux jeunes filles apparurent
alors à la porte de la cuisine, derrière
Mrs Weasley. L’une, les cheveux bruns en
broussaille et les dents de devant plutôt
proéminentes, était une amie de Harry et de Ron
et s’appelait Hermione Granger. L’autre, plus
petite, avait des cheveux roux. C’était Ginny, la
jeune sœur de Ron. Toutes deux adressèrent un
sourire à Harry et, lorsque celui-ci leur sourit à
son tour, Ginny devint écarlate – elle était
toujours sous le charme de Harry depuis son
premier séjour au Terrier.
— De quoi voulais-tu me parler, Arthur ? répéta
Mrs Weasley d’un ton qui ne présageait rien de
bon.
— Ce n’est rien, Molly, marmonna Mr Weasley.
Fred et George ont simplement… Mais je me suis
déjà expliqué avec eux…
— Qu’est-ce qu’ils ont fait, cette fois-ci ?
demanda Mrs Weasley. Si ça concerne les Farces
pour sorciers facétieux…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 86 / 1147
— Tu devrais montrer à Harry où il va dormir,
Ron, dit Hermione qui était restée sur le seuil de la
porte.
— Il sait déjà où il va dormir, répondit Ron.
Dans ma chambre, c’est là qu’il a dormi la
dernière…
— On ferait peut-être bien d’y aller tous
ensemble, proposa judicieusement Hermione.
— D’accord, dit Ron, comprenant où elle voulait
en venir. Allons-y.
— On va y aller aussi, dit George.
— Tu restes où tu es ! ordonna Mrs Weasley
avec colère.
Harry et Ron sortirent discrètement de la
cuisine puis, en compagnie de Ginny et
d’Hermione, ils suivirent l’étroit couloir et
montèrent l’escalier branlant qui s’élevait en
zigzag dans les étages.
— Qu’est-ce que c’est, les Farces pour sorciers
facétieux ? demanda Harry tandis qu’ils
grimpaient les marches.
Ron et Ginny éclatèrent de rire, mais pas
Hermione.
— En rangeant la chambre de Fred et George,
maman a trouvé une pile de bons de commande au
nom de « Weasley, Farces pour sorciers

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 87 / 1147
facétieux », expliqua Ron à voix basse. Il y avait
toute une liste de prix pour des trucs qu’ils ont
inventés, genre fausses baguettes magiques,
bonbons farceurs, et des tas d’autres choses pour
faire des blagues. C’était fantastique, je ne savais
pas qu’ils avaient inventé tout ça…
— Ça fait des années qu’on entend des
explosions dans leur chambre, mais on n’avait
jamais pensé qu’ils fabriquaient vraiment quelque
chose, dit Ginny. On croyait qu’ils aimaient
simplement faire du bruit.
— L’ennui, c’est que la plupart de ces machins-
là – tous, en fait – étaient un peu dangereux,
poursuivit Ron. Ils avaient l’intention de vendre ça
à Poudlard pour se faire un peu d’argent et maman
était folle de rage. Elle leur a interdit de continuer
et elle a brûlé tous les bons de commande… De
toute façon, elle est furieuse contre eux. Ils n’ont
pas eu autant de BUSE qu’elle aurait voulu.
Les BUSE étaient les Brevets Universels de
Sorcellerie Élémentaire, des examens que les
élèves de Poudlard devaient passer à l’âge de
quinze ans.
— Ensuite, il y a eu une grande dispute, dit
Ginny, parce que maman voulait que, après l’école,
ils entrent au ministère de la Magie, comme papa,
mais ils lui ont répondu qu’ils avaient plutôt envie

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 88 / 1147
d’ouvrir une boutique de farces et attrapes.
À cet instant, une porte s’ouvrit au deuxième
étage et une tête avec des lunettes d’écaille et un
air exaspéré apparut dans l’entrebâillement.
— Salut, Percy, dit Harry.
— Oh, bonjour, Harry, répondit Percy. Je me
demandais qui faisait tout ce bruit. J’essaye de
travailler, moi, figurez-vous. J’ai un rapport à finir
et il n’est pas très facile de se concentrer quand il y
a des gens qui s’amusent à sauter dans l’escalier.
— On ne saute pas, répliqua Ron avec mauvaise
humeur, on monte les marches. Désolé d’avoir
perturbé les travaux top secrets du ministère de la
Magie.
— Sur quoi tu travailles ? demanda Harry.
— Sur un rapport pour le Département de la
coopération magique internationale, répondit
Percy d’un air important. Nous essayons d’établir
des normes standards pour l’épaisseur des fonds
de chaudron. Certains matériels d’importation
sont un peu trop fins. On a enregistré un taux
d’augmentation de trois pour cent des fuites en un
an.
— Voilà un rapport qui va changer la face du
monde, c’est sûr, dit Ron. À mon avis, les fuites
dans les chaudrons, ça devrait faire la une de La
Gazette du sorcier .

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 89 / 1147
Le teint de Percy rosit légèrement.
— Tu peux toujours te moquer, Ron, dit-il d’un
ton enflammé, mais si on n’impose pas un
règlement international, le marché sera bientôt
inondé de produits dont le fond sera trop mince,
donc fragile, ce qui représentera un sérieux danger
pour…
— Ouais, ouais, d’accord, dit Ron qui continua à
monter les marches tandis que Percy claquait la
porte de sa chambre.
Un instant plus tard, des cris retentirent dans la
cuisine. Apparemment, Mr Weasley avait parlé des
pralines à Mrs Weasley.
La chambre du dernier étage où Ron dormait
n’avait pas beaucoup changé depuis le dernier
séjour de Harry. Les mêmes affiches
représentaient les joueurs de l’équipe préférée de
Ron, les Canons de Chudley, qui virevoltaient sur
leurs balais en faisant de grands signes de la main.
Harry retrouva le plafond incliné qui épousait la
forme du toit et l’aquarium posé sur le rebord de la
fenêtre. Les têtards qu’il contenait avaient disparu,
remplacés par une énorme grenouille. Le vieux rat
de Ron, Croûtard, n’était plus là, mais Harry vit le
minuscule hibou gris qui lui avait apporté la lettre
de Ron à Privet Drive. Il sautillait comme un fou
dans sa cage et poussait de petits cris surexcités.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 90 / 1147
— Tais-toi, Coq, dit Ron en se faufilant entre
deux des quatre lits qu’on avait réussi à caser dans
la pièce. Fred et George vont dormir avec nous
parce que Bill et Charlie occupent leur chambre,
dit-il à Harry. Percy tient à garder la sienne pour
lui tout seul à cause de son travail .
— Heu… Pourquoi appelles-tu ton hibou
« Coq » ? demanda Harry.
— Parce qu’il est bête, dit Ginny. Son vrai nom,
c’est Coquecigrue.
— Oui, et ça, c’est un nom pas bête du tout,
puisque c’est Ginny qui l’a trouvé, répliqua Ron
d’un ton sarcastique. Elle pense que c’est très
mignon. J’ai essayé de le changer mais c’était trop
tard, il refuse de répondre à un autre nom. Alors,
maintenant, c’est Coq. Je suis obligé de le garder
ici, sinon, il embête Errol et Hermès. Moi aussi, il
m’embête, d’ailleurs.
Coquecigrue voleta joyeusement dans sa cage
en lançant des hululements suraigus. Harry
connaissait trop bien Ron pour prendre au sérieux
ce qu’il venait de lui dire. Les années précédentes,
Ron n’arrêtait pas de se plaindre de Croûtard, son
vieux rat, mais il avait été bouleversé lorsqu’il
avait cru que Pattenrond, le chat d’Hermione,
l’avait dévoré.
— Où est Pattenrond ? demanda Harry à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 91 / 1147
Hermione.
— Dans le jardin, j’imagine, répondit-elle. Il
aime bien poursuivre les gnomes, il n’en avait
jamais vu avant.
— Alors, ça lui plaît le travail, à Percy ? dit
Harry.
Il s’assit sur un des lits et regarda les Canons de
Chudley filer sur leurs balais d’un bord à l’autre
des affiches.
— Ça lui plaît ? Tu plaisantes, répondit Ron
d’un air sombre. Si papa ne l’y obligeait pas, il ne
rentrerait plus à la maison. Le travail, c’est une
obsession, chez lui. Surtout, ne lui parle pas de son
patron, sinon, tu n’en auras jamais fini. D’après ce
que dit Mr Croupton… Comme je le faisais
remarquer à Mr Croupton… Mr Croupton pense
que… Mr Croupton m’a raconté… Si ça continue
comme ça, bientôt, ils annonceront leurs
fiançailles.
— Tu as passé de bonnes vacances, Harry ?
demanda Hermione. Tu as reçu les colis de
nourriture ?
— Oui, merci beaucoup. Ces gâteaux m’ont
sauvé la vie.
— Et est-ce que tu as eu des nouvelles de…
commença Ron, mais un regard d’Hermione le fit
taire.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 92 / 1147
Harry savait qu’il s’apprêtait à lui demander
des nouvelles de Sirius. Ron et Hermione avaient
joué un rôle si important en aidant son parrain à
échapper aux griffes du ministère de la Magie
qu’ils s’inquiétaient de son sort presque autant
que Harry lui-même. Mais il n’aurait pas été très
judicieux de parler de lui devant Ginny. Car, à part
eux et le professeur Dumbledore, personne ne
savait comment Sirius avait réussi à s’enfuir et
personne ne croyait à son innocence. À en juger
par le regard intrigué qu’elle lança à Ron et à
Harry, Ginny avait compris qu’on lui cachait
quelque chose.
— Je crois qu’ils ont cessé de se disputer, dit
Hermione pour essayer de dissiper ce moment de
gêne. Si nous allions aider ta mère à préparer le
dîner ?
— Ouais, d’accord, dit Ron.
Ils redescendirent tous les quatre et
retrouvèrent Mrs Weasley, seule dans la cuisine,
l’air de très mauvaise humeur.
— On va dîner dans le jardin, dit-elle en les
voyant entrer. Il n’y a pas assez de place pour onze
personnes, ici. Pourriez-vous emporter les
assiettes dehors, les filles ? Bill et Charlie sont en
train d’installer les tables. Vous vous occuperez
des couverts, tous les deux, ajouta-t-elle à l’adresse

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 93 / 1147
de Ron et de Harry.
Avec une vigueur excessive, elle pointa sa
baguette magique vers l’évier et les pommes de
terre qui s’y entassaient jaillirent hors de leur peau
à une telle vitesse qu’elles ricochèrent sur les murs
et le plafond.
— Allons, allons, du calme ! lança-t-elle d’un
ton sec.
Elle dirigea alors sa baguette vers une petite
pelle qui se décrocha toute seule du mur et racla le
sol en ramassant les pommes de terre dispersées.
— Ah, ces deux-là ! explosa-t-elle d’un ton
féroce en prenant des marmites et des casseroles
dans un placard.
Harry comprit tout de suite qu’elle voulait
parler de Fred et de George.
— Je ne sais vraiment pas ce qu’ils vont
devenir, vraiment pas. Aucune ambition, à part
celle de faire le plus de bêtises possible…
Elle posa brutalement une grande casserole de
cuivre sur la table de la cuisine et fit tourner
plusieurs fois sa baguette magique à l’intérieur.
Une sauce onctueuse jaillit alors de la baguette
tandis qu’elle décrivait des cercles pour la remuer.
— Ce n’est pas un manque d’intelligence,
poursuivit Mrs Weasley d’un ton irrité en posant la
casserole sur la cuisinière qu’elle alluma d’un

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 94 / 1147
autre coup de sa baguette magique. Mais ils la
gaspillent bêtement et, s’ils ne se calment pas un
peu, ils auront bientôt de gros ennuis. J’ai reçu
plus de hiboux de Poudlard à leur sujet que pour
tous les autres réunis. S’ils continuent comme ça,
ils finiront devant le Service des usages abusifs de
la magie.
Mrs Weasley donna un coup de baguette sur le
tiroir qui contenait les couverts. Le tiroir s’ouvrit
brusquement et Harry et Ron firent un bond en
arrière, évitant de justesse les couteaux qui en
jaillirent pour aller couper en rondelles les
pommes de terre que la pelle avait rapportées
dans l’évier.
— Nous avons dû commettre des erreurs avec
eux, mais j’ignore lesquelles, continua
Mrs Weasley qui posa sa baguette pour aller
prendre d’autres casseroles dans le placard.
Depuis des années, ils accumulent les bêtises et ils
n’écoutent jamais ce qu’on leur dit. OH NON, ÇA
SUFFIT !
La baguette qu’elle venait de reprendre avait
émis un couinement sonore et s’était transformée
en une énorme souris en caoutchouc.
— Encore une de leurs fausses baguettes !
s’écria-t-elle. Combien de fois leur ai-je répété de
ne pas les laisser traîner n’importe où ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 95 / 1147
Elle reprit sa véritable baguette et se tourna
vers la casserole de sauce qui était en train de
fumer.
— Viens, dit Ron à Harry, en prenant une
poignée de couverts dans le tiroir, on va aider Bill
et Charlie.
Ils laissèrent Mrs Weasley et sortirent de la
maison par la porte de derrière.
Ils avaient à peine fait quelques pas que le chat
orange d’Hermione, Pattenrond, ainsi nommé en
raison de ses pattes arquées, surgit devant eux,
dressant sa queue touffue. L’animal poursuivait
quelque chose qui ressemblait à une pomme de
terre boueuse dotée de pattes. Harry reconnut
aussitôt un gnome de jardin. Il était haut d’une
vingtaine de centimètres et ses petits pieds
fourchus martelaient le sol à toute vitesse tandis
qu’il filait se cacher la tête la première dans une
des grosses bottes qui traînaient près de la porte
de derrière. Harry entendit le gnome éclater de
rire lorsque Pattenrond plongea une patte dans la
botte pour essayer de l’attraper. Pendant ce temps,
un grand fracas s’élevait de l’autre côté de la
maison. La source du vacarme leur apparut
lorsqu’ils pénétrèrent dans le jardin : Bill et
Charlie, leur baguette à la main, faisaient voler à
bonne hauteur au-dessus de la pelouse deux

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 96 / 1147
vieilles tables délabrées qu’ils projetaient l’une
contre l’autre dans des chocs furieux, essayant
d’envoyer à terre celle de l’adversaire. Fred et
George applaudissaient à tout rompre, Ginny riait
aux éclats et Hermione, qui contemplait le
spectacle debout près de la haie, semblait partagée
entre l’amusement et l’appréhension.
La table de Bill heurta celle de Charlie avec un
grand bruit et brisa un de ses pieds. Ils
entendirent alors une fenêtre s’ouvrir au-dessus
d’eux et virent la tête de Percy apparaître au
deuxième étage.
— Vous voudriez bien vous calmer un peu ?
cria-t-il.
— Désolé, Perce, dit Bill avec un sourire.
Comment vont les fonds de chaudron ?
— Très mal, répliqua Percy avec mauvaise
humeur avant de refermer la fenêtre d’un coup
sec.
Pouffant de rire, Bill et Charlie ramenèrent en
douceur les tables sur la pelouse et les disposèrent
dans le prolongement l’une de l’autre. D’un coup
de baguette magique, Bill répara le pied cassé et fit
apparaître des nappes venues de nulle part.
Aux alentours de sept heures, les deux tables
ployaient sous les quantités de plats succulents
qu’avait préparés Mrs Weasley, et les neuf

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 97 / 1147
Weasley, ainsi que Harry et Hermione,
s’installèrent pour dîner sous un ciel bleu
dépourvu du moindre nuage. Pour quelqu’un qui
s’était nourri tout l’été de gâteaux de moins en
moins frais, c’était le paradis. Au début, Harry
écouta la conversation plus qu’il n’y participa, trop
occupé à se resservir de pâté en croûte, de
pommes de terre et de salade.
À l’autre bout de la table, Percy exposait en
détail à son père le contenu de son rapport sur
l’épaisseur des fonds de chaudron.
— J’ai dit à Mr Croupton qu’il serait prêt mardi
prochain, expliquait Percy d’un ton suffisant. Il ne
l’attendait pas si tôt, mais j’aime faire les choses le
mieux possible. Je pense qu’il me sera
reconnaissant d’avoir terminé dans des délais
aussi brefs. Nous avons énormément de travail,
dans notre service, à cause de la préparation de la
Coupe du Monde. Malheureusement nous n’avons
pas tout le soutien que nous aurions pu espérer de
la part du Département des jeux et sports
magiques. Ludo Verpey…
— J’aime bien Ludo, dit Mr Weasley d’une voix
douce. C’est lui qui nous a obtenu les billets pour
la coupe. Je lui ai rendu un petit service : son frère
Otto a eu quelques ennuis, une histoire de
tondeuse à gazon dotée de pouvoirs surnaturels, je

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 98 / 1147
me suis arrangé pour qu’il n’y ait pas de suites.
— Oh, Verpey est sympathique , bien sûr, dit
Percy d’un ton dédaigneux, mais de là à devenir
directeur d’un département… Quand je le compare
à Mr Croupton ! Je n’imagine pas Mr Croupton
constatant la disparition d’un membre de notre
service sans se soucier de savoir ce qu’il est
devenu. Est-ce que tu te rends compte que Bertha
Jorkins est absente depuis un mois, maintenant ?
Elle est allée en vacances en Albanie et elle n’est
jamais revenue.
— Oui, j’ai posé la question à Ludo, répondit
Mr Weasley en fronçant les sourcils. Il dit que
Bertha se perd très souvent, mais je dois
reconnaître que, s’il s’agissait de quelqu’un
travaillant dans mon département, je me ferais du
souci…
— Oh, Bertha est incorrigible, c’est vrai, dit
Percy. On m’a dit qu’elle a été mutée de service en
service pendant des années, qu’elle apporte
beaucoup plus d’ennuis que d’avantages… mais
quand même, Verpey devrait essayer de la
retrouver. Mr Croupton s’est personnellement
intéressé à l’affaire – elle a travaillé dans notre
département pendant un certain temps et je crois
qu’il l’aimait beaucoup – mais chaque fois qu’il lui
en parle, Verpey éclate de rire en disant qu’elle n’a

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 99 / 1147
sans doute pas su lire la carte et qu’elle a dû se
retrouver en Australie plutôt qu’en Albanie. Enfin,
quand même…
Percy poussa un soupir impressionnant et but
une longue gorgée de vin de sureau.
— Nous avons suffisamment de pain sur la
planche au Département de la coopération
magique internationale pour ne pas nous occuper
en plus de retrouver les membres des autres
services. Comme tu le sais, nous avons un autre
grand événement à organiser, juste après la Coupe
du Monde.
Il s’éclaircit la gorge d’un air important et
tourna son regard vers l’autre extrémité de la table
où Harry, Ron et Hermione étaient assis.
— Tu sais de quoi je veux parler, père.
Il éleva légèrement la voix pour ajouter :
— Celui qui est top secret.
Ron leva les yeux au ciel et marmonna quelque
chose à l’adresse de Harry et d’Hermione.
— Depuis qu’il a commencé à travailler, il fait
tout pour qu’on lui demande quel est ce grand
événement si secret. Sans doute une exposition de
chaudrons à fond épais.
Au milieu de la table, Mrs Weasley se disputait
avec Bill au sujet de l’anneau qu’il portait à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 100 / 1147
l’oreille, depuis une date récente, semblait-il.
— Avec cette horrible dent de serpent que tu y
as accrochée, vraiment, Bill, est-ce que tu te rends
compte ? Qu’est-ce qu’ils en disent, à la banque ?
— Maman, à la banque, tout le monde se fiche
de la façon dont je m’habille du moment que je
leur rapporte de l’argent, répondit Bill avec
patience.
— Et tes cheveux deviennent impossibles,
ajouta Mrs Weasley, en caressant tendrement sa
baguette magique. J’aimerais bien les rafraîchir un
peu…
— Moi, je les aime bien comme ça, intervint
Ginny, assise à côté de Bill. Tu es tellement vieux
jeu, maman. De toute façon, ils ne seront jamais
aussi longs que ceux du professeur Dumbledore…
À côté de Mrs Weasley, Fred, George et Charlie
parlaient avec animation de la Coupe du Monde.
— C’est l’Irlande qui va gagner, dit Charlie
d’une voix pâteuse, la bouche pleine de pommes
de terre. Ils ont écrasé le Pérou en demi-finale.
— Oui, mais chez les Bulgares, il y a Viktor
Krum, fit remarquer Fred.
— Krum est le seul bon joueur de son équipe,
l’Irlande, elle, en a sept, répondit Charlie d’un ton
sans réplique. J’aurais bien aimé que l’Angleterre
arrive en finale. Il n’y a pas de quoi être fier, on

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 101 / 1147
peut le dire.
— Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda vivement
Harry, qui regrettait plus que jamais d’avoir été
éloigné du monde des sorciers pendant qu’il était
coincé à Privet Drive.
Harry était passionné de Quidditch. Il avait
joué comme attrapeur dans l’équipe de Quidditch
de la maison Gryffondor dès sa première année à
Poudlard et possédait un Éclair de feu, l’un des
meilleurs balais de course du monde.
— Elle s’est fait battre trois cent quatre-vingt-
dix à dix par la Transylvanie, répondit Charlie d’un
air sombre. Vraiment lamentable. Le pays de
Galles a perdu contre l’Ouganda et l’Écosse a été
écrasée par le Luxembourg.
D’un coup de baguette magique, Mr Weasley fit
apparaître des chandelles pour éclairer le jardin
assombri par le crépuscule. Puis le dessert fut
servi (glace à la fraise maison) et, lorsqu’ils eurent
fini de dîner, des papillons de nuit se mirent à
voleter au-dessus de la table tandis que l’air tiède
se parfumait d’une odeur d’herbe et de
chèvrefeuille. Harry avait le ventre bien plein et se
sentait en paix avec le monde en regardant les
gnomes pris de fou rire se précipiter dans les
massifs de roses, Pattenrond à leurs trousses.
Ron jeta un coup d’œil le long de la table pour

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 102 / 1147
s’assurer que le reste de la famille était occupé à
parler de choses et d’autres, puis il se tourna vers
Harry et lui dit à voix très basse :
— Alors… Tu as eu des nouvelles de Sirius, ces
temps-ci ?
Hermione se pencha pour écouter
attentivement.
— Oui, murmura Harry. Deux lettres. Il a l’air
d’aller bien. Je lui ai écrit avant-hier. Il me
répondra peut-être pendant que je serai encore ici.
Il se rappela soudain la raison pour laquelle il
avait écrit à Sirius et, pendant un instant, il fut sur
le point de parler à Ron et à Hermione de sa
cicatrice et du rêve qui l’avait réveillé en sursaut…
mais il ne voulut pas les inquiéter en un moment
pareil, alors que lui-même se sentait si heureux et
si paisible.
— Vous avez vu l’heure qu’il est ? dit soudain
Mrs Weasley en regardant sa montre. Vous devriez
tous être au lit, il faudra se lever à l’aube pour aller
à la Coupe du Monde. Harry, si tu me donnes ta
liste, je pourrai acheter ton matériel scolaire
demain, sur le Chemin de Traverse. Je vais
chercher les affaires de tout le monde. Vous
n’aurez peut-être pas le temps d’y aller vous-
mêmes, après la Coupe. La dernière fois, le match
a duré cinq jours.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 103 / 1147
— Wouaoh ! J’espère que ce sera la même chose
cette année ! s’exclama Harry avec enthousiasme.
— Pas moi, dit Percy d’un ton sentencieux. Je
n’ose pas imaginer tout le travail qui m’attendrait
au bureau si je devais m’absenter cinq jours.
— Oui, peut-être que tu trouverais encore de la
bouse de dragon sur tes dossiers, hein, Perce ?
lança Fred.
— Il s’agissait d’un échantillon d’engrais en
provenance de Norvège ! répliqua Percy dont le
teint était devenu écarlate. Ce n’était pas moi qui
étais visé !
— Oh si, murmura Fred à Harry, alors qu’ils se
levaient de table. C’est nous qui l’avions envoyée.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 104 / 1147
6
L E P ORTOLOIN
uand Mrs Weasley vint le réveiller en lui
secouant l’épaule, Harry eut l’impression
qu’il venait tout juste de se coucher. Q
— C’est l’heure d’y aller, Harry, mon chéri,
murmura-t-elle avant d’aller réveiller Ron.
Harry chercha ses lunettes à tâtons, les mit sur
son nez et se redressa dans son lit. Dehors, il
faisait encore nuit. Ron marmonna quelque chose
d’indistinct lorsque sa mère le tira du sommeil. Au
pied de son lit, Harry vit deux grandes silhouettes
échevelées qui émergeaient d’un enchevêtrement
de couvertures.
— Déjà l’heure ? dit Fred d’une voix
ensommeillée.
Ils s’habillèrent en silence, trop endormis pour
parler puis, bâillant et s’étirant, ils descendirent
tous les quatre dans la cuisine.
Mrs Weasley remuait le contenu d’une grande
marmite posée sur la cuisinière, pendant que

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 105 / 1147
Mr Weasley, assis à la table, examinait une liasse
de billets d’entrée imprimés sur de grands
parchemins. Il leva la tête à l’arrivée des quatre
garçons et écarta les bras pour qu’ils puissent
mieux voir ses vêtements. Il portait un chandail de
golf et un très vieux jean, un peu trop grand pour
lui, retenu par une épaisse ceinture de cuir.
— Qu’est-ce que vous en pensez ? demanda-t-il
d’un ton anxieux. Il ne faut surtout pas qu’on se
fasse remarquer. Est-ce que j’ai l’air d’un Moldu,
Harry ?
— Oui, répondit Harry avec un sourire, c’est
très bien.
— Où sont Bill, Charlie et Pe-e-e-e-e-e-ercy ?
demanda George dans un très long bâillement
qu’il lui fut impossible de retenir.
— Ils doivent transplaner, non ? répondit
Mrs Weasley en apportant sur la table une grosse
marmite de porridge qu’elle commença à servir.
Ils peuvent donc rester un peu plus longtemps au
lit.
Transplaner signifiait disparaître d’un endroit
pour réapparaître presque instantanément dans
un autre et Harry savait que c’était un exercice très
difficile.
— Alors ils dorment encore ? dit Fred d’un ton
grincheux en ramenant vers lui son bol de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 106 / 1147
porridge. Et pourquoi on ne pourrait pas
transplaner, nous aussi ?
— Parce que vous n’êtes pas encore majeurs et
que vous n’avez pas passé votre permis, répliqua
sèchement Mrs Weasley. Où sont les filles ?
Elle sortit en trombe de la cuisine et ils
l’entendirent monter l’escalier.
— Il faut passer un permis pour avoir le droit de
transplaner ? demanda Harry.
— Oh, oui, répondit Mr Weasley en rangeant
soigneusement ses billets d’entrée dans la poche
arrière de son jean. Le Département des
transports magiques a infligé une amende à deux
personnes l’autre jour pour avoir transplané sans
permis. Ce n’est pas facile, le transplanage et,
quand on ne le fait pas convenablement, il peut y
avoir de terribles complications. Les deux dont je
viens de parler se sont désartibulés .
Autour de la table, tout le monde, sauf Harry,
fit la grimace.
— Heu… désartibulés ? répéta Harry.
— Ils ont laissé la moitié de leur corps derrière
eux, expliqua Mr Weasley en versant de grandes
cuillerées de mélasse sur son porridge. Et donc, ils
sont restés coincés. Ils ne pouvaient plus bouger ni
dans un sens ni dans l’autre. Ils ont dû attendre
que la Brigade de réparation des accidents de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 107 / 1147
sorcellerie remette tout ça en place. Si vous saviez
le travail qu’on a eu, avec tous les Moldus qui
avaient vu des morceaux de leurs corps traîner par
terre…
Harry eut la soudaine vision d’une paire de
jambes et d’un globe oculaire abandonnés sur le
trottoir de Privet Drive.
— Et ils s’en sont remis ? demanda-t-il, un peu
ébranlé.
— Oh oui, répondit Mr Weasley d’un ton
dégagé. Mais ils ont eu une lourde amende et je
crois qu’ils ne sont pas près de recommencer. Il ne
faut pas plaisanter avec le transplanage. Il y a
beaucoup de sorciers expérimentés qui ne s’y
risquent pas. Ils préfèrent les balais – c’est plus
lent, mais plus sûr.
— Et Bill, Charlie et Percy savent le faire ?
— Charlie a dû repasser son permis, dit Fred
avec un sourire. Il l’a raté la première fois. Il a
transplané huit kilomètres plus au sud que
l’endroit prévu, sur la tête d’une pauvre femme qui
faisait ses courses, vous vous souvenez ?
— Oui et alors ? Il l’a réussi la deuxième fois, dit
Mrs Weasley en revenant dans la cuisine au milieu
de ricanements sonores.
— Percy l’a passé il y a quinze jours seulement,
dit George. Depuis, chaque matin, il descend

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 108 / 1147
l’escalier en transplanant pour bien montrer qu’il
sait le faire.
Des pas retentirent dans le couloir et Hermione
entra dans la cuisine en compagnie de Ginny.
Toutes deux avaient le teint pâle et paraissaient
encore endormies. Ginny vint s’asseoir à la table
en se frottant les yeux.
— Pourquoi se lever si tôt ? se plaignit-elle.
— Il va falloir faire un bout de chemin à pied,
répondit Mr Weasley.
— À pied ? s’étonna Harry. On va marcher pour
aller à la Coupe du Monde ?
— Oh non, c’est trop loin, dit Mr Weasley avec
un sourire. Nous n’aurons pas longtemps à
marcher. Simplement, quand un grand nombre de
sorciers se réunissent, il est très difficile de ne pas
attirer l’attention des Moldus. Nous devons faire
très attention à la façon dont nous nous déplaçons
et lorsqu’il s’agit d’un événement aussi important
que la Coupe du Monde de Quidditch…
— George ! s’écria brusquement Mrs Weasley
en faisant sursauter tout le monde.
— Quoi ? dit George d’un ton innocent qui ne
trompa personne.
— Qu’est-ce que tu as dans ta poche ?
— Rien !

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 109 / 1147
— Ne me mens pas ! Mrs Weasley pointa sa
baguette magique.
— Accio ! dit-elle.
Aussitôt, de petits objets aux couleurs brillantes
s’envolèrent de la poche de George qui essaya de
les rattraper mais rata son coup. Le contenu de sa
poche atterrit directement dans la main tendue de
Mrs Weasley.
— Nous t’avions dit de les détruire ! s’exclama
Mrs Weasley avec fureur, tenant au creux de sa
paume une poignée de Pralines Longue Langue.
Nous t’avions dit de te débarrasser de tout ça !
Videz vos poches, tous les deux, allez, dépêchez-
vous !
La scène fut un peu pénible. De toute évidence,
les jumeaux avaient essayé d’emporter avec eux le
plus grand nombre possible de pralines et
Mrs Weasley dut avoir recours plusieurs fois au
sortilège d’Attraction pour les récupérer toutes.
— Accio ! Accio ! Accio ! cria-t-elle.
Les Pralines Longue Langue surgirent de toutes
sortes d’endroits inattendus, y compris la
doublure de la veste de George et les revers du
jean de Fred.
— On a passé six mois à les mettre au point !
s’exclama Fred à l’adresse de sa mère qui jetait
impitoyablement les pralines à la poubelle.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 110 / 1147
— Vous n’aviez rien d’autre à faire pendant ces
six mois ! répliqua-t-elle d’une voix perçante. Pas
étonnant que vous n’ayez pas obtenu davantage de
BUSE !
L’atmosphère n’était guère chaleureuse quand
ils se mirent en chemin. Mrs Weasley avait
toujours l’air furieux lorsqu’elle embrassa
Mr Weasley sur la joue, mais pas autant que les
jumeaux qui mirent leur sac à l’épaule et s’en
allèrent sans lui dire un mot.
— Amusez-vous bien, lança Mrs Weasley, et ne
faites pas de bêtises , ajouta-t-elle dans le dos des
jumeaux qui s’éloignèrent sans se retourner. Je
t’enverrai Bill, Charlie et Percy vers midi, ajouta
Mrs Weasley à l’adresse de son mari.
Celui-ci, accompagné de Harry, Ron, Hermione
et Ginny, emboîta le pas de Fred et George qui
traversaient le jardin encore plongé dans
l’obscurité.
Il faisait frais et la lune était toujours visible.
Seule une lueur verdâtre le long de l’horizon qui
s’étendait à leur droite indiquait l’imminence de
l’aube. Harry, qui pensait aux milliers de sorciers
en route pour la Coupe du Monde de Quidditch,
rejoignit Mr Weasley et marcha à côté de lui.
— Comment doit-on s’y prendre pour éviter que
les Moldus nous remarquent ? demanda-t-il.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 111 / 1147
— Nous avons dû faire face à un énorme
problème d’organisation, soupira Mr Weasley. Il
faut savoir qu’il y a environ cent mille sorciers qui
viennent assister à la coupe et, bien entendu, nous
ne disposons pas de terrain magique suffisamment
grand pour les loger tous. Il y a des endroits où les
Moldus ne peuvent pénétrer mais imagine qu’on
essaye d’entasser cent mille sorciers sur le Chemin
de Traverse ou le quai 9 ¾ … Nous devions donc
trouver une jolie petite lande déserte et prendre
toutes les précautions anti-Moldus possibles. Le
ministère y a travaillé pendant des mois. D’abord,
il faut canaliser les arrivées. Les spectateurs munis
des billets les moins chers doivent arriver deux
semaines à l’avance. Quelques-uns utilisent des
moyens de transport moldus mais nous ne
pouvons pas les laisser remplir leurs bus et leurs
trains en trop grand nombre – souviens-toi que les
sorciers viennent du monde entier. Certains
transplanent, bien entendu, mais nous devons
aménager des endroits sûrs où ils puissent
réapparaître à l’écart des Moldus. Je crois qu’ils
ont trouvé un petit bois très pratique pour
accueillir les transplaneurs. Pour ceux qui ne
veulent, ou ne peuvent, transplaner, nous utilisons
des Portoloins. Ce sont des objets qui permettent
de transporter les sorciers d’un point à un autre à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 112 / 1147
une heure fixée d’avance. On peut organiser des
transports de groupe, si nécessaire. Deux cents
Portoloins ont été disposés dans des lieux
stratégiques un peu partout en Grande-Bretagne
et le plus proche pour nous se trouve sur la colline
de Têtafouine. C’est là que nous allons.
Mr Weasley montra du doigt une grosse masse
noire qui s’élevait au-delà du village de Loutry Ste
Chaspoule .
— À quoi ressemblent les Portoloins ? demanda
Harry avec curiosité.
— Oh, il peut s’agir de n’importe quoi, répondit
Mr Weasley. Des choses qui passent inaperçues,
bien sûr, pour que les Moldus ne les remarquent
pas et ne se mettent pas à jouer avec… Il faut des
objets qui aient l’air d’être bons pour la décharge
publique…
Ils suivirent le chemin sombre et humide qui
menait au village. Seul le bruit de leurs pas
rompait le silence. Lorsqu’ils traversèrent le
village endormi, le ciel commença lentement à
s’éclaircir, passant d’un noir d’encre à un bleu
foncé. Les pieds et les mains de Harry étaient
glacés. Mr Weasley ne cessait de consulter sa
montre.
Ils avancèrent en silence, économisant leur
souffle pour escalader la colline de Têtafouine. De

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 113 / 1147
temps à autre, un terrier de lapin les faisait
trébucher ou ils glissaient sur d’épaisses touffes
d’herbe noire. À chaque respiration, Harry sentait
comme un élancement dans sa poitrine et ses
jambes commençaient à s’engourdir lorsque,
enfin, ils atteignirent un terrain plat.
— Pffouuu ! soupira Mr Weasley, le souffle
haletant.
Il retira ses lunettes et les essuya sur son
chandail.
— Nous avons fait vite, dit-il, il nous reste dix
minutes…
Hermione fut la dernière à atteindre le sommet
de la colline, une main sur son point de côté.
— Il ne nous reste plus qu’à trouver le
Portoloin, dit Mr Weasley qui remit ses lunettes et
scruta le sol autour de lui. Il ne devrait pas être
très gros… Venez…
Ils se séparèrent pour chercher chacun de son
côté mais, au bout de deux minutes, un grand cri
retentit dans le silence :
— Par ici, Arthur ! Par ici, mon vieux, on l’a
trouvé !
Deux hautes silhouettes se découpaient contre
le ciel étoilé, de l’autre côté du sommet.
— Amos ! s’exclama Mr Weasley.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 114 / 1147
Avec un grand sourire, il s’avança vers l’homme
qui venait de crier. Les autres lui emboîtèrent le
pas.
Mr Weasley serra la main d’un sorcier au teint
rubicond, avec une barbe brune en broussaille.
Dans son autre main, il tenait une vieille botte
moisie.
— Je vous présente Amos Diggory, dit
Mr Weasley. Il travaille au Département de
contrôle et de régulation des créatures magiques.
Je crois que vous connaissez son fils, Cedric ?
Cedric Diggory était un garçon de dix-sept ans,
au physique avantageux. Il était capitaine et
attrapeur de l’équipe de Quidditch de Poufsouffle,
à Poudlard.
— Salut, dit Cedric en se tournant vers eux.
Tout le monde répondit, sauf Fred et George
qui se contentèrent d’un signe de tête. Ils n’avaient
jamais vraiment pardonné à Cedric d’avoir battu
leur équipe de Gryffondor au cours du premier
match de Quidditch de l’année précédente.
— Tu as beaucoup marché pour venir jusqu’ici,
Arthur ? demanda le père de Cedric.
— Pas trop, non, répondit Mr Weasley. Nous
habitons de l’autre côté du village. Et toi ?
— Nous avons dû nous lever à deux heures du
matin, pas vrai, Ced ? Je peux te dire que je serai

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 115 / 1147
content quand il aura son permis de transplaner.
Enfin… Il ne faut pas se plaindre… Je ne voudrais
pas manquer la Coupe du Monde de Quidditch,
même pour un sac de Gallions – et c’est à peu près
ce que coûtent les billets d’entrée. Mais ça aurait
pu être pire…
Amos Diggory tourna un regard bienveillant
vers les trois fils Weasley, Harry, Hermione et
Ginny.
— Ils sont tous à toi, Arthur ? demanda-t-il.
— Oh non, seulement les rouquins, répondit
Mr Weasley en montrant ses enfants. Voici
Hermione, une amie de Ron – et Harry, un autre
ami.
— Par la barbe de Merlin ! s’exclama Amos
Diggory, les yeux écarquillés. Harry ? Harry
Potter ?
— Heu… oui, dit Harry.
Harry avait l’habitude qu’on l’observe avec
curiosité, l’habitude aussi de voir les regards se
tourner vers la cicatrice qu’il avait au front mais,
chaque fois, il en éprouvait un certain malaise.
— Ced m’a parlé de toi, bien sûr, reprit Amos
Diggory. Il nous a raconté qu’il avait joué contre
toi, l’année dernière… Je lui ai dit : « Ced , ça, c’est
quelque chose que tu pourras raconter à tes petits-
enfants… que tu as battu Harry Potter ! »

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 116 / 1147
Harry ne sut quoi répondre et préféra demeurer
silencieux. Fred et George se renfrognèrent à
nouveau. Cedric sembla un peu gêné.
— Harry est tombé de son balai, papa,
marmonna-t-il. Je te l’ai déjà dit, c’était un
accident…
— Oui, mais toi, tu n’es pas tombé ! s’exclama
Amos d’un ton jovial en donnant une tape dans le
dos de son fils. Toujours modeste, notre Ced,
toujours très gentleman… mais c’est le meilleur
qui a gagné, je suis sûr que Harry dirait la même
chose, n’est-ce pas ? L’un tombe de son balai,
l’autre y reste bien accroché, pas besoin d’être un
génie pour savoir quel est celui qui sait le mieux
voler !
— Il doit être presque l’heure, dit
précipitamment Mr Weasley en regardant une
nouvelle fois sa montre. Est-ce que tu sais si nous
devons attendre quelqu’un d’autre, Amos ?
— Non, les Lovegood sont déjà là-bas depuis
une semaine et les Faucett n’ont pas pu avoir de
billets, répondit Mr Diggory. Il n’y a plus que
nous, dans ce secteur, n’est-ce pas ?
— À ma connaissance, oui, dit Mr Weasley. Le
départ est prévu dans une minute, nous ferions
bien d’y aller… Il se tourna vers Harry et
Hermione.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 117 / 1147
— Vous n’aurez qu’à toucher le Portoloin, c’est
tout. Avec un doigt, ça suffira…
Gênés par leurs énormes sacs à dos, tous les
neuf se regroupèrent tant bien que mal autour de
la vieille botte que tenait toujours Amos Diggory.
Ils s’étaient mis en cercle, coude à coude,
frissonnant dans la brise fraîche qui soufflait sur la
colline. Personne ne disait rien. Harry pensa qu’ils
auraient l’air bien étrange si un Moldu venait se
promener par là et les surprenait dans cette
posture… neuf personnes, dont deux adultes,
tenant une vieille botte racornie et attendant en
silence dans la demi-obscurité de l’aube…
— Trois…, murmura Mr Weasley, un œil
toujours fixé sur sa montre. Deux… Un…
Ce fut immédiat : Harry eut l’impression qu’un
crochet l’avait brusquement attrapé par le nombril
en le tirant irrésistiblement en avant. Ses pieds
avaient quitté le sol et il sentait la présence de Ron
et Hermione à ses côtés, leurs épaules se cognant
contre les siennes. Ils filaient droit devant dans un
tourbillon de couleurs et un sifflement semblable à
celui du vent. Son index était collé à la botte qui
semblait l’attirer comme un aimant. Et soudain…
Ses pieds retombèrent brutalement sur le sol.
Ron trébucha contre lui et le projeta par terre. Le
Portoloin heurta le sol avec un bruit mat, tout près

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 118 / 1147
de sa tête.
Harry leva les yeux. Mr Weasley, Mr Diggory et
Cedric étaient toujours debout, échevelés, les
vêtements froissés par le vent. Tous les autres
étaient également là.
— Arrivée du cinq heures sept en provenance
de la colline de Têtafouine, dit une voix.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 119 / 1147
7
V ERPEY ET C ROUPTON
arry et Ron se démêlèrent l’un de l’autre et
tout le monde se releva. Ils étaient arrivés
sur ce qui semblait être une lande déserte plongée
dans la brume. Devant eux se tenaient deux
sorciers à l’air fatigué et grincheux. L’un avait à la
main une grosse montre en or, l’autre un épais
rouleau de parchemin et une plume. Tous deux
s’étaient habillés en Moldus, mais d’une manière
très malhabile : l’homme à la montre portait un
costume de tweed avec des cuissardes, son
collègue un kilt écossais et un poncho. H
— Bonjour, Basil, dit Mr Weasley.
Il ramassa la vieille botte et la tendit au sorcier
en kilt qui la jeta dans une grande boîte remplie de
Portoloins usés. Dans la boîte, Harry vit un vieux
journal, des canettes de soda vides et un ballon de
football crevé.
— Bonjour, Arthur, répondit Basil d’un ton las.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 120 / 1147
Tu ne travailles pas, aujourd’hui ? Quand on peut
se le permettre… Nous, on est restés ici toute la
nuit… Vous feriez bien de dégager le chemin, on
attend tout un groupe en provenance de la Forêt-
Noire à cinq heures quinze. Attends, je vais te dire
où tu dois t’installer, voyons… Weasley…
Weasley…
Il consulta la liste qui figurait sur son
parchemin.
— C’est à peu près à cinq cents mètres d’ici, le
premier pré que tu trouveras. Le directeur du
camping s’appelle Mr Roberts. Alors, Diggory,
maintenant… Toi, c’est le deuxième pré. Tu
demanderas Mr Payne.
— Merci, Basil, dit Mr Weasley en faisant signe
aux autres de le suivre.
Ils partirent sur la lande déserte, sans voir
grand-chose dans la brume. Une vingtaine de
minutes plus tard, une maisonnette de pierre
apparut à côté d’un portail. Au-delà, Harry
apercevait les formes fantomatiques de centaines
et de centaines de tentes alignées sur la pente
douce d’un pré que limitaient à l’horizon les arbres
sombres d’un petit bois. Ils dirent au revoir aux
Diggory et s’approchèrent de la maisonnette.
Un homme se tenait dans l’encadrement de la
porte, regardant les tentes. Harry sut au premier

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 121 / 1147
coup d’œil que c’était le seul véritable Moldu des
environs. Lorsque l’homme les entendit arriver, il
se tourna vers eux.
— Bonjour ! dit Mr Weasley d’une voix
claironnante.
— Bonjour, répondit le Moldu.
— C’est vous, Mr Roberts ?
— C’est bien moi, répondit l’autre. Et vous, qui
êtes-vous ?
— Weasley… On a loué deux tentes il y a deux
jours.
— D’accord, dit Mr Roberts en consultant une
liste affichée au mur. Vous avez un emplacement
près du petit bois, là-bas. C’est pour une nuit ?
— C’est ça, oui, dit Mr Weasley.
— Dans ce cas, vous payez d’avance ? demanda
Mr Roberts.
— Ah, heu… oui, bien sûr, répondit Mr Weasley.
Il recula de quelques pas et fit signe à Harry de
s’approcher de lui.
— Tu veux bien m’aider, Harry ? murmura-t-il
en sortant de sa poche une liasse d’argent moldu
dont il commença à détacher les billets. Celui-ci,
ça fait combien ? Dix livres ? Ah, oui, il y a un
chiffre, là… Et alors, ça, c’est cinq livres ?
— Non, vingt, corrigea Harry à voix basse,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 122 / 1147
voyant avec une certaine gêne que Mr Roberts
essayait de comprendre chaque mot de leur
conversation.
— Ah oui, donc, c’est… Je ne sais plus, je
n’arrive pas à m’y retrouver avec ces petits bouts
de papier…
— Vous êtes étranger ? dit Mr Roberts lorsque
Mr Weasley revint vers lui avec la somme en
billets.
— Étranger ? répéta Mr Weasley, déconcerté.
— Vous n’êtes pas le premier à avoir du mal
avec l’argent, dit Mr Roberts en examinant
attentivement Mr Weasley. Il y a dix minutes, j’ai
eu deux clients qui ont essayé de me payer avec
des grosses pièces en or de la taille d’un enjoliveur.
— Vraiment ? dit Mr Weasley, mal à l’aise.
Mr Roberts fouilla dans une boîte en fer-blanc
pour trouver la monnaie.
— Il n’y a jamais eu autant de monde, dit-il
soudain en regardant à nouveau le pré plongé
dans la brume. Des centaines de réservations.
D’habitude, les gens viennent directement…
— Ah bon ? dit Mr Weasley, la main tendue
pour prendre sa monnaie, mais Mr Roberts ne la
lui donna pas.
— Oui, dit-il d’un air songeur. Des gens qui
viennent de partout. Beaucoup d’étrangers. Et pas

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 123 / 1147
seulement des étrangers. Des drôles de zigotos, si
vous voulez mon avis. Il y a un type qui se
promène habillé avec un kilt et un poncho.
— Et alors ? Il ne faut pas ? demanda
Mr Weasley d’un ton anxieux.
— On dirait une sorte de… de grand
rassemblement, dit Mr Roberts. Ils ont tous l’air
de se connaître, comme s’ils venaient faire la fête.
À ce moment, un sorcier vêtu d’un pantalon de
golf surgit de nulle part, à côté de la porte.
— Oubliettes ! dit-il précipitamment en
pointant sa baguette magique sur Mr Roberts.
Aussitôt, le regard de ce dernier se fit lointain,
les plis de son front s’effacèrent et une expression
d’indifférence rêveuse apparut sur son visage.
Harry reconnut les symptômes d’une modification
de la mémoire provoquée par un sortilège
d’Amnésie.
— Voici un plan du camping, dit Mr Roberts à
Mr Weasley d’une voix placide. Et votre monnaie.
— Merci beaucoup.
Le sorcier en pantalon de golf les accompagna
vers le portail d’entrée du camping. Il avait l’air
épuisé, le menton bleui par une barbe naissante,
les yeux soulignés de cernes violets. Dès qu’il fut
certain de ne pas être entendu de Mr Roberts, il
murmura à l’oreille de Mr Weasley :

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 124 / 1147
— J’ai eu beaucoup de soucis avec lui. Il lui faut
un sortilège d’Amnésie dix fois par jour pour le
calmer. Et Ludo Verpey ne nous aide pas. Il se
promène un peu partout en parlant à tue-tête de
Cognards et de Souafle, sans se préoccuper le
moins du monde des consignes de sécurité anti-
Moldus. Crois-moi, je serai content quand tout ça
sera terminé. À plus tard, Arthur.
Et il disparut en transplanant.
— Je croyais que Mr Verpey était le directeur
du Département des jeux et sports magiques, dit
Ginny d’un air surpris. Il devrait faire attention de
ne pas parler de Cognards en présence de Moldus,
non ?
— En effet, il devrait, répondit Mr Weasley avec
un sourire, en les conduisant dans l’enceinte du
camping. Mais Ludo a toujours été un peu…
comment dire… négligent en matière de sécurité.
À part ça, on ne pourrait pas rêver d’un directeur
plus enthousiaste à la tête du Département des
sports. Il a lui-même joué dans l’équipe
d’Angleterre de Quidditch. Et il a été le meilleur
batteur que l’équipe des Frelons de Wimbourne ait
jamais eu.
Ils montèrent la pente douce du pré enveloppé
de brume, entre les rangées de tentes. La plupart
d’entre elles paraissaient presque ordinaires.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 125 / 1147
Leurs propriétaires avaient fait de leur mieux pour
qu’elles ressemblent à celles de Moldus, mais ils
avaient commis quelques erreurs en ajoutant des
cheminées, des cloches ou des girouettes.
Certaines, cependant, appartenaient avec tant
d’évidence au monde de la magie que Harry
comprit pourquoi Mr Roberts avait exprimé des
soupçons. Vers le milieu du pré se dressait un
extravagant assemblage de soie rayée qui avait
l’apparence d’un palais miniature, avec plusieurs
paons attachés à l’entrée. Un peu plus loin, ils
passèrent devant une tente de trois étages, dotée
de plusieurs tourelles. À quelque distance, une
autre comportait un jardin complet avec une
vasque pour les oiseaux, un cadran solaire et un
bassin alimenté par une fontaine.
— Toujours pareil, dit Mr Weasley en souriant,
on ne peut pas résister à l’envie d’épater le voisin
quand on est tous ensemble. Ah, voilà, regardez,
c’est là que nous sommes.
— On n’aurait pas pu souhaiter un meilleur
endroit, dit Mr Weasley d’un ton ravi. Le stade de
Quidditch se trouve de l’autre côté de ce bois,
impossible d’être plus près.
Il fit glisser son sac à dos de ses épaules.
— Bien, dit-il, le regard brillant d’excitation,
alors, souvenez-vous, pas question d’avoir recours

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 126 / 1147
à la magie en terrain moldu. Nous dresserons ces
tentes à la main ! Ça ne devrait pas être trop
difficile… Les Moldus font ça tout le temps… Dis-
moi, Harry, à ton avis, par quoi on commence ?
Ils avaient atteint la lisière du bois, tout au bout
du pré. Là, devant un emplacement vide, un petit
écriteau fiché dans le sol portait le nom de
« Weezly ».
Harry n’avait jamais campé de sa vie. Quand ils
partaient en vacances, les Dursley le confiaient à
Mrs Figg, une vieille voisine. Hermione et lui
arrivèrent cependant à comprendre comment il
fallait disposer mâts et piquets et, en dépit de
Mr Weasley qui compliquait les choses en donnant
des coups de maillet à tort et à travers avec un
enthousiasme débordant, ils finirent par dresser
deux tentes d’aspect miteux, qui pouvaient
héberger deux personnes chacune.
Ils reculèrent pour admirer leur œuvre.
Personne n’aurait pu deviner que ces deux tentes
appartenaient à des sorciers, estima Harry, mais
l’ennui, c’était qu’avec Bill, Charlie et Percy, ils
seraient dix en tout. Hermione semblait avoir
également pensé à la question. Elle lança à Harry
un regard perplexe lorsque Mr Weasley se laissa
tomber à quatre pattes pour entrer dans l’une des
tentes.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 127 / 1147
— On sera un peu à l’étroit, dit-il, mais je pense
que nous arriverons à tenir. Venez voir.
Harry se glissa sous l’auvent et resta bouche
bée. Il venait de pénétrer dans ce qui ressemblait à
un appartement de trois pièces un peu vieillot,
avec cuisine et salle de bains. Étrangement, il était
meublé dans le même style que la maison de
Mrs Figg, avec des fauteuils dépareillés recouverts
d’appuis-tête crochetés, et une forte odeur de chat.
— C’est juste pour une nuit, dit Mr Weasley en
épongeant avec un mouchoir son front dégarni.
Il regarda les quatre lits superposés disposés
dans la chambre.
— J’ai emprunté ça à Perkins, au bureau. Il ne
fait plus beaucoup de camping, le pauvre, depuis
qu’il a un lumbago.
Il prit la bouilloire poussiéreuse et jeta un coup
d’œil dedans.
— Nous allons avoir besoin d’eau…
— Il y a un robinet indiqué sur le plan que nous
a donné le Moldu, dit Ron qui avait suivi Harry à
l’intérieur de la tente et ne semblait pas du tout
impressionné par ses extraordinaires proportions.
C’est de l’autre côté du pré.
— Dans ce cas, vous pourriez peut-être aller
chercher un peu d’eau, Harry, Hermione et toi –
Mr Weasley lui tendit la bouilloire et deux

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 128 / 1147
casseroles – et nous, on s’occupera du bois pour le
feu.
— Mais on a un four, dit Ron. Pourquoi ne pas
simplement… ?
— Ron, n’oublie pas la sécurité anti-Moldus !
Lorsque les vrais Moldus vont camper, ils font la
cuisine dehors, sur un feu de bois, je les ai vus !
répondit Mr Weasley, apparemment ravi de
pouvoir les imiter.
Après une rapide visite de la tente des filles, un
peu plus petite que celle des garçons, mais sans
odeur de chat, Harry, Ron et Hermione
traversèrent le camping en emportant bouilloire et
casseroles.
Le soleil s’était levé et la brume se dissipait ; ils
découvrirent alors la véritable ville de toile qui
s’étendait dans toutes les directions. Ils avançaient
lentement entre les rangées de tentes, regardant
autour d’eux avec curiosité. Harry commençait à
entrevoir à quel point les sorcières et les sorciers
étaient nombreux dans le monde ; jusqu’alors, il
n’avait jamais beaucoup songé à ceux qui
habitaient dans les autres pays.
Les campeurs commençaient à se lever. Les
familles avec des enfants en bas âge étaient les
premières à se manifester. Harry n’avait encore
jamais vu de si jeunes sorciers. Un petit garçon qui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 129 / 1147
ne devait pas avoir plus de deux ans était accroupi
devant une grande tente en forme de pyramide,
pointant d’un air réjoui une baguette magique sur
une limace qui rampait dans l’herbe. Le mollusque
enflait lentement et atteignit peu à peu la taille
d’un salami. Lorsqu’ils passèrent devant l’enfant,
sa mère se précipita hors de la tente.
— Kevin, combien de fois faudra-t-il que je te le
répète ? Tu ne dois pas toucher à la baguette
magique de papa ! Beurk !
Elle venait de marcher sur la limace géante qui
explosa sous son poids. Tandis qu’ils s’éloignaient,
sa voix furieuse continua de retentir, se mêlant
aux cris du petit garçon :
— T’as cassé ma limace ! T’as cassé ma limace !
Un peu plus loin, ils virent deux petites
sorcières, à peine plus âgées que Kevin,
chevauchant des balais-jouets qui s’élevaient juste
assez pour que les orteils des deux fillettes frôlent
l’herbe humide de rosée sans vraiment quitter le
sol. Un sorcier du ministère les avait déjà repérées.
Il passa en hâte devant Harry, Ron et Hermione en
murmurant pour lui-même :
— En plein jour ! Les parents doivent faire la
grasse matinée…
Ici ou là, des sorcières et des sorciers
émergeaient de leurs tentes et commençaient à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 130 / 1147
préparer leur petit déjeuner. Certains, après avoir
jeté un regard furtif autour d’eux, allumaient un
feu à l’aide de leur baguette magique ; d’autres
craquaient des allumettes d’un air dubitatif,
comme s’il leur paraissait impossible d’obtenir la
moindre flamme de cette manière. Trois sorciers
africains, vêtus chacun d’une longue robe blanche,
étaient plongés dans une conversation très
sérieuse, tout en faisant rôtir sur un grand feu aux
flammes violettes quelque chose qui ressemblait à
un lapin. Un peu plus loin, un groupe de sorcières
américaines papotaient joyeusement sous une
bannière étoilée tendue entre leurs tentes et sur
laquelle on pouvait lire : Institut des sorcières de
Salem . Harry percevait des bribes de conversation
dans des langues étranges dont il ne comprenait
pas un seul mot, mais il sentait une excitation
générale dans le ton de chacun.
— C’est moi qui vois mal ou bien tout est
devenu vert, brusquement ? demanda Ron.
Ron voyait très bien. Ils étaient arrivés devant
un ensemble de tentes recouvertes d’un épais tapis
de trèfle qui les faisait ressembler à d’étranges
monticules surgis de terre. Sous les auvents
relevés de certaines tentes, on voyait apparaître
des visages souriants. C’étaient les supporters de
l’équipe irlandaise qui avaient tout recouvert de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 131 / 1147
trèfle, symbole national de l’Irlande. Une voix
retentit alors dans leur dos.
— Harry ! Ron ! Hermione !
Ils se retournèrent et virent Seamus Finnigan,
leur condisciple de Poudlard. Il était assis devant
sa propre tente recouverte de trèfle, en compagnie
d’une femme aux cheveux blond-roux qui devait
être sa mère et de son meilleur ami, Dean Thomas,
lui aussi élève de Gryffondor.
— Qu’est-ce que vous dites de la décoration ?
demanda Seamus avec un grand sourire, lorsque
Harry, Ron et Hermione se furent approchés de
lui. Il paraît que les gens du ministère ne sont pas
vraiment ravis…
— Et pourquoi n’aurions-nous pas le droit de
montrer nos couleurs ? dit Mrs Finnigan. Vous
devriez aller voir comment les Bulgares ont
arrangé leurs tentes. Vous êtes pour l’Irlande, bien
sûr ? ajouta-t-elle en regardant Harry, Ron et
Hermione avec de petits yeux perçants.
Après lui avoir assuré que, en effet, ils étaient
pour l’Irlande, ils poursuivirent leur chemin.
— Comme si on pouvait dire autre chose, quand
ils sont tous autour de nous, fit remarquer Ron.
— Je me demande comment les Bulgares ont
décoré leurs tentes, dit Hermione.
— On n’a qu’à aller voir, dit Harry en montrant

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 132 / 1147
le drapeau bulgare, rouge, vert et blanc, qui flottait
dans la brise, au bout du pré.
Cette fois, la décoration n’avait plus rien de
végétal : chacune des tentes bulgares était ornée
d’un poster représentant un visage renfrogné, avec
de gros sourcils noirs. Bien entendu, l’image était
animée mais, à part quelques battements de
paupières et une moue de plus en plus maussade,
le visage n’offrait pas une grande variété
d’expressions.
— Krum, dit Ron à voix basse.
— Quoi ? dit Hermione.
— Krum ! répéta Ron. Viktor Krum, l’attrapeur
bulgare !
— Il a vraiment l’air grognon, remarqua
Hermione en jetant un regard circulaire aux
nombreux Krum qui les observaient en clignant
des yeux, la mine revêche.
— L’air grognon ?
— Qu’est-ce que ça peut faire, l’air qu’il a ? C’est
un joueur incroyable. En plus, il est très jeune. À
peine plus de dix-huit ans. C’est un génie. Tu
verras, ce soir.
Il y avait déjà une petite file d’attente devant le
robinet. Harry, Ron et Hermione s’y joignirent,
derrière deux hommes qui se disputaient
âprement. L’un d’eux était un très vieux sorcier

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 133 / 1147
vêtu d’une longue chemise de nuit à fleurs. L’autre
était de toute évidence un sorcier du ministère ; il
tenait entre ses mains un pantalon à fines rayures
et paraissait tellement exaspéré qu’il en criait
presque.
— Mets ça, Archie, je t’en prie, ne fais pas
d’histoires, tu ne peux pas te promener habillé de
cette façon, le Moldu du camping commence déjà
à avoir des soupçons…
— J’ai acheté ça dans un magasin pour Moldus,
dit le vieux sorcier d’un air obstiné. Les Moldus
portent ces choses-là.
— Ce sont les femmes moldues qui les portent,
Archie, pas les hommes ! Eux, ils portent ça, dit
l’autre en brandissant le pantalon rayé.
— Je ne mettrai jamais ce truc-là, s’indigna le
vieux Archie. J’aime bien que mon intimité puisse
respirer à son aise.
Ron leva les yeux au ciel.
Hermione fut prise d’un tel fou rire qu’elle dut
s’éloigner de la file d’attente. Elle ne revint que
lorsque Archie fut reparti après avoir fait sa
provision d’eau.
En marchant beaucoup plus lentement, à cause
du poids de l’eau dans leurs récipients, Harry, Ron
et Hermione traversèrent le pré dans l’autre sens
pour retourner à leurs tentes. De temps en temps,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 134 / 1147
ils apercevaient un visage familier : d’autres élèves
de Poudlard venus avec leur famille. Olivier
Dubois, l’ancien capitaine de l’équipe de Quidditch
de Gryffondor, qui avait terminé ses études, traîna
Harry jusqu’à sa tente pour le présenter à ses
parents et lui annonça d’un ton surexcité qu’il
venait de signer un contrat avec l’équipe de
réserve du Club de Flaquemare. Ils furent ensuite
salués par Ernie MacMillan, qui était en quatrième
année à Poufsouffle, et virent également Cho
Chang, une jeune fille d’une grande beauté qui
jouait au poste d’attrapeur dans l’équipe de
Serdaigle. Avec un grand sourire, elle adressa un
signe de la main à Harry qui renversa sur lui une
bonne partie de son eau en lui faisant signe à son
tour. Pour mettre fin au rire narquois de Ron,
Harry montra du doigt un groupe d’adolescents
qu’il n’avait jamais vus auparavant.
— Qui c’est, à ton avis ? demanda-t-il. Ils ne
sont pas à Poudlard ?
— Ils doivent venir d’une école étrangère,
répondit Ron. Je sais qu’il en existe, mais je n’ai
jamais rencontré quelqu’un qui y soit allé. Bill
avait un correspondant dans une école
brésilienne… il y a des années de ça… Il aurait bien
voulu aller le voir, mais mes parents n’avaient pas
les moyens de lui payer le voyage. Son

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 135 / 1147
correspondant a été terriblement vexé en
apprenant qu’il ne viendrait pas et il s’est vengé en
lui envoyant un chapeau ensorcelé. Quand Bill l’a
mis sur sa tête, ses oreilles se sont ratatinées
comme de vieux pruneaux.
Harry éclata de rire, mais il ne dit rien de la
stupéfaction qu’il avait éprouvée en apprenant
l’existence d’autres écoles de sorcellerie. Voyant à
présent des représentants de tant de nationalités
différentes, il pensa qu’il avait été stupide de ne
pas se douter que Poudlard ne pouvait être la seule
école de sorciers au monde. Il jeta un regard à
Hermione qui, elle, n’avait pas du tout l’air
surpris. Elle avait sûrement lu dans un livre
quelconque qu’il existait dans d’autres pays des
écoles semblables.
— Vous en avez mis, un temps, dit George
lorsqu’ils furent enfin revenus devant leurs tentes.
— On a rencontré des gens, répondit Ron en
posant l’eau par terre. Vous n’avez pas encore
allumé le feu ?
— Papa s’amuse avec les allumettes, dit Fred.
Malgré tous ses efforts, Mr Weasley n’arrivait
pas à allumer le feu. Des allumettes cassées
jonchaient le sol autour de lui, mais il semblait ne
s’être jamais autant amusé de sa vie.
— Oups ! dit-il en parvenant à enflammer une

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 136 / 1147
allumette.
Il fut si surpris qu’il la laissa aussitôt tomber.
— Regardez, Mr Weasley, dit Hermione avec
patience.
Elle lui prit la boîte des mains et lui montra
comment s’y prendre. Au bout d’un moment, ils
réussirent enfin à allumer un feu, mais il fallut
attendre encore une heure avant que les flammes
soient suffisamment hautes pour faire cuire
quelque chose. Ils eurent cependant de quoi
s’occuper en attendant. Leur tente était en effet
dressée le long d’une sorte de grande allée qui
menait au terrain de Quidditch et que les
représentants du ministère ne cessaient
d’emprunter, adressant un salut cordial à
Mr Weasley chaque fois qu’ils passaient devant lui.
Celui-ci faisait bénéficier Harry et Hermione de
ses commentaires, ses propres enfants en sachant
déjà trop long sur les coulisses du ministère pour
s’y intéresser.
— Ça, c’était Cubert Faussecreth, chef du
Bureau de liaison des gobelins… Celui qui arrive,
là-bas, c’est Gilbert Fripemine, il fait partie de la
Commission des sortilèges expérimentaux. Il y a
déjà un certain temps qu’il a ces cornes sur la
tête… Tiens, bonjour, Arnie… C’est Arnold
Bondupois, un Oubliator, membre de la Brigade

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 137 / 1147
de réparation des accidents de sorcellerie… Voici
maintenant Moroz et Funestar… Ce sont des
Langues-de-plomb…
— Des quoi ?
— Du Département des mystères, tout ce qu’ils
font est top secret, on n’a aucune idée de leurs
activités…
Le feu fut enfin prêt et ils avaient commencé à
faire cuire des œufs et des saucisses lorsque Bill,
Charlie et Percy sortirent du bois pour venir les
rejoindre.
— On vient de transplaner, papa, dit Percy
d’une voix sonore. Ah, parfait, on arrive pour le
déjeuner !
— Voici l’homme du jour ! s’exclama-t-il. Ludo !
Parmi tous les gens que Harry avait vus dans le
camping, Ludo Verpey était de très loin la
personne qu’on remarquait le plus, plus encore
que le vieux Archie avec sa chemise de nuit à
fleurs. Il portait une longue robe de Quidditch à
grosses rayures horizontales, noires et jaune vif.
Une énorme image représentant un frelon s’étalait
sur sa poitrine. Il avait l’allure d’un homme à la
carrure d’athlète qui se serait légèrement laissé
aller. Sa robe était tendue sur un ventre qu’il
n’avait certainement pas au temps où il jouait dans
l’équipe d’Angleterre de Quidditch. Son nez était

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 138 / 1147
écrasé (sans doute cassé par un Cognard déchaîné,
songea Harry), mais ses yeux bleus et ronds, ses
cheveux blonds coupés court et son teint rosé lui
donnaient l’air d’un collégien trop vite grandi.
— Ça, par exemple ! s’exclama Verpey d’un air
joyeux.
Il marchait comme s’il avait eu des ressorts
sous la plante des pieds et paraissait au comble de
l’excitation.
— Arthur, mon vieil ami ! lança-t-il d’une voix
haletante en arrivant devant le feu de camp.
Quelle belle journée, hein ? Quelle journée ! Est-ce
qu’on aurait pu imaginer un plus beau temps ?
Une soirée sans nuages qui s’annonce… Et pas la
moindre anicroche dans l’organisation… Je n’ai
pas grand-chose à faire !
Tandis qu’ils mangeaient leurs œufs aux
saucisses, Mr Weasley se leva soudain en faisant
de grands signes à un homme qui marchait vers
eux d’un bon pas.
Derrière lui, un groupe de sorciers du ministère
passèrent au pas de course, l’air hagard, montrant
au loin d’étranges étincelles violettes projetées à
cinq ou six mètres de hauteur par un feu de camp
qui était de toute évidence d’origine magique.
Percy se précipita, la main tendue.
Apparemment, la désapprobation que lui inspirait

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 139 / 1147
la façon dont Ludo Verpey dirigeait son
département ne l’empêchait pas de vouloir faire
bonne impression.
— Ah, oui, dit Mr Weasley avec un sourire, je te
présente mon fils, Percy. Il vient d’entrer au
ministère, et voici Fred – non, George. Excuse-
moi, Fred, c’est lui – Bill, Charlie, Ron – ma fille
Ginny – et des amis de Ron, Hermione Granger et
Harry Potter.
Verpey marqua un bref instant d’hésitation en
entendant le nom de Harry et son regard suivit la
trajectoire habituelle vers sa cicatrice.
— Je vous présente Ludo Verpey, poursuivit
Mr Weasley en se tournant vers les autres. C’est
grâce à lui que nous avons eu de si bonnes places…
Verpey rayonna et fit un geste de la main
comme pour dire que ce n’était rien, voyons.
— Tu veux faire un petit pari sur le résultat du
match, Arthur ? demanda-t-il d’un ton avide, en
agitant les poches de sa robe jaune et noir.
D’après le tintement qu’on entendait, elles
devaient contenir une bonne quantité de pièces
d’or.
— Roddy Ponteur m’a déjà parié que ce serait la
Bulgarie qui marquerait les premiers points. Je lui
ai proposé un bon rapport, étant donné que
l’équipe d’Irlande rassemble les trois meilleurs

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 140 / 1147
avants que j’aie vus depuis des années. Et la petite
Agatha Timms a parié la moitié des actions de son
élevage d’anguilles que le match durerait une
semaine.
— Alors, c’est d’accord, allons-y, dit
Mr Weasley. Voyons… Un Gallion sur la victoire de
l’Irlande ?
— Un Gallion ? Ludo Verpey sembla un peu
déçu, mais il retrouva très vite son sourire.
— Très bien, très bien… D’autres amateurs ?
— Ils sont un peu jeunes pour parier, dit
Mr Weasley. Molly ne serait pas d’accord pour
que…
— On parie trente-sept Gallions, quinze
Mornilles et trois Noises, dit Fred en rassemblant
son argent avec George, que l’Irlande va gagner,
mais que ce sera Viktor Krum qui attrapera le Vif
d’or. Et on ajoute même une baguette farceuse.
— Vous n’allez pas montrer à Mr Verpey des
idioties pareilles, s’indigna Percy.
Mais Verpey ne semblait pas trouver que la
fausse baguette magique était une idiotie. Au
contraire, son visage juvénile brilla d’excitation
lorsque Fred la lui tendit. Quand il la vit se
transformer, avec un cri aigu, en un poulet en
caoutchouc, Verpey éclata d’un rire tonitruant.
— Excellent ! Ça fait des années que je n’en

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 141 / 1147
avais pas vu d’aussi bien imitée. Je vous l’achète
cinq Gallions !
Percy se figea dans une attitude à la fois
stupéfaite et scandalisée.
— Les enfants, murmura Mr Weasley, je ne
veux pas vous voir parier… Ce sont toutes vos
économies… Votre mère…
— Allons, ne joue pas les rabat-joie, Arthur !
s’exclama Ludo Verpey en remuant
frénétiquement l’or qui remplissait ses poches. Ils
sont suffisamment grands pour savoir ce qu’ils
veulent ! Vous pensez que l’Irlande va gagner mais
que ce sera Krum qui attrapera le Vif d’or ? Pas la
moindre chance, mes enfants, pas la moindre
chance… Je vais vous offrir un très bon rapport sur
ce pari-là… Et on va ajouter cinq Gallions pour la
baguette comique, n’est-ce pas ?
Mr Weasley regarda avec un air d’impuissance
Ludo Verpey sortir de sa poche une plume et un
carnet sur lequel il griffonna le nom des jumeaux.
— Merci beaucoup, dit George.
Il prit le morceau de parchemin que Verpey lui
tendait et le glissa dans une poche. Ludo Verpey se
tourna alors vers Mr Weasley d’un air plus joyeux
que jamais.
— Tu ne pourrais pas me faire une petite tasse
de thé, par hasard ? J’essaye de repérer Barty

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 142 / 1147
Croupton. Mon homologue bulgare fait des
difficultés et je ne comprends pas un mot de ce
qu’il raconte. Barty saura m’arranger ça. Il parle à
peu près cent cinquante langues étrangères.
— Mr Croupton ? dit Percy, qui avait perdu son
air de réprobation indignée et frémissait soudain
d’excitation. Il en parle plus de deux cents ! Y
compris la langue des sirènes, la langue de bois et
la langue des trolls…
— Tout le monde sait parler troll, dit Fred d’un
air dédaigneux, il suffit de grogner en montrant du
doigt.
Percy lança à Fred un regard assassin et remua
vigoureusement le feu pour faire chauffer la
bouilloire.
— Tu as eu des nouvelles de Bertha Jorkins,
Ludo ? demanda Mr Weasley tandis que Verpey
s’asseyait dans l’herbe à côté d’eux.
— Pas l’ombre d’une plume de hibou, répondit
celui-ci d’un ton très détendu. Mais elle finira bien
par revenir. Pauvre vieille Bertha… Sa mémoire
ressemble à un chaudron qui fuit et elle n’a pas le
moindre sens de l’orientation. Elle s’est perdue, tu
peux en être sûr. Elle va réapparaître au bureau au
mois d’octobre en pensant qu’on est toujours en
juillet.
— Tu ne crois pas qu’il serait peut-être temps

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 143 / 1147
d’envoyer quelqu’un à sa recherche ? suggéra
timidement Mr Weasley pendant que Percy
tendait à Verpey une tasse de thé.
— C’est ce que Barty Croupton ne cesse de
répéter, dit Verpey, ses yeux ronds s’écarquillant
d’un air naïf. Mais on n’a vraiment personne pour
ça en ce moment. Tiens ! Quand on parle du loup !
Voilà Barty !
Un sorcier venait de transplaner à côté de leur
feu de camp. Il n’aurait pu offrir contraste plus
frappant face à Ludo Verpey, vautré dans l’herbe
avec sa vieille robe de l’équipe des Frelons. Barty
Croupton était un vieil homme raide et droit, vêtu
d’un costume impeccable avec cravate assortie, et
chaussé d’escarpins parfaitement cirés qui
étincelaient au soleil. La raie de ses cheveux gris
coupés court était si nette qu’elle paraissait
presque surnaturelle et son étroite moustache en
forme de brosse à dents semblait avoir été taillée à
l’aide d’une règle à calcul. Harry comprit tout de
suite pourquoi Percy le vénérait. Aux yeux de
Percy, rien n’était plus important que d’observer
scrupuleusement les règles et Mr Croupton avait
tellement bien suivi celles de l’habillement moldu
qu’il aurait très bien pu se faire passer pour un
directeur de banque. Harry doutait que l’oncle
Vernon lui-même ait pu deviner qui il était

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 144 / 1147
véritablement.
— Faites comme chez vous, Barty, dit
chaleureusement Ludo en tapotant l’herbe à côté
de lui.
— Non, merci, Ludo, répondit Croupton avec
une pointe d’impatience dans la voix. Je vous ai
cherché partout. Les Bulgares insistent pour que
nous ajoutions douze sièges dans la tribune
officielle.
— Ah, c’est donc ça qu’ils veulent ? dit Verpey.
Je croyais que le bonhomme me demandait « des
bouts de liège ». Il a un sacré accent.
— Mr Croupton ! dit Percy, le souffle court, en
faisant une sorte de courbette qui lui donnait l’air
d’un bossu, puis-je vous proposer une tasse de
thé ?
— Oh, répondit Mr Croupton avec une
expression légèrement surprise, oui, très
volontiers, Wistily .
Fred et George plongèrent dans leurs tasses en
s’étranglant de rire tandis que Percy, les oreilles
d’un rouge soutenu, s’affairait avec la bouilloire.
— Ah, je voulais aussi vous parler de quelque
chose, Arthur, dit Mr Croupton, son regard
perçant se tournant vers Mr Weasley. Ali Bashir
est sur le sentier de la guerre. Il veut vous dire
deux mots au sujet de l’embargo sur les tapis

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 145 / 1147
volants.
Mr Weasley poussa un profond soupir.
— Je lui ai envoyé un hibou à ce propos il y a à
peine une semaine. Je le lui ai répété cent fois : les
tapis sont définis comme un artefact moldu par le
Bureau d’enregistrement des objets à
ensorcellement prohibé. Mais est-il disposé à
m’écouter ?
— J’en doute, répondit Mr Croupton en prenant
la tasse de thé que lui tendait Percy. Il tient
désespérément à exporter ses produits chez nous.
— Ils ne remplaceront jamais les balais en
Grande-Bretagne, n’est-ce pas ? intervint Verpey.
— Ali pense qu’il y a un segment de marché
pour un véhicule familial, dit Mr Croupton. Je me
souviens que mon grand-père avait un Axminster
qui pouvait transporter douze personnes – mais
c’était avant que les tapis volants soient interdits,
bien sûr.
Il avait dit cela comme s’il tenait à ce que tout le
monde soit bien convaincu que ses ancêtres
avaient toujours scrupuleusement respecté la loi.
— Alors, vous avez eu beaucoup de travail,
Barty ? dit Verpey d’un ton léger.
— Pas mal, oui, répondit sèchement
Mr Croupton. Organiser les transports par
Portoloin depuis les cinq continents n’a rien d’une

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 146 / 1147
partie de plaisir, Ludo.
— J’imagine que vous serez bien contents, tous
les deux, lorsque tout ça sera terminé, dit
Mr Weasley.
Ludo Verpey sembla choqué.
— Contents ? s’exclama-t-il. Mais je ne me suis
jamais autant amusé… Ah, évidemment, on ne
peut pas dire que ce soit de tout repos, pas vrai,
Barty ? Hein ? On a encore des tas de choses à
organiser, pas vrai, Barty ?
Mr Croupton regarda Verpey en haussant les
sourcils.
— Nous étions d’accord pour ne faire aucune
annonce avant que tous les détails soient…
— Oh, les détails ! dit Verpey, avec un geste
désinvolte comme s’il dispersait un nuage de
moucherons. Ils ont signé, non ? Ils sont
d’accord ? Je vous parie que les enfants seront très
vite au courant. Après tout, c’est à Poudlard que ça
se passe…
— Ludo, il faut aller voir les Bulgares,
maintenant, interrompit sèchement Mr Croupton.
Merci pour le thé, Wistily .
Il rendit sa tasse pleine à Percy et attendit que
Ludo se lève. Verpey se remit péniblement debout,
vidant sa tasse de thé, l’or de ses poches tintant
allègrement.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 147 / 1147
— À bientôt, tout le monde ! dit-il. Vous serez
avec moi dans la tribune officielle. C’est moi qui
fais le commentaire !
Il agita la main, Barty Croupton leur adressa un
bref signe de tête et tous deux disparurent en
transplanant.
— Qu’est-ce qui doit se passer, à Poudlard,
papa ? demanda aussitôt Fred. De quoi parlaient-
ils ?
— Tu le sauras bien assez tôt, répondit
Mr Weasley en souriant.
— C’est une information classée confidentielle
jusqu’à ce que le ministère décide de la rendre
publique, dit Percy avec raideur. Mr Croupton a eu
parfaitement raison de ne pas la divulguer.
— Oh, silence, Wistily , dit Fred.
À mesure que l’après-midi avançait, une sorte
de frénésie envahissait le camping tel un nuage
palpable. Au coucher du soleil, la tension faisait
frémir la paisible atmosphère de l’été et, lorsque la
nuit tomba comme un rideau sur les milliers de
spectateurs qui attendaient le début du match, les
dernières tentatives de masquer la réalité
disparurent : le ministère semblait s’être incliné
devant l’inévitable et ses représentants avaient
renoncé à réprimer les signes évidents de magie
qui se manifestaient un peu partout.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 148 / 1147
Des vendeurs ambulants transplanaient à tout
moment, portant des éventaires ou poussant des
chariots remplis d’articles extraordinaires. Il y
avait des rosettes lumineuses – vertes pour
l’Irlande, rouges pour la Bulgarie – qui criaient
d’une petite voix aiguë les noms des joueurs, des
chapeaux pointus d’un vert étincelant ornés de
trèfles dansants, des écharpes bulgares décorées
de lions qui rugissaient véritablement, des
drapeaux des deux pays qui jouaient les hymnes
nationaux dès qu’on les agitait. On trouvait aussi
des modèles miniatures d’Éclairs de feu qui
volaient et des figurines de collection représentant
des joueurs célèbres qui se promenaient dans la
paume de la main d’un air avantageux.
— J’ai économisé mon argent de poche tout
l’été pour ça, dit Ron à Harry.
Tous deux, accompagnés d’Hermione, se
promenèrent longuement parmi les vendeurs en
achetant des souvenirs. Ron fit l’acquisition d’un
chapeau à trèfles dansants et d’une grande rosette
verte, mais il acheta aussi une figurine de Viktor
Krum, l’attrapeur bulgare. Le Krum miniature
marchait de long en large sur sa main, lançant des
regards courroucés à la grande rosette verte qui
s’étalait au-dessus de lui.
— Oh, regarde ça ! s’exclama Harry qui se

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 149 / 1147
précipita vers un chariot surchargé d’objets
semblables à des jumelles de cuivre, dotées de
toutes sortes de boutons et de cadrans.
— Ce sont des Multiplettes, dit le sorcier-
vendeur d’un air empressé. Elles permettent de
revoir une action… de faire des ralentis… et de
détailler image par image n’importe quel moment
du match si vous le désirez. C’est dix Gallions
pièce.
— Je n’aurais pas dû acheter ça, dit Ron, le
doigt pointé sur son chapeau à trèfles, en
regardant avec envie les Multiplettes.
— Donnez m’en trois paires, lança Harry au
vendeur d’un ton décidé.
— Non, non, laisse tomber, répondit Ron en
rougissant.
Il était toujours très sensible au fait que Harry,
qui avait hérité de ses parents une petite fortune,
était beaucoup plus riche que lui.
— Ce sera ton cadeau de Noël, lui dit Harry en
donnant à Ron et à Hermione une paire de
Multiplettes chacun. Pour les dix ans qui viennent.
— D’accord, admit Ron avec un sourire.
— Oh, merci, Harry ! s’exclama Hermione. Et
moi, je vais acheter des programmes…
La bourse beaucoup plus légère, ils

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 150 / 1147
retournèrent à leurs tentes. Bill, Charlie et Ginny
arboraient eux aussi des rosettes vertes et
Mr Weasley avait un drapeau irlandais. Fred et
George, quant à eux, n’avaient pu acheter aucun
souvenir : ils avaient donné tout leur or à Verpey.
Enfin, un grand coup de gong retentit avec
force quelque part au-delà du bois et, aussitôt, des
lanternes vertes et rouges étincelèrent dans les
arbres, éclairant le chemin qui menait au terrain
de Quidditch.
— C’est l’heure ! dit Mr Weasley, qui avait l’air
aussi impatient qu’eux. Venez, on y va !

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 151 / 1147
8
L A C OUPE DU M ONDE DE
Q UIDDITCH
mportant leurs achats, Mr Weasley en tête,
ils se précipitèrent vers le bois, le long du
chemin éclairé par les lanternes. Ils entendaient
autour d’eux des cris, des rires, des bribes de
chansons, qui s’élevaient de la foule. L’atmosphère
enfiévrée était très contagieuse. Harry souriait
sans cesse. Ils marchèrent pendant vingt minutes
à travers bois, parlant, plaisantant à tue-tête,
jusqu’à ce qu’ils émergent enfin d’entre les arbres
pour se retrouver dans l’ombre d’un stade
gigantesque. Harry ne voyait qu’une partie des
immenses murailles d’or qui entouraient le
terrain, mais il le devinait suffisamment vaste
pour contenir une dizaine de cathédrales. E
— Il peut recevoir cent mille spectateurs, dit
Mr Weasley en remarquant l’air impressionné de
Harry. Le ministère a constitué une équipe

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 152 / 1147
spéciale de cinq cents personnes pour y travailler
pendant une année entière. Chaque centimètre
carré a été traité avec des sortilèges Repousse-
Moldu. Tout au long de l’année, chaque fois qu’un
Moldu s’approchait d’ici, il se rappelait soudain un
rendez-vous urgent et repartait au plus vite…
Chers Moldus, ajouta-t-il d’un ton affectueux.
Il les mena jusqu’à l’entrée la plus proche,
devant laquelle se pressait déjà une foule bruyante
de sorcières et de sorciers.
— Des places de choix ! s’exclama la sorcière du
ministère qui contrôla leurs billets. Tribune
officielle, tout en haut ! Montez les escaliers,
quand il n’y aura plus de marches, vous serez
arrivés.
À l’intérieur du stade, les escaliers étaient
recouverts d’épais tapis pourpres. Ils grimpèrent
les marches au milieu des autres spectateurs qui se
répartissaient lentement sur les gradins, à droite
et à gauche. Mr Weasley et son groupe
continuèrent de monter jusqu’au sommet de
l’escalier où ils se retrouvèrent dans une petite
loge qui dominait tout le stade et donnait sur le
centre du terrain, à mi-chemin entre les deux
lignes de but. Une vingtaine de chaises pourpre et
or étaient disposées sur deux rangées et, lorsque
Harry se fut faufilé jusqu’au premier rang en

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 153 / 1147
compagnie des Weasley, il découvrit un spectacle
qui défiait l’imagination.
Cent mille sorcières et sorciers étaient en train
de prendre place sur les sièges qui s’élevaient en
gradins tout autour du terrain ovale. Une
mystérieuse lumière d’or semblait émaner du
stade lui-même et la surface du terrain, vue d’en
haut, paraissait aussi lisse que le velours. À chaque
extrémité se dressaient les buts, trois cercles d’or
situés à une hauteur de quinze mètres. Face à la
tribune officielle, presque à hauteur d’œil, s’étalait
un immense tableau sur lequel s’inscrivaient,
comme tracés par une main invisible, des mots
couleur d’or qui disparaissaient peu à peu,
remplacés par d’autres. En regardant plus
attentivement, Harry comprit qu’il s’agissait de
publicités.
La Bombe bleue : un balai pour toute la
famille – sûr, stable, fiable, avec sirène antivol
intégrée… Faites votre ménage sans peine grâce
au Nettoie-Tout magique de la Mère Grattesec :
les taches parties, plus de soucis !… Habillez-vous
chez Gaichiffon, le meilleur magasin de Prêt-à-
Sorcier – Londres, Paris, Pré-au-Lard…
Harry détacha son regard du panneau et se

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 154 / 1147
retourna pour voir qui partageait la loge avec eux.
Pour l’instant, les autres chaises étaient vides, sauf
une, occupée par une minuscule créature assise à
l’avant-dernier rang. La créature, dont les jambes
étaient si petites qu’elles pointaient
horizontalement devant elle, était vêtue d’un
torchon à vaisselle drapé comme une toge et se
cachait le visage dans les mains. Mais ses grandes
oreilles, semblables à celles d’une chauve-souris,
avaient quelque chose d’étrangement familier.
— Dobby ? dit Harry d’un ton incrédule.
La petite créature leva la tête et écarta les
doigts, révélant d’énormes yeux marron et un nez
qui avait la taille et la forme d’une grosse tomate.
Ce n’était pas Dobby, mais il s’agissait sans nul
doute d’un elfe de maison, tout comme l’avait été
Dobby, l’ami de Harry. Harry avait libéré Dobby
de ses anciens maîtres, la famille Malefoy.
— Est-ce que le monsieur m’a appelée Dobby ?
couina l’elfe en regardant entre ses doigts avec
curiosité.
Sa petite voix tremblante était encore plus
aiguë que celle de Dobby, et Harry pensa qu’il
s’agissait peut-être d’une femelle, même s’il était
toujours difficile de savoir à quel sexe
appartenaient les elfes de maison. Ron et
Hermione se retournèrent brusquement sur leurs

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 155 / 1147
chaises pour regarder à leur tour. Harry leur avait
beaucoup parlé de Dobby, mais ils ne l’avaient
jamais vu. Même Mr Weasley jeta à l’elfe un coup
d’œil intéressé.
— Désolé, dit Harry. Je t’ai prise pour
quelqu’un que je connais.
— Mais moi aussi, monsieur, je connais Dobby !
couina l’elfe.
Elle se cachait le visage, comme si la lumière
l’aveuglait, bien que la loge ne fût pas brillamment
éclairée.
— Je m’appelle Winky, monsieur…
Ses yeux sombres s’écarquillèrent comme des
soucoupes lorsqu’ils se posèrent sur la cicatrice de
Harry.
— Vous êtes sûrement Harry Potter !
— Oui, c’est moi, répondit Harry.
— Oh, mais Dobby parle tout le temps de vous,
monsieur ! dit Winky en baissant légèrement les
mains, l’air stupéfait et impressionné.
— Comment va-t-il ? demanda Harry. Est-ce
que la liberté lui convient ?
— Ah, monsieur, répondit Winky en hochant la
tête. Ah, monsieur, je ne veux pas vous manquer
de respect, mais je ne sais pas si vous avez rendu
service à Dobby, monsieur, quand vous l’avez

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 156 / 1147
libéré.
— Pourquoi ? s’étonna Harry. Qu’est-ce qui ne
va pas ?
— La liberté monte à la tête de Dobby,
monsieur, dit Winky avec tristesse. Il se croit plus
haut qu’il n’est. Il n’arrive plus à trouver de place,
monsieur.
— Pourquoi ? demanda Harry. La voix de
Winky baissa d’une demi-octave.
— Il veut être payé pour son travail, monsieur ,
murmura-t-elle.
— Payé ? répéta Harry sans comprendre.
Mais… pourquoi ne serait-il pas payé ?
Winky parut horrifiée à cette idée et referma
légèrement les doigts, cachant à moitié son visage.
— Les elfes de maison ne sont jamais payés,
monsieur ! dit-elle d’une petite voix étouffée. Non,
non, non. J’ai dit à Dobby, je lui ai dit, Dobby,
trouve-toi une bonne petite famille où tu puisses
mener une petite vie tranquille. Mais il n’arrête
pas de faire les quatre cents coups, monsieur, et ce
n’est pas bien pour un elfe de maison. Continue à
te faire remarquer comme ça, Dobby, je lui ai dit,
et tu vas te retrouver devant le Département de
contrôle et de régulation des créatures magiques,
comme n’importe quel gobelin.
— Bah, il faut bien qu’il s’amuse un peu, dit

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 157 / 1147
Harry.
— Les elfes de maison n’ont pas à s’amuser,
Harry Potter, répondit Winky d’un ton ferme,
derrière ses mains qui cachaient toujours son
visage. Les elfes de maison doivent faire ce qu’on
leur dit de faire. Je n’aime pas du tout l’altitude,
Harry Potter…
Elle jeta un coup d’œil par-dessus la balustrade
qui entourait la loge et eut un haut-le-corps.
— … mais mon maître m’a envoyée dans la
tribune officielle et donc, j’y suis allée, monsieur…
— Pourquoi t’a-t-il envoyée ici, s’il sait que tu
n’aimes pas l’altitude ? demanda Harry en
fronçant les sourcils.
— Mon… mon maître veut que je lui garde un
siège, Harry Potter, il est très occupé, dit Winky en
inclinant la tête vers l’espace vide, à côté d’elle.
Winky aimerait bien retourner dans la tente de
son maître, Harry Potter, mais Winky fait ce qu’on
lui dit de faire. Winky est une bonne elfe de
maison.
Elle jeta un nouveau coup d’œil apeuré vers la
balustrade et se cacha les yeux derrière ses mains.
Harry se retourna vers les autres.
— Alors, c’est ça, un elfe de maison ? murmura
Ron. Bizarre comme créature…
— Dobby était encore plus bizarre, répondit

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 158 / 1147
Harry avec conviction.
Ron sortit ses Multiplettes et les braqua sur la
foule qui occupait les gradins, de l’autre côté du
stade.
— Extraordinaire ! dit-il en tournant la molette
qui permettait de repasser les images. J’arrive à
voir de nouveau ce vieux bonhomme se mettre les
doigts dans le nez… encore une fois… et encore
une…
Pendant ce temps, Hermione parcourait avec
avidité son programme à la couverture de velours
agrémentée d’un pompon.
— « Les mascottes des deux équipes
présenteront un spectacle avant le match », lut-
elle à haute voix.
— Ça vaut la peine d’être vu, dit Mr Weasley.
Les équipes nationales amènent des créatures
typiques de leurs pays d’origine pour faire un peu
de spectacle.
Autour d’eux, la loge se remplit peu à peu au
cours de la demi-heure qui suivit. Mr Weasley ne
cessait de serrer la main de gens qui occupaient à
l’évidence de hautes fonctions dans le monde de la
sorcellerie. Chaque fois, Percy se levait d’un bond,
comme s’il avait été assis sur un porc-épic. À
l’arrivée de Cornélius Fudge, le ministre de la
Magie, Percy s’inclina si bas que ses lunettes

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 159 / 1147
tombèrent et se cassèrent. Horriblement gêné, il
les répara d’un coup de baguette magique et resta
ensuite assis sur sa chaise, jetant des regards
jaloux à Harry que Cornélius Fudge avait salué
comme un vieil ami. Ils s’étaient déjà rencontrés et
Fudge serra la main de Harry d’un air paternel, lui
demanda comment il allait et le présenta aux
sorciers assis à ses côtés.
— Harry Potter, vous savez…, dit-il d’une voix
forte au ministre bulgare, qui portait une
magnifique robe de sorcier en velours noir ourlé
d’or, et ne paraissait pas comprendre un mot
d’anglais. Harry Potter , voyons, insista Fudge, je
suis sûr que vous savez qui c’est… Le garçon qui a
survécu à Vous-Savez-Qui… Vous savez forcément
qui c’est…
Le sorcier bulgare vit soudain la cicatrice de
Harry et se mit à parler très fort d’un ton surexcité
en la montrant du doigt.
— Je savais que ça finirait comme ça, dit Fudge
à Harry d’un ton las. Je ne suis pas très doué pour
les langues étrangères, j’ai besoin de Barty
Croupton dans ces cas-là. Ah, je vois que son elfe
de maison lui a gardé une chaise… C’est une bonne
chose, ces zigotos de Bulgares ont essayé de
quémander toutes les meilleures places… Ah, voici
Lucius !

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 160 / 1147
Harry, Ron et Hermione tournèrent vivement
la tête. Se glissant le long du deuxième rang en
direction de trois chaises vides, derrière
Mr Weasley, ils virent arriver les anciens maîtres
de Dobby, l’elfe de maison : Lucius Malefoy, son
fils Drago et une femme qui devait être la mère de
ce dernier.
Harry et Drago Malefoy étaient ennemis depuis
leur tout premier voyage à Poudlard. Le teint pâle,
le nez pointu, les cheveux d’un blond presque
blanc, Drago ressemblait beaucoup à son père. Sa
mère était blonde, elle aussi. Grande et mince, elle
aurait pu paraître séduisante si elle n’avait pas eu
l’air d’être sans cesse incommodée par une odeur
pestilentielle.
— Ah, Fudge, dit Mr Malefoy en tendant la
main au ministre de la Magie. Comment allez-
vous ? Je crois que vous ne connaissez pas mon
épouse, Narcissa ? Ni notre fils, Drago ?
— Mes hommages, madame, dit Fudge avec un
sourire, en s’inclinant devant Mrs Malefoy.
Permettez-moi de vous présenter Mr Oblansk …
Obalonsk… Mr … enfin bref, le ministre bulgare de
la Magie. De toute façon, il est incapable de
comprendre un traître mot de ce que je dis, alors
peu importe. Et, voyons, qui y a-t-il encore ? Vous
connaissez Arthur Weasley, j’imagine ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 161 / 1147
Il y eut un moment de tension. Mr Weasley et
Mr Malefoy échangèrent un regard et Harry se
rappela en détail la dernière fois où ils s’étaient
trouvés face à face. C’était à la librairie Fleury et
Bott et ils en étaient venus aux mains. Les yeux
gris et froids de Mr Malefoy se posèrent sur
Mr Weasley puis balayèrent le premier rang.
— Seigneur ! dit-il à voix basse. Qu’avez-vous
donc vendu pour obtenir des places dans la
tribune officielle ? Votre maison n’aurait
certainement pas suffi à payer le prix des billets ?
Fudge, qui n’écoutait pas, reprit la parole :
— Lucius vient d’apporter une contribution très
généreuse à l’hôpital Ste Mangouste pour les
maladies et blessures magiques, Arthur. Il est mon
invité.
— Ah, bien… très bien…, dit Mr Weasley avec
un sourire forcé.
Les yeux de Mr Malefoy étaient revenus sur
Hermione qui rosit légèrement mais soutint son
regard. Harry savait très bien pourquoi
Mr Malefoy pinçait les lèvres. Les Malefoy tiraient
fierté de leur sang pur ; en d’autres termes,
quiconque descendait de parents moldus, comme
Hermione, leur apparaissait comme un sorcier de
seconde classe. Mr Malefoy n’osa cependant rien
dire en présence du ministre de la Magie. Il

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 162 / 1147
adressa un signe de tête dédaigneux à Mr Weasley
et suivit la rangée de chaises jusqu’aux places qui
lui étaient réservées. Drago lança à Harry, Ron et
Hermione un regard méprisant, puis s’assit entre
son père et sa mère.
— Crétins visqueux, marmonna Ron.
Harry, Hermione et lui se tournèrent à nouveau
vers le terrain. Un instant plus tard, Ludo Verpey
entra en trombe dans la loge.
— Tout le monde est prêt ? demanda-t-il, son
visage rond luisant comme un gros fromage de
Hollande. Monsieur le ministre, on peut y aller ?
— Quand vous voudrez, Ludo, dit Fudge, très à
son aise.
Verpey sortit aussitôt sa baguette magique, la
pointa sur sa gorge et s’exclama :
— Sonorus !
Il parla alors par-dessus le tumulte qui
emplissait à présent le stade plein à craquer et sa
voix tonitruante résonna sur tous les gradins :
— Mesdames et messieurs, permettez-moi de
vous souhaiter la bienvenue ! Bienvenue à cette
finale de la quatre cent deuxième Coupe du Monde
de Quidditch !
Les spectateurs se mirent à hurler et à
applaudir. Des milliers de drapeaux s’agitèrent,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 163 / 1147
mêlant les hymnes nationaux des deux équipes
dans une cacophonie qui s’ajouta au vacarme. Le
dernier message publicitaire ( Les Dragées
surprises de Bertie Crochue – prenez le risque à
chaque bouchée ! ) s’effaça de l’immense tableau
qui affichait à présent BULGARIE : ZÉRO,
IRLANDE : ZÉRO.
— Et maintenant, sans plus tarder, permettez-
moi de vous présenter… Les mascottes de l’équipe
bulgare !
La partie droite des gradins, entièrement
colorée de rouge, explosa en acclamations.
— Je me demande ce qu’ils ont amené, dit
Mr Weasley qui se pencha en avant. Aaah !
Il enleva brusquement ses lunettes et les essuya
sur sa robe de sorcier.
— Des Vélanes !
— Qu’est-ce que c’est que des Vél …
Mais une centaine d’entre elles venaient de
faire leur apparition sur le terrain et la question de
Harry trouva sa réponse. Les Vélanes étaient des
femmes… Les plus belles femmes que Harry eût
jamais vues… sauf qu’elles n’étaient pas – qu’elles
ne pouvaient être – humaines. Cette constatation
rendit Harry perplexe et il essaya de déterminer ce
qu’elles étaient exactement. Comment se pouvait-
il que leur peau scintille ainsi comme un clair de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 164 / 1147
lune, que leurs cheveux d’or blanc volent derrière
elles, alors qu’il n’y avait pas le moindre vent…
Mais à ce moment, la musique retentit et Harry ne
se soucia plus de savoir à quel genre d’êtres il avait
affaire – d’ailleurs, il ne se soucia plus de rien du
tout.
Les Vélanes s’étaient mises à danser et la tête
de Harry se vida aussitôt. Il n’éprouva plus rien
d’autre qu’une totale félicité. Désormais, la seule
chose au monde qui lui importait, c’était de
continuer à regarder les Vélanes. Car si elles
cessaient de danser, il ne pourrait en résulter que
de grands malheurs…
Tandis que les Vélanes se trémoussaient au
rythme d’une musique de plus en plus vive, des
pensées folles, insaisissables, tournoyaient dans
l’esprit hébété de Harry. Il avait envie de faire, à
l’instant même, quelque chose de spectaculaire,
d’impressionnant. Par exemple, sauter de la loge
et atterrir en vol plané au milieu du stade lui
paraissait une bonne idée… Mais serait-ce
suffisant ?
— Harry, qu’est-ce que tu fais ? demanda la
voix lointaine d’Hermione.
La musique cessa. Harry cligna des yeux. Il
s’était levé et avait commencé à enjamber la
balustrade de la loge. À côté de lui, Ron était figé

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 165 / 1147
dans l’attitude de quelqu’un qui s’apprête à
s’élancer d’un plongeoir.
Des cris de fureur s’élevaient dans le stade. Les
spectateurs refusaient de laisser partir les Vélanes
et Harry ne pouvait que les approuver. Il était
évident, à présent, qu’il allait soutenir l’équipe
bulgare et il se demanda vaguement pourquoi il
avait un grand trèfle vert épinglé sur sa poitrine.
Pendant ce temps, Ron, d’un air distrait, déchirait
en lambeaux les trèfles qui ornaient son chapeau.
Mr Weasley, un vague sourire aux lèvres, se
pencha vers Ron et lui prit le chapeau des mains.
— Tu en auras besoin, dit-il, quand l’Irlande
aura dit son mot.
— Hein ? marmonna Ron, bouche bée, le regard
fixé sur les Vélanes qui s’étaient alignées d’un côté
du terrain.
D’un air réprobateur, Hermione tendit la main
et ramena Harry vers sa chaise.
— Non mais vraiment ! dit-elle.
— Et maintenant, rugit la voix amplifiée de
Ludo Verpey, veuillez s’il vous plaît lever vos
baguettes… pour accueillir les mascottes de
l’équipe nationale d’Irlande !
Un instant plus tard, quelque chose qui
ressemblait à une grande comète vert et or surgit
dans le stade. Elle fit un tour complet du terrain,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 166 / 1147
puis se sépara en deux comètes plus petites,
chacune se précipitant vers les buts. Un arc-en-ciel
se déploya brusquement d’un bout à l’autre du
stade, reliant entre elles les deux comètes
lumineuses. Des « Aaaaaaaaah » et des
« Oooooooooh » retentirent dans la foule comme à
un spectacle de feu d’artifice. Puis l’arc-en-ciel
s’effaça et les deux comètes se réunirent et se
fondirent à nouveau en une seule, formant à
présent un grand trèfle scintillant qui s’éleva dans
le ciel et vola au-dessus des tribunes. Une sorte de
pluie d’or semblait en tomber…
— Magnifique ! s’écria Ron lorsque le trèfle vola
au-dessus d’eux, répandant une averse de pièces
d’or qui rebondissaient sur leurs chaises et sur
leurs têtes.
Harry observa le trèfle en clignant des yeux et
s’aperçut qu’il était composé de milliers de tout
petits bonshommes barbus, vêtus de gilets rouges,
et portant chacun une minuscule lanterne verte ou
dorée.
— Des farfadets ! s’exclama Mr Weasley, au
milieu des applaudissements déchaînés des
spectateurs dont beaucoup s’affairaient autour de
leurs sièges pour ramasser les pièces d’or tombées
à leurs pieds.
— Et voilà ! s’écria Ron d’un ton réjoui, en

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 167 / 1147
fourrant une poignée d’or dans la main de Harry.
Pour les Multiplettes ! Mais maintenant, il faudra
que tu m’achètes un cadeau à Noël !
Le trèfle géant se dispersa, les farfadets se
laissèrent tomber en douceur sur le terrain, de
l’autre côté des Vélanes, et s’assirent en tailleur
pour assister au match.
— Et maintenant, mesdames et messieurs, nous
avons le plaisir d’accueillir… l’équipe nationale de
Quidditch de Bulgarie ! Voici… Dimitrov !
Sous les applaudissements déchaînés des
supporters bulgares, une silhouette vêtue de
rouge, à califourchon sur un balai, surgit d’une des
portes qui donnaient sur le terrain en volant si vite
qu’on avait du mal à la suivre des yeux.
— Ivanova !
Un deuxième joueur en robe rouge fila dans les
airs.
— Zograf ! Levski ! Vulchanov ! Volkov !
Eeeeeeeeeet voici… Krum !
— C’est lui ! C’est lui ! hurla Ron, suivant Krum
à l’aide de ses Multiplettes.
Harry le regarda à son tour à travers les
siennes.
Viktor Krum était mince, le teint sombre et
cireux, avec un grand nez arrondi et d’épais

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 168 / 1147
sourcils noirs. On aurait dit un grand oiseau de
proie. Il était difficile de croire qu’il avait
seulement dix-huit ans.
— Et maintenant, accueillons… l’équipe
nationale de Quidditch d’Irlande ! s’époumona
Verpey. Voici… Connolly ! Ryan ! Troy ! Mullet !
Morane ! Quigley ! Eeeeeeeeeet … Lynch !
Sept traînées vertes jaillirent sur le terrain.
Harry tourna une petite molette sur le côté de ses
Multiplettes et regarda les joueurs passer au
ralenti : il vit alors le mot « Éclair de feu » gravé
sur chacun de leurs balais et leurs noms brodés en
lettres d’argent dans leur dos.
— Et voici, arrivant tout droit d’Égypte, notre
arbitre, l’estimé président-sorcier général de
l’Association internationale de Quidditch, Hassan
Mostafa !
Un petit sorcier efflanqué, complètement
chauve mais doté d’une moustache qui aurait pu
rivaliser avec celle de l’oncle Vernon, s’avança à
grands pas sur le terrain. Un sifflet d’argent
dépassait de sous sa moustache ; sous un bras, il
portait une grosse caisse en bois et sous l’autre,
son balai volant. Harry remit sur la vitesse
normale le cadran de ses Multiplettes, regardant
attentivement Mostafa enfourcher son balai et
ouvrir la caisse d’un coup de pied. Quatre balles en

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 169 / 1147
surgirent aussitôt : le Souafle écarlate, les deux
Cognards noirs et (Harry ne l’aperçut qu’un très
bref instant avant qu’il s’envole hors de sa vue) le
minuscule Vif d’or pourvu de petites ailes d’argent.
Soufflant d’un coup sec dans son sifflet, Mostafa
s’éleva dans les airs, derrière les balles.
— C’eeeeeeeest PARTI ! hurla Verpey. Le
Souafle à Mullet qui passe à Troy ! Morane !
Dimitrov ! Mullet à nouveau ! Troy ! Levski !
Morane !
C’était du Quidditch comme Harry n’en avait
encore jamais vu. Il pressait si fort ses Multiplettes
contre ses yeux que la monture de ses lunettes lui
écorcha l’arête du nez. Les joueurs filaient à une
vitesse incroyable. Les poursuiveurs se passaient
le Souafle avec une telle rapidité que Verpey avait
tout juste le temps de dire leur nom. Harry tourna
la molette du ralenti, sur le côté droit de ses
Multiplettes, pressa le bouton « image par
image », juste au-dessus, et vit alors le match au
ralenti, avec des explications qui s’affichaient sur
les lentilles en lettres violettes étincelantes. Dans
les tribunes, le vacarme de la foule déchaînée
malmenait ses tympans.
« Attaque en faucon », lut-il en voyant les trois
poursuiveurs irlandais foncer côte à côte, Troy au
centre, Mullet et Morane légèrement en retrait,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 170 / 1147
dans une attaque contre les Bulgares. Les mots
« Feinte de Porskoff » s’affichèrent ensuite sur les
lentilles de ses Multiplettes lorsque Troy fit
semblant de monter en chandelle avec le Souafle,
entraînant dans son sillage la poursuiveuse
bulgare Ivanova, puis laissa tomber le Souafle que
rattrapa Morane. L’un des batteurs bulgares,
Volkov, frappa vigoureusement avec sa batte un
Cognard qui passait devant lui, l’envoyant sur la
trajectoire de Morane. Celle-ci se baissa pour
l’éviter et lâcha le Souafle ; Levski fonça et le
rattrapa.
— TROY MARQUE ! rugit Verpey et tout le
stade trembla sous les applaudissements et les
acclamations. Dix-zéro en faveur de l’Irlande !
— Quoi ? s’exclama Harry, lançant des regards
frénétiques autour de lui à travers ses Multiplettes.
C’est Levski qui avait le Souafle !
— Harry, si tu ne regardes pas le match à la
vitesse normale, tu vas manquer des tas de choses,
cria Hermione qui sautillait sur place en agitant
les bras pendant que Troy faisait un tour
d’honneur.
Harry regarda par-dessus ses Multiplettes et vit
que les farfadets qui regardaient le match depuis
les lignes de touche s’étaient à nouveau envolés
pour reconstituer le grand trèfle scintillant. De

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 171 / 1147
l’autre côté du terrain, les Vélanes les regardaient
d’un air boudeur.
Furieux contre lui-même, Harry ramena la
molette sur la position « vitesse normale » lorsque
le match reprit.
Il connaissait suffisamment bien le Quidditch
pour pouvoir apprécier l’extraordinaire virtuosité
des poursuiveurs irlandais. Il y avait entre eux une
parfaite harmonie. À en juger par la façon dont ils
se plaçaient, on aurait dit qu’ils lisaient dans les
pensées les uns des autres et la rosette épinglée
sur la poitrine de Harry ne cessait de couiner leurs
noms : « Troy – Mullet – Morane ! » Moins de dix
minutes plus tard, l’Irlande avait marqué deux
autres buts, faisant monter le score à trente-zéro
et déclenchant un tonnerre de vivats et
d’applaudissements chez les supporters vêtus de
vert.
Le match devint encore plus rapide et plus
brutal. Volkov et Vulchanov, les batteurs bulgares,
frappaient les Cognards avec férocité en les
envoyant sur les poursuiveurs irlandais et
parvenaient à perturber leurs plus belles
trajectoires. À deux reprises, les Irlandais furent
contraints de rompre leur formation et Ivanova
finit par franchir leur défense, feinter le gardien,
Ryan, et marquer le premier but bulgare.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 172 / 1147
— Bouchez-vous les oreilles ! cria Mr Weasley
tandis que les Vélanes se mettaient à danser pour
célébrer l’exploit.
Harry se cacha également les yeux. Il voulait
rester concentré sur le jeu. Quelques instants plus
tard, il risqua un regard vers le terrain. Les
Vélanes avaient cessé de danser et le Souafle était
à nouveau entre les mains des joueurs bulgares.
— Dimitrov ! Levski ! Dimitrov ! Ivanova – Oh,
là, là ! rugit Verpey.
Cent mille sorcières et sorciers retinrent leur
souffle en voyant les deux attrapeurs, Krum et
Lynch, foncer en piqué au milieu des
poursuiveurs, à une telle vitesse qu’ils semblaient
avoir sauté d’un avion sans parachute. Harry suivit
leur descente à travers ses Multiplettes, plissant
les yeux pour essayer d’apercevoir le Vif d’or.
— Ils vont s’écraser ! hurla Hermione, à côté de
Harry.
Elle eut à moitié raison. À la toute dernière
seconde, Viktor Krum redressa son balai et
remonta en chandelle. Lynch, en revanche, heurta
le sol avec un bruit sourd qu’on entendit à travers
tout le stade. Une immense plainte s’éleva des
gradins occupés par les Irlandais.
— Quel idiot ! gémit Mr Weasley. C’était une
feinte de Krum.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 173 / 1147
— Temps mort ! cria la voix de Verpey.
Des Médicomages se précipitent sur le terrain
pour examiner Aidan Lynch !
— Ça va aller, il s’est simplement un peu planté,
dit Charlie à Ginny qui était penchée par-dessus la
balustrade de la loge, l’air terrifié. C’est ce que
voulait Krum, bien sûr…
Harry se hâta d’appuyer sur les boutons
« répétition » et « image par image » de ses
Multiplettes, tripota la molette de ralenti et
regarda à nouveau l’action.
Au ralenti, il revit la descente en piqué de Krum
et Lynch. « Feinte de Wronski – dangereuse
manœuvre de diversion de l’attrapeur », lut
Harry en lettres lumineuses. Il remarqua le visage
de Krum, tendu par la concentration, tandis qu’il
remontait en chandelle au dernier moment alors
que Lynch s’écrasait à terre et il comprit : Krum
n’avait pas du tout vu le Vif d’or, il voulait
simplement inciter Lynch à l’imiter. Harry n’avait
jamais vu personne voler comme ça. On aurait
presque dit que Krum évoluait sans balai : il se
déplaçait si facilement dans les airs qu’il semblait
n’avoir besoin d’aucun support, comme s’il n’était
pas soumis à l’attraction terrestre. Harry remit ses
Multiplettes en position normale et les braqua sur
Krum. Il décrivait des cercles loin au-dessus de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 174 / 1147
Lynch que les Médicomages étaient en train de
ranimer à l’aide de potions. Harry fit le point sur le
visage de Krum et vit ses yeux sombres lancer des
regards rapides sur toute la surface du terrain qui
s’étendait trente mètres au-dessous de lui. Il
profitait du temps passé à ranimer Lynch pour
essayer de repérer le Vif d’or sans aucune
interférence des autres joueurs.
Lynch se releva enfin sous les acclamations des
supporters vêtus de vert, enfourcha son Éclair de
feu et s’élança à nouveau dans les airs. Son retour
sembla donner un regain d’ardeur à l’Irlande.
Lorsque Mostafa siffla la reprise du match, les
poursuiveurs passèrent à l’action avec une habileté
que Harry jugea sans égale.
Au bout d’un nouveau quart d’heure de fureur
et de prouesses, l’Irlande avait pris le large en
marquant dix nouveaux buts. Son équipe menait à
présent par cent trente points à dix. Et le jeu
commençait à tourner mal.
Lorsque Mullet s’élança à nouveau vers les buts
en serrant le Souafle sous son bras, le gardien
bulgare, Zograf, se porta à sa rencontre. L’action
fut si rapide que Harry ne vit pas très bien ce qui
s’était passé, mais le hurlement de rage qui
retentit chez les supporters irlandais et le long
coup de sifflet de Mostafa lui indiquèrent qu’il y

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 175 / 1147
avait eu faute.
— Et Mostafa donne un avertissement au
gardien bulgare pour brutalité – usage excessif des
coudes ! annonça Verpey aux spectateurs qui
hurlaient de toutes parts. Et… Oui, un penalty en
faveur de l’Irlande !
Les farfadets qui s’étaient élancés dans les airs
avec colère, tel un essaim de frelons scintillants,
lorsque Mullet avait été victime du gardien
bulgare, se regroupaient à présent pour former les
lettres « HA ! HA ! HA ! ». De l’autre côté du
terrain, les Vélanes se levèrent d’un bond, firent
onduler leur chevelure en remuant la tête d’un air
furieux et se remirent à danser.
D’un même mouvement, les Weasley et Harry
se bouchèrent les oreilles mais Hermione, qui était
restée immobile, tira soudain Harry par le bras. Il
se retourna et elle lui ôta elle-même les doigts des
oreilles d’un geste impatient.
— Regarde l’arbitre ! dit-elle en pouffant de
rire.
Harry baissa les yeux vers le terrain et vit un
étrange spectacle : Hassan Mostafa avait atterri
devant les Vélanes et faisait rouler ses muscles en
lissant sa moustache d’un air surexcité.
— On ne peut pas tolérer ça ! s’exclama Ludo
Verpey, tout en ayant l’air de s’amuser beaucoup.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 176 / 1147
Que quelqu’un aille donner une gifle à l’arbitre !
Un Médicomage traversa le terrain en se
bouchant les oreilles et donna un grand coup de
pied dans les tibias de Mostafa. Celui-ci sembla
revenir à lui. Regardant à nouveau à travers ses
Multiplettes, Harry vit qu’il avait l’air très gêné. Il
cria quelque chose aux Vélanes qui avaient cessé
de danser, prêtes à se rebeller.
— À moins que je ne me trompe, il semble que
Mostafa s’efforce de renvoyer dans leur coin les
mascottes de l’équipe bulgare, commenta la voix
de Verpey. Et maintenant, voici quelque chose
qu’on n’avait encore jamais vu… Oh, oh, la
situation pourrait bien se gâter…
Ce fut le cas : les batteurs bulgares, Volkov et
Vulchanov, atterrirent de chaque côté de Mostafa
et commencèrent à se déchaîner contre lui,
gesticulant en direction des farfadets qui avaient à
présent formé dans le ciel les mots « HI HI HI ».
Mais Mostafa ne se laissa pas impressionner par
les protestations bulgares. Il pointa le doigt en l’air
en leur ordonnant visiblement de reprendre leur
vol et, devant leur refus, lança deux brefs coups de
sifflet.
— Deux pénaltys en faveur de l’Irlande ! s’écria
Verpey, déclenchant des hurlements furieux parmi
les supporters bulgares. Volkov et Vulchanov

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 177 / 1147
feraient bien de remonter sur leurs balais… Oui…
Ça y est, c’est ce qu’ils font… Et c’est Troy qui
prend le Souafle…
Le jeu atteignait maintenant un niveau de
férocité qu’on n’avait encore jamais vu. Les
batteurs de chaque équipe se montraient sans
merci : Volkov et Vulchanov en particulier
agitaient violemment leurs battes sans se soucier
de savoir si elles frappaient des Cognards ou des
joueurs. Dimitrov fonça sur Morane qui était en
possession du Souafle, manquant de la faire
tomber de son balai.
— Faute ! hurlèrent les supporters irlandais
d’une même voix en se dressant d’un bond dans
une grande vague verdoyante.
— Faute ! répéta en écho la voix magiquement
amplifiée de Ludo Verpey. Dimitrov vole
délibérément sur Morane en cherchant à
provoquer le choc, et nous devrions avoir un autre
penalty… Oui, voilà le coup de sifflet !
Les farfadets s’étaient à nouveau élancés dans
les airs et, cette fois, ils formaient une main géante
qui faisait un signe obscène en direction des
Vélanes. Celles-ci perdirent alors tout contrôle.
Elles se précipitèrent sur le terrain et se mirent à
jeter sur les farfadets des poignées de flammes. En
les observant à travers ses Multiplettes, Harry

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 178 / 1147
remarqua qu’elles avaient perdu toute beauté.
Leurs visages s’étaient allongés et ressemblaient à
présent à des têtes d’oiseaux au bec cruel, tandis
que des ailes couvertes d’écailles jaillissaient de
leurs épaules.
— Et ça , mes enfants, s’exclama Mr Weasley
dans le tumulte qui remplissait le stade, c’est la
preuve qu’il ne faut jamais se fier à l’apparence !
Des sorciers du ministère envahirent le terrain
pour essayer, sans grand succès, de séparer les
Vélanes des farfadets. Mais la bataille qui avait
lieu sur le sol n’était rien en comparaison de celle
qui se déroulait dans les airs. À travers ses
Multiplettes, Harry regardait de tous côtés,
suivant le Souafle qui changeait de mains à la
vitesse d’une balle de fusil…
— Levski – Dimitrov – Morane – Troy – Mullet
– Ivanova – Morane à nouveau – Morane…
MORANE QUI MARQUE !
Mais les cris de joie des supporters irlandais
s’entendirent à peine parmi les hurlements
perçants des Vélanes, les détonations produites
par les baguettes magiques des représentants du
ministère et les rugissements de fureur des
Bulgares. Le jeu reprit aussitôt. Levski s’empara
du Souafle, le passa à Dimitrov…
Quigley, le batteur irlandais, brandit sa batte et

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 179 / 1147
frappa de toutes ses forces un Cognard en
direction de Krum qui ne se baissa pas assez vite et
le reçut en pleine figure.
Un grondement assourdissant monta de la
foule. Le nez de Krum semblait cassé, il avait du
sang partout, mais Hassan Mostafa ne donna
aucun coup de sifflet. Il avait d’autres soucis et
personne ne pouvait lui reprocher de n’avoir pas
réagi : l’une des Vélanes venait en effet de lui jeter
une poignée de flammes qui avaient mis le feu à
son balai.
Harry espérait que quelqu’un allait s’apercevoir
que Krum était blessé. Tout en étant supporter de
l’Irlande, il considérait Krum comme le joueur le
plus fascinant qu’il ait jamais vu et Ron, de toute
évidence, avait la même opinion.
— Temps mort, voyons ! Il ne peut pas jouer
comme ça…
— Regarde Lynch ! s’écria Harry.
L’attrapeur irlandais descendait en piqué et
Harry était sûr qu’il ne s’agissait pas d’une feinte
de Wronski. Cette fois-ci, c’était bien le Vif d’or…
— Il l’a vu ! s’exclama Harry. Il l’a vu ! Regarde-
le !
Une bonne moitié des spectateurs semblaient
avoir compris ce qui se passait. Les supporters
irlandais se levèrent comme un raz de marée d’un

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 180 / 1147
vert étincelant en poussant des cris
d’encouragement à l’adresse de leur attrapeur…
Mais Krum le suivait de près. Harry se demanda
comment il arrivait encore à voir où il allait. Des
gouttes de sang jaillissaient dans son sillage mais
il avait rattrapé Lynch, à présent, et tous deux,
côte à côte, fonçaient à nouveau vers le sol…
— Ils vont s’écraser ! hurla Hermione.
— Non ! rugit Ron.
— Lynch est fichu ! s’écria Harry.
— Le Vif d’or, où est le Vif d’or ? vociféra
Charlie.
— Il l’a eu ! Krum l’a eu ! C’est fini ! s’exclama
Harry.
Krum, sa robe rouge luisante du sang qui
coulait de son nez, remontait lentement dans les
airs, le poing serré, une lueur dorée nimbant sa
main. Le grand panneau afficha en lettres
lumineuses : BULGARIE : CENT SOIXANTE,
IRLANDE : CENT SOIXANTE-DIX. Dans les
gradins, la foule semblait ne pas avoir encore
réalisé ce qui venait de se passer. Puis, peu à peu,
comme les réacteurs d’un énorme avion
s’apprêtant à décoller, le grondement des
supporters irlandais augmenta d’intensité et
explosa tout à coup en hurlements d’allégresse.
— L’IRLANDE A GAGNE ! s’écria Verpey qui,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 181 / 1147
comme les Irlandais, semblait avoir été pris de
court par la soudaine issue du match. KRUM A
ATTRAPÉ LE VIF D’OR, MAIS C’EST L’IRLANDE
QUI GAGNE ! Seigneur, qui donc pouvait
s’attendre à ça ?
— Pourquoi est-ce qu’il a attrapé le Vif d’or ?
cria Ron, tout en sautant sur place et en
applaudissant avec les mains au-dessus de la tête.
Il a mis fin au match alors que l’Irlande avait cent
soixante points d’avance, l’imbécile !
— Il savait qu’ils ne pouvaient plus remonter,
lui répondit Harry, en criant lui aussi pour couvrir
le vacarme, mais sans cesser d’applaudir
bruyamment. Les poursuiveurs irlandais étaient
trop forts… Il voulait que le match finisse à son
avantage, voilà tout…
— Il a été très courageux, non ? dit Hermione
en se penchant en avant pour regarder Krum
atterrir tandis qu’une nuée de Médicomages se
frayait un chemin vers lui, au milieu des Vélanes et
des farfadets qui se livraient bataille. Il n’a pas l’air
en bon état…
Harry regarda à nouveau à travers ses
Multiplettes. Il était difficile de voir ce qui se
passait, à cause des farfadets fous de joie qui
volaient en tous sens au-dessus du terrain, mais il
parvint quand même à apercevoir Krum entouré

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 182 / 1147
de Médicomages. Il avait l’air plus renfrogné que
jamais et refusait qu’ils épongent le sang de sa
figure. Ses coéquipiers s’étaient rassemblés autour
de lui, hochant la tête, l’air abattu. Un peu plus
loin, les joueurs irlandais dansaient joyeusement
sous la pluie d’or que déversaient leurs mascottes.
Des drapeaux s’agitaient d’un bout à l’autre du
stade, l’hymne national irlandais retentissait de
toutes parts. Les Vélanes avaient retrouvé leur
beauté habituelle, mais paraissaient tristes et
accablées.
— Nous nous sommes battus avec grrrrand
courrrage , soupira d’un ton mélancolique une voix
derrière Harry.
Il se retourna : c’était le ministre bulgare de la
Magie.
— Mais !… Vous parlez notre langue ! s’exclama
Fudge, indigné. Et vous m’avez laissé parler par
gestes toute la journée !
— C’était vrrrraiment trrrrès drrrrôle , répondit
le ministre bulgare avec un haussement d’épaules.
— Et pendant que l’équipe d’Irlande accomplit
un tour d’honneur, flanquée de ses mascottes, la
Coupe du Monde de Quidditch est apportée dans
la tribune officielle ! rugit Verpey.
Harry fut soudain ébloui par une lumière
blanche éclatante : la loge venait de s’illuminer par

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 183 / 1147
magie pour que tout le monde, sur les gradins,
puisse voir ce qui s’y passait. Deux sorciers
essoufflés apportèrent alors une immense coupe
d’or qu’ils tendirent à Cornélius Fudge. Celui-ci
paraissait toujours furieux d’avoir dû passer la
journée à parler inutilement par signes.
— Et maintenant, applaudissons bien fort les
courageux perdants – l’équipe de Bulgarie ! s’écria
Verpey.
Et il avait raison : pour la deuxième fois, Lynch
heurta le sol de plein fouet et fut aussitôt piétiné
par une horde de Vélanes déchaînées.
Montant l’escalier qui menait à la loge, les sept
joueurs bulgares firent leur entrée. Des
applaudissements s’élevèrent de la foule pour
saluer les vaincus et Harry vit des milliers de
Multiplettes scintiller dans leur direction.
Un par un, les Bulgares s’avancèrent dans les
travées et Verpey donna le nom de chacun d’entre
eux tandis qu’ils serraient la main de leur propre
ministre, puis celle de Fudge. Krum, le dernier de
la file, tenait toujours le Vif d’or dans son poing et
paraissait dans un état épouvantable. Deux yeux
au beurre noir, particulièrement spectaculaires,
étaient apparus sur son visage ensanglanté. Harry
remarqua que ses mouvements semblaient moins
harmonieux lorsqu’il était au sol. Il avait le dos

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 184 / 1147
rond et des pieds légèrement écartés qui
l’obligeaient à marcher en canard. Mais, lorsque
son nom fut prononcé, le stade tout entier explosa
en acclamations assourdissantes.
Ce fut ensuite le tour de l’équipe irlandaise.
Aidan Lynch était soutenu par Morane et
Connolly. Sa seconde chute l’avait étourdi et ses
yeux au regard étrange semblaient avoir du mal à
faire le point. Il eut cependant un large sourire
lorsque Troy et Quigley levèrent la coupe à bout de
bras et que la foule manifesta son enthousiasme
dans une longue ovation qui fit trembler le stade
comme un tonnerre. Harry ne sentait plus ses
mains à force d’applaudir.
Enfin, lorsque les joueurs irlandais eurent
quitté la loge pour accomplir un autre tour
d’honneur sur leurs balais (Aidan Lynch, monté
sur celui de Connolly, se cramponnait à sa taille en
continuant de sourire d’un air absent), Verpey
pointa sa baguette vers sa gorge et murmura :
— Sourdinam . On parlera de ce match pendant
des années, dit-il d’une voix enrouée. Quel coup de
théâtre, ce… dommage que ça n’ait pas duré plus
longtemps… Ah, oui, c’est vrai… je vous dois…
combien ?
Fred et George venaient d’enjamber le dossier
de leurs chaises et se tenaient à présent devant

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 185 / 1147
Ludo Verpey avec un grand sourire et la main
tendue.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 186 / 1147
9
L A M ARQUE DES T ÉNÈBRES
e dites pas à votre mère que vous
avez parié de l’argent, implora
Mr Weasley en s’adressant à Fred et à George,
pendant qu’ils redescendaient l’escalier tous
ensemble. — N
— Ne t’inquiète pas, papa, répondit Fred d’un
ton ravi. On a de grands projets pour utiliser cet
argent et on n’a pas du tout envie qu’il soit
confisqué.
Mr Weasley sembla sur le point de demander
de quelle nature étaient ces grands projets mais, à
la réflexion, il estima préférable de ne rien savoir.
Ils furent bientôt pris dans le flot de la foule qui
sortait du stade pour revenir sur le terrain de
camping. Sur le chemin du retour, l’air de la nuit
leur apportait l’écho de chansons hurlées à tue-
tête et des farfadets filaient au-dessus d’eux, en
poussant des cris et en agitant leurs lanternes.
Lorsqu’ils arrivèrent enfin devant leurs tentes,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 187 / 1147
personne n’avait la moindre envie de dormir et,
compte tenu du vacarme qui régnait autour d’eux,
Mr Weasley fut d’accord pour qu’ils boivent une
dernière tasse de chocolat avant d’aller se coucher.
Bientôt, ils se plongèrent dans une discussion
allègre et passionnée sur les meilleurs moments
du match. Mr Weasley n’était pas d’accord avec
Charlie sur « l’usage excessif des coudes »
sanctionné par l’arbitre mais, lorsque Ginny
tomba endormie devant la petite table de camping
et qu’elle renversa du chocolat partout, il déclara
qu’il n’était plus temps de refaire le match et
insista pour que tout le monde aille dormir.
Hermione et Ginny allèrent se coucher dans la
tente voisine et Harry et les autres Weasley, après
avoir mis leurs pyjamas, se répartirent dans les lits
superposés. Des supporters continuaient de
chanter de l’autre côté du camping et l’on
entendait retentir de temps à autre la détonation
d’une baguette magique.
— Je suis content de ne pas être de service,
marmonna Mr Weasley d’une voix ensommeillée.
Je n’aimerais pas être obligé d’aller dire aux
Irlandais de cesser de faire la fête.
Harry, qui était couché dans le lit au-dessus de
celui de Ron, contemplait la toile de la tente,
suivant des yeux la lueur que projetait parfois la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 188 / 1147
lanterne d’un farfadet volant aux alentours. En
même temps, il repassait dans sa tête les
trajectoires les plus spectaculaires de Krum. Il
avait hâte de remonter sur son propre Éclair de
feu pour essayer la feinte de Wronski… Avec tous
ses tableaux et ses diagrammes animés, Olivier
Dubois n’avait jamais été capable d’expliquer en
quoi consistait exactement cette figure… Harry se
voyait déjà vêtu d’une robe de Quidditch avec son
nom inscrit dans le dos et il imagina la sensation
qu’il éprouverait en entendant les acclamations
d’une foule de cent mille personnes lorsque Ludo
Verpey annoncerait d’une voix retentissante : « Et
voici maintenant… Potter ! »
Harry ne sut jamais s’il s’était endormi pour de
bon – s’imaginer volant sur son balai à la manière
de Krum avait peut-être fini par devenir un
véritable rêve –, la seule chose certaine, c’était que
Mr Weasley avait brusquement poussé de grands
cris.
— Debout ! Ron ! Harry ! Vite ! Debout ! C’est
urgent !
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il.
Harry se redressa aussitôt, sa tête heurtant la
toile de la tente.
Il eut la vague impression qu’il se passait
quelque chose d’anormal. Les bruits qui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 189 / 1147
provenaient du terrain de camping avaient changé
de nature. On n’entendait plus de chansons, mais
des hurlements et des pas précipités.
Il se glissa à bas de son lit et tendit la main vers
ses vêtements mais Mr Weasley, qui avait mis son
jean par-dessus son pantalon de pyjama, l’arrêta
d’un geste :
— Pas le temps, dit-il. Prends ton blouson et
sors ! Vite !
Harry obéit et se précipita hors de la tente, Ron
sur ses talons.
À la lueur des quelques feux qui continuaient
de brûler, il voyait des gens courir vers le bois,
fuyant quelque chose qui traversait le pré dans
leur direction, quelque chose qui émettait
d’étranges éclats de lumière et lançait des
détonations semblables à des coups de feu. Des
exclamations moqueuses, des explosions de rire,
des vociférations d’ivrogne leurs parvenaient.
Enfin, une puissante lumière verte illumina la
scène.
Une foule serrée de sorciers, avançant d’un
même pas, la baguette magique pointée en l’air,
traversait lentement le pré. Harry plissa les yeux
pour mieux les voir… Ils semblaient dépourvus de
visages… et il comprit alors que leurs têtes étaient
recouvertes de cagoules. Loin au-dessus d’eux,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 190 / 1147
flottant dans l’air, quatre silhouettes se
débattaient, ballottées en tous sens dans des
positions grotesques. On aurait dit que les sorciers
masqués étaient des marionnettistes et les deux
silhouettes suspendues au-dessus de leurs têtes de
simples pantins animés par des fils invisibles
qu’actionnaient les baguettes magiques. Deux des
silhouettes étaient toutes petites.
D’autres sorciers se joignaient à la troupe
masquée, montrant du doigt avec de grands éclats
de rire les quatre corps qui flottaient dans les airs.
Des tentes s’effondraient sur le chemin de la foule
en marche qui ne cessait de grossir à mesure
qu’elle avançait. Une ou deux fois, Harry vit un
sorcier cagoulé détruire d’un coup de baguette
magique une tente qui se trouvait sur son passage.
Plusieurs d’entre elles prirent feu et les
hurlements augmentèrent d’intensité.
Les quatre malheureux qui flottaient en l’air
furent soudain éclairés par une tente en flammes
et Harry reconnut l’un d’eux : c’était Mr Roberts,
le directeur du camping. Les trois autres devaient
être sa femme et ses enfants. D’un coup de
baguette magique, l’un des marcheurs fit basculer
Mrs Roberts la tête en bas. Sa chemise de nuit se
retourna, laissant voir une culotte d’une taille
impressionnante. Elle se débattit furieusement

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 191 / 1147
pour essayer de se couvrir pendant que la foule au-
dessous criait et sifflait dans un déchaînement
d’allégresse.
— C’est répugnant, murmura Ron en regardant
le plus petit des enfants moldus qui s’était mis à
tourner comme une toupie à vingt mètres au-
dessus du sol, sa tête ballottant de tous côtés. C’est
vraiment répugnant…
Hermione et Ginny coururent les rejoindre,
enfilant une veste par-dessus leurs chemises de
nuit. Mr Weasley se trouvait juste derrière elles.
Au même moment, Bill, Charlie et Percy
émergèrent de la tente des garçons, entièrement
habillés, les manches relevées, brandissant leur
baguette magique.
— On va aider les gens du ministère, cria
Mr Weasley dans le tumulte, en relevant ses
manches à son tour. Vous, allez vous réfugier dans
le bois et restez ensemble . Je viendrai vous
chercher quand tout sera terminé.
Bill, Charlie et Percy couraient déjà à la
rencontre des marcheurs. Mr Weasley se précipita
à leur suite. Des sorciers du ministère arrivaient
de tous côtés tandis que la foule des sorciers se
rapprochait, la famille Roberts toujours suspendue
au-dessus de leurs têtes.
— Viens, dit Fred en prenant la main de Ginny

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 192 / 1147
qu’il entraîna en direction du bois.
Harry, Ron, Hermione et George les suivirent.
Arrivés à la lisière des arbres, ils se retournèrent
pour voir ce qui se passait. La foule des sorciers
était plus nombreuse que jamais. Les
représentants du ministère se frayaient un chemin
parmi la cohue, essayant de s’approcher des
sorciers cagoulés, mais leurs efforts restaient
vains. Ils semblaient avoir peur de lancer un sort
qui puisse provoquer la chute brutale de la famille
Roberts.
Les lanternes colorées qui avaient éclairé le
chemin du stade étaient à présent éteintes. Des
silhouettes sombres trébuchaient parmi les
arbres ; des enfants pleuraient ; des cris angoissés,
des voix paniquées retentissaient autour d’eux
dans l’air froid de la nuit. Harry se sentait poussé
en tous sens par des gens dont il n’arrivait pas à
voir le visage. Puis il entendit Ron lancer un cri de
douleur.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Hermione
d’une voix inquiète en s’arrêtant si brusquement
que Harry la heurta de plein fouet. Ron, où es-tu ?
Oh, c’est idiot… Lumos !
Elle fit jaillir de sa baguette un rayon lumineux
et éclaira le chemin. Ron était étendu de tout son
long par terre.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 193 / 1147
— J’ai trébuché sur une racine, dit-il avec colère
en se relevant.
— Avec des pieds de cette taille, c’est difficile de
faire autrement, dit une voix traînante derrière
eux.
Harry, Ron et Hermione se retournèrent et
virent Drago Malefoy, seul, appuyé contre un
arbre, l’air parfaitement détendu. Les bras croisés,
il avait dû regarder ce qui se passait sur le
camping à l’abri des arbres.
Ron conseilla à Malefoy de faire quelque chose
qu’il n’aurait sûrement pas osé répéter devant
Mrs Weasley, Harry en était convaincu.
— Surveille un peu ton langage, Weasley, dit
Malefoy, une lueur étincelante dans ses yeux pâles.
Vous feriez peut-être mieux de vous dépêcher.
J’imagine que vous n’avez pas envie qu’elle se
fasse repérer.
Il fit un signe de tête en direction d’Hermione.
Au même moment, une détonation aussi puissante
que celle d’une bombe retentit dans le camping et
un éclair de lumière verte illumina brièvement les
arbres qui les entouraient.
— Qu’est-ce que tu veux dire ? lança Hermione
d’un air de défi.
— Granger, je te signale qu’ils sont décidés à
s’en prendre aux Moldus , répondit Malefoy. Tu as

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 194 / 1147
envie de montrer ta culotte en te promenant dans
les airs ? Si c’est ça que tu veux, tu n’as qu’à rester
où tu es… Ils viennent par ici et je suis sûr que ça
nous ferait tous bien rire.
— Hermione est une sorcière, répliqua Harry
avec colère.
— Pense ce que tu voudras, Potter, dit Malefoy
avec un sourire mauvais. Si tu crois qu’ils ne sont
pas capables de repérer une Sang-de-Bourbe,
restez donc ici, tous les trois.
— Fais attention à ce que tu dis ! s’exclama Ron.
Tous savaient que « Sang-de-Bourbe » était une
façon très insultante de désigner une sorcière ou
un sorcier d’ascendance moldue.
— Laisse tomber, Ron, dit précipitamment
Hermione en le retenant par le bras alors qu’il
faisait un pas vers Malefoy.
Une nouvelle explosion, encore plus forte,
retentit de l’autre côté des arbres, provoquant des
hurlements autour d’eux.
Malefoy eut un petit rire.
— Ils ont vite peur, dit-il d’un ton nonchalant.
J’imagine que votre père vous a dit de vous
cacher ? Qu’est-ce qu’il fabrique ? Il essaye d’aider
les Moldus ?
— Et tes parents, où sont-ils ? lança Harry, qui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 195 / 1147
commençait à perdre patience. Là-bas, avec une
cagoule sur la tête, probablement ?
Malefoy, toujours souriant, se tourna vers lui.
— Si c’était vrai, tu penses bien que je ne te le
dirais pas, Potter, tu t’en doutes ?
— Bon, ça suffit, dit Hermione en lançant à
Malefoy un regard dégoûté. Allons rejoindre les
autres.
— Tu ferais mieux d’aller te cacher, avec ta
grosse tête mal coiffée, lança Malefoy d’un ton
méprisant.
— Venez, répéta Hermione, en entraînant
Harry et Ron.
— Je te parie ce que tu veux que son père est là-
bas, avec une cagoule sur la tête ! s’emporta Ron.
— Espérons qu’il se fera prendre par les gens du
ministère, dit Hermione avec fougue. Mais où sont
donc passés les autres ?
Fred, George et Ginny étaient introuvables. Une
foule nombreuse avait cependant envahi le
chemin, tout le monde lançant des regards
inquiets vers le camping, toujours plongé dans le
tumulte.
Un peu plus loin, des vociférations s’élevaient
d’un groupe de jeunes. Lorsqu’ils virent Harry,
Ron et Hermione, une fille aux épais cheveux

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 196 / 1147
bouclés se tourna vers eux.
— Enfin, c’est incroyable ! s’exclama-t-elle.
Qu’est-ce que c’est que cette organisation ? Où est
Madame Maxime ? Nous l’avons perdue ! Faites
quelque chose, voyons !
— Pardon ? dit Ron.
— Il ne comprend rien, celui-là, dit la fille aux
cheveux bouclés en tournant le dos à Ron.
Tandis qu’ils continuaient d’avancer, ils
l’entendirent distinctement parler de
« Potdelard ».
— Beauxbâtons, murmura Hermione.
— Comment ? dit Harry.
— Ils doivent venir de Beauxbâtons. Tu sais,
Beauxbâtons, l’académie de magie… Ce sont des
Français… J’ai lu quelque chose là-dessus dans Le
Guide des écoles de sorcellerie en Europe .
— Ah, oui, d’accord…, dit Harry.
— Fred et George n’ont pas pu aller si loin, dit
Ron.
Il sortit sa baguette magique et l’alluma comme
celle d’Hermione, scrutant le chemin. Harry
fouilla les poches de son blouson à la recherche de
sa propre baguette – mais elle n’y était pas. Il
trouva seulement ses Multiplettes.
— Oh, non ! C’est incroyable !… J’ai perdu ma

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 197 / 1147
baguette !
— Tu plaisantes ? Ron et Hermione levèrent
leurs baguettes pour éclairer le sol un peu plus
loin.
Harry regarda tout autour de lui, mais il ne vit
pas trace de sa baguette magique.
— Tu l’as peut-être laissée dans la tente, dit
Ron.
— Ou alors elle est tombée de ta poche pendant
que tu courais ? suggéra Hermione d’une voix
anxieuse.
— Oui, dit Harry, peut-être…
Jamais il ne se séparait de sa baguette, lorsqu’il
était dans le monde des sorciers, et en être privé
en un moment aussi dramatique lui donnait un
sentiment de vulnérabilité.
Un bruissement les fit sursauter. Ils virent
Winky, l’elfe de maison, sortir des broussailles à
côté d’eux. Elle avait une étrange façon de
marcher, chacun de ses mouvements paraissait
difficile, comme si une main invisible la tirait en
arrière.
— Il y a des mauvais sorciers, ici ! couina-t-elle,
affolée.
Elle se pencha en avant et continua d’avancer à
pas pesants.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 198 / 1147
— Et des gens qui volent très haut dans les
airs… très haut ! Winky ne veut pas rester ici !
Elle disparut alors parmi les arbres, de l’autre
côté du chemin, poussant de petits cris d’une voix
haletante, tandis qu’elle essayait de combattre la
force qui la retenait.
— Qu’est-ce qu’elle a ? dit Ron en la suivant des
yeux d’un regard intrigué. Pourquoi n’arrive-telle
pas à courir normalement ?
— Elle n’a sans doute pas demandé la
permission d’aller se cacher, dit Harry. Il songeait
à Dobby. Chaque fois qu’il essayait de faire
quelque chose qui aurait déplu aux Malefoy, il ne
pouvait s’empêcher de se donner des coups.
— Tu sais, les elfes de maison n’ont pas la vie
facile ! s’exclama Hermione avec indignation. En
fait, c’est de l’esclavage, rien d’autre ! Ce
Mr Croupton l’a obligée à monter tout en haut du
stade alors qu’elle avait le vertige et il l’a
ensorcelée au point qu’elle n’arrive même plus à
courir quand les tentes sont piétinées ! Pourquoi
est-ce que personne ne fait rien contre ça ?
— Bah, les elfes sont heureux de leur sort, non ?
dit Ron. Tu as entendu Winky avant le match…
« Les elfes de maison n’ont pas à s’amuser »…
C’est ça qui lui plaît, obéir…
— C’est à cause de gens comme toi, Ron, que

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 199 / 1147
des systèmes injustes et révoltants continuent
d’exister, s’emporta Hermione, simplement parce
qu’ils sont trop paresseux…
Une nouvelle explosion retentit à la lisière du
bois.
— Si on continuait d’avancer ? suggéra Ron.
Harry vit qu’il regardait Hermione d’un air
inquiet. Peut-être y avait-il du vrai dans ce que
Malefoy avait dit. Peut-être Hermione courait-elle
un plus grand danger qu’eux-mêmes. Ils
repartirent aussitôt, Harry continuant de fouiller
ses poches bien qu’il sût que sa baguette n’y était
pas.
Ils suivirent le chemin obscur qui s’enfonçait
dans le bois, cherchant des yeux Fred, George et
Ginny. Ils passèrent devant un groupe de gobelins
qui se disputaient à grands cris un sac d’or gagné
sans aucun doute en pariant sur le match.
Apparemment, l’agitation qui régnait sur le
camping les laissait indifférents. Plus loin sur le
chemin, Harry, Ron et Hermione traversèrent
soudain une tache de lumière argentée. En
regardant à travers les arbres, ils virent trois
magnifiques Vélanes, debout dans une clairière,
entourées d’une horde de jeunes sorciers qui
parlaient tous très fort.
— Je gagne à peu près cent sacs de Gallions par

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 200 / 1147
an, criait l’un d’eux. Je travaille comme tueur de
dragons auprès de la Commission d’examen des
créatures dangereuses.
— Non, ce n’est pas vrai ! s’exclama son ami, tu
laves la vaisselle au Chaudron Baveur … Moi, je
suis chasseur de vampires, j’en ai tué environ
quatre-vingt-dix jusqu’à maintenant…
Un troisième sorcier, le visage couvert de
boutons nettement visibles, même dans la faible
lueur argentée que répandaient les Vélanes,
intervint à son tour :
— Moi, je vais bientôt devenir le plus jeune
ministre de la Magie qu’on ait jamais connu, vous
allez voir.
Harry étouffa un éclat de rire en reconnaissant
le sorcier boutonneux : il s’appelait Stan Rocade et
était en réalité contrôleur du Magicobus.
Il se tourna vers Ron pour le lui dire, mais le
visage de celui-ci était devenu étrangement flasque
et, un instant plus tard, il se mit à hurler :
— Est-ce que je vous ai dit que j’ai inventé un
balai qui peut voler jusqu’à Jupiter ?
— Non mais vraiment ! répéta Hermione.
Harry et elle saisirent fermement Ron, chacun
par un bras, et l’éloignèrent de force. Lorsque les
voix des Vélanes et de leurs admirateurs se furent
dissipées dans la nuit, Harry, Ron et Hermione

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 201 / 1147
avaient atteint le plein cœur du bois. Ils
semblaient seuls à présent ; tout était beaucoup
plus silencieux.
Harry regarda autour de lui.
— Le mieux, c’est d’attendre ici, dit-il. Si
quelqu’un vient, on l’entendra à des kilomètres.
Il avait à peine fini sa phrase que Ludo Verpey
surgit de derrière un arbre, juste en face d’eux.
Même à la faible lueur des deux baguettes
magiques, Harry remarqua que Verpey avait
considérablement changé. Il semblait avoir perdu
sa joyeuse humeur et son teint rosé. Il marchait à
présent d’un pas lourd, le visage livide et tendu.
— Qui est là ? demanda-t-il en clignant des
yeux pour essayer de les reconnaître. Qu’est-ce
que vous faites ici tout seuls ?
Ils échangèrent un regard surpris.
— C’est la panique, là-bas, dit Ron. Verpey le
regarda fixement.
— Quoi ?
— Sur le camping… Il y a des sorciers masqués
qui ont pris une famille de Moldus…
Verpey lança un juron sonore.
— Les imbéciles ! dit-il, l’air affolé.
Il y eut un simple « pop » et il disparut en
transplanant, sans ajouter un mot.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 202 / 1147
— On ne peut pas dire qu’il soit très efficace,
Verpey, dit Hermione en fronçant les sourcils.
— Peut-être, mais il a été un grand batteur, en
son temps, fit remarquer Ron.
Il les emmena à l’écart du chemin, dans une
petite clairière, et s’assit dans l’herbe, au pied d’un
arbre.
— Les Frelons de Wimbourne ont gagné le
championnat trois fois de suite quand il jouait
avec eux.
Il sortit de sa poche sa petite figurine
représentant Krum, la posa par terre et la regarda
marcher de long en large. À l’image du vrai Krum,
la figurine avait les pieds légèrement écartés, le
dos rond et paraissait beaucoup moins
impressionnante sur le sol qu’en plein vol sur un
balai. Harry tendait l’oreille pour essayer
d’entendre ce qui se passait du côté du camping.
Tout paraissait silencieux. L’émeute était peut-être
terminée.
— J’espère que les autres n’ont pas eu d’ennuis,
dit Hermione au bout d’un moment.
— Je ne m’inquiète pas pour eux, assura Ron.
— Imagine que ton père prenne Lucius Malefoy
sur le fait, dit Harry en s’asseyant à côté de lui
pour regarder la figurine de Krum se promener sur
les feuilles mortes de sa démarche de canard. Il a

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 203 / 1147
toujours dit qu’il aimerait bien le coincer.
— Drago rigolerait beaucoup moins, c’est sûr,
dit Ron.
— Ces pauvres Moldus, quand même…,
s’inquiéta Hermione. Qu’est-ce qui va se passer
s’ils n’arrivent pas à les faire redescendre ?
— Ils y arriveront, la rassura Ron. Ils
trouveront bien un moyen.
— C’est vraiment fou de faire une chose pareille
alors que tous les gens du ministère sont là !
s’exclama Hermione. Ils ne s’imaginent quand
même pas qu’ils vont pouvoir s’en tirer comme
ça ? Tu crois qu’ils ont trop bu ou simplement
que… ?
Elle s’interrompit soudain et regarda par-
dessus son épaule. Harry et Ron se retournèrent
également. On aurait dit que quelqu’un avançait
vers eux en titubant. Ils attendirent, écoutant les
bruits de pas irréguliers qui provenaient de
derrière les arbres plongés dans l’obscurité.
Soudain, les pas s’arrêtèrent.
— Il y a quelqu’un ? cria Harry.
Personne ne répondit. Harry se releva et
regarda de l’autre côté du tronc d’arbre. Il faisait
trop sombre pour voir très loin, mais il sentait la
présence de quelqu’un, tapi dans l’ombre, au-delà
de son champ de vision.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 204 / 1147
— Qui est là ? demanda-t-il.
Puis, brusquement, sans le moindre
avertissement, une voix très différente de celles
qu’ils avaient entendues s’élever dans les bois
déchira le silence. Cette fois, ce ne fut pas un cri de
panique qui retentit, mais quelque chose qui
ressemblait à un sortilège :
— MORSMORDRE !
Une forme immense, verte et brillante, jaillit
alors de l’obscurité, s’envola au-dessus des arbres,
et monta vers le ciel.
— Qu’est-ce que… ? balbutia Ron en se relevant
d’un bond, le regard fixé sur la chose qui venait
d’apparaître.
Pendant une fraction de seconde, Harry pensa
qu’il s’agissait d’un autre vol de farfadets. Puis il
s’aperçut que la forme représentait une
gigantesque tête de mort, composée de petites
lumières semblables à des étoiles d’émeraude,
avec un serpent qui sortait de la bouche, comme
une langue. Sous leur regard stupéfait, la tête de
mort s’éleva de plus en plus haut, étincelant dans
un halo de fumée verdâtre, se découpant sur le ciel
noir comme une nouvelle constellation.
Et soudain, une explosion de cris retentit dans
le bois alentour. Harry ne comprit pas pourquoi,
mais seule la brusque apparition de la tête de mort

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 205 / 1147
pouvait avoir déclenché tous ces hurlements. La
forme verte s’était élevée suffisamment haut à
présent pour illuminer le bois tout entier, telle une
sinistre enseigne au néon. Harry regarda parmi les
arbres pour essayer d’apercevoir celui qui avait fait
surgir la tête de mort, mais il ne vit personne.
— Qui est là ? cria-t-il à nouveau.
— Harry, viens, dépêche-toi !
Hermione l’avait attrapé par le dos de son
blouson et le tirait en arrière.
— Qu’est-ce qu’il y a ? s’étonna Harry, surpris
par la pâleur de son visage et son expression
terrifiée.
— C’est la Marque des Ténèbres, Harry ! gémit
Hermione en le tirant vers elle de toutes ses forces.
Le signe de Tu-Sais-Qui !
— Voldemort ? …
— Harry, viens !
Harry se retourna. Ron se hâta de ramasser sa
figurine et tous trois s’enfuirent en courant. Mais à
peine avaient-ils fait quelques pas qu’une
vingtaine de sorciers surgirent de nulle part, dans
une série de détonations, et les encerclèrent
aussitôt. Tournant sur lui-même, Harry s’aperçut
en une fraction de seconde que chacun des
sorciers pointait sa baguette magique sur eux.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 206 / 1147
— BAISSEZ-VOUS ! s’écria-t-il.
— STUPEFIX ! rugirent en même temps les
vingt sorciers.
Il y eut une série d’éclairs aveuglants et Harry
sentit ses cheveux s’ébouriffer comme si une
puissante bourrasque venait de balayer la clairière.
Relevant la tête de quelques millimètres, il vit des
traits de lumière rouge feu jaillir des baguettes
magiques et voler au-dessus d’eux en se croisant
les uns les autres pour aller rebondir sur les troncs
d’arbres et se perdre dans l’obscurité des sous-
bois.
— Arrêtez ! hurla une voix que Harry reconnut
aussitôt. ARRÊTEZ ! C’est mon fils !
Le souffle qui agitait les cheveux de Harry
s’évanouit. Il releva la tête un peu plus haut. Le
sorcier qui lui faisait face avait abaissé sa baguette
magique. Harry roula sur lui-même et vit
Mr Weasley qui s’avançait vers eux à grands pas,
l’air terrifié.
— Ron… Harry… Hermione… Vous n’avez
rien ? Sa voix tremblait.
— Écartez-vous, Arthur, dit une voix sèche et
glaciale.
C’était Mr Croupton. Accompagné d’autres
sorciers du ministère, il s’avançait vers eux. Harry
se releva pour leur faire face. Le visage de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 207 / 1147
Mr Croupton était crispé par la rage.
— Lequel d’entre vous a fait ça ? lança-t-il d’un
ton sec, son regard aigu allant de l’un à l’autre.
Lequel d’entre vous a fait apparaître la Marque des
Ténèbres ?
— Ce n’est pas nous ! protesta Harry.
— On n’a rien fait du tout ! dit Ron qui se
frottait le coude et regardait son père d’un air
indigné. Pourquoi nous avez-vous attaqués ?
— Ne mentez pas, jeune homme ! s’écria
Mr Croupton.
Il pointait toujours sa baguette magique sur
Ron et les yeux lui sortaient de la tête, lui donnant
l’air un peu fou.
— Vous avez été pris sur les lieux du crime !
— Barty, murmura une sorcière vêtue d’une
longue robe de soirée, ils sont trop jeunes. Voyons,
Barty, jamais ils ne seraient capables de…
— D’où est sortie la Marque ? demanda
précipitamment Mr Weasley.
— De là-bas, répondit Hermione d’un ton
tremblant, en montrant l’endroit d’où s’était élevée
la voix. Il y avait quelqu’un derrière les arbres… Il
a prononcé un mot… Une incantation…
— Quelqu’un qui se trouvait là-bas ? Vraiment ?
dit Mr Croupton en tournant ses yeux exorbités

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 208 / 1147
vers Hermione, avec une expression de totale
incrédulité. Et il a prononcé une incantation, c’est
bien cela ? Vous me semblez très bien informée
sur la façon de faire apparaître la Marque,
mademoiselle…
Mais apparemment, en dehors de Mr Croupton,
aucun autre sorcier du ministère n’estimait
vraisemblable que Harry, Ron ou Hermione ait pu
faire surgir la tête de mort. Au contraire, en
entendant ce qu’avait dit Hermione, ils avaient
levé à nouveau leurs baguettes magiques et les
avaient pointées dans la direction indiquée,
scrutant les arbres.
— Nous sommes arrivés trop tard, dit la
sorcière en robe de soirée. Ils ont tous transplané.
— Je ne crois pas, répliqua un sorcier avec une
barbe sombre et hirsute.
C’était Amos Diggory, le père de Cedric.
— Nos éclairs de stupéfixion sont passés à
travers ces arbres… Il y a de bonnes chances pour
qu’ils aient touché quelqu’un…
— Amos, fais attention ! s’exclamèrent
quelques-uns de ses collègues d’un ton alarmé.
Il attrapa les deux autres par la manche et les
projeta à terre.
Mais Amos Diggory rentra la tête dans les
épaules, leva sa baguette magique et traversa la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 209 / 1147
clairière d’un pas décidé. Les mains sur la bouche,
Hermione le regarda disparaître parmi les arbres.
Quelques instants plus tard, ils entendirent
Mr Diggory pousser un cri.
— Oui, on les a eus ! Il y a quelqu’un, ici !
Évanoui ! C’est… Ma parole…
— Vous avez attrapé quelqu’un ? s’exclama
Mr Croupton qui ne semblait pas du tout y croire.
Qui ? De qui s’agit-il ?
Ils entendirent des branches craquer, un
bruissement de feuilles, puis les pas de Mr Diggory
qui ressortait du bois. Il portait dans ses bras une
minuscule silhouette inanimée Harry reconnut
aussitôt le torchon à vaisselle. C’était Winky.
Mr Croupton ne fit pas un geste, ne dit pas un
mot, lorsque Mr Diggory déposa son elfe à ses
pieds. Les autres sorciers du ministère avaient
tous les yeux fixés sur Mr Croupton. Pendant
quelques instants, celui-ci resta stupéfait, le visage
livide, son regard étincelant posé sur Winky. Puis
il sembla revenir à la vie.
— Ce… n’est… pas… possible, dit-il d’une voix
hachée. Non…
Il contourna Mr Diggory et s’avança à grands
pas vers l’endroit où il avait découvert Winky.
— Inutile, Mr Croupton, cria Mr Diggory. Il n’y

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 210 / 1147
a personne d’autre, là-bas.
Mais Mr Croupton semblait décidé à vérifier
par lui-même. Ils l’entendaient s’affairer derrière
les arbres, chercher dans les buissons en écartant
les branches.
— C’est un peu embarrassant, dit Mr Diggory
d’un air sombre, en regardant la silhouette
toujours inanimée de Winky. L’elfe de maison de
Barty Croupton… Je dois dire que…
— Allons, l’interrompit Mr Weasley à voix
basse, tu ne crois tout de même pas que c’est l’elfe
qui a fait ça ? La Marque des Ténèbres est un signe
de sorcier. Il faut une baguette magique pour la
faire apparaître.
— Oui, dit Mr Diggory, et elle en avait une.
— Quoi ? s’exclama Mr Weasley.
— Regarde.
Mr Diggory lui montra une baguette magique.
— Elle l’avait à la main, dit-il. Ce qui viole
l’article trois du Code d’utilisation des baguettes
magiques. Aucune créature non humaine n’est
autorisée à détenir une baguette magique .
À cet instant, il y eut une autre détonation et
Ludo Verpey apparut en transplanant juste à côté
de Mr Weasley. Essoufflé et désorienté, il tourna
sur place, levant ses yeux ronds vers la tête de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 211 / 1147
mort couleur d’émeraude.
— La Marque des Ténèbres ! haleta-t-il en
manquant de trébucher sur le corps inerte de
Winky. Qui a fait ça ? demanda-t-il à ses collègues.
Vous les avez attrapés ? Barty ! Qu’est-ce qui se
passe ?
Mr Croupton était revenu bredouille. Il avait
toujours une pâleur de spectre. Ses mains et sa
moustache étaient agitées de tics.
— Où étiez-vous passé, Barty ? demanda
Verpey. Pourquoi n’avez-vous pas assisté au
match ? Votre elfe vous avait gardé une place,
pourtant… Sac à gargouilles !
Verpey venait seulement de remarquer Winky,
allongée à ses pieds.
— Qu’est-ce qui lui est arrivé ?
— J’ai eu beaucoup de choses à faire, Ludo,
répondit Mr Croupton, qui parlait de la même
façon hachée en remuant à peine les lèvres. Quant
à mon elfe, elle a été stupéfixée.
— Stupéfixée ? Vous voulez dire… par vous
tous ? Mais pourquoi ?
L’expression du visage rond et luisant de
Verpey indiqua qu’il venait enfin de comprendre.
Il leva les yeux vers la tête de mort, puis regarda
Winky et enfin Mr Croupton.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 212 / 1147
— Non ! s’exclama-t-il. Winky ? Faire
apparaître la Marque des Ténèbres ? Elle en serait
incapable ! D’abord, il lui faudrait une baguette
magique !
— Elle en avait une, dit Mr Diggory. Quand je
l’ai trouvée, elle avait une baguette à la main,
Ludo. Si vous êtes d’accord, Mr Croupton, je pense
que nous pourrions écouter ce qu’elle a à dire.
Mr Croupton n’eut aucune réaction, et
Mr Diggory interpréta son silence comme une
approbation. Il leva sa baguette, la pointa sur
Winky et dit :
— Enervatum !
Winky remua faiblement. Elle ouvrit ses grands
yeux marron et battit des paupières à plusieurs
reprises, l’air hébété. Sous le regard des sorciers
silencieux, elle se redressa en position assise, le
corps tremblant. Elle vit alors les pieds de
Mr Diggory et, lentement, avec une expression
craintive, elle leva les yeux vers son visage. Puis,
encore plus lentement, elle regarda vers le ciel.
Harry vit la tête de mort gigantesque se refléter
deux fois dans ses énormes yeux vitreux. Elle
étouffa une exclamation, regarda tout autour d’elle
la clairière pleine de monde et éclata en sanglots
terrifiés.
— Elfe ! dit Mr Diggory d’un ton grave. Sais-tu

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 213 / 1147
qui je suis ? Je fais partie du Département de
contrôle et de régulation des créatures magiques !
Toujours assise par terre, Winky se mit à se
balancer d’avant en arrière, la respiration
saccadée. En la voyant, Harry ne put s’empêcher
de penser à Dobby, que sa propre désobéissance
remplissait de terreur.
— Comme tu le vois, elfe, la Marque des
Ténèbres est apparue tout à l’heure, reprit
Mr Diggory. Et on t’a trouvée juste en dessous
quelques instants plus tard ! Alors ? Explication,
s’il te plaît !
— Ce… ce… ce… n’est pas moi, monsieur !
balbutia Winky. Je ne sais pas le faire, monsieur !
Mr Diggory brandit une baguette magique
devant Winky.
— Tu avais cette baguette à la main quand on
t’a trouvée ! aboya-t-il.
La lumière verte qui émanait de la tête de mort
éclaira alors la baguette magique et Harry la
reconnut aussitôt.
— Hé ! Mais c’est la mienne ! s’exclama-t-il.
Tous les regards se tournèrent vers lui.
— Pardon ? dit Mr Diggory, incrédule.
— C’est ma baguette, assura Harry. Elle était
tombée de ma poche !

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 214 / 1147
— Tombée de ta poche ? répéta Mr Diggory,
stupéfait. S’agit-il d’un aveu ? Tu l’as jetée après
avoir fait apparaître la Marque ?
— Amos, souviens-toi à qui tu parles ! intervint
Mr Weasley avec fureur. Est-ce que Harry Potter
ferait apparaître la Marque des Ténèbres ?
— Heu… Non, bien sûr, marmonna Mr Diggory.
Désolé… Je me suis laissé emporter.
— De toute façon, ce n’est pas là que je l’ai
perdue, dit Harry en montrant du pouce les arbres
qui s’étendaient sous la tête de mort. Je me suis
aperçu de sa disparition juste après être entré
dans le bois.
— Alors, reprit Mr Diggory, en posant un
regard sévère sur Winky, recroquevillée à ses
pieds, tu as donc trouvé cette baguette, n’est-ce
pas, elfe ? Tu l’as ramassée et tu as pensé que tu
allais pouvoir t’amuser avec, c’est bien ça ?
— Je n’ai pas fait de magie, monsieur ! couina
Winky, des larmes coulant de chaque côté de son
gros nez écrasé. Je l’ai… je l’ai… je l’ai simplement
ramassée, monsieur ! Ce n’est pas moi, la Marque
des Ténèbres, monsieur, je ne sais pas le faire !
— Ce n’est pas elle ! affirma Hermione.
Elle avait l’air intimidée devant tous ces
sorciers du ministère, mais elle était décidée à
parler coûte que coûte.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 215 / 1147
— Winky a une petite voix aiguë or, la voix que
nous avons entendue prononcer l’incantation était
beaucoup plus grave !
Elle se tourna vers Harry et Ron pour les
appeler à la rescousse.
— Ce ne pouvait pas être la voix de Winky, vous
l’avez entendue comme moi ?
— C’est vrai, ce n’était pas une voix d’elfe,
approuva Harry en hochant la tête.
— C’était une voix humaine, assura Ron.
— Nous allons voir cela, grogna Mr Diggory qui
ne semblait pas impressionné. Il existe un moyen
très simple de savoir quel est le dernier sortilège
qu’a lancé une baguette magique, elfe, tu le
savais ?
Winky fut secouée de tremblements et hocha
frénétiquement la tête, ses oreilles battant comme
des ailes, tandis que Mr Diggory levait sa baguette
magique et la mettait bout à bout contre celle de
Harry.
— Prior Incanto ! rugit Amos Diggory.
Harry entendit Hermione étouffer un cri
d’horreur lorsqu’une gigantesque tête de mort à
langue de serpent jaillit à la jonction des deux
baguettes, pourtant ce n’était qu’une pâle réplique
de la tête de mort verdâtre qui flottait au-dessus
d’eux. On aurait dit qu’elle était constituée d’une

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 216 / 1147
épaisse fumée grise, comme un fantôme de
sortilège.
— Destructum ! s’écria Mr Diggory.
Et la tête de mort se dissipa aussitôt dans une
volute de fumée.
— Alors ? dit Mr Diggory d’un ton brutal et
triomphant en regardant Winky, toujours agitée
de tremblements convulsifs.
— Ce n’est pas moi ! cria-t-elle de sa petite voix
aiguë, en roulant des yeux terrifiés. Je ne sais pas,
je ne sais pas, je ne sais pas le faire ! Je suis une
bonne elfe, je n’ai pas de baguette magique, je ne
sais pas le faire !
— Tu as été prise la main dans le sac, elfe !
gronda Mr Diggory. Avec la baguette fautive à la
main !
— Amos, dit Mr Weasley d’une voix forte.
Réfléchis un peu… Il n’y a que très peu de sorciers
qui savent jeter un tel maléfice… Où aurait-elle
appris à le faire ?
— Amos insinue peut-être, intervint
Mr Croupton en détachant chaque syllabe sur un
ton de colère froide, que j’ai coutume d’enseigner à
mes serviteurs comment faire apparaître la
Marque des Ténèbres ?
Un silence particulièrement gênant s’installa.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 217 / 1147
Amos Diggory parut horrifié.
— Mr Croupton, voyons, ce n’est pas cela du
tout…
— Vous avez été tout près d’accuser les deux
personnes parmi nous qui sont le moins
susceptibles de faire apparaître cette Marque !
rugit Mr Croupton. Harry Potter… et moi-même !
J’imagine que vous connaissez l’histoire de ce
garçon, Amos ?
— Bien sûr, tout le monde la connaît,
marmonna Mr Diggory, d’un air déconfit.
— Et je ne doute pas que vous gardez en
mémoire les nombreuses preuves que j’ai données,
au cours d’une longue carrière, du mépris et de
l’aversion que m’inspirent la magie noire et ceux
qui la pratiquent ? s’écria Mr Croupton, les yeux à
nouveau exorbités.
— Mr Croupton, je… je n’ai jamais laissé
entendre que vous aviez quoi que ce soit à voir
avec tout cela ! balbutia Amos Diggory qui
rougissait sous sa barbe hirsute.
— Si vous accusez mon elfe, c’est moi que vous
accusez, Diggory ! s’exclama Mr Croupton. Où
donc aurait-elle pu apprendre à faire une chose
pareille ?
— Elle… elle aurait pu trouver ça n’importe
où …

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 218 / 1147
— Précisément, Amos, répliqua Mr Croupton,
elle aurait pu trouver ça n’importe où… Winky ?
demanda-t-il avec douceur, mais l’elfe se
recroquevilla comme si lui aussi avait crié contre
elle. Où exactement as-tu trouvé la baguette
magique de Harry Potter ?
Winky tordait l’ourlet de son torchon avec tant
de force qu’il s’effilochait entre ses doigts.
— Je… je l’ai trouvée… là-bas, monsieur,
murmura-t-elle. Dans… dans les arbres,
monsieur…
— Tu vois bien, Amos ? dit Mr Weasley. Celui
qui a fait surgir la Marque aurait très bien pu
disparaître en transplanant et laisser la baguette
de Harry sur place. C’était habile pour le coupable
d’utiliser une autre baguette magique que la
sienne. Et Winky a eu la malchance de trouver
cette baguette tout de suite après.
— Mais dans ce cas, elle devait être à quelques
mètres du vrai coupable ! s’exclama Mr Diggory
d’un ton impatient. Elfe ! As-tu vu quelqu’un ?
Winky se mit à trembler plus violemment que
jamais. Ses yeux immenses papillonnèrent de
Mr Diggory à Ludo Verpey, puis se tournèrent vers
Mr Croupton.
Elle avala avec difficulté, avant de répondre :
— Je… je n’ai vu personne, monsieur…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 219 / 1147
personne…
— Amos, dit Mr Croupton d’un ton sec, je sais
parfaitement que, conformément à la procédure
normale, vous souhaiteriez emmener Winky dans
votre département pour lui faire subir un
interrogatoire. Mais je vous demande de me
laisser le soin de m’en occuper moi-même.
Mr Diggory n’avait pas l’air enchanté par cette
proposition, mais Harry vit clairement que
l’importance de Mr Croupton dans la hiérarchie
du ministère lui interdisait de la refuser.
— Vous pouvez être certain qu’elle sera
sanctionnée, assura Mr Croupton d’une voix
glaciale.
— Mmmaître …, bredouilla Winky en levant vers
Mr Croupton des yeux larmoyants. Mmmaître,
sss’il vous plaît…
Mr Croupton la regarda à son tour, le visage
durci, comme si chacun de ses traits s’était
brusquement accentué. Il n’y avait aucune pitié
dans ses yeux.
— Winky s’est conduite ce soir d’une manière
que je n’aurais pas crue possible, déclara-t-il avec
lenteur. Je lui avais dit de rester sous la tente. Je
lui avais dit de ne pas bouger pendant que je
m’occupais de rétablir l’ordre. Et je m’aperçois
qu’elle m’a désobéi. Cela signifie qu’elle va

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 220 / 1147
recevoir des vêtements.
— Non ! hurla Winky de sa petite voix suraiguë,
en se prosternant aux pieds de Mr Croupton. Non,
maître ! Pas de vêtements ! Pas de vêtements !
Harry savait que la seule façon d’accorder la
liberté à un elfe de maison consistait à lui offrir
des vêtements normaux et il était impossible de ne
pas ressentir de la pitié pour Winky en la voyant se
cramponner à son torchon et sangloter aux pieds
de Mr Croupton.
— Elle a eu peur ! C’est pour ça qu’elle est
partie ! s’écria Hermione avec colère en lançant à
Mr Croupton un regard indigné. Votre elfe a le
vertige et ces sorciers masqués faisaient léviter
leurs victimes ! Vous ne pouvez pas lui reprocher
d’avoir voulu s’enfuir !
Mr Croupton fit un pas en arrière pour se
dégager de Winky et la contempla avec mépris,
comme s’il s’était agi d’une immondice qui
menaçait de salir ses chaussures trop bien cirées.
— Je n’ai pas besoin d’un elfe de maison qui me
désobéit, dit-il avec froideur en tournant son
regard vers Hermione. Je n’ai que faire d’une
servante qui oublie ses devoirs envers son maître
et ne se soucie pas de sa réputation.
— Si personne n’y voit d’inconvénient, je crois
que je vais retourner à ma tente, dit-il à voix basse.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 221 / 1147
Amos, nous n’avons plus rien à apprendre de cette
baguette magique… Si tu voulais bien la rendre à
Harry…
Mr Diggory tendit sa baguette à Harry qui la
glissa dans sa poche.
— Venez, tous les trois, dit Mr Weasley,
toujours à voix basse.
Mais Hermione n’avait pas l’air de vouloir
bouger. Elle n’arrivait pas à détacher son regard
de l’elfe qui continuait à sangloter.
— Hermione ! dit Mr Weasley d’un ton plus
pressant.
Elle tourna enfin les talons et suivit Ron et
Harry parmi les arbres.
— Que va-t-il arriver à Winky ? s’inquiéta
Hermione dès qu’ils eurent quitté la clairière.
— Je n’en sais rien, répondit Mr Weasley.
— La façon dont ils l’ont traitée ! s’emporta
Hermione. Mr Diggory qui l’appelait tout le temps
« elfe »… Et Mr Croupton ! Il sait parfaitement
que ce n’est pas elle la coupable mais il veut quand
même la renvoyer ! Il s’en fiche qu’elle ait eu peur,
qu’elle soit bouleversée… C’est comme si elle
n’était pas humaine !
— Justement, elle ne l’est pas, fit remarquer
Ron. Hermione se tourna vers lui.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 222 / 1147
— Ça ne veut pas dire qu’elle n’a pas de
sensibilité, Ron. C’est répugnant de voir
comment…
— Hermione, je suis d’accord avec toi, dit
précipitamment Mr Weasley en lui faisant signe de
continuer à avancer. Mais ce n’est pas le moment
de parler des droits des elfes. Je voudrais que nous
retournions dans nos tentes aussi vite que
possible. Qu’est-il arrivé aux autres ?
— On les a perdus dans le noir, répondit Ron.
Papa, pourquoi est-ce que tout le monde était
tellement crispé à cause de cette tête de mort ?
— Je vous expliquerai tout ça quand nous
serons sous la tente, dit Mr Weasley, l’air tendu.
Mais lorsqu’ils eurent atteint la lisière du bois,
il leur fut impossible d’aller plus loin. Une foule
nombreuse de sorcières et de sorciers visiblement
terrifiés s’était rassemblée là, et plusieurs d’entre
eux se précipitèrent aussitôt sur Mr Weasley.
— Qu’est-ce qui se passe là-bas ? Qui l’a fait
apparaître ? Arthur, ce n’est quand même pas…
Winky pleurait si fort que ses sanglots
résonnaient dans toute la clairière.
Le silence très désagréable qui suivit fut rompu
par Mr Weasley.
— Bien sûr que non, ce n’est pas lui, répliqua
Mr Weasley d’un ton agacé. Nous ne savons pas

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 223 / 1147
qui c’est, il semble que le coupable ait transplané.
En tout cas, rassurez-vous, personne n’a été
blessé. Et maintenant, excusez-moi, mais
j’aimerais bien aller me coucher.
Suivi de Harry, Ron et Hermione, il se fraya un
chemin parmi la foule et retourna sur le terrain de
camping. Tout était paisible, à présent. Il n’y avait
plus trace des sorciers masqués, mais plusieurs
tentes ravagées par les flammes laissaient encore
échapper des filets de fumée.
La tête de Charlie apparut sous l’auvent de la
tente des garçons.
— Papa, qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il.
Fred, George et Ginny sont rentrés, mais les
autres…
— Ils sont avec moi, le rassura Mr Weasley en
se penchant pour entrer dans la tente.
Harry, Ron et Hermione le suivirent à
l’intérieur. Bill était assis devant la petite table de
camping, tenant un drap autour de son bras qui
saignait abondamment. La chemise de Charlie
était déchirée et Percy saignait du nez. Fred,
George et Ginny semblaient indemnes, mais
secoués.
— Vous l’avez attrapé ? demanda aussitôt Bill.
Celui qui a fait apparaître la Marque ?
— Non, répondit Mr Weasley. On a trouvé l’elfe

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 224 / 1147
de Mr Croupton avec la baguette de Harry à la
main, mais on n’en sait pas plus sur l’identité du
coupable.
— Quoi ? s’exclamèrent d’une même voix Bill,
Charlie et Percy.
— La baguette de Harry ? dit Fred.
— L’elfe de Mr Croupton ? s’écria Percy, comme
frappé par la foudre.
Avec l’aide de Harry, Ron et Hermione,
Mr Weasley leur expliqua ce qui s’était passé dans
le bois. Lorsqu’ils eurent raconté toute l’histoire,
Percy se gonfla d’indignation.
— Mr Croupton a parfaitement raison de se
débarrasser d’un elfe comme ça ! dit-il. S’enfuir
alors qu’il lui avait donné l’ordre de ne pas
bouger… Le mettre dans l’embarras devant les
membres du ministère… Imaginez le scandale si
elle avait dû être interrogée par le Département de
contrôle et de régulation…
— Elle n’a rien fait du tout ! Elle était
simplement au mauvais endroit au mauvais
moment ! l’interrompit sèchement Hermione.
Percy parut interloqué. Hermione s’était
toujours bien entendue avec lui – beaucoup mieux
que les autres.
— Hermione, un sorcier de son niveau ne peut
se permettre d’avoir un elfe de maison qui se met à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 225 / 1147
faire n’importe quelle folie avec une baguette
magique ! répondit Percy en reprenant son air
important.
— Elle n’a fait aucune folie ! s’écria Hermione.
Elle a simplement ramassé la baguette !
— Est-ce que quelqu’un pourrait enfin nous
expliquer ce que signifie cette tête de mort ?
s’impatienta Ron. Elle n’a fait de mal à personne…
Pourquoi tout ce tremblement ?
— Je t’ai dit que c’est le symbole de Tu-Sais-
Qui, Ron, répondit Hermione avant que
quiconque ait pu prononcer un mot. J’ai lu ça dans
Grandeur et décadence de la magie noire .
— Et ça fait treize ans qu’on ne l’avait pas vue,
dit Mr Weasley à voix basse. Rien d’étonnant à ce
que tout le monde ait été pris de panique… C’est
comme si on avait vu Vous-Savez-Qui revenir.
— Je ne comprends pas, dit Ron en fronçant les
sourcils. Après tout… ce n’est qu’une forme dans le
ciel…
— Ron, il faut que tu saches que les fidèles de
Tu-Sais-Qui faisaient apparaître la Marque des
Ténèbres chaque fois qu’ils tuaient quelqu’un, dit
Mr Weasley. Tu n’as pas idée de la terreur qu’elle
inspirait… Tu es trop jeune. Imagine que tu
rentres chez toi et que tu voies la Marque des
Ténèbres flotter au-dessus de ta maison en

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 226 / 1147
sachant ce que tu vas trouver à l’intérieur…
Mr Weasley fit une grimace.
— C’était la pire terreur de tout le monde… La
pire…
Il y eut un moment de silence.
Puis Bill enleva le drap qui lui entourait le bras
pour jeter un coup d’œil à sa blessure et dit :
— En tout cas, celui qui l’a fait apparaître ne
nous a pas aidés. Dès qu’ils l’ont vue, les
Mangemorts ont été terrorisés. Ils ont tous
transplané sans qu’on ait eu le temps d’en
démasquer un seul. Mais on a réussi à rattraper la
famille Roberts avant qu’elle tombe par terre. On
est en train de leur faire subir des sortilèges
d’Amnésie.
— Les Mangemorts ? s’étonna Harry. Qu’est-ce
que c’est que ça, les Mangemorts ?
— C’est le nom que se donnaient les partisans
de Tu-Sais-Qui, répondit Bill. Ce soir, on a vu les
derniers d’entre eux. Ceux qui ont réussi à ne pas
se faire enfermer à Azkaban.
— On n’a aucune preuve que c’était eux, Bill, dit
Mr Weasley. Mais c’est sûrement vrai, ajouta-t-il
d’un ton désenchanté.
— Ça, j’en suis sûr ! dit soudain Ron. On a
rencontré Drago Malefoy dans le bois et il a

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 227 / 1147
presque avoué que son père était un des cinglés en
cagoules ! D’ailleurs, on sait bien que les Malefoy
étaient du côté de Vous-Savez-Qui !
— Mais qu’est-ce que cherchaient les partisans
de Voldemort… commença Harry.
Tout le monde tressaillit. Comme la plupart des
sorciers, les Weasley évitaient toujours de
prononcer le nom de Voldemort.
— Désolé, dit précipitamment Harry. Qu’est-ce
que cherchaient les partisans de Vous-Savez-Qui
en faisant léviter des Moldus ? À quoi ça pouvait
bien leur servir ?
— Leur servir ? dit Mr Weasley avec un rire
sans joie. C’est leur façon de se distraire, Harry. La
moitié des meurtres de Moldus qui ont eu lieu
lorsque Tu-Sais-Qui était au pouvoir ont été
commis par simple amusement. Ce soir, ils ont dû
boire un peu trop et n’ont pas pu résister au plaisir
de nous faire savoir qu’ils sont toujours là, en
liberté. Pour eux, c’était une agréable petite
réunion entre amis, conclut-il avec dégoût.
— Mais si c’étaient eux, les Mangemorts,
pourquoi ont-ils transplané en voyant la Marque
des Ténèbres ? s’étonna Ron. Ils auraient dû être
contents de la voir, au contraire.
— Fais un peu fonctionner ta cervelle, Ron, dit
Bill. Les Mangemorts ont eu beaucoup de mal à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 228 / 1147
éviter de se retrouver à Azkaban quand Tu-Sais-
Qui a perdu le pouvoir. Ils ont raconté toutes
sortes de mensonges en prétendant que c’était lui
qui les obligeait à tuer et à répandre la souffrance.
J’imagine qu’ils auraient encore plus peur que
nous de le voir revenir. Ils ont toujours nié leurs
liens avec lui lorsqu’il a été privé de ses pouvoirs et
qu’ils ont dû retourner à leur vie quotidienne…
Donc, ça m’étonnerait qu’il soit très content d’eux,
tu comprends ?
— Mais alors… celui qui a fait apparaître la
Marque des Ténèbres, dit lentement Hermione,
voulait-il manifester sa sympathie aux
Mangemorts ou leur faire peur ?
— Nous n’en savons pas plus que toi,
Hermione, répondit Mr Weasley. Une chose est
sûre, en tout cas : seuls les Mangemorts savaient
faire apparaître la Marque des Ténèbres. Je serais
très étonné que le coupable n’ait pas été lui-même
un Mangemort à un moment de sa vie, même s’il
ne l’est plus… Écoute-moi, maintenant, il est très
tard et si jamais Molly apprend ce qui s’est passé,
elle va se faire un sang d’encre. Nous allons dormir
quelques heures et nous essayerons d’attraper un
Portoloin demain matin de bonne heure pour
rentrer à la maison.
Harry retourna dans son lit, l’esprit en

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 229 / 1147
effervescence. Il savait qu’il aurait dû être épuisé :
il était près de trois heures du matin. Mais il se
sentait parfaitement éveillé – éveillé et inquiet.
Trois jours plus tôt – on aurait dit qu’il s’était
passé plus de temps, mais trois jours seulement
s’étaient écoulés –, une douleur à sa cicatrice
l’avait réveillé brusquement. Et ce soir, pour la
première fois depuis treize ans, la Marque de Lord
Voldemort était apparue dans le ciel. Que signifiait
tout cela ?
Il repensa à la lettre qu’il avait écrite à Sirius
avant de quitter Privet Drive. L’avait-il déjà
reçue ? Quand y répondrait-il ? Harry resta étendu
à contempler la toile de la tente mais, à présent, il
ne s’imaginait plus en train de faire des prouesses
sur un balai volant, et ce fut longtemps après que
Charlie eut commencé à ronfler qu’il finit enfin par
s’endormir.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 230 / 1147
10
T EMPÊTE AU MINISTÈRE
ls n’avaient dormi que quelques heures
lorsque Mr Weasley les réveilla. Il eut
recours à la magie pour démonter et plier les
tentes et ils se hâtèrent de quitter le camping,
passant devant Mr Roberts, debout à la porte de sa
maisonnette. Mr Roberts avait un étrange regard
hébété et il les salua d’un geste de la main en
murmurant un vague « Joyeux Noël ».I
— Il va se remettre, assura Mr Weasley à voix
basse tandis qu’ils s’avançaient sur la lande.
Parfois, quand on modifie les souvenirs d’une
personne, elle est un peu désorientée pendant
quelques temps… Et c’était très difficile de lui faire
oublier une chose pareille.
En approchant de l’endroit où se trouvait le
Portoloin, ils entendirent des voix affolées et
virent une foule de sorcières et de sorciers
rassemblés autour de Basil, le responsable des
transports : tous exigeaient de partir le plus vite

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 231 / 1147
possible. Mr Weasley eut une rapide conversation
avec Basil ; ils rejoignirent ensuite la file d’attente
et un vieux pneu usé les ramena sur la colline de
Têtafouine avant le lever du soleil. Dans la lumière
de l’aube, ils traversèrent le village de Loutry Ste
Chaspoule en direction du Terrier. Ils étaient trop
épuisés pour parler et ne pensaient plus qu’à
s’asseoir devant un bon petit déjeuner. Lorsqu’ils
eurent franchi la dernière courbe que décrivait le
chemin de terre humide avant d’arriver chez eux,
ils entendirent un grand cri.
— Oh, merci, merci, au nom du ciel, merci !
Mrs Weasley, qui les avait attendus devant la
maison, se précipita vers eux, encore chaussée de
ses pantoufles, le teint pâle, les traits tirés, la main
crispée sur un exemplaire froissé de La Gazette du
sorcier .
— Arthur ! J’étais si inquiète ! Si inquiète !
Elle sauta au cou de Mr Weasley et La Gazette
du sorcier tomba par terre. Jetant un coup d’œil
au journal, Harry vit un gros titre : SCÈNES DE
TERREUR LORS DE LA COUPE DU MONDE DE
QUIDDITCH, au-dessus d’une photo en noir et
blanc qui montrait la Marque des Ténèbres
scintillant au-dessus de la cime des arbres.
— Vous n’avez rien eu ? murmura Mrs Weasley,
affolée, en relâchant son mari puis en les

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 232 / 1147
regardant l’un après l’autre, les yeux rougis. Vous
êtes tous vivants… Oh, mes enfants…
À la grande surprise de tout le monde, elle saisit
Fred et George par le cou et les étreignit avec tant
de force que leurs têtes se cognèrent l’une contre
l’autre.
— Aïe ! Maman, tu nous étrangles…
— Je vous ai grondés quand vous êtes partis !
dit Mrs Weasley en se mettant à sangloter. Je n’ai
pas cessé d’y penser ! Si Vous-Savez-Qui vous
avait fait du mal alors que la dernière chose que je
vous ai dite, c’est que vous n’aviez pas eu assez de
BUSE… Oh, Fred… George…
— Allons, Molly, tu vois bien que nous sommes
en parfaite santé, dit Mr Weasley d’un ton
apaisant.
Il l’arracha aux jumeaux et l’emmena vers la
maison.
— Bill, dit-il à voix basse, ramasse le journal, je
voudrais voir ce qu’il raconte…
Lorsqu’ils se furent tous serrés dans la
minuscule cuisine et qu’Hermione eut préparé à
Mrs Weasley une tasse de thé très fort dans lequel
Mr Weasley insista pour verser un doigt d’Ogden’s
Old Firewhisky , Bill tendit le journal à son père.
Mr Weasley parcourut la première page tandis que
Percy lisait par-dessus son épaule.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 233 / 1147
— J’en étais sûr, soupira Mr Weasley.
Nombreuses bévues du ministère… Les coupables
n’ont pas été retrouvés… De graves négligences
dans la sécurité… Des mages noirs se
déchaînent… Une honte pour le pays… Qui a écrit
ça ? Ah, bien sûr… Rita Skeeter.
— Celle-là, elle a une dent contre le ministère
de la Magie ! dit Percy avec fureur. La semaine
dernière, elle a écrit que nous perdions notre
temps à pinailler sur l’épaisseur des fonds de
chaudron au lieu de faire la chasse aux vampires !
Comme s’il n’était pas spécifiquement indiqué
dans l’article douze du Règlement concernant le
traitement des créatures partiellement
humaines …
— Fais-nous plaisir, Perce, dit Bill en bâillant,
tais-toi un peu.
— Elle parle de moi, dit Mr Weasley.
Ses yeux s’agrandirent derrière ses lunettes
lorsqu’il lut la fin de l’article.
— Où ça ? s’exclama Mrs Weasley en avalant
son thé de travers. Si je l’avais vu, j’aurais tout de
suite su que tu étais vivant !
— Elle ne cite pas mon nom, dit Mr Weasley.
Écoutez ça : Si les sorcières et sorciers qui
s’étaient rassemblés dans l’angoisse à la lisière du
bois attendaient quelques paroles rassurantes de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 234 / 1147
la part des représentants du ministère de la
Magie, ils en auront été pour leurs frais. Un
membre du ministère est en effet arrivé un bon
moment après l’apparition de la Marque des
Ténèbres, en affirmant que personne n’avait été
blessé mais en refusant de donner davantage
d’informations. Cette déclaration suffira-t-elle à
dissiper les rumeurs selon lesquelles plusieurs
corps auraient été découverts dans le bois une
heure plus tard ? Il est permis d’en douter . Et
alors ? s’exclama Mr Weasley d’un ton exaspéré en
tendant le journal à Percy. C’est vrai que personne
n’a été blessé, qu’est-ce qu’elle voulait que je dise ?
Les rumeurs selon lesquelles plusieurs corps
auraient été découverts … Maintenant qu’elle a
écrit ça, c’est sûr qu’il va y en avoir, des rumeurs.
Il poussa un profond soupir.
— Molly, il faut que j’aille au bureau. Nous
risquons d’avoir beaucoup de travail pour arranger
tout ça.
— Je viens avec toi, père, dit Percy d’un air
important. Mr Croupton aura besoin de tout le
monde. Comme ça, je pourrai lui remettre mon
rapport sur les chaudrons en main propre.
Et il sortit en trombe de la cuisine.
Mrs Weasley avait l’air désemparé.
— Arthur, tu es censé être en vacances ! Tu n’as

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 235 / 1147
rien à voir avec cette histoire, ils peuvent sûrement
s’en occuper sans toi.
— Je dois y aller, Molly, dit Mr Weasley. Les
choses ont empiré à cause de moi. Le temps de me
changer et j’y vais…
— Mrs Weasley, dit soudain Harry, trop
impatient pour attendre plus longtemps, Hedwige
ne serait pas venue m’apporter une lettre, par
hasard ?
— Hedwige ? dit Mrs Weasley d’un air étonné.
Non… Non, il n’y a pas eu de courrier du tout.
Ron et Hermione observèrent Harry avec
curiosité. Celui-ci leur lança un regard appuyé et
dit :
— Ça ne t’ennuie pas que j’aille mettre mes
affaires dans ta chambre, Ron ?
— Pas du tout. D’ailleurs, je crois que je vais
monter aussi, répondit aussitôt Ron. Hermione ?
— Je viens avec vous, dit-elle. Et tous trois
sortirent de la cuisine en direction de l’escalier.
— Qu’est-ce qui se passe, Harry ? demanda Ron
dès qu’ils eurent refermé derrière eux la porte du
grenier.
— Il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit,
répondit Harry. L’autre jour, je me suis réveillé et
ma cicatrice a recommencé à me faire mal.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 236 / 1147
La réaction de Ron et d’Hermione fut à peu de
chose près celle qu’il avait imaginée dans sa
chambre de Privet Drive. Hermione eut un haut-
le-corps et fit aussitôt quelques suggestions,
énumérant de nombreux titres d’ouvrages de
référence et citant les noms d’à peu près tout le
monde depuis Albus Dumbledore jusqu’à Madame
Pomfresh, l’infirmière de Poudlard.
Ron, quant à lui, semblait abasourdi.
— Mais… Il n’était pas là, quand même ? Je
veux dire, Tu-Sais-Qui… La dernière fois que ta
cicatrice t’a fait mal, il était à Poudlard, non ?
— Je suis sûr qu’il n’était pas à Privet Drive, dit
Harry. Mais je rêvais de lui… De lui et de Peter –
tu sais, Queudver. Je ne me souviens plus des
détails, maintenant, mais ils étaient en train de
faire des projets pour… pour tuer quelqu’un.
Pendant un instant, il avait été sur le point de
dire « pour me tuer », mais il ne pouvait se
résoudre à aggraver l’expression d’horreur qu’il
voyait sur le visage d’Hermione.
— Ce n’était qu’un rêve, dit Ron d’un ton
assuré. Un simple cauchemar.
— Ouais, mais je finis par me demander…,
répondit Harry en se tournant vers la fenêtre pour
regarder le ciel qui commençait à s’éclairer. C’est
bizarre, non ? Ma cicatrice me fait mal et, trois

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 237 / 1147
jours plus tard, les Mangemorts défilent et le signe
de Voldemort réapparaît devant tout le monde.
— Ne – prononce – pas – son – nom ! siffla
Ron entre ses dents serrées.
— Et vous vous souvenez de ce qu’avait dit le
professeur Trelawney ? poursuivit Harry sans
tenir compte de l’intervention de Ron. À la fin de
l’année dernière ?
Le professeur Trelawney enseignait la
divination à Poudlard.
Le regard terrifié d’Hermione s’effaça aussitôt
et elle laissa échapper une exclamation
dédaigneuse.
— Harry, tu ne vas quand même pas accorder la
moindre importance à ce que dit cette vieille
folle ? Elle n’a jamais raconté que des mensonges.
— Tu n’étais pas là, répliqua Harry. Tu ne l’as
pas entendue. Cette fois, c’était différent. Je t’ai dit
qu’elle était entrée en transe… Une vraie transe. Et
elle a dit que le Seigneur des Ténèbres surgirait à
nouveau… plus puissant et plus terrible que
jamais … D’après elle, il allait y parvenir parce que
son serviteur s’apprêtait à le rejoindre… Et, la nuit
suivante, Queudver s’est enfui.
Il y eut un silence pendant lequel Ron tripota
distraitement un trou dans son couvre-lit à l’image
des Canons de Chudley.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 238 / 1147
— Pourquoi as-tu demandé si Hedwige était
venue, Harry ? dit Hermione. Tu attends une
lettre ?
— J’ai parlé à Sirius de ma cicatrice, expliqua
Harry en haussant les épaules. J’attends sa
réponse.
— C’est une très bonne idée ! s’exclama Ron
dont le visage s’éclaira soudain. Je suis sûr que
Sirius saura ce qu’il faut faire !
— J’espérais qu’il me répondrait vite.
— Mais on ignore où il est… Peut-être en
Afrique ou ailleurs… Hedwige ne pourrait pas faire
un tel voyage en quelques jours, dit Hermione
avec raison.
— Je sais, admit Harry, mais il eut l’impression
d’avoir un poids dans l’estomac lorsqu’il regarda
par la fenêtre et vit le ciel vide, sans la moindre
trace d’Hedwige à l’horizon.
— Viens, Harry, on va faire une partie de
Quidditch dans le verger, proposa Ron. Trois
contre trois. Bill, Charlie, Fred et George joueront
avec nous… Tu pourras essayer la feinte de
Wronski…
— Ron, dit Hermione d’un ton sous-entendant
qu’elle était décidément la seule à se montrer
raisonnable, Harry n’a pas du tout envie de jouer
au Quidditch maintenant… Il est inquiet, il est

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 239 / 1147
fatigué… Nous avons tous besoin d’aller nous
coucher…
— C’est une bonne idée de faire une partie de
Quidditch, dit soudain Harry. Je vais chercher
mon Éclair de feu.
Et Hermione quitta la pièce en marmonnant
quelque chose du genre : « Ah, les garçons ! »
Au cours de la semaine qui suivit, ni
Mr Weasley, ni Percy ne furent très présents à la
maison. Tous deux partaient chaque matin avant
que le reste de la famille se lève et rentraient
chaque soir bien après l’heure du dîner.
— C’est une véritable tempête, leur expliqua
Percy d’un air important la veille de leur retour à
Poudlard. J’ai passé la semaine à essayer de
calmer les choses. Les gens ne cessent de nous
envoyer des Beuglantes et, comme vous le savez,
les Beuglantes, quand on ne les ouvre pas tout de
suite, elles explosent. Il y a des marques de brûlure
sur toute la surface de mon bureau et ma
meilleure plume a été réduite en cendres.
— Pourquoi ils envoient des Beuglantes ?
demanda Ginny qui était assise devant la
cheminée du salon, en train de rafistoler avec du
papier collant son exemplaire de Mille herbes et
champignons magiques .

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 240 / 1147
— Pour se plaindre de la sécurité pendant la
Coupe du Monde, répondit Percy. Ils veulent des
dédommagements pour leurs tentes saccagées.
Mondingus Fletcher a déposé une réclamation
pour se faire rembourser une tente de douze
pièces, cuisine, salle de bains avec Jacuzzi, mais je
le connais, celui-là, je sais parfaitement qu’il
couchait sous une cape tendue sur des piquets.
Mrs Weasley jeta un coup d’œil à l’horloge de
grand-mère qui se trouvait dans un coin du salon.
Harry aimait particulièrement cette horloge. Elle
était complètement inutile si on voulait savoir
l’heure, mais elle donnait d’autres informations
très précieuses. Elle avait neuf aiguilles d’or dont
chacune portait le nom d’un des Weasley. Le
cadran ne comportait aucun chiffre mais des
indications sur les endroits où pouvaient se
trouver les membres de la famille. « À la maison »,
« à l’école », « au travail » étaient bien sûr
mentionnés, mais on pouvait également lire
« perdu », « à l’hôpital », « en prison » et, à la
place où aurait dû normalement figurer le douze
de midi, « en danger de mort ».
Huit des aiguilles étaient pointées sur « à la
maison », mais celle de Mr Weasley, qui était la
plus longue, indiquait toujours « au travail ».
— La dernière fois que votre père était obligé

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 241 / 1147
d’aller au bureau le week-end, c’était au temps de
Vous-Savez-Qui, soupira Mrs Weasley. Ils le font
beaucoup trop travailler. Son dîner sera
immangeable s’il ne revient pas très vite.
— Père sait bien qu’il lui faut rattraper l’erreur
commise le jour du match, déclara Percy. Pour
dire la vérité, il était un peu imprudent de sa part
de faire une déclaration publique sans s’être
d’abord concerté avec le directeur de son
département…
— Je t’interdis de critiquer ton père à cause de
ce qu’a écrit cette horrible petite Rita Skeeter !
s’emporta Mrs Weasley.
— Si papa n’avait rien dit, la vieille Rita aurait
simplement écrit qu’il était scandaleux qu’aucun
membre du ministère n’ait fait de commentaire,
intervint Bill qui jouait aux échecs avec Ron. Avec
Rita Skeeter, tout le monde a toujours tort. Tu te
souviens, un jour, elle a interviewé les briseurs de
sortilèges de chez Gringotts et elle a dit que j’étais
un « benêt aux cheveux longs ».
— C’est vrai qu’ils sont un peu longs, mon chéri,
fit remarquer Mrs Weasley avec douceur. Si tu
voulais bien que je…
— Non , maman !
La pluie martelait les fenêtres du salon.
Hermione était plongée dans Le Livre des sorts et

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 242 / 1147
enchantements, niveau 4 , dont Mrs Weasley avait
acheté plusieurs exemplaires pour Harry, Ron et
elle sur le Chemin de Traverse. Charlie était en
train de raccommoder une cagoule à l’épreuve du
feu. Harry astiquait son Éclair de feu à l’aide du
nécessaire à balai qu’Hermione lui avait offert
pour son treizième anniversaire et Fred et George,
assis dans un coin, à l’autre bout de la pièce,
parlaient en chuchotant, une plume à la main, la
tête penchée sur un morceau de parchemin.
— Qu’est-ce que vous fabriquez, tous les deux ?
dit sèchement Mrs Weasley, en fixant les jumeaux.
— On fait nos devoirs, répondit Fred d’un air
vague.
— Ne sois pas ridicule. Vous êtes encore en
vacances, répliqua Mrs Weasley.
— On avait pris un peu de retard, dit George.
— Vous ne seriez pas en train de refaire des
bons de commande, par hasard ? demanda
Mrs Weasley d’un ton inquisiteur. Vous n’auriez
quand même pas l’intention de recommencer cette
histoire de Farces pour sorciers facétieux ?
— Écoute, maman, répondit Fred en levant vers
elle un regard attristé. Si demain, le Poudlard
Express déraille et qu’on est tués tous les deux,
George et moi, imagine dans quel état tu seras en
pensant que, la dernière fois que tu nous as

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 243 / 1147
adressé la parole, c’était pour nous accuser
injustement ?
Tout le monde éclata de rire, même
Mrs Weasley.
— Ah, votre père arrive ! dit-elle soudain en
regardant à nouveau l’horloge.
L’aiguille de Mr Weasley avait soudain bondi de
« au travail » à « en déplacement » ; une seconde
plus tard, elle rejoignit les huit autres, pointées sur
« à la maison », et ils l’entendirent leur dire
bonjour depuis la cuisine.
— J’arrive, Arthur ! s’écria Mrs Weasley en se
précipitant hors de la pièce.
Quelques instants plus tard, Mr Weasley entra
dans le salon confortable et chaleureux, portant
son dîner sur un plateau. Il avait l’air
complètement épuisé.
— Cette fois-ci, ça chauffe vraiment, dit-il à son
épouse tandis qu’il s’asseyait dans un fauteuil
auprès de la cheminée pour grignoter sans
enthousiasme le chou-fleur un peu racorni que
contenait son assiette. Rita Skeeter a passé la
semaine à fureter un peu partout pour voir si le
ministère n’avait pas commis d’autres bévues
qu’elle pourrait rapporter dans ses articles. Et
maintenant, elle a découvert la disparition de cette
pauvre Bertha. Ce sera en première page demain

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 244 / 1147
dans La Gazette . Pourtant, je n’ai cessé de répéter
à Verpey qu’il aurait dû envoyer quelqu’un à sa
recherche.
— Ça fait des semaines que Mr Croupton dit la
même chose, s’empressa de rappeler Percy.
— Croupton a beaucoup de chance que Rita ne
sache rien de ce qui s’est passé avec Winky,
répliqua Mr Weasley d’un ton irrité. Elle aurait de
quoi faire une semaine de gros titres avec l’histoire
de son elfe de maison trouvée en possession de la
baguette magique qui a fait apparaître la Marque
des Ténèbres.
— Je croyais que nous étions tous d’accord pour
dire que, même si elle a eu une conduite
irresponsable, ce n’est pas son elfe qui a fait surgir
la Marque ? lança Percy d’un ton ardent.
— Si tu veux mon opinion, Mr Croupton a aussi
beaucoup de chance que personne, à La Gazette
du sorcier , ne sache à quel point il est cruel avec
ses elfes ! intervint Hermione avec colère.
— Bon, alors, maintenant, écoute-moi bien,
Hermione ! répliqua Percy. Un haut fonctionnaire
du ministère comme Mr Croupton est en droit
d’attendre que ses serviteurs lui obéissent
scrupuleusement…
— Ses serviteurs ? Ses esclaves, tu veux dire,
l’interrompit Hermione d’une voix perçante. Il ne

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 245 / 1147
la paye pas, Winky, que je sache ?
— Je crois que vous feriez bien d’aller vérifier
vos bagages ! dit Mrs Weasley pour couper court à
la discussion. Allez, tout le monde, montez donc
dans vos chambres…
Harry rangea son nécessaire à balai, mit son
Éclair de feu sur son épaule et monta l’escalier en
compagnie de Ron. Le bruit de la pluie était
encore plus intense au dernier étage, ponctué par
les gémissements du vent, sans parler des
hurlements que poussait de temps à autre la goule
qui habitait le grenier. Lorsqu’ils entrèrent dans la
chambre, Coquecigrue se mit à pépier et à voleter
en tous sens dans sa cage. La vue des valises et des
malles à moitié faites semblait l’avoir plongé dans
une véritable frénésie.
— Donne-lui un peu de Miamhibou, dit Ron en
lui lançant un paquet à travers la pièce. Ça va
peut-être le calmer.
Harry glissa quelques biscuits de Miamhibou à
travers les barreaux de la cage de Coquecigrue,
puis s’occupa de finir ses bagages. À côté de lui, la
cage d’Hedwige était toujours vide.
— Ça fait plus d’une semaine, dit Harry en
regardant le perchoir de sa chouette. Tu ne crois
pas qu’ils auraient capturé Sirius ?
— Non, bien sûr, on l’aurait su par La Gazette

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 246 / 1147
du sorcier , répondit Ron. Les gens du ministère ne
perdraient pas une occasion de faire savoir qu’ils
ont réussi à attraper quelqu’un , tu penses bien…
— Tu dois avoir raison…
— Tiens, voilà tous les trucs que ma mère t’a
achetés sur le Chemin de Traverse. Elle est allée te
chercher de l’or dans ton coffre, aussi… Et puis elle
a lavé toutes tes chaussettes…
Il déposa une pile de paquets sur le lit de Harry
ainsi qu’un sac d’or et un tas de chaussettes. Harry
commença à déballer les paquets. En dehors du
Livre des sorts et enchantements, niveau 4 , par
Miranda Fauconnette, il découvrit un assortiment
de plumes neuves, une douzaine de rouleaux de
parchemin et des ingrédients pour son nécessaire
à potions – il n’avait presque plus d’épines de
poisson-diable ni d’essence de belladone. Il était
en train d’entasser des sous-vêtements dans son
chaudron lorsque Ron lança soudain une
exclamation de dégoût.
— Qu’est-ce que c’est que ce machin-là ?
Il tenait entre ses mains une longue robe de
velours violet, ornée d’un jabot de dentelle un peu
moisie et de manchettes assorties.
On frappa à la porte et Mrs Weasley entra, les
bras chargés de robes de Poudlard fraîchement
nettoyées.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 247 / 1147
— Et voilà, dit-elle en les séparant en deux
piles. Faites attention de bien les ranger pour
qu’elles ne se froissent pas.
— Maman, tu m’as donné la nouvelle robe de
Ginny, se plaignit Ron en lui montrant la robe de
velours.
— Bien sûr que non, répondit Mrs Weasley.
C’est ta robe de soirée.
— Quoi ? s’exclama Ron, horrifié.
— Ta robe de soirée, répéta Mrs Weasley. Cette
année, tu dois avoir une tenue de soirée, c’est écrit
dans la liste envoyée par l’école… Pour les
cérémonies officielles.
— Tu plaisantes, dit Ron, incrédule. Il n’est pas
question que je porte ça !
— Tout le monde en a, Ron ! répliqua
Mrs Weasley avec colère. Elles sont toutes comme
ça ! Ton père en a aussi pour les soirées
mondaines !
— Je préfère me promener tout nu plutôt que
de mettre un truc pareil, dit Ron d’un air buté.
— Ne sois pas idiot, protesta Mrs Weasley. Je te
dis que les robes de soirée sont obligatoires cette
année ! Regarde ta liste ! J’en ai aussi pris une
pour Harry… Montre-lui, Harry…
Avec une certaine appréhension, Harry ouvrit

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 248 / 1147
le dernier paquet qui se trouvait sur son lit. Mais
ce qu’il y découvrit ne fut pas aussi terrible que ce
qu’il redoutait. Sa robe de soirée ne comportait
aucune dentelle. En fait, elle ressemblait plus ou
moins à celle de l’école, sauf qu’elle était vert
bouteille au lieu d’être noire.
— J’ai pensé qu’elle mettrait tes yeux en valeur,
dit Mrs Weasley d’un ton affectueux.
— La sienne, ça va ! dit Ron avec colère en
regardant la robe de Harry. Pourquoi est-ce que je
n’en ai pas une comme ça ?
— Parce que… j’ai été obligée d’acheter la tienne
d’occasion et qu’il n’y avait pas beaucoup de
choix ! répondit Mrs Weasley en rougissant.
Harry regarda ailleurs. Il aurait volontiers
partagé avec les Weasley tout l’or que contenait sa
chambre forte à Gringotts, mais il savait qu’ils
n’auraient jamais accepté.
— Je ne porterai jamais ça, insista Ron. Jamais.
— Très bien, répliqua sèchement Mrs Weasley.
Dans ce cas, promène-toi tout nu. Harry, tu
n’oublieras pas de prendre une photo de lui. J’ai
bien besoin de rire un peu de temps en temps.
Et elle sortit de la pièce en claquant la porte. Ils
entendirent alors un étrange crachotement
derrière eux. Coquecigrue, qui avait mangé un
trop gros morceau de Miamhibou, s’était coincé le

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 249 / 1147
bec et était en train de s’étrangler.
— Pourquoi est-ce qu’on me donne toujours ce
qu’il y a de plus ridicule ? dit Ron avec fureur, en
s’avançant à grands pas vers la cage pour aider
Coquecigrue à décoincer son bec.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 250 / 1147
11
À BORD DU P OUDLARD E XPRESS
orsque Harry se réveilla le lendemain
matin, il régnait dans la maison une triste
atmosphère de fin de vacances. Une pluie drue
continuait de marteler les carreaux tandis qu’il
s’habillait d’un jean et d’un pull. Il fallait attendre
d’être à bord du Poudlard Express pour se changer
et mettre la robe de sorcier qu’ils devaient porter
au collège. L
Fred, George, Ron et lui descendirent prendre
leur petit déjeuner. Au moment où ils arrivaient au
premier étage, Mrs Weasley apparut au pied de
l’escalier, l’air exaspéré.
— Arthur ! appela-t-elle. Arthur ! Un message
urgent du ministère.
Harry se plaqua contre le mur pour laisser
passer Mr Weasley qui surgit de sa chambre à pas
précipités, sa robe à l’envers, et disparut dans
l’escalier. Lorsqu’ils entrèrent dans la cuisine, ils
virent Mrs Weasley fouiller fébrilement les tiroirs

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 251 / 1147
du buffet – « J’avais mis une plume quelque part »
– et Mr Weasley, penché devant le feu de la
cheminée, en train de parler à…
Harry ferma les yeux et les rouvrit pour être sûr
qu’ils ne le trahissaient pas.
La tête d’Amos Diggory était posée au milieu
des flammes, comme un gros œuf barbu. Il parlait
très vite, indifférent aux étincelles qui volaient
devant lui et au feu qui lui léchait les oreilles.
— … Des voisins moldus ont entendu des
explosions et des cris, alors ils ont fait venir les…
comment on les appelle déjà ? Les « Gentes
Dames », c’est ça ? Arthur, il faut absolument que
tu ailles là-bas…
— Ah, la voilà, dit Mrs Weasley, le souffle court,
en donnant à Mr Weasley un morceau de
parchemin, une bouteille d’encre et une plume
froissée.
— C’est vraiment un coup de chance que j’en aie
entendu parler, dit la tête de Mr Diggory. Je devais
aller au bureau de bonne heure pour envoyer deux
ou trois hiboux et je suis tombé sur les gens du
Service des usages abusifs de la magie qui
partaient sur place. Si jamais Rita Skeeter apprend
ça, Arthur…
— Qu’est-ce qui s’est passé, d’après Fol Œil ?
demanda Mr Weasley.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 252 / 1147
Il dévissa le couvercle de la bouteille d’encre,
remplit sa plume et se prépara à noter. La tête de
Mr Diggory roula les yeux.
— Il dit qu’il a entendu quelqu’un s’introduire
dans son jardin et s’approcher de sa maison, mais
que ses poubelles l’ont arrêté.
— Qu’est-ce qu’elles ont fait, les poubelles ?
demanda Mr Weasley, en écrivant
précipitamment.
— Elles ont fait un bruit d’enfer et ont jeté des
ordures partout. Apparemment, l’une d’elles était
encore en train de lancer des déchets à l’arrivée
des Gentes Dames…
Mr Weasley poussa un grognement.
— Et la personne qui a essayé d’entrer ?
— Arthur, tu connais Fol Œil, dit la tête de
Mr Diggory en roulant à nouveau les yeux. Tu
imagines quelqu’un s’introduisant dans son jardin
en pleine nuit ? J’ai plutôt l’impression qu’à
l’heure qu’il est, il doit y avoir un chat
complètement hagard, couvert d’épluchures de
pommes de terre, qui erre quelque part sans
comprendre ce qui lui est arrivé. Mais si le Service
des usages abusifs de la magie met la main sur Fol
Œil, avec le dossier qu’il a, son compte est bon. Il
faut absolument le tirer de là et réduire l’affaire à
un délit mineur, quelque chose qui dépende de ton

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 253 / 1147
département. Ça va chercher dans les combien,
des poubelles explosives ?
— On peut régler ça avec un simple
avertissement, répondit Mr Weasley en écrivant
très vite, le front plissé. Fol Œil n’a pas fait usage
de sa baguette magique ? Il n’a attaqué personne ?
— J’imagine qu’il a dû sauter de son lit et jeter
des sorts sur tout ce qu’il pouvait atteindre depuis
sa fenêtre, mais ils auront du mal à le prouver. Il
n’y a aucun blessé.
— Très bien, j’y vais, dit Mr Weasley.
Il fourra son morceau de parchemin dans sa
poche et se rua hors de la cuisine. La tête de
Mr Diggory tourna les yeux vers Mrs Weasley.
— Excusez-moi pour tout ce dérangement,
Molly, dit-il plus calmement. Venir vous
importuner si tôt le matin… Mais Arthur est le seul
qui puisse sortir Fol Œil de ce mauvais pas et
comme Fol Œil doit commencer son nouveau
travail aujourd’hui. Quelle idée d’aller faire toute
cette histoire la veille…
— Ce n’est pas grave, Amos, assura
Mrs Weasley. Vous ne voulez pas un petit toast
avant de partir ?
— Oh, pourquoi pas, après tout, dit Mr Diggory.
Mrs Weasley prit un morceau de toast beurré,
le saisit avec les pincettes et le mit dans la bouche

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 254 / 1147
de Mr Diggory.
— Merfi , dit celui-ci d’une voix étouffée.
Puis, avec une petite détonation, il disparut.
Harry entendit Mr Weasley dire précipitamment
au revoir à Bill, Charlie, Percy et les filles. Cinq
minutes plus tard, il était de retour dans la cuisine,
sa robe à l’endroit, passant un peigne dans ses
cheveux.
— Je ferais bien de me dépêcher. Je vous
souhaite une bonne rentrée, les garçons, dit-il à
Harry et à ses fils.
Il mit une cape sur ses épaules et se prépara à
transplaner.
— Molly, tu pourras te débrouiller pour
emmener les enfants à King’s Cross ?
— Bien sûr, répondit Mrs Weasley. Va vite
t’occuper de Fol Œil, tout ira très bien pour nous.
Au moment où Mr Weasley disparaissait, Bill et
Charlie entrèrent dans la cuisine.
— Quelqu’un a parlé de Fol Œil ? demanda Bill.
Qu’est-ce qu’il a encore fait ?
— Il dit que quelqu’un a essayé de s’introduire
chez lui la nuit dernière, répondit Mrs Weasley.
— Maugrey Fol Œil ? dit George d’un air
songeur en étalant de la marmelade sur un toast.
Ce n’est pas ce cinglé…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 255 / 1147
— Ton père a beaucoup d’estime pour lui, dit
Mrs Weasley d’un ton grave.
— Oui, d’accord, mais papa collectionne bien
les prises de courant, non ? dit Fred à voix basse,
tandis que Mrs Weasley sortait de la cuisine. Qui
se ressemble…
— Maugrey a été un grand sorcier en son
temps, dit Bill.
— C’est un vieil ami de Dumbledore, je crois ?
dit Charlie.
— Justement, Dumbledore n’est pas vraiment
quelqu’un qu’on pourrait qualifier de normal ,
déclara Fred. Je sais bien que c’est un génie,
mais…
— Qui est Fol Œil ? demanda Harry.
— Il est à la retraite, maintenant. Avant, il
travaillait pour le ministère, expliqua Charlie. Je
l’ai rencontré une fois quand j’ai commencé à
travailler avec papa. C’était un Auror – l’un des
meilleurs… Un chasseur de mages noirs, ajouta-t-
il en remarquant le regard interrogateur de Harry.
La moitié des prisonniers d’Azkaban sont là-bas
grâce à lui. Mais, bien sûr, il s’est fait des quantités
d’ennemis… Surtout les familles des gens qu’il a
capturés… Et j’ai entendu dire qu’il était devenu
nettement paranoïaque sur ses vieux jours. Il ne
fait plus confiance à personne. Il voit des mages

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 256 / 1147
noirs partout.
Bill et Charlie décidèrent de les accompagner à
la gare de King’s Cross, mais Percy, se répandant
en excuses, déclara qu’il devait absolument aller
travailler.
— Je ne peux vraiment pas me permettre de
prendre du temps libre en ce moment, leur dit-il.
Mr Croupton compte de plus en plus sur moi.
— Tu sais quoi, Percy ? dit George très
sérieusement. Un de ces jours, il finira par savoir
ton nom.
Mrs Weasley avait courageusement affronté le
téléphone, au bureau de poste du village, et avait
commandé trois taxis moldus pour les conduire à
Londres.
— Arthur a essayé d’emprunter des voitures au
ministère, murmura Mrs Weasley à l’oreille de
Harry, mais il n’y en avait plus.
Debout devant la porte de la maison, ils
attendaient sous la pluie que les trois chauffeurs
hissent les valises et les malles dans leurs voitures.
— Oh, là, là, ils n’ont pas l’air très content…,
remarqua Mrs Weasley.
Harry répugnait à expliquer à Mrs Weasley que
les chauffeurs de taxi moldus avaient rarement
l’occasion de transporter dans leurs voitures des
hiboux surexcités. Or, Coquecigrue faisait un

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 257 / 1147
vacarme infernal et l’atmosphère ne se détendit
guère lorsque la malle de Fred s’ouvrit d’un coup
en provoquant l’explosion de plusieurs pétards
mouillés du Dr Flibuste. Le chauffeur poussa un
cri horrifié qui se transforma en hurlement de
douleur quand Pattenrond, pris de panique, lui
grimpa le long de la jambe, toutes griffes dehors.
Le trajet fut très inconfortable. Ils étaient en
effet coincés à l’arrière des taxis avec leurs bagages
qui occupaient une bonne partie de l’espace.
Pattenrond mit un certain temps à se remettre de
la frayeur causée par l’explosion des pétards et,
lorsqu’ils arrivèrent à Londres, Harry, Ron et
Hermione avaient reçu chacun une bonne quantité
de coups de griffes. Aussi furent-ils grandement
soulagés de sortir enfin des voitures devant la gare
de King’s Cross, même si la pluie qui tombait plus
fort que jamais les trempa jusqu’aux os pendant
qu’ils traversaient la rue chargés de leurs bagages.
Harry était habitué à emprunter le quai de la
voie 9 ¾ . Il suffisait d’avancer droit sur la barrière
apparemment solide qui séparait les voies 9 et 10.
La seule difficulté, c’était de le faire discrètement
pour ne pas attirer l’attention des Moldus. Ce jour-
là, ils se rassemblèrent par groupes. Harry, Ron et
Hermione (qu’on remarquait plus que les autres à
cause de Coquecigrue et de Pattenrond) passèrent

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 258 / 1147
les premiers. Ils s’appuyèrent d’un air désinvolte
contre la barrière en bavardant avec insouciance et
glissèrent imperceptiblement au travers… pour se
retrouver aussitôt sur le quai 9 ¾ .
Le Poudlard Express, avec sa locomotive à
vapeur d’un rouge étincelant, était déjà là,
projetant des panaches de fumée qui
transformaient les élèves et les parents présents
sur le quai en silhouettes sombres et
fantomatiques. Lorsqu’il entendit les autres
hiboux hululer dans les tourbillons de vapeur,
Coquecigrue se mit à piailler plus fort que jamais.
Harry, Ron et Hermione cherchèrent des places
assises et trouvèrent un compartiment libre au
milieu du convoi. Ils rangèrent leurs bagages puis
redescendirent sur le quai pour dire au revoir à
Mrs Weasley ainsi qu’à Bill et à Charlie.
— On se reverra peut-être plus tôt que tu ne le
penses, dit Charlie avec un sourire en serrant
Ginny dans ses bras.
— Pourquoi ? demanda Fred avec curiosité.
— Tu verras, répondit Charlie. Mais surtout, ne
dis pas à Percy que je vous en ai parlé. Après tout,
« c’est une information classée confidentielle
jusqu’à ce que le ministère décide de la rendre
publique ».
— Moi, j’aimerais bien retourner à Poudlard,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 259 / 1147
cette année, dit Bill, les mains dans les poches, en
regardant le train d’un air presque nostalgique.
— Pourquoi ? demanda Ron d’un ton impatient.
— Vous allez avoir une année vraiment
intéressante, dit Bill, les yeux brillants. Peut-être
même que je prendrai un peu de temps libre pour
venir voir ça…
— Voir quoi ? insista Ron.
Mais à ce moment, un coup de sifflet retentit et
Mrs Weasley les poussa vers le train. Les trois
amis se hâtèrent de monter dans leur wagon,
refermèrent la portière et se penchèrent à la
fenêtre.
— Merci de nous avoir invités chez vous,
Mrs Weasley, dit Hermione.
— Oui, merci pour tout, Mrs Weasley, ajouta
Harry.
— C’était un plaisir, mes chéris, répondit
Mrs Weasley. Je vous inviterais bien à revenir
pour Noël, mais… j’imagine que vous préférerez
rester à Poudlard avec… avec tout ça.
— Maman ! s’exclama Ron d’un ton agacé.
Qu’est-ce que vous nous cachez, tous les trois ?
— Vous le saurez certainement ce soir, dit
Mrs Weasley en souriant. Vous allez voir, ce sera
passionnant. Et je suis bien contente qu’ils aient

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 260 / 1147
modifié les règles…
— Quelles règles ? demandèrent d’une même
voix Harry, Ron, Fred et George.
— Le professeur Dumbledore vous expliquera
tout, j’en suis sûre… Et ne faites pas de bêtises,
n’est-ce pas ? N’est-ce pas , Fred ? Et toi, George ?
Les pistons émirent un sifflement sonore et le
train s’ébranla.
— Dis-nous ce qui doit se passer à Poudlard !
cria Fred à la fenêtre tandis que les silhouettes de
Mrs Weasley, de Bill et de Charlie s’éloignaient
d’eux. Qu’est-ce qu’ils ont changé comme règles ?
Mais Mrs Weasley se contenta de sourire en
agitant la main et, avant que le train eût franchi le
premier virage, Bill et Charlie avaient transplané.
Harry, Ron et Hermione retournèrent dans leur
compartiment. La pluie dense qui s’écrasait contre
les vitres ne permettait pas de voir grand-chose du
paysage. Ron ouvrit sa malle, sortit sa robe violette
et en entoura la cage de Coquecigrue pour étouffer
ses hululements.
— Verpey était prêt à nous dire ce qui allait se
passer à Poudlard, grommela-t-il avec mauvaise
humeur en s’asseyant à côté de Harry. À la Coupe
du Monde, tu te souviens ? Mais ma propre mère
refuse de me dire quoi que ce soit. Je me demande
ce que…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 261 / 1147
— Chut ! murmura soudain Hermione, un doigt
sur les lèvres, un autre pointé vers le
compartiment voisin.
Tendant l’oreille, Harry et Ron entendirent une
voix traînante et familière qui leur parvenait par la
porte ouverte.
— … En fait, mon père avait envisagé de
m’envoyer faire mes études à Durmstrang plutôt
qu’à Poudlard. Le directeur est un de ses amis.
Vous savez ce qu’il pense de Dumbledore – ce type
adore les Sang-de-Bourbe – et Durmstrang ne
laisse pas entrer ce genre de racaille. Mais ma
mère n’aimait pas l’idée que j’aille faire mes études
dans un endroit éloigné. Mon père pense que
Durmstrang a une position beaucoup plus sensée
en ce qui concerne la magie noire. Là-bas, les
élèves l’étudient . Ils n’ont pas ces cours idiots de
défense contre les forces du Mal qu’on est obligés
de subir à Poudlard…
Hermione se leva, traversa le compartiment sur
la pointe des pieds, et ferma la porte, faisant taire
la voix de Malefoy.
— Alors, comme ça, il pense qu’il aurait été
mieux à Durmstrang ? dit-elle avec colère. J’aurais
préféré qu’il y aille, ça nous aurait évité de l’avoir
sur le dos.
— Durmstrang, c’est une autre école de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 262 / 1147
sorcellerie ? demanda Harry.
— Oui, répondit Hermione d’un air dédaigneux.
Elle a une horrible réputation. D’après Le Guide
des écoles de sorcellerie en Europe , elle accorde
beaucoup d’importance à la magie noire.
— Je crois que j’en ai entendu parler, dit Ron
d’un ton vague. Où est-elle ? Dans quel pays ?
— Personne ne le sait vraiment, répondit
Hermione en haussant les sourcils.
— Et, heu… pourquoi ? s’étonna Harry.
— Il y a toujours eu une tradition de rivalité
entre toutes les écoles de sorcellerie. Durmstrang
et Beauxbâtons ne veulent pas révéler l’endroit où
elles se trouvent pour que personne ne puisse leur
voler leurs secrets, expliqua Hermione.
— Qu’est-ce que tu racontes ? dit Ron en
éclatant de rire. Durmstrang doit avoir à peu près
la même taille que Poudlard, comment peut-on
cacher un grand château comme ça ?
— Justement, Poudlard est caché, répondit
Hermione d’un air surpris. Tout le monde le sait…
En tout cas, ceux qui ont lu L’Histoire de
Poudlard .
— Tu es donc la seule à le savoir, répliqua Ron.
Alors, explique-nous comment on fait pour cacher
un endroit comme Poudlard ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 263 / 1147
— Le château est ensorcelé. Si un Moldu le
regarde, il ne verra qu’une vieille ruine moisie avec
un écriteau au-dessus de l’entrée qui signale :
DÉFENSE D’ENTRER, DANGER.
— Durmstrang apparaît aussi comme un tas de
ruines à ceux qui n’en font pas partie ?
— C’est possible, dit Hermione en haussant les
épaules. Ou peut-être qu’ils l’ont entouré d’un
sortilège Repousse-Moldu, comme le stade de la
Coupe du Monde. Et pour empêcher les autres
sorciers de le trouver, ils l’ont sans doute rendu
incartable.
— Pardon ?
— Grâce à certains sortilèges, un édifice peut
devenir impossible à indiquer sur une carte, tu
comprends ?
— Si tu le dis… admit Harry.
— À mon avis, Durmstrang doit se trouver
quelque part dans le Grand Nord, reprit Hermione
d’un air songeur. Dans un endroit très froid parce
que leurs uniformes comportent des capes de
fourrure.
— Ah, imagine un peu, dit Ron, le regard
rêveur, il aurait été si facile de pousser Malefoy du
haut d’un glacier en faisant passer ça pour un
accident. Dommage que sa mère tienne tellement
à lui…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 264 / 1147
À mesure que le train poursuivait sa route vers
le nord, la pluie tombait de plus en plus dru. Le
ciel était si noir, la buée si épaisse sur les vitres,
qu’on avait dû allumer les lanternes. Le chariot à
friandises passa en tintinnabulant dans le couloir
et Harry acheta une bonne quantité de Fondants
du Chaudron.
Au cours de l’après-midi, plusieurs de leurs
amis vinrent les voir dans leur compartiment,
notamment Seamus Finnigan, Dean Thomas et
Neville Londubat, un garçon au visage rond,
extrêmement étourdi, qui avait été élevé par sa
grand-mère, une redoutable sorcière. Seamus
portait toujours sa rosette aux couleurs de
l’Irlande dont les propriétés magiques semblaient
s’être un peu dissipées : elle continuait de
couiner : « Troy ! Mullet ! Morane ! » mais
beaucoup plus faiblement, comme si elle était
épuisée. Au bout d’une demi-heure, Hermione,
lassée d’entendre sans cesse parler de Quidditch,
se plongea à nouveau dans Le Livre des sorts et
enchantements, niveau 4 pour essayer
d’apprendre le sortilège d’Attraction.
Neville écoutait d’un air jaloux la conversation
qui faisait revivre le match de la Coupe du Monde.
— Grand-mère a refusé qu’on y aille, dit-il d’un
ton dépité. Elle ne voulait pas acheter de billets.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 265 / 1147
Ça devait pourtant être fantastique.
— Ça, c’est sûr, dit Ron. Regarde ça, Neville…
Il fouilla dans sa malle et en sortit la figurine de
Viktor Krum.
— Eh ben, dis donc ! s’exclama Neville avec
envie tandis que Ron posait la figurine au creux de
sa main potelée.
— Et on l’a vu d’aussi près en vrai, dit Ron. On
était dans la loge officielle…
— Pour la première et la dernière fois de ta vie,
Weasley. Drago Malefoy venait d’apparaître dans
l’encadrement de la porte.
Derrière lui se tenaient Crabbe et Goyle, ses
deux énormes amis à l’air patibulaire qui ne le
quittaient jamais. Tous deux semblaient avoir
grandi d’au moins trente centimètres au cours de
l’été. Apparemment, ils avaient entendu la
conversation à travers la porte du compartiment
que Dean et Seamus avaient laissée entrouverte.
— Il ne me semble pas qu’on t’ait invité,
Malefoy, dit Harry d’une voix glaciale.
— Weasley… qu’est-ce que c’est que ça ?
demanda Malefoy en montrant la cage de
Coquecigrue.
Une manche de la robe de soirée de Ron
pendait de la cage et se balançait au rythme du

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 266 / 1147
train, exhibant la manchette de dentelle moisie.
Ron se précipita pour ranger la robe, mais
Malefoy fut plus rapide : il attrapa la manche et la
tira d’un coup sec.
— Non mais, regardez-moi ça ! s’exclama Drago
Malefoy d’un ton extasié, en déployant la robe de
Ron pour la montrer à Crabbe et Goyle. Weasley,
tu n’avais quand même pas l’intention de mettre
ça ? C’était sûrement à la pointe de la mode en
1890, mais enfin…
— Va te faire cuire une bouse de dragon,
répliqua Ron dont le teint avait pris la même
couleur que la robe.
Il l’arracha des mains de Malefoy qui éclata
d’un grand rire, ponctué par les gloussements
stupides de Crabbe et de Goyle.
— Au fait… Tu as l’intention de t’inscrire,
Weasley ? Tu vas essayer d’apporter un peu de
gloire à ta famille ? Il y a aussi de l’argent en jeu…
Imagine que tu gagnes, tu pourrais enfin t’offrir
des vêtements convenables…
— De quoi tu parles ? répondit sèchement Ron.
— Est-ce que tu as l’intention de t’inscrire ?
répéta Malefoy. J’imagine que toi, tu ne vas pas
t’en priver, Potter ? Tu ne rates jamais une
occasion de faire le malin…
— Soit tu nous expliques de quoi tu parles, soit

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 267 / 1147
tu t’en vas, Malefoy, dit Hermione avec mauvaise
humeur en levant le nez du Livre des sorts et
enchantements, niveau 4 .
Un sourire réjoui s’étala sur le visage blafard de
Malefoy.
— Ne me dites pas que vous n’êtes pas au
courant ? s’écria-t-il d’un ton ravi. Weasley, tu as
un père et un frère qui travaillent au ministère et
tu ne sais même pas ? Mon Dieu, mais mon père
m’en a parlé il y a une éternité… C’est Cornélius
Fudge qui le lui a dit. Évidemment, mon père a
toujours affaire aux plus hauts représentants du
ministère… Peut-être que ton père à toi n’est pas à
un niveau suffisamment élevé pour être au courant
de ces choses-là, Weasley… Oui, ça doit être ça, ils
n’abordent sûrement pas de sujets importants
devant lui…
Avec un nouveau rire sonore, Malefoy fit signe
à Crabbe et à Goyle de le suivre et tous trois
disparurent dans le couloir.
Ron se leva et referma la porte du
compartiment avec tant de force que la vitre se
brisa.
— Ron ! dit Hermione sur un ton de reproche.
Elle sortit sa baguette magique et marmonna :
— Reparo .
Aussitôt, les débris de verre reformèrent une

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 268 / 1147
vitre intacte qui reprit sa place dans le cadre de la
porte.
— Celui-là, il faut toujours qu’il fasse comme
s’il savait tout et les autres rien… grogna Ron.
Mon père a toujours affaire aux plus hauts
représentants du ministère… Papa pourrait avoir
de l’avancement quand il veut… Simplement, ça
lui plaît de rester là où il est.
— Et il a bien raison, dit tranquillement
Hermione. Ne te laisse pas faire par Malefoy.
— Me laisser faire ? Par lui ? Pour qui tu me
prends ? s’exclama Ron en prenant un Fondant du
Chaudron qu’il écrasa dans sa main.
La mauvaise humeur de Ron persista jusqu’à la
fin du voyage. Il ne parla guère pendant qu’ils
revêtaient leurs robes de sorcier et ses yeux
étincelaient encore de fureur lorsque le Poudlard
Express ralentit enfin et s’arrêta dans la gare de
Pré-au-Lard plongée dans les ténèbres.
Quand les portières du train s’ouvrirent, un
coup de tonnerre retentit au-dessus d’eux.
Hermione emmitoufla Pattenrond dans sa cape et
Ron laissa sa robe de soirée autour de la cage de
Coquecigrue. Sur le quai, la tête baissée, les yeux
plissés, ils durent affronter une pluie battante. Il
tombait un tel déluge qu’ils avaient l’impression
de recevoir sur la tête des seaux d’eau glacée.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 269 / 1147
— Bonjour, Hagrid ! s’écria Harry en
apercevant une silhouette gigantesque à l’autre
bout du quai.
— Ça va, Harry ? lança Hagrid avec un geste de
la main. On se voit au dîner si on n’est pas noyés
d’ici là !
Il était de tradition que Hagrid amène lui-
même les élèves de première année au château en
leur faisant traverser le lac sur des barques.
— Je n’aimerais pas me retrouver sur le lac par
ce temps, dit Hermione, parcourue d’un frisson.
Ils avançaient lentement au milieu de la foule
massée sur le quai obscur. Une centaine de
diligences sans chevaux les attendaient devant la
gare. Harry, Ron, Hermione et Neville furent
soulagés de pouvoir monter dans l’une d’elles. La
portière se referma d’un coup sec et la longue
procession des diligences s’ébranla brutalement,
dans un grincement de roues et des gerbes d’eau,
le long du chemin qui menait au château de
Poudlard.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 270 / 1147
12
L E T OURNOI DES T ROIS S ORCIERS
vançant avec difficulté, les diligences
franchirent le grand portail, flanqué de
statues représentant des sangliers ailés, et
remontèrent l’allée du château dans une véritable
tempête qui les faisait osciller dangereusement.
Appuyé contre la vitre, Harry regardait
s’approcher Poudlard dont les fenêtres illuminées
scintillaient, brouillées par l’épais rideau de pluie.
Des éclairs traversèrent le ciel lorsque leur
diligence s’arrêta devant les grandes portes de
chêne auxquelles on accédait par un large escalier
de pierre. Les passagers des premières diligences
montaient déjà les marches quatre à quatre pour
entrer au plus vite dans le château. Harry, Ron,
Hermione et Neville sautèrent de leur diligence et
se précipitèrent à leur tour en haut de l’escalier, ne
relevant la tête que lorsqu’ils furent parvenus dans
l’immense hall d’entrée, éclairé par des torches
enflammées, avec son magnifique escalier de A

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 271 / 1147
marbre.
— Nom d’un vampire ! s’exclama Ron en
secouant ses cheveux qui projetèrent de l’eau tout
autour de lui. Si ça continue comme ça, le lac va
déborder. Je suis trempé ! ARGH !
Un gros ballon rouge plein d’eau venait de
tomber du plafond et d’exploser sur la tête de Ron.
Ruisselant, crachotant, Ron tituba et heurta Harry
au moment où tombait une deuxième bombe à eau
qui manqua de peu Hermione. La bombe explosa
aux pieds de Harry, dont les chaussures furent
submergées par une vague d’eau glacée qui
pénétra jusque dans ses chaussettes. Autour d’eux,
des élèves s’enfuyaient en tous sens, se poussant
les uns les autres, lançant des cris stridents. Harry
leva les yeux et vit Peeves, l’esprit frappeur, qui
flottait à cinq ou six mètres au-dessus du sol. Il
avait l’apparence d’un petit homme coiffé d’un
chapeau à clochettes, une cravate orange autour
du cou, son gros visage malveillant tendu par la
concentration tandis qu’il visait à nouveau.
— PEEVES ! hurla une voix furieuse. Peeves,
descends IMMÉDIATEMENT !
Le professeur McGonagall, directrice-adjointe
de Poudlard et chef de la maison Gryffondor,
venait de sortir en trombe de la Grande Salle. Elle
glissa sur le sol humide et saisit Hermione par le

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 272 / 1147
cou pour se rattraper.
— Aïe… Désolée, Miss Granger…
— Il n’y a pas de mal, professeur ! bredouilla
Hermione en se massant la gorge.
— Peeves, descends TOUT DE SUITE ! aboya le
professeur McGonagall.
Elle redressa son chapeau pointu et lança à
l’esprit frappeur un regard noir derrière ses
lunettes rectangulaires.
— Je ne fais rien de mal, caqueta Peeves.
— Ils sont déjà mouillés, non ? Petits morveux !
Ha ! Ha !
Et il lança une autre bombe sur des élèves de
deuxième année qui venaient d’arriver.
— Je vais appeler le directeur ! s’écria le
professeur McGonagall. Je te préviens, Peeves !
L’esprit frappeur lui tira la langue, jeta en l’air
la dernière de ses bombes à eau et fila dans
l’escalier de marbre en glapissant comme un fou.
— Bon, allons-y, maintenant ! dit sèchement le
professeur McGonagall à la foule en désordre des
élèves. Tout le monde dans la Grande Salle !
Il jeta une nouvelle bombe sur un groupe de
filles qui se ruèrent en hurlant dans la Grande
Salle.
Harry, Ron et Hermione traversèrent le hall

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 273 / 1147
d’entrée, glissant et trébuchant sur le sol mouillé,
et franchirent les doubles portes qui donnaient sur
la Grande Salle. Ron marmonnait d’un air furieux
en relevant ses cheveux trempés qui lui tombaient
sur le front.
La Grande Salle était toujours aussi splendide
avec ses décorations en l’honneur du festin de
début d’année. Assiettes et gobelets d’or
scintillaient à la lumière de centaines de
chandelles qui flottaient en l’air au-dessus des
convives. Des élèves bavardaient autour des quatre
longues tables qui représentaient chacune une des
quatre maisons de Poudlard. À l’extrémité de la
salle, une cinquième table avait été dressée pour
les professeurs, face à leurs élèves. Il faisait
beaucoup plus chaud, ici. Harry, Ron et Hermione
passèrent devant les tables des Serpentard, des
Serdaigle et des Poufsouffle, puis allèrent s’asseoir
avec les autres Gryffondor à l’autre bout de la
salle, près de Nick Quasi-Sans-Tête, le fantôme de
Gryffondor. D’un blanc nacré, à demi transparent,
Nick était vêtu de son habituel pourpoint, orné
d’une fraise impressionnante qui avait la double
fonction de souligner le caractère festif de cette
soirée et d’empêcher sa tête de trop vaciller sur
son cou presque entièrement tranché.
— Belle soirée, n’est-ce pas ? lança-t-il, avec un

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 274 / 1147
grand sourire.
— À qui le dites-vous ! répondit Harry en
enlevant ses chaussures qu’il vida de leur eau.
J’espère qu’ils vont se dépêcher de faire la
Répartition, je meurs de faim.
La Répartition des nouveaux élèves dans les
quatre maisons de Poudlard avait lieu au début de
chaque année mais, par un malheureux concours
de circonstances, Harry n’y avait plus assisté
depuis sa propre entrée au collège et il était
content de pouvoir être là ce soir.
À cet instant, une voix haletante et surexcitée
l’appela au bout de la table :
— Salut, Harry !
C’était Colin Crivey, un élève de troisième
année aux yeux de qui Harry apparaissait comme
un héros.
— Salut, Colin, dit Harry d’un ton méfiant.
— Harry, tu sais quoi ? Tu sais quoi, Harry ?
Mon frère entre en première année ! Mon frère
Dennis !
— Ah… Très bien, dit Harry.
— Il est vraiment fou de joie ! assura Colin en
sautant quasiment sur sa chaise. J’espère qu’il va
être à Gryffondor ! Croise les doigts, hein, Harry ?
— Heu… Ouais, c’est ça, répondit Harry. Il se

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 275 / 1147
tourna vers Ron, Hermione et Nick Quasi-Sans-
Tête.
— Les frères et sœurs vont généralement dans
la même maison, non ? dit-il.
Il avait tiré cette conclusion du fait que les
Weasley étaient allés tous les sept à Gryffondor.
— Oh, non, pas nécessairement, répondit
Hermione. La jumelle de Parvati Patil est à
Serdaigle et pourtant, elles sont parfaitement
identiques. On aurait pu penser qu’elles
resteraient ensemble, non ? Harry regarda la table
des professeurs. Il semblait y avoir plus de chaises
vides que d’habitude. Hagrid, bien sûr, était
encore sur le lac, en train de braver les éléments
pour amener au château les élèves de première
année. Le professeur McGonagall devait sans
doute veiller à ce que le sol du hall d’entrée soit
essuyé mais il restait encore une chaise inoccupée
et il se demanda qui d’autre pouvait bien être
absent.
— Où est le nouveau professeur de défense
contre les forces du Mal ? demanda Hermione qui
observait également la table.
Aucun de leurs professeurs de défense contre
les forces du Mal n’était resté en poste plus d’une
année. Le préféré de Harry était, de loin, le
professeur Lupin, qui avait donné sa démission

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 276 / 1147
l’année précédente. Harry regarda attentivement
les professeurs assis à la longue table. Aucun
doute possible : il n’y avait pas de tête nouvelle.
— Ils n’ont peut-être pas réussi à en trouver
un ! dit Hermione, l’air anxieux.
Le minuscule professeur Flitwick, qui
enseignait les enchantements, était assis sur une
épaisse pile de coussins, à côté de Mrs Chourave,
professeur de botanique, qui portait un chapeau
posé de travers sur ses cheveux gris en désordre.
Elle bavardait avec le professeur Sinistra, chargée
de l’astronomie. De l’autre côté, on apercevait le
visage cireux, au nez busqué, de Rogue, le maître
des Potions – la personne que Harry aimait le
moins, à Poudlard. Son aversion pour Rogue
n’avait d’égale que la haine de celui-ci envers
Harry, une haine qui – si c’était possible – s’était
encore intensifiée l’année précédente, lorsque
Harry avait aidé Sirius Black à s’enfuir sous le gros
nez de Rogue. Rogue et Sirius étaient ennemis
depuis l’époque où ils avaient été eux-mêmes
élèves à Poudlard.
À côté de Rogue, il y avait une chaise vide, qui
devait être celle du professeur McGonagall. Au
centre de la table, vêtu de sa magnifique robe de
sorcier vert foncé brodée d’étoiles et de lunes, était
assis le professeur Dumbledore, le directeur du

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 277 / 1147
collège, ses longs cheveux et sa barbe argentés
scintillant à la lumière des chandelles.
Dumbledore avait joint ses longs doigts fins sous
son menton et contemplait le plafond à travers ses
lunettes en demi-lune, comme perdu dans ses
pensées. Harry leva également les yeux vers le
plafond enchanté qui reproduisait exactement
l’aspect du ciel au-dehors. Jamais Harry ne l’avait
vu aussi sombre et orageux. Des nuages noirs et
pourpres s’y entremêlaient et, lorsqu’un coup de
tonnerre retentit au-dessus du château, un éclair
fourchu traversa le plafond magique.
— Bon, ils se dépêchent, oui, grommela Ron, à
côté de Harry. J’ai tellement faim que je pourrais
manger un hippogriffe.
Il avait à peine achevé sa phrase que les portes
de la Grande Salle s’ouvrirent et le silence se fit. Le
professeur McGonagall entra, à la tête d’une
longue file d’élèves de première année qu’elle
amena au bout de la salle, près de la table des
professeurs. Si Harry, Ron et Hermione étaient
mouillés, ce n’était rien comparé au spectacle
qu’offraient les malheureux nouveaux. On aurait
dit qu’ils avaient traversé le lac à la nage plutôt
qu’en barque. Lorsqu’ils se mirent en rang face
aux autres élèves, tous frissonnaient de froid et
d’anxiété. Tous, sauf un : un garçon aux cheveux

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 278 / 1147
clairs et ternes, plus petit que les autres, enveloppé
dans le manteau en peau de taupe de Hagrid. Le
manteau était si grand pour lui qu’il paraissait
enroulé dans une tente de fourrure. Son visage,
qui dépassait tout juste du col, exprimait une telle
excitation qu’elle en paraissait presque
douloureuse. Quand il eut rejoint le rang de ses
camarades terrorisés, le garçon croisa le regard de
Colin Crivey, leva le pouce par deux fois et ses
lèvres formèrent silencieusement les mots : « Je
suis tombé dans le lac ! », ce qui semblait le
plonger dans la plus totale félicité.
Le professeur McGonagall posa alors sur le sol
un tabouret à trois pieds et y plaça un très vieux
chapeau de sorcier, sale et rapiécé. Les nouveaux
élèves, comme les anciens, l’observèrent
attentivement. Pendant un moment, il y eut un
grand silence. Puis une déchirure dans l’étoffe
élimée du chapeau, tout près du bord, s’ouvrit
comme une bouche et le chapeau se mit à chanter :
Voici un peu plus de mille ans,
Lorsque j’étais jeune et fringant,
Vivaient quatre illustres sorciers
Dont les noms nous sont familiers :
Le hardi Gryffondor habitait dans la plaine,
Poufsouffle le gentil vivait parmi les chênes,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 279 / 1147
Serdaigle le loyal régnait sur les sommets,
Serpentard le rusé préférait les marais.
Ils avaient un espoir, un souhait et un rêve,
Le projet audacieux d’éduquer des élèves,
Ainsi naquit Poudlard
Sous leurs quatre étendards.
Chacun montra très vite
Sa vertu favorite
Et en fit le blason
De sa propre maison.
Aux yeux de Gryffondor, il fallait à tout âge
Montrer par-dessus tout la vertu de courage,
La passion de Serdaigle envers l’intelligence
Animait son amour des bienfaits de la science,
Poufsouffle avait le goût du travail acharné,
Tous ceux de sa maison y étaient destinés,
Serpentard, assoiffé de pouvoir et d’action,
Recherchait en chacun le feu de l’ambition.
Ainsi, tout au long de leur vie,
Ils choisirent leurs favoris,
Mais qui pourrait les remplacer
Quand la mort viendrait les chercher ?
Gryffondor eut l’idée parfaite
De me déloger de sa tête,
Les quatre sorciers aussitôt
Me firent le don d’un cerveau

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 280 / 1147
Pour que je puisse sans erreur
Voir tout au fond de votre cœur
Et décider avec raison
Ce que sera votre maison.
Lorsque le Choixpeau magique eut fini sa
chanson, la Grande Salle éclata en
applaudissements.
— Ce n’est pas la même que celle qu’il a chantée
pour notre première année, dit Harry en
applaudissant avec les autres.
— Il en chante une différente chaque fois, dit
Ron. Ça ne doit pas être très drôle, comme vie,
d’être un chapeau. J’imagine qu’il doit passer
toute l’année à préparer la prochaine chanson.
Le professeur McGonagall déroulait à présent
un grand rouleau de parchemin.
— Quand j’appellerai votre nom, vous mettrez
le chapeau sur votre tête et vous vous assiérez sur
le tabouret, dit-elle aux nouveaux. Lorsque le
chapeau annoncera le nom de votre maison, vous
irez prendre place à la table correspondante. Je
commence : Ackerley, Stewart !
Un garçon s’avança, tremblant de la tête aux
pieds, prit le Choixpeau, le posa sur sa tête et
s’assit sur le tabouret.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 281 / 1147
— Serdaigle ! cria le Choixpeau.
Stewart Ackerley ôta le chapeau et se précipita
à la table des Serdaigle, où tout le monde
l’applaudit. Harry aperçut Cho, l’attrapeuse de
l’équipe des Serdaigle, qui accueillait le nouveau
avec des cris de joie. Pendant un instant, Harry
éprouva l’étrange désir d’aller lui aussi s’asseoir à
leur table.
— Baddock, Malcolm !
— Serpentard !
Des acclamations enthousiastes retentirent à la
table située de l’autre côté de la salle. Harry vit
Malefoy applaudir Baddock qui rejoignait les
Serpentard. Harry se demanda si Baddock savait
que Serpentard avait produit plus d’adeptes de la
magie noire qu’aucune autre maison. Fred et
George sifflèrent Baddock lorsqu’il s’assit à la
table.
— Branstone, Eleanor !
— Poufsouffle !
— Cauldwell, Owen !
— Poufsouffle !
— Crivey, Dennis !
Le minuscule Dennis Crivey s’avança d’un pas
titubant, se prenant les pieds dans le manteau de
Hagrid, tandis que Hagrid lui-même entrait dans

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 282 / 1147
la Grande Salle en se glissant par une porte située
derrière la table des professeurs. À peu près deux
fois plus grand qu’un homme normal et au moins
trois fois plus large, Hagrid, avec sa barbe et ses
cheveux noirs et hirsutes, avait l’air un peu
inquiétant – mais c’était une apparence
trompeuse : Harry, Ron et Hermione savaient
qu’au contraire il était d’une nature
particulièrement généreuse. Il leur lança un clin
d’œil en s’asseyant au bout de la table des
professeurs et regarda Dennis Crivey coiffer le
Choixpeau magique. La déchirure, près du bord,
s’ouvrit largement :
— Gryffondor ! s’écria le Choixpeau.
Hagrid applaudit en même temps que les élèves
de Gryffondor lorsque Dennis Crivey, le visage
rayonnant, ôta le Choixpeau magique, le reposa
sur le tabouret et se hâta d’aller s’asseoir à la table
où se trouvait déjà son frère.
— Colin, je suis tombé dedans ! s’exclama-t-il
d’une voix perçante en se jetant sur une chaise
vide. C’était formidable ! Et il y a quelque chose
dans l’eau qui m’a attrapé et m’a remis dans le
bateau !
— Super ! dit Colin du même ton enthousiaste.
C’était sans doute le calmar géant !
— Wouaoh ! s’écria Dennis comme si on ne

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 283 / 1147
pouvait rêver mieux que de tomber dans les eaux
déchaînées d’un lac insondable et d’en être rejeté
par un monstre aquatique.
— Dennis ! Dennis ! Tu vois ce garçon, là-bas ?
Celui avec les cheveux noirs et les lunettes ? Tu le
vois ? Et tu sais qui c’est, Dennis ?
Harry détourna les yeux et fixa son regard sur
le Choixpeau magique qui choisissait la maison
d’Emma Dobbs.
La Répartition se poursuivit. Garçons et filles,
dont le visage exprimait divers degrés
d’appréhension, s’approchaient un par un du
tabouret à trois pieds, la file diminuant lentement
à mesure que le professeur McGonagall avançait
dans l’alphabet. Elle en était à présent aux noms
qui commençaient par un M .
— Qu’elle se dépêche, marmonna Ron en se
passant une main sur le ventre.
— Allons, Ron, la Répartition est beaucoup plus
importante que de manger, fit remarquer Nick
Quasi-Sans-Tête pendant que « Madley, Laura ! »
était envoyée à Poufsouffle.
— Bien sûr, quand on est mort, répliqua Ron.
— J’espère que les nouveaux Gryffondor de
l’année seront à la hauteur, dit Nick Quasi-Sans-
Tête en applaudissant « McDonald, Natalie ! » qui
venait de rejoindre leur table. Il faut continuer à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 284 / 1147
gagner, n’est-ce pas ?
Au cours des trois dernières années, c’était
Gryffondor qui avait gagné la Coupe des Quatre
Maisons.
— Pritchard, Graham !
— Serpentard !
— Quirke, Orla !
— Serdaigle !
Enfin avec « Whitby, Kevin ! »
(« Poufsouffle ! » ), la Répartition se termina. Le
professeur McGonagall prit le Choixpeau et le
tabouret et les remporta.
— Il était temps, dit Ron qui saisit son couteau
et sa fourchette, et posa sur son assiette d’or un
regard avide.
Le professeur Dumbledore s’était levé.
Adressant un sourire chaleureux aux élèves
rassemblés, il ouvrit largement les bras dans un
geste de bienvenue.
— Je n’ai que deux mots à vous dire, déclara-t-
il, sa voix grave résonnant dans toute la salle : Bon
appétit !
— Bravo ! Bien dit ! s’exclamèrent Harry et Ron
d’une même voix, tandis que les plats vides se
remplissaient par magie sous leurs yeux.
Nick Quasi-Sans-Tête regarda d’un air attristé

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 285 / 1147
Harry, Ron et Hermione remplir leurs assiettes.
— Ah, cha commenche déjà à aller mieux, dit
Ron, la bouche pleine de purée.
— Vous avez de la chance que le festin ait pu
avoir lieu, dit alors Nick Quasi-Sans-Tête. Il y a eu
des ennuis à la cuisine, cet après-midi.
— Ah, bon ? Qu’est-che qui ch’est paché ?
demanda Harry qui mâchait un impressionnant
morceau de steak.
— C’est la faute de Peeves, bien sûr, répondit
Nick Quasi-Sans-Tête en remuant sa tête qui
oscilla dangereusement.
Il remonta un peu sa fraise.
— La discussion habituelle. Il voulait assister au
festin. Impossible, bien entendu, vous le
connaissez, il est incapable d’avoir des manières
civilisées, il ne peut pas voir une assiette pleine
sans la jeter par terre. Nous avons tenu un conseil
des fantômes : le Moine Gras voulait lui donner
une chance, mais le Baron Sanglant s’y est
formellement opposé, ce qui est beaucoup plus
sage, à mon avis.
Le Baron Sanglant était le fantôme des
Serpentard, un spectre émacié et silencieux
couvert de taches de sang argentées. C’était la
seule personne, à Poudlard, qui avait de l’autorité
sur Peeves.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 286 / 1147
— Oui, Peeves paraissait fou de rage, on a vu ça,
dit Ron d’un air sombre. Qu’est-ce qu’il a fait, dans
la cuisine ?
— Oh, comme d’habitude, répondit Nick Quasi-
Sans-Tête en haussant les épaules. Il a tout mis
sens dessus dessous. Il y avait des marmites et des
casseroles partout. Le carrelage était inondé de
soupe. Il a terrifié les elfes de maison…
Dans un bruit de métal, Hermione reposa
brutalement son gobelet, répandant du jus de
citrouille sur la nappe de lin blanc qui fut soudain
constellée de taches orange. Mais Hermione n’y
prêta aucune attention.
— Il y a des elfes de maison, ici ? dit-elle en
regardant Nick Quasi-Sans-Tête d’un air horrifié.
Ici, à Poudlard !
— Bien sûr, répondit le fantôme, surpris de sa
réaction. Il y en a même plus que dans n’importe
quelle autre résidence de Grande-Bretagne. Je
crois qu’ils sont plus d’une centaine.
— Je n’en ai jamais vu un seul ! dit Hermione.
— Ils ne quittent presque jamais la cuisine en
plein jour, expliqua Nick Quasi-Sans-Tête. Ils
sortent la nuit pour nettoyer un peu… s’occuper de
mettre des bûches dans le feu, et tout le reste… On
n’est pas censé les voir, n’est-ce pas ? Le propre
d’un bon elfe de maison, c’est de faire oublier sa

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 287 / 1147
présence. Hermione le regarda fixement.
— Mais… on les paye ? demanda-t-elle. On leur
donne des vacances ? Et… des congés maladie, des
retraites et tout ça ?
Nick Quasi-Sans-Tête se mit à pouffer de rire si
fort que sa fraise glissa et sa tête tomba de côté,
retenue par les quelques centimètres de peau et de
muscles fantomatiques qui la rattachaient encore à
son cou.
— Des congés maladie et des retraites ? dit-il en
remettant sa tête sur ses épaules et sa fraise autour
de son cou. Mais les elfes de maison ne veulent pas
de congés maladie ni de retraites !
Hermione baissa les yeux sur son assiette
qu’elle avait à peine touchée, puis elle y posa son
couteau et sa fourchette et la repoussa.
— Allons, Her-mignonne , dit Ron qui renversa
malencontreusement de la sauce de rosbif sur
Harry. Oups ! Excuse-moi, Harry – il avala sa
bouchée de viande. Ce n’est pas en mourant de
faim que tu leur obtiendras des congés maladie !
— C’est de l’esclavage, répliqua Hermione, la
respiration sifflante. C’est grâce à ça qu’on a eu ce
dîner, grâce à des esclaves .
Et elle refusa d’avaler quoi que ce soit d’autre.
La pluie continuait de crépiter contre les hautes
fenêtres sombres. Un nouveau coup de tonnerre

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 288 / 1147
ébranla les vitres et le plafond au ciel d’orage fut
traversé d’un éclair qui illumina les assiettes d’or
au moment où les restes du plat de viande
disparaissaient, immédiatement remplacés par des
gâteaux.
— C’est de la tarte à la mélasse, Hermione,
annonça Ron en lui faisant sentir l’appétissant
fumet qui s’en dégageait. Et regarde, il y a aussi du
pudding aux raisins secs et du gâteau au chocolat !
Mais Hermione lui lança un regard qui lui
rappelait tellement le professeur McGonagall qu’il
préféra ne pas insister.
Lorsque les gâteaux eurent été engloutis et que
les assiettes, nettoyées de leurs dernières miettes,
eurent retrouvé tout leur éclat, Albus Dumbledore
se leva à nouveau. Presque aussitôt, la rumeur des
conversations s’évanouit et l’on n’entendit bientôt
plus que le gémissement du vent et le martèlement
de la pluie.
— Et voilà ! dit Dumbledore avec un grand
sourire, maintenant que nous avons été nourris et
abreuvés (« Humph ! » dit Hermione), je dois, une
fois de plus, vous demander votre attention afin de
vous donner quelques informations. Mr Rusard, le
concierge, m’a demandé de vous avertir que la liste
des objets interdits dans l’enceinte du château
comporte également cette année les Yo-Yos

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 289 / 1147
hurleurs, les Frisbees à dents de serpent et les
Boomerangs à mouvement perpétuel. La liste
complète comprend quatre cent trente-sept
articles, si mes souvenirs sont exacts, et peut être
consultée dans le bureau de Mr Rusard, pour ceux
qui seraient intéressés.
Les coins de la bouche de Dumbledore
tressaillirent.
— Je voudrais également vous rappeler,
poursuivit-il, que, comme toujours, la forêt est
interdite à tous les élèves et le village de Pré-au-
Lard à celles et ceux qui n’ont pas encore atteint la
troisième année d’études. Je suis également au
regret de vous annoncer que la Coupe de
Quidditch des Quatre Maisons n’aura pas lieu
cette année.
— Quoi ? bredouilla Harry.
Il se tourna vers Fred et George, ses coéquipiers
de l’équipe de Quidditch de Gryffondor. Trop
effarés pour pouvoir parler, ils regardaient
Dumbledore avec des yeux ronds, leurs lèvres
remuant silencieusement.
— Cela est dû, continua Dumbledore, à un
événement particulier qui commencera en octobre
et se poursuivra tout au long de l’année scolaire,
en exigeant de la part des professeurs beaucoup de
temps et d’énergie. Mais je suis persuadé que vous

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 290 / 1147
en serez tous enchantés. J’ai en effet le grand
plaisir de vous annoncer que cette année, à
Poudlard…
Mais, au même instant, un coup de tonnerre
assourdissant retentit et les portes de la Grande
Salle s’ouvrirent à la volée.
Un homme se tenait sur le seuil, appuyé sur un
grand bâton et enveloppé d’une cape de voyage
noire. Toutes les têtes se tournèrent vers le
nouveau venu, soudain illuminé par un éclair qui
zébra le plafond magique. L’homme ôta son
capuchon, secoua une longue crinière de cheveux
gris sombre, puis s’avança en direction de la table
des professeurs.
Un claquement sourd, régulier, résonnait en
écho dans la Grande Salle, ponctuant ses pas.
Lorsqu’il eut atteint l’extrémité de la table des
professeurs, il se dirigea vers Dumbledore d’un
pas lourd et claudicant. Un autre éclair illumina le
plafond et Hermione eut un haut-le-corps.
L’éclair avait jeté une lumière crue sur le visage
de l’étranger. Un visage comme celui-là, Harry
n’en avait encore jamais vu. On aurait dit qu’il
avait été taillé dans un vieux morceau de bois usé,
par quelqu’un qui n’aurait eu qu’une très vague
idée de la physionomie humaine et de l’art de la
sculpture. Chaque centimètre carré de sa peau

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 291 / 1147
paraissait marqué de cicatrices. Sa bouche avait
l’air d’une entaille tracée en diagonale et il lui
manquait une bonne partie du nez. Mais c’étaient
surtout ses yeux qui le rendaient effrayant.
L’un d’eux était petit, sombre, perçant. L’autre
était grand, rond comme une pièce de monnaie et
d’un bleu vif, électrique. L’œil bleu remuait sans
cesse, sans jamais ciller, roulant dans son orbite,
d’un côté et d’autre, de haut en bas, totalement
indépendant de l’œil normal. Il pouvait également
se retourner complètement pour regarder en
arrière. On ne voyait plus alors qu’un globe blanc.
L’étranger arriva devant Dumbledore. Il tendit
une main aussi labourée de cicatrices que son
visage et Dumbledore la serra, en murmurant des
paroles que Harry ne put entendre. Il semblait
demander quelque chose à l’homme qui hocha la
tête sans sourire et répondit à voix basse.
Dumbledore approuva et lui fit signe de s’asseoir
sur une chaise vide, du côté droit de la table.
L’homme s’assit, secoua sa crinière grise pour
dégager son visage, tira vers lui une assiette de
saucisses, la leva vers ce qui restait de son nez et
renifla. Il sortit ensuite de sa poche un petit
couteau, en planta la pointe dans une des
saucisses et commença à manger. Son œil normal
était fixé sur son assiette, mais l’œil bleu ne cessait

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 292 / 1147
de s’agiter dans son orbite, embrassant du regard
la Grande Salle et les élèves assis autour des
tables.
— Je vous présente notre nouveau professeur
de défense contre les forces du Mal, déclara
Dumbledore d’une voix claire qui rompit le
silence. Le professeur Maugrey.
D’habitude, les nouveaux professeurs étaient
salués par des applaudissements. Cette fois,
pourtant, ni les élèves ni les professeurs
n’applaudirent, à l’exception de Dumbledore et de
Hagrid. Mais il y avait quelque chose de lugubre
dans ces quelques battements de mains dont
l’écho résonna dans le silence général et ils
n’insistèrent pas. Tous les autres semblaient
tellement pétrifiés par l’étrange apparence du
professeur Maugrey qu’ils se contentaient de le
regarder fixement.
— Maugrey ? murmura Harry à l’oreille de Ron.
Maugrey Fol Œil ? Celui que ton père est allé
aider ce matin ?
— Sans doute, répondit Ron d’une voix basse et
intimidée.
— Qu’est-ce qui lui est arrivé ? chuchota
Hermione. Qu’est-ce qui est arrivé à son visage ?
— Sais pas, dit Ron en regardant Maugrey d’un
air fasciné.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 293 / 1147
Le professeur Maugrey paraissait totalement
indifférent à cet accueil peu chaleureux.
Négligeant le pichet de jus de citrouille posé
devant lui, il fouilla à nouveau dans la poche de sa
cape, en sortit une flasque et but une longue
gorgée de son contenu. Lorsqu’il tendit le bras
pour boire, sa cape se souleva du sol de quelques
centimètres et Harry aperçut sous la table
l’extrémité d’une jambe de bois sculptée, terminée
par un pied doté de griffes.
Dumbledore s’éclaircit à nouveau la gorge.
— Comme je m’apprêtais à vous le dire, reprit-
il, en souriant à la foule des élèves qui
contemplaient toujours Maugrey Fol Œil d’un air
stupéfait, nous allons avoir l’honneur d’accueillir
au cours des prochains mois un événement que
nous n’avons plus connu depuis un siècle. J’ai le
très grand plaisir de vous annoncer que le Tournoi
des Trois Sorciers se déroulera cette année à
Poudlard.
— Vous PLAISANTEZ ! s’exclama Fred
Weasley. L’atmosphère de tension qui s’était
installée dans la salle depuis l’arrivée de Maugrey
se dissipa soudain.
Presque tout le monde éclata de rire et
Dumbledore lui-même pouffa d’un air amusé.
— Non, je ne plaisante pas, Mr Weasley, dit-il.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 294 / 1147
Mais si vous aimez la plaisanterie, j’en ai entendu
une très bonne, cet été. C’est un troll, une harpie et
un farfadet qui entrent dans un bar…
Le professeur McGonagall s’éclaircit
bruyamment la gorge.
— Heu… c’est vrai…, dit Dumbledore. Le
moment n’est peut-être pas venu de… Où en étais-
je ? Ah, oui, le Tournoi des Trois Sorciers…
Certains d’entre vous ne savent pas en quoi
consiste ce tournoi, je demande donc à ceux qui
savent de me pardonner d’avoir à donner
quelques explications. Pendant ce temps-là, ils
sont autorisés à penser à autre chose. Le Tournoi
des Trois Sorciers a eu lieu pour la première fois il
y a quelque sept cents ans. Il s’agissait d’une
compétition amicale entre les trois plus grandes
écoles de sorcellerie d’Europe – Poudlard,
Beauxbâtons et Durmstrang. Un champion était
sélectionné pour représenter chacune des écoles et
les trois champions devaient accomplir trois
tâches à caractère magique. Chaque école
accueillait le tournoi à tour de rôle tous les cinq
ans et tout le monde y voyait un excellent moyen
d’établir des relations entre jeunes sorcières et
sorciers de différentes nationalités – jusqu’à ce
que le nombre de morts devienne si élevé que la
décision fut prise d’interrompre le tournoi.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 295 / 1147
— Le nombre de morts ? chuchota Hermione,
effarée.
Mais ses appréhensions ne semblaient pas
partagées par la majorité des élèves présents.
Beaucoup d’entre eux se parlaient à voix basse
d’un air enthousiaste et Harry lui-même avait hâte
d’en savoir plus sur le tournoi, indifférent aux
victimes qu’il avait pu faire des centaines d’années
auparavant.
— Au cours des siècles, il y a eu plusieurs
tentatives pour rétablir le tournoi, poursuivit
Dumbledore, mais aucune n’a rencontré un grand
succès. Cette année, pourtant, notre Département
de la coopération magique internationale et celui
des jeux et sports magiques ont estimé que le
moment était venu d’essayer de le faire revivre.
Nous avons tous beaucoup travaillé au cours de
l’été pour nous assurer que, cette fois, aucun
champion ne se trouvera en danger de mort. Les
responsables de Beauxbâtons et de Durmstrang
arriveront en octobre avec une liste de candidats et
la sélection des trois champions aura lieu le jour
de Halloween. Un juge impartial décidera quels
sont les élèves qui sont le plus dignes de concourir
pour le Trophée des Trois Sorciers, la gloire de
leur école et une récompense personnelle de mille
Gallions.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 296 / 1147
— Moi, je me lance ! chuchota Fred Weasley,
enthousiasmé par la perspective de tant de gloire
et de richesses.
Il n’était pas le seul à s’imaginer champion de
Poudlard. À chaque table, Harry voyait des élèves
chuchoter avec ferveur à l’oreille de leurs voisins
ou regarder Dumbledore d’un air extatique. Mais,
dès que Dumbledore reprit la parole, un silence
total revint dans la salle.
— Je sais que vous êtes tous impatients de
rapporter à Poudlard le Trophée des Trois
Sorciers, dit-il, mais les responsables des trois
écoles en compétition, en accord avec le ministère
de la Magie, ont jugé qu’il valait mieux, cette
année, imposer de nouvelles règles concernant
l’âge des candidats. Seuls les élèves majeurs –
c’est-à-dire qui ont dix-sept ans ou plus – seront
autorisés à soumettre leur nom à la sélection. Il
s’agit là – Dumbledore haussa légèrement la voix
car plusieurs élèves poussaient des exclamations
scandalisées et les jumeaux Weasley paraissaient
soudain furieux – il s’agit là, dis-je, d’une mesure
que nous estimons nécessaire, compte tenu de la
difficulté des tâches imposées qui resteront
dangereuses en dépit des précautions prises. Il est
en effet hautement improbable que des élèves
n’ayant pas encore atteint la sixième ou la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 297 / 1147
septième année d’études puissent les accomplir
sans risques. Je m’assurerai personnellement
qu’aucun élève d’âge inférieur à la limite imposée
ne puisse tricher sur son âge pour essayer de se
faire admettre comme champion de Poudlard par
notre juge impartial.
Ses yeux bleu clair étincelèrent en se posant sur
Fred et George dont le visage exprimait
ouvertement leur sentiment de révolte.
— Je vous demande donc de ne pas perdre
votre temps à essayer de vous porter candidat si
vous avez moins de dix-sept ans. Comme je vous
l’ai déjà dit, les délégations des écoles de
Beauxbâtons et de Durmstrang arriveront en
octobre et resteront parmi nous pendant la plus
grande partie de l’année scolaire. Je ne doute pas
que vous manifesterez la plus grande courtoisie
envers nos hôtes étrangers tout au long de leur
séjour et que vous apporterez votre entier soutien
au champion de Poudlard lorsqu’il – ou elle – aura
été désigné. Mais il se fait tard, à présent, et je sais
combien il est important que vous soyez frais et
dispos pour vos premiers cours, demain matin.
Alors, tout le monde au lit ! Et vite !
Dumbledore se rassit et se tourna vers Maugrey
Fol Œil. Tous les élèves se levèrent dans le
vacarme des chaises qui glissaient sur le sol et se

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 298 / 1147
dirigèrent en masse vers la double porte donnant
sur le hall d’entrée.
— Ils ne peuvent pas nous faire ça ! s’exclama
George Weasley qui n’avait pas encore rejoint la
foule des élèves et restait là à regarder
Dumbledore d’un air furieux. On va avoir dix-sept
ans en avril, pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas
tenter notre chance ?
— Ils ne m’empêcheront pas d’être candidat, dit
Fred d’un air buté, en lançant également un regard
indigné à la table des professeurs. Les champions
vont pouvoir faire plein de choses qui sont
interdites en temps normal Et en plus il y a mille
Gallions à gagner !
— Ouais, dit Ron d’un air rêveur. Mille
Gallions…
— Allez, venez, dit Hermione. Si vous ne bougez
pas d’ici, on va être les derniers.
Harry, Ron, Hermione, Fred et George se
dirigèrent à leur tour vers le hall d’entrée. Les
jumeaux se demandaient quels moyens
Dumbledore avait pu mettre en œuvre pour
empêcher les élèves en dessous de dix-sept ans de
soumettre leur candidature.
— Et qui est ce juge impartial chargé de choisir
les noms des champions ? demanda Harry.
— Sais pas, dit Fred, mais c’est lui qu’il va

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 299 / 1147
falloir berner. Quelques gouttes de potion de
Vieillissement devraient faire l’affaire, qu’est-ce
que tu en penses, George ?
— Dumbledore sait très bien que vous n’avez
pas l’âge, fit remarquer Ron.
— Oui, mais ce n’est pas lui qui doit désigner le
champion, dit Fred d’un air rusé. À mon avis, une
fois que ce fameux juge connaîtra les noms des
candidats, il choisira le meilleur de chaque école
sans se préoccuper de son âge. Dumbledore essaye
simplement de nous empêcher d’être candidats.
— N’oubliez quand même pas qu’il y a des gens
qui en sont morts ! dit Hermione d’une voix
inquiète, tandis qu’ils franchissaient une porte
masquée par une tapisserie et montaient un autre
escalier plus étroit.
— Oui, bien sûr, répondit Fred d’un ton dégagé,
mais c’était il y a longtemps. D’ailleurs, si on veut
vraiment s’amuser, il faut bien qu’il y ait un peu de
risques. Hé, Ron, imagine qu’on trouve un moyen
de contourner l’interdiction, est-ce que tu aurais
envie d’être candidat ?
— Qu’est-ce que tu en penses ? demanda Ron à
Harry. Ce serait bien d’essayer, non ? Mais je
pense qu’ils veulent quelqu’un de plus âgé… Je ne
crois pas qu’on sache assez de choses…
— Moi, c’est sûr que je n’en serais pas capable,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 300 / 1147
dit la voix triste de Neville, derrière Fred et
George. Ma grand-mère voudrait sûrement que
j’essaye, elle n’arrête pas de me répéter que je
devrais faire honneur à la famille. Il faudra
simplement que je… Oups…
Le pied de Neville venait de passer à travers un
trou, à mi-hauteur de l’escalier. Il n’était pas rare
que les escaliers du château réservent des
surprises de ce genre et les plus anciens élèves de
Poudlard avaient pris l’habitude d’enjamber cette
marche particulière sans même y penser. Mais
Neville était connu pour sa mémoire défaillante.
Harry et Ron le saisirent chacun par un bras et le
hissèrent hors du trou tandis qu’une armure, en
haut de l’escalier, se mettait à grincer en éclatant
d’un rire guttural.
— Tais-toi, toi, dit Ron en rabattant au passage
la visière de l’armure.
Ils continuèrent de monter jusqu’à la tour de
Gryffondor dont l’entrée était cachée par un grand
tableau représentant une grosse dame dans une
robe de soie rosé.
— Le mot de passe ? demanda-t-elle en les
voyant approcher.
— Fariboles, répondit George. C’est un préfet
qui me l’a donné.
Le tableau bascula, laissant apparaître un trou

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 301 / 1147
dans le mur. Ils s’y engouffrèrent, pénétrant dans
la salle commune où les attendaient des fauteuils
confortables et un feu qui craquait dans la
cheminée. Hermione regarda les flammes d’un air
sombre et Harry l’entendit marmonner : « De
l’esclavage ! » Puis elle leur dit bonsoir et disparut
par la porte qui donnait accès au dortoir des filles.
Harry, Ron et Neville montèrent le dernier
escalier en colimaçon qui menait à leur dortoir,
situé au sommet de la tour. Cinq lits à baldaquin
aux rideaux cramoisis étaient alignés le long des
murs, et les bagages de chacun avaient été déposés
à leur pied. Dean et Seamus se préparaient déjà à
se coucher. Seamus avait épinglé sa rosette
d’Irlande à la tête de son lit et Dean avait accroché
un poster représentant Viktor Krum au-dessus de
sa table de chevet. Sa vieille affiche de l’équipe de
football de West Ham était collée juste à côté.
— Vraiment ridicule ! soupira Ron en hochant
la tête à la vue des joueurs de football
complètement immobiles.
Harry, Ron et Neville enfilèrent leurs pyjamas
et se mirent au lit. Quelqu’un – un elfe de maison,
sans doute – avait glissé des bouillottes entre les
draps. S’allonger dans les lits tièdes en écoutant
l’orage qui se déchaînait au-dehors procurait une
sensation de confort extrême.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 302 / 1147
— J’aimerais bien être candidat, dit la voix
ensommeillée de Ron dans l’obscurité, si Fred et
George trouvent le moyen… Le tournoi… On ne
sait jamais, tu ne crois pas ?
— Peut-être…
Harry se retourna dans son lit. Des images
étourdissantes défilaient dans sa tête… Il avait
réussi à faire croire au juge impartial qu’il avait
dix-sept ans… Il était devenu le champion de
Poudlard… Les bras levés en signe de triomphe, il
était acclamé par toute l’école réunie dans le
parc… Il venait de remporter le Tournoi des Trois
Sorciers… Dans la foule indistincte, le visage de
Cho lui apparaissait nettement, le regard brillant
d’admiration…
La tête dans l’oreiller, Harry eut un large
sourire. Pour une fois, il était content que Ron ne
puisse pas voir ce que lui-même voyait.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 303 / 1147
13
M AUGREY F OL ΠIL
e lendemain matin, l’orage s’était éloigné,
mais le plafond de la Grande Salle restait
sombre. D’épais nuages d’un gris d’étain défilaient
au-dessus des têtes tandis que Harry, Ron et
Hermione, assis à la table du petit déjeuner,
étudiaient leur emploi du temps. Un peu plus loin,
Fred, George et Lee Jordan discutaient des
meilleures méthodes qui pourraient les vieillir et
leur permettre d’être admis comme candidats au
Tournoi des Trois Sorciers. L
— Pas mal, le programme de ce matin, on va
être dehors toute la journée, dit Ron en parcourant
son emploi du temps à la colonne du lundi. On a
botanique avec les Poufsouffle et ensuite, soins
aux créatures magiques… Nom d’un dragon, on est
encore avec les Serpentard pour ce cours-là…
— Double cours de divination, cet après-midi,
grogna Harry.
La divination était la matière qu’il aimait le

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 304 / 1147
moins, en dehors des potions. Le professeur
Trelawney ne cessait de lui annoncer sa mort
prochaine, ce que Harry trouvait à la longue
singulièrement agaçant.
— Tu aurais dû laisser tomber, comme moi, dit
vivement Hermione en se beurrant un toast. Ça
t’aurait permis de faire quelque chose de plus
intelligent à la place, l’arithmancie, par exemple.
— Tiens, tu as recommencé à manger, on dirait,
fit remarquer Ron en voyant Hermione étaler une
épaisse couche de confiture sur son toast beurré.
— J’ai décidé qu’il y avait de meilleurs moyens
de prendre la défense des elfes, répliqua Hermione
d’un ton hautain.
— Ouais… et en plus, tu avais faim, dit Ron avec
un sourire.
Il y eut un soudain bruissement d’ailes au-
dessus d’eux et une centaine de hiboux chargés de
lettres et de paquets s’engouffrèrent dans la salle
en passant par les fenêtres ouvertes.
Instinctivement, Harry leva les yeux, mais il ne vit
pas la moindre trace de plumage blanc dans cette
masse de hiboux et de chouettes aux plumes grises
ou marron. Les hiboux décrivaient des cercles au-
dessus des tables, cherchant leurs destinataires.
Une grande chouette hulotte fondit sur Neville
Londubat et déposa un paquet sur ses genoux –

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 305 / 1147
Neville oubliait presque toujours quelque chose
quand il faisait ses bagages. De l’autre côté de la
salle, le hibou grand duc de Drago Malefoy s’était
posé sur son épaule, apportant son habituel colis
de friandises et de gâteaux envoyés par sa famille.
Essayant d’oublier sa déception, Harry reporta son
attention sur son assiette de porridge. Était-il
possible que quelque chose soit arrivé à Hedwige
et que Sirius n’ait même pas reçu sa lettre ?
Il était toujours aussi inquiet lorsqu’il suivit le
chemin détrempé qui menait à la serre numéro
trois. Le cours de botanique parvint cependant à
lui changer les idées. Le professeur Chourave
montra aux élèves les plantes les plus laides que
Harry eût jamais vues. En fait, elles ressemblaient
moins à des plantes qu’à de grosses limaces noires
et épaisses qui dépassaient verticalement de leurs
pots. Elles se tortillaient légèrement et étaient
couvertes de grosses pustules brillantes
apparemment pleines de liquide.
— Ce sont des Bubobulbs, annonça vivement le
professeur Chourave. Vous allez percer leurs
vésicules pour recueillir le pus…
— Le quoi ? s’écria Seamus Finnigan d’un ton
dégoûté.
— Le pus, Finnigan, le pus, répéta le professeur
Chourave. Et c’est une substance extrêmement

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 306 / 1147
précieuse, alors n’en perdez pas, surtout. Vous
allez donc recueillir ce pus dans des bouteilles.
Mettez vos gants en peau de dragon, car le pus de
Bubobulb peut avoir quelquefois des effets
bizarres s’il entre en contact avec la peau sans
avoir été dilué.
Percer les pustules de Bubobulbs était assez
répugnant mais procurait également une étrange
satisfaction. Chaque fois qu’une des vésicules
éclatait, il s’en échappait une grande quantité d’un
épais liquide d’une couleur vert jaunâtre, qui
dégageait une forte odeur d’essence. Les élèves le
faisaient couler dans les bouteilles que le
professeur Chourave leur avait données et, à la fin
du cours, ils en avaient recueilli plusieurs litres.
— Voilà qui va faire plaisir à Madame
Pomfresh, dit le professeur Chourave en enfonçant
un bouchon de liège dans le goulot de la dernière
bouteille. Le pus de Bubobulb est un excellent
remède contre les formes les plus persistantes
d’acné. Avec ça, les élèves de Poudlard devraient
cesser de recourir à des méthodes désespérées
pour se débarrasser de leurs boutons.
— Comme cette pauvre Éloïse Midgen, dit à
voix basse Hannah Abbot, une élève de
Poufsouffle. Elle a essayé d’enlever les siens en
leur jetant un sort.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 307 / 1147
— Quelle idiote, soupira le professeur Chourave
en hochant la tête. Heureusement que Madame
Pomfresh a réussi à lui remettre le nez en place.
Une cloche retentit avec force dans le château,
annonçant la fin du cours et les élèves des deux
maisons se séparèrent, les Poufsouffle montant
l’escalier de pierre pour aller en classe de
métamorphose et les Gryffondor prenant la
direction de la cabane en bois où habitait Hagrid,
à la lisière de la Forêt interdite.
Hagrid les attendait devant sa cabane, une
main sur le collier de Crockdur, son énorme chien
noir. À ses pieds, plusieurs caisses en bois étaient
posées sur le sol et Crockdur tirait sur son collier
en gémissant, apparemment impatient d’en
examiner le contenu de plus près. Lorsqu’ils
approchèrent, ils entendirent un raclement
ponctué de petites explosions.
— Bonjour ! lança Hagrid en souriant à Harry,
Ron et Hermione. On va attendre les Serpentard,
ça au moins, ça va leur plaire… des Scroutts à
pétard !
— Vous pouvez répéter ? demanda Ron. Hagrid
montra les caisses.
— Beuârk ! s’écria Lavande Brown en faisant un
bond en arrière.
« Beuârk » était le mot qui pouvait le mieux

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 308 / 1147
définir les Scroutts à pétard aux yeux de Harry. On
aurait dit des homards difformes, dépourvus de
carapace, d’une pâleur horrible, d’aspect gluant,
avec de petites pattes qui dépassaient aux endroits
les plus inattendus et sans tête visible. Il y en avait
environ une centaine dans chaque caisse. Longs
d’une quinzaine de centimètres, ils rampaient les
uns sur les autres, se cognant contre les parois,
comme s’ils étaient aveugles, et dégageaient une
forte odeur de poisson pourri. De temps à autre,
des étincelles jaillissaient à l’extrémité de l’une des
créatures qui se trouvait alors propulsée de
plusieurs centimètres en avant.
— Ils viennent d’éclore, dit fièrement Hagrid.
Vous allez pouvoir les élever vous-mêmes ! J’ai
pensé que ça ferait un bon projet !
— Et pourquoi est-ce qu’on aurait envie de les
élever ? dit une voix glaciale.
Les Serpentard étaient arrivés. C’était Drago
Malefoy qui venait de parler. Crabbe et Goyle
ponctuèrent son intervention d’un petit rire.
Hagrid parut pris de court par la question.
— Qu’est-ce qu’ils font, ces animaux-là ?
demanda Malefoy. À quoi servent-ils ?
Hagrid ouvrit la bouche. Apparemment, il
réfléchissait. Il y eut quelques instants de silence,
puis il répondit d’un ton brusque :

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 309 / 1147
— Ça, ce sera pour le prochain cours, Malefoy.
Aujourd’hui, il faut les nourrir, c’est tout. On va
essayer différentes sortes d’aliments. C’est la
première fois que j’en ai, de ceux-là, je ne sais pas
très bien ce qui peut leur plaire. J’ai apporté des
œufs de fourmi et des foies de grenouille et puis
un morceau de couleuvre. Vous n’aurez qu’à
essayer de leur donner un peu de chaque.
— D’abord, du pus, et maintenant, ça,
marmonna Seamus.
Seule la profonde affection qu’ils éprouvaient
pour Hagrid décida Harry, Ron et Hermione à
prendre chacun une poignée de foies de grenouille
visqueux et à les agiter au-dessus des Scroutts à
pétard pour essayer de les mettre en appétit.
Harry ne pouvait s’empêcher de se demander si
tout cela n’était pas parfaitement inutile, étant
donné que les Scroutts ne semblaient pas avoir de
bouche.
— Ouïe ! s’écria Dean Thomas, une dizaine de
minutes plus tard. Il m’a eu !
Hagrid se précipita vers lui d’un air inquiet.
— Il a explosé ! expliqua Dean d’un ton furieux
en montrant à Hagrid une brûlure sur sa main.
— Ah, oui, ça, ce sont des choses qui arrivent,
dit Hagrid avec un hochement de tête.
— Beuârk ! répéta Lavande Brown. Hagrid,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 310 / 1147
qu’est-ce que c’est que cette chose pointue, là ?
— Il y en a qui ont des dards, répondit Hagrid
avec enthousiasme. (Lavande retira vivement sa
main de la boîte.) Je pense que ce sont les mâles…
Les femelles ont une espèce de ventouse sur le
ventre… Ça doit être pour sucer le sang.
— Je comprends maintenant pourquoi il est si
important de les maintenir en vie, dit Malefoy d’un
ton sarcastique. Qui n’a jamais rêvé d’avoir des
animaux de compagnie qui brûlent, piquent et
sucent le sang ?
— Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas très
beaux qu’ils ne peuvent pas être utiles, répliqua
sèchement Hermione. Le sang de dragon a des
vertus magiques prodigieuses, mais il n’empêche
qu’on n’a pas très envie d’avoir un dragon à la
maison.
Harry et Ron eurent un sourire et échangèrent
avec Hagrid un coup d’œil amusé. Le plus cher
désir de Hagrid était précisément d’avoir un
dragon chez lui. Harry, Ron et Hermione étaient
bien placés pour le savoir, car il en avait eu un
pendant une brève période, au cours de leur
première année d’études à Poudlard, un Norvégien
à crête, passablement agressif, du nom de Norbert.
D’une manière générale, Hagrid avait une passion
pour les créatures monstrueuses – plus elles

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 311 / 1147
étaient dangereuses, plus il les aimait.
— Au moins, les Scroutts ne sont pas très
grands, dit Ron lorsque, à la fin du cours, ils
retournèrent au château pour aller déjeuner.
— Ils ne le sont pas, aujourd’hui , fit remarquer
Hermione d’un ton exaspéré, mais quand Hagrid
aura trouvé ce qu’ils aiment manger, ils grandiront
et finiront peut-être par mesurer deux mètres de
long.
— Ça n’aura pas d’importance si on découvre
qu’ils guérissent le mal de mer ou je ne sais quoi
d’autre, répliqua Ron en lui adressant un sourire
moqueur.
— Tu sais très bien que j’ai dit ça uniquement
pour faire taire Malefoy, dit Hermione. Mais en
fait, je pense qu’il a raison. Il vaudrait mieux se
débarrasser de ces créatures avant qu’elles
commencent à nous attaquer.
Ils s’assirent à la table des Gryffondor et
remplirent leurs assiettes de côtelettes d’agneau
accompagnées de pommes de terre. Hermione se
mit alors à manger si vite que Harry et Ron la
regardèrent d’un air intrigué.
— Heu… c’est ta nouvelle façon de lutter pour
les droits des elfes ? s’étonna Ron. Tu as
l’intention de te rendre malade ?
— Non, répondit Hermione avec toute la dignité

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 312 / 1147
dont elle était encore capable en parlant la bouche
pleine de choux de Bruxelles. Je veux simplement
aller à la bibliothèque.
— Quoi ? s’exclama Ron d’un air incrédule.
Hermione, c’est le premier jour de classe ! On n’a
pas encore eu un seul devoir !
Hermione haussa les épaules et continua à
engloutir le contenu de son assiette comme si elle
n’avait rien mangé depuis plusieurs jours. Puis elle
se leva d’un bond et dit :
— On se voit ce soir au dîner !
Et elle se hâta de quitter la Grande Salle.
Lorsque la cloche sonna pour annoncer le début
des cours de l’après-midi, Harry et Ron prirent la
direction de la tour nord où, tout en haut d’un
escalier en colimaçon, une échelle d’argent
permettait d’accéder à une trappe circulaire
aménagée dans le plafond. C’était par là qu’on
entrait dans la pièce où habitait le professeur
Trelawney et où elle donnait ses cours.
Lorsqu’ils émergèrent de la trappe, ils sentirent
aussitôt l’habituel parfum douceâtre qui émanait
du feu, dans la cheminée. Comme toujours, les
rideaux étaient tirés devant les fenêtres. La pièce
circulaire baignait dans une faible lumière rouge
que répandaient de nombreuses lampes
enveloppées de châles et d’écharpes. Harry et Ron

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 313 / 1147
se faufilèrent parmi les fauteuils et les poufs
recouverts de chintz où les élèves étaient assis et
allèrent s’installer à une table ronde.
— Je vous souhaite le bonjour, dit la voix
mystérieuse du professeur Trelawney, juste
derrière Harry qui sursauta.
C’était une femme mince, avec des lunettes
énormes qui faisaient paraître ses yeux beaucoup
trop grands pour son visage. Elle regarda Harry
avec l’expression tragique qui était la sienne
chaque fois qu’elle le voyait. Son habituelle
débauche de perles, de chaînes et de bracelets
scintillait à la lueur des flammes.
— Vous êtes préoccupé, mon pauvre chéri, dit-
elle à Harry d’un ton lugubre. Mon troisième œil
voit derrière votre visage une âme troublée. Et j’ai
le regret de vous dire que vos inquiétudes ne sont
pas sans fondement. Je vois des moments difficiles
qui vous attendent, hélas… très difficiles… Ce que
vous redoutez va se produire, je le crains… Et
peut-être plus tôt que vous ne le pensez…
Sa voix se transforma presque en un murmure.
Ron tourna les yeux vers Harry qui paraissait
imperturbable. Le professeur Trelawney passa
devant eux et alla s’installer dans un grand
fauteuil à côté de la cheminée, face à la classe.
Lavande Brown et Parvati Patil, qui éprouvaient

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 314 / 1147
pour le professeur Trelawney une admiration
éperdue, étaient assises tout près d’elle, sur des
poufs.
— Mes chéris, dit le professeur, il est temps
pour nous de nous intéresser aux étoiles, au
mouvement des planètes et aux mystérieux
présages qu’elles révèlent exclusivement à ceux
qui sont capables de comprendre la chorégraphie
de la danse céleste. On peut connaître la destinée
humaine en déchiffrant la façon dont les
rayonnements planétaires s’interpénètrent…
Mais Harry avait la tête ailleurs. Le parfum qui
se dégageait du feu le rendait toujours un peu
somnolent et émoussait son esprit. En outre, les
bavardages du professeur Trelawney sur l’art de
prédire l’avenir ne l’avaient jamais vraiment
fasciné. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher de
repenser à ce qu’elle venait de lui dire. « Ce que
vous redoutez va se produire, je le crains …»
Mais Hermione avait raison, pensa Harry avec
agacement, le professeur Trelawney n’avait jamais
raconté que des mensonges. Il ne redoutait rien du
tout en ce moment… si l’on mettait à part ses
craintes que Sirius ait été capturé… mais qu’en
savait donc le professeur Trelawney ? Depuis
longtemps, Harry en était arrivé à la conclusion
qu’elle devait sa réputation de voyante à quelques

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 315 / 1147
coups de chance dans ses prédictions et à son
comportement soigneusement étudié pour faire
froid dans le dos.
Il fallait mettre à part, bien sûr, le jour où, à la
fin de l’année précédente, elle avait prédit le retour
de Voldemort… Lorsque Harry lui avait raconté ce
qui s’était passé, Dumbledore lui-même avait dit
que, cette fois, il s’était agi d’une véritable transe…
— Harry ! chuchota Ron.
— Quoi ? Harry jeta un coup d’œil autour de lui
et vit que toute la classe le regardait.
Il se redressa en s’apercevant qu’il s’était
presque assoupi, perdu dans ses pensées et
engourdi par la chaleur ambiante.
— J’étais en train de dire, mon pauvre garçon,
que vous êtes né, de toute évidence, sous
l’influence maléfique de Saturne, déclara le
professeur Trelawney, avec une nuance de
reproche dans la voix pour lui avoir témoigné si
peu d’attention.
— Né sous… quoi, pardon ? dit Harry.
— Saturne, mon garçon, la planète Saturne !
répéta-t-elle, manifestement agacée de constater
que la nouvelle le laissait toujours aussi
indifférent. Je disais que Saturne occupait
certainement une position dominante dans le ciel
au moment de votre naissance… Vos cheveux

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 316 / 1147
noirs… votre taille moyenne… Une perte tragique à
un âge si jeune… Je pense ne pas me tromper,
mon pauvre chéri, en affirmant que vous êtes né
en plein hiver ?
— Je suis né en juillet, dit Harry.
Ron se mit à tousser pour dissimuler un éclat
de rire. Une demi-heure plus tard, chacun d’eux
avait un graphique circulaire sous les yeux et
s’efforçait de déterminer la position des planètes
au moment de sa naissance. C’était un travail
fastidieux qui obligeait à consulter sans cesse des
éphémérides et à calculer des angles compliqués.
— J’ai deux Neptune, dit Harry au bout d’un
moment, fronçant les yeux devant son morceau de
parchemin. Il doit y avoir une erreur, non ?
— Aaaaah, dit Ron en imitant le murmure
mystérieux du professeur Trelawney, quand deux
Neptune apparaissent dans le ciel, c’est le signe
qu’un nain à lunettes est en train de naître, mon
pauvre garçon…
Seamus et Dean, qui se trouvaient tout près
d’eux, éclatèrent de rire, mais pas assez fort pour
couvrir les petits cris surexcités de Lavande
Brown.
— Oh, professeur, regardez ! s’écria-t-elle. Je
crois que j’ai une planète bizarre ! Oooh, qu’est-ce
que c’est, professeur ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 317 / 1147
— C’est la Lune, ma chérie, répondit le
professeur Trelawney en regardant sa carte du
ciel.
— Est-ce que je pourrais voir ta lune, Lavande ?
demanda Ron.
Par malchance, le professeur Trelawney
l’entendit et ce fut sans doute la raison pour
laquelle elle leur donna à la fin du cours un devoir
aussi difficile.
— Vous me ferez une analyse détaillée de la
façon dont les mouvements planétaires vous
affecteront le mois prochain, en référence à votre
thème personnel, lança-t-elle d’un ton sec qui
ressemblait beaucoup plus à celui du professeur
McGonagall qu’à son habituelle voix éthérée. Je
veux ça pour lundi sans faute !
— Vieille chouette rabougrie ! grommela Ron
avec amertume, tandis qu’ils descendaient dans la
Grande Salle pour aller dîner. Ça va nous prendre
tout le week-end, ce truc-là…
— Beaucoup de devoirs ? dit Hermione d’un ton
claironnant en les rattrapant dans l’escalier. Le
professeur Vector ne nous en a pas donné du tout !
— Tant mieux, vive le professeur Vector,
répondit Ron avec mauvaise humeur.
Le hall était rempli d’élèves qui faisaient la
queue pour entrer dans la Grande Salle. Ils

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 318 / 1147
venaient de se mettre au bout de la file lorsqu’une
voix sonore retentit derrière eux :
— Weasley ! Hé, Weasley ! Harry, Ron et
Hermione se retournèrent. Malefoy, Crabbe et
Goyle arrivaient derrière eux, l’air ravi.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda sèchement
Ron.
— Ton père est dans le journal, Weasley ! dit
Malefoy.
Il brandissait un exemplaire de La Gazette du
sorcier en parlant le plus fort possible pour que
tout le monde l’entende.
— Écoute un peu ça !
NOUVELLES BÉVUES AU MINISTÈRE DE LA
MAGIE
Il semble que les ennuis du ministère de la
Magie soient loin d’être terminés , écrit notre
envoyée spéciale, Rita Skeeter. Récemment
montré du doigt pour l’insuffisance de son service
d’ordre lors de la Coupe du Monde de Quidditch,
et toujours incapable de donner la moindre
explication concernant la disparition de l’une de
ses sorcières, le ministère se voit à nouveau
plongé dans l’embarras à la suite des fantaisies

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 319 / 1147
d’Arnold Weasley, du Service des détournements
de l’artisanat moldu .
Malefoy releva la tête.
— Tu te rends compte, Weasley, croassa-t-il, ils
ne connaissent même pas son nom exact, c’est
comme si ton père n’avait aucune existence.
Dans le hall, à présent, tout le monde écoutait.
D’un geste théâtral, Malefoy déplia le journal et
reprit sa lecture.
Arnold Weasley, qui fut poursuivi il y a deux
ans pour possession d’une voiture volante, s’est
trouvé impliqué hier dans un incident qui l’a
opposé à des représentants de l’ordre moldu
(appelés gendarmes) à propos de poubelles
particulièrement agressives. Il semblerait que
Mr Weasley se soit précipité au secours de
Maugrey « Fol Œil », un ex-Auror d’un âge
avancé, qui fut mis à la retraite par le ministère
lorsqu’il apparut qu’il était devenu incapable de
faire la différence entre une poignée de main et
une tentative de meurtre. Comme on pouvait s’y
attendre, en arrivant devant la maison
transformée en camp retranché de Mr Maugrey,
Mr Weasley fut bien obligé de constater que
l’ancien Auror avait une fois de plus déclenché

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 320 / 1147
une fausse alerte. Avant de pouvoir échapper aux
gendarmes, Mr Weasley s’est vu contraint de
lancer plusieurs sortilèges d’Amnésie afin de
modifier la mémoire des témoins. Il a cependant
refusé de répondre aux questions de La Gazette du
sorcier qui souhaitait lui demander pourquoi il
avait cru bon d’impliquer le ministère de la
Magie dans cette bouffonnerie peu digne d’un de
ses représentants, et dont les conséquences
pourraient se révéler fort embarrassantes.
— Et il y a une photo, Weasley ! dit Malefoy en
agitant le journal qu’il tenait bien en vue. Une
photo de tes parents devant leur maison – si on
peut appeler ça une maison ! Ta mère aurait peut-
être intérêt à perdre quelques kilos, tu ne crois
pas ?
Ron tremblait de fureur. Tous les élèves avaient
les yeux fixés sur lui.
— Va te faire voir, Malefoy, dit Harry. Viens,
Ron…
— Ah oui, c’est vrai que tu es allé chez eux, cet
été, Potter, lança Malefoy d’un air dédaigneux.
Alors, dis-moi, est-ce que sa mère ressemble
vraiment à un cochonnet ou bien c’est simplement
la photo qui fait ça ?
Harry et Hermione retinrent Ron par le dos de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 321 / 1147
sa robe pour l’empêcher de se ruer sur Malefoy.
— Et ta mère à toi , Malefoy, répliqua Harry,
pourquoi est-ce qu’elle avait l’air d’avoir une bouse
de dragon sous le nez, quand je l’ai vue ? Elle est
toujours comme ça ou bien c’est simplement parce
que tu étais avec elle ?
Le teint pâle de Malefoy rosit légèrement.
— Ne t’avise pas d’insulter ma mère, Potter !
— Dans ce cas, ferme-la, répliqua Harry en s’en
allant.
BANG !
Plusieurs élèves poussèrent des cris et Harry
sentit quelque chose de brûlant lui frôler la joue.
Il plongea la main dans sa poche pour saisir sa
baguette magique mais, avant qu’il ait eu le temps
de la toucher, il entendit un second « BANG » et
un rugissement qui résonna dans tout le hall
d’entrée :
— PAS DE ÇA, MON BONHOMME !
Harry fit volte-face. Le professeur Maugrey
descendait en claudiquant les marches de l’escalier
de marbre. Il avait sorti sa baguette magique et la
pointait droit sur une fouine qui tremblait de tout
son corps sur le sol recouvert de dalles, à l’endroit
exact où s’était trouvé Malefoy quelques instants
auparavant.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 322 / 1147
Un silence terrifié régna soudain dans le hall. À
part Maugrey Fol Œil, personne n’osait faire un
geste. Maugrey regarda Harry – de son œil
normal, l’autre étant tourné vers l’arrière de sa
tête.
— Tu as été touché ? grogna Maugrey.
Sa voix était grave et rocailleuse.
— Non, répondit Harry, il m’a raté.
— LAISSE-LE ! s’écria Maugrey.
— Laisse quoi ? demanda Harry, sans
comprendre.
— Pas toi, lui ! gronda Maugrey en montrant du
pouce par-dessus son épaule Crabbe, qui venait de
s’immobiliser au moment où il s’apprêtait à
ramasser la fouine.
Apparemment, l’œil mobile de Maugrey était
magique et lui permettait de voir derrière sa tête.
Maugrey s’avança en boitant vers Crabbe, Goyle
et la fouine qui poussa un couinement terrifié et
fila vers l’escalier qui menait au sous-sol du
château.
— Non, pas par là ! rugit Maugrey en pointant à
nouveau sa baguette magique sur la fouine qui fit
un bond de trois mètres, retomba avec un bruit
sourd sur le sol, puis s’éleva à nouveau dans les
airs. Je n’aime pas les gens qui attaquent par-

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 323 / 1147
derrière, grogna-t-il, tandis que la fouine faisait
des bonds de plus en plus hauts en lançant des cris
de douleur. C’est lâche, c’est minable, c’est
répugnant…
La fouine fut à nouveau projetée en l’air, agitant
inutilement sa queue et ses pattes.
— Ne – refais – jamais – ça ! lança Maugrey, en
détachant chaque mot au rythme des bonds et des
chutes de la fouine.
— Professeur Maugrey ! s’exclama une voix
d’un ton scandalisé.
Le professeur McGonagall descendait l’escalier
de marbre, les bras chargés de livres.
— Bonjour, professeur, dit calmement
Maugrey, qui continuait de faire bondir l’animal
de plus en plus haut.
— Que… Qu’est-ce que vous faites ? balbutia le
professeur McGonagall en suivant des yeux
l’animal qui se tortillait dans les airs.
— J’enseigne, répondit-il.
— Vous ens … Maugrey, c’est un élève ? s’écria le
professeur McGonagall d’une voix suraiguë en
laissant tomber ses livres par terre.
— Ouais, dit Maugrey.
— Non ! hurla McGonagall qui dévala l’escalier,
sa baguette magique en avant.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 324 / 1147
Un instant plus tard, il y eut un craquement
sonore et Drago Malefoy réapparut, recroquevillé
sur le sol, ses cheveux blonds et soignés tombant
sur son visage qui était devenu d’un rosé brillant.
Il se releva en faisant la grimace.
— Maugrey, nous n’avons jamais recours à la
métamorphose pour infliger des punitions ! dit le
professeur McGonagall d’une voix faible. Le
professeur Dumbledore vous l’a sûrement
précisé ?
— Il y a peut-être fait allusion, c’est possible,
répondit Maugrey en se grattant le menton d’un
air indifférent. Mais j’ai pensé qu’un bon
traitement de choc…
— Nous donnons des retenues, Maugrey ! Ou
nous parlons avec le responsable de la maison à
laquelle appartient l’élève fautif !
— D’accord, c’est ce que je ferai, dit-il en
regardant Malefoy d’un air dégoûté. Malefoy, dont
les yeux pâles étaient encore humides de douleur
et d’humiliation, lança un regard hostile à
Maugrey et marmonna quelques paroles
inaudibles, parmi lesquelles seuls les mots « mon
père » furent prononcés distinctement.
— Ah ouais ? dit tranquillement Maugrey en
avançant d’un pas claudicant, ponctué par le
claquement régulier de sa jambe de bois qui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 325 / 1147
résonnait dans tout le hall. Je le connais depuis
longtemps, ton père, mon bonhomme… Tu n’as
qu’à lui dire que Maugrey surveille son fils de
près… Dis-lui ça de ma part… Le responsable de ta
maison, c’est Rogue, non ?
— Oui, répondit Malefoy d’un ton hargneux.
— Encore un vieil ami, grogna Maugrey. Ça fait
longtemps que j’ai envie de bavarder avec le vieux
Rogue… Allez, viens un peu par là…
Il saisit Malefoy par le bras et l’entraîna en
direction du sous-sol.
Le professeur McGonagall les regarda
s’éloigner d’un air anxieux, puis elle agita sa
baguette magique vers ses livres qui reprirent tout
seuls leur place entre ses bras.
— Ne me parlez surtout pas, dit Ron à voix
basse en s’adressant à Harry et à Hermione,
lorsqu’ils furent installés à la table des Gryffondor.
Tout autour d’eux, les élèves commentaient d’un
air surexcité ce qui venait de se passer.
— Et pourquoi est-ce qu’on ne doit pas te
parler ? s’étonna Hermione.
— Parce que je veux graver ça à tout jamais
dans ma mémoire, répondit Ron, les yeux fermés,
une expression d’extase sur le visage. Drago
Malefoy, l’extraordinaire fouine bondissante…
Ils éclatèrent de rire tandis qu’Hermione

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 326 / 1147
remplissait leurs assiettes de ragoût de bœuf.
— N’empêche qu’il aurait pu lui faire vraiment
mal, dit-elle. Heureusement que le professeur
McGonagall l’a arrêté à temps…
— Hermione ! s’exclama Ron avec fureur, en
rouvrant soudain les yeux. Tu es en train de gâcher
le plus beau moment de ma vie !
Hermione, toujours aussi impatiente,
recommença à manger à toute vitesse.
— Ne me dis pas que tu retournes à la
bibliothèque ce soir ? dit Harry en la regardant
dévorer son ragoût.
— Il le faut, répondit-elle, la bouche pleine. J’ai
beaucoup de choses à faire.
— Mais tu nous as dit que le professeur
Vector…
— Ce n’est pas du travail scolaire, dit-elle.
Quelques minutes plus tard, elle avait vidé son
assiette et quitté la Grande Salle. À peine était-elle
partie que Fred Weasley vint s’asseoir à sa place.
— Maugrey ! dit-il. Vous le trouvez bien ?
— Mieux que bien, dit George en s’asseyant en
face de Fred.
— Super bien, renchérit le meilleur ami des
jumeaux, Lee Jordan, en se glissant sur la chaise à
côté de George. On l’a eu cet après-midi, ajouta-t-

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 327 / 1147
il à l’adresse de Harry et de Ron.
— Comment c’était ? demanda avidement
Harry. Fred, George et Lee échangèrent des
regards éloquents.
— On n’a jamais eu un cours comme ça, dit
Fred.
— Ce type-là sait , dit Lee.
— Qu’est-ce qu’il sait ? demanda Ron en se
penchant vers eux.
— Il sait ce que ça veut dire que de faire les
choses, déclara George d’un ton impressionnant.
— Faire quoi ? demanda Harry.
— Combattre les forces du Mal, répondit Fred.
— Il a vraiment vu ce que c’était, dit George.
— Incroyable, ajouta Lee. Ron plongea dans son
sac pour y prendre son emploi du temps.
— On ne l’a que jeudi prochain ! dit-il d’un ton
déçu.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 328 / 1147
14
L ES S ORTILÈGES I MPARDONNABLES
es deux jours suivants se passèrent sans
incidents notables, à part le fait que Neville
fit fondre son sixième chaudron pendant le cours
de potions. Le professeur Rogue, dont la hargne
semblait avoir atteint de nouveaux sommets au
cours de l’été, lui donna une retenue. Neville
revint de sa punition au bord de la crise de nerfs :
il avait dû éviscérer tout un tonneau plein de
crapauds cornus. L
— Tu sais pourquoi Rogue est d’une humeur
aussi massacrante ? dit Ron à Harry en regardant
Hermione apprendre à Neville un sortilège de
Récurage pour enlever les morceaux d’intestin de
crapaud qui s’étaient glissés sous ses ongles.
— Oui, répondit Harry. C’est à cause de
Maugrey.
Il était de notoriété publique que Rogue
convoitait depuis longtemps le poste de professeur
de défense contre les forces du Mal et, pour la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 329 / 1147
quatrième année consécutive, il n’était toujours
pas parvenu à l’obtenir. Rogue avait éprouvé la
plus vive antipathie pour les anciens professeurs
en cette matière et ne s’était pas privé de le
montrer mais, étrangement, il s’efforçait de ne pas
manifester son animosité envers Maugrey Fol Œil.
Chaque fois que Harry les voyait ensemble –
pendant les repas ou en les croisant dans un
couloir –, il avait la très nette impression que
Rogue évitait le regard de Maugrey, celui de son
œil magique comme celui de son œil normal.
— Je crois que Rogue a un peu peur de lui, dit
Harry d’un air songeur.
— Imagine que Maugrey transforme Rogue en
crapaud cornu, dit Ron, le regard rêveur, et qu’il le
fasse rebondir devant toute la classe…
Le jeudi, les Gryffondor de quatrième année
attendaient leur premier cours avec Maugrey avec
tant d’impatience qu’ils arrivèrent en avance, juste
après le déjeuner, et se mirent en rang devant la
salle de classe avant même que la cloche eût
retenti.
La seule personne absente était Hermione qui
arriva juste à temps pour le début du cours.
— J’étais à…
— … la bibliothèque, acheva Harry à sa place.
Dépêche-toi, si tu veux qu’on ait de bonnes places.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 330 / 1147
Ils se précipitèrent sur les trois tables qui
faisaient face au bureau professoral, sortirent leurs
exemplaires de Forces obscures : comment s’en
protéger et attendirent dans un silence inhabituel.
Bientôt, ils entendirent le son caractéristique du
pas de Maugrey. Le claquement de sa jambe de
bois sur le sol résonna en écho dans le couloir et il
entra dans la classe, la physionomie aussi étrange
et effrayante qu’à l’ordinaire. Dépassant sous sa
robe de sorcier, on apercevait son pied en bois,
doté de griffes.
— Les livres, vous pouvez les ranger, grogna-t-
il, en allant s’installer à son bureau. Vous n’en
aurez pas besoin.
Ils remirent aussitôt leurs manuels dans leurs
sacs. Ron avait l’air enthousiasmé.
Maugrey sortit un registre, secoua sa longue
crinière de cheveux gris pour dégager son visage
tordu et couturé, puis commença à faire l’appel,
son œil normal suivant la liste des noms tandis
que l’œil magique tournait dans son orbite, se
fixant sur chaque élève qui répondait « présent ».
— Bien, dit-il, lorsqu’il eut terminé. J’ai reçu
une lettre du professeur Lupin au sujet de cette
classe. Il semble que vous ayez acquis de bonnes
bases en ce qui concerne la protection contre les
créatures maléfiques. Vous avez vu notamment les

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 331 / 1147
Épouvantards, les Pitiponks, les Strangulots, les
loups-garous et quelques autres, c’est bien cela ?
Il y eut un murmure d’approbation.
— Mais vous êtes en retard – très en retard – en
matière de défense contre les mauvais sorts,
poursuivit Maugrey. Donc, je suis là pour vous
remettre au niveau en vous enseignant les
sortilèges dont se servent les sorciers entre eux.
J’ai un an pour vous montrer comment vous y
prendre avec les maléfices qui…
— Quoi, vous ne serez plus là l’année
prochaine ? l’interrompit Ron.
L’œil magique de Maugrey pivota pour se poser
sur Ron. Celui-ci parut d’abord un peu mal à l’aise
mais, au bout d’un moment, Maugrey eut un
sourire. C’était la première fois que Harry le voyait
sourire. Son visage barré de cicatrices parut plus
tordu que jamais mais il était rassurant de le voir
manifester un signe de bienveillance, même s’il ne
s’agissait que d’un simple sourire. Ron sembla
profondément soulagé.
— Tu es le fils d’Arthur Weasley, c’est ça ? dit
Maugrey. Ton père m’a tiré d’un très mauvais pas,
il y a quelques jours… Oui, je ne vais rester qu’un
an, ensuite je retournerai à la quiétude de ma
retraite.
Il éclata d’un rire rocailleux puis joignit ses

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 332 / 1147
mains noueuses.
— Alors, allons-y. Les mauvais sorts. Ils
peuvent prendre les formes les plus diverses et
leur puissance varie considérablement, selon les
cas. Si l’on s’en tient aux recommandations du
ministère de la Magie, j’ai pour mission de vous
apprendre quelques sortilèges de défense, rien de
plus. Je ne suis pas censé vous montrer comment
les maléfices interdits se manifestent tant que
vous n’aurez pas atteint la sixième année. En
attendant, on vous estime trop jeunes pour les
connaître en détail. Mais le professeur
Dumbledore se fait une plus haute idée de votre
caractère et pense que vous êtes capables d’en
apprendre davantage. J’ajoute que, plus vite vous
saurez ce qui vous attend, mieux ça vaudra.
Comment pourriez-vous vous défendre contre
quelque chose que vous n’auriez jamais vu ? Si un
sorcier s’apprête à vous jeter un sort interdit, il ne
va pas vous avertir de ses intentions. Il ne fera pas
ça gentiment et poliment. Il faut que vous soyez
préparés à réagir. Vous devrez être attentifs,
toujours sur vos gardes. Miss Brown, vous n’avez
pas besoin de regarder ça pendant que je parle.
Lavande sursauta et rougit. Elle était en train
de montrer à Parvati sous son pupitre l’horoscope
qu’elle avait achevé. Apparemment, l’œil magique

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 333 / 1147
de Maugrey arrivait à voir à travers le bois aussi
bien que derrière sa tête.
— Alors… Quelqu’un peut-il me dire quels sont
les maléfices que les lois de la sorcellerie
répriment avec le plus de sévérité ?
Plusieurs mains se levèrent timidement, y
compris celles de Ron et d’Hermione. Maugrey
montra Ron du doigt, bien que son œil magique
fût toujours fixé sur Lavande.
— Heu…, dit Ron, d’une voix mal assurée, mon
père m’a parlé d’un maléfice… Ça s’appelle le
sortilège de l’Imperium, ou quelque chose comme
ça…
— Ah, oui, dit Maugrey d’un air appréciateur,
c’est sûr que ton père le connaît, celui-là. À une
certaine époque, il a donné beaucoup de fil à
retordre aux gens du ministère, l’Imperium.
Maugrey se leva avec lenteur, ouvrit le tiroir de
son bureau et en sortit un bocal en verre. À
l’intérieur, trois grosses araignées s’agitaient en
tous sens pour essayer de sortir. Harry sentit Ron
se tasser légèrement sur sa chaise, à côté de lui –
Ron détestait les araignées.
Maugrey plongea une main dans le bocal,
attrapa une des araignées et la posa au creux de sa
main pour que tout le monde puisse la voir.
Puis il pointa sa baguette magique sur elle et

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 334 / 1147
murmura :
— Impero !
L’araignée sauta alors de sa main, se laissa
descendre le long d’un imperceptible fil de soie et
commença à se balancer comme si elle exécutait
un numéro de trapèze. Puis elle tendit les pattes et
fit un saut périlleux en arrière, rompant le fil et
tombant sur le bureau où elle se mit à faire la roue
en décrivant des cercles. Maugrey agita sa
baguette magique et l’araignée se dressa sur ses
pattes de derrière en sautillant comme un danseur
de claquettes.
Tout le monde se mit à rire. Tout le monde,
sauf Maugrey.
— Vous trouvez ça drôle, hein ? grogna-t-il. Ça
vous plairait que je vous oblige à faire la même
chose ?
Les rires s’évanouirent presque
instantanément.
— Contrôle total, dit Maugrey à voix basse
tandis que l’araignée se recroquevillait et roulait
sur elle-même d’un bout à l’autre du bureau. Je
pourrais lui ordonner de se jeter par la fenêtre, de
se noyer, ou de sauter dans la gorge de l’un ou
l’une d’entre vous…
Ron fut parcouru d’un frisson.
— Il y a des années, nombre de sorcières et de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 335 / 1147
sorciers se sont retrouvés soumis à un sortilège
d’Imperium, dit Maugrey.
Harry savait qu’il parlait du temps où
Voldemort avait été tout-puissant.
— Les gens du ministère ont eu bien du travail
pour déterminer qui avait été forcé d’agir sous la
contrainte et qui avait agi de sa propre volonté.
L’Imperium peut être combattu, et je vais vous
apprendre comment, mais il faut une vraie force
de caractère pour s’y opposer et tout le monde
n’en est pas capable. Il vaut mieux éviter d’en être
victime si c’est possible. VIGILANCE
CONSTANTE ! aboya-t-il, et tout le monde
sursauta.
Maugrey prit l’araignée sauteuse et la remit
dans le bocal.
— Quelqu’un peut-il me citer un autre sortilège
interdit ?
La main d’Hermione se tendit à nouveau, mais
également, à la surprise de Harry, celle de Neville.
En général, le seul cours où Neville proposait des
réponses aux questions du professeur était celui de
botanique, de très loin sa matière préférée. Neville
parut surpris de sa propre audace.
— Oui ? dit Maugrey, son œil magique se
tournant vers lui.
— Il y en a un… Le sortilège Doloris, dit Neville

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 336 / 1147
d’une petite voix que l’on entendit quand même
distinctement.
Maugrey regarda fixement Neville, avec ses
deux yeux, cette fois.
— Tu t’appelles Londubat ? dit-il, son œil
magique se posant à nouveau sur le registre des
noms. Neville, mal à l’aise, approuva d’un signe de
tête, mais Maugrey ne lui posa aucune autre
question.
Se tournant vers la classe tout entière, il
plongea une nouvelle fois la main dans le bocal et
prit une autre araignée qu’il posa sur le bureau où
elle resta immobile, apparemment trop terrifiée
pour bouger.
— Le sortilège Doloris, dit Maugrey. Il va falloir
l’agrandir un peu pour que vous compreniez
mieux le principe.
Il pointa sa baguette sur l’araignée.
— Amplificatum ! marmonna-t-il.
L’araignée enfla aussitôt. Elle était à présent
plus grosse qu’une tarentule. Renonçant à
dissimuler sa répulsion, Ron recula sa chaise aussi
loin que possible du bureau de Maugrey. Celui-ci
leva à nouveau sa baguette, la pointa sur l’araignée
et murmura :
— Endoloris !

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 337 / 1147
Les pattes de l’araignée cédèrent alors sous son
corps. Elle roula sur elle-même, agitée d’horribles
convulsions, se balançant de tous côtés. Elle
n’avait aucune possibilité d’émettre le moindre
son mais Harry était sûr que, si elle avait eu une
voix, elle aurait poussé des hurlements déchirants.
Maugrey tint sa baguette immobile et l’araignée
fut parcourue de spasmes et de tremblements de
plus en plus violents.
— Arrêtez ! s’écria Hermione d’une voix
perçante.
Harry se tourna vers elle. Ce n’était pas
l’araignée qu’elle regardait, mais Neville, dont les
mains étaient crispées sur le bord de sa table, ses
jointures livides, ses yeux écarquillés de terreur.
Maugrey leva sa baguette. Les pattes de
l’araignée se détendirent, mais elle continua de se
convulser.
— Reducto , murmura Maugrey.
L’araignée retrouva instantanément sa taille
normale et Maugrey la remit dans le bocal.
— La douleur, dit-il à voix basse. On n’a besoin
d’aucune arme pour faire mal à quelqu’un quand
on est capable de jeter le sortilège Doloris… Celui-
là aussi a été très utilisé à une certaine époque.
Quelqu’un peut-il me citer d’autres sortilèges
interdits ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 338 / 1147
Harry regarda autour de lui. À en juger par
l’expression qu’il voyait sur les visages de ses
camarades, tout le monde se demandait ce qui
allait bien pouvoir arriver à la dernière araignée.
La main d’Hermione tremblait légèrement
lorsqu’elle la leva pour la troisième fois.
— Oui ? dit Maugrey en la regardant.
— Avada Kedavra, murmura Hermione.
Plusieurs élèves, dont Ron, la regardèrent d’un
air anxieux.
— Ah, dit Maugrey en esquissant un nouveau
sourire qui tordit sa bouche asymétrique. Oui, le
dernier et le pire. Avada Kedavra… Le sortilège de
la mort.
Il glissa la main dans le bocal et, comme si elle
devinait le sort qui l’attendait, la troisième
araignée se mit à courir frénétiquement au fond
du récipient pour essayer de lui échapper. Mais
Maugrey l’attrapa et la posa à son tour sur le
bureau où elle recommença à courir, en proie à
une véritable panique.
Maugrey leva sa baguette et Harry fut parcouru
d’un frisson comme s’il éprouvait soudain un
mauvais pressentiment.
— Avada Kedavra ! rugit Maugrey.
Il y eut un éclair aveuglant de lumière verte et
un bruit semblable à une rafale de vent, comme si

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 339 / 1147
quelque chose d’invisible et d’énorme avait
brusquement pris son vol. Aussitôt, l’araignée
roula sur le dos. Elle était apparemment intacte
mais il n’y avait aucun doute : elle était morte sur
le coup. Dans la classe, plusieurs filles étouffèrent
un cri. Ron se rejeta en arrière et faillit tomber
avec sa chaise lorsque l’araignée morte glissa vers
lui.
D’un geste de la main, Maugrey balaya le
bureau, jetant par terre le cadavre de l’araignée.
— Pas très agréable, dit-il d’une voix calme. Pas
amusant du tout. Et il n’existe aucun moyen de
conjurer ce sortilège. Impossible de le neutraliser.
On ne connaît qu’une seule personne qui ait
jamais réussi à y survivre et cette personne est
assise devant moi.
Harry se sentit rougir lorsque les deux yeux de
Maugrey fixèrent les siens. Il devinait les autres
regards également tournés vers lui. Harry
contempla le tableau noir entièrement vierge,
comme s’il lui trouvait soudain un intérêt
fascinant, mais sans le voir vraiment…
C’était donc ainsi que ses parents étaient
morts… exactement de la même façon que cette
araignée. Toute blessure leur avait-elle également
été épargnée ? Avaient-ils simplement vu l’éclair
de lumière verte, entendu la mort arriver comme

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 340 / 1147
une bourrasque, avant que la vie s’échappe de
leurs corps ?
Harry avait souvent essayé de se représenter la
mort de ses parents, depuis le jour où, trois ans
plus tôt, il avait appris qu’ils avaient été
assassinés, et depuis le soir de l’année précédente
où il avait su ce qui s’était passé cette nuit-là :
comment Queudver avait révélé à Voldemort où
étaient ses parents ; comment celui-ci s’était
introduit dans leur maison ; comment il avait tué
d’abord le père de Harry ; comment James Potter
avait essayé de le retenir en criant à sa femme de
prendre Harry et de s’enfuir… Comment
Voldemort s’était avancé vers Lily Potter, et lui
avait ordonné de s’écarter pour qu’il puisse tuer
Harry… Comment elle l’avait supplié de la tuer
elle, à la place de son fils, comment elle avait
continué jusqu’au bout à le protéger… et comment
Voldemort l’avait tuée, elle aussi, avant de tourner
sa baguette magique vers Harry…
Harry connaissait tous ces détails pour avoir
entendu la voix de ses parents lorsque, l’année
précédente, il avait dû affronter les Détraqueurs,
ces créatures aveugles qui avaient le terrible
pouvoir de forcer leurs victimes à revivre les plus
mauvais souvenirs de leur vie en les plongeant,
impuissantes, dans leur propre désespoir…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 341 / 1147
Harry entendit à nouveau la voix de Maugrey,
mais elle lui paraissait très lointaine. Il fit un effort
considérable pour revenir au moment présent et
écouter ce qu’il disait.
— Avada Kedavra est un maléfice qui exige une
grande puissance magique. Si vous sortiez tous vos
baguettes en cet instant et que vous les pointiez
sur moi en prononçant la formule, je ne sais même
pas si vous arriveriez à me faire saigner du nez.
Mais peu importe, je ne suis pas là pour vous
apprendre à jeter ce sort. Alors, me direz-vous, s’il
n’existe aucun moyen de s’en protéger, pourquoi
nous le montrer ? Parce qu’il faut que vous
sachiez . Vous devez mesurer ce que signifie le pire.
Et ne pas vous mettre dans une situation où vous
auriez à le subir. VIGILANCE CONSTANTE !
rugit-il et toute la classe sursauta à nouveau.
Sachez maintenant que ces trois sorts – Avada
Kedavra, Imperium et Doloris – sont appelés les
Sortilèges Impardonnables. Utiliser l’un d’eux
contre un autre être humain est passible d’une
condamnation à vie à la prison d’Azkaban. Voilà
les forces maléfiques que vous devrez affronter,
celles que je dois vous apprendre à combattre.
Vous aurez besoin pour cela de préparation. Vous
aurez besoin d’acquérir les armes nécessaires.
Mais surtout, vous devrez faire preuve d’une

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 342 / 1147
vigilance constante. Prenez vos plumes et écrivez…
Ils passèrent le reste du cours à prendre des
notes sur chacun des trois Sortilèges
Impardonnables et personne ne songea à dire le
moindre mot jusqu’à ce que la cloche retentisse.
Mais lorsqu’ils eurent quitté la classe, tout le
monde se mit à parler en même temps. La plupart
commentaient ce qui s’était passé d’une voix qui
trahissait un mélange d’effroi et d’admiration :
— Tu as vu cette araignée se tordre de douleur ?
— Et quand il a tué l’autre ? Comme ça, sans la
toucher !
Ils parlaient du cours comme s’il s’était agi
d’une sorte de spectacle, pensa Harry, mais lui n’y
avait rien vu d’amusant. Hermione non plus,
semblait-il.
— Dépêchez-vous, dit-elle à Harry et à Ron d’un
air tendu.
— Tu ne vas pas nous refaire le coup de la
bibliothèque ? dit Ron.
— Non, répliqua sèchement Hermione en
montrant un couloir latéral. Regardez Neville.
Seul au milieu du couloir, Neville regardait
fixement le mur qui lui faisait face avec la même
expression horrifiée que lorsque Maugrey leur
avait montré les effets du sortilège Doloris.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 343 / 1147
— Neville ? dit Hermione avec douceur. Il se
tourna vers eux.
— Ah, c’est vous, dit-il, la voix beaucoup plus
aiguë que d’habitude. Intéressant comme cours,
non ? Je me demande ce qu’il y a au dîner, ce soir,
je… je meurs de faim, pas vous ?
— Neville, ça va ? s’inquiéta Hermione.
— Oh, oui, oui, tout va bien, répondit-il
précipitamment de cette même voix étrangement
aiguë. Très intéressant, ce dîner… je veux dire, ce
cours… Qu’est-ce qu’on mange ? Ron jeta à Harry
un regard surpris.
— Neville, qu’est-ce que… ?
Un claquement sec et régulier retentit dans leur
dos et ils virent arriver le professeur Maugrey qui
s’avançait vers eux de sa démarche claudicante.
Tous les quatre se turent en l’observant avec
inquiétude mais, lorsqu’il leur parla, ce fut d’une
voix beaucoup plus douce qu’à l’ordinaire :
— Ne t’inquiète pas, fils, dit-il à Neville. Si tu
veux, tu peux passer dans mon bureau, d’accord ?
Allez, viens, on prendra une tasse de thé…
Neville parut encore plus apeuré à la
perspective de boire une tasse de thé avec
Maugrey. Il n’osa ni bouger, ni parler.
Maugrey tourna vers Harry son œil magique.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 344 / 1147
— Ça va, Potter ?
— Bien sûr, répondit Harry, presque avec défi.
L’œil bleu de Maugrey tressaillit légèrement en
observant Harry.
— Il faut que tu saches, dit alors Maugrey. C’est
peut-être un peu brutal, mais tu dois savoir . Ça ne
sert à rien de faire semblant… Allez, viens,
Londubat. J’ai quelques livres qui pourraient
t’intéresser.
Neville lança à ses amis un regard implorant,
mais comme aucun des trois n’ouvrait la bouche, il
se résolut à suivre Maugrey qui l’entraînait déjà,
une main noueuse posée sur son épaule.
— De quoi parlait-il ? dit Ron en les regardant
disparaître tous deux à l’angle du couloir.
— Je ne sais pas, répondit Hermione, l’air
songeur.
— En tout cas, ça, c’était un cours, non ? dit
Ron à Harry, tandis qu’ils se dirigeaient vers la
Grande Salle. Fred et George avaient raison. Il sait
de quoi il parle, Maugrey. Quand il a lancé l’Avada
Kedavra, vous avez vu un peu comment cette
araignée est morte ? Liquidée en un ins …
Mais Ron s’interrompit soudain en voyant
l’expression de Harry et ne prononça plus un mot
jusqu’à ce qu’ils soient arrivés dans la Grande
Salle.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 345 / 1147
— On ferait bien de commencer le devoir pour
le professeur Trelawney dès ce soir, dit alors Ron.
Ça va nous prendre des heures pour arriver au
bout…
Au cours du dîner, Hermione ne se mêla pas à
la conversation. Elle se contenta d’engloutir son
repas à une vitesse ahurissante puis se leva pour
retourner à la bibliothèque. Harry et Ron prirent
la direction de la tour de Gryffondor et Harry, qui
n’avait pensé à rien d’autre pendant tout le dîner,
ramena lui-même la conversation sur le sujet des
Sortilèges Impardonnables.
— Tu ne crois pas que Maugrey et Dumbledore
auraient des ennuis avec le ministère si on
apprenait que les trois sortilèges nous ont été
montrés en classe ? dit-il alors qu’ils approchaient
du portrait de la grosse dame.
— Si, sans doute, répondit Ron. Mais
Dumbledore a toujours fait les choses à sa
manière, non ? Et Maugrey n’arrête pas d’avoir
des ennuis depuis quelques années. Il commence
par attaquer et pose des questions ensuite.
Souviens-toi du coup des poubelles. Fariboles,
ajouta-t-il à l’adresse de la grosse dame.
Le portrait pivota, dégageant l’ouverture et ils
pénétrèrent dans la salle commune, bondée et
bruyante.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 346 / 1147
— Alors, on va chercher nos affaires pour le
devoir de divination ? dit Harry.
— Il faut bien, grogna Ron.
Ils montèrent dans le dortoir pour prendre
leurs livres et leurs cartes du ciel et y trouvèrent
Neville, seul, qui lisait, assis sur son lit. Il
paraissait beaucoup moins nerveux qu’à la fin du
cours de Maugrey, mais pas encore dans son état
normal. Harry et Ron remarquèrent qu’il avait les
yeux rouges.
— Ça va, Neville ? lui demanda Harry.
— Oui, oui, répondit Neville, ça va très bien. Je
lis un livre que le professeur Maugrey m’a prêté…
Il leur montra le volume : Propriétés des
plantes aquatiques magiques du bassin
méditerranéen .
— Apparemment, le professeur Chourave a dit
au professeur Maugrey que j’étais vraiment bon en
botanique, expliqua Neville avec une nuance de
fierté que Harry n’avait encore jamais perçue chez
lui. Alors, il a pensé que ce livre pourrait
m’intéresser.
Répéter à Neville ce que le professeur Chourave
avait dit de lui était une façon délicate de
l’encourager, pensa Harry. Neville ne s’était jamais
entendu dire qu’il était bon à quoi que ce soit.
C’était le genre de chose que le professeur Lupin

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 347 / 1147
aurait faite, lui aussi.
Harry et Ron prirent leur manuel de divination
intitulé Lever le voile du futur et l’emportèrent
dans la salle commune où ils s’installèrent à une
table libre pour essayer d’établir leur horoscope du
mois suivant. Une heure plus tard, ils n’étaient pas
beaucoup plus avancés, bien que leur table fût
jonchée de morceaux de parchemin remplis
d’additions et de symboles. Harry avait le cerveau
aussi embrumé que s’il avait respiré à pleins
poumons les fumées dégagées par la cheminée du
professeur Trelawney.
— Je n’ai pas la moindre idée de ce que tout ça
peut bien signifier, dit-il en contemplant une
longue colonne de calculs.
— Tu sais, répondit Ron, les cheveux dressés
sur sa tête à force d’y avoir passé la main dans des
gestes d’exaspération, je crois qu’il vaut mieux
revenir à la bonne vieille méthode de divination
sans peine…
— Tu veux dire… Tout inventer ?
— Exactement.
Il balaya d’un geste les morceaux de parchemin
griffonnés, trempa sa plume dans l’encre et se mit
à écrire.
— Lundi prochain, dit-il tout en écrivant, il y a
de fortes chances que j’attrape une mauvaise toux

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 348 / 1147
en raison de la conjonction défavorable de Mars et
de Jupiter.
Il leva les yeux vers Harry.
— Tu la connais, avec elle, il suffit de raconter
tout un tas de malheurs et elle gobe tout.
— Tu as raison, approuva Harry.
Il chiffonna son premier jet et en fit une
boulette qu’il jeta dans le feu, par-dessus la tête
d’un groupe d’élèves de première année qui
bavardaient devant la cheminée.
— Bon, alors… dit-il, lundi, je vais
probablement subir… heu… voyons… des brûlures.
— Ça, ça risque d’être vrai, dit Ron d’un air
sombre. Lundi, on va retrouver les Scroutts à
pétard. Passons à mardi, maintenant… Je vais…
heu…
— Perdre un objet auquel tu tiens, suggéra
Harry qui feuilletait Lever le voile du futur en
quête d’idées.
— Parfait, approuva Ron en écrivant. Ce sera à
cause de… heu… Mercure. Tiens, et si tu étais trahi
par quelqu’un que tu considérais comme un ami ?
— Ah oui, très bien…, dit Harry qui écrivit à son
tour. Ce sera parce que… parce que Vénus se
trouvera dans ma douzième maison.
— Ah, et mercredi, je crois que je vais me faire

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 349 / 1147
casser la figure dans une bagarre.
— Moi aussi, je voulais faire le coup de la
bagarre. On va remplacer par un pari que j’aurai
perdu.
— Oui, parce que tu auras parié que ce serait
moi qui sortirais vainqueur de la bagarre…
Ils passèrent encore une heure à aligner des
prédictions (de plus en plus tragiques) pendant
que les autres élèves quittaient peu à peu la salle
commune pour aller se coucher. Pattenrond
s’approcha, sauta en souplesse sur une chaise vide
et les observa d’un regard impénétrable, un peu
comme aurait pu les regarder Hermione si elle
avait su qu’ils bâclaient leurs devoirs.
Regardant autour de lui en quête d’une
calamité à laquelle il n’aurait pas encore pensé,
Harry vit Fred et George assis côte à côte à l’autre
bout de la salle, une plume à la main, la tête
penchée sur le même morceau de parchemin. Il
n’était guère courant de les voir à l’écart des
autres, en train de travailler en silence.
D’habitude, ils préféraient être au cœur des
événements et attirer bruyamment l’attention sur
eux. En les observant ainsi, entourés de secret,
Harry se souvint de leur attitude mystérieuse dans
le salon du Terrier, lorsque Mrs Weasley leur avait
demandé ce qu’ils fabriquaient à écrire dans leur

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 350 / 1147
coin. À ce moment-là, il avait pensé qu’ils
préparaient un nouveau bon de commande pour
les Sorciers facétieux mais, ce soir, c’était
différent : s’il s’était agi de cela, ils auraient invité
Lee Jordan à se joindre à eux. Harry se demanda
s’ils n’étaient pas plutôt occupés à trouver le
moyen de se porter candidats au Tournoi des Trois
Sorciers.
Harry vit George hocher la tête et barrer
quelque chose d’un trait de plume. Puis il
s’adressa à Fred en parlant tout bas mais, dans la
salle quasiment déserte, Harry parvint quand
même à entendre ce qu’il disait :
— Non… On aurait l’air de l’accuser. Il faut faire
attention…
George leva alors les yeux et croisa le regard de
Harry qui lui adressa un sourire et se hâta de
retourner à ses prédictions ; il ne voulait pas
laisser George penser qu’il l’espionnait. Quelques
instants plus tard, les jumeaux roulèrent leur
parchemin, dirent bonsoir à Harry et à Ron puis
montèrent se coucher.
Fred et George étaient partis depuis une dizaine
de minutes lorsque le portrait de la grosse dame
pivota pour laisser entrer Hermione. Elle avait une
liasse de parchemins dans une main et dans l’autre
une boîte remplie d’objets qu’on entendait remuer

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 351 / 1147
au rythme de ses pas. Pattenrond se leva et se mit
à ronronner en la voyant approcher.
— Salut ! dit-elle. Ça y est, j’ai fini !
— Moi aussi ! répondit Ron d’un air triomphant
en posant sa plume.
Hermione s’assit, posa dans un fauteuil vide ce
qu’elle avait apporté et lut le parchemin sur lequel
Ron avait écrit ses prédictions.
— Tu ne vas pas passer un mois très agréable,
on dirait…, commenta-t-elle d’un ton ironique
tandis que Pattenrond se pelotonnait sur ses
genoux.
— Au moins, je suis prévenu, dit Ron en
bâillant.
— Apparemment, tu vas te noyer deux fois, fit
remarquer Hermione.
— Ah bon ? s’étonna Ron.
Il jeta un coup d’œil à ses prédictions.
— Tu as raison, il vaudrait mieux enlever une
des noyades… À la place, je me ferai piétiner par
un hippogriffe déchaîné.
— Tu ne crois pas qu’on voit tout de suite que
tout est inventé ? dit Hermione.
— Comment oses-tu ? s’exclama Ron, d’un air
faussement outré. On a travaillé comme des elfes
de maison !

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 352 / 1147
Hermione haussa les sourcils.
— Enfin, c’est une façon de parler, ajouta
précipitamment Ron. Après avoir écrit sa dernière
prédiction qui prévoyait sa propre mort par
décapitation, Harry posa également sa plume.
— Qu’est-ce qu’il y a, dans cette boîte ?
demanda-t-il.
— C’est drôle que tu me le demandes, répondit
Hermione en jetant à Ron un regard mauvais.
Elle ouvrit la boîte et leur montra son contenu.
À l’intérieur, il y avait une cinquantaine de badges
de différentes couleurs qui portaient tous les
mêmes lettres : S.A.L.E.
— Sale ? dit Harry en prenant un des badges
pour l’examiner. Qu’est-ce que c’est que ça ?
— Pas sale , répliqua Hermione, d’un ton agacé.
Il faut dire S-A-L-E. Ça signifie Société d’Aide à la
Libération des Elfes.
— Jamais entendu parler, dit Ron.
— Bien sûr que non, répondit sèchement
Hermione. C’est moi qui viens de la créer.
— Ah bon ? dit Ron, vaguement surpris. Et tu as
combien de membres ?
— Si vous adhérez, ça fera trois.
— Et tu crois qu’on va se promener avec des
badges sur lesquels il est écrit « sale » ? dit Ron.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 353 / 1147
— S-A-L-E ! répéta Hermione avec ardeur. Au
début, je voulais l’appeler : Arrêtons les Mauvais
Traitements Scandaleusement Infligés à nos
Amies les Créatures Magiques et Luttons pour un
Changement de leur Statut, mais les badges
étaient trop petits. J’ai donc fini par choisir ce
nom-là et voici notre profession de foi.
Elle brandit sous leur nez la liasse de
parchemins.
— J’ai fait des recherches poussées à la
bibliothèque. L’esclavage des elfes a commencé il y
a des siècles, je n’arrive pas à croire que personne
n’ait jamais rien fait contre jusqu’à aujourd’hui.
— Hermione, ouvre un peu tes oreilles, dit Ron
d’une voix forte. Ils – aiment – ça. Ils aiment vivre
en esclavage !
— Notre objectif à court terme, répliqua
Hermione, d’une voix encore plus forte, en faisant
mine de ne pas l’avoir entendu, consiste à obtenir
que les elfes bénéficient de salaires et de
conditions de travail convenables. Notre objectif à
long terme sera la modification de la loi sur
l’interdiction des baguettes magiques et la
nomination d’un elfe au Département de contrôle
et de régulation des créatures magiques, car leur
sous-représentation est proprement scandaleuse.
— Et comment on fait tout ça ? demanda Harry.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 354 / 1147
— Nous commençons par recruter de nouveaux
membres, répondit Hermione d’un ton joyeux.
Une contribution de deux Mornilles par adhérent
donnera droit à un badge et permettra de financer
une campagne de tracts. Ron, tu seras trésorier.
J’ai une boîte en fer, là-haut, pour récolter les
fonds et toi, Harry, tu seras secrétaire. D’ailleurs,
tu devrais peut-être prendre en note tout ce que je
dis pour faire le compte rendu de notre première
réunion.
Hermione s’interrompit, le visage rayonnant et
Harry resta immobile, partagé entre l’exaspération
qu’elle lui inspirait et son amusement devant
l’expression de Ron. Il avait l’air tellement
abasourdi qu’il n’arrivait plus à ouvrir la bouche.
Ce ne fut donc pas lui qui rompit le silence, mais
un léger « tap, tap » au carreau. Harry se tourna
vers la fenêtre qui se trouvait de l’autre côté de la
salle commune, à présent vide, et aperçut à la
lueur du clair de lune une chouette blanche
perchée sur le rebord.
— Hedwige ! s’écria-t-il.
Il bondit de sa chaise et courut ouvrir la fenêtre.
Hedwige prit son vol et se posa sur la table, au
beau milieu des prédictions de Harry.
— Il était temps ! s’exclama Harry qui se
dépêcha de la rejoindre.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 355 / 1147
— Elle rapporte une réponse ! dit Ron d’un air
surexcité en montrant le morceau de parchemin
chiffonné attaché à une patte de la chouette.
— Qu’est-ce qu’il dit ? demanda Hermione d’un
ton haletant.
La lettre était brève et semblait avoir été écrite
dans la précipitation. Harry la lut à haute voix :
Harry s’empressa de le détacher et s’assit pour
le lire. Hedwige se percha sur ses genoux en
hululant doucement.
Harry,
Je m’envole immédiatement vers le nord. Ce
que tu me dis sur ta cicatrice n’est que le dernier
élément en date d’une série d’étranges rumeurs
qui me sont parvenues jusqu’ici. Si elle te fait à
nouveau mal, va tout de suite voir Dumbledore.
On me dit qu’il a sorti Maugrey Fol Œil de sa
retraite, ce qui signifie qu’il a su lire les signes,
même s’il est le seul.
Je te contacterai bientôt. Mes amitiés à Ron et
à Hermione. Et ouvre l’œil, Harry.
Sirius
Harry échangea un regard avec Ron et
Hermione.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 356 / 1147
— Il s’envole vers le nord ? murmura
Hermione. Il revient ici ?
— Qu’est-ce qu’il a lu, comme signes,
Dumbledore ? dit Ron, l’air perplexe. Harry…
Qu’est-ce qui te prend ?
Harry venait de se frapper le front avec le
poing, faisant perdre l’équilibre à Hedwige.
— Je n’aurais jamais dû le lui dire ! s’exclama-t-
il avec fureur.
— De quoi tu parles ? s’étonna Ron.
— C’est pour ça qu’il a voulu revenir ! dit Harry
en tapant du poing sur la table.
Hedwige sursauta et alla se poser sur le dossier
de la chaise de Ron avec un hululement indigné.
— Il revient parce qu’il croit que j’ai des
ennuis ! Alors que tout va bien pour moi ! Et je n’ai
rien du tout à te donner, ajouta Harry d’un ton sec
à l’adresse d’Hedwige qui faisait claquer son bec
avec espoir. Si tu veux manger quelque chose, va à
la volière.
Hedwige lui jeta un regard offensé et s’envola
par la fenêtre en lui donnant au passage un coup
d’aile sur la tête.
— Harry, dit Hermione d’un ton qui se voulait
apaisant.
— Je vais me coucher, répliqua sèchement

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 357 / 1147
Harry. À demain.
Dans le dortoir, il mit son pyjama et se coucha
dans son lit à baldaquin, mais il ne se sentait pas
du tout fatigué.
Si Sirius revenait et se faisait prendre, ce serait
à cause de lui. Pourquoi n’avait-il pu se taire ?
Quelques instants de douleur avaient suffi à le
faire bavarder… Si seulement il avait eu assez de
bon sens pour ne rien dire…
Un peu plus tard, il entendit Ron qui montait à
son tour dans le dortoir, mais il ne lui parla pas.
Pendant un long moment, il demeura étendu les
yeux ouverts à contempler le dais sombre de son
lit. Un silence total régnait dans le dortoir et s’il
avait été moins préoccupé, Harry se serait aperçu
que l’absence des habituels ronflements de Neville
signifiait qu’il n’était pas le seul à rester éveillé.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 358 / 1147
15
B EAUXBÂTONS ET D URMSTRANG
e lendemain matin de bonne heure, Harry
se réveilla avec un plan en tête, comme si
son cerveau y avait travaillé toute la nuit pendant
son sommeil. Il se leva, s’habilla dans la lueur pâle
de l’aube, sortit du dortoir sans réveiller Ron et
descendit dans la salle commune entièrement
déserte. Là, il prit un morceau de parchemin sur la
table où il avait laissé son devoir de divination et
écrivit la lettre suivante :L
Cher Sirius,
Je crois bien que la douleur de ma cicatrice
n’était qu’un effet de mon imagination. J’étais à
moitié endormi la dernière fois que je t’ai écrit. Il
n’y a aucune raison pour que tu reviennes, tout
va très bien, ici. Ne t’inquiète pas pour moi, je n’ai
plus du tout mal à la tête.
Harry

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 359 / 1147
Il sortit ensuite de la salle, traversa le château
silencieux (où il ne rencontra que Peeves qui
essaya de lui renverser un énorme vase sur la tête,
au milieu du couloir du quatrième étage) et arriva
enfin à la volière, située au sommet de la tour
ouest.
La volière était une pièce circulaire aux murs de
pierre, plutôt froide et traversée de courants d’air,
car aucune de ses fenêtres n’avait de carreaux. Le
sol était entièrement recouvert de paille, de fientes
de hibou et de squelettes de souris ou de
campagnol régurgités. Des centaines de hiboux et
de chouettes de toutes espèces se tenaient sur des
perchoirs qui s’élevaient jusqu’au sommet de la
tour. Tous étaient endormis mais, parfois, un œil
rond, couleur d’ambre, lançait un regard
courroucé à Harry. Il repéra Hedwige, perchée
entre une chouette effraie et une chouette hulotte,
et se précipita vers elle en glissant un peu sur des
fientes d’oiseau.
Lorsqu’il parvint à la réveiller, Hedwige
s’obstina à lui tourner le dos et il fallut un certain
temps pour la convaincre de tourner la tête vers
lui. De toute évidence, elle lui en voulait toujours
de s’être montré si ingrat la veille. Finalement,
Harry dut recourir à la ruse en suggérant à haute

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 360 / 1147
voix qu’elle était peut-être trop fatiguée et qu’il
ferait mieux de demander à Ron de lui prêter
Coquecigrue. Ce fut seulement à ce moment-là
qu’Hedwige consentit enfin à tendre une patte
pour qu’il y attache la lettre à Sirius.
— Essaye de le trouver, d’accord ? dit Harry.
Il lui caressa le dos en la portant sur son bras
jusqu’à l’une des fenêtres.
— Sinon, ce sont les Détraqueurs qui le
trouveront…
Hedwige lui mordilla les doigts, sans doute un
peu plus fort qu’à l’ordinaire mais elle hulula avec
douceur, comme pour le rassurer. Puis elle
déploya ses ailes et s’envola dans le soleil levant.
Harry la suivit des yeux jusqu’à ce qu’elle
disparaisse à l’horizon, éprouvant à nouveau au
creux de l’estomac cette sensation de malaise qui
lui était familière. Jamais il ne lui serait venu à
l’idée que la réponse de Sirius augmenterait ses
craintes au lieu de les apaiser.
— C’est un mensonge, Harry, dit Hermione
d’un ton abrupt, à la table du petit déjeuner.
Il venait de lui raconter, ainsi qu’à Ron, ce qu’il
avait fait le matin même.
— La douleur de ta cicatrice n’était pas du tout
un effet de ton imagination, tu le sais très bien.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 361 / 1147
— Et alors ? répondit Harry. Je ne veux pas
qu’il retourne à Azkaban à cause de moi.
— Laisse tomber, dit sèchement Ron à
Hermione lorsqu’elle ouvrit la bouche pour
répliquer.
Pour une fois, Hermione obéit et se tut.
Au cours des deux semaines suivantes, Harry fit
de son mieux pour essayer de ne pas trop
s’inquiéter au sujet de Sirius. Bien sûr, chaque
matin, il ne pouvait éviter de jeter des regards
anxieux aux hiboux qui apportaient le courrier. Le
soir, avant de s’endormir, il ne pouvait non plus
s’empêcher d’imaginer Sirius cerné par les
Détraqueurs dans une rue obscure de Londres.
Mais, entre ces moments-là, il s’efforçait de ne pas
penser à son parrain. Il aurait bien voulu se
distraire en jouant au Quidditch. À ses yeux, il
n’existait pas de meilleur remède contre les soucis
qu’une bonne séance d’entraînement dont on
sortait épuisé, l’esprit en paix. D’un autre côté, le
travail scolaire devenait plus difficile que jamais,
surtout les cours de défense contre les forces du
Mal.
À leur grande surprise, le professeur Maugrey
leur annonça qu’il allait leur faire subir à tour de
rôle le sortilège de l’Imperium, afin de montrer la
puissance de ses effets et de voir s’ils parvenaient à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 362 / 1147
y résister.
— Mais… vous nous avez expliqué que c’était
interdit, professeur, dit Hermione d’une voix mal
assurée, tandis que Maugrey repoussait les tables
d’un coup de baguette magique pour aménager un
espace libre au milieu de la classe. Vous avez dit
que… l’utiliser contre un autre être humain…
— Dumbledore veut que vous sachiez quel effet
ça fait, répliqua Maugrey, son œil magique se
tournant vers Hermione et la fixant d’un regard
inquiétant, sans le moindre cillement. Si vous
préférez l’apprendre d’une manière plus brutale –
le jour où quelqu’un vous le jettera pour de bon et
vous imposera totalement sa volonté –, je n’y vois
aucun inconvénient. Vous pouvez même sortir
immédiatement, je vous dispense de cours.
Il montra la porte de son doigt noueux. Le teint
d’Hermione vira au rose vif et elle s’empressa de
balbutier qu’elle n’avait jamais eu l’intention de
partir. Harry et Ron échangèrent un sourire. Ils
savaient qu’Hermione préférerait avaler du pus de
Bubobulb plutôt que de manquer un cours d’une
telle importance.
Maugrey appela les élèves à tour de rôle et leur
jeta le sortilège de l’Imperium. Harry observa ses
camarades qui, les uns après les autres, se
mettaient à faire les choses les plus inattendues

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 363 / 1147
sous l’influence du sortilège. Dean Thomas fit trois
fois le tour de la classe en sautant et en chantant
l’hymne national. Lavande Brown imita un
écureuil. Neville enchaîna d’incroyables
mouvements de gymnastique qu’il aurait été
certainement incapable d’exécuter dans son état
normal. Aucun d’entre eux n’eut la force de
combattre les effets du sortilège. Ils ne
retrouvaient leur liberté de mouvement que
lorsque Maugrey annulait le mauvais sort.
— Potter, grogna Maugrey. À toi, maintenant.
Lorsque Harry se fut avancé au centre de la
classe, Maugrey leva sa baguette magique, la
pointa sur lui et prononça la formule :
— Impero !
Harry éprouva aussitôt une sensation
extraordinaire. Il avait l’impression que tous ses
soucis lui sortaient peu à peu de la tête, laissant
place à une sorte d’euphorie indéfinissable. Dans
un état de parfaite décontraction, il resta debout
au milieu de la salle, sentant vaguement les
regards des autres fixés sur lui.
Il entendit alors la voix de Maugrey qui
résonnait quelque part au loin dans son cerveau
vide.
Saute sur le bureau… Saute sur le bureau…
Obéissant, Harry fléchit les genoux et se

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 364 / 1147
prépara à sauter.
Saute sur le bureau…
Mais après tout, pourquoi sauter sur le
bureau ?
Une autre voix s’était éveillée au fond de sa tête.
Ce serait vraiment stupide, disait-elle.
Saute sur le bureau…
Non, je ne crois pas que je vais le faire, désolé,
dit l’autre voix, d’un ton un peu plus ferme…
Non, en fait, je n’en ai pas très envie…
Saute ! MAINTENANT !
Harry éprouva alors une terrible douleur. Il
avait sauté tout en s’efforçant de ne pas sauter :
résultat, il était tombé à plat ventre sur le bureau
qui s’était renversé sous le choc. Et, à en juger par
ce qu’il ressentait aux jambes, il avait dû se
fracturer les deux rotules.
— Voilà, c’est mieux comme ça ! grogna la voix
de Maugrey.
Harry sentit soudain disparaître l’impression
de vide dans son cerveau. Il se rappelait très
précisément ce qui s’était passé et la douleur de
ses genoux redoubla d’intensité.
— Regardez bien, vous autres… Potter s’est
battu ! Il a résisté au sortilège et il a presque réussi
à le repousser ! On va encore essayer, Potter, et

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 365 / 1147
vous, faites bien attention, regardez attentivement
ses yeux, c’est là qu’on voit ce qui se passe. Très
bien, Potter, vraiment très bien ! Ils vont avoir du
mal à te contrôler, toi !
— Il a une façon de présenter les choses,
marmonna Harry à la fin du cours, en sortant de la
classe d’un pas chancelant. On dirait qu’on va tous
se faire attaquer d’une minute à l’autre.
Maugrey avait insisté pour faire subir le
sortilège à Harry quatre fois de suite, jusqu’à ce
qu’il parvienne à en neutraliser complètement les
effets.
— Ouais, c’est vrai, dit Ron qui marchait à
moitié à cloche-pied.
Il avait eu beaucoup plus de mal que Harry à
résister au sortilège mais Maugrey lui avait assuré
que ses effets se seraient dissipés à l’heure du
déjeuner.
— En parlant de paranoïa…
Il jeta des regards inquiets autour de lui pour
être certain que Maugrey ne pouvait les entendre
et reprit :
— Pas étonnant qu’ils aient été contents de s’en
débarrasser, au ministère. Tu l’as entendu
raconter à Seamus ce qu’il a fait à cette sorcière
qui avait crié : « Bouh ! » dans son dos le 1 er
avril ?
Mais quand est-ce qu’on va avoir le temps de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 366 / 1147
s’entraîner à combattre l’Imperium avec tous les
autres devoirs qu’on a à faire ?
Les élèves de quatrième année avaient été
frappés par l’augmentation sensible de la quantité
de travail qu’on leur imposait. Le professeur
McGonagall leur en expliqua la raison après que
toute la classe eut accueilli d’un grognement
particulièrement sonore l’annonce des devoirs de
métamorphose qu’elle avait décidé de leur donner.
— Vous entrez désormais dans une phase très
importante de votre apprentissage de la magie !
leur dit-elle, le regard dangereusement étincelant
derrière ses lunettes rectangulaires. Vos Brevets
Universels de Sorcellerie Élémentaire
approchent…
— On n’a pas de BUSE à passer avant la
cinquième année ! s’indigna Dean Thomas.
— C’est possible, Thomas, mais croyez-moi,
vous avez grand besoin de vous y préparer ! Miss
Granger est la seule élève de cette classe qui ait
réussi à transformer un hérisson en une pelote
d’épingles acceptable. Je vous rappellerai,
Thomas, que votre pelote à vous se recroqueville
de terreur dès qu’on l’approche avec une épingle !
Hermione, dont le teint avait de nouveau viré
au rose, s’efforça de ne pas avoir l’air trop
satisfaite d’elle-même.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 367 / 1147
Harry et Ron eurent du mal à ne pas éclater de
rire lorsque le professeur Trelawney leur annonça
qu’ils avaient obtenu la note maximum pour leur
devoir de divination. Elle lut à haute voix de longs
extraits de leurs prédictions en les félicitant
d’accepter ainsi sans sourciller les horreurs qui les
attendaient, mais ils eurent beaucoup moins envie
de rire quand elle leur demanda de faire le même
devoir pour le mois d’après. Tous deux
commençaient à être à court d’idées en matière de
catastrophes.
Dans le même temps, le professeur Binns, le
fantôme qui enseignait l’histoire de la magie, leur
faisait faire chaque semaine une dissertation sur la
révolte des Gobelins au XVIII e
siècle. Le
professeur Rogue, quant à lui, les forçait à
rechercher des antidotes, une obligation qu’ils
prenaient très au sérieux car il avait laissé
entendre qu’il pourrait empoisonner l’un d’eux
avant Noël pour en tester l’efficacité. Enfin, le
professeur Flitwick leur avait demandé de lire
trois livres supplémentaires afin de mieux se
préparer au cours sur les sortilèges d’Attraction.
Même Hagrid leur imposait un surcroît de
travail. Les Scroutts à pétard grandissaient à une
vitesse étonnante, compte tenu du fait que
personne n’avait encore découvert en quoi

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 368 / 1147
consistait leur régime alimentaire. Hagrid était
enchanté et suggéra, dans le cadre de leur
« projet », qu’ils viennent le soir à tour de rôle
jusqu’à sa cabane pour observer les Scroutts et
prendre des notes sur leur extraordinaire
comportement.
— Il n’en est pas question, dit Drago Malefoy
d’un ton catégorique lorsque Hagrid eut proposé
l’idée avec l’expression du père Noël sortant de sa
hotte un jouet inattendu. Je vois suffisamment ces
bestioles répugnantes pendant les cours, merci
bien.
Le sourire de Hagrid s’évanouit.
— Tu vas faire ce qu’on te dit, grogna-t-il,
sinon, je pourrais bien suivre l’exemple du
professeur Maugrey… Il paraît que tu fais très bien
la fouine, Malefoy.
Les élèves de Gryffondor éclatèrent d’un grand
rire. Malefoy rougit de colère mais le souvenir du
châtiment de Maugrey restait suffisamment
cuisant pour le retenir de répondre. À la fin du
cours, Harry, Ron et Hermione revinrent au
château d’excellente humeur. Voir Hagrid rabattre
le caquet de Malefoy était d’autant plus
satisfaisant que ce dernier avait tout fait l’année
précédente pour essayer de provoquer le renvoi de
Hagrid.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 369 / 1147
À leur arrivée dans le hall d’entrée, il y avait un
tel monde qu’ils eurent du mal à avancer. Les
élèves étaient agglutinés autour d’une grande
pancarte installée au pied de l’escalier de marbre.
Ron, qui était le plus grand des trois, se dressa sur
la pointe des pieds pour essayer de lire par-dessus
les têtes ce qui était écrit sur la pancarte :
TOURNOI DES TROIS SORCIERS
Les délégations de Beauxbâtons et de
Durmstrang arriveront le vendredi 30 octobre à
18 heures. En conséquence, les cours prendront
fin une demi-heure plus tôt que d’habitude.
— Magnifique ! s’exclama Harry. Le dernier
cours qu’on a, vendredi, c’est potions ! Rogue
n’aura pas le temps de nous empoisonner !
Les élèves rapporteront leurs affaires dans les
dortoirs et se rassembleront devant le château
pour accueillir nos invités avant le banquet de
bienvenue.
— Plus qu’une semaine ! dit Ernie MacMillan,
un élève de Poufsouffle, le regard brillant. Je me

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 370 / 1147
demande si Cedric est au courant ? Je ferais bien
d’aller le lui dire…
Et il partit en courant.
— Cedric ? dit Ron d’un air étonné.
— Diggory, répondit Harry. Il doit être candidat
au tournoi.
— Cet idiot, champion de Poudlard ? s’indigna
Ron tandis qu’ils se frayaient un chemin parmi la
foule en direction de l’escalier.
— Ce n’est pas un idiot, protesta Hermione. Tu
ne l’aimes pas, simplement parce qu’il a battu
Gryffondor au Quidditch. J’ai entendu dire que
c’était un très bon élève. Et en plus, il est préfet,
ajouta-t-elle comme si ce simple fait mettait fin à
toute discussion.
— Tu l’aimes bien parce qu’il est beau , c’est
tout, dit Ron d’un ton cinglant.
— Je te demande pardon, mais je ne suis pas du
genre à aimer quelqu’un parce qu’il est « beau » !
s’emporta Hermione.
Ron fit semblant de tousser, d’une toux étrange
qui laissa deviner le nom de « Lockhart », un
ancien professeur de Poudlard beaucoup plus
soucieux de son apparence physique que de la
qualité de ses cours.
L’apparition de la pancarte dans le hall d’entrée

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 371 / 1147
eut un effet spectaculaire. Au cours de la semaine
qui suivit, il semblait n’y avoir plus qu’un seul
sujet de conversation, quel que fût l’endroit où
Harry se trouvait : le Tournoi des Trois Sorciers.
Les rumeurs circulaient parmi les élèves à la
vitesse d’une épidémie : qui allait se porter
candidat au titre de champion de Poudlard,
quelles seraient les épreuves imposées aux
concurrents, à quoi ressemblaient les élèves de
Beauxbâtons et de Durmstrang, étaient-ils très
différents d’eux ?
Harry remarqua également que le château était
soumis à un nettoyage exceptionnel. Plusieurs
portraits un peu crasseux avaient subi un récurage
que ne semblaient guère apprécier leurs sujets.
Réfugiés dans un coin de leur cadre, ils
marmonnaient des protestations d’un air sombre
et faisaient la grimace en effleurant du bout des
doigts leurs joues rose vif. Les armures avaient
soudain retrouvé tout leur éclat et remuaient sans
grincer. Quant à Argus Rusard, le concierge, il se
montrait si féroce envers les élèves qui oubliaient
d’essuyer leurs pieds en entrant que deux filles de
première année avaient été prises d’une véritable
crise de terreur.
Certains professeurs paraissaient étrangement
tendus, eux aussi.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 372 / 1147
— Londubat, vous serez bien aimable de ne
révéler à aucun des élèves de Durmstrang que
vous êtes incapable de réussir un simple sortilège
de Transfert ! lança le professeur McGonagall au
terme d’un cours particulièrement difficile
pendant lequel Neville avait accidentellement
transplanté ses propres oreilles sur un cactus.
Lorsqu’ils descendirent prendre leur petit
déjeuner au matin du 30 octobre, ils découvrirent
que la Grande Salle avait été décorée au cours de
la nuit. D’immenses banderoles de soie étaient
accrochées aux murs, chacune représentant l’une
des maisons de Poudlard – une rouge avec un lion
d’or pour Gryffondor, une bleue avec un aigle de
bronze pour Serdaigle, une jaune avec un blaireau
noir pour Poufsouffle et une verte avec un serpent
argenté pour Serpentard. Derrière la table des
professeurs, la plus grande des banderoles portait
les armoiries de Poudlard : lion, aigle, blaireau et
serpent entourant un grand P.
Harry, Ron et Hermione aperçurent Fred et
George à la table des Gryffondor. Cette fois encore,
contrairement à leur habitude, ils étaient assis à
l’écart et parlaient à voix basse. Ron s’approcha
d’eux, suivi de Harry et d’Hermione.
— C’est pénible, d’accord, disait George à Fred
d’un air grave. Mais s’il ne veut pas nous parler en

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 373 / 1147
personne, il faudra bien lui envoyer la lettre. Ou
alors on la lui donnera en main propre. Il ne peut
quand même pas nous éviter sans arrêt.
— Qui est-ce qui vous évite ? dit Ron en
s’asseyant à côté d’eux.
— Pas toi, hélas ! répliqua Fred qui paraissait
agacé par son interruption.
— Qu’est-ce qui est pénible ? demanda Ron à
George.
— D’avoir un idiot de frère qui se mêle de tout,
répliqua George.
— Vous avez eu des idées pour le Tournoi des
Trois Sorciers ? demanda Harry. Vous avez trouvé
un moyen d’être candidats ?
— J’ai demandé à McGonagall comment les
champions devaient être choisis, mais elle n’a rien
voulu dire, répondit George d’un ton amer. Elle
m’a simplement conseillé de me taire et de
continuer à métamorphoser mon raton laveur en
silence.
— Je me demande quelles tâches les champions
auront à accomplir, dit Ron d’un air songeur. Tu
sais, Harry, je suis sûr qu’on arriverait à s’en
sortir, on a déjà fait des trucs dangereux…
— Pas devant une assemblée de juges, répliqua
Fred. McGonagall dit qu’on attribue des points
aux champions en fonction de la façon dont ils ont

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 374 / 1147
réalisé les tâches imposées.
— Et qui sont les juges ? demanda Harry.
— Les directeurs des écoles participantes font
toujours partie du jury, dit Hermione. Tout le
monde se tourna vers elle, avec une certaine
surprise.
— Les trois directeurs ont été blessés au cours
du tournoi de 1792 lorsqu’un Cocatris que les
champions devaient attraper a réussi à s’échapper,
expliqua Hermione.
Voyant leurs regards fixés sur elle, elle ajouta,
de son ton agacé, qu’avec tous les livres qu’elle
avait lus, il était normal qu’elle en sache plus
qu’eux.
— Tout ça figure dans L’Histoire de Poudlard ,
dit-elle. Oh, bien sûr, ce n’est pas un livre auquel
on peut entièrement se fier. L’Histoire révisée de
Poudlard serait un titre beaucoup plus approprié.
Ou même « Une histoire très partiale et
incomplète de Poudlard, qui laisse dans l’ombre
les aspects les moins reluisants de l’école ».
— De quoi tu parles ? demanda Ron. Harry, lui,
savait où elle voulait en venir.
— Les elfes de maison ! répondit Hermione
d’une voix forte, confirmant ce que Harry
attendait. Pas une seule fois dans tout le livre, il
n’est indiqué que nous contribuons tous à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 375 / 1147
l’oppression d’une centaine d’esclaves !
Harry hocha la tête et reporta son attention sur
ses œufs brouillés. Le peu d’enthousiasme que
Ron et lui avaient manifesté pour son association
n’avait en rien ébranlé la détermination
d’Hermione à réclamer justice pour les elfes.
Certes, ils avaient tous deux payé deux Mornilles
pour l’achat d’un badge S.A.L.E. mais c’était
simplement pour avoir la paix. Leurs Mornilles
n’avaient d’ailleurs servi à rien. Pire, elles avaient
eu pour seul effet de rendre Hermione plus
virulente que jamais. Depuis, elle ne cessait de
harceler Harry et Ron pour qu’ils portent leur
badge et s’efforcent de convaincre d’autres élèves
de les imiter. Chaque soir, elle faisait également le
tour de la salle commune de Gryffondor dans un
bruit de ferraille, en agitant sous le nez de ses
camarades sa boîte en fer destinée à recueillir des
fonds.
— Est-ce que tu te rends compte que tes draps
sont changés, ton feu allumé, tes salles de classe
nettoyées et tes repas cuisinés par des créatures
magiques qu’on ne paye pas et qu’on traite comme
des esclaves ? répétait-elle d’un air féroce.
Certains, comme Neville, avaient payé
simplement pour qu’Hermione cesse de leur
lancer des regards furieux. Quelques-uns

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 376 / 1147
semblaient vaguement intéressés par ce qu’elle
avait à dire mais répugnaient à jouer un rôle plus
actif dans la diffusion de ses idées. Quant aux
autres, ils ne voyaient là qu’une aimable
plaisanterie.
Ron, exaspéré, leva les yeux vers le plafond qui
répandait sur eux sa lumière d’automne et Fred
s’intéressa de très près à son lard grillé (les
jumeaux avaient tous deux refusé d’acheter un
badge S.A.L.E.). George se pencha cependant vers
Hermione.
— Dis-moi, Hermione, est-ce que tu as déjà mis
les pieds dans les cuisines de Poudlard ?
— Bien sûr que non, répliqua-t-elle sèchement.
Je ne crois pas que les élèves aient le droit d’y
descendre…
— Eh bien, nous, on y est allés, dit George. Et
même très souvent pour y voler des choses à
manger. On les a rencontrés, les elfes, et crois-
moi, ils sont très heureux. Ils sont même
convaincus qu’ils font le plus beau métier du
monde…
— C’est parce qu’ils n’ont pas reçu d’éducation
et qu’on leur a fait subir un lavage de cerveau !
s’emporta Hermione.
Mais ses paroles furent noyées dans un bruit
soudain de battements d’ailes : les hiboux venaient

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 377 / 1147
d’entrer dans la Grande Salle pour apporter le
courrier. Harry leva aussitôt les yeux et vit
Hedwige fondre sur lui. Hermione s’interrompit.
Ron et elle regardèrent d’un air anxieux Hedwige
se poser sur l’épaule de Harry, replier ses ailes et
tendre sa patte d’un geste las.
Harry prit la lettre de Sirius et donna la
couenne de son lard à Hedwige qui la mangea avec
reconnaissance. Puis, après s’être assuré que Fred
et George étaient absorbés dans leurs
considérations sur le Tournoi des Trois Sorciers, il
lut la lettre de son parrain dans un murmure tout
juste audible par Ron et Hermione.
Bien essayé, Harry,
Je suis de retour au pays et bien caché. Je veux
que tu me tiennes au courant de tout ce qui se
passe à Poudlard. N’utilise plus Hedwige, change
toujours de hibou et ne t’inquiète pas pour moi,
fais plutôt attention à toi. Et n’oublie pas ce que je
t’ai dit au sujet de ta cicatrice.
Sirius
— Pourquoi changer de hibou ? demanda Ron à
voix basse.
— Hedwige finirait par attirer l’attention,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 378 / 1147
répondit aussitôt Hermione. Elle est trop visible.
Une chouette blanche qui retournerait plusieurs
fois à l’endroit où il se cache, ça finirait par éveiller
les soupçons… Ce ne sont pas des oiseaux très
courants, ici.
Harry roula la lettre et la glissa dans une poche
de sa robe en se demandant s’il était plus ou moins
inquiet qu’avant. Le fait que Sirius ait réussi à
revenir sans se faire prendre était une bonne chose
et il ne pouvait nier qu’il était rassuré de le savoir
plus près de lui. Au moins, il n’aurait plus à
attendre ses réponses aussi longtemps, lorsqu’il lui
écrirait.
— Merci, Hedwige, dit Harry en la caressant.
Elle hulula d’un air ensommeillé, trempa
brièvement son bec dans le gobelet de jus d’orange
que lui tendait Harry, puis s’envola à nouveau,
n’ayant manifestement plus d’autre désir que
d’aller faire un bon somme dans la volière.
Ce jour-là, il régnait à Poudlard une agréable
atmosphère d’attente. Personne ne prêta grande
attention à ce qui se passait pendant les cours :
seule l’arrivée, le soir même, des délégations de
Beauxbâtons et de Durmstrang occupait les
esprits. Même le cours de potions parut plus
supportable qu’à l’ordinaire, surtout parce qu’il
devait être abrégé d’une demi-heure. Lorsque la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 379 / 1147
cloche sonna, Harry, Ron et Hermione se
précipitèrent dans la tour de Gryffondor,
déposèrent sacs et livres dans leurs dortoirs,
jetèrent leurs capes sur leurs épaules et
redescendirent l’escalier quatre à quatre jusqu’au
hall d’entrée.
Les responsables des différentes maisons firent
mettre leurs élèves en rangs.
— Weasley, redressez votre chapeau, dit
sèchement à Ron le professeur McGonagall. Miss
Patil, ôtez de vos cheveux cet accessoire ridicule.
Parvati fit la moue et enleva le papillon qui
ornait sa natte.
— Suivez-moi, s’il vous plaît, dit le professeur
McGonagall. Les première année, passez devant…
Ne poussez pas…
Ils descendirent les marches qui menaient au-
dehors et s’alignèrent devant le château en rangées
successives. La soirée était fraîche et lumineuse.
Le jour tombait lentement et une lune si pâle
qu’elle en semblait transparente brillait déjà au-
dessus de la Forêt interdite. Harry, qui se trouvait
au quatrième rang entre Ron et Hermione,
aperçut, dans la file des première année, la
silhouette minuscule de Dennis Crivey qui
tremblait littéralement d’impatience.
— Il est presque six heures, dit Ron en jetant un

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 380 / 1147
coup d’œil à sa montre, puis à l’allée qui menait au
portail. Comment tu crois qu’ils vont venir ? En
train ?
— Ça m’étonnerait, dit Hermione.
— Alors, comment ? Sur des balais ? suggéra
Harry en levant les yeux vers le ciel où
commençaient à briller des étoiles.
— Je ne crois pas… Pas de si loin…
— Avec un Portoloin, peut-être ? dit Ron. Ou
bien ils pourraient transplaner. Chez eux, on a
peut-être le droit avant dix-sept ans.
— On ne peut pas transplaner dans l’enceinte
de Poudlard, combien de fois faudra-t-il que je te
le répète ? répliqua Hermione, agacée.
Ils scrutèrent le parc qui commençait à
s’obscurcir, mais rien ne bougeait. Tout était
tranquille, silencieux et presque comme
d’habitude. Harry avait un peu froid. Il aurait bien
aimé qu’ils se dépêchent… Leurs hôtes préparaient
peut-être une arrivée spectaculaire… Il se
souvenait de ce que Mr Weasley avait dit au
camping, avant la Coupe du Monde de Quidditch :
« Toujours pareil, on ne peut pas résister à l’envie
d’épater le voisin quand on est tous ensemble…»
— Ah ! Si je ne m’abuse, la délégation de
Beauxbâtons arrive ! lança Dumbledore, qui était
au dernier rang avec les autres professeurs.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 381 / 1147
— Où ? demandèrent avidement plusieurs
élèves en regardant dans toutes les directions.
— Là-bas ! s’écria un élève de sixième année en
montrant la Forêt interdite.
Quelque chose de très grand, beaucoup plus
grand qu’un balai volant – ou même que cent
balais volants – approchait du château, dans le ciel
d’un bleu sombre. On voyait sa silhouette grandir
sans cesse.
— C’est un dragon ! hurla une élève de première
année, prise de panique.
— Ne dis pas de bêtises… C’est une maison
volante ! répliqua Dennis Crivey.
Dennis était plus proche de la vérité… La
gigantesque forme noire qui avançait au-dessus de
la cime des arbres fut peu à peu éclairée par les
lumières du château et ils distinguèrent alors un
immense carrosse bleu pastel tiré par des chevaux
géants. Le carrosse avait la taille d’une grande
maison et volait vers eux, tiré dans les airs par une
douzaine de chevaux ailés, tous des palominos,
chacun de la taille d’un éléphant.
Les élèves des trois premiers rangs reculèrent
en voyant le carrosse descendre du ciel à une
vitesse terrifiante. Enfin, dans un fracas si
impressionnant que Neville fit un bond en arrière
et retomba sur les pieds d’un Serpentard de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 382 / 1147
cinquième année, les sabots des chevaux, plus
grands que des assiettes, se posèrent sur le sol
dans un nuage de poussière. Un instant plus tard,
le carrosse atterrit à son tour, rebondissant sur ses
roues démesurées tandis que les chevaux couleur
d’or agitaient leurs énormes têtes en roulant des
yeux flamboyants.
Harry eut tout juste le temps d’apercevoir des
armoiries – deux baguettes d’or croisées qui
lançaient chacune trois étoiles – gravées sur la
portière du carrosse avant que celle-ci ne s’ouvre.
Un garçon vêtu d’une robe de sorcier bleu clair
sauta à terre, se pencha en avant, tripota
maladroitement quelque chose sur le plancher du
carrosse puis déplia un marchepied d’or. Il fit
respectueusement un pas en arrière et Harry vit
briller une chaussure noire à haut talon qui
émergea du carrosse – une chaussure qui avait la
taille d’une luge d’enfant. La chaussure fut
presque immédiatement suivie par la plus
immense femme que Harry eût jamais vue. La
taille du carrosse et des chevaux s’expliquait
mieux, à présent. Quelques élèves étouffèrent une
exclamation de surprise.
Harry ne connaissait qu’une seule personne
aussi grande. C’était Hagrid. Tous deux devaient
avoir exactement la même taille. Pourtant – peut-

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 383 / 1147
être parce qu’il était habitué à la silhouette de
Hagrid – cette femme (qui avait maintenant
descendu le marchepied et regardait la foule des
élèves aux yeux écarquillés) lui semblait d’une
taille encore plus considérable, encore plus
surnaturelle. Lorsqu’elle pénétra dans la clarté que
répandait la lumière du hall d’entrée, tout le
monde put voir son beau visage au teint olivâtre,
ses grands yeux noirs et humides et son nez en
forme de bec d’oiseau. Ses cheveux tirés en arrière
étaient noués en un chignon serré qui brillait sur
sa nuque. Elle était vêtue de satin noir de la tête
aux pieds et de magnifiques opales scintillaient
autour de son cou et à ses doigts épais.
Dumbledore se mit à applaudir et les élèves
l’imitèrent avec ardeur. Nombre d’entre eux
s’étaient dressés sur la pointe des pieds, ce qui
était sans nul doute la meilleure façon de regarder
cette femme.
Celle-ci eut un sourire gracieux et s’avança vers
Dumbledore en tendant une main étincelante de
bijoux. Bien qu’il fût lui-même très grand,
Dumbledore n’eut presque pas besoin de se
pencher pour lui faire un baisemain.
— Ma chère Madame Maxime, dit-il, je vous
souhaite la bienvenue à Poudlard.
— Mon cheur Dambleudore , répondit Madame

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 384 / 1147
Maxime d’une voix grave, je suis ravie de
constateu que vous aveu l’eur en parfeute santeu.
— Ma santé est parfaite, en euffeut … heu… en
effet, assura Dumbledore.
— Je vous preusente meus euleuves , dit
Madame Maxime en agitant d’un geste désinvolte
l’une de ses énormes mains par-dessus son épaule.
Harry, dont l’attention avait été entièrement
occupée jusqu’alors par Madame Maxime,
remarqua qu’une douzaine de filles et de garçons –
tous âgés de dix-sept ou dix-huit ans – étaient
sortis du carrosse et se tenaient à présent derrière
leur directrice. Ils frissonnaient, ce qui n’avait rien
d’étonnant quand on voyait les robes de soie fine
qu’ils portaient sans aucune cape pour les
protéger. Quelques-uns d’entre eux s’étaient
enveloppé la tête d’écharpes ou de châles et
d’après ce que Harry pouvait voir de leurs visages
(ils se tenaient dans l’ombre immense de Madame
Maxime), ils contemplaient le château d’un air
anxieux.
— À queul moment Karkaroff doit-il arriveu ?
demanda Madame Maxime.
— Il ne devrait pas tardeu … heu… tarder,
répondit Dumbledore. Souhaitez-vous l’attendre
ici ou préférez-vous entrer à l’intérieur pour vous
réchauffer quelque peu ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 385 / 1147
— Meu reuchauffeu queulqueu peu, queulle
bonne ideu, mon cheur Dambleudore, approuva
Madame Maxime. Meus qui va s’occupeu de meus
cheveux ?
— Vos cheveux sont coiffés à la perfection,
assura galamment Dumbledore.
— Dambleudore, queul pleusantin vous feutes !
s’exclama Madame Maxime en pouffant de rire. Je
vouleus parleu deus cheveux de mon carrosse…
— Ah, vos chevaux ! Oui, bien sûr, notre
professeur de soins aux créatures magiques sera
ravi de veiller à leur bien-être, déclara
Dumbledore. Dès qu’il aura réglé les petits
problèmes que lui ont posés certains de ses…
heu… protégés…
— Les Scroutts, murmura Ron à l’oreille de
Harry avec un grand sourire.
— S’occupeu deus meus eutalons neuceussite,
heu… une grande force musculeure …, avertit
Madame Maxime qui semblait douter qu’un
professeur de soins aux créatures magiques de
Poudlard soit à la hauteur de la tâche. Ils ont une
vigueur peu ordineure …
— Je puis vous assurer que Hagrid saura s’y
prendre, dit Dumbledore en souriant.
— Treus bien, répondit Madame Maxime en
s’inclinant légèrement. Vous voudreuz bien

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 386 / 1147
preuciseu à ceut Agrid que meus cheveux ne
boivent que du whisky pur malt.
— Nous ferons le nécessaire, assura
Dumbledore qui s’inclina à son tour.
— Veuneuz , vous autres, dit Madame Maxime à
ses élèves d’un ton impérieux et ceux de Poudlard
s’écartèrent pour leur permettre de gravir les
marches du château.
— À votre avis, ils vont être grands comment,
les chevaux de Durmstrang ? demanda Seamus
Finnigan en se penchant vers Harry et Ron,
derrière le dos de Lavande et de Parvati.
— S’ils sont plus gros que ceux-là, même
Hagrid n’arrivera pas à les tenir, dit Harry. Mais
d’abord, il faut qu’il arrive à se débarrasser de ses
Scroutts. Je me demande où il en est avec eux.
— Ils se sont peut-être échappés, dit Ron avec
espoir.
— Ne dis pas ça ! s’exclama Hermione,
parcourue d’un frisson. Imagine qu’ils se
promènent en liberté dans le parc…
Ils restèrent là, grelottant dans le froid qui
s’installait, et attendirent l’arrivée de la délégation
de Durmstrang. La plupart des élèves regardaient
le ciel, pleins d’espoir. Pendant quelques instants
il régna un grand silence que seuls venaient
troubler les bruits de sabots et les hennissements

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 387 / 1147
des immenses chevaux de Madame Maxime.
— Tu entends quelque chose ? demanda
soudain Ron.
Harry écouta. Un bruit étrange, sonore et
inquiétant, leur parvenait dans l’obscurité. C’était
une sorte de grondement étouffé auquel se mêlait
un bruit de succion, comme si on avait passé un
gigantesque aspirateur au fond d’une rivière…
— Le lac ! s’écria Lee Jordan en le montrant du
doigt. Regardez le lac !
De l’endroit où ils se trouvaient, au sommet de
la pelouse en pente douce dominant le parc, ils
voyaient nettement la surface lisse et noire de l’eau
qui, soudain, ne fut plus lisse du tout. De grosses
bulles se formèrent et des vagues vinrent lécher les
rives boueuses du lac. Enfin, un tourbillon apparut
en son centre, comme si on venait d’ôter une
bonde géante, au fond de l’eau…
La forme noire d’un long mât s’éleva lentement
au milieu du tourbillon… et Harry distingua le
gréement…
— C’est un bateau ! dit-il à Ron et à Hermione.
Lentement, majestueusement, un vaisseau
émergea alors de l’eau, dans le scintillement
argenté du clair de lune. Il avait quelque chose
d’étrangement spectral, telle une épave sauvée
d’un naufrage, et les faibles lueurs qui brillaient

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 388 / 1147
derrière ses hublots, comme enveloppées de
brume, ressemblaient à des yeux de fantôme.
Enfin, dans un bruit de cascade, le vaisseau
apparut entièrement, tanguant sur les eaux
tumultueuses du lac, et glissa vers la rive.
Quelques instants plus tard, ils entendirent l’ancre
tomber dans l’eau et le bruit mat d’une passerelle
qu’on abaissait sur le rivage.
Les passagers débarquaient, défilant à la lueur
des hublots. Tous semblaient avoir été bâtis sur le
modèle de Crabbe et Goyle, remarqua Harry. Mais
lorsqu’ils approchèrent de la lumière qui
s’échappait du hall d’entrée, il vit que leurs
silhouettes massives étaient dues aux capes de
fourrure épaisse et compacte dont ils étaient vêtus.
L’homme qui était à leur tête portait une fourrure
différente, lisse et argentée, comme ses cheveux.
— Dumbledore ! s’écria-t-il avec chaleur en
s’avançant sur la pelouse. Comment allez-vous,
mon cher ami, comment allez-vous ?
— Le mieux du monde, merci, professeur
Karkaroff, répondit Dumbledore.
Karkaroff avait une voix suave et bien timbrée.
Il était grand et mince, comme Dumbledore, mais
ses cheveux blancs étaient coupés court et son
bouc (qui se terminait par une petite boucle de
poils) n’arrivait pas à cacher entièrement un

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 389 / 1147
menton plutôt fuyant. Lorsqu’il fut devant
Dumbledore, il serra ses deux mains dans les
siennes.
— Ce cher vieux Poudlard, dit-il en regardant le
château avec un sourire.
Il avait des dents jaunâtres et Harry remarqua
que, en dépit de son sourire, ses yeux restaient
froids et son regard perçant.
— Quelle joie d’être ici, quelle joie, vraiment…
Viktor, venez donc vous réchauffer… Ça ne vous
ennuie pas, Dumbledore ? Viktor est légèrement
enrhumé…
Karkaroff fit signe à l’un de ses élèves de le
rejoindre. Lorsque le garçon passa devant eux,
Harry aperçut un nez arrondi et d’épais sourcils
noirs. Il n’eut pas besoin du coup de coude que lui
donna Ron pour reconnaître aussitôt ce profil.
— Harry… C’est Krum ! murmura inutilement
Ron à son oreille.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 390 / 1147
16
L A C OUPE DE F EU
e n’arrive pas à y croire ! dit Ron,
abasourdi, tandis que les élèves de
Poudlard remontaient les marches du château
derrière la délégation de Durmstrang. Krum,
Harry ! C’est Viktor Krum !— J
— Pour l’amour du ciel, Ron, c’est un simple
joueur de Quidditch, répliqua Hermione.
— Un simple joueur de Quidditch ? s’exclama
Ron en la regardant comme s’il n’en croyait pas
ses oreilles. Hermione, c’est l’un des meilleurs
attrapeurs du monde ! Je ne me serais jamais
douté qu’il faisait encore ses études !
Alors qu’ils traversaient le hall en direction de
la Grande Salle, Harry vit Lee Jordan sauter sur
place pour essayer de mieux voir la tête de Krum
qui lui tournait le dos. Plusieurs filles de sixième
année fouillaient frénétiquement dans leurs
poches.
— Oh, non, ce n’est pas vrai ! Je n’ai pas la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 391 / 1147
moindre plume sur moi !
— Tu crois qu’il accepterait de signer mon
chapeau avec mon rouge à lèvres ?
— Non, mais vraiment… dit Hermione d’un air
hautain en passant devant les deux filles qui se
disputaient à présent le tube de rouge à lèvres.
— Moi, je tiens à avoir son autographe, si je
peux, dit Ron. Tu n’aurais pas une plume, Harry ?
— Non, elles sont toutes là-haut, dans mon sac,
répondit Harry.
Ils allèrent s’asseoir à la table des Gryffondor.
Ron prit soin de s’installer du côté qui faisait face
au hall, car Krum et ses condisciples de
Durmstrang étaient toujours regroupés à côté de
la porte, ne sachant pas très bien où s’asseoir. Les
élèves de Beauxbâtons s’étaient installés à la table
des Serdaigle et regardaient la Grande Salle d’un
air maussade. Trois filles avaient gardé sur la tête
des écharpes et des châles.
— Il ne fait quand même pas si froid, dit
Hermione en leur jetant un regard irrité. Elles
n’avaient qu’à emporter des capes.
— Ici ! Viens t’asseoir ici ! dit Ron d’une voix
sifflante. Ici ! Hermione, pousse-toi un peu, fais de
la place…
— Quoi ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 392 / 1147
— Trop tard, dit Ron avec amertume.
Viktor Krum et ses camarades de Durmstrang
s’étaient assis à la table des Serpentard. Harry vit
Malefoy, Crabbe et Goyle afficher aussitôt un petit
air supérieur. Malefoy se penchait déjà vers Krum
pour lui parler.
— C’est ça, vas-y, Malefoy, essaye de te faire
bien voir, dit Ron d’un ton acerbe. Je suis sûr que
Krum a tout de suite vu à qui il avait affaire… Il
doit être habitué aux flatteries… Où crois-tu qu’ils
vont dormir ? On pourrait peut-être lui faire de la
place dans notre dortoir, Harry… Moi, je veux bien
lui donner mon lit, je dormirai sur un lit de camp.
Hermione haussa les épaules d’un air
dédaigneux.
— Ils ont l’air beaucoup plus contents que ceux
de Beauxbâtons, remarqua Harry.
Les élèves de Durmstrang avaient ôté leurs
grosses fourrures et contemplaient d’un air
intéressé le plafond étoilé. Deux d’entre eux,
apparemment impressionnés, examinaient les
assiettes et les gobelets d’or.
Rusard, le concierge, était occupé à ajouter des
chaises autour de la table des professeurs. Il avait
revêtu pour l’occasion son habit râpé à queue de
pie. Harry fut étonné de le voir apporter quatre
chaises supplémentaires, dont deux de chaque

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 393 / 1147
côté de celle de Dumbledore.
— Il n’y a pourtant que deux personnes en plus,
dit Harry. Pourquoi est-ce que Rusard ajoute
quatre chaises ? Qui d’autre doit venir ?
— Hein ? répondit Ron d’une voix distraite.
Il continuait de regarder Krum avec des yeux
avides.
Lorsque tous les élèves se furent assis à leurs
tables respectives, les professeurs firent leur
entrée et allèrent s’installer autour de la grande
table. Le professeur Dumbledore, le professeur
Karkaroff et Madame Maxime fermaient la
marche. Lorsque leur directrice apparut, les élèves
de Beauxbâtons se levèrent d’un bond,
déclenchant quelques éclats de rire dans les rangs
de Poudlard. Ils n’en ressentirent apparemment
aucune gêne et ne se rassirent que lorsque
Madame Maxime eut pris place à la gauche de
Dumbledore. Celui-ci resta debout, et le silence se
fit dans la Grande Salle.
— Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, chers
fantômes et, surtout, chers invités, bonsoir, dit
Dumbledore en adressant aux élèves étrangers un
sourire rayonnant. J’ai le très grand plaisir de vous
souhaiter la bienvenue à Poudlard. J’espère et je
suis même certain que votre séjour ici sera à la fois
confortable et agréable. L’une des filles de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 394 / 1147
Beauxbâtons, qui avait toujours un cache-nez
enroulé autour de la tête, éclata d’un rire
ouvertement moqueur.
— Personne ne t’oblige à rester ! murmura
Hermione, exaspérée.
— Le tournoi sera officiellement ouvert à la fin
de ce banquet, annonça Dumbledore. Mais pour
l’instant, je vous invite à manger, à boire et à
considérer cette maison comme la vôtre !
Il s’assit et Harry vit Karkaroff se pencher
aussitôt vers lui pour engager la conversation.
Comme d’habitude, les plats disposés devant
eux se remplirent de mets divers. Les elfes de la
cuisine s’étaient surpassés. Harry n’avait jamais vu
une telle variété de plats, dont certains
appartenaient de toute évidence à des cuisines
d’autres pays.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Ron en
montrant une grande soupière remplie d’un
mélange de poissons, à côté d’un ragoût de bœuf et
de rognons.
— Bouillabaisse, dit Hermione.
— À tes souhaits, dit Ron.
— C’est français , précisa Hermione. J’en ai
mangé un jour en vacances, il y a deux ans. C’est
très bon.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 395 / 1147
— Je te crois sur parole, répondit Ron en se
servant une bonne part de ragoût bien anglais.
Il semblait y avoir beaucoup plus de monde que
d’habitude dans la Grande Salle, même si l’on ne
comptait guère qu’une vingtaine d’élèves en plus.
Peut-être était-ce en raison de leurs uniformes
colorés qui se remarquaient davantage à côté des
robes noires de Poudlard. Sous les fourrures qu’ils
avaient ôtées, les élèves de Durmstrang portaient
des robes d’une intense couleur rouge sang.
Le banquet avait commencé depuis une
vingtaine de minutes lorsque Hagrid se faufila à
l’intérieur de la salle en passant par une porte
située derrière la table des professeurs. Il se glissa
à sa place et salua Harry, Ron et Hermione en
agitant une main entourée de bandages.
— Les Scroutts vont bien, Hagrid ? lança Harry
depuis la table des Gryffondor.
— En pleine forme, répondit Hagrid d’un air
ravi.
— Rien d’étonnant, dit Ron à voix basse.
Apparemment, la nourriture qui leur convient le
mieux, ce sont les doigts de Hagrid.
À cet instant, ils entendirent une voix
demander :
— Excusez-moi, vous avez fini avec la
bouillabaisse ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 396 / 1147
C’était la fille de Beauxbâtons qui avait ri
pendant le discours de bienvenue de Dumbledore.
Elle s’était enfin décidée à retirer son cache-nez,
libérant une cascade de cheveux d’un blond
argenté qui lui tombaient presque jusqu’à la taille.
Elle avait de grands yeux d’un bleu foncé et des
dents très blanches, parfaitement régulières.
Ron devint écarlate. Il la regarda, ouvrit la
bouche et bredouilla :
— La bouba… la boubaliaisse… La
bailloubaisse…
— Bouillabaisse, rectifia-t-elle.
— Bouba… boubia…, balbutia Ron.
— Tu n’as pas l’air très doué pour les langues
étrangères… s’impatienta la fille aux cheveux
blonds. Alors, vous avez fini, oui ou non, avec cette
bouillabaisse ?
— Oui, dit Ron, le souffle coupé. Oui, c’était…,
c’était excellent.
Elle prit la soupière et l’emporta avec
précaution à la table de Serdaigle. Ron continuait
de la regarder les yeux exorbités, comme si c’était
la première fois de sa vie qu’il voyait une fille.
Harry éclata de rire et Ron sembla redescendre sur
terre.
— C’est une Vélane, dit-il à Harry d’une voix
rauque.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 397 / 1147
— Bien sûr que non ! coupa sèchement
Hermione. Personne d’autre ne la regarde d’un air
idiot !
Mais elle se trompait. Lorsque la fille aux
cheveux blonds traversa la salle, de nombreux
garçons tournèrent la tête vers elle et semblèrent
eux aussi perdre momentanément l’usage de la
parole.
— Je te dis que ce n’est pas une fille normale !
insista Ron en se penchant de côté pour continuer
à la suivre des yeux. On n’en fait pas des comme
ça, à Poudlard !
— On en fait des très bien, à Poudlard, dit
Harry d’un air absent.
Cho Chang était assise un peu plus loin que la
fille aux cheveux blonds.
— Quand vous aurez de nouveau les yeux en
face des trous, tous les deux, dit Hermione d’un
ton brusque, vous verrez peut-être qui vient
d’arriver.
Elle montrait du doigt la table des professeurs.
Les deux chaises restées vides étaient à présent
occupées. Ludo Verpey était assis à côté du
professeur Karkaroff tandis que Mr Croupton, le
patron de Percy, avait pris place à côté de Madame
Maxime.
— Qu’est-ce qu’ils font ici ? s’étonna Harry.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 398 / 1147
— Ce sont eux qui ont organisé le Tournoi des
Trois Sorciers, non ? dit Hermione. J’imagine
qu’ils voulaient être là au moment où il s’ouvre
officiellement.
Lorsque les desserts furent servis, ils
remarquèrent divers gâteaux qu’ils ne
connaissaient pas. Ron examina de près une
espèce de crème blanchâtre puis la glissa vers la
droite pour qu’elle soit bien visible depuis la table
des Serdaigle. Mais la fille qui ressemblait à une
Vélane semblait avoir assez mangé et ne vint pas la
prendre.
Dès que les assiettes d’or eurent été vidées et
nettoyées, Dumbledore se leva à nouveau. Il
régnait à présent dans la Grande Salle une
atmosphère d’attente. Harry fut parcouru d’un
frisson d’excitation en se demandant ce qui allait
se passer. Un peu plus loin à leur table, Fred et
George, penchés en avant, observaient
Dumbledore avec la plus grande attention.
— Le moment est venu, dit Dumbledore en
souriant largement à tous les visages tournés vers
lui. Le Tournoi des Trois Sorciers va commencer.
Mais je voudrais donner quelques explications
avant qu’on apporte le reliquaire…
— Le quoi ? murmura Harry.
— … afin de clarifier la procédure que nous

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 399 / 1147
suivrons cette année. Pour commencer, permettez-
moi de présenter à ceux qui ne les connaissent pas
encore Mr Bartemius Croupton, directeur du
Département de la coopération magique
internationale – il y eut quelques
applaudissements polis – et Ludo Verpey,
directeur du Département des jeux et sports
magiques.
Cette fois, les applaudissements furent
beaucoup plus nourris, sans doute en raison de la
réputation de Verpey comme batteur, ou
simplement parce qu’il paraissait beaucoup plus
sympathique. Il répondit avec un geste chaleureux
de la main alors que Bartemius Croupton n’avait
ni souri ni adressé le moindre signe au public à
l’annonce de son nom. Harry se souvenait de son
costume impeccable, le jour de la Coupe du Monde
de Quidditch, et il lui trouva l’air bizarre dans sa
robe de sorcier. Sa moustache en brosse à dents et
sa raie bien nette paraissaient très étranges à côté
de la barbe et des longs cheveux blancs de
Dumbledore.
— Mr Verpey et Mr Croupton ont travaillé sans
relâche au cours de ces derniers mois pour
préparer le Tournoi des Trois Sorciers, poursuivit
Dumbledore, et ils feront partie avec Madame
Maxime, le professeur Karkaroff et moi-même du

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 400 / 1147
jury chargé d’apprécier les efforts des champions.
Ron haussa les épaules.
Dès que le mot « champions » fut prononcé,
l’attention des élèves sembla s’intensifier.
Il avait dû remarquer leur soudaine immobilité
car il eut un sourire lorsqu’il demanda :
— Le reliquaire, s’il vous plaît, Mr Rusard.
Argus Rusard, qui s’était tenu à l’écart dans un
coin de la salle, s’avança vers Dumbledore en
portant un grand coffre de bois incrusté de pierres
précieuses. Le coffre paraissait très ancien et son
apparition déclencha un murmure enthousiaste
parmi les élèves. Dennis Crivey était monté sur sa
chaise pour mieux le voir mais il était si minuscule
qu’il ne dépassait guère la tête de ses camarades
restés assis.
— Les instructions concernant les tâches que
les champions devront accomplir cette année ont
été soigneusement établies par Mr Croupton et
Mr Verpey, reprit Dumbledore pendant que
Rusard déposait délicatement le coffre sur la table,
juste devant lui. Et ils ont pris toutes les
dispositions nécessaires au bon déroulement de
cette compétition. Trois tâches auront donc lieu à
divers moments de l’année et mettront à l’épreuve
les qualités des champions… Leurs capacités
magiques – leur audace – leur pouvoir de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 401 / 1147
déduction – et, bien sûr, leur aptitude à réagir face
au danger.
Ces derniers mots provoquèrent un silence
absolu, comme si plus personne n’osait même
respirer.
— Comme vous le savez, trois champions
s’affronteront au cours de ce tournoi, poursuivit
Dumbledore d’un ton très calme, un pour chacune
des écoles participantes. Ils seront notés en
fonction de leurs performances dans
l’accomplissement de chacune des tâches et le
champion qui aura obtenu le plus grand nombre
de points sera déclaré vainqueur. Les trois
champions seront choisis par un juge impartial…
La Coupe de Feu.
Dumbledore prit sa baguette magique et en
tapota le coffre à trois reprises. Dans un
grincement, le couvercle s’ouvrit avec lenteur et
Dumbledore sortit du reliquaire une grande coupe
de bois grossièrement taillé. La coupe en elle-
même n’aurait rien eu de remarquable s’il n’en
avait jailli une gerbe de flammes bleues qui
dansaient comme dans l’âtre d’une cheminée.
Dumbledore referma le reliquaire et, avec des
gestes précautionneux, posa la Coupe dessus pour
que chacun puisse la contempler tout à loisir.
— Quiconque voudra soumettre sa candidature

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 402 / 1147
pour être choisi comme champion devra écrire
lisiblement son nom et celui de son école sur un
morceau de parchemin et le laisser tomber dans
cette Coupe de Feu, expliqua Dumbledore. Les
aspirants champions disposeront de vingt-quatre
heures pour le faire. Demain soir, jour de
Halloween, la Coupe donnera les noms des trois
personnes qu’elle aura jugées les plus dignes de
représenter leur école. Dès ce soir, la Coupe sera
placée dans le hall d’entrée et sera libre d’accès à
celles et ceux qui souhaiteront se présenter. Pour
garantir qu’aucun élève qui n’aurait pas atteint
l’âge requis succombe à la tentation, poursuivit
Dumbledore, je me chargerai moi-même de tracer
une Limite d’Âge autour de la Coupe de Feu
lorsqu’elle aura été placée dans le hall d’entrée. Il
sera impossible à toute personne d’un âge
inférieur à dix-sept ans de franchir cette limite.
Enfin, pour terminer, je voudrais avertir les
candidats qu’on ne saurait participer à ce tournoi à
la légère. Une fois qu’un champion a été
sélectionné par la Coupe, il – ou elle – a
l’obligation de se soumettre aux épreuves du
tournoi jusqu’à son terme. Déposer votre nom
dans la Coupe constitue un engagement, une sorte
de contrat magique. Une fois que quelqu’un a été
nommé champion, il n’est plus question de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 403 / 1147
changer d’avis. En conséquence, réfléchissez bien
avant de proposer votre nom, il faut que vous ayez
de tout votre cœur le désir de participer. Voilà. À
présent, je crois que le moment est venu d’aller
dormir. Bonne nuit à tous.
— Une Limite d’Âge ! dit Fred, les yeux
étincelants, tandis que la foule des élèves se
dirigeait vers le hall d’entrée. Il devrait suffire
d’une potion de Vieillissement pour arriver à la
franchir, non ? Et une fois que ton nom est dans la
Coupe, comment savoir si tu as dix-sept ans ou
pas ?
— Je ne crois pas que quelqu’un qui a moins de
dix-sept ans puisse avoir la moindre chance de
gagner, dit Hermione. Nous n’en savons pas assez,
tout simplement…
— Parle pour toi ! répliqua sèchement George.
Harry, tu vas essayer, non ?
Harry repensa aux paroles de Dumbledore
lorsqu’il avait insisté pour que personne au-
dessous de dix-sept ans ne soumette sa
candidature mais, très vite, il s’imagina à nouveau
vainqueur du tournoi… Il se demanda quel serait
le degré de fureur de Dumbledore si quelqu’un de
moins de dix-sept ans parvenait à franchir la
Limite d’Âge…
— Où est-il ? demanda Ron, qui n’écoutait pas

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 404 / 1147
un mot de la conversation, trop occupé à scruter la
foule pour essayer de voir où se trouvait Krum.
Dumbledore ne nous a pas dit où dormaient les
élèves de Durmstrang. Vous avez une idée, vous ?
Il eut presque aussitôt la réponse à sa question.
Au moment où ils passaient devant la table des
Serpentard, Karkaroff se précipita vers ses élèves.
— On remonte tout de suite à bord du vaisseau,
dit-il. Viktor, comment vous sentez-vous ? Vous
avez assez mangé ? Vous voulez que je demande à
la cuisine de vous préparer du vin chaud ?
Harry vit Krum hocher la tête en remettant sa
fourrure.
— Prrrofesseurrr, moi , je voudrrrais bien du vin
chaud, dit d’un ton plein d’espoir l’un des autres
élèves de Durmstrang.
— Ce n’est pas à vous que je l’ai proposé,
Poliakoff, répondit sèchement Karkaroff, en
perdant le ton chaleureux et paternel sur lequel il
avait parlé à Krum. En plus, vous avez mangé si
salement que votre robe est toute tachée. Vous
êtes dégoûtant, mon garçon…
Karkaroff emmena ses élèves vers la sortie et
atteignit les portes de la Grande Salle en même
temps que Harry, Ron et Hermione. Harry s’arrêta
pour le laisser passer.
— Merci, dit Karkaroff d’un ton distrait en lui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 405 / 1147
jetant un coup d’œil.
Soudain, il se figea sur place, tourna à nouveau
la tête vers Harry et le regarda fixement comme
s’il n’arrivait pas à en croire ses yeux. Derrière leur
directeur, ses élèves s’immobilisèrent à leur tour.
Les yeux de Karkaroff remontèrent lentement et
s’arrêtèrent sur la cicatrice de Harry. Les élèves de
Durmstrang, eux aussi, l’observaient avec
curiosité. Du coin de l’œil, Harry vit que certains
d’entre eux avaient déjà compris qui il était. Le
garçon à la robe tachée de sauce donna un coup de
coude à la fille qui se trouvait à côté de lui et
montra ouvertement du doigt le front de Harry.
— Ouais, c’est Harry Potter, grogna une voix
derrière eux.
Le professeur Karkaroff fit volte-face. Maugrey
Fol Œil se tenait devant lui, appuyé de tout son
poids sur son bâton, son œil magique fixant sans
ciller le directeur de Durmstrang.
Harry vit Karkaroff pâlir. Une terrible
expression de fureur mêlée de crainte apparut sur
son visage.
— Vous ! dit-il en regardant Maugrey comme
s’il n’était pas certain que ce soit vraiment lui.
— Moi, répondit Maugrey d’un air sinistre. Et à
moins que vous ayez quelque chose de précis à
dire à Potter, Karkaroff, il vaudrait mieux dégager

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 406 / 1147
le passage. Vous bloquez la sortie.
C’était vrai. La moitié des élèves restés dans la
Grande Salle attendaient derrière eux, se dressant
sur la pointe des pieds pour essayer de voir ce qui
les empêchait de passer.
Sans ajouter un mot, le professeur Karkaroff fit
alors signe à ses élèves de le suivre. Maugrey le
regarda s’éloigner, fixant son dos de son œil
magique, avec une expression d’intense antipathie
sur son visage mutilé.
Le lendemain étant un samedi, la plupart des
élèves auraient dû descendre prendre leur petit
déjeuner plus tard que d’habitude. Mais Harry,
Ron et Hermione ne furent pas les seuls à se lever
beaucoup plus tôt. Lorsqu’ils descendirent dans le
hall d’entrée, ils virent une vingtaine de
personnes, certaines un toast à la main,
rassemblées autour de la Coupe de Feu pour
l’examiner de plus près. Elle avait été installée au
milieu du hall, sur le tabouret qui servait
habituellement de socle au Choixpeau magique.
Une mince ligne dorée avait été tracée sur le sol,
formant un cercle d’environ trois mètres de rayon
tout autour de la Coupe.
— Est-ce que quelqu’un a déjà mis son nom
dedans ? demanda Ron avec curiosité à une fille de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 407 / 1147
troisième année.
— Tous les élèves de Durmstrang, répondit
celle-ci. Mais je n’ai encore vu personne de
Poudlard s’en approcher.
— Je parie qu’il y en a qui sont allés déposer
leur nom cette nuit, quand les autres dormaient,
dit Harry. C’est ce que j’aurais fait si j’avais voulu
être candidat… Je n’aurais pas aimé que tout le
monde me voie. Imagine que la Coupe te rejette
ton nom à la figure ?
Quelqu’un éclata de rire derrière Harry. Il se
retourna et vit Fred, George et Lee Jordan qui
descendaient l’escalier en courant, l’air surexcité.
— Ça y est, murmura Fred d’un ton triomphant.
On vient de la prendre.
— Quoi ? demanda Ron.
— La potion de Vieillissement, tête de nouille,
répondit Fred.
— Une goutte chacun, dit George en se frottant
les mains avec une expression réjouie. On n’a
besoin que de quelques mois de plus.
— Si l’un de nous gagne, on partagera les mille
Gallions en trois, dit Lee avec un large sourire.
— Je ne suis pas du tout sûre que ça marche, les
avertit Hermione. Dumbledore y a certainement
pensé avant vous.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 408 / 1147
Mais Fred, George et Lee ne tinrent aucun
compte de son intervention.
— Prêt ? dit Fred aux deux autres qui
frémissaient d’excitation. Allons-y, je passe le
premier.
Fasciné, Harry regarda Fred sortir de sa poche
un morceau de parchemin sur lequel était écrit :
« Fred Weasley – Poudlard. » Fred s’avança
jusqu’à la ligne et s’arrêta devant, en se balançant
sur la pointe des pieds comme un plongeur qui
s’apprête à faire un saut de quinze mètres. Puis,
sous les regards tournés vers lui, il prit une
profonde inspiration et franchit la ligne.
Pendant une fraction de seconde, Harry crut
qu’il avait réussi – George en était sûrement
convaincu car il poussa un cri de triomphe et sauta
par-dessus la ligne à la suite de Fred – mais un
instant plus tard, il y eut une sorte de grésillement
et les jumeaux furent rejetés hors du cercle comme
s’ils avaient été catapultés par un invisible lanceur
de poids. Ils atterrirent douloureusement trois
mètres plus loin, sur le sol de pierre froide et, pour
ajouter le ridicule au châtiment, deux longues
barbes blanches, exactement semblables,
poussèrent aussitôt sur leurs visages avec un bruit
de pétard.
Le hall résonna alors de grands éclats de rire.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 409 / 1147
Fred et George eux-mêmes ne purent s’empêcher
de participer à l’hilarité générale en voyant leurs
barbes respectives.
— Je vous avais pourtant prévenus, dit une voix
grave et amusée.
Tout le monde se retourna et vit le professeur
Dumbledore sortir de la Grande Salle.
— Je vous conseille d’aller faire un tour chez
Madame Pomfresh, dit-il, en regardant les
jumeaux d’un œil malicieux. Elle s’occupe déjà de
Miss Faucett, de Serdaigle, et de Mr Summers, de
Poufsouffle. Eux aussi ont eu l’idée de se vieillir un
peu. Mais je dois reconnaître que leurs barbes sont
beaucoup moins belles que les vôtres.
Fred et George se dirigèrent vers l’infirmerie,
accompagnés par Lee Jordan qui était secoué d’un
véritable fou rire. Harry, Ron et Hermione étaient
également hilares en allant prendre leur petit
déjeuner.
Les décorations de la Grande Salle avaient
changé. En l’honneur de Halloween, un nuage de
chauves-souris volaient sous le plafond magique
tandis qu’aux quatre coins de la salle, des
centaines de citrouilles évidées lançaient des
regards démoniaques. Suivi de Ron et
d’Hermione, Harry s’approcha de Dean et Seamus
qui essayaient d’établir la liste des élèves de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 410 / 1147
Poudlard susceptibles de se porter candidats.
— D’après ce qu’on dit, Warrington s’est levé de
bonne heure pour aller mettre son nom dans la
Coupe, révéla Dean à Harry. Tu sais, ce grand type
de Serpentard qui a l’air d’un gros veau. Harry, qui
avait joué au Quidditch contre Warrington, hocha
la tête d’un air dégoûté.
— Il ne faut surtout pas que le champion de
Poudlard soit un Serpentard ! dit-il.
— Et tous les Poufsouffle parlent de Diggory,
ajouta Seamus avec mépris. Mais je ne pensais pas
qu’il était prêt à risquer sa belle petite tête dans
quelque chose d’aussi dangereux.
— Écoutez ! dit soudain Hermione.
Des acclamations retentissaient dans le hall
d’entrée. Ils se retournèrent et virent Angelina
Johnson entrer dans la Grande Salle avec un
sourire un peu gêné. C’était une grande fille noire
qui jouait au poste de poursuiveur dans l’équipe de
Quidditch de Gryffondor. Angelina vint s’asseoir
auprès d’eux.
— Voilà, c’est fait ! annonça-t-elle. Je viens de
mettre mon nom dans la Coupe !
— Sans rire ? dit Ron, impressionné.
— Tu as déjà dix-sept ans ? demanda Harry.
— Évidemment. Tu vois bien qu’elle n’a pas de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 411 / 1147
barbe, dit Ron.
— C’était mon anniversaire la semaine dernière,
précisa Angelina.
— Je suis contente que quelqu’un de
Gryffondor soit candidat, dit Hermione. J’espère
vraiment que tu seras choisie, Angelina !
— Merci, Hermione, répondit Angelina avec un
sourire.
— Oui, il vaut mieux que ce soit toi plutôt que
ce bellâtre de Diggory, dit Seamus, s’attirant les
regards noirs de plusieurs élèves de Poufsouffle
qui passaient devant leur table.
— Qu’est-ce qu’on va faire, aujourd’hui ?
demanda Ron à Harry et à Hermione lorsqu’ils
quittèrent la Grande Salle après avoir terminé leur
petit déjeuner.
— On n’est pas encore allés voir Hagrid, dit
Harry.
— Bonne idée, approuva Ron, à condition qu’on
ne soit pas obligés de sacrifier quelques doigts aux
Scroutts.
Le visage d’Hermione s’éclaira soudain.
— Je viens de m’apercevoir que je n’ai pas
encore demandé à Hagrid d’adhérer à la S.A.L.E.,
dit-elle d’un ton enthousiaste. Attendez-moi, je file
là-haut chercher des badges.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 412 / 1147
— Elle est vraiment pénible ! soupira Ron d’un
air exaspéré tandis qu’Hermione montait l’escalier
en courant.
— Hé, Ron, lança soudain Harry, n’oublie pas
que c’est ton amie…
Venant du parc, la délégation de Beauxbâtons
entra alors dans le hall. La Vélane était là avec ses
camarades. Les élèves de Poudlard, toujours
rassemblés autour de la Coupe de Feu, reculèrent
pour les laisser passer, le regard avide.
Madame Maxime apparut à son tour et fit
mettre ses élèves en rang. Puis, un par un, chacun
d’eux enjamba la Limite d’Âge pour aller déposer
dans les flammes bleutées un morceau de
parchemin portant son nom. Chaque fois, le
parchemin devenait écarlate un bref instant et
projetait une gerbe d’étincelles.
— À ton avis, qu’est-ce qui va arriver à ceux qui
ne seront pas choisis ? murmura Ron à Harry
pendant que la Vélane laissait tomber son
morceau de parchemin dans la Coupe de Feu. Tu
crois qu’ils vont retourner dans leur école ou
rester pour assister au tournoi ?
— Je ne sais pas, répondit Harry. Ils vont
rester, j’imagine… Madame Maxime fait partie du
jury, non ?
Lorsque tous les élèves de Beauxbâtons eurent

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 413 / 1147
déposé leur nom dans la Coupe, Madame Maxime
les mena à nouveau dans le parc.
— Où est-ce qu’ils dorment ? s’interrogea Ron
en les regardant s’éloigner.
Un grand bruit de ferraille derrière eux
annonça le retour d’Hermione avec sa boîte de
badges.
— Ah, tu arrives bien, dépêche-toi, dit Ron.
Il dévala les marches de l’escalier de pierre, le
regard fixé sur le dos de la Vélane qui se trouvait à
présent au milieu de la grande pelouse, à côté de
Madame Maxime.
Lorsqu’ils approchèrent de la cabane de Hagrid,
à la lisière de la Forêt interdite, le mystère du
logement des Beauxbâtons se trouva résolu. Le
gigantesque carrosse bleu pastel était stationné à
deux cents mètres de chez Hagrid et les élèves de
Beauxbâtons étaient en train de remonter à
l’intérieur. Les chevaux volants éléphantesques
qui avaient tiré le carrosse broutaient à présent
dans un enclos de fortune aménagé à côté.
Harry frappa à la porte de Hagrid, déclenchant
les aboiements tonitruants de Crockdur.
— Eh bien, il était temps ! dit Hagrid. Je me
demandais si vous n’aviez pas oublié où j’habite !
— On a été très occupés, Hag …, commença
Hermione.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 414 / 1147
Elle s’interrompit en le regardant d’un air
stupéfait.
Hagrid portait son meilleur (et horrible)
costume marron et pelucheux, agrémenté d’une
cravate à carreaux jaunes et orange. Mais ce n’était
pas le pire : il avait essayé de coiffer ses cheveux
hirsutes à l’aide d’une substance visqueuse qui
devait être de l’huile de moteur. Ils étaient à
présent tirés en arrière et formaient deux grosses
masses informes – peut-être avait-il essayé de se
faire un catogan comme celui de Bill, mais il s’était
sans doute aperçu qu’il avait trop de cheveux pour
ça. Le résultat, en tout cas, était désastreux.
Pendant un moment, Hermione le regarda avec
des yeux ronds puis, préférant ne faire aucun
commentaire, elle se contenta de demander :
— Heu… Où sont les Scroutts ?
— Dans le potager aux citrouilles, répondit
Hagrid d’un ton ravi. Ils ont bien grandi, ils
doivent faire pas loin de un mètre, maintenant. Le
seul ennui, c’est qu’ils ont commencé à s’entre-
tuer.
— Non, vraiment ? dit Hermione en lançant un
regard réprobateur à Ron qui s’apprêtait
visiblement à faire une remarque sur la nouvelle
coiffure de Hagrid.
— Oui, soupira Hagrid avec tristesse. Mais ça va

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 415 / 1147
mieux, maintenant, je les ai mis dans des boîtes
séparées. J’en ai encore une vingtaine.
— C’est une chance, dit Ron.
Mais Hagrid ne sembla pas saisir l’ironie du
propos.
Sa cabane ne comportait qu’une seule pièce.
Dans un coin, un lit gigantesque était recouvert
d’une courtepointe en patchwork. Une table tout
aussi immense, entourée de chaises assorties, était
installée devant le feu de la cheminée, sous une
impressionnante quantité de jambons fumés et
d’oiseaux morts qui pendaient du plafond. Harry,
Ron et Hermione s’assirent à la table pendant que
Hagrid préparait du thé et la conversation
s’orienta une fois de plus sur le Tournoi des Trois
Sorciers. Hagrid se montra aussi enthousiaste
qu’eux.
— Attendez un peu, dit-il avec un sourire.
Attendez un peu et vous allez voir quelque chose
que vous n’aurez jamais vu. La première tâche…
Ah, mais, je n’ai pas le droit de vous le dire…
— Allez-y, Hagrid ! l’encouragèrent Harry, Ron
et Hermione d’une seule voix.
Mais il se contenta de hocher la tête en
continuant à sourire.
— Je ne veux pas gâcher la surprise, dit Hagrid.
Tout ce que je peux vous garantir, c’est que ce sera

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 416 / 1147
spectaculaire. Ils vont avoir du fil à retordre, les
champions ! Je ne pensais pas que je vivrais assez
vieux pour voir renaître le Tournoi des Trois
Sorciers !
Ils finirent par rester déjeuner avec Hagrid,
sans manger beaucoup, cependant. Hagrid avait
cuisiné quelque chose qu’il présenta comme un
ragoût de bœuf mais, après qu’Hermione eut
découvert dans son assiette une grosse serre
d’oiseau de proie, ils perdirent quelque peu leur
appétit. Harry, Ron et Hermione conjuguèrent
leurs efforts pour essayer de lui faire dire en quoi
allaient consister les trois tâches du tournoi, mais
sans succès. Ils échangèrent ensuite quelques
pronostics sur les noms des champions qui
sortiraient de la Coupe de Feu et se demandèrent
enfin si Fred et George avaient déjà perdu leur
barbe.
Vers le milieu de l’après-midi, une légère pluie
s’était mise à tomber. Confortablement installés
auprès du feu, ils écoutaient le faible crépitement
des gouttes contre les carreaux et regardaient
Hagrid qui reprisait ses chaussettes tout en
discutant avec Hermione du sort des elfes de
maison – il avait catégoriquement refusé
d’adhérer à la S.A.L.E. lorsqu’elle lui avait montré
les badges.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 417 / 1147
— Ce ne serait pas une bonne chose pour eux,
Hermione, dit-il avec gravité, en faisant passer un
épais fil jaune dans le chas d’une aiguille en os.
C’est dans leur nature de servir les humains. C’est
ça qu’ils aiment, tu comprends ? Tu les rendrais
malheureux si tu leur enlevais leur travail et ce
serait insultant pour eux d’essayer de les payer.
— Mais Harry a réussi à faire libérer Dobby et il
était fou de joie ! répondit Hermione. Maintenant,
il paraît qu’il demande à être payé !
— Oh oui, bien sûr, il y a toujours des loufoques
partout. Je sais bien qu’on en voit, parfois, des
elfes qui ont envie de devenir libres mais la grande
majorité d’entre eux ne veut surtout pas en
entendre parler. Non, rien à faire, Hermione, ne
compte pas sur moi.
Furieuse, elle fourra sa boîte de badges dans la
poche de sa cape.
Vers cinq heures et demie, la nuit commença à
tomber et Ron, Harry et Hermione décidèrent
qu’il était temps de retourner au château pour le
festin de Halloween – et surtout pour entendre
annoncer les noms des champions.
— Je viens avec vous, dit Hagrid en rangeant
son matériel de couture. Une petite seconde et
j’arrive.
Il se leva et alla chercher quelque chose dans la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 418 / 1147
commode qui se trouvait près de son lit. Les trois
autres n’y prêtèrent pas grande attention jusqu’à
ce qu’une odeur épouvantable les fasse à moitié
suffoquer.
— Hagrid, qu’est-ce que c’est que ça ? demanda
Ron en toussant.
— Quoi ? dit Hagrid en se retournant vers lui,
une grande bouteille à la main. Tu n’aimes pas ça ?
— C’est de l’after-shave ? demanda Hermione
qui avait du mal à respirer.
— Heu… de l’eau de Cologne, marmonna
Hagrid, le teint soudain écarlate. J’en ai peut-être
mis un peu trop, ajouta-t-il d’un ton abrupt. Je
vais l’enlever, attendez-moi…
Hagrid sortit de la cabane d’un pas pesant et ils
le virent se laver vigoureusement dans l’eau d’un
tonneau, devant la fenêtre.
— De l’eau de Cologne ? s’étonna Hermione.
Hagrid ?
— Et tu as vu ses cheveux et son costume ? dit
Harry à voix basse.
— Regardez ! dit soudain Ron, en montrant la
fenêtre.
Hagrid s’était redressé ; jamais ils ne l’avaient
vu rougir à ce point. Se levant discrètement pour
qu’il ne les remarque pas, Harry, Ron et Hermione

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 419 / 1147
allèrent regarder à travers la fenêtre et virent
Madame Maxime et les élèves de Beauxbâtons qui
étaient sortis de leur carrosse pour se rendre au
festin de Halloween. Hagrid était trop loin pour
qu’ils puissent l’entendre mais il s’adressa à
Madame Maxime avec un regard humide et une
expression d’extase que Harry ne lui avait connue
qu’une seule fois jusqu’à ce jour : à l’époque où il
s’occupait de Norbert, le bébé dragon.
— Il va au château avec elle ! s’indigna
Hermione. Je croyais qu’il nous attendait !
Sans jeter le moindre regard vers sa cabane,
Hagrid traversa le parc en compagnie de Madame
Maxime. Tous deux avançaient à grandes
enjambées et les élèves de Beauxbâtons qui les
suivaient devaient presque courir pour ne pas se
laisser distancer.
— Ma parole, il est amoureux d’elle ! dit Ron,
incrédule. Imagine, s’ils ont des enfants, ils vont
battre un record du monde ! Leur bébé pèsera au
moins une tonne.
Ils se glissèrent hors de la cabane et
refermèrent la porte derrière eux. Dehors, la nuit
était tombée étrangement vite. Resserrant leurs
capes autour de leurs épaules, ils remontèrent la
pelouse en direction du château.
— Regardez, ce sont eux ! murmura Hermione.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 420 / 1147
Les élèves de Durmstrang étaient descendus de
leur vaisseau et se rendaient également au
château. Viktor Krum marchait à côté de
Karkaroff. Les autres les suivaient, en ordre
dispersé. Ron observait Krum avec le même
enthousiasme qu’à l’ordinaire mais Krum ne
tourna pas la tête vers lui. Il atteignit les portes du
château un peu avant eux et entra dans le hall.
La Grande Salle, éclairée par des chandelles,
était quasiment pleine lorsqu’ils y pénétrèrent. La
Coupe de Feu avait été déplacée et se trouvait
maintenant sur la table des professeurs, devant la
chaise vide de Dumbledore. Fred et George – rasés
de près – semblaient avoir pris leur déconvenue
avec bonne humeur.
— J’espère que ça va être Angelina, dit Fred
tandis que Harry, Ron et Hermione s’asseyaient à
la table de Gryffondor.
— Moi aussi, dit Hermione, le souffle court. On
va bientôt savoir, maintenant.
Le festin de Halloween parut plus long que
d’habitude. Peut-être parce qu’il s’agissait de leur
deuxième grand repas en deux jours, Harry
montra moins d’intérêt que la veille pour les plats
raffinés qui s’offraient à lui. Comme tous les autres
élèves – à en juger par la façon dont ils tendaient
le cou, s’agitaient avec impatience sur leurs

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 421 / 1147
chaises, ou se levaient par instants pour voir si
Dumbledore avait fini de manger –, Harry n’avait
qu’une hâte : que les assiettes se vident et qu’on
annonce enfin les noms des champions.
Au bout d’un long moment, les derniers reliefs
du festin disparurent de la vaisselle d’or qui
retrouva instantanément son éclat. La rumeur des
conversations s’intensifia, puis laissa place à un
soudain silence lorsque Dumbledore se leva. À ses
côtés, le professeur Karkaroff et Madame Maxime
semblaient aussi tendus et impatients que les
autres. Ludo Verpey, le visage rayonnant, lançait
des clins d’œil complices à divers élèves. Seul
Mr Croupton paraissait indifférent. Il avait
presque l’air de s’ennuyer.
— Voilà, dit Dumbledore, la Coupe de Feu ne va
pas tarder à prendre sa décision. Je pense qu’il
faudra attendre encore une minute. Lorsque le
nom des champions sera annoncé, je demanderai
aux heureux élus de venir jusqu’ici et d’aller se
regrouper dans la pièce voisine – il indiqua d’un
geste la porte située derrière la table des
professeurs – où ils recevront leurs premières
instructions.
Il prit alors sa baguette magique et fit un grand
geste de la main. Aussitôt, toutes les chandelles
s’éteignirent, sauf celles qui éclairaient l’intérieur

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 422 / 1147
des citrouilles évidées, et la Grande Salle fut
plongée dans la pénombre. Les flammes bleues,
étincelantes, qui jaillissaient de la Coupe,
brillaient à présent avec un tel éclat qu’elles
faisaient presque mal aux yeux. Tout le monde
regardait, dans l’attente… Quelques élèves jetaient
des coups d’œil à leur montre…
— Maintenant, murmura Lee Jordan, assis à
proximité de Harry.
Brusquement, les flammes de la Coupe de Feu
devinrent à nouveau rouges, projetant une gerbe
d’étincelles. Un instant plus tard, une langue de
feu jaillit et un morceau de parchemin noirci
voleta dans les airs. L’assemblée retint son souffle.
Dumbledore attrapa le morceau de parchemin
et le tint à bout de bras pour lire à la lumière des
flammes, redevenues bleues, le nom qui y était
inscrit.
— Le champion de Durmstrang, annonça-t-il
d’une voix forte et claire, sera Viktor Krum.
— Pas de surprise ! s’écria Ron tandis qu’un
tonnerre d’applaudissements et d’acclamations
retentissait dans la salle.
Harry regarda Viktor Krum se lever de la table
des Serpentard et se diriger vers Dumbledore de
sa démarche gauche. Il longea la table des
professeurs et disparut derrière la porte qui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 423 / 1147
donnait accès à la pièce voisine.
— Bravo, Viktor ! lança Karkaroff d’une voix si
tonitruante que chacun put l’entendre
distinctement malgré le tumulte des
applaudissements. Je savais que vous en étiez
capable !
Le silence revint et tout le monde reporta son
attention sur la Coupe dont les flammes
rougeoyèrent à nouveau. Un deuxième morceau de
parchemin en jaillit, projeté par une langue de feu.
— Le champion de Beauxbâtons, annonça
Dumbledore, sera une championne. Il s’agit de
Fleur Delacour !
— C’est elle, Ron ! s’exclama Harry, alors que la
jeune fille qui ressemblait à une Vélane se levait
avec grâce, rejetait en arrière son voile de cheveux
blond argenté et s’avançait d’une démarche
élégante entre les tables des Serdaigle et des
Poufsouffle.
— Oh, regarde, il y en a qui sont déçus, dit
Hermione dans le vacarme des acclamations, en
montrant d’un signe de tête les autres élèves de
Beauxbâtons.
« Déçus » était un euphémisme, songea Harry.
Deux filles avaient fondu en larmes, sanglotant la
tête dans leurs bras.
Lorsque Fleur Delacour eut disparu à son tour

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 424 / 1147
dans la pièce voisine, le silence régna à nouveau
mais, cette fois, la tension était telle qu’on avait
presque l’impression de pouvoir la toucher du
doigt. Le prochain champion désigné serait celui
de Poudlard…
Une fois de plus, les flammes de la Coupe
rougeoyèrent, des étincelles jaillirent, une langue
de feu se dressa dans les airs et Dumbledore
attrapa du bout des doigts le troisième morceau de
parchemin.
— Le champion de Poudlard, annonça-t-il, est
Cedric Diggory !
— Oh, non ! s’écria Ron mais personne d’autre
que Harry ne l’entendit.
Les acclamations qui s’élevaient de la table
voisine étaient trop assourdissantes. Tous les
élèves de Poufsouffle s’étaient levés d’un bond,
hurlant et tapant des pieds, tandis que Cedric,
avec un grand sourire, se dirigeait vers la porte
située derrière la table des professeurs. Les
applaudissements en son honneur se prolongèrent
si longtemps que Dumbledore dut attendre un bon
moment avant de pouvoir reprendre la parole.
— Excellent ! s’exclama Dumbledore d’un air
joyeux, quand le vacarme eut pris fin. Nous avons
à présent nos trois champions. Je suis sûr que je
peux compter sur chacune et chacun d’entre vous,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 425 / 1147
y compris les élèves de Durmstrang et de
Beauxbâtons, pour apporter à nos champions tout
le soutien possible. En encourageant vos
champions, vous contribuerez à instaurer…
Mais Dumbledore s’arrêta soudain de parler et
tout le monde vit ce qui l’avait interrompu.
Le feu de la Coupe était redevenu rouge. Des
étincelles volaient en tous sens et une longue
flamme jaillit soudain, projetant un nouveau
morceau de parchemin.
D’un geste qui semblait presque machinal,
Dumbledore tendit la main et attrapa le
parchemin entre ses longs doigts. Il le tint à bout
de bras et lut le nom qui y était inscrit. Un long
silence s’installa, pendant lequel il continua de
fixer le parchemin, tous les regards tournés vers
lui. Enfin, Dumbledore s’éclaircit la gorge et lut à
haute voix :
— Harry Potter .

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 426 / 1147
17
L ES QUATRE CHAMPIONS
arry resta immobile, conscient que toutes
les têtes s’étaient à présent tournées vers
lui. Il était comme assommé, pétrifié. Il était en
train de rêver. Ou bien il avait mal entendu. H
Il n’y eut pas le moindre applaudissement. Une
sorte de bourdonnement, comme celui d’un
essaim d’abeilles en colère, montait peu à peu
dans la Grande Salle. Certains s’étaient levés pour
mieux voir Harry figé sur sa chaise.
À la Grande Table, le professeur McGonagall se
dressa d’un bond et se précipita pour murmurer
quelque chose à l’oreille du professeur
Dumbledore qui fronça légèrement les sourcils.
Harry se tourna vers Ron et Hermione.
Derrière eux, il vit les élèves assis à la longue table
de Gryffondor le regarder bouche bée.
— Je n’ai pas mis mon nom dans la Coupe, dit
Harry avec un air de totale incompréhension. Je
n’ai rien fait, vous le savez bien.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 427 / 1147
Ron et Hermione le regardèrent avec la même
expression ahurie.
À la Grande Table, le professeur Dumbledore
adressa un signe de tête approbateur au
professeur McGonagall.
— Harry Potter ! répéta-t-il. Harry ! Venez ici,
s’il vous plaît !
— Vas-y, murmura Hermione en le poussant
avec douceur.
Harry se leva, se prit les pieds dans l’ourlet de
sa robe de sorcier et trébucha légèrement. Puis il
s’avança entre les tables de Gryffondor et de
Poufsouffle. Il eut l’impression de parcourir une
distance interminable. La table des professeurs lui
paraissait inaccessible et il sentait des centaines de
regards posés sur lui, comme des faisceaux de
projecteurs. Le bourdonnement augmenta
d’intensité. Il lui sembla avoir marché une heure
lorsqu’il se retrouva enfin devant Dumbledore, les
yeux de tous les professeurs fixés sur lui.
— Dans la pièce voisine, Harry, dit Dumbledore
sans le moindre sourire.
Harry longea la table. Hagrid était assis tout au
bout et, contrairement à son habitude, il ne lui
adressa aucun signe, ni geste de la main, ni clin
d’œil. Il avait l’air abasourdi et se contenta,
comme les autres, de le regarder passer. Harry

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 428 / 1147
ouvrit la porte et se retrouva dans une pièce
beaucoup plus petite, dont les murs étaient
recouverts de portraits représentant des sorcières
et des sorciers. Face à lui, un magnifique feu de
bois ronflait dans la cheminée.
Les visages peints sur les tableaux se
tournèrent vers lui pour le regarder. Il vit une
vieille sorcière desséchée sortir de son cadre et se
rendre dans celui d’à côté où elle murmura
quelque chose à l’oreille d’un sorcier avec une
grosse moustache de morse.
Viktor Krum, Cedric Diggory et Fleur Delacour
s’étaient regroupés autour du feu. Leurs
silhouettes qui se détachaient contre les flammes
avaient quelque chose d’étrangement
impressionnant. Krum, le dos voûté, l’air
maussade, était appuyé contre le manteau de la
cheminée, légèrement à l’écart des deux autres.
Cedric, les mains derrière le dos, contemplait le
feu. Fleur Delacour se retourna lorsque Harry
entra et rejeta en arrière son long voile de cheveux
blond argenté.
— Bon, alors, qu’est-ce qui se passe,
maintenant ? dit-elle. Il faut revenir dans la salle,
ou quoi ?
Apparemment, elle pensait qu’il était venu leur
transmettre un message. Harry ne savait comment

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 429 / 1147
expliquer ce qui venait de se produire. Il se
contenta de rester là, immobile, à regarder les
trois champions. Il fut alors frappé de voir qu’ils
étaient tous les trois très grands.
Il y eut derrière eux un bruit de pas précipités
et Ludo Verpey entra dans la pièce. Prenant Harry
par le bras, il l’entraîna vers la cheminée.
— Extraordinaire ! murmura-t-il en lui pressant
le bras Absolument extraordinaire ! Messieurs…
Mademoiselle, ajouta-t-il à l’adresse des trois
autres, permettez-moi de vous présenter – si
incroyable que cela puisse paraître – le quatrième
champion du Tournoi des Trois Sorciers !
Viktor Krum se redressa. Son visage renfrogné
s’assombrit encore davantage tandis qu’il toisait
Harry. Cedric paraissait stupéfait. Il regarda
alternativement Verpey et Harry comme s’il avait
mal entendu. Fleur Delacour, en revanche, rejeta à
nouveau ses cheveux en arrière et sourit.
— Toujours le mot pour rire, mon cher
monsieur Véerpé , dit-elle. C’est ce qu’on appelle
l’humour britannique, j’imagine ?
— Pour rire ? répéta Verpey, déconcerté. Mais
non, pas du tout ! Le nom de Harry vient de sortir
de la Coupe de Feu !
Krum fronça légèrement ses épais sourcils.
Cedric avait toujours une expression de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 430 / 1147
stupéfaction polie.
Fleur eut un air choqué.
— Enfin, voyons, c’est insensé, il y a eu une
erreur ! Qu’est-ce que c’est que cette
organisation ? dit-elle à Verpey d’un ton supérieur.
C’est impossible, ce garçon est beaucoup trop
jeune.
— Nous sommes tous très étonnés, répondit
Verpey en se caressant le menton et en souriant à
Harry. Mais, comme vous le savez, la règle de l’âge
minimum n’a été instituée que cette année, par
mesure de sécurité. Et comme son nom est sorti de
la Coupe… Je pense qu’à ce stade, il n’est plus
possible de reculer… C’est dans le règlement, on
est obligé de… Harry n’a plus qu’à faire de son
mieux pour…
La porte s’ouvrit à nouveau derrière eux et
plusieurs personnes entrèrent dans la pièce : le
professeur Dumbledore, suivi de près par
Mr Croupton, puis le professeur Karkaroff,
Madame Maxime, le professeur McGonagall et
enfin le professeur Rogue. Harry eut le temps
d’entendre le brouhaha qui résonnait dans la
Grande Salle avant que le professeur McGonagall
referme la porte.
— Madame Maxime ! s’exclama aussitôt Fleur
en se précipitant vers sa directrice. Ils viennent de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 431 / 1147
nous dire que ce petit garçon allait participer au
tournoi ! Vous vous rendez compte ? C’est
insensé !
Malgré son état de choc, Harry sentit monter en
lui une bouffée de colère. Un petit garçon !
Madame Maxime s’était redressée de toute sa
taille immense. Le sommet de sa tête frôla le lustre
garni de chandelles qui était suspendu au plafond
et sa gigantesque poitrine recouverte de satin noir
enfla démesurément.
— Dambleudore, pouveuz-vous me dire ce que
signifie ceutte pleusanterie ? demanda-t-elle d’un
ton impérieux.
— J’aimerais également le savoir, Dumbledore,
ajouta le professeur Karkaroff.
Il avait un sourire figé et ses yeux bleus
ressemblaient à deux glaçons.
— Deux champions de Poudlard ? Je ne me
souviens pas d’avoir entendu dire que l’école
d’accueil avait le droit de faire concourir deux
champions – ou bien n’aurais-je pas lu le
règlement avec suffisamment d’attention ?
Il eut un petit rire sarcastique.
— Tout cela me pareut absolument impossible,
dit Madame Maxime, qui avait posé sur l’épaule de
Fleur une de ses énormes mains ornées de
superbes opales. Potdelard ne peut pas avoir deux

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 432 / 1147
champions. Ce sereut beaucoup trop injuste.
— Nous pensions que votre Limite d’Âge
suffirait à éloigner les candidats trop jeunes,
Dumbledore, dit Karkaroff, avec le même sourire
figé, mais le regard plus glacial que jamais. Sinon,
nous aurions bien entendu sélectionné un plus
grand nombre de candidats dans nos propres
écoles.
— Potter est le seul responsable de cette
situation, Karkaroff, dit Rogue à voix basse. Ses
yeux étincelaient de méchanceté.
— Dumbledore ne doit pas être tenu pour
responsable de l’obstination de Potter à violer les
règlements. Depuis qu’il est entré dans cette école,
il a consacré la plus grande partie de son temps à
dépasser les limites… Il vient d’en franchir une de
plus…
— Merci, Severus, dit Dumbledore d’un ton
ferme.
Rogue se tut mais ses yeux continuaient à
flamboyer de hargne derrière les cheveux noirs et
graisseux qui lui tombaient sur le front.
À présent, le professeur Dumbledore s’était
tourné vers Harry qui soutint son regard en
essayant de déchiffrer ce que ses yeux exprimaient
derrière ses lunettes en demi-lune.
— Harry, est-ce que tu as mis ton nom dans la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 433 / 1147
Coupe de Feu ? demanda Dumbledore d’un ton
très calme.
— Non, répondit Harry. Il sentait les regards
posés sur lui. Rogue laissa échapper une
expression d’incrédulité mêlée d’agacement.
— As-tu demandé à un élève plus âgé de
déposer ton nom à ta place dans la Coupe ?
interrogea le professeur Dumbledore, sans prêter
attention à Rogue.
— Non ! répondit Harry avec véhémence.
— Enfin, voyons, c’eust insenseu, Dambleudore,
ce garçon ment ! s’écria Madame Maxime. Rogue,
à présent, hochait la tête, les lèvres pincées.
— Il n’aurait pas pu franchir la Limite d’Âge, dit
sèchement le professeur McGonagall, nous
sommes tous d’accord là-dessus…
— Dambleudore a dû commeuttre une eurreur
en deussinant ceutte ligne, répliqua Madame
Maxime avec un haussement d’épaules.
— C’est possible, bien sûr, admit poliment
Dumbledore.
— Dumbledore, vous savez parfaitement que
vous n’avez commis aucune erreur ! s’indigna le
professeur McGonagall. Quelle absurdité,
vraiment ! Harry n’aurait pas pu franchir cette
ligne lui-même et comme le professeur
Dumbledore le croit quand il dit qu’il n’a pas

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 434 / 1147
demandé à un élève plus âgé de le faire pour lui, je
suis convaincue que cela devrait nous suffire !
Elle lança un regard furieux au professeur
Rogue.
— Mr Croupton… Mr Verpey, dit Karkaroff
d’une voix à nouveau onctueuse, vous êtes nos…
heu… juges impartiaux. Vous reconnaîtrez
sûrement avec nous que cette situation n’est pas
du tout conforme au règlement ?
Verpey épongea avec un mouchoir son visage
rond et juvénile et regarda Mr Croupton qui se
tenait à l’écart du cercle de lumière que diffusaient
les flammes de la cheminée, caché dans l’ombre. Il
avait un air un peu inquiétant et paraissait plus
âgé dans la demi-obscurité qui donnait à son
visage l’apparence d’une tête de mort. Lorsqu’il
prit la parole, ce fut du même ton cassant qu’à
l’ordinaire :
— Nous devons respecter les règles, dit-il, et les
règles indiquent clairement que les candidats dont
les noms sortent de la Coupe de Feu doivent
participer au tournoi.
— Vous pouvez le croire, Barty connaît le
règlement par cœur, dit Verpey, le visage
rayonnant, en se tournant vers Karkaroff et
Madame Maxime comme si le débat était clos.
— J’insiste pour qu’on soumette à nouveau la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 435 / 1147
candidature de mes autres élèves, dit Karkaroff,
qui avait abandonné son ton doucereux.
Il ne souriait plus du tout et une horrible
expression était apparue sur son visage.
— Vous allez remettre en place la Coupe de Feu
et nous continuerons à y déposer des noms jusqu’à
ce que chaque école ait deux champions. Ce n’est
que justice, Dumbledore.
— Voyons, Karkaroff, vous savez bien que c’est
impossible, dit Verpey. La Coupe vient de
s’éteindre, elle ne se rallumera pas avant le début
du prochain tournoi…
— … auquel Durmstrang ne participera
certainement pas ! s’emporta Karkaroff. Après
toutes nos réunions, toutes nos négociations, tous
nos compromis, je ne m’attendais pas à voir se
produire une chose pareille ! Je me demande si je
ne ferais pas mieux de partir tout de suite !
— Des menaces en l’air, Karkaroff, grogna une
voix près de la porte. Vous ne pouvez pas retirer
votre champion maintenant. Il doit concourir.
Tous doivent concourir. Ils sont liés par un contrat
magique, comme l’a dit Dumbledore. Pratique,
non ?
Maugrey venait d’entrer dans la pièce. Il
s’avança vers la cheminée de sa démarche
claudicante, ponctuée par le claquement de sa

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 436 / 1147
jambe de bois.
— Pratique ? s’étonna Karkaroff. Je ne
comprends pas du tout ce que vous voulez dire,
Maugrey.
Il s’efforçait d’adopter un ton dédaigneux,
comme si ce que disait Maugrey ne méritait pas
son attention, mais Harry remarqua que ses mains
le trahissaient : il avait serré les poings.
— Vraiment ? reprit Maugrey avec le plus grand
calme. C’est pourtant très simple, Karkaroff.
Quelqu’un a mis le nom de Harry dans cette Coupe
en sachant très bien qu’il serait obligé de
concourir s’il était choisi.
— De toute euvidence, c’euteut queulqu’un qui
vouleut doubleu leus chances de Potdelard ! dit
Madame Maxime.
— Je suis tout à fait d’accord avec vous,
Madame Maxime, dit Karkaroff en s’inclinant
devant elle. Je vais porter plainte auprès du
ministère de la Magie et auprès de la
Confédération internationale des mages et
sorciers…
— S’il y a quelqu’un qui devrait se plaindre,
c’est plutôt Potter, rugit Maugrey. Mais… c’est
bizarre… il est le seul que je n’entende pas parler…
— Enfin, c’est insensé ! De quoi se plaindrait-
il ? s’écria Fleur Delacour en tapant du pied. Il a la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 437 / 1147
chance de pouvoir concourir ! Pendant des
semaines, nous avons tous espéré qu’on nous
choisirait ! Pour être l’honneur de notre école ! Et
pouvoir en plus gagner mille Gallions… Il y en a
qui seraient prêts à mourir pour ça !
— Quelqu’un espère peut-être que Potter va en
mourir, en effet, dit Maugrey, d’une voix qui
n’était plus qu’un grondement.
— Maugrey, mon vieux…, dit-il. Qu’est-ce que
tu nous racontes ?
— Nous savons tous que le professeur Maugrey
considère qu’il a perdu sa matinée si, à l’heure du
déjeuner, il n’a pas découvert au moins six
complots pour le tuer, dit Karkaroff d’une voix
forte. Et apparemment, il apprend également à ses
élèves à redouter les tentatives d’assassinat. Je ne
suis pas sûr que ce soit une grande qualité pour un
professeur de défense contre les forces du Mal,
Dumbledore, mais il faut croire que vous avez vos
raisons.
— Alors, d’après vous, c’est moi qui imagine
tout ça ? grogna Maugrey. J’ai des visions ? Vous
savez bien qu’il fallait un sorcier expérimenté pour
mettre le nom de ce garçon dans la Coupe…
— Queulle preuve pouveuz-vous nous apporteu
de ce que vous avanceuz ? demanda Madame
Maxime avec un geste dédaigneux d’une de ses

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 438 / 1147
immenses mains.
— La personne qui a fait ça a réussi à tromper
la vigilance d’un objet d’une grande force
magique ! répondit Maugrey. Il faudrait être
capable de jeter un très puissant sortilège de
Confusion pour embrouiller la Coupe de Feu au
point de lui faire oublier que seules trois écoles
peuvent participer au tournoi… Je pense qu’on a
dû soumettre la candidature de Potter sous le nom
d’une quatrième école, pour faire croire qu’il était
le seul dans sa catégorie…
— Vous semblez avoir beaucoup réfléchi à la
question, Maugrey, fit remarquer Karkaroff d’un
ton glacial. C’est en effet une hypothèse très
ingénieuse. Mais je crois savoir qu’il y a quelque
temps, vous vous êtes mis dans la tête que l’un de
vos cadeaux d’anniversaire contenait un œuf de
Basilic astucieusement déguisé et que vous l’avez
réduit en miettes, avant de vous apercevoir qu’il
s’agissait d’un réveil de voyage. Vous comprendrez
donc que nous ne vous prenions pas entièrement
au sérieux…
— Certains profitent des occasions les plus
anodines pour parvenir à leurs fins, répliqua
Maugrey d’une voix menaçante. C’est mon travail
de penser aux moyens qu’emploient les adeptes de
la magie noire, Karkaroff… Vous devriez vous en

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 439 / 1147
souvenir…
— Alastor ! dit Dumbledore d’un ton de
reproche.
Pendant un instant, Harry se demanda à qui il
s’adressait puis, pour la première fois, il lui vint à
l’esprit que « Maugrey » ne pouvait être un
prénom, ni « Fol Œil » un nom de famille. Le
professeur Maugrey se tut, posant un regard
satisfait sur Karkaroff, dont le visage était devenu
écarlate.
— Comment cette situation a-t-elle été créée,
nous n’en savons rien, dit Dumbledore en
s’adressant à l’ensemble des personnes présentes.
Il me semble cependant que nous n’avons d’autre
choix que de l’accepter. Cedric et Harry ont été
choisis tous les deux pour concourir dans le
tournoi. C’est donc ce qu’ils vont faire…
— Meus enfin, Dambleudore …
— Ma chère Madame Maxime, si vous avez une
autre solution à nous proposer, je serais enchanté
de l’entendre.
Dumbledore attendit, mais Madame Maxime
resta silencieuse, se contentant de lancer des
regards noirs. Elle n’était d’ailleurs pas la seule.
Rogue avait l’air furieux, Karkaroff était livide.
Seul Verpey paraissait plutôt content.
— Bon, alors, on s’y met ? dit-il avec un grand

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 440 / 1147
sourire en se frottant les mains. Il faut qu’on
donne leurs instructions aux champions, n’est-ce
pas ? Barty, à vous l’honneur.
Mr Croupton sembla émerger d’une profonde
rêverie.
— Oui, dit-il, les instructions. C’est ça… La
première tâche…
Il s’avança dans la lumière que diffusaient les
flammes de la cheminée. Vu de près, Harry pensa
qu’il avait l’air malade. Ses yeux étaient soulignés
de grands cernes noirs et sa peau ridée avait un
teint parcheminé qu’il ne lui avait pas vu le jour de
la Coupe du Monde de Quidditch.
— La première tâche aura pour but de mettre
votre audace à l’épreuve, poursuivit-il en
s’adressant à Harry, Cedric, Fleur et Krum. Nous
ne vous dirons donc pas à l’avance en quoi elle
consistera. Le courage face à l’inconnu est une
qualité très importante pour un sorcier… Très
importante… Cette première tâche se déroulera le
24 novembre, devant les autres élèves et devant le
jury. Les champions n’ont pas le droit de
demander ou d’accepter une quelconque aide de
leurs professeurs. Ils affronteront la première
épreuve armés seulement de leur baguette
magique. Lorsque la première tâche sera terminée,
des informations concernant la deuxième tâche

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 441 / 1147
leur seront communiquées. Compte tenu du temps
et de l’énergie exigés par les diverses épreuves du
tournoi, les champions seront dispensés de passer
les examens de fin d’année.
Mr Croupton se tourna vers Dumbledore.
— Je pense que c’est tout pour le moment,
n’est-ce pas, Albus ?
— Il me semble, répondit Dumbledore qui
regardait Mr Croupton d’un air un peu inquiet.
Vous êtes sûr que vous ne voulez pas coucher à
Poudlard, cette nuit, Barty ?
— Non, Dumbledore, merci, je dois retourner
au ministère. C’est une période très difficile, très
chargée, en ce moment… J’ai laissé le jeune
Wistily s’occuper du département pendant mon
absence… C’est un jeune homme très
enthousiaste… Et même un peu trop pour dire la
vérité…
— Vous prendrez bien un verre avec nous, avant
de partir ? proposa Dumbledore.
— Allons, Barty, faites donc comme moi ! Moi,
je reste ! dit Verpey d’un air jovial. Tout se passe à
Poudlard, maintenant, c’est beaucoup plus
excitant que de retourner au bureau !
— Je ne crois pas, Ludo, répliqua Croupton. Il
avait retrouvé le ton d’impatience qu’on lui
connaissait.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 442 / 1147
— Professeur Karkaroff, Madame Maxime, un
dernier verre avant d’aller se coucher ? dit
Dumbledore.
Mais Madame Maxime avait déjà pris Fleur par
les épaules et l’emmenait d’un pas vif. Harry les
entendit parler à toute allure tandis qu’elles
retournaient dans la Grande Salle. Karkaroff fit
signe à Krum et tous deux sortirent à leur tour de
la pièce, mais sans échanger un mot.
— Harry, Cedric, je vous suggère d’aller vous
coucher, dit Dumbledore en leur adressant un
sourire. Je suis sûr que vos camarades de
Gryffondor et de Poufsouffle vous attendent pour
fêter l’événement et il serait vraiment trop
dommage de les priver d’une si belle occasion de
faire le plus de désordre et de bruit possible.
Un silence tendu suivit ses paroles.
Ludo Verpey, qui paraissait anxieux, à présent,
se mit à sautiller sur place.
Harry lança un coup d’œil à Cedric qui
approuva d’un signe de tête et ils sortirent
ensemble de la pièce.
La Grande Salle était déserte, à présent. La
flamme des chandelles faiblissait, éclairant les
sourires en dents de scie des citrouilles d’une lueur
incertaine, inquiétante.
— Alors, dit Cedric en esquissant un sourire, on

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 443 / 1147
va de nouveau jouer l’un contre l’autre !
— J’imagine, répondit Harry, incapable
d’ajouter un mot.
Il se sentait plongé dans un total désarroi,
comme si quelque chose lui avait ravagé le
cerveau.
— Maintenant, dis-moi… reprit Cedric alors
qu’ils atteignaient le hall d’entrée qui n’était plus
éclairé que par des torches, en l’absence de la
Coupe de Feu. Comment as-tu fait pour mettre ton
nom ?
— Ce n’est pas moi qui l’ai mis, répondit Harry
en levant les yeux vers lui. Je n’ai pas mis mon
nom dans la Coupe. J’ai dit la vérité.
— Ah… D’accord, dit simplement Cedric. Bon…
alors, à demain…
Harry se rendit compte qu’il ne le croyait pas.
Cedric se dirigea vers une porte, située à droite
de l’escalier de marbre. Harry resta là à l’écouter
descendre les marches de pierre, de l’autre côté de
la porte puis, lentement, il monta dans les étages.
Est-ce que quelqu’un allait le croire, en dehors
de Ron et d’Hermione, ou bien seraient-ils tous
persuadés que c’était lui qui avait déposé son nom
dans la Coupe ? Qui pourrait penser qu’il était
assez déraisonnable pour vouloir accomplir devant
des centaines de personnes des tâches

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 444 / 1147
extrêmement périlleuses, face à des concurrents
qui avaient fait trois années d’études de plus que
lui ? Il y avait pensé, c’était vrai… Il avait laissé son
imagination vagabonder… Mais ce n’était qu’une
plaisanterie, un rêve éveillé… Il n’avait jamais
sérieusement envisagé de soumettre sa
candidature…
Mais quelqu’un d’autre l’avait envisagé à sa
place… Quelqu’un avait voulu qu’il participe au
tournoi et s’était arrangé pour que son nom soit
choisi. Qui ? Et pourquoi ? Pour lui faire plaisir ?
Quelque chose lui disait que ce n’était sûrement
pas le cas…
Pour le ridiculiser, alors ? Si c’était cela, ils ne
seraient sans doute pas déçus…
Mais pour le tuer ? Maugrey n’avait-il
manifesté qu’une fois de plus son habituel délire
de la persécution ? Après tout, peut-être n’avait-on
cherché qu’à lui faire une farce ? Quelqu’un
voulait-il vraiment sa mort ?
Harry connaissait la réponse à cette question.
Oui, quelqu’un voulait sa mort, quelqu’un voulait
sa mort depuis qu’il avait l’âge de un an… Lord
Voldemort. Mais comment Voldemort aurait-il pu
s’y prendre pour que le nom de Harry soit déposé
dans la Coupe de Feu ? Voldemort était censé être
très loin d’ici, dans un pays lointain, seul, caché…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 445 / 1147
faible… privé de ses pouvoirs…
Pourtant, dans le rêve que Harry avait fait, juste
avant d’être réveillé par cette douleur aiguë à sa
cicatrice, Voldemort n’était pas seul… Il parlait à
Queudver… Et tous deux projetaient de le tuer…
Harry sursauta en se retrouvant devant la
grosse dame. Il avait avancé machinalement sans
se rendre compte qu’il était déjà arrivé. Il fut
également surpris de voir que la grosse dame
n’était pas seule dans son cadre. La sorcière
desséchée, qui s’était glissée dans le tableau voisin
lorsqu’il avait rejoint les champions dans la petite
pièce, était à présent assise à côté d’elle, avec un
petit air satisfait. Elle avait dû se précipiter de
tableau en tableau, tout au long des portraits
accrochés dans l’escalier, pour arriver ici avant lui.
Toutes deux le regardaient avec beaucoup
d’intérêt.
— Eh bien, eh bien, dit la grosse dame, Violette
m’a tout raconté. Alors, qui a été choisi comme
champion de l’école ?
— Fariboles, dit Harry d’un air sombre.
— Pas du tout, c’est très sérieux ! s’indigna la
sorcière.
— Non, non, Vi , c’est simplement le mot de
passe, dit la grosse dame d’un ton apaisant et le
portrait pivota pour laisser Harry entrer dans la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 446 / 1147
salle commune.
Le vacarme qui lui frappa les oreilles lorsque le
tableau s’écarta faillit le faire tomber en arrière.
Un instant plus tard, une vingtaine de mains
l’attrapaient par les épaules et l’entraînaient à
l’intérieur de la salle commune où tous les élèves
de Gryffondor l’accueillirent avec des cris, des
applaudissements et des sifflets enthousiastes.
— Tu aurais dû nous le dire que tu avais trouvé
le moyen de mettre ton nom dans la Coupe !
s’exclama Fred.
Il avait l’air à la fois un peu agacé et
profondément impressionné.
— Comment as-tu réussi à faire ça sans te
retrouver avec une barbe ? Remarquable ! rugit
George.
— Je n’ai rien fait du tout, répondit Harry. Je
ne sais pas ce qui…
Mais Angelina s’était précipitée sur lui.
— Même si ce n’est pas moi, au moins, c’est un
Gryffondor qui a été choisi, dit-elle.
— Diggory nous a peut-être battus au
Quidditch, mais tu vas pouvoir prendre ta
revanche ! s’écria Katie Bell, qui faisait également
partie de l’équipe de Gryffondor.
— On a de bonnes choses à manger, Harry,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 447 / 1147
viens…
— Je n’ai pas faim, j’ai assez mangé pendant le
festin…
Mais personne ne voulait l’entendre lorsqu’il
disait qu’il n’avait pas faim, ou que ce n’était pas
lui qui avait déposé son nom dans la Coupe de
Feu ; et personne n’avait remarqué qu’il n’était pas
du tout d’humeur à faire la fête… Lee Jordan avait
déniché quelque part une bannière de Gryffondor
et il insista pour en draper Harry comme d’une
cape. Harry ne pouvait s’échapper. Chaque fois
qu’il essayait de se glisser vers l’escalier qui menait
aux dortoirs, la foule de ses camarades se
resserrait autour de lui, le forçant à boire une
nouvelle Bièraubeurre, lui remplissant les mains
de chips et de cacahuètes… Tout le monde voulait
savoir comment il avait réussi ce tour de force,
comment il était parvenu à franchir la Limite
d’Âge de Dumbledore et à déposer son nom dans
la Coupe…
— Ce n’est pas moi, répétait-il inlassablement.
Je ne sais pas ce qui s’est passé.
Mais il aurait pu tout aussi bien se taire, car
personne ne prêtait attention à ce qu’il disait.
— Je suis fatigué ! s’exclama-t-il enfin au bout
d’une demi-heure. Non, vraiment, George, je vais
me coucher, maintenant…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 448 / 1147
Ce qu’il voulait avant tout, c’était retrouver Ron
et Hermione, pour avoir une conversation un peu
plus raisonnable, mais aucun des deux n’était
présent dans la salle commune. Il répéta avec
insistance qu’il avait besoin de dormir et, après
avoir failli piétiner les deux frères Crivey qui
essayaient de le retenir au pied de l’escalier, il
parvint enfin à se dégager de la foule et à monter
en courant dans son dortoir.
À son grand soulagement, il trouva Ron allongé
tout habillé sur son lit. Personne d’autre n’était
encore remonté dans le dortoir. Ron leva la tête
lorsque Harry referma la porte derrière lui.
— Où étais-tu ? demanda Harry.
— Ah, tiens, salut, dit Ron.
Il souriait, mais son sourire paraissait étrange,
crispé. Harry s’aperçut soudain qu’il portait encore
la bannière de Gryffondor dont Lee Jordan l’avait
enveloppé. Il voulut l’enlever, mais les nœuds
étaient très serrés. Ron resta allongé sur le lit et le
regarda sans bouger tandis qu’il essayait de se
dépêtrer de la bannière.
— Alors, dit-il lorsque Harry eut enfin réussi à
s’en débarrasser, félicitations.
— Comment ça, félicitations ? s’étonna Harry.
— Personne n’a réussi à franchir la Limite
d’Âge, dit-il. Même pas Fred et George. Comment

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 449 / 1147
as-tu fait ? Tu t’es servi de la cape d’invisibilité ?
— La cape ne m’aurait pas permis de passer la
ligne, répondit lentement Harry.
— Ah bon…, dit Ron. Je pensais que tu aurais
peut-être pu me le dire si tu avais utilisé la cape…
parce qu’elle est suffisamment grande pour nous
cacher tous les deux, non ? Mais tu as trouvé un
autre moyen, on dirait ?
— Écoute, dit Harry, je n’ai pas déposé mon
nom dans cette Coupe. Quelqu’un a dû le faire à
ma place. Ron haussa les sourcils.
— Et pourquoi, d’après toi ?
— Je ne sais pas, répondit Harry.
Il pensait qu’il aurait eu l’air trop
mélodramatique s’il avait répondu : « pour me
tuer ». Ron levait si haut les sourcils qu’ils
disparaissaient presque sous la frange de ses
cheveux.
— Tu sais, à moi , tu peux dire la vérité, reprit-il.
Si tu ne veux pas que les autres le sachent,
d’accord, mais je ne vois pas pourquoi tu te
donnes la peine de me mentir. Finalement, tu n’as
eu aucun ennui, non ? Cette amie de la grosse
dame, Violette, nous a déjà tout raconté. Elle nous
a dit que Dumbledore avait accepté ta
participation. Mille Gallions de prime, hein ? Et en
plus, tu n’auras même pas besoin de passer les

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 450 / 1147
examens de fin d’année…
— Je n’ai pas mis mon nom dans cette Coupe !
répéta Harry qui commençait à sentir la colère
monter en lui.
— C’est ça, lança Ron du même ton sceptique
que Cedric. Mais ce matin tu as dit que, si tu avais
voulu le faire, tu serais descendu la nuit pour que
personne ne te voie… Je ne suis quand même pas
complètement idiot.
— Tu sais très bien faire semblant, en tout cas,
répliqua sèchement Harry.
— Ah ouais ? dit Ron. Cette fois, il n’y avait plus
trace de sourire, même forcé, sur son visage.
— Tu ferais peut-être bien d’aller te coucher,
Harry. J’imagine que tu devras te lever tôt demain
pour une séance de photos ou quelque chose dans
ce genre-là ?
Il y avait décidément quelque chose de bizarre
dans le sourire de Ron : on aurait plutôt dit une
grimace.
Et il tira d’un coup sec les rideaux de son
baldaquin. Debout près de la porte, Harry
contempla les rideaux de velours rouge sombre. Ils
venaient de se refermer sur l’une des rares
personnes à qui il pensait pouvoir dire la vérité en
étant sûr d’être cru.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 451 / 1147
18
L’E XAMEN DES B AGUETTES
orsque Harry se réveilla le dimanche matin,
il mit un certain temps à se rappeler
pourquoi il se sentait si malheureux. Le souvenir
de ce qui s’était passé la veille remonta alors en
lui. Il se redressa et écarta les rideaux de son lit,
bien décidé à parler à Ron, à l’obliger à le croire…
mais le lit de Ron était vide. Il était déjà allé
prendre son petit déjeuner. L
Harry s’habilla et descendit dans la salle
commune. Au moment où il apparut, ceux qui
étaient déjà remontés de la Grande Salle le
saluèrent d’une nouvelle salve
d’applaudissements. La perspective d’aller
s’asseoir à la table des Gryffondor, face à ses
camarades qui le traiteraient en héros, n’avait rien
de très enthousiasmant. Mais s’il restait ici, il
serait harcelé par les frères Crivey qui lui
adressaient des signes frénétiques pour qu’il
vienne les rejoindre. Il s’avança donc résolument

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 452 / 1147
vers le portrait, sortit de la salle commune et se
retrouva nez à nez avec Hermione.
— Salut, dit-elle.
Elle tenait une pile de toasts qu’elle avait
enveloppés dans une serviette de table.
— Je t’ai apporté ça… Tu veux aller faire un
tour ?
— Bonne idée, répondit Harry avec
reconnaissance.
Ils descendirent l’escalier, traversèrent
rapidement le hall d’entrée sans jeter le moindre
coup d’œil dans la Grande Salle et sortirent du
château en prenant la direction du lac. Le vaisseau
de Durmstrang, amarré à la rive, projetait son
ombre noire à la surface de l’eau. C’était une
matinée fraîche et ils marchèrent d’un pas vif en
mâchonnant leurs toasts, tandis que Harry
racontait à Hermione tout ce qui s’était passé la
veille, depuis le moment où il avait quitté la table
des Gryffondor. À son immense soulagement,
Hermione crut son histoire sans poser la moindre
question.
— Je savais bien que tu n’avais pas déposé ton
nom toi-même, dit-elle, lorsqu’il eut terminé son
récit.
Il fallait voir ta tête quand Dumbledore a
prononcé ton nom ! Mais la question est de savoir

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 453 / 1147
qui l’a déposé à ta place. Maugrey a raison,
Harry… Je ne crois pas qu’un élève en ait été
capable… Aucun d’entre eux n’aurait pu tromper
la vigilance de la Coupe de Feu, ni franchir la…
— Est-ce que tu as vu Ron ? l’interrompit
Harry.
Hermione hésita.
— Heu… oui… il est descendu prendre son petit
déjeuner, répondit-elle.
— Il croit toujours que c’est moi qui ai mis mon
nom dans la Coupe ?
— Non… je ne pense pas… il ne le croit pas
vraiment , dit Hermione d’un air gêné.
— Qu’est-ce que ça veut dire, pas vraiment ?
— Enfin, Harry, c’est évident, non ? s’exclama
Hermione d’un ton désespéré. Il est jaloux !
— Jaloux ? répéta Harry, incrédule. Jaloux de
quoi ? Il a envie de se ridiculiser à ma place devant
toute l’école ?
— Écoute-moi, reprit Hermione patiemment,
c’est toujours à toi qu’on s’intéresse, tu le sais
bien. D’accord, ce n’est pas ta faute, ajouta-t-elle
précipitamment en voyant Harry ouvrir la bouche
d’un air furieux. Je sais que tu n’y es pour rien,
mais enfin… Ron doit déjà subir la concurrence de
ses frères à la maison et, ici, il reste toujours dans

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 454 / 1147
l’ombre parce que c’est toi, son meilleur ami, qui
es célèbre et qui attires tous les regards.
D’habitude, il le supporte sans rien dire, mais
j’imagine que, là, c’était une fois de trop…
— C’est parfait, répliqua Harry d’un ton amer.
Vraiment parfait. Tu peux lui dire de ma part que
je suis prêt à échanger ma place avec lui quand il
voudra. Dis-lui que j’en serais ravi… Il verra si
c’est tellement agréable… les gens qui ouvrent des
yeux ronds en regardant mon front partout où je
vais…
— Je ne lui dirai rien du tout. Tu n’as qu’à le lui
dire toi-même, c’est la seule façon de régler la
question.
— Je n’ai pas l’intention de lui courir après pour
essayer de le faire grandir ! s’exclama Harry d’une
voix si forte que plusieurs hiboux perchés dans un
arbre proche s’envolèrent dans un mouvement de
panique. Peut-être sera-t-il enfin convaincu que ce
n’est pas une partie de plaisir le jour où je me serai
rompu le cou ou que…
— Ce n’est pas drôle, dit Hermione à voix basse.
Pas drôle du tout.
Elle avait l’air inquiet.
— Harry, j’ai pensé à quelque chose… Tu sais ce
qu’on devrait faire ? Dès qu’on sera rentrés au
château ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 455 / 1147
— Ouais, donner à Ron un bon coup de pied
dans le…
— Écrire à Sirius. Tu dois absolument lui dire
ce qui est arrivé. Il t’a demandé de le tenir au
courant de tout ce qui se passe à Poudlard…
Comme s’il s’attendait à quelque chose dans ce
genre-là. J’ai apporté un parchemin et une
plume…
— Laisse tomber, répondit Harry en jetant un
regard autour de lui pour vérifier que personne ne
pouvait les entendre – mais le parc était désert. Il
est revenu ici parce que ma cicatrice me faisait un
peu mal. Si jamais je lui dis que quelqu’un m’a
inscrit au Tournoi des Trois Sorciers, il va sans
doute se précipiter au château…
— C’est justement ce genre de choses qu’il veut
savoir, répliqua Hermione d’un ton grave. De
toute façon, il l’apprendra forcément…
— Comment ?
— Harry, ce n’est pas une nouvelle qui va rester
secrète, reprit Hermione d’un ton très sérieux. Ce
tournoi est un événement attendu et toi, tu es déjà
célèbre. Ça m’étonnerait qu’il n’y ait pas un article
sur ta participation dans La Gazette du sorcier …
On parle déjà de toi dans la moitié des livres
consacrés à Tu-Sais-Qui… Et Sirius préférerait
l’apprendre par toi, j’en suis sûre.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 456 / 1147
— D’accord, d’accord, je vais lui écrire, dit
Harry, en jetant dans le lac son dernier morceau
de toast.
Il flotta un instant à la surface puis un grand
tentacule émergea et l’emporta au fond de l’eau.
Harry et Hermione retournèrent au château.
— Qu’est-ce que je vais prendre comme hibou ?
demanda Harry tandis qu’ils montaient les
marches. Il m’a dit de ne plus utiliser Hedwige.
— Demande à Ron si tu peux lui emprunter…
— Je ne demanderai rien du tout à Ron, dit
sèchement Harry.
— Alors, prends un hibou de l’école. Tout le
monde peut s’en servir.
Ils montèrent à la volière. Hermione donna à
Harry un morceau de parchemin, une plume et
une bouteille d’encre puis ils contournèrent les
rangées de perchoirs sur lesquels somnolaient
chouettes et hiboux, et Harry alla s’asseoir contre
un mur pour écrire sa lettre.
Cher Sirius,
Tu m’as dit de te tenir au courant de tout ce
qui se passait à Poudlard, alors, allons-y :
j’ignore si tu le sais mais le Tournoi des Trois
Sorciers va à nouveau avoir lieu cette année et

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 457 / 1147
samedi soir, j’ai été désigné comme le quatrième
champion en compétition. Je ne sais pas qui a mis
mon nom dans la Coupe de Feu, en tout cas, ce
n’est pas moi. L’autre champion de Poudlard est
Cedric Diggory, de Poufsouffle.
Harry s’interrompit et réfléchit un instant. Il
aurait voulu lui parler de l’anxiété que, depuis la
veille, il sentait peser comme un poids dans sa
poitrine, mais il ne savait pas comment l’exprimer.
Finalement, il se contenta de tremper à nouveau
sa plume dans l’encre et écrivit :
J’espère que tu vas bien, ainsi que Buck.
Harry.
— Terminé, dit-il à Hermione.
Il se releva et épousseta les brins de paille qui
s’étaient accrochés à sa robe de sorcier. Hedwige
vola alors vers lui et se posa sur son épaule, une
patte tendue.
— Je ne peux pas t’envoyer là-bas, lui dit Harry
en allant voir les hiboux de l’école. Je dois utiliser
un de ceux-là…
Hedwige lança un hululement sonore et
s’envola si brusquement que ses serres lui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 458 / 1147
griffèrent l’épaule. Elle lui tourna ostensiblement
le dos pendant tout le temps qu’il mit à attacher sa
lettre à la patte d’une grande chouette effraie.
Lorsque la chouette se fut envolée, Harry tendit la
main pour caresser Hedwige mais elle lança de
furieux claquements de bec et alla se percher hors
d’atteinte, sur un madrier de la charpente.
— D’abord Ron, maintenant toi, dit Harry avec
colère. Combien de fois faudra-t-il vous répéter
que ce n’est pas ma faute ?
Harry avait peut-être imaginé que les choses
s’arrangeraient quand tout le monde se serait fait
à l’idée que lui aussi était champion de l’école.
Mais la journée du lendemain lui démontra qu’il
se trompait lourdement. Lorsque les cours
reprirent, il lui fut impossible d’éviter les autres
élèves – et, de toute évidence, chacun était
persuadé, à Gryffondor comme dans les autres
maisons, que c’était bel et bien lui qui s’était porté
candidat au tournoi. À l’inverse des Gryffondor,
cependant, les élèves des autres maisons ne lui
témoignaient aucune admiration.
Les Poufsouffle, qui étaient d’ordinaire en
excellents termes avec les Gryffondor,
manifestaient à présent la plus grande froideur à
leur égard. Le cours de botanique suffit à en

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 459 / 1147
apporter la démonstration. Il ne faisait aucun
doute que, aux yeux des Poufsouffle, Harry avait
volé la gloire de leur propre champion. Ce
sentiment était exacerbé par le fait que les
Poufsouffle s’étaient rarement couverts de gloire
et que Cedric était l’un des rares qui leur eût
apporté un certain prestige en battant un jour
l’équipe de Gryffondor au Quidditch. Ernie
MacMillan et Justin Finch-Fletchley, avec qui
Harry s’entendait très bien d’habitude, refusèrent
de lui parler, alors qu’ils rempotaient des Bulbes
sauteurs à la même table – ce qui ne les empêcha
pas d’éclater d’un rire passablement désagréable
lorsque l’un des Bulbes sauteurs s’échappa de la
main de Harry et lui bondit à la figure. Ron, lui
aussi, refusait de parler à Harry. Hermione, assise
entre eux deux, se forçait à faire la conversation et
tous deux lui répondaient comme si de rien n’était
mais en évitant soigneusement de se regarder.
Harry trouva que même le professeur Chourave se
montrait distante avec lui – rien d’étonnant à cela,
puisqu’elle était la directrice des Poufsouffle.
En d’autres circonstances, il aurait été
impatient de voir Hagrid, mais le cours de soins
aux créatures magiques allait l’obliger à croiser
aussi les Serpentard – ce serait la première fois
qu’il se trouverait en leur présence depuis qu’il

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 460 / 1147
était devenu champion.
Comme il fallait s’y attendre, Malefoy arborait
son habituel sourire narquois lorsqu’il arriva
devant la cabane de Hagrid.
— Regardez, c’est le champion, dit-il à Crabbe
et à Goyle dès qu’il fut suffisamment près de Harry
pour être sûr qu’il l’entende. Vous avez vos carnets
d’autographes ? Il vaut mieux lui demander sa
signature maintenant, parce que ça m’étonnerait
qu’il soit encore là très longtemps… La moitié des
champions du Tournoi des Trois Sorciers sont
morts pendant les épreuves… Combien de temps
croyez-vous que Potter va tenir ? Je suis prêt à
parier qu’il ne dépassera pas les dix premières
minutes de la première tâche.
Crabbe et Goyle éclatèrent d’un rire servile,
mais Malefoy dut s’arrêter là, car Hagrid venait de
sortir de sa cabane par la porte de derrière, tenant
dans ses bras une pile de boîtes qui oscillait
dangereusement. Chacune d’elles abritait un très
grand Scroutt à pétard. Sous le regard horrifié de
ses élèves, Hagrid expliqua que les malheureuses
créatures ne se dépensaient pas assez et que leur
excès d’énergie inemployée les avait conduites à
s’entre-tuer. La solution, c’était que chaque élève
promène un Scroutt au bout d’une laisse pour lui
faire faire un peu d’exercice. Le seul aspect positif

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 461 / 1147
de cette proposition fut que Malefoy cessa
complètement de s’intéresser à Harry.
— Emmener promener une de ces choses ?
lança-t-il d’un air dégoûté en regardant une des
boîtes. Et où est-ce qu’on est censé attacher la
laisse ? Autour du dard, du pétard ou de la
ventouse ?
— Au milieu, répondit Hagrid qui fit une
démonstration. Heu… vous feriez peut-être bien
de mettre vos gants en peau de dragon, c’est plus
sûr. Harry, viens m’aider à attacher celui-là…
L’intention réelle de Hagrid, c’était de parler à
Harry sans que les autres l’entendent.
Il attendit que tous les élèves soient partis
promener les Scroutts, puis il se tourna vers lui.
— Alors… Tu vas participer au tournoi, lui dit-il
d’un ton très sérieux. Tu es champion de l’école.
— L’un des champions, rectifia Harry.
Sous ses sourcils en broussaille, les petits yeux
noirs de Hagrid le regardèrent d’un air anxieux.
— Tu ne sais pas qui a mis ton nom dans la
Coupe ? demanda-t-il.
Harry eut du mal à cacher le sentiment de
gratitude qu’il éprouva en entendant les paroles de
Hagrid.
— Alors, vous me croyez quand je dis que ce

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 462 / 1147
n’est pas moi qui l’ai déposé ?
— Bien sûr que je te crois, grommela Hagrid.
Tu as dit que ce n’était pas toi, ça me suffit. Et
Dumbledore te croit aussi.
— J’aimerais bien savoir qui a fait ça, dit Harry
d’un ton amer.
Tous deux contemplèrent la pelouse qui
s’étendait devant eux. Les élèves s’y étaient
dispersés et paraissaient tous en grande difficulté.
Les Scroutts mesuraient à présent près de un
mètre de longueur et faisaient preuve d’une force
peu commune. Ils n’étaient plus mous ni
incolores. Une carapace grise, aussi épaisse qu’une
armure, s’était formée autour de leur corps, mais
ils n’avaient toujours pas d’yeux ni de tête
apparents. On aurait dit un croisement entre des
crabes et des scorpions géants et leur force
exceptionnelle les rendait très difficiles à
maîtriser.
— Ils ont l’air de bien s’amuser, tu ne trouves
pas ? dit Hagrid d’un ton joyeux.
Harry comprit qu’il devait parler des Scroutts
car ses camarades, eux, ne semblaient pas
s’amuser du tout. De temps en temps, avec une
détonation inquiétante, l’un des Scroutts à pétard
explosait et faisait un bond de plusieurs mètres en
avant, traînant à plat ventre au bout de sa laisse

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 463 / 1147
l’élève qui essayait vainement de le retenir.
— Ah, là, là, soupira brusquement Hagrid en
regardant Harry d’un air inquiet. Champion de
l’école… Décidément, il t’en arrive, des choses…
Harry ne répondit rien. Oui, il lui en arrivait,
des choses… C’était plus ou moins ce qu’Hermione
lui avait dit lorsqu’ils s’étaient promenés autour
du lac et, d’après elle, c’était pour cette raison-là
que Ron ne lui parlait plus.
Les quelques jours qui suivirent comptèrent
parmi les pires qu’il eût jamais passés à Poudlard.
Cette période lui rappelait sa deuxième année
d’école, au moment où bon nombre de ses
condisciples l’avaient soupçonné d’attaquer
d’autres élèves. Mais à cette époque, Ron était de
son côté. Il aurait eu la force d’affronter l’hostilité
des autres si seulement Ron était resté son ami. Il
n’était pas question cependant de se réconcilier
avec lui tant qu’il refuserait de lui parler. Devant
l’antipathie qu’on lui manifestait de toutes parts, il
se sentait pourtant bien seul…
Il comprenait l’attitude des Poufsouffle, même
s’il en souffrait. Ils avaient leur propre champion à
soutenir. De la part des Serpentard, il ne
s’attendait qu’à de basses insultes – ils l’avaient
toujours détesté, pour avoir si souvent contribué à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 464 / 1147
leur défaite face à Gryffondor, à l’occasion du
championnat de Quidditch et de la Coupe des
Quatre Maisons. Mais il avait espéré que les
Serdaigle le soutiendraient autant que Cedric et il
s’était trompé. La plupart des Serdaigle étaient
persuadés qu’il avait cherché à s’attirer encore un
peu plus de célébrité en trouvant le moyen de
déposer son nom dans la Coupe.
Il fallait reconnaître que Cedric avait beaucoup
plus l’allure d’un champion. Avec son nez droit,
ses cheveux bruns et ses yeux gris, les filles le
trouvaient exceptionnellement séduisant et il était
difficile de dire qui suscitait le plus d’admiration
ces temps-ci, Cedric ou Viktor Krum. Un jour, à
l’heure du déjeuner, Harry avait vu les mêmes
filles de sixième année, qui s’étaient montrées si
avides d’obtenir un autographe de Viktor Krum,
supplier Cedric de signer leurs sacs.
Pour l’instant, il n’avait aucune réponse de
Sirius, Hedwige refusait de s’approcher de lui, le
professeur Trelawney lui prédisait sa mort avec
plus de certitude que jamais et il avait tellement
raté ses sortilèges d’Attraction pendant le cours du
professeur Flitwick que ce dernier lui avait donné
des devoirs supplémentaires – seul Neville en
avait eu également.
— Ce n’est pas si difficile, Harry, le rassura

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 465 / 1147
Hermione à la sortie du cours de Flitwick.
Pendant toute la classe, elle avait fait voler
divers objets vers elle, comme si elle avait été une
sorte d’aimant bizarre qui attirait irrésistiblement
les chiffons à essuyer le tableau, les corbeilles à
papiers et les Lunascopes.
— Tu ne t’es pas assez concentré, voilà tout.
— Je me demande bien pourquoi ! dit Harry
d’un air sombre, tandis que Cedric Diggory passait
devant eux, entouré d’un groupe de filles
minaudantes qui regardèrent Harry comme s’il
appartenait à une variété particulièrement
répugnante de Scroutts à pétard. Mais ça ne fait
rien, je me rattraperai au cours de potions, cet
après-midi…
Les cours de potions, qui regroupaient les
Gryffondor et les Serpentard, avaient toujours
constitué une horrible corvée mais, ces jours-ci,
c’était devenu une véritable épreuve. Être enfermé
dans un cachot pendant une heure avec Rogue et
les Serpentard – dont chacun tenait à punir Harry
d’avoir été désigné comme champion de l’école –
représentait un des plus mauvais moments qu’il
puisse imaginer. Le vendredi précédent, il avait
déjà eu à subir un cours dans cette atmosphère –
Hermione, assise à côté de lui, n’avait cessé de lui
répéter à voix basse : « N’y fais pas attention, n’y

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 466 / 1147
fais pas attention » – et il n’y avait aucune raison
pour que celui d’aujourd’hui soit moins pénible.
Lorsque Hermione et lui arrivèrent devant la
classe de Rogue, après le déjeuner, les Serpentard
étaient déjà là, chacun exhibant un gros badge sur
sa robe de sorcier. Pendant un instant, Harry eut
l’idée absurde qu’il s’agissait peut-être des badges
de la S.A.L.E., mais il vit qu’ils portaient tous le
même message, en lettres rouges et lumineuses
qui brillaient dans la pénombre du sous-sol :
Vive CEDRIC DIGGORY
le VRAI champion de Poudlard !
— Ça te plaît, Potter ? lança Malefoy d’une voix
sonore en voyant Harry approcher. Et ce n’est pas
tout, regarde !
Il appuya sur son badge et le message qu’il
portait s’effaça, remplacé par un autre qui
scintillait en lettres vertes :
À BAS POTTER
Hurlant de rire, les Serpentard appuyèrent tous
sur leurs badges jusqu’à ce que le slogan À BAS
POTTER étincelle tout autour de Harry qui sentit

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 467 / 1147
une bouffée de chaleur lui monter à la tête.
— Oh, mais c’est très drôle, ça, dit Hermione
d’un ton sarcastique à Pansy Parkinson et ses
amies de Serpentard qui riaient plus fort encore
que les autres. Vraiment très spirituel .
Ron était adossé au mur avec Dean et Seamus.
Il ne riait pas mais ne faisait rien non plus pour
défendre Harry.
— Tu en veux un, Granger ? demanda Malefoy
en tendant un badge à Hermione. J’en ai plein.
Mais ne me touche pas la main, je viens de la laver
et je ne voudrais pas me salir au contact d’une
Sang-de-Bourbe.
La colère que Harry avait accumulée tous ces
derniers jours le submergea soudain comme si un
barrage venait de céder dans sa poitrine. Il avait
sorti sa baguette magique avant même de se
rendre compte de ce qu’il faisait. Les élèves qui
l’entouraient reculèrent en désordre vers le fond
du couloir.
— Harry ! s’écria Hermione en essayant de le
retenir.
— Vas-y, Potter, dit tranquillement Malefoy qui
avait saisi sa propre baguette. Maugrey n’est pas là
pour te protéger, cette fois-ci. Alors, fais-le si tu as
quelque chose dans le ventre…
Pendant une fraction de seconde, ils se

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 468 / 1147
regardèrent dans les yeux, puis tous deux
attaquèrent exactement au même instant.
— Furunculus ! s’exclama Harry.
— Dentesaugmento ! s’écria Malefoy.
Des traits de lumière jaillirent des deux
baguettes, se heurtèrent en plein vol et ricochèrent
en déviant de leur trajectoire. Celui lancé par
Harry toucha Goyle au visage et celui de Malefoy
atteignit Hermione. Goyle poussa un hurlement en
plaquant ses mains sur son nez qui se couvrait
d’horribles furoncles. Hermione se tenait la
bouche en laissant échapper des gémissements
terrifiés.
— Hermione !
Ron s’était précipité à son secours.
Harry se retourna et vit Ron écarter la main
qu’Hermione serrait sur sa bouche, révélant un
spectacle désolant. Les dents d’Hermione – d’une
taille déjà supérieure à la moyenne –
grandissaient à une vitesse alarmante. Elle
ressemblait de plus en plus à un castor à mesure
que ses incisives s’allongeaient vers son menton.
Lorsqu’elle prit conscience de ce qui lui arrivait,
elle poussa un cri de panique.
— Qu’est-ce que c’est que tout ce bruit ? dit
alors une voix doucereuse et menaçante.
Rogue venait d’arriver.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 469 / 1147
Les Serpentard se mirent à parler tous en
même temps pour donner leur version de
l’incident. Rogue pointa vers Malefoy un long
doigt jaunâtre.
— Expliquez-moi, dit-il.
— Potter m’a attaqué, monsieur…
— Nous nous sommes attaqués en même
temps ! s’écria Harry.
— Et il a atteint Goyle… Regardez…
Rogue examina Goyle dont le visage
ressemblait aux illustrations d’un livre sur les
champignons vénéneux.
— À l’infirmerie, Goyle, dit Rogue d’un ton très
calme.
— Malefoy a frappé Hermione, dit Ron.
Regardez !
Il força Hermione à montrer ses dents à Rogue
– elle faisait de son mieux pour les cacher avec ses
mains, mais sans grand succès, car elles
atteignaient à présent le col de sa robe. Pansy
Parkinson et les autres filles de Serpentard,
secouées d’un fou rire silencieux, montraient
Hermione du doigt derrière le dos de Rogue.
— Je ne vois pas grande différence, dit Rogue
en jetant un regard glacial à Hermione.
Les larmes aux yeux, elle laissa échapper un

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 470 / 1147
gémissement puis tourna les talons et courut à
toutes jambes dans le couloir, disparaissant au
loin.
Ce fut sans doute une chance que Harry et Ron
se mettent à hurler en même temps à l’adresse de
Rogue. Une chance que les parois de pierre du
couloir répercutent leurs voix dans un vacarme si
confus qu’il lui fut impossible de comprendre
exactement de quoi ils le traitaient. Il en perçut
cependant l’essentiel.
— Voyons, dit-il de sa voix la plus veloutée.
Cinquante points de moins pour Gryffondor et une
retenue pour Potter et Weasley. Et maintenant,
rentrez en classe ou je vous donne une semaine
entière de retenue.
Harry était tellement furieux que ses oreilles
tintaient. L’injustice de Rogue lui donnait envie de
lui jeter un sort qui l’aurait réduit en une charpie
informe et gluante. Il passa devant lui, s’avança
avec Ron jusqu’au fond de la classe et posa
violemment son sac sur la table. Ron, lui aussi,
tremblait de rage. Pendant un moment, il sembla
que tout était redevenu normal entre eux, mais
Ron se retourna brusquement et alla s’asseoir à
côté de Dean et de Seamus, laissant Harry seul à
sa table. De l’autre côté de la salle, Malefoy tourna
le dos à Rogue et appuya sur son badge avec un

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 471 / 1147
sourire narquois. Les mots À BAS POTTER
brillèrent à nouveau. Harry resta immobile, le
regard fixé sur Rogue, qui commençait son cours,
et imagina toutes les horreurs qu’il aimerait lui
faire subir… Si seulement il avait su lancer le
sortilège Doloris… Il aurait volontiers envoyé
Rogue les quatre fers en l’air, comme cette
araignée agitée de convulsions…
— Les antidotes ! dit Rogue en regardant tout le
monde de ses yeux noirs et froids, animés d’une
lueur inquiétante. Vous devriez tous avoir établi
vos recettes, à présent. Je veux que vous les
prépariez avec le plus grand soin. Ensuite, nous
choisirons quelqu’un pour en essayer une…
Le regard de Rogue croisa celui de Harry qui
comprit aussitôt à quoi il devait s’attendre. C’était
lui que Rogue allait empoisonner. Harry s’imagina
saisissant son chaudron, se précipitant à l’autre
bout de la classe et l’abattant avec force sur la tête
visqueuse de Rogue…
Mais des coups frappés à la porte
interrompirent ses pensées.
C’était Colin Crivey. Il se glissa dans la classe,
en adressant un grand sourire à Harry, et s’avança
vers le bureau de Rogue.
— Oui ? dit sèchement celui-ci.
— Monsieur, s’il vous plaît, je dois emmener

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 472 / 1147
Harry Potter en haut.
Rogue baissa les yeux vers Colin dont le sourire
disparut aussitôt.
— Potter a un cours de potions à suivre,
répliqua Rogue avec froideur. Il ira là-haut à la fin
de la classe.
Le teint de Colin devint rose vif.
— Monsieur… heu… c’est Mr Verpey qui veut le
voir, dit-il, mal à l’aise. Tous les champions
doivent y aller, je crois qu’ils veulent prendre des
photos…
Harry aurait volontiers donné tout ce qu’il
possédait si cela avait pu empêcher Colin de
prononcer ces derniers mots. Il risqua un regard
en direction de Ron, mais celui-ci contemplait
obstinément le plafond.
— Très bien, très bien, dit Rogue d’un ton sec.
Potter, laissez vos affaires ici, je veux que vous
reveniez tout à l’heure pour tester votre antidote.
— Heu… Monsieur, s’il vous plaît, il faut qu’il
prenne ses affaires, couina Colin. Tous les
champions…
— Très bien , coupa Rogue. Potter, prenez votre
sac et disparaissez de ma vue !
Harry mit son sac sur son épaule, se leva et se
dirigea vers la porte. En passant devant les

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 473 / 1147
pupitres des Serpentard, il vit briller de toutes
parts le slogan À BAS POTTER .
— C’est extraordinaire, hein, Harry ? dit Colin
dès que Harry eut refermé derrière lui la porte de
la classe. C’est vrai, hein ? C’est formidable que tu
sois champion !
— Ouais, vraiment formidable, répondit Harry
d’un ton las tandis qu’ils montaient les marches en
direction du hall d’entrée. C’est quoi, ces photos ?
— C’est pour La Gazette du sorcier , je crois !
— Parfait, dit Harry d’un air maussade.
Exactement ce qu’il me fallait. Un peu de publicité
supplémentaire…
— Bonne chance ! lança Colin lorsqu’ils furent
arrivés à destination.
Harry frappa à la porte et entra.
Il se retrouva dans une petite salle de classe. La
plupart des tables avaient été repoussées au fond
de la pièce, laissant un grand espace libre au
milieu. Trois des tables étaient disposées bout à
bout devant le tableau noir et recouvertes d’une
étoffe de velours. Derrière les tables, cinq chaises
étaient alignées. Ludo Verpey, assis sur l’une
d’elles, parlait à une sorcière que Harry ne
connaissait pas et qui était vêtue d’une robe d’un
rosé foncé.
Viktor Krum, aussi renfrogné que d’habitude,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 474 / 1147
se tenait debout dans un coin, sans parler à
personne. Cedric et Fleur, en revanche, étaient en
grande conversation. Fleur avait l’air beaucoup
plus heureuse, à présent. Elle ne cessait de rejeter
la tête en arrière, faisant briller sa longue
chevelure blonde de ses éclats argentés. Un
homme à la bedaine avantageuse tenait à la main
un gros appareil photo noir d’où s’échappait un
filet de fumée et regardait Fleur du coin de l’œil.
Lorsque Verpey vit entrer Harry, il se leva d’un
bond et se précipita sur lui.
— Le voilà ! s’exclama-t-il. Le champion
numéro quatre ! Entre, Harry, entre… Ne
t’inquiète pas, c’est simplement la cérémonie de
l’Examen des Baguettes. Les autres membres du
jury seront là dans un instant…
— L’Examen des Baguettes ? répéta Harry, mal
à l’aise.
— Nous devons vérifier que vos baguettes sont
en parfait état de fonctionnement. Ce seront vos
instruments les plus importants pour accomplir
vos tâches, comprends-tu ? dit Verpey. L’expert est
là-haut, avec Dumbledore. Ensuite, on fera une
petite photo. Je te présente Rita Skeeter, ajouta-t-
il en faisant un geste vers la sorcière vêtue d’une
robe rosé foncé. Elle va écrire un petit article sur le
tournoi dans La Gazette du sorcier …

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 475 / 1147
— Peut-être pas si petit que ça, Ludo, dit Rita
Skeeter, les yeux fixés sur Harry.
Elle avait une coiffure compliquée, composée
de boucles étrangement rigides qui offraient un
curieux contraste avec son visage à la large
mâchoire. Elle portait des lunettes à la monture
incrustée de pierres précieuses et ses doigts épais,
crispés sur un sac à main en crocodile, se
terminaient par des ongles de cinq centimètres,
recouverts d’un vernis cramoisi.
— Est-ce que je pourrais demander quelques
petites choses à Harry avant de commencer ? dit-
elle à Ludo Verpey, sans cesser de regarder
fixement Harry. C’est le plus jeune champion… ça
ajouterait un peu de couleur…
— Mais bien sûr ! s’écria Verpey. Si Harry n’y
voit pas d’objections ?
— Heu…, dit Harry.
— Merveilleux, coupa Rita Skeeter.
Un instant plus tard, ses ongles rouges en
forme de serres se refermaient avec une force
surprenante sur le bras de Harry. Elle l’emmena
hors de la pièce et ouvrit une petite porte dans le
couloir.
— On va trouver un endroit tranquille, dit-elle.
Voyons ce qu’il y a là-dedans… Ah, merveilleux, on
y sera très bien.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 476 / 1147
La porte donnait sur un placard à balais. Harry
regarda Rita Skeeter d’un air perplexe.
— Viens, mon garçon, c’est merveilleux, ici,
répéta-t-elle.
Elle s’assit en équilibre instable sur un seau
retourné et poussa Harry vers une boîte en carton.
Puis elle ferma la porte, les plongeant dans
l’obscurité.
— Alors, voyons… dit-elle.
Elle prit dans son sac en crocodile une poignée
de chandelles qu’elle alluma et envoya flotter à mi-
hauteur d’un coup de baguette magique, dissipant
les ténèbres.
— Ça ne t’ennuie pas que j’utilise une Plume à
Papote ? Comme ça, je pourrai te parler sans avoir
besoin de prendre de notes…
— Une quoi ? demanda Harry.
Le sourire de Rita Skeeter s’élargit. Harry
compta trois dents en or. Elle plongea à nouveau
la main dans son sac en crocodile et en sortit une
longue plume d’un vert criard, ainsi qu’un rouleau
de parchemin qu’elle déroula et posa entre eux,
sur une caisse de Nettoie-Tout magique de la Mère
Grattesec. Elle mit le bout de la plume verte dans
sa bouche, la suçota un moment avec délices puis
la planta sur le parchemin où elle resta en
équilibre en vacillant légèrement.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 477 / 1147
— Essai… Je m’appelle Rita Skeeter, reporter à
La Gazette du sorcier .
Dès que Rita Skeeter eut fini de parler, la plume
verte se mit à écrire toute seule, glissant d’un bord
à l’autre du parchemin. Harry lut du coin de l’œil :
Séduisante blonde de quarante-trois ans, Rita
Skeeter, dont la plume acérée a dégonflé bien des
réputations surfaites…
— Merveilleux, dit Rita Skeeter.
Elle déchira le morceau de parchemin, le froissa
et le rangea dans son sac à main. Puis elle se
pencha vers Harry.
— Alors, Harry, qu’est-ce qui t’a décidé à
participer au Tournoi des Trois Sorciers ?
— Heu…, dit Harry, mais son attention était
distraite par la plume.
Bien qu’il n’eût pas prononcé un mot, elle
écrivait à toute allure sur le parchemin et il put lire
la phrase suivante :
Une horrible cicatrice, souvenir d’un passé
tragique, défigure le visage par ailleurs
charmant de Harry Potter dont les yeux…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 478 / 1147
— Ne t’occupe pas de la plume, Harry, dit Rita
Skeeter d’un ton ferme.
À contrecœur, Harry leva les yeux vers elle.
— Alors, pourquoi as-tu décidé de participer au
Tournoi des Trois Sorciers ?
— Je n’ai rien décidé du tout, répondit Harry.
Je ne sais pas comment mon nom a été déposé
dans la Coupe de Feu. En tout cas, ce n’est pas moi
qui l’y ai mis.
Rita Skeeter haussa un sourcil souligné par un
épais trait de maquillage.
— Allons, Harry, tu n’as aucune raison de
craindre des ennuis. Nous savons tous que tu
n’aurais jamais dû poser ta candidature. Mais ne
t’inquiète pas. Nos lecteurs aiment les esprits
rebelles.
— Je vous dis que ce n’est pas moi qui ai mis
mon nom dans la Coupe, répéta Harry. Je ne sais
pas qui…
— Quel est ton sentiment quand tu penses aux
tâches qui t’attendent ? demanda Rita Skeeter.
Excitation ? Appréhension ?
— Je n’y ai pas vraiment réfléchi… Oui, ça me
fait sans doute un peu peur… dit Harry.
Une impression de malaise s’insinuait en lui à
mesure qu’il parlait.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 479 / 1147
— Certains champions sont morts dans le
passé, dit brusquement Rita Skeeter. Tu y as
pensé ?
— On dit que ce sera beaucoup moins
dangereux, cette année, répondit Harry.
Dans un bruissement, la plume parcourait la
surface du parchemin, comme si elle exécutait des
figures de patinage artistique.
— Bien sûr, il t’est déjà arrivé de regarder la
mort en face, n’est-ce pas ? reprit Rita Skeeter en
l’observant attentivement. En quoi cela t’a-t-il
affecté ?
— Heu…, répéta Harry.
— Penses-tu que le traumatisme que tu as subi
dans le passé a pu te donner l’envie irrésistible de
montrer de quoi tu étais capable ? D’être à la
hauteur de ta réputation ? Crois-tu que tu as été
tenté de participer au Tournoi des Trois Sorciers à
cause de…
— Je n’ai pas été tenté de participer , coupa
Harry qui sentait la colère monter en lui.
— Est-ce que tu te souviens de tes parents ?
demanda Rita Skeeter en parlant en même temps
que lui.
— Non, répondit Harry.
— À ton avis, quelle serait leur réaction s’ils

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 480 / 1147
savaient que tu vas concourir dans le Tournoi des
Trois Sorciers ? Ils seraient fiers ? Inquiets ? En
colère ?
Harry était franchement agacé, à présent.
Comment pouvait-il savoir ce que ses parents
auraient pensé s’ils avaient été vivants ? Il sentait
que Rita Skeeter le fixait intensément Les sourcils
froncés, il évita son regard et jeta un coup d’œil à
ce que la plume venait d’écrire :
Des larmes remplissent ces yeux d’un vert
étonnant lorsque nous en venons à parler de ses
parents dont il ne garde presque aucun souvenir.
— Il n’y a PAS de larmes dans mes yeux !
protesta Harry d’une voix forte.
Avant que Rita Skeeter ait pu ajouter un mot, la
porte du placard à balais s’ouvrit. Harry se
retourna, clignant des yeux à la lumière du couloir.
Albus Dumbledore se tenait sur le seuil et les
regardait tous les deux.
— Dumbledore ! s’écria Rita Skeeter, d’un air
visiblement enchanté.
Mais Harry remarqua que la plume et le
parchemin avaient brusquement disparu de la
caisse de Nettoie-Tout magique et que les ongles

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 481 / 1147
acérés de Rita venaient de refermer
précipitamment le sac en peau de crocodile.
— Comment allez-vous ? dit-elle en se levant et
en tendant à Dumbledore une de ses grandes
mains masculines. J’espère que vous avez lu ce
que j’ai écrit cet été sur la réunion de la
Confédération internationale des mages et
sorciers ?
— Merveilleusement fielleux, répondit
Dumbledore, le regard pétillant. J’ai
particulièrement apprécié la formule que vous
avez employée à mon sujet : « Un vieil ahuri d’un
autre âge. »
Rita Skeeter ne sembla pas gênée le moins du
monde.
— Je voulais simplement attirer l’attention sur
le fait que certaines de vos idées sont
complètement dépassées, Dumbledore, et que le
sorcier de la rue…
— Je serais ravi de connaître le raisonnement
qui se cache derrière l’insulte, l’interrompit
Dumbledore en s’inclinant galamment, un large
sourire aux lèvres, mais je crains que nous ne
devions remettre cette conversation à plus tard.
L’Examen des Baguettes est sur le point de
commencer et il ne pourra pas se dérouler
normalement si l’un de nos champions est caché

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 482 / 1147
dans un placard à balais.
Très content de se débarrasser de Rita Skeeter,
Harry se hâta de retourner dans la classe. Les
autres champions étaient à présent assis sur des
chaises, à côté de la porte, et il prit place à côté de
Cedric. Quatre des cinq juges s’étaient installés
derrière la table recouverte de velours – le
professeur Karkaroff, Madame Maxime,
Mr Croupton et Ludo Verpey. Rita Skeeter alla
s’asseoir dans un coin. Harry la vit ressortir son
matériel, sucer l’extrémité de sa Plume à Papote et
la poser à nouveau en équilibre sur le parchemin.
— Je vous présente Mr Ollivander, dit
Dumbledore en s’adressant aux champions.
Il s’était assis à la table avec les autres juges.
— Mr Ollivander va vérifier vos baguettes
magiques pour s’assurer qu’elles sont en bon état
de fonctionnement avant le tournoi.
Harry regarda autour de lui et vit avec une
réaction de surprise un vieux sorcier aux grands
yeux pâles qui se tenait debout près de la fenêtre.
Harry avait déjà eu l’occasion de rencontrer
Mr Ollivander – c’était dans sa boutique qu’il avait
acheté sa baguette magique trois ans auparavant,
sur le Chemin de Traverse.
— Mademoiselle Delacour, pourriez-vous venir
la première, s’il vous plaît ? demanda

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 483 / 1147
Mr Ollivander en s’avançant dans l’espace libre
aménagé au milieu de la pièce.
Fleur Delacour s’approcha de Mr Ollivander et
lui tendit sa baguette.
— Mmmmmm …, murmura-t-il.
Il fit tourner la baguette magique entre ses
longs doigts, comme un bâton de majorette. La
baguette projeta des étincelles rose et or.
— Oui, dit-il à voix basse, en l’examinant
soigneusement. Vingt-trois centimètres trois
quarts… très rigide… Bois de rose… Avec, à
l’intérieur… oh, mais oui…
— Un cheveu de Vélane, dit Fleur. Il
appartenait à ma grand-mère.
Ainsi donc, Fleur était en partie Vélane, songea
Harry qui se promit de le dire à Ron… avant de se
rappeler que Ron ne lui adressait plus la parole.
— Oui, dit Mr Ollivander, oui, je n’ai jamais
utilisé moi-même de cheveux de Vélane, bien
entendu. Je trouve qu’ils donnent aux baguettes
un très mauvais caractère… Mais chacun ses
préférences et si celle-ci vous convient…
Du bout des doigts, Mr Ollivander caressa la
baguette sur toute sa longueur, vérifiant qu’elle ne
comportait ni bosses, ni éraflures. Puis il
murmura :

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 484 / 1147
— Orchideus ! et un bouquet de fleurs jaillit à
son extrémité. Très bien, très bien, elle fonctionne
parfaitement, dit Mr Ollivander qui prit le bouquet
et le donna à Fleur en même temps que sa
baguette. Mr Diggory, à vous, s’il vous plaît.
— Ah, celle-ci, c’est l’une des miennes, n’est-ce
pas ? dit Mr Ollivander d’un ton beaucoup plus
enthousiaste lorsque Cedric lui eut tendu sa
baguette. Oui, je m’en souviens très bien. Elle
contient un seul crin d’une licorne mâle
particulièrement magnifique… Un animal qui
mesurait plus de quatre mètres de longueur. Il a
failli m’éventrer avec sa corne lorsque je lui ai
arraché un crin de sa queue. Voyons cette
baguette… Trente centimètres et demi… en frêne…
d’une très agréable souplesse. Elle est en excellent
état… Vous l’entretenez régulièrement ?
— Je l’ai cirée la nuit dernière, dit Cedric avec
un sourire.
Fleur retourna s’asseoir et sourit à Cedric en le
croisant.
Harry contempla sa propre baguette. Elle était
pleine de traces de doigts. Il prit un pan de sa robe
et essaya de la nettoyer subrepticement. Des
étincelles dorées jaillirent à son extrémité et il finit
par renoncer en voyant le regard condescendant
que lui jetait Fleur Delacour.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 485 / 1147
Mr Ollivander fit sortir de la baguette de Cedric
des anneaux de fumée argentée, déclara qu’elle
était en excellent état et demanda :
— Mr Krum, s’il vous plaît.
Viktor Krum se leva et s’avança vers
Mr Ollivander de sa démarche gauche, les épaules
voûtées, les pieds en canard. Il tendit sa baguette
et resta là, l’air maussade, les mains dans les
poches de sa robe de sorcier.
— Mmmmm …, murmura Mr Ollivander. À
moins que je ne me trompe, il s’agit d’une création
de Gregorovitch ? Un excellent fabricant de
baguettes, bien que son style ne soit jamais
vraiment ce que je… enfin…
Il leva la baguette et l’examina minutieusement
en la retournant lentement devant ses yeux.
— Oui… Bois de charme avec un nerf de cœur
de dragon ? lança-t-il à Krum qui approuva d’un
signe de tête. Plus épaisse que la moyenne… Très
rigide… Vingt-cinq centimètres et demi… Avis !
Avec une détonation semblable à celle d’un
pistolet, la baguette en bois de charme projeta une
volée de petits oiseaux qui s’envolèrent en pépiant
et s’échappèrent par la fenêtre ouverte dans le ciel
humide, où brillait un soleil d’automne.
— Bien, dit Mr Ollivander en rendant sa
baguette à Krum. Il ne nous reste donc plus que…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 486 / 1147
Mr Potter.
Harry se leva et s’avança vers Mr Ollivander à
qui il tendit sa baguette.
— Aaaah , oui, dit Mr Ollivander, ses yeux pâles
brillant d’un éclat soudain. Oui, oui, oui, je m’en
souviens très bien.
Harry aussi se souvenait. Il s’en souvenait
même comme si c’était hier…
Quatre ans plus tôt, en été, le jour de son
onzième anniversaire, il était entré dans la
boutique de Mr Ollivander avec Hagrid pour y
acheter une baguette magique. Mr Ollivander avait
pris ses mesures puis lui avait donné plusieurs
baguettes à essayer. Harry avait eu l’impression de
voir passer entre ses mains toutes les baguettes de
la boutique jusqu’à ce qu’il trouve enfin celle qui
lui convenait. Elle était en bois de houx, mesurait
vingt-sept centimètres et demi et contenait une
unique plume de phénix. Mr Ollivander avait été
très surpris que cette baguette soit si bien adaptée
à Harry. « Étrange », avait-il dit, « très étrange »,
et lorsque Harry lui avait demandé ce qu’il y avait
de si étrange, Mr Ollivander lui avait expliqué que
la plume de phénix, à l’intérieur de sa baguette,
venait du même oiseau que celle qui se trouvait au
cœur de la baguette magique de Lord Voldemort.
Harry n’avait jamais révélé cette particularité à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 487 / 1147
personne. Il aimait beaucoup sa baguette magique
et n’y pouvait rien si elle avait un lien avec celle de
Voldemort – de même qu’il n’y pouvait rien s’il
était parent avec la tante Pétunia. Il espérait
cependant que Mr Ollivander n’allait pas en parler
devant tout le monde. Il avait la bizarre
impression que, s’il le faisait, la Plume à Papote de
Rita Skeeter en exploserait de ravissement.
Mr Ollivander passa plus de temps à examiner
la baguette de Harry que celle des autres.
Finalement, il en fit jaillir une fontaine de vin et la
rendit à Harry en déclarant qu’elle était en parfait
état.
— Merci à tous, dit Dumbledore en se levant à
la table des juges. Vous pouvez retourner en
classe, à présent – ou peut-être vaudrait-il mieux
que vous alliez directement dîner puisque les
cours sont sur le point de se terminer…
Soulagé qu’il y ait eu au moins une chose qui se
soit bien passée ce jour-là, Harry se prépara à
partir, mais l’homme qui avait un appareil photo à
la main se leva d’un bond et toussota.
— Les photos, Dumbledore, les photos ! s’écria
précipitamment Verpey. Les juges et les
champions ensemble. Qu’est-ce que vous en
pensez, Rita ?
— Heu… Oui d’accord, commençons par les

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 488 / 1147
photos de groupe, dit Rita Skeeter, dont le regard
s’était à nouveau posé sur Harry. Et ensuite, on
prendra peut-être quelques photos individuelles.
La séance de pose dura longtemps. Madame
Maxime projetait son ombre sur tout le monde,
quel que fût l’endroit où elle se plaçait et le
photographe ne parvenait pas à prendre
suffisamment de recul pour l’avoir tout entière
dans son cadre. Finalement, elle dut s’asseoir au
milieu des autres qui restèrent debout. Karkaroff
ne cessait d’entortiller l’extrémité de son bouc
autour de son doigt pour former une boucle bien
nette. Krum, dont Harry aurait pensé qu’il était
habitué à ce genre d’exercice, essayait de se
dérober en se cachant à moitié derrière les autres.
Le photographe tenait beaucoup à avoir Fleur en
premier plan, mais Rita Skeeter ne cessait de
pousser Harry en avant pour être sûre qu’il soit
bien mis en valeur. Puis elle insista pour qu’on
prenne des photos individuelles de chacun des
champions. Enfin, au bout d’un long moment, tout
le monde put repartir.
Harry descendit dîner mais ne vit pas
Hermione. Il pensa qu’elle devait être restée à
l’infirmerie pour faire arranger ses dents. Il
mangea seul, au bout de la table, puis retourna
dans la tour de Gryffondor, en pensant à tout le

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 489 / 1147
travail supplémentaire qu’il avait à faire sur les
sortilèges d’Attraction. Dans le dortoir, il tomba
sur Ron.
— Tu as du courrier, dit Ron d’un ton brusque
en le voyant entrer.
— Ah, très bien, dit Harry.
— Et on devra faire nos retenues demain soir,
dans la classe de Rogue, ajouta Ron.
Il montra l’oreiller de Harry. La chouette effraie
de l’école l’y attendait.
Puis il sortit du dortoir sans un regard vers
Harry. Pendant un instant, Harry hésita à le suivre
– il ne savait plus très bien s’il avait envie de lui
parler ou de lui taper dessus, l’un et l’autre
semblait également tentant – mais il voulait avant
tout lire la réponse de Sirius. Il s’approcha donc de
la chouette, détacha la lettre fixée à sa patte et la
déroula.
Harry,
Je ne peux pas dire tout ce que je voudrais
dans une lettre, ce serait trop risqué au cas où la
chouette serait interceptée – il faut absolument
que nous nous parlions face à face. Peux-tu te
trouver seul devant la cheminée de la tour de
Gryffondor à une heure du matin, dans la nuit du

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 490 / 1147
21 au 22 novembre ?
Je sais mieux que tout le monde que tu es
capable de te défendre tout seul et, tant que tu te
trouveras à proximité de Dumbledore et de
Maugrey, je ne pense pas que quiconque pourra
te faire du mal. Mais quelqu’un paraît quand
même bien décidé à essayer. Déposer ta
candidature à ce tournoi a dû être très risqué,
surtout sous le nez de Dumbledore.
Sois sur tes gardes, Harry. Je veux que tu
continues à me tenir au courant de tout ce qui se
passe d’inhabituel. Confirme-moi la date du 22
novembre le plus vite possible.
Sirius

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 491 / 1147
19
L E M AGYAR À POINTES
a perspective de parler face à face avec
Sirius aida Harry à mieux supporter les
quinze jours qui suivirent. C’était l’unique rayon
de lumière dans un horizon qui ne lui avait jamais
paru aussi sombre. Le choc de se découvrir
champion de l’école malgré lui s’était un peu
atténué pour faire place à la crainte de ce qui
l’attendait. La date de la première tâche se
rapprochait inexorablement. Il avait l’impression
qu’elle le guettait dans l’ombre, comme un
horrible monstre qui lui barrait le chemin. Il
n’avait jamais été dans un tel état d’énervement.
C’était bien pire qu’avant n’importe quel match de
Quidditch, même le dernier, celui qui les avait
opposés à l’équipe de Serpentard et qui devait
désigner le vainqueur du championnat. Harry
avait du mal à penser à l’avenir, il lui semblait que
toute sa vie n’avait eu pour seul but que de le
mener à cette première tâche qui en marquerait la L

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 492 / 1147
fin…
Il ne voyait pas comment Sirius pourrait l’aider
à se sentir plus détendu à l’idée de devoir
accomplir devant des centaines de personnes une
prouesse de haute magie qui le mettrait en danger
de mort, mais la simple vue d’un visage ami serait
déjà réconfortante. Harry répondit à Sirius en lui
confirmant qu’il se trouverait bien devant la
cheminée de la salle commune au moment
indiqué. Hermione et lui étudièrent ensuite divers
plans destinés à convaincre les derniers traînards
qui pourraient encore se trouver dans la salle cette
nuit-là de déguerpir. Dans le pire des cas, ils
envisageaient de faire exploser quelques
Bombabouses, mais ils espéraient ne pas en être
réduits à cette extrémité – Rusard les aurait
écorchés vifs.
En attendant, la vie quotidienne au château
empirait pour Harry. Rita Skeeter avait publié son
article sur le Tournoi des Trois Sorciers mais le
tournoi n’y occupait qu’une place secondaire : il
s’agissait en fait d’une histoire haute en couleur de
la vie de Harry. Une photo de lui s’étalait en
première page et l’article (qui continuait en pages
deux, six et sept) lui était entièrement consacré,
les noms des champions de Beauxbâtons et de
Durmstrang (mal orthographiés) ne figurant qu’à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 493 / 1147
la dernière ligne. Quant à celui de Cedric, il n’était
même pas mentionné.
L’article avait paru dix jours plus tôt et Harry
ne pouvait s’empêcher d’éprouver un cuisant
sentiment de honte au creux de l’estomac chaque
fois qu’il y repensait. Rita Skeeter lui avait prêté
toutes sortes de propos qu’il ne se souvenait pas
d’avoir jamais tenus dans sa vie, et encore moins
dans ce placard à balais.
Je pense que ma force me vient de mes
parents. Je sais qu’ils seraient très fiers de moi
s’ils pouvaient me voir maintenant… Oui, parfois,
la nuit, il m’arrive encore de pleurer en pensant à
eux, je n’ai aucune honte à l’avouer… Je sais que
je ne risque rien au cours de ce tournoi, car ils
veillent sur moi…
Mais Rita Skeeter avait fait pire que de
transformer ses « heu…» en longues phrases
grandiloquentes. Elle avait également interviewé
d’autres personnes pour les faire parler de lui.
Harry a enfin trouvé l’amour à Poudlard,
écrivait-elle. Colin Crivey, un de ses très proches
amis, nous a confié qu’on voit rarement Harry

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 494 / 1147
sans Hermione Granger, une jeune fille d’une
beauté éblouissante, d’origine moldue, qui, tout
comme Harry, est une des meilleures élèves de
l’école.
À compter du moment où le journal avait paru,
Harry avait dû subir sur son passage les
commentaires narquois des autres élèves – et
surtout des Serpentard.
— Tu veux un mouchoir, Potter, au cas où tu
aurais une petite crise de larmes pendant le cours
de métamorphose ?
— Depuis quand est-ce que tu es devenu un des
meilleurs élèves de l’école, Potter ? À moins qu’il
s’agisse d’une autre école que tu as fondée avec
Neville ?
— Hé, Harry !
— Oui, oui, c’est ça, s’exclama Harry en faisant
volte-face. Cette fois, il en avait assez.
— Je n’arrête pas de pleurer la mort de ma
mère et, d’ailleurs, je m’apprêtais à aller sangloter
dans un coin, histoire d’entretenir les bonnes
habitudes…
— Non, c’est simplement que… tu as laissé
tomber ta plume.
C’était Cho. Harry se sentit rougir.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 495 / 1147
— Ah, oui, c’est vrai, excuse-moi…, marmonna-
t-il en ramassant la plume.
— Heu… bonne chance pour mardi, dit-elle.
J’espère que tout ira bien pour toi.
Et Harry la regarda s’éloigner avec le sentiment
d’être un parfait idiot.
Hermione aussi recevait sa part de remarques
désagréables, mais elle n’en était pas encore à crier
à tort et à travers en s’en prenant à des innocents.
En fait, Harry admirait la façon dont elle affrontait
la situation.
D’une beauté éblouissante ? Elle ? s’était écriée
Pansy Parkinson la première fois qu’elle s’était
trouvée face à Hermione après la publication de
l’article. Par rapport à qui ? À un castor ?
— Ne fais pas attention, avait dit Hermione
avec dignité, en passant la tête haute devant les
filles de Serpentard, comme si elle n’entendait pas
leurs ricanements. Ne fais pas attention, Harry.
Mais Harry n’avait pas la même faculté
d’indifférence. Ron ne lui avait plus dit un mot
depuis le jour où il lui avait parlé des retenues de
Rogue. Harry avait eu le vague espoir que les
choses s’arrangeraient pendant les deux heures
qu’ils avaient passées dans le vieux cachot de
Rogue à mettre des cerveaux de rat dans de la
saumure. Mais c’était le jour où l’article de Rita

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 496 / 1147
Skeeter avait paru, et Ron paraissait plus que
jamais convaincu que Harry prenait plaisir à toute
cette publicité.
Hermione était furieuse contre eux. Elle allait
de l’un à l’autre en essayant de les forcer à se
parler à nouveau, mais Harry se montrait
intraitable : il n’accepterait d’adresser à nouveau
la parole à Ron que le jour où celui-ci reconnaîtrait
que ce n’était pas Harry qui avait déposé son nom
dans la Coupe de Feu. Il exigeait également que
Ron lui présente des excuses pour l’avoir traité de
menteur.
— Ce n’est pas moi qui ai commencé, répétait
Harry d’un ton buté. C’est son affaire.
— Tu sais bien que ça te rend triste, de ne plus
lui parler, répliquait Hermione d’un air agacé. Et
je sais que lui aussi, ça le rend triste…
— Ça ne me rend pas triste du tout ! tranchait
Harry d’une voix ferme.
C’était un pur et simple mensonge, bien
entendu. Harry aimait beaucoup Hermione, mais
ce n’était pas comme avec Ron. Quand on avait
Hermione comme meilleure amie, on riait
beaucoup moins et on passait beaucoup plus de
temps à la bibliothèque. Harry ne maîtrisait
toujours pas les sortilèges d’Attraction, comme s’il
y avait un blocage qui l’empêchait de les réussir, et

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 497 / 1147
Hermione l’avait persuadé que l’étude de la
théorie l’aiderait à progresser. Ils passaient donc
beaucoup de temps, pendant l’heure du déjeuner,
à consulter des livres sur la question.
Viktor Krum, lui aussi, passait un temps
considérable à la bibliothèque et Harry se
demandait ce qu’il pouvait bien y faire. Étudiait-il
ou cherchait-il quelque chose qui puisse l’aider à
accomplir la première tâche ? Hermione se
plaignait souvent de la présence de Krum – non
parce qu’il les importunait mais à cause des filles
qui venaient l’observer en se cachant derrière les
rayons. Le bruit de leurs gloussements incessants
la dérangeait.
— Il n’est même pas beau ! marmonna-t-elle un
jour en lançant un regard furieux vers le profil de
Krum. Elles l’aiment simplement parce qu’il est
célèbre ! Elles ne le regarderaient même pas s’il
n’était pas capable de faire la pente de Gros Ski…
— La feinte de Wronski, rectifia Harry entre ses
dents.
Il n’aimait pas qu’on écorche les termes de
Quidditch mais surtout, il ne put s’empêcher de
ressentir un pincement au cœur en imaginant la
tête que Ron aurait faite s’il avait entendu
Hermione parler des « pentes de Gros Ski ».

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 498 / 1147
Par un étrange phénomène, plus on redoute un
événement, plus le temps qui nous en sépare
prend un malin plaisir à passer le plus rapidement
possible, alors qu’on donnerait n’importe quoi
pour qu’il ralentisse. Les derniers jours avant la
date de la première tâche semblaient défiler
comme si quelqu’un s’était ingénié à faire tourner
les horloges deux fois plus vite. Le sentiment de
quasi-panique qu’éprouvait Harry ne le quittait
jamais. Il était aussi présent que les sarcasmes de
ses condisciples qui ne se lassaient pas de
commenter l’article de La Gazette du sorcier .
Le samedi qui précédait la première tâche, tous
les élèves de l’école, à partir de la troisième année,
furent autorisés à se rendre dans le village de Pré-
au-Lard. Hermione assura Harry que rien ne
pourrait lui faire plus grand bien que de quitter un
peu le château et Harry se laissa facilement
convaincre.
— Et Ron, alors ? dit-il. Tu ne veux pas y aller
avec lui ?
— Oh, heu… balbutia Hermione, le teint
légèrement rosé, j’ai pensé que nous pourrions
peut-être le retrouver aux Trois Balais…
— Non, dit Harry d’un ton abrupt.
— Oh, Harry, tout cela est tellement stupide…
— Je vais au village, mais je n’irai pas voir Ron

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 499 / 1147
et je mettrai ma cape d’invisibilité.
— Très bien, d’accord, répliqua sèchement
Hermione, mais je déteste parler avec toi quand tu
portes cette cape, je ne sais jamais si je te regarde
ou pas.
Harry alla donc mettre sa cape d’invisibilité
dans le dortoir, puis il descendit rejoindre
Hermione et tous deux prirent la direction de Pré-
au-Lard.
Sous sa cape, Harry ressentit une merveilleuse
impression de liberté. En observant les autres
élèves qui les croisaient dans le village, il vit que la
plupart portaient des badges sur lesquels on
pouvait lire VIVE CEDRIC DIGGORY mais, cette
fois, personne ne lui adressait de commentaires
désobligeants et il n’entendait plus parler de ce
stupide article.
— Maintenant, c’est moi que les gens regardent,
dit Hermione avec mauvaise humeur, lorsqu’ils
sortirent de la confiserie Honeydukes en
mangeant de gros chocolats à la crème. Ils croient
que je parle toute seule.
— Ne remue pas tant les lèvres.
— Allez, enlève un peu ta cape. Personne ne
viendra t’embêter ici.
— Tu crois ? dit Harry. Regarde donc un peu
derrière toi. Rita Skeeter et son ami photographe

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 500 / 1147
venaient de sortir du pub des Trois Balais.
Parlant à voix basse, ils croisèrent Hermione
sans lui accorder le moindre regard. Harry se
plaqua contre la façade du pub pour éviter de
prendre un coup de sac en crocodile au passage.
— Elle s’est installée au village, dit Harry
lorsqu’ils se furent éloignés. Je parie qu’elle veut
assister à la première tâche.
En prononçant ces mots, il sentit une vague de
panique l’envahir, mais il n’en parla pas.
Hermione et lui ne s’étaient pas demandé en quoi
pouvait bien consister cette première tâche. Harry
avait le sentiment qu’elle préférait ne pas y penser.
— Elle est partie, dit Hermione qui scrutait la
grand-rue à travers Harry. Si on allait boire une
Bièraubeurre ? Il fait un peu froid, tu ne trouves
pas ? Tu n’es pas obligé de parler à Ron ! ajouta-t-
elle d’un ton irrité.
Elle avait très bien interprété son silence.
Les Trois Balais étaient bondés. La clientèle,
composée pour l’essentiel d’élèves de Poudlard
venus profiter de leur après-midi libre, comportait
également divers personnages qui appartenaient
au monde de la magie et que Harry avait rarement
eu l’occasion de voir ailleurs. Pré-au-Lard étant le
seul village de Grande-Bretagne exclusivement
habité et fréquenté par des sorciers, c’était sans

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 501 / 1147
doute une sorte de havre pour des créatures telles
que les harpies qui n’étaient pas aussi habiles que
les sorciers dans l’art du déguisement.
Il était très difficile de se déplacer au milieu
d’une foule quand on portait une cape
d’invisibilité. Marcher par inadvertance sur les
pieds de quelqu’un pouvait susciter des questions
gênantes. Aussi Harry prit-il mille précautions
pour se faufiler jusqu’à la table libre qu’il avait
repérée dans un coin de la salle, pendant
qu’Hermione allait chercher des boissons au
comptoir. En traversant le pub, Harry aperçut Ron
qui était assis avec Fred, George et Lee Jordan.
Résistant à l’envie d’aller lui donner un bon coup
derrière la tête, il arriva enfin devant la table libre
et s’y installa sans remuer la chaise.
Hermione le rejoignit quelques instants plus
tard et lui glissa une Bièraubeurre sous sa cape.
— J’ai vraiment l’air d’une idiote assise là toute
seule, murmura-t-elle. Heureusement que j’ai
apporté quelque chose à faire.
Elle sortit alors un carnet dans lequel elle avait
noté la liste des membres de la S.A.L.E. Harry vit
son nom et celui de Ron en tête de la très courte
colonne. Le jour où Hermione était arrivée dans la
salle commune, pendant qu’ils faisaient ensemble
leurs prédictions fantaisistes, et les avait nommés

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 502 / 1147
d’office secrétaire et trésorier lui paraissait
désormais très lointain.
— Je devrais peut-être demander à des
habitants du village s’ils ne veulent pas adhérer à
la S.A.L.E., dit Hermione d’un air pensif en jetant
un regard autour d’elle.
— C’est ça, bonne idée, dit Harry.
Il but une gorgée de Bièraubeurre sous sa cape.
— Hermione, quand est-ce que tu vas arrêter
ces histoires de S.A.L.E. ?
— Quand les elfes de maison auront obtenu des
salaires et des conditions de travail convenables !
répondit-elle entre ses dents. Tu sais, je crois que
le moment est venu d’entreprendre des actions
plus concrètes. Je me demande comment on fait
pour accéder aux cuisines de l’école.
— Aucune idée, demande à Fred et à George, dit
Harry.
Hermione plongea dans un silence songeur
tandis que Harry buvait sa Bièraubeurre en
observant les clients du pub. Tous avaient l’air
joyeux et détendu. Ernie MacMillan et Hannah
Abbot échangeaient des cartes de Chocogrenouille
à une table proche. Chacun avait un badge VIVE
CEDRIC DIGGORY épinglé à sa cape. Près de la
porte, il vit Cho en compagnie de ses amis de
Serdaigle. Heureusement elle ne portait pas de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 503 / 1147
badge pour soutenir Cedric, ce qui lui remonta un
peu le moral…
Que n’aurait-il pas donné pour être comme tous
les autres, assis avec une bande d’amis, à boire, à
rire et sans autre souci que ses devoirs à faire ? Il
imagina le plaisir qu’il aurait eu à se trouver dans
cette salle si seulement son nom n’était pas sorti
de la Coupe de Feu. Pour commencer, il n’aurait
pas été obligé de porter sa cape d’invisibilité. Ron
serait assis entre Hermione et lui, et tous trois
s’amuseraient sans doute à imaginer les dangers
mortels qui attendaient les champions le mardi
suivant. Il aurait été impatient de savoir quels
exploits on leur demanderait d’accomplir…
Paisiblement installé au fond des tribunes, il
aurait assisté au spectacle en acclamant Cedric,
comme tous les autres élèves de Poudlard…
Il se demanda ce que ressentaient les autres
champions. Chaque fois qu’il avait rencontré
Cedric, ces derniers temps, il était entouré
d’admiratrices et semblait éprouver un mélange
d’excitation et d’appréhension. Parfois, dans les
couloirs, Harry apercevait Fleur Delacour qui avait
exactement le même air tranquille et hautain que
d’habitude. Quant à Krum, il se contentait d’aller
s’asseoir à la bibliothèque pour étudier des livres.
Harry pensa à Sirius et le nœud qu’il sentait au

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 504 / 1147
creux de l’estomac parut se détendre un peu. Dans
une douzaine d’heures, il allait lui parler, puisque
leur rendez-vous devait avoir lieu la nuit suivante
– en admettant que tout se passe bien, ce qui
n’avait guère été le cas récemment…
— Regarde, c’est Hagrid ! dit Hermione.
Hagrid leur tournait le dos. Son énorme tête
aux cheveux hirsutes – il avait fort heureusement
renoncé à les coiffer – émergea de la foule. Harry
s’étonna d’avoir mis si longtemps à remarquer sa
présence, étant donné sa taille immense mais, en
se levant avec précaution, il vit qu’il s’était penché
pour parler au professeur Maugrey. Comme
d’habitude, Hagrid avait son immense chope
devant lui, mais Maugrey préférait boire au goulot
de sa flasque, ce qui semblait déplaire
singulièrement à Madame Rosmerta, la jolie
patronne du pub. En ramassant les verres des
tables voisines, elle lançait à Maugrey des regards
en coin. Sans doute voyait-elle là une insulte à son
hydromel maison, mais Harry, lui, savait pourquoi
il agissait ainsi. Lors du dernier cours de défense
contre les forces du Mal, Maugrey leur avait
expliqué qu’il préférait toujours préparer lui-
même ce qu’il mangeait ou buvait car il était trop
facile pour un mage noir d’empoisonner un verre
ou une assiette laissés sans surveillance.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 505 / 1147
Harry vit Hagrid et Maugrey se lever pour
partir. Il agita la main, puis se rappela que Hagrid
ne pouvait pas le voir. Maugrey, cependant,
s’immobilisa en tournant son œil magique de son
côté. Il donna alors une petite tape dans les reins
de Hagrid (il n’était pas assez grand pour atteindre
son épaule), lui murmura quelque chose à l’oreille
et tous deux traversèrent la salle en direction de la
table de Harry et d’Hermione.
— Ça va Hermione ? dit Hagrid d’une voix forte.
— Bonjour, répondit Hermione en souriant.
Maugrey contourna la table de son pas claudicant
et se pencha. Harry crut qu’il voulait lire le carnet
portant les noms des adhérents de la S.A.L.E.,
mais il l’entendit murmurer :
— Très belle, cette cape, Potter.
Harry le regarda avec stupéfaction. D’aussi
près, il voyait nettement qu’il lui manquait
décidément une bonne partie du nez. Maugrey
sourit.
— Votre œil peut… Je veux dire, vous arrivez
à…
— Ouais, j’arrive à voir à travers les capes
d’invisibilité, dit Maugrey à voix basse. Et je peux
te dire que c’est parfois très utile.
Hagrid, lui aussi, souriait largement à Harry.
Celui-ci savait qu’il ne pouvait pas le voir mais, de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 506 / 1147
toute évidence, Maugrey lui avait dit qu’il était là.
Hagrid se pencha à son tour en faisant
semblant de lire le carnet de la S.A.L.E. et
murmura si bas que seul Harry pouvait
l’entendre :
— Harry, viens à ma cabane ce soir à minuit. Et
mets ta cape.
Puis Hagrid se redressa et dit à voix haute :
— J’étais content de te voir, Hermione.
Il lui fit un clin d’œil et s’en alla, suivi par
Maugrey.
— Pourquoi est-ce qu’il veut que j’aille à sa
cabane à minuit ? dit Harry, surpris.
— C’est ce qu’il t’a dit ? s’étonna Hermione. Je
me demande ce qu’il prépare, encore. Je ne sais
pas si tu dois y aller, Harry…
Elle jeta un rapide coup d’œil autour d’elle, puis
ajouta entre ses dents :
— Ça risque de te mettre en retard pour Sirius.
Il était vrai qu’aller voir Hagrid à minuit lui
laissait peu de temps pour revenir au château à
une heure. Hermione suggéra d’envoyer Hedwige
porter un mot à Hagrid pour lui dire qu’il ne
pouvait pas y aller – en admettant que la chouette
accepte de le faire. Mais Harry jugea préférable
d’aller voir Hagrid le plus brièvement possible. Il

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 507 / 1147
était très curieux de savoir ce qu’il lui voulait.
Jamais il ne lui avait demandé de lui rendre visite
si tard.
À onze heures et demie, ce soir-là, Harry, qui
avait fait semblant d’aller se coucher de bonne
heure, revêtit la cape d’invisibilité et redescendit
l’escalier sans bruit. Il y avait encore pas mal de
monde dans la salle commune. Les frères Crivey
avaient réussi à s’emparer d’une bonne quantité de
badges VIVE CEDRIC DIGGORY et essayaient de
les ensorceler pour leur faire dire VIVE HARRY
POTTER à la place. Mais, jusqu’à présent, ils
n’avaient réussi qu’à les bloquer sur À BAS
POTTER. Harry passa sans bruit devant eux et
traversa la salle jusqu’au portrait de la grosse
dame. Il attendit là pendant environ une minute,
en jetant des coups d’œil à sa montre. Enfin,
Hermione arriva dans le couloir et fit pivoter le
tableau comme ils l’avaient prévu. Il se glissa alors
par l’ouverture en lui murmurant : « Merci ! » et
descendit au rez-de-chaussée.
Le parc était plongé dans le noir. Harry marcha
en direction des lumières qui brillaient dans la
cabane de Hagrid. L’intérieur de l’immense
carrosse de Beauxbâtons était également éclairé et,
à travers une fenêtre, Harry vit Madame Maxime
qui parlait à quelqu’un. Parvenu à la cabane, il

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 508 / 1147
frappa à la porte.
— C’est toi, Harry ? murmura Hagrid qui ouvrit
la porte et jeta un coup d’œil au-dehors.
— Oui. Harry se glissa à l’intérieur de la cabane
et enleva sa cape.
— Alors, qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il.
— J’ai quelque chose à te montrer, répondit
Hagrid, l’air surexcité.
Il portait à la boutonnière une fleur qui
ressemblait à un artichaut gigantesque.
Apparemment, il avait renoncé à se mettre de
l’huile de moteur dans les cheveux, mais il avait
quand même essayé de les coiffer – Harry vit des
dents de peigne cassées qui s’étaient prises dans sa
tignasse.
— Qu’est-ce que vous voulez me montrer ? dit
Harry avec méfiance.
Il se demandait si les Scroutts avaient pondu
des œufs ou si Hagrid avait réussi à acheter un
autre chien géant à trois têtes à un quelconque
voyageur rencontré dans un pub.
— Viens avec moi, ne fais pas de bruit et
couvre-toi bien avec ta cape, dit Hagrid. On ne va
pas emmener Crockdur, il n’aimerait pas ça…
— Écoutez, Hagrid, je ne peux pas rester
longtemps… Il faut absolument que je sois de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 509 / 1147
retour au château à une heure…
Mais Hagrid ne l’écoutait pas. Il avait ouvert la
porte de la cabane et s’enfonçait dans la nuit.
Harry se hâta de le suivre et s’aperçut, à sa grande
surprise, qu’il l’emmenait vers le carrosse de
Beauxbâtons.
— Hagrid, qu’est-ce que…
— Chut ! dit Hagrid.
Et il frappa trois fois à la portière du carrosse,
ornée des baguettes d’or croisées. Madame
Maxime lui ouvrit, un châle de soie drapé autour
de ses épaules massives. En le voyant, elle eut un
sourire.
— Ah, Agrid… Vous arriveuz juste à l’heure…
Queulle ponctualiteu !
— Madame, qu’il me soit permis de vous
souhaiter le bonsoir, dit Hagrid d’un ton ampoulé.
Il lui adressa un large sourire et lui tendit la
main pour l’aider à descendre le marchepied d’or
du carrosse.
Madame Maxime referma la portière derrière
elle. Hagrid lui offrit son bras et ils contournèrent
tous deux l’enclos où étaient gardés les
gigantesques chevaux volants. Stupéfait, Harry fut
obligé de courir pour arriver à suivre leurs grandes
enjambées. Hagrid avait-il voulu lui montrer
Madame Maxime ? Il pouvait la voir n’importe

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 510 / 1147
quand… Elle passait difficilement inaperçue…
Mais il semblait que Hagrid réservait à
Madame Maxime la même surprise qu’à Harry
car, au bout d’un moment, elle demanda d’un ton
badin :
— Meus où donc m’emmeneuz-vous, Agrid ?
— Ça va vous plaire, j’en suis sûr, répondit
Hagrid d’un ton qui avait retrouvé sa rudesse
habituelle. Ça vaut le coup d’œil, vous pouvez me
croire. Mais attention, hein ? N’allez surtout pas
dire que je vous l’ai montré, d’accord ?
Normalement, vous ne devriez pas être au
courant.
— Oh, meus bien sûr, Agrid, vous pouveuz
compteu sur moi, assura Madame Maxime avec un
battement de ses longs cils noirs.
Et ils continuèrent à marcher. Harry, de plus en
plus agacé, les suivait toujours au pas de course,
jetant de temps à autre des regards à sa montre. Il
s’agissait sans doute d’une des habituelles lubies
de Hagrid, qui allait lui faire rater son rendez-vous
avec Sirius. S’ils n’arrivaient pas bientôt à
destination, il ferait demi-tour et retournerait
directement au château en laissant Hagrid
poursuivre tranquillement sa promenade au clair
de lune avec Madame Maxime…
Mais lorsqu’ils eurent marché assez loin autour

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 511 / 1147
de la Forêt interdite pour que le château et le lac
soient hors de vue, Harry entendit soudain
quelque chose. C’étaient des voix d’hommes qui
criaient… Puis un rugissement assourdissant
retentit dans la nuit…
Hagrid entraîna Madame Maxime derrière un
bosquet d’arbres et s’arrêta là. Harry les rattrapa
et attendit derrière eux. Pendant un instant, il crut
voir des feux de joie autour desquels plusieurs
personnes s’affairaient. Mais en regardant mieux,
il resta bouche bée.
Des dragons .
Quatre énormes dragons à l’air féroce se
dressaient sur leurs pattes de derrière à l’intérieur
d’un enclos fermé par d’épaisses planches de bois.
Le cou tendu, ils rugissaient, mugissaient,
soufflant par leur gueule ouverte, hérissée de crocs
acérés, des torrents de feu qui jaillissaient vers le
ciel noir à quinze mètres au-dessus du sol. L’un
d’eux, d’une couleur bleu argenté, les cornes
pointues, grognait et claquait des mâchoires en
essayant de mordre les sorciers qui l’entouraient.
Un autre, aux écailles vertes et lisses, se tortillait
en tous sens, piétinant le sol de toute sa puissance.
Un troisième, de couleur rouge, la tête couronnée
d’une curieuse frange d’épines dorées, crachait des
nuages de feu en forme de champignon. Enfin,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 512 / 1147
celui qui se trouvait le plus près d’eux était noir,
gigantesque, et sa silhouette ressemblait à celle
d’un dinosaure.
Une trentaine de sorciers, sept ou huit pour
chaque dragon, essayaient de les contrôler, tirant
sur les chaînes attachées à d’épaisses sangles de
cuir qui leur entouraient les pattes et le cou.
Fasciné, Harry leva la tête et vit, loin au-dessus de
lui, les yeux du dragon noir, les pupilles verticales
comme celles d’un chat, exorbités par la peur ou la
rage, il n’aurait su le dire… La créature produisait
un bruit horrible, un hurlement aigu, lugubre…
— Attention Hagrid, n’approchez pas ! cria un
sorcier près de la palissade, tirant de toutes ses
forces sur la chaîne qu’il tenait entre ses mains. Ils
peuvent cracher du feu jusqu’à une distance de six
mètres ! Ce Magyar à pointes peut même aller
jusqu’à douze mètres.
— C’est magnifique ! dit Hagrid d’une voix
émue.
— Il faut les calmer ! s’exclama un autre sorcier.
Sortilèges de Stupéfixion ! Je compte jusqu’à
trois !
Harry vit chacun des sorciers qui entouraient
les dragons sortir sa baguette magique.
— Stupéfix ! crièrent-ils à l’unisson.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 513 / 1147
Les sortilèges de Stupéfixion jaillirent de leurs
baguettes comme des fusées enflammées,
explosant en gerbes d’étoiles sur les écailles des
quatre dragons.
Harry vit celui qui était le plus proche d’eux
osciller dangereusement sur ses pattes de derrière.
Ses mâchoires s’ouvrirent largement et son
hurlement s’évanouit dans le silence. Ses narines
fumaient toujours mais ne jetaient plus de
flammes. Puis, très lentement, l’énorme masse de
muscles et d’écailles du dragon noir s’affaissa et
s’effondra sur le sol dans un bruit mat. Harry
aurait juré que sa chute avait fait trembler les
arbres, derrière lui.
Les gardiens des dragons abaissèrent leurs
baguettes magiques et s’avancèrent vers les
créatures inertes dont chacune avait la taille d’une
petite colline. Ils se hâtèrent de resserrer les
chaînes et de les attacher soigneusement à des
piquets en fer qu’ils enfoncèrent profondément
dans le sol à l’aide de leurs baguettes magiques.
— Vous voulez regarder de plus près ? demanda
Hagrid à Madame Maxime d’un ton enthousiaste.
Tous deux s’approchèrent de la palissade et
Harry les suivit. Le sorcier qui avait averti Hagrid
de rester à distance se retourna et Harry le
reconnut aussitôt : c’était Charlie Weasley.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 514 / 1147
— Ça va, Hagrid ? demanda-t-il, essoufflé, en
s’avançant vers eux. Ça devrait bien se passer,
maintenant. On leur a fait prendre une potion de
Sommeil pour les amener ici. On pensait que ce
serait mieux qu’ils se réveillent dans le noir et
dans le calme. Mais, comme vous avez vu, ils
n’étaient pas contents, pas contents du tout…
— Qu’est-ce que vous avez comme espèces ?
demanda Hagrid en regardant le plus proche des
dragons – celui qui était noir – avec une
expression proche de la vénération.
— Ça, c’est un Magyar à pointes. Le plus petit,
là-bas, c’est un Vert gallois commun, celui qui a
une couleur gris-bleu, c’est un Suédois à museau
court et le rouge, c’est un Boutefeu chinois.
Charlie regarda autour de lui. Madame Maxime
longeait la palissade en observant avec intérêt les
dragons stupéfixés.
— Je ne savais pas que vous alliez venir avec
elle, Hagrid, dit Charlie, les sourcils froncés. Les
champions ne doivent pas savoir ce qui les attend.
Elle va sûrement avertir la concurrente de
Beauxbâtons, vous ne croyez pas ?
— J’ai seulement pensé que ça lui ferait plaisir
de les voir, répondit Hagrid avec un haussement
d’épaules, en contemplant les dragons d’un air
extasié.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 515 / 1147
— Vraiment très romantique, comme
promenade au clair de lune, fit remarquer Charlie
en hochant la tête.
— Quatre dragons… dit Hagrid. Alors, il y en a
un pour chaque champion, c’est ça ? Qu’est-ce
qu’ils doivent faire ? Les combattre ?
— Simplement réussir à passer devant eux, je
crois, répondit Charlie. Nous serons prêts à
intervenir avec des sortilèges d’Extinction si les
choses tournent mal. Ce sont toutes des femelles.
Ils voulaient des mères en train de couver, je ne
sais pas pourquoi… En tout cas, je n’aimerais pas
être à la place de celui qui tombera sur le Magyar à
pointes. Il est aussi dangereux derrière que
devant. Regardez…
Les yeux de la créature étaient encore
entrouverts et Harry vit un éclat jaune briller sous
sa paupière noire et plissée.
Charlie montra la queue du Magyar et Harry vit
qu’elle était hérissée de longues pointes couleur
bronze qui se dressaient sur toute sa longueur,
séparées de quelques centimètres les unes des
autres.
Cinq des camarades de Charlie s’approchèrent
du dragon en vacillant sous le poids d’un tas
d’énormes œufs semblables à des pierres grises,
qu’ils portaient sur une couverture déployée dont

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 516 / 1147
chacun tenait un bout. Ils déposèrent délicatement
la couverture à côté du Magyar à pointes, sous les
yeux de Hagrid qui laissa échapper un
gémissement d’envie.
— Je les ai fait compter, Hagrid, dit Charlie
d’un ton très sérieux. Comment va Harry ? ajouta-
t-il.
— Très bien, répondit Hagrid sans quitter du
regard les œufs de dragon.
— J’espère qu’il ira toujours aussi bien après
avoir affronté ça, dit Charlie d’un air sombre, en
contemplant les créatures enfermées dans l’enclos.
Je n’ai pas osé raconter à ma mère ce qu’il devait
accomplir comme première tâche, elle se fait déjà
un sang d’encre pour lui.
Charlie se mit alors à imiter la voix anxieuse de
Mrs Weasley :
— Comment ont-ils pu le laisser participer à ce
tournoi ! Il est beaucoup trop jeune ! Je croyais
qu’ils ne risquaient rien, je croyais qu’il y avait un
âge minimum ! Elle était en larmes après avoir lu
l’article sur lui dans La Gazette du sorcier. Il
pleure toujours en pensant à ses parents ! Oh, le
pauvre garçon, je ne savais pas !
Harry en avait assez entendu. Voyant que
Hagrid était suffisamment occupé par les quatre
dragons et par Madame Maxime pour ne pas se

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 517 / 1147
soucier de lui, il fit demi-tour sans bruit et reprit le
chemin du château.
Il ne savait pas encore s’il était content ou pas
d’avoir vu ce qui l’attendait. C’était peut-être
mieux ainsi. Le premier choc était passé. Peut-être
que s’il avait découvert les dragons pour la
première fois mardi, il serait tombé raide évanoui
devant toute l’école… D’ailleurs, c’était peut-être
ce qui allait se passer… Il ne serait armé que de sa
seule baguette magique – en cet instant, elle ne lui
semblait rien de plus qu’un petit morceau de bois
–, face à un dragon de quinze mètres de haut, avec
une peau recouverte d’écailles et de pointes, et une
énorme gueule qui crachait des torrents de feu. Il
faudrait qu’il passe devant ce monstre sans se faire
carboniser, et sous les yeux de toute l’école, en
plus. Comment allait-il s’y prendre ?
Harry hâta le pas en longeant la lisière de la
forêt. Il lui restait moins d’un quart d’heure pour
retourner près de la cheminée de la salle
commune et y retrouver Sirius. Il ne se souvenait
pas d’avoir jamais eu autant envie de parler à
quelqu’un qu’en cet instant. Soudain, sans avoir
rien vu, il heurta quelque chose de solide.
Sous le choc, Harry tomba en arrière, les
lunettes de travers, serrant sa cape autour de lui.
— Ouille ! Qui est là ? s’exclama une voix. Harry

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 518 / 1147
vérifia que la cape le recouvrait entièrement et
resta étendu, parfaitement immobile, observant la
silhouette sombre du sorcier contre lequel il venait
de se cogner. Il reconnut le bouc… C’était
Karkaroff.
— Qui est là ? répéta Karkaroff d’un ton
soupçonneux en scrutant l’obscurité autour de lui.
Harry resta immobile et silencieux. Au bout
d’une minute environ, Karkaroff sembla croire
qu’il avait heurté un animal. Il regardait un peu
partout, penché en avant, comme s’il s’attendait à
voir un chien. Puis il retourna à l’abri des arbres et
avança à pas de loup en direction de l’enclos où
étaient parqués les dragons.
Lentement, prudemment, Harry se releva et
poursuivit son chemin aussi vite qu’il le pouvait
sans faire trop de bruit, retournant vers le château
à travers l’obscurité.
Il se doutait de ce que Karkaroff manigançait. Il
avait dû quitter son vaisseau en cachette pour
essayer de découvrir la nature de la première
tâche. Il avait peut-être vu Hagrid et Madame
Maxime se diriger vers la forêt. Ils n’étaient pas
très difficiles à repérer, même de loin… À présent,
tout ce que Karkaroff avait à faire, c’était de suivre
le bruit des voix. Ainsi, il saurait, tout comme
Madame Maxime, ce qui attendait les champions.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 519 / 1147
Apparemment, le seul concurrent qui devrait
affronter l’inconnu, mardi prochain, serait Cedric.
Harry arriva au château, se glissa dans le hall
d’entrée et monta l’escalier de marbre. Il était hors
d’haleine mais n’osait pas ralentir l’allure… Il lui
restait moins de cinq minutes pour arriver devant
la cheminée…
— Fariboles ! haleta-t-il, lorsqu’il fut parvenu
devant la grosse dame qui somnolait dans son
cadre.
— Si c’est vous qui le dites, murmura-t-elle
d’une voix ensommeillée, sans même ouvrir les
yeux.
Et le tableau bascula pour le laisser entrer.
Harry se faufila par l’ouverture et pénétra dans la
salle commune qui était déserte. À en juger par
l’odeur parfaitement normale qui y régnait,
Hermione n’avait pas eu besoin de recourir aux
Bombabouses pour s’assurer que Harry et Sirius
ne seraient pas dérangés.
Harry enleva sa cape d’invisibilité et se jeta
dans un fauteuil, devant le feu qui brûlait dans la
cheminée. La pièce était plongée dans la
pénombre. Seules les flammes qui dansaient dans
l’âtre projetaient un peu de lumière alentour. Sur
une table, les badges VIVE CEDRIC DIGGORY
que les frères Crivey avaient essayé de transformer

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 520 / 1147
brillaient à la lueur du feu. À présent, on pouvait y
lire À BAS L’AFFREUX POTTER. Harry tourna à
nouveau son regard vers la cheminée et sursauta.
La tête de Sirius venait d’apparaître au milieu
des flammes. Si Harry n’avait pas vu Mr Diggory
faire la même chose dans la cuisine des Weasley, il
en aurait été paralysé de terreur. Au contraire,
pour la première fois depuis des jours et des jours,
il eut enfin une raison de sourire. Bondissant de
son fauteuil, il s’accroupit devant l’âtre et
chuchota :
— Sirius, comment ça va ?
Sirius Black paraissait différent du souvenir
que Harry en avait gardé. Lorsqu’ils s’étaient
quittés, son visage était creusé, émacié, encadré
d’une masse de cheveux longs, noirs, emmêlés.
Mais à présent, ses cheveux étaient propres et
coupés court, son visage avait perdu sa maigreur
et il paraissait plus jeune. En cet instant, il
ressemblait davantage à la photo que Harry avait
de lui, celle qui avait été prise le jour du mariage
de ses parents.
— Moi, ça n’a pas d’importance, mais toi ,
comment vas-tu ? répondit Sirius d’un ton grave.
— Je vais…
Pendant un instant, Harry essaya de dire
« bien », mais il n’y parvint pas et se mit à parler

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 521 / 1147
plus qu’il n’avait parlé depuis des jours. Il raconta
tout : que personne ne voulait croire qu’il n’avait
pas mis lui-même son nom dans la Coupe, que
Rita Skeeter avait menti à son sujet dans La
Gazette du sorcier , qu’il ne pouvait faire un pas
dans un couloir sans être l’objet de moqueries – et
il parla aussi… de Ron, Ron qui ne le croyait pas,
Ron qui était jaloux…
— Et maintenant, Hagrid vient de me montrer
ce qui m’attendait pour ma première tâche. Un
dragon, Sirius ! C’est comme si j’étais déjà mort,
acheva-t-il d’un air désespéré.
Sirius l’observa, les yeux remplis d’inquiétude,
des yeux qui n’avaient pas encore perdu le regard
que leur avait donné la prison d’Azkaban – un
regard voilé, hanté. Il avait laissé Harry parler
jusqu’au bout sans aucune interruption. Mais cette
fois, ce fut lui qui prit la parole :
— Les dragons, on peut les affronter, Harry,
mais nous en parlerons dans un instant. Je ne
peux pas rester longtemps… Je me suis introduit
dans une maison de sorciers pour utiliser la
cheminée, mais ils peuvent revenir à tout moment.
Il faut que je te prévienne de certaines choses.
— Lesquelles ? dit Harry en sentant son moral
descendre de plusieurs crans. Pouvait-il exister
d’autres dangers encore pires que de se retrouver

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 522 / 1147
face à un dragon ?
— Karkaroff, répondit Sirius. Harry, il faut que
tu le saches, c’était un Mangemort. Tu sais qui
sont les Mangemorts ?
— Oui… il… quoi ?
— Il s’est fait prendre. Il était à Azkaban avec
moi mais ils l’ont relâché. Je parie ce que tu
voudras que c’est la raison pour laquelle
Dumbledore a voulu qu’il y ait un Auror à
Poudlard, cette année – pour l’avoir à l’œil. C’est
Maugrey qui a capturé Karkaroff. Lui qui l’a
envoyé à Azkaban.
— Karkaroff a été relâché ? dit Harry
lentement.
Son cerveau avait besoin de faire un effort pour
absorber cette nouvelle information alarmante.
— Pourquoi l’ont-ils relâché ?
— Il a conclu un marché avec le ministère de la
Magie, répondit Sirius d’un ton amer. Il a
prétendu avoir compris les erreurs qu’il avait
commises et il a dénoncé des complices… Il a fait
envoyer beaucoup de monde à Azkaban à sa
place… Il n’est pas très aimé, là-bas, je peux te le
dire. Et depuis qu’il est sorti de prison, il a
enseigné la magie noire à tous les élèves qui sont
passés par son école. Alors, fais aussi attention au
champion de Durmstrang.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 523 / 1147
— D’accord, dit lentement Harry. Mais… est-ce
que tu veux dire que c’est Karkaroff qui a mis mon
nom dans la Coupe ? Parce que, dans ce cas, c’est
vraiment un très bon acteur. Il avait l’air furieux. Il
voulait m’empêcher de concourir.
— Tout le monde sait que c’est un très bon
acteur, répondit Sirius. Il a réussi à convaincre le
ministère de la Magie de le faire libérer… Autre
chose, maintenant : j’ai regardé ce que disait La
Gazette du sorcier…
— Tu n’es pas le seul, dit amèrement Harry.
— … et en lisant entre les lignes l’article qu’a
écrit cette Rita Skeeter le mois dernier, j’ai vu que
Maugrey avait été attaqué la veille de son arrivée à
Poudlard. Je sais, elle a affirmé que c’était encore
une fausse alerte, ajouta précipitamment Sirius en
voyant que Harry s’apprêtait à dire quelque chose,
mais je ne crois pas que ce soit vrai. Je pense que
quelqu’un a voulu l’empêcher d’aller à Poudlard.
Quelqu’un qui savait que ses projets seraient
beaucoup plus difficiles à mener à bien avec
Maugrey dans les parages. Mais personne n’ira
enquêter de trop près, Fol Œil a tendance à se
croire attaqué un peu trop souvent. Ce qui ne veut
pas dire qu’il soit incapable de reconnaître une
véritable attaque quand elle a lieu. Maugrey était
le meilleur Auror que le ministère ait jamais eu.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 524 / 1147
— Alors, à ton avis, Karkaroff veut essayer de
me tuer ? dit lentement Harry. Mais pourquoi ?
— J’ai entendu dire des choses très étranges,
répondit-il. Ces temps derniers, les Mangemorts
paraissent avoir été plus actifs que d’habitude. Ils
se sont manifestés pendant la Coupe du Monde de
Quidditch, n’est-ce pas ? Quelqu’un a fait
apparaître la Marque des Ténèbres… et aussi… As-
tu entendu parler de cette sorcière du ministère de
la Magie qui a disparu ?
— Bertha Jorkins ?
— C’est ça… Elle s’est volatilisée en Albanie et
c’est précisément là que se serait caché Voldemort,
si l’on en croit les rumeurs… Or, elle savait
forcément que le Tournoi des Trois Sorciers aurait
bientôt lieu, non ?
— Oui, mais… il y a peu de chances qu’elle soit
tombée par hasard sur Voldemort, fit remarquer
Harry.
— Écoute, je connaissais Bertha Jorkins, dit
Sirius d’un air sombre. J’étais élève à Poudlard en
même temps qu’elle. Elle avait quelques années de
plus que ton père et moi. Et c’était une idiote.
Toujours à fouiner partout, mais sans aucune
cervelle. La curiosité et la bêtise ne font pas très
bon ménage. À mon avis, il ne serait pas du tout
difficile de l’attirer dans un piège.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 525 / 1147
— Alors… Voldemort aurait pu apprendre que
le tournoi devait avoir lieu à Poudlard ? s’inquiéta
Harry. C’est ce que tu veux dire ? Tu penses que
Karkaroff pourrait être là sur ses ordres ?
— Je ne sais pas, répondit Sirius, avec lenteur.
Je n’en sais rien du tout… Karkaroff ne me semble
pas être le genre de personnage qui reviendrait
vers Voldemort, à moins que Voldemort ne
retrouve suffisamment de puissance pour assurer
sa protection. Mais la personne qui a déposé ton
nom dans la Coupe avait ses raisons et je ne peux
pas m’empêcher de penser que le tournoi serait un
très bon moyen de préparer un attentat contre toi
en faisant croire à un accident.
— De mon point de vue, je trouve que c’est un
très bon plan, dit Harry d’un ton sinistre. Il leur
suffit de laisser le dragon faire le travail.
— Ah oui, les dragons, dit Sirius qui parlait très
vite à présent. Il y a un moyen de les neutraliser,
Harry. N’essaye pas de le stupéfixer – les dragons
sont très forts et possèdent trop de pouvoir
magique pour être assommés par un seul sortilège
de Stupéfixion. Il faut une demi-douzaine de
sorciers qui lancent ce sortilège en même temps
pour obtenir un résultat…
— Je sais, je viens de le voir, dit Harry.
— Mais tu peux quand même t’en sortir tout

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 526 / 1147
seul, dit-il. Tu n’as besoin que d’une seule formule.
Il suffit de…
— Va-t’en, murmura-t-il à Sirius. Vite !
Quelqu’un vient !
Sirius hésita.
Harry leva alors la main pour l’interrompre.
Son cœur s’était mis à battre comme s’il cherchait
à sortir de sa poitrine. Il avait entendu des pas
descendre l’escalier en colimaçon, derrière lui.
Harry se releva d’un bond, cachant les flammes.
Si quelqu’un voyait le visage de Sirius dans
l’enceinte de Poudlard, c’était le scandale assuré…
le ministère serait impliqué… on interrogerait
Harry pour qu’il révèle sa cachette…
Il entendit une faible détonation dans la
cheminée et n’eut pas besoin de se retourner pour
savoir que Sirius était reparti. Il regarda l’escalier
en colimaçon en se demandant qui donc avait
décidé d’aller se promener à une heure du matin,
juste au moment où Sirius s’apprêtait à lui dire
comment faire pour neutraliser un dragon.
C’était Ron. Vêtu de son pyjama violet, il se
figea sur place en voyant Harry et jeta un coup
d’œil autour de la salle.
— À qui tu parlais ? demanda-t-il.
— Ça te regarde ? grogna Harry. Qu’est-ce que
tu fais là à cette heure-ci ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 527 / 1147
— Je me demandais où tu…
Ron s’interrompit et haussa les épaules.
— Ça ne fait rien, je remonte me coucher, dit-il.
— Tu voulais simplement venir fouiner ? s’écria
Harry.
Il savait que Ron n’avait aucune idée de ce qu’il
découvrirait en descendant dans la salle
commune, il savait qu’il ne l’avait pas fait exprès,
mais tant pis : en cet instant, il détestait
cordialement tout ce qui avait trait à Ron, même
ses chevilles qui dépassaient de son pyjama trop
court.
— Désolé, répliqua Ron, le visage rougissant de
colère. J’aurais dû savoir que tu ne voulais pas être
dérangé. Je vais te laisser t’entraîner en paix pour
ta prochaine interview.
Harry saisit sur la table l’un des badges qui
portaient les mots À BAS L’AFFREUX POTTER et
le jeta de toutes ses forces à travers la pièce. Le
badge atteignit Ron au front, rebondit et tomba
par terre.
— Voilà quelque chose que tu pourras porter
mardi prochain. Peut-être même que tu auras une
cicatrice, maintenant, si tu as de la chance… C’est
ça que tu veux, non ?
Il traversa la salle commune en direction de
l’escalier, espérant vaguement que Ron

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 528 / 1147
l’arrêterait. Il aurait même voulu qu’il lui donne
un coup de poing, mais Ron se contenta de rester
immobile dans son pyjama trop court et Harry
monta les marches quatre à quatre. Furieux, il
resta longtemps étendu dans son lit sans dormir et
n’entendit pas Ron remonter dans le dortoir.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 529 / 1147
20
L A PREMIÈRE TÂCHE
arry se leva le dimanche matin et s’habilla
si distraitement qu’il lui fallut un certain
temps pour s’apercevoir qu’il essayait d’enfiler son
chapeau sur son pied au lieu d’une chaussette.
Lorsqu’il eut enfin réussi à mettre tous ses
vêtements à l’endroit prévu, il se hâta d’aller
chercher Hermione et la vit assise dans la Grande
Salle, à la table des Gryffondor, où elle prenait son
petit déjeuner en compagnie de Ginny. Il avait
l’estomac trop noué pour avoir envie de manger
quoi que ce soit et attendit qu’Hermione ait avalé
sa dernière cuillerée de porridge avant de la
traîner dans le parc pour une nouvelle promenade.
Pendant qu’ils faisaient le tour du lac, il lui raconta
l’épisode des dragons et tout ce que Sirius lui avait
dit. H
Hermione fut effarée par ses révélations sur
Karkaroff mais elle pensait à juste titre que
c’étaient les dragons qui constituaient la menace

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 530 / 1147
prioritaire.
— On va commencer par essayer de te garder en
vie jusqu’à mardi soir, dit-elle d’un ton où perçait
le désespoir. Ensuite, seulement, on s’inquiétera
de Karkaroff.
Ils firent trois fois le tour du lac en s’efforçant
de trouver un sortilège qui suffirait à neutraliser
un dragon, mais rien ne leur venait à l’esprit et ils
finirent par se réfugier à la bibliothèque. Harry
prit tous les livres qu’il put trouver sur les dragons
et ils se mirent à parcourir des centaines de pages.
— Sortilèges Coupe-Griffes … Traitements
contre la gale des écailles … Ça, c’est pour les
cinglés dans le genre de Hagrid qui veulent les
conserver en bonne santé…
— Les dragons sont extrêmement difficiles à
abattre en raison d’une très ancienne protection
magique qui imprègne leur peau épaisse que
seuls les sortilèges les plus puissants peuvent
arriver à percer … Pourtant Sirius t’a dit qu’il était
très facile de s’en débarrasser…
— Dans ce cas, essayons des livres sur les
sortilèges les plus simples, dit Harry en refermant
Les Hommes qui aimaient trop les dragons .
Il revint à la table avec une pile de livres de
sortilèges divers et commença à les feuilleter
systématiquement. À côté de lui, Hermione

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 531 / 1147
chuchotait d’incessants commentaires :
— Ça, ce sont des sortilèges de Transfert. Mais à
quoi ça pourrait bien servir ? À moins de lui
transférer de la guimauve à la place des crocs pour
le rendre moins dangereux… L’ennui, c’est que,
comme il était dit dans l’autre livre, il n’y a pas
grand-chose qui puisse percer une peau de
dragon… Tu pourrais toujours essayer un sortilège
de Métamorphose, mais comment faire pour
transformer quelque chose d’aussi gros ? Je ne
suis même pas sûre que le professeur McGonagall
y parviendrait… À moins qu’on s’applique le
sortilège à soi-même ? Pour acquérir des pouvoirs
exceptionnels, par exemple ? Mais ce sont des
sorts très compliqués à jeter, nous ne les avons
encore jamais étudiés en classe. Je les connais
simplement parce que j’ai passé des examens
blancs pour me préparer aux BUSE…
— Hermione, dit Harry entre ses dents serrées,
est-ce que tu voudrais bien te taire, s’il te plaît ?
J’essaye de me concentrer.
Mais lorsque Hermione cessa de parler, Harry
sentit son cerveau envahi d’une sorte de
bourdonnement sans fin qui ne laissait aucune
place à la concentration. Il consulta inutilement
l’index des Maléfices de base pour sorciers
pressés et contrariés : Arrachage instantané des

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 532 / 1147
cheveux … Mais les dragons n’avaient pas de
cheveux… Haleine pimentée … Cela ne ferait
qu’accroître la puissance de feu du dragon…
Langue de corne … Il n’aurait plus manqué que ça,
donner au monstre une arme supplémentaire…
— Oh non, le revoilà, pourquoi est-ce qu’il ne
reste pas sur son stupide bateau pour lire ? dit
Hermione d’un ton irrité.
Viktor Krum venait d’entrer dans la
bibliothèque de sa démarche traînante. Il leur jeta
un regard maussade et alla s’installer à l’autre
bout de la salle avec une pile de livres.
— Viens, Harry, on retourne à la salle
commune… Son fan-club ne va pas tarder à
débarquer et à nous glousser dans les oreilles…
En effet, lorsqu’ils sortirent de la bibliothèque,
une bande de filles les croisa sur la pointe des
pieds. L’une d’elles portait autour de la taille une
écharpe aux couleurs de la Bulgarie.
Harry dormit à peine, cette nuit-là. Lorsqu’il se
réveilla, le lundi matin, il envisagea sérieusement,
pour la première fois depuis qu’il y était entré, de
s’enfuir de Poudlard. Mais en contemplant la
Grande Salle, pendant le petit déjeuner, il comprit
ce que quitter le château signifierait pour lui et sut
qu’il ne pourrait jamais s’y résoudre. C’était le seul

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 533 / 1147
endroit où il avait jamais été heureux… Sans doute
avait-il également été heureux avec ses parents,
mais c’était une période de sa vie dont il ne gardait
aucun souvenir.
D’une certaine manière, avoir la certitude qu’il
préférait encore être ici face à un dragon que de se
retrouver à Privet Drive avec Dudley avait quelque
chose de réconfortant et il se sentit un peu plus
calme. Il avala avec difficulté ses œufs au lard (sa
gorge était un peu serrée) et vit Cedric Diggory
quitter la table de Poufsouffle tandis que lui-même
et Hermione se levaient pour partir.
Cedric ne savait toujours rien des dragons…
C’était le seul champion qui ignorait encore ce qui
l’attendait, si toutefois Harry ne se trompait pas en
pensant que Madame Maxime et Karkaroff avaient
également averti Fleur et Krum…
— Hermione, je te retrouve à la serre, dit Harry
qui venait de prendre sa décision en voyant Cedric
sortir de la Grande Salle. Vas-y, je te rejoins.
— Harry, tu vas être en retard, la cloche est sur
le point de sonner…
— Je te rejoins, d’accord ?
Lorsque Harry fut arrivé au pied de l’escalier de
marbre, Cedric en avait déjà monté les marches,
entouré d’un groupe d’amis de sixième année.
Harry ne voulait pas lui parler devant eux. Ils

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 534 / 1147
faisaient en effet partie de ceux qui ne perdaient
jamais une occasion de lui citer des passages de
l’article de Rita Skeeter. Il suivit Cedric de loin et
vit qu’il se dirigeait vers le couloir des
Enchantements. Harry eut alors une idée. Il
s’arrêta à bonne distance, sortit sa baguette
magique et visa soigneusement.
— Cracbadabum ! murmura-t-il.
Aussitôt, le sac de Cedric se déchira en deux.
Les rouleaux de parchemin, les plumes et les livres
qu’il contenait se répandirent sur le sol et des
bouteilles d’encre se brisèrent en tombant.
— Laissez, je m’en occupe, dit Cedric d’un ton
exaspéré à ses amis qui se penchaient pour l’aider
à ramasser ses affaires. Dites à Flitwick que
j’arrive, allez-y…
C’était exactement ce que Harry avait espéré. Il
remit sa baguette dans sa poche, attendit que les
amis de Cedric aient disparu dans leur salle de
classe et courut le long du couloir.
— Salut, dit Cedric en ramassant son Manuel
de métamorphose avancée qui était à présent
taché d’encre. Mon sac vient de se déchirer… Un
sac tout neuf…
— Cedric, dit Harry. La première tâche, c’est
d’affronter des dragons.
— Quoi ? dit Cedric en levant la tête.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 535 / 1147
— Des dragons, répéta Harry en parlant très
vite au cas où le professeur Flitwick sortirait dans
le couloir pour voir où était Cedric. Il y en a
quatre, un pour chacun et il faut arriver à passer
devant eux sans se faire brûler.
Cedric le regarda fixement et Harry vit briller
dans ses yeux gris un peu de la panique qu’il avait
lui-même ressentie depuis la nuit de samedi.
— Tu es sûr ? dit Cedric à voix basse.
— Absolument certain, je les ai vus.
— Mais comment l’as-tu découvert ?
Normalement, on ne doit pas savoir…
— Peu importe, dit précipitamment Harry.
Il savait que Hagrid aurait des ennuis s’il
révélait la vérité.
— Mais je ne suis pas le seul à savoir,
poursuivit-il. Fleur et Krum doivent sûrement être
au courant à l’heure qu’il est. Maxime et Karkaroff
ont vu les dragons, eux aussi.
Cedric se releva, les mains pleines de plumes,
de parchemins et de livres tachés d’encre, son sac
déchiré pendant à son épaule. Il regarda Harry
droit dans les yeux d’un air perplexe, presque
soupçonneux.
— Pourquoi tu me dis ça ? demanda-t-il.
Harry le contempla d’un air incrédule. Il était

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 536 / 1147
convaincu que Cedric ne lui aurait pas posé cette
question si lui-même avait vu les dragons. Harry
n’aurait jamais laissé personne, même son pire
ennemi, affronter ces monstres sans s’y être
préparé… Sauf peut-être Rogue ou Malefoy…
— C’est simplement… plus juste, non ? dit-il.
Maintenant, on sait tous ce qui nous attend…
Nous sommes à égalité…
Cedric continuait de le regarder d’un air un peu
méfiant lorsque Harry entendit derrière lui un
claquement familier. Il se retourna et vit Maugrey
Fol Œil sortir d’une salle de classe.
— Viens avec moi, Potter, grogna-t-il. Toi, tu
t’en vas, Diggory.
Harry regarda Maugrey avec appréhension.
Avait-il surpris leur conversation ?
— Heu… professeur, j’ai un cours de
botanique…
— Aucune importance, Potter. Viens dans mon
bureau…
Harry le suivit en se demandant ce qui allait lui
arriver. Et si Maugrey voulait absolument savoir
comment il avait découvert les dragons ? Irait-il
voir Dumbledore pour dénoncer Hagrid ou se
contenterait-il de transformer Harry en fouine ?
Peut-être serait-il plus facile de passer devant un
dragon sous forme de fouine, pensa sombrement

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 537 / 1147
Harry. Il serait beaucoup plus petit, plus difficile à
voir d’une hauteur de quinze mètres…
Maugrey le fit entrer dans son bureau et
referma la porte. Puis il se tourna vers Harry et le
regarda, ses deux yeux, le magique et le normal,
fixés sur lui.
— C’était très loyal de ta part, ce que tu viens de
faire, Potter, dit Maugrey à voix basse.
Harry ne sut que répondre. Il ne s’était pas du
tout attendu à une telle réaction.
— Assieds-toi, dit Maugrey.
Harry obéit en jetant un coup d’œil autour de
lui.
Il était déjà venu dans ce bureau en compagnie
de deux de ses précédents occupants. Au temps du
professeur Lockhart, les murs étaient recouverts
de photos de Lockhart lui-même souriant et
lançant des clins d’œil à ses visiteurs. Lorsque
c’était Lupin qui y habitait, on y trouvait plus
volontiers une quelconque créature maléfique
dont il s’était procuré un spécimen pour l’étudier
en classe. À présent, le bureau était plein d’objets
extrêmement étranges que Maugrey avait dû
utiliser à l’époque où il était Auror.
Il y avait sur sa table une sorte de grosse toupie
en verre craquelé. Harry reconnut aussitôt un
Scrutoscope. Il en possédait un lui-même, mais

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 538 / 1147
beaucoup moins grand que celui-là. Dans un coin,
sur une petite table, était posé un objet qui
ressemblait à une antenne de télévision en or,
particulièrement contournée, qui émettait un léger
bourdonnement. Un miroir, ou quelque chose de
semblable, était accroché au mur, mais il ne
reflétait rien. On y voyait se mouvoir des
silhouettes sombres dont aucune ne se dessinait
nettement.
— Tu t’intéresses à mes détecteurs de magie
noire ? dit Maugrey qui observait Harry avec
beaucoup d’attention.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Harry
en montrant l’antenne d’or.
— Un Capteur de Dissimulation. Il se met à
vibrer dès qu’il décèle mensonges ou trahison…
Ici, bien sûr, il ne sert à rien. Il y a trop
d’interférences – c’est plein d’élèves qui inventent
des mensonges pour essayer de ne pas faire leurs
devoirs. Il n’a pas arrêté de bourdonner depuis
que je suis arrivé au château. Et j’ai dû neutraliser
mon Scrutoscope parce qu’il sifflait sans cesse. Il
est très sensible, il peut capter ce qui se passe à
plus d’un kilomètre à la ronde. Bien entendu, il est
possible qu’il capte aussi d’autres choses que de
simples histoires de collégiens, ajouta-t-il dans un
grognement.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 539 / 1147
— Et le miroir, il sert à quoi ?
— Oh, ça, c’est une Glace à l’Ennemi. Tu les
vois, là, qui rôdent tout autour ? Je ne risque pas
grand-chose tant que je ne vois pas le blanc de
leurs yeux. Et à ce moment-là, j’ouvre ma malle.
Il laissa échapper un petit rire guttural en
montrant du doigt la grande malle qui se trouvait
sous la fenêtre. Elle comportait sept serrures
alignées les unes à côté des autres. Harry se
demandait ce qu’il y avait dedans lorsque Maugrey
lui posa une question qui le ramena brutalement
sur terre.
— Alors… Tu es au courant, pour les dragons ?
Harry hésita. C’était la question qu’il redoutait.
Mais il n’avait pas dit à Cedric que Hagrid avait
violé le règlement et il ne le dirait pas davantage à
Maugrey.
— Oh, ça n’a pas d’importance, reprit Maugrey
qui s’assit et poussa un grognement en tendant sa
jambe de bois. Tricher fait partie des traditions du
Tournoi des Trois Sorciers. Personne ne s’en est
jamais privé.
— Je n’ai pas triché, répliqua sèchement Harry.
Je l’ai découvert par… par une sorte de hasard.
Maugrey eut un sourire.
— Je ne t’accuse pas, mon bonhomme. Je l’ai
dit à Dumbledore dès le départ, il peut avoir toute

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 540 / 1147
l’élévation morale qu’il voudra, ce n’est pas pour
ça que Karkaroff et Madame Maxime chercheront
à l’imiter. Ils ont sûrement dit tout ce qu’ils
savaient à leurs champions. Ils veulent gagner. Ils
veulent battre Dumbledore. Ils aimeraient bien
prouver que ce n’est qu’un homme.
Maugrey eut un rire rocailleux et son œil
magique se mit à tourner à une telle vitesse que
Harry en avait le vertige.
— Alors, tu as une idée de la façon dont tu vas
t’y prendre pour affronter ton dragon ? demanda
Maugrey.
— Non, avoua Harry.
— Bon, je ne vais pas te donner le moyen d’y
arriver, dit Maugrey d’un ton bourru. Je ne veux
pas faire de favoritisme, moi. Je vais simplement
te donner des conseils d’ordre général. La
première chose, c’est d’exploiter tes propres
forces .
— Je n’en ai pas, dit Harry presque
machinalement.
— Je te demande pardon, grogna Maugrey, si je
te dis que tu en as, c’est que tu en as. Réfléchis un
peu. En quoi es-tu le meilleur ?
Harry essaya de se concentrer. En quoi était-il
le meilleur ? La réponse n’était pas difficile…
— En Quidditch, dit-il d’un air sombre. Et je ne

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 541 / 1147
vois pas en quoi ça peut m’aider…
— Exact, dit Maugrey en le regardant fixement,
son œil magique presque immobile. Tu sais
magnifiquement voler sur un balai, d’après ce
qu’on m’a dit.
— Oui, mais… Je n’ai pas le droit d’avoir un
balai, je n’aurai que ma baguette magique…
— Mon deuxième conseil, l’interrompit
Maugrey d’une voix forte, c’est d’utiliser un
sortilège très simple qui te permettra d’obtenir ce
dont tu as besoin .
Harry le regarda sans comprendre. De quoi
aurait-il besoin ?
— Allons, mon bonhomme, murmura Maugrey.
Essaye de relier les choses entre elles… Ce n’est
pas si difficile…
Et le déclic se fit. C’était sur un balai volant
qu’il était le meilleur. Il devait donc choisir la voie
des airs pour passer devant le dragon. Pour cela, il
aurait besoin de son Éclair de feu. Et pour avoir
son Éclair de feu, il lui faudrait…
— Hermione, murmura Harry lorsqu’il se fut
précipité à la serre numéro trois quelques minutes
plus tard en s’excusant rapidement auprès du
professeur Chourave pour son retard, Hermione…
Il faut absolument que tu m’aides.
— Et qu’est-ce que j’essaye de faire, à ton avis ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 542 / 1147
chuchota-t-elle. Ses yeux ronds lui lancèrent un
regard anxieux par-dessus la plante à Pipaillon
qu’elle était en train de tailler.
— Hermione, il faut que demain après-midi, je
sois capable d’utiliser convenablement un
sortilège d’Attraction.
Ils se mirent donc au travail. Renonçant à
déjeuner, ils allèrent s’enfermer dans une classe
libre où Harry essaya de toutes ses forces de faire
voler des objets vers lui. Mais il avait toujours de
sérieuses difficultés. Les livres et les plumes
semblaient perdre courage à mi-chemin et
tombaient sur le sol comme des pierres.
— Concentre-toi, Harry, concentre-toi …
— Et qu’est-ce que tu crois que je fais ? répliqua
Harry avec colère. Je ne sais pas pourquoi, j’ai une
très nette tendance à voir un gros dragon
répugnant dans ma tête… Bon, je recommence…
Il voulait sauter le cours de divination pour
s’entraîner plus longtemps, mais Hermione refusa
tout net de manquer son cours d’arithmancie et il
ne servait à rien de continuer sans elle. Il lui fallut
donc supporter pendant plus d’une heure le
professeur Trelawney qui passa la moitié du cours
à expliquer que l’actuelle position de Mars par
rapport à Saturne signifiait que les gens nés en

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 543 / 1147
juillet se trouvaient en grand danger de mourir
brusquement d’une mort violente.
— Très bien, dit Harry, en perdant son calme.
Du moment que ça va vite, c’est tout ce que je
demande. Je n’ai pas envie de souffrir.
Pendant un instant, Ron donna l’impression
qu’il allait éclater de rire. Pour la première fois
depuis longtemps, il croisa le regard de Harry,
mais celui-ci lui gardait encore trop de rancune
pour y faire attention. Harry passa le reste du
cours à agiter sa baguette magique sous la table
pour essayer d’attirer vers lui de petits objets. Il
parvint à faire voler une mouche droit dans sa
main, mais il n’était pas sûr que le sortilège
d’Attraction y soit pour quelque chose – la mouche
était peut-être tout simplement stupide.
Après le cours de divination, il s’obligea à
manger quelque chose, puis retourna dans la
classe vide avec Hermione, se couvrant de la cape
d’invisibilité pour ne pas être vu des professeurs.
Ils continuèrent à s’entraîner jusqu’après minuit.
Ils seraient restés plus longtemps, mais Peeves
surgit et fit mine de croire que Harry avait envie
qu’on lui lance des objets à la figure. Trop heureux
de pouvoir se livrer à son passe-temps favori, il se
mit à jeter des chaises à travers la pièce, obligeant
Harry et Hermione à fuir à toutes jambes avant

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 544 / 1147
que le vacarme n’attire Rusard. Ils retournèrent
directement dans la salle commune de Gryffondor
qui, à leur grand soulagement, était vide.
À deux heures du matin, Harry, debout près de
la cheminée, était entouré d’un amas d’objets –
livres, plumes, chaises renversées et le crapaud de
Neville, Trevor. Ce ne fut qu’au cours de la
dernière heure d’entraînement qu’il parvint enfin
à maîtriser le sortilège d’Attraction.
— C’est mieux, Harry, beaucoup mieux, dit
Hermione qui paraissait épuisée mais ravie.
— Maintenant, on sait ce qu’il reste à faire la
prochaine fois que je n’arriverai pas à apprendre
un sortilège, dit Harry en lançant à Hermione un
dictionnaire de runes pour faire un nouvel essai. Il
suffit de me menacer avec un dragon. Bon, allons-
y…
Il leva à nouveau sa baguette.
— Accio dictionnaire ! dit-il.
Le lourd volume s’échappa des mains
d’Hermione et vola à travers la pièce en direction
de Harry qui l’attrapa.
— Harry, je crois que cette fois, ça y est ! dit
Hermione d’un ton réjoui.
— Espérons que ça marchera demain, soupira
Harry. L’Éclair de feu se trouvera beaucoup plus
loin que les objets qui sont dans cette pièce. Il sera

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 545 / 1147
dans le château et moi je serai à l’autre bout du
parc…
— Ça ne fait rien, dit fermement Hermione. Du
moment que tu te concentres vraiment bien, il
arrivera. Et maintenant, allons dormir, tu en as
bien besoin.
Cette nuit-là, Harry avait tellement dirigé son
attention sur la pratique du sortilège que sa
panique s’était un peu dissipée. Mais le lendemain
matin, elle se manifesta à nouveau dans toute son
ampleur. Il régnait dans le château une
atmosphère de tension mêlée d’excitation. Les
cours devaient cesser à midi pour donner aux
élèves tout le temps de se rendre à l’enclos des
dragons – mais, bien entendu, ils ignoraient
encore ce qu’ils allaient découvrir là-bas.
Harry avait l’impression qu’une étrange
distance le séparait des autres, ceux qui lui
souhaitaient bonne chance comme ceux qui
lançaient sur son passage : « On va préparer une
boîte de mouchoirs pour te pleurer, Potter . » Il se
trouvait dans un tel état de nervosité qu’il se
demandait s’il n’allait pas perdre la tête et jeter des
sorts à tout le monde quand on essayerai de
l’emmener face à son dragon.
Le temps lui paraissait plus bizarre que jamais,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 546 / 1147
il passait par à-coups comme s’il avait cessé de
s’écouler régulièrement. Ainsi, Harry eut
l’impression d’être transporté instantanément du
cours d’histoire de la magie à la Grande Salle où il
se retrouva à la table des Gryffondor pour
déjeuner… Puis, brusquement (Où avait donc filé
la matinée ? Où s’étaient enfuies les dernières
heures sans dragon ?), le professeur McGonagall
se précipita sur lui alors qu’il était encore à table.
Il sentit tous les regards se tourner vers lui.
— Potter, dit-elle, les champions doivent se
rendre dans le parc dès maintenant… Vous devez
vous préparer pour votre première tâche.
— D’accord, dit Harry en se levant.
Sa fourchette tomba sur son assiette avec un
petit bruit métallique.
— Bonne chance, Harry, lui murmura
Hermione. Tu verras, tout se passera très bien.
— Ouais, répondit Harry d’une voix qui lui
sembla très différente de la sienne.
Il quitta la Grande Salle avec le professeur
McGonagall. Elle aussi semblait très différente.
Elle avait l’air aussi anxieuse qu’Hermione et,
lorsqu’ils furent sortis dans la fraîcheur de
novembre, elle lui mit une main sur l’épaule.
— Ne paniquez surtout pas, dit-elle. Gardez la
tête froide… Il y a des sorciers qui sont là pour

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 547 / 1147
contrôler la situation si les choses ne se passent
pas bien… L’essentiel, c’est que vous fassiez de
votre mieux, personne n’aura une mauvaise
opinion de vous si vous ne réussissez pas… Ça va,
Potter, vous êtes bien ?
— Ça va très bien, répondit machinalement
Harry.
Elle l’emmenait à présent vers l’endroit où
étaient rassemblés les dragons, à la lisière de la
forêt mais, quand ils s’approchèrent du bosquet
d’arbres derrière lequel se trouvait l’enclos, Harry
vit qu’une tente avait été dressée, cachant les
dragons.
— Vous devrez entrer là avec les autres
champions et attendre votre tour, Potter, dit le
professeur McGonagall d’une voix un peu
tremblante. Mr Verpey vous attend sous la tente…
Il va vous expliquer la… la procédure à suivre…
Bonne chance.
— Merci, répondit Harry, d’une voix blanche et
lointaine.
Le professeur McGonagall le laissa devant la
tente et Harry entra à l’intérieur.
Fleur Delacour était assise dans un coin, sur un
tabouret de bois. Le front moite, elle avait perdu
son air assuré et paraissait plutôt pâle. Viktor
Krum semblait plus renfrogné que jamais, ce qui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 548 / 1147
devait être sa façon d’exprimer son appréhension,
songea Harry. Cedric, lui, faisait les cent pas.
Lorsque Harry entra, il lui adressa un petit
sourire. Harry sourit à son tour, mais il en
ressentit une certaine raideur dans les muscles de
son visage, comme s’ils n’étaient plus habitués à ce
mouvement.
— Ah, mais qui voilà ! Harry ! s’exclama Verpey
d’un ton joyeux en se tournant vers lui. Entre,
entre, fais comme chez toi !
Au milieu de tous ces champions au teint livide,
Verpey avait l’air d’un personnage de dessin animé
haut en couleur. Cette fois encore, il était vêtu de
sa vieille robe de l’équipe des Frelons.
— Ça y est, tout le monde est là. Il est donc
temps de vous mettre au courant ! dit Verpey d’un
ton enjoué. Lorsque le public se sera installé, je
vous demanderai de piocher à tour de rôle dans ce
sac.
Il leur montra un petit sac de soie pourpre qu’il
agita devant eux.
— Vous y prendrez chacun un modèle réduit de
la chose que vous devrez affronter tout à l’heure !
Il y en a différentes… heu… variétés, vous verrez. Il
faut aussi que je vous dise autre chose… oui…
voilà… votre tâche consistera à vous emparer de
l’œuf d’or !

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 549 / 1147
Harry regarda autour de lui. Cedric hocha la
tête pour montrer qu’il avait compris et
recommença à faire les cent pas. Il avait le teint
légèrement verdâtre. Fleur Delacour et Krum
n’eurent aucune réaction. Ils craignaient peut-être
que le seul fait d’ouvrir la bouche les rende
malades. C’était en tout cas ce que Harry lui-
même ressentait. Mais eux, au moins, s’étaient
portés volontaires pour le tournoi…
Et soudain, des centaines d’élèves affluèrent
au-dehors. On entendait le martèlement de leurs
pas devant la tente, leurs conversations
surexcitées, leurs rires, leurs plaisanteries… Harry
se sentait si loin d’eux qu’il avait l’impression
d’appartenir à une autre espèce. Entre l’arrivée du
public et le moment où Verpey ouvrit le sac de soie
pourpre, il lui sembla qu’il s’était écoulé tout juste
une seconde.
— Les dames d’abord, dit Verpey en présentant
le sac à Fleur Delacour.
Elle y plongea une main tremblante et en retira
un minuscule modèle miniature de dragon,
parfaitement imité – c’était un Vert gallois. Le
chiffre « deux » était accroché autour de son cou.
Devant l’expression de Fleur, qui ne manifesta
aucune surprise mais plutôt une détermination
résignée, Harry sut qu’il avait vu juste : Madame

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 550 / 1147
Maxime lui avait dit ce qui l’attendait.
Il se produisit la même chose avec Krum. Il
sortit le Boutefeu chinois aux couleurs écarlates.
Le chiffre « trois » était accroché autour de son
cou. Krum n’eut même pas un battement de cils, il
se contenta de regarder le sol.
À son tour, Cedric glissa la main dans le sac et
en sortit le Suédois à museau court, aux couleurs
gris-bleu. Il portait le chiffre « un » autour du cou.
Sachant ce qui restait, Harry plongea la main dans
le sac et prit le Magyar à pointes, qui portait le
numéro « quatre ». Lorsque Harry le regarda, le
dragon miniature étendit ses ailes et lui montra
ses crocs minuscules.
— Eh bien, nous y voilà ! dit Verpey. Vous avez
chacun tiré au sort le dragon que vous devrez
affronter et le chiffre que chacun porte autour du
cou indique l’ordre dans lequel vous allez
accomplir cette première tâche. Maintenant, il va
falloir que je vous quitte car c’est moi qui fais le
commentaire. Mr Diggory, vous êtes le premier.
Lorsque vous entendrez un coup de sifflet, vous
sortirez de la tente et vous entrerez dans l’enclos
où vous attendra le dragon, d’accord ? Harry ? Est-
ce que je pourrais te voir un instant ?
— Heu… oui, dit Harry en se demandant ce
qu’il lui voulait.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 551 / 1147
Il sortit de la tente avec Verpey qui l’amena un
peu à l’écart, parmi les arbres, puis se tourna vers
lui avec une expression paternelle.
— Ça va, Harry, tu te sens bien ? Je peux faire
quelque chose pour toi ?
— Comment ? dit Harry. Je… Non, rien…
— Tu as un plan ? demanda Verpey en baissant
la voix d’un ton de conspirateur. Si tu as besoin de
quelques tuyaux, n’hésite pas… Tu es l’outsider…,
poursuivit Verpey en baissant la voix encore
davantage. Si je peux t’aider…
— Non, répondit Harry si précipitamment qu’il
eut conscience d’avoir été impoli. Non… Je… J’ai
déjà décidé ce que j’allais faire, merci.
— Personne n’en saurait rien, Harry, insista
Verpey en lui adressant un clin d’œil.
— Je vous assure que je vais très bien, dit
Harry.
— Je sais déjà ce que je vais faire, répéta-t-il.
Je…
— Mon Dieu, il faut que je file ! s’exclama
Verpey qui s’éloigna en toute hâte.
Il se demanda pourquoi il s’obstinait à donner
cette réponse à tout le monde et se demanda
également s’il s’était jamais senti aussi mal.
Il fut interrompu par un coup de sifflet.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 552 / 1147
Harry retourna vers la tente et vit Cedric qui en
sortait, le teint plus verdâtre que jamais. Harry
essaya de lui souhaiter bonne chance en le croisant
mais il ne parvint à émettre qu’une sorte de
grognement rauque.
Harry rejoignit Fleur et Krum sous la tente.
Quelques secondes plus tard, ils entendirent les
acclamations de la foule, ce qui signifiait que
Cedric venait de pénétrer dans l’enclos et se
trouvait face au dragon, qui n’avait plus rien d’une
miniature, à présent…
C’était pire que tout ce que Harry avait imaginé.
Assis là, immobile, il entendait la foule crier…
hurler… pousser des exclamations… retenir son
souffle au spectacle des efforts de Cedric pour
passer sans dommage devant le Suédois à museau
court. On aurait dit que les spectateurs ne
formaient plus qu’une seule et même entité aux
têtes multiples qui réagissaient toutes d’une même
voix. Krum continuait de regarder le sol. Fleur,
elle aussi, s’était mise à faire les cent pas autour de
la tente, sur les traces de Cedric. Et les
commentaires de Verpey ne parvenaient qu’à
rendre les choses plus terribles encore…
D’horribles images se formèrent dans la tête de
Harry lorsqu’il entendit : « Oh, là, là ! C’était tout
juste, vraiment tout juste… On peut dire qu’il

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 553 / 1147
prend des risques, celui-là ! Très belle tentative.
Dommage qu’elle n’ait rien donné ! »
Enfin, un quart d’heure plus tard, Harry
entendit le rugissement assourdissant de la foule
qui ne pouvait signifier qu’une seule chose : Cedric
avait réussi à passer devant le dragon et à
s’emparer de l’œuf d’or.
— Bravo ! Vraiment très bien ! hurlait Verpey.
Voyons maintenant les notes des juges !
Mais il n’annonça pas les notes. Harry supposa
que les juges devaient les écrire sur des panneaux
qu’ils montraient au public.
— Encore trois autres concurrents, à présent !
s’écria Mr Verpey tandis que retentissait un autre
coup de sifflet. Miss Delacour, s’il vous plaît !
Fleur tremblait de la tête aux pieds. En la
voyant sortir de la tente la tête haute, la main
crispée sur sa baguette magique, Harry ressentit
plus de sympathie pour elle qu’il n’en avait
éprouvé jusqu’à présent. Krum et lui restèrent
seuls, chacun de son côté, évitant le regard l’un de
l’autre.
Et tout recommença…
— Oh, voilà qui n’était peut-être pas très
prudent ! entendaient-ils Verpey crier d’un ton
ravi. Oh, là, là… presque ! Attention, maintenant…
Mon Dieu, j’ai bien cru que ça y était !

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 554 / 1147
Dix minutes plus tard, Harry entendit une
nouvelle fois la foule exploser en un tonnerre
d’applaudissements… Fleur avait dû également
réussir. Il y eut un silence pendant qu’on montrait
les notes qu’elle avait obtenues… puis de nouveaux
applaudissements… et enfin, un troisième coup de
sifflet retentit.
— Voici à présent Mr Krum ! s’exclama Verpey.
Krum sortit de son pas traînant, laissant Harry
seul dans la tente.
Il avait une plus grande conscience de son
corps qu’à l’ordinaire : son cœur battait plus vite,
ses doigts étaient parcourus de fourmillements,
comme si la peur circulait dans ses veines…
pourtant, il avait en même temps l’impression
d’être ailleurs, hors de lui-même. La toile de la
tente, les réactions de la foule lui paraissaient très
lointaines…
— Très audacieux ! s’écria Verpey.
Harry entendit le Boutefeu chinois émettre un
horrible hurlement tandis que la foule retenait son
souffle.
— On peut dire qu’il n’a pas froid aux yeux…
et… Mais oui, il a réussi à s’emparer de l’œuf !
Les applaudissements retentirent avec tant de
force dans l’atmosphère glacée de l’hiver qu’ils
semblèrent la briser comme du cristal. Krum avait

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 555 / 1147
fini. À tout moment, ce serait le tour de Harry.
Il se leva avec l’impression d’avoir les jambes
en guimauve et attendit. Quelques instants plus
tard, le coup de sifflet retentit et il sortit de la tente
dans un crescendo de panique. Il passa devant le
bosquet d’arbres, puis franchit une ouverture dans
la palissade qui entourait l’enclos.
Tout ce qu’il voyait devant lui avait l’air de
sortir d’un rêve aux couleurs aveuglantes. Des
centaines et des centaines de visages le
regardaient dans les tribunes qui avaient été
dressées par magie depuis la nuit où il était venu
ici pour la première fois. Le Magyar à pointes lui
faisait face, à l’autre bout de l’enclos. Le dragon –
ou plutôt la dragonne – couvait ses œufs, les ailes
à demi refermées, ses yeux jaunes, féroces, fixés
sur lui. Tel un monstrueux lézard aux écailles
noires, elle agitait sa queue hérissée de pointes qui
imprimaient dans le sol dur des marques longues
et profondes. La foule s’époumonait dans un grand
tumulte. Harry ignorait si ces cris lui étaient
favorables ou hostiles, et peu lui importait. Le
moment était venu de faire ce qu’il avait à faire…
de concentrer pleinement, totalement, son esprit
sur ce qui représentait sa seule chance…
Il leva sa baguette magique.
— Accio Éclair de feu ! cria-t-il.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 556 / 1147
Puis il attendit, espérant, priant, de toutes les
fibres de son corps… Et si le sortilège échouait… Si
l’Éclair de feu ne venait pas… Tout ce qu’il voyait
autour de lui semblait déformé par une sorte de
barrière transparente, scintillante comme une
brume de chaleur, derrière laquelle les centaines
de visages qui l’entouraient avaient l’air de flotter
étrangement…
Enfin, il l’entendit, fendant les airs derrière lui.
Il se retourna et vit l’Éclair de feu contourner la
lisière de la forêt, foncer vers l’enclos et s’arrêter
net à mi-hauteur, juste à côté de lui, attendant
qu’il l’enfourche. Le tumulte de la foule
s’amplifia… Verpey cria quelque chose… Mais les
oreilles de Harry n’étaient plus en état d’entendre
ce qu’il disait… Il ne servait à rien de l’écouter…
Harry monta sur son balai et s’envola aussitôt.
Il se produisit alors un phénomène qui tenait du
miracle…
Lorsqu’il s’éleva dans les airs, lorsqu’il sentit le
vent ébouriffer ses cheveux, lorsque les visages de
la foule ne furent plus que des têtes d’épingle au-
dessous de lui, lorsque la dragonne se trouva
réduite à la taille d’un chien, il se rendit compte
que ce n’était pas seulement le sol qu’il venait de
quitter, mais aussi sa peur… Tout à coup, il
retrouvait son élément familier…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 557 / 1147
Il s’agissait d’un nouveau match de Quidditch,
rien de plus… Un simple match de Quidditch et
cette dragonne n’était qu’une équipe adverse
particulièrement repoussante…
Il regarda la couvée d’œufs que le Magyar à
pointes protégeait entre ses pattes avant et repéra
l’œuf d’or qui étincelait au milieu des autres,
semblables à des pierres grises.
« Très bien, pensa Harry. Une petite tactique de
diversion… Allons-y…»
Et il plongea en piqué. La tête de la dragonne
suivit sa trajectoire. Il savait ce qu’elle allait faire
et il remonta en chandelle juste à temps : un jet de
flammes jaillit à l’endroit où il s’était trouvé une
seconde plus tôt… Mais Harry n’était pas inquiet…
Ce n’était pas plus difficile que d’éviter un
Cognard…
— Mille méduses ! Voilà qui s’appelle savoir
voler ! s’écria Verpey, tandis que la foule poussait
un hurlement puis retenait son souffle. Vous avez
vu cela, Mr Krum ?
Harry reprit de l’altitude et vola en cercle. La
dragonne le suivait toujours des yeux, sa tête
tournant sur son long cou. S’il continuait comme
ça, elle ne tarderait pas à avoir le vertige, mais il
valait mieux ne pas poursuivre ce manège trop
longtemps, sinon elle allait à nouveau cracher du

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 558 / 1147
feu.
Harry fondit en piqué au moment où la
dragonne ouvrait sa gueule. Cette fois, cependant,
il eut moins de chance. Il parvint à échapper aux
flammes mais la queue hérissée fendit l’air comme
un fouet et, au moment où il virait sur sa gauche,
l’une des longues pointes lui érafla l’épaule,
déchirant l’étoffe de sa robe de sorcier.
Il sentit la douleur, entendit les cris et les
grognements qui s’élevaient de la foule, mais la
blessure ne paraissait pas très profonde… Il
contourna par-derrière le Magyar à pointes et eut
alors une idée…
Apparemment, la dragonne n’avait pas
l’intention de s’envoler, elle tenait trop à ses œufs.
Elle se tortillait, se contorsionnait, dépliant puis
rabattant ses ailes, ses horribles yeux jaunes
toujours fixés sur Harry, mais elle avait peur de
s’éloigner de sa couvée… Il fallait pourtant qu’il la
force à s’en écarter, sinon il n’arriverait jamais à
s’approcher de l’œuf d’or… Il devait agir
prudemment, progressivement.
Il se mit à changer sans cesse de direction, en
restant à distance pour éviter les jets de flammes
mais en s’approchant suffisamment près pour
qu’elle se sente menacée et continue de le suivre
des yeux. La créature penchait la tête d’un côté,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 559 / 1147
puis de l’autre, montrant ses crocs, ses pupilles
verticales fixées sur lui…
Il prit peu à peu de l’altitude et la tête de la
dragonne s’éleva en même temps que lui, son cou
tendu continuant d’osciller comme un cobra
devant un charmeur de serpent…
Harry s’éleva encore un peu et elle laissa
échapper un rugissement exaspéré. Pour elle, il
était un peu comme une mouche, une mouche
qu’elle avait hâte d’écraser. Sa queue battit l’air à
nouveau, mais Harry était hors d’atteinte… Elle
cracha un jet de feu qu’il parvint à éviter… Le
monstre ouvrit une gueule béante…
— Allez, viens, dit Harry entre ses dents, en
tournoyant au-dessus de sa tête pour l’attirer.
Viens, viens m’attraper… Allez, remue-toi…
Elle se dressa alors sur ses pattes de derrière,
déployant enfin ses grandes ailes noires et
brillantes, aussi larges que celles d’un petit avion,
et Harry plongea. Avant que la dragonne ait
compris ce qu’il était en train de faire et où il était
passé, il piqua vers le sol de toute la vitesse de son
balai, en direction des œufs qu’elle ne protégeait
plus de ses pattes aux longues griffes. Harry avait
lâché le manche de l’Éclair de feu – et il venait de
saisir l’œuf d’or…
Il remonta en chandelle puis, dans une nouvelle

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 560 / 1147
accélération fulgurante, s’envola vers les tribunes,
l’œuf d’or serré sous son bras indemne. Ce fut
alors comme si quelqu’un avait brusquement mis
le volume à fond. Pour la première fois depuis qu’il
avait pénétré dans l’enclos, il prit conscience du
bruit de la foule qui hurlait et applaudissait aussi
fort que les supporters irlandais de la Coupe du
Monde…
— Regardez ça ! Non mais regardez ça ! hurlait
Verpey. Notre plus jeune champion a été le plus
rapide pour s’emparer de son œuf ! Voilà qui va
faire monter les paris sur Mr Potter !
Harry vit les gardiens des dragons se précipiter
pour neutraliser le Magyar à pointes. Là-bas, à
l’entrée de l’enclos, le professeur McGonagall, le
professeur Maugrey et Hagrid se précipitaient vers
lui avec de grands gestes de la main et des sourires
si larges qu’on les voyait de loin. Il fit demi-tour
au-dessus des stands, le vacarme de la foule
résonnant à ses oreilles, et atterrit en douceur, le
cœur enfin léger… Il avait accompli la première
tâche, il avait survécu…
— C’était remarquable, Potter ! s’écria le
professeur McGonagall, ce qui, venant de sa part,
constituait un éloge extraordinaire. Harry
remarqua que la main du professeur McGonagall
tremblait lorsqu’elle montra du doigt son épaule

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 561 / 1147
blessée.
— Il faut que vous alliez voir Madame Pomfresh
avant que les juges donnent leurs notes… Allez-y,
elle a déjà soigné Diggory…
— Tu as réussi, Harry ! dit Hagrid d’une voix
rauque. Tu as réussi ! Et contre le Magyar, en
plus ! Tu sais que Charlie a dit que c’était le pi…
— Merci Hagrid, l’interrompit vivement Harry
pour lui éviter de commettre une gaffe en révélant
qu’il lui avait montré les dragons avant l’épreuve.
Le professeur Maugrey avait l’air ravi, lui aussi.
Son œil magique semblait danser dans son orbite.
— C’était vite fait bien fait, Potter, grogna-t-il.
— Allez-y, Potter, la tente des premiers secours
est par là…, dit le professeur McGonagall.
Encore essoufflé, Harry sortit de l’enclos et vit
Madame Pomfresh, l’air inquiet, à l’entrée d’une
deuxième tente.
— Des dragons ! s’exclama-t-elle, d’un ton
dégoûté en entraînant Harry à l’intérieur.
La tente avait été divisée en plusieurs espaces à
l’aide de paravents de toile. Harry distingua la
silhouette de Cedric à travers l’un d’eux, mais il ne
semblait pas gravement blessé. Au moins, il était
assis, pas couché. Madame Pomfresh examina
l’épaule de Harry sans cesser de ronchonner.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 562 / 1147
— L’année dernière, les Détraqueurs, cette
année des dragons, qu’est-ce qu’ils vont nous
amener la prochaine fois ? Tu as beaucoup de
chance… La blessure est très superficielle… Il faut
la désinfecter avant que je la soigne…
Elle nettoya la coupure avec une compresse
imbibée d’un liquide violet qui fumait et piquait la
peau, puis elle lui toucha l’épaule avec sa baguette
magique et il sentit que sa blessure guérissait
instantanément.
— Maintenant, reste tranquillement assis
pendant une minute… Je t’ai dit de rester assis !
Ensuite tu pourras aller voir ton score.
Elle sortit en hâte et rejoignit Cedric, juste à
côté. Harry l’entendit demander :
— Comment te sens-tu, maintenant, Diggory ?
Harry n’avait aucune intention de rester assis.
Il y avait trop d’adrénaline en lui pour supporter
l’idée de se tenir immobile. Il décida d’aller voir ce
qui se passait au-dehors mais, avant qu’il ait
atteint l’entrée de la tente, deux personnes
s’étaient précipitées à l’intérieur – c’était
Hermione, suivie de près par Ron.
— Harry, tu as été formidable ! s’écria
Hermione d’une voix perçante.
Terrorisée par l’affrontement avec la dragonne,
elle s’était enfoncé les ongles dans la peau et son

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 563 / 1147
visage en portait encore les marques.
— Tu as été extraordinaire ! Tu peux me croire !
Mais Harry ne l’écoutait pas. Il regardait Ron
qui était livide et le fixait comme s’il avait été un
fantôme.
— Harry, dit-il d’un ton grave. Je ne sais pas qui
a déposé ton nom dans la Coupe mais c’est
quelqu’un qui veut ta peau !
Tout à coup, ce fut comme si les quelques
semaines qui venaient de s’écouler n’avaient
jamais existé – comme si Harry revoyait Ron pour
la première fois après avoir été désigné comme
champion.
— On dirait que tu as fini par comprendre,
lança Harry d’un ton glacial. Il t’aura fallu du
temps.
Hermione, mal à l’aise, se tenait entre eux, son
regard passant de l’un à l’autre. Ron ouvrit la
bouche d’un air hésitant. Harry savait qu’il
s’apprêtait à lui faire des excuses mais il se rendit
soudain compte qu’il n’avait plus envie de les
entendre.
— Bon, ça va, dit-il, avant que Ron ait pu
prononcer un mot. N’en parlons plus.
— Non, répondit Ron, j’aurais dû…
— N’en parlons plus , je te dis…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 564 / 1147
Ron eut un sourire gêné, Harry lui rendit son
sourire et Hermione fondit en larmes.
— Il n’y a aucune raison de pleurer ! s’exclama
Harry, déconcerté.
— Vous êtes tellement bêtes ! s’écria Hermione
en tapant du pied, des larmes coulant sur sa robe.
Puis, avant que Ron et Harry aient pu faire un
geste, elle les serra contre elle et s’enfuit à toutes
jambes en continuant de pleurer à grand bruit.
— Complètement cinglée, dit Ron en hochant la
tête. Viens, Harry, ils vont donner tes notes…
Jamais Harry n’aurait pu croire, une heure
auparavant, qu’il se sentirait aussi euphorique en
cet instant. Il prit l’œuf d’or et son Éclair de feu,
puis il sortit de la tente, en compagnie de Ron qui
lui raconta précipitamment ce qui s’était passé
pour les autres.
— Tu as été le meilleur, ça ne fait aucun doute.
Cedric a fait un truc bizarre. Il a métamorphosé
une pierre qui se trouvait par terre… Il l’a
transformée en chien… Il voulait que le dragon
s’intéresse au chien plutôt qu’à lui. Comme
métamorphose, c’était sacrement réussi et ça a
failli très bien marcher. Il est arrivé à prendre
l’œuf, mais il s’est quand même fait brûler. Le
dragon a brusquement changé d’avis et il a décidé
qu’il préférait s’occuper de lui plutôt que du

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 565 / 1147
labrador. Mais Cedric s’en est quand même sorti.
Après, il y a eu la fille de Beauxbâtons, Fleur… Elle
a utilisé une sorte d’enchantement pour faire
tomber le dragon en transe. Ça aussi, ça a plus ou
moins marché. Le dragon s’est assoupi mais il s’est
mis à ronfler et il a craché un long jet de flammes
qui a mis le feu à sa robe. Heureusement, elle a pu
l’éteindre en faisant couler de l’eau de sa baguette
magique. Et Krum, c’est incroyable, il n’a même
pas pensé à se servir de son balai volant ! Mais
c’est lui qui a été le meilleur, après toi. Il lui a jeté
un sort en plein dans l’œil. L’ennui, c’est que le
dragon avait tellement mal qu’il s’est mis à donner
des coups de patte dans tous les sens en cassant la
moitié de ses vrais œufs. Les juges lui ont enlevé
des points à cause de ça. Selon le règlement, les
œufs devaient rester intacts.
En arrivant devant l’enclos des dragons, Ron
reprit son souffle. Le Magyar à pointes avait été
emmené ailleurs et Harry aperçut à l’autre bout du
terrain les cinq juges assis dans de hauts fauteuils
drapés d’étoffe d’or.
— Chaque juge met une note sur dix, dit Ron.
Harry plissa les yeux et vit le premier juge –
Madame Maxime – lever sa baguette magique
d’où s’échappa un long ruban d’argent qui
s’entortilla pour former un grand huit.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 566 / 1147
— Pas mal, dit Ron, au milieu des
applaudissements de la foule. Elle a dû enlever des
points à cause de ta blessure à l’épaule…
Ce fut ensuite au tour de Mr Croupton de se
prononcer. Il lança en l’air le chiffre neuf.
— Ça se présente bien ! s’exclama Ron en
donnant une grande claque dans le dos de Harry.
Dumbledore, lui aussi, donna la note neuf. Les
applaudissements de la foule redoublèrent
d’intensité.
— Ludo Verpey – dix .
— Dix ? dit Harry d’un ton incrédule. Mais… j’ai
été blessé… À quoi joue-t-il ?
— Harry, ne te plains pas ! dit Ron d’une voix
enthousiaste.
Ce fut ensuite Karkaroff qui leva sa baguette. Il
réfléchit un moment, puis fit à son tour jaillir un
chiffre – quatre.
— Quoi ? s’indigna Ron, furieux. Quatre ? Cette
espèce de crapule pleine de poux ! Il a donné dix à
Krum !
Mais Harry n’en avait que faire. Même si
Karkaroff lui avait mis un zéro, il n’y aurait
accordé aucune importance. À ses yeux,
l’indignation de Ron et son ardeur à le défendre
valaient au moins cent points. Il garda cela pour

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 567 / 1147
lui, bien sûr, mais il se sentit soudain le cœur léger
en quittant l’enclos. Et ce n’était pas seulement
grâce à Ron… Car il se rendait compte que les
Gryffondor n’étaient pas les seuls à l’acclamer
dans les tribunes. Lorsqu’ils avaient vu
l’adversaire qu’il devait affronter, la grande
majorité des élèves de l’école l’avaient soutenu,
autant qu’ils avaient soutenu Cedric… Désormais,
les Serpentard pourraient dire ce qu’ils
voudraient, il resterait indifférent à leurs
moqueries.
— Tu es premier ex æquo avec Krum, Harry !
annonça Charlie Weasley qui courait à leur
rencontre. Il faut que je me dépêche, je dois
absolument envoyer un hibou à maman, je lui ai
promis de lui raconter ce qui se passerait. Mais
c’est vraiment incroyable ! Ah, au fait, on m’a
chargé de te dire que Verpey voulait te voir là-bas,
dans la tente.
Ron lui proposa de l’attendre dehors et Harry
retourna dans la tente qui lui paraissait à présent
chaleureuse et accueillante. Il compara ce qu’il
avait ressenti au moment où il esquivait les jets de
flammes et les coups de queue du Magyar à
pointes à l’angoisse qu’il avait éprouvée avant
d’affronter le monstre… Il n’y avait aucun doute
possible, l’attente avait été infiniment plus pénible

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 568 / 1147
que l’action elle-même.
Fleur, Cedric et Krum entrèrent ensemble.
Tout un côté du visage de Cedric était couvert
d’une épaisse pâte de couleur orange qui devait
sans doute guérir les brûlures. Il eut un sourire en
voyant Harry.
— Bravo, dit-il.
— Et bravo à toi, répondit Harry en souriant à
son tour.
— Bravo à vous tous ! s’exclama Ludo Verpey
qui venait de surgir dans la tente d’un pas
bondissant.
Il avait la mine aussi réjouie que si c’était lui
qui avait réussi à arracher un œuf d’or à un
dragon.
— Et maintenant, quelques petites précisions
très rapidement, dit-il. Vous allez avoir largement
le temps de souffler avant la deuxième tâche qui
aura lieu le 24 février à neuf heures et demie du
matin – mais, entre-temps, on va vous donner de
quoi réfléchir un peu ! Si vous regardez bien les
œufs d’or qui sont en votre possession, vous
constaterez qu’on peut les ouvrir… Vous voyez les
charnières, là ? Alors écoutez bien : ces œufs
contiennent une énigme que vous devrez élucider
pour savoir en quoi consistera la deuxième tâche
et comment vous y préparer. Tout est clair ? Vous

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 569 / 1147
êtes sûrs ? Très bien, vous pouvez partir !
Harry rejoignit Ron qui l’attendait devant la
tente et tous deux reprirent la direction du
château. Harry voulait avoir davantage de détails
sur la façon dont les champions s’y étaient pris
pour s’emparer des œufs. Mais lorsqu’ils
contournèrent le bosquet qui masquait l’enclos,
une sorcière surgit de derrière un arbre et se
précipita vers eux.
C’était Rita Skeeter. Ce jour-là, elle était vêtue
d’une robe d’un vert criard, parfaitement assorti à
la Plume à Papote qu’elle tenait à la main.
— Félicitations, Harry ! lança-t-elle en lui
adressant un grand sourire. Je voulais te
demander si tu pouvais simplement me dire un
mot ? Qu’as-tu ressenti en affrontant le dragon ?
Et que ressens-tu maintenant , après avoir vu tes
notes ? Tu trouves qu’elles sont justes ?
— Oh oui, je serai ravi de vous dire un mot,
répliqua Harry d’un ton féroce. Au revoir !
Et il reprit le chemin du château en compagnie
de Ron.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 570 / 1147
21
L E F RONT DE L IBÉRATION DES E LFES
DE M AISON
e soir-là, Harry, Ron et Hermione
montèrent à la volière pour envoyer
Coquecigrue porter une lettre à Sirius. Harry
voulait lui écrire tout de suite qu’il avait réussi à
affronter le dragon sans dommage. Sur le chemin,
Harry raconta à Ron tout ce que Sirius lui avait
révélé sur Karkaroff. Ron parut choqué en
apprenant que Karkaroff avait été un Mangemort
mais, lorsqu’ils furent arrivés dans la volière, il
déclara qu’au fond ils auraient dû s’en douter
depuis le début. C
— C’est logique, non ? dit-il. Tu te souviens de
ce que Malefoy a dit dans le train ? Que son père
était ami avec Karkaroff ? Maintenant, on sait
comment ils se sont connus. Et ils étaient
sûrement ensemble avec une cagoule sur la tête, à
la Coupe du Monde… En tout cas, si c’est

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 571 / 1147
Karkaroff qui a déposé ton nom dans la Coupe, il
doit se sentir vraiment bête, maintenant ! Ça n’a
pas marché. Tu n’as eu qu’une simple
égratignure ! Attends, je m’en occupe.
Coquecigrue était tellement excité à l’idée
d’avoir du courrier à porter qu’il voletait autour de
la tête de Harry en hululant sans cesse. Ron
l’attrapa en plein vol et le maintint immobile
pendant que Harry lui attachait la lettre à la patte.
— Les autres tâches ne seront sûrement pas
aussi dangereuses, c’est impossible, reprit Ron en
emmenant Coquecigrue devant la fenêtre. Tu sais
quoi ? Je crois que tu pourrais très bien remporter
ce tournoi, Harry, et je parle sérieusement.
Harry savait que Ron disait cela uniquement
pour rattraper sa conduite des dernières semaines,
mais il fut très touché quand même. Hermione, en
revanche, appuyée contre le mur de la volière,
croisa les bras et regarda Ron en fronçant les
sourcils.
— Il se passera encore beaucoup de choses
avant que Harry ait fini ce tournoi, dit-elle d’un
ton grave. Si c’était ça, la première tâche, je
préfère ne pas penser à ce qui viendra après.
— Toi, au moins, tu sais t’y prendre pour
remonter le moral des autres ! dit Ron. Un de ces
jours, tu devrais faire équipe avec le professeur

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 572 / 1147
Trelawney.
Il lança Coquecigrue au-dehors et le petit hibou
tomba de plusieurs mètres avant d’arriver à
reprendre son vol : la lettre attachée à sa patte
était plus longue, donc plus lourde qu’à l’ordinaire.
Harry n’avait pas résisté au plaisir de donner à
Sirius un compte rendu détaillé de la façon dont il
avait réussi à contourner, éviter, feinter, la
dragonne.
Ils regardèrent Coquecigrue disparaître dans
l’obscurité, puis Ron reprit la parole :
— On ferait peut-être bien de descendre faire la
fête en ton honneur, Harry. Fred et George ont dû
rapporter des tas de choses de la cuisine, à l’heure
qu’il est.
Lorsqu’ils pénétrèrent dans la salle commune
de Gryffondor, il y eut à nouveau une explosion de
cris, d’applaudissements, d’acclamations. Les
moindres recoins débordaient de gâteaux et de
cruches remplies de jus de citrouille ou de
Bièraubeurre. Lee Jordan avait allumé quelques
pétards mouillés du Dr Flibuste, explosion
garantie sans chaleur, qui remplissaient la salle
d’étincelles et d’étoiles. Dean Thomas, qu’on savait
doué pour le dessin, avait déployé
d’impressionnantes banderoles qui représentaient
pour la plupart Harry tournoyant sur son Éclair de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 573 / 1147
feu au-dessus de la tête du Magyar à pointes. Deux
autres dessins montraient Cedric, la tête en feu.
Harry se servit à manger et s’assit avec Ron et
Hermione. Il avait presque oublié ce que signifiait
avoir faim et n’arrivait pas à croire à son bonheur.
Ron était de nouveau son ami. Il avait accompli la
première tâche et il avait trois mois libres avant
d’affronter la deuxième.
— Oh, là, là, mais c’est lourd, ce truc-là, dit Lee
Jordan en soupesant l’œuf d’or que Harry avait
posé sur la table. Ouvre-le, Harry ! Allez, vas-y,
qu’on voie un peu ce qu’il y a là-dedans !
— Il doit en découvrir la signification tout seul,
dit précipitamment Hermione C’est dans le
règlement du tournoi…
— Je devais aussi découvrir tout seul le moyen
de prendre un œuf au dragon, lui murmura Harry
et Hermione eut un sourire un peu coupable.
— Ouais, vas-y, Harry, ouvre-le ! lancèrent
plusieurs voix.
Lee lui donna l’œuf Harry glissa un ongle dans
la rainure qui l’entourait et parvint à l’ouvrir.
Il était creux et totalement vide, mais dès que
Harry l’eut ouvert, un horrible bruit, comme une
plainte aiguë et assourdissante, s’éleva dans la
salle. La seule chose comparable que Harry eût
jamais entendue, c’était l’orchestre de scies

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 574 / 1147
musicales qui avait joué le jour de l’anniversaire
de mort de Nick Quasi-Sans-Tête.
— Ferme-le ! s’écria Fred, les mains plaquées
sur ses oreilles.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? dit Seamus
Finnigan en regardant l’œuf que Harry avait
refermé d’un coup sec. On aurait dit le spectre de
la mort… C’est peut-être lui que tu devras
affronter la prochaine fois, Harry !
— On aurait dit qu’on torturait quelqu’un !
murmura Neville qui était devenu livide et avait
renversé des saucisses par terre. Ils vont te faire
subir le sortilège Doloris et tu devras y résister ! Ce
sera ça, ta deuxième tâche !
— Ne raconte pas de bêtises, Neville, c’est
illégal, dit George. Ils n’utiliseraient jamais un
sortilège Doloris contre les champions. Moi, ça
m’a un peu rappelé la façon de chanter de Percy…
Tu devras peut-être l’attaquer pendant qu’il prend
sa douche, Harry.
— Tu veux une tarte à la confiture, Hermione ?
demanda Fred.
Hermione jeta un regard soupçonneux à
l’assiette qu’il lui tendait. Fred eut un sourire.
— Tu peux y aller, dit-il. Je ne leur ai rien fait.
Ce sont les crèmes caramel dont il faut se méfier…
Neville, qui venait justement de manger une

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 575 / 1147
cuillerée de crème caramel, la recracha en
s’étouffant à moitié.
Fred éclata de rire.
— Une simple petite farce, Neville…
Hermione prit une tarte à la confiture.
— C’est à la cuisine que tu es allé chercher tout
ça ? demanda-t-elle.
— Ouais, répondit Fred avec un grand sourire.
D’une petite voix aiguë, il se mit alors à imiter
un elfe de maison :
— « Dites-nous ce qui vous ferait plaisir,
monsieur, nous irons vous chercher ce que vous
voudrez ! » Ils se mettent en quatre… Ils seraient
capables de me faire rôtir un bœuf entier si je leur
disais que j’ai vraiment faim.
— Comment on fait pour aller là-bas ? demanda
Hermione d’un air dégagé.
— Oh, c’est facile. Il y a une porte cachée
derrière un tableau qui représente une coupe de
fruits. Il suffit de chatouiller la poire, elle se met à
rigoler et…
Fred s’interrompit, l’air soupçonneux.
— Pourquoi tu veux savoir ça ?
— Oh, pour rien, répondit précipitamment
Hermione.
— Tu as l’intention d’encourager les elfes de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 576 / 1147
maison à faire grève ? demanda George. Tu vas
leur distribuer des tracts et les inciter à la
rébellion ?
Il y eut quelques rires étouffés, mais Hermione
resta silencieuse.
— Ne va pas leur mettre des idées en tête en
leur disant qu’il leur faut des vêtements et des
salaires ! l’avertit Fred. Tu les empêcherais de
travailler !
À cet instant, Neville provoqua une petite
diversion en se transformant soudain en un gros
canari.
— Oh, désolé, Neville ! s’écria Fred parmi les
éclats de rire. J’avais oublié de te dire que les
crèmes caramel sont ensorcelées…
Quelques instants plus tard, Neville perdit ses
plumes jaunes et retrouva son aspect normal. Il se
mit même à rire avec les autres.
— Crèmes Canari ! annonça Fred à ses
camarades de Gryffondor. C’est George et moi qui
les avons inventées. Sept Mornilles pièce, une
affaire !
Il était près de une heure du matin lorsque
Harry, Ron, Neville, Seamus et Dean montèrent se
coucher. Avant de fermer les rideaux de son
baldaquin, Harry posa son Magyar à pointes
miniature sur sa table de chevet où le minuscule

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 577 / 1147
dragon bâilla, se roula en boule et ferma les yeux.
En fait, songea Harry en tirant ses rideaux, Hagrid
avait raison… Ils étaient finalement très
sympathiques, ces dragons…
Le début du mois de décembre apporta du vent
et de la neige fondue. En hiver, Poudlard était
plein de courants d’air mais, lorsque Harry passait
devant le vaisseau de Durmstrang qui tanguait
sous les rafales, ses voiles gonflées contre le ciel
noir, il était content de se dire que de bons feux de
cheminée et des murs bien épais l’attendaient au
château. Le carrosse de Beauxbâtons devait être
plutôt glacial, lui aussi. Il remarqua que Hagrid
fournissait aux chevaux de Madame Maxime de
bonnes quantités de whisky pur malt, leur boisson
préférée. Les vapeurs d’alcool qui s’échappaient de
l’abreuvoir installé dans un coin de leur enclos
auraient suffi à faire tourner la tête à toute une
classe de soins aux créatures magiques. Ce qui ne
les aurait guère aidés, car ils avaient besoin de
toutes leurs facultés pour s’occuper des horribles
Scroutts. Et justement, le prochain cours était
imminent.
— Je ne sais pas s’ils hibernent ou pas, dit
Hagrid à ses élèves qui tremblaient de froid dans
le potager aux citrouilles. On va les installer
confortablement dans leurs boîtes et on verra s’ils

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 578 / 1147
ont envie de faire un petit somme…
Il ne restait plus que dix Scroutts.
Apparemment, les promenades sur la pelouse
n’avaient en rien émoussé leur désir de s’entre-
tuer. Chacun d’eux mesurait maintenant près d’un
mètre quatre-vingts. Leurs épaisses carapaces
grises, leurs pattes puissantes et mobiles, leurs
extrémités explosives, leurs dards et leurs
ventouses faisaient d’eux les plus répugnantes
créatures que Harry ait jamais vues. Toute la
classe contempla d’un air découragé les énormes
boîtes que Hagrid avait apportées et dans
lesquelles il avait disposé des oreillers et
d’épaisses couvertures.
— Voilà, vous n’avez qu’à les faire entrer là-
dedans et mettre un couvercle par-dessus. On
verra ce qui se passera.
Mais il apparut que les Scroutts n’hibernaient
pas et n’appréciaient guère d’être enfermés dans
des boîtes garnies d’oreillers.
— Allons, pas de panique ! Pas de panique !
s’écria bientôt Hagrid, tandis que les Scroutts
ravageaient le potager aux citrouilles jonché de
débris de boîtes calcinées et encore fumantes.
La plupart des élèves – Malefoy, Crabbe et
Goyle en tête – étaient allés se réfugier dans la
cabane de Hagrid en passant par la porte de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 579 / 1147
derrière et s’étaient barricadés à l’intérieur. En
revanche, Harry, Ron, Hermione et quelques
autres étaient restés avec Hagrid pour l’aider. En
conjuguant leurs efforts, ils avaient réussi à
récupérer et attacher neuf des dix Scroutts, au prix
de nombreuses brûlures et écorchures. Il n’en
restait plus qu’un seul en liberté.
— Ne lui faites pas peur ! cria Hagrid en voyant
Ron et Harry lancer sur la créature des jets
d’étincelles à l’aide de leurs baguettes magiques.
Le Scroutt s’avançait vers eux d’un air
menaçant, son dard frémissant formant un arc sur
son dos.
— Essayez seulement de lui passer une corde
autour du dard pour qu’il ne puisse pas blesser les
autres !
— Oui, ce serait dommage ! s’exclama Ron avec
colère.
Harry et lui avaient reculé contre le mur de la
cabane, tenant toujours le Scroutt à distance à
l’aide d’un jet continu d’étincelles.
— Tiens, tiens, tiens… On a l’air de bien
s’amuser, ici.
Rita Skeeter était appuyée contre la clôture du
jardin de Hagrid et regardait le désastre. Elle était
vêtue d’une épaisse cape rose foncé avec un col de
fourrure violette et portait son sac en peau de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 580 / 1147
crocodile sur l’épaule.
Hagrid se jeta sur le Scroutt qui avait coincé
Ron et Harry contre le mur et l’immobilisa de tout
son poids. Dans un bruit d’explosion, un jet de feu
jaillit à son extrémité, carbonisant les citrouilles
qui se trouvaient derrière lui.
— Qui êtes-vous ? demanda Hagrid à Rita
Skeeter en serrant une corde autour du dard du
Scroutt.
— Rita Skeeter, reporter à La Gazette du
sorcier , répondit Rita avec un grand sourire qui fit
étinceler ses dents en or.
— Je croyais que Dumbledore vous avait
interdit de revenir à l’école, dit Hagrid en fronçant
légèrement les sourcils.
Il se releva et traîna le Scroutt légèrement
écrasé en direction de ses congénères. Rita fit
semblant de ne pas avoir entendu ce qu’il avait dit.
— Comment s’appellent ces fascinantes
créatures ? demanda-t-elle avec un sourire de plus
en plus large.
— Des Scroutts à pétard, grommela Hagrid.
— Vraiment ? dit Rita, très intéressée. Je n’en
avais jamais entendu parler… D’où viennent-ils ?
Harry vit Hagrid rougir sous sa grosse barbe
hirsute et ressentit un pincement au cœur. La

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 581 / 1147
question se posait, en effet : où Hagrid avait-il
bien pu se procurer les Scroutts ? Hermione, qui
semblait avoir pensé la même chose, s’empressa
d’intervenir.
— Ce sont des créatures extrêmement
intéressantes ! dit-elle. N’est-ce pas, Harry ?
— Quoi ? Oh, oui… aïe… intéressantes, répondit
Harry tandis qu’Hermione lui marchait sur le
pied.
— Tiens, tu es là, Harry ! dit Rita Skeeter en se
tournant vers lui. Alors, tu aimes bien les cours de
soins aux créatures magiques ? C’est une de tes
matières préférées ?
— Oui, répondit fermement Harry. Hagrid lui
adressa un grand sourire.
— Merveilleux, dit Rita. Absolument
merveilleux. Ça fait longtemps que vous
enseignez ? demanda-t-elle à Hagrid.
Harry remarqua qu’elle regardait
successivement Dean (qui avait une grosse
coupure à la joue), Lavande (dont la robe était
roussie en plusieurs endroits), Seamus (qui
essayait de soigner ses doigts brûlés), puis les
fenêtres de la cabane, derrière lesquelles on
apercevait les autres élèves, le nez collé contre les
carreaux pour voir si tout danger était écarté.
— C’est ma deuxième année seulement,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 582 / 1147
répondit Hagrid.
— Merveilleux… Est-ce que par hasard vous
accepteriez de m’accorder une interview ? Pour
nous faire bénéficier de votre expérience en
matière de créatures magiques ? Comme vous le
savez sûrement, La Gazette publie une rubrique
zoologique chaque mercredi. Nous aimerions bien
parler de ces… heu… Scouts à têtard…
— Scroutts à pétard, rectifia Hagrid. Heu… Oui,
pourquoi pas ?
Harry trouvait l’idée très mauvaise mais il était
impossible d’adresser le moindre signe à Hagrid
sans que la journaliste s’en aperçoive. Il se
contenta donc de rester immobile et silencieux
tandis que Hagrid et Rita Skeeter fixaient un
rendez-vous aux Trois Balais un peu plus tard
dans la semaine pour réaliser une longue
interview. À cet instant, la cloche sonna dans le
château pour signaler la fin du cours.
— Eh bien, au revoir, Harry ! lança Rita Skeeter
d’un ton joyeux. Et à vendredi soir, Hagrid !
— Elle va déformer tout ce qu’il dira, murmura
Harry.
— Du moment qu’il n’a pas importé ces
Scroutts illégalement… dit Hermione d’un ton
inquiet.
Ils échangèrent un regard : c’était exactement le

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 583 / 1147
genre de chose que Hagrid aurait pu faire.
— Hagrid a souvent eu des tas d’ennuis et
Dumbledore ne l’a jamais renvoyé pour autant, fit
remarquer Ron en guise de consolation. Le pire
qui puisse arriver, c’est que Hagrid soit obligé de
se débarrasser des Scroutts. Attends, qu’est-ce que
j’ai dit ? Le pire ? Non, je voulais dire le mieux.
Harry et Hermione éclatèrent de rire et allèrent
déjeuner en se sentant un peu rassurés.
Cet après-midi-là, Harry fut très content d’aller
au cours de divination. Ils devaient toujours
établir des cartes du ciel et faire des prédictions
mais, maintenant qu’il s’était réconcilié avec Ron,
il pouvait recommencer à en rire. Le professeur
Trelawney, qui avait été si contente d’eux lorsqu’ils
s’étaient prédit des morts atroces, s’irrita de les
voir ricaner pendant qu’elle expliquait les
différentes façons dont Pluton s’y prenait pour
perturber la vie quotidienne.
— J’ai tendance à penser, dit-elle, dans son
habituel murmure mystique qui ne parvenait pas à
dissimuler son agacement, que certains d’entre
nous – elle lança un regard appuyé à Harry – se
montreraient un peu moins frivoles s’ils avaient vu
ce que j’ai vu hier soir en consultant ma boule de
cristal. J’étais assise ici même, absorbée par mes
travaux de couture, lorsque la nécessité absolue de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 584 / 1147
regarder la Sphère m’a littéralement submergée.
Je me suis levée, je me suis installée et j’ai scruté
les profondeurs cristallines… Et savez-vous qui a
croisé mon regard au fond de la boule ?
— Une vieille chauve-souris avec d’énormes
lunettes ? murmura Ron entre ses dents. Harry eut
du mal à garder un visage impassible.
— La mort , mes enfants…
Horrifiées, Parvati et Lavande plaquèrent leurs
mains contre leur bouche.
— Oui, poursuivit le professeur Trelawney en
hochant la tête d’un air théâtral, elle vient, elle
s’approche de plus en plus près, elle tourne au-
dessus de nous comme un vautour, elle vole de
plus en plus bas… toujours plus bas au-dessus du
château…
Elle fixa Harry qui bâilla longuement et
ostensiblement.
— Elle aurait été un peu plus impressionnante
si elle ne nous avait pas déjà fait le coup au moins
quatre-vingts fois, dit Harry, lorsqu’ils eurent
retrouvé un air plus respirable à la sortie de la
classe. Si je devais tomber mort chaque fois qu’elle
me l’annonce, je serais un cas médical absolument
miraculeux.
— Une sorte de super-concentré de fantôme, dit
Ron en pouffant de rire, tandis qu’ils croisaient le

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 585 / 1147
Baron Sanglant, dont les grands yeux se posèrent
sur eux d’un air sinistre. Enfin, au moins, on n’a
pas eu de devoirs à faire. J’espère que le
professeur Vector en a donné plein à Hermione.
J’adore ne rien faire pendant qu’elle travaille…
Mais Hermione ne se montra pas pendant le
dîner et elle n’était pas dans la bibliothèque
lorsqu’ils allèrent l’y chercher. Seul Viktor Krum
s’y trouvait. Ron l’observa derrière un rayon de
livres, interrogeant Harry à voix basse pour savoir
si, à son avis, c’était le moment d’aller lui
demander un autographe. Mais il s’aperçut bientôt
qu’une demi-douzaine de filles, cachées derrière le
rayon d’à côté, se posaient la même question, ce
qui suffit à refroidir son enthousiasme.
— Je me demande où elle est passée, dit Ron,
alors qu’il retournait avec Harry dans la tour de
Gryffondor.
— Je ne sais pas… Fariboles.
Le portrait de la grosse dame avait à peine
commencé à pivoter qu’ils entendirent derrière
eux un pas précipité qui annonçait l’arrivée
d’Hermione.
— Harry ! s’écria-t-elle, le souffle court, en
s’arrêtant à côté de lui dans un long dérapage.
La grosse dame haussa les sourcils et la regarda
d’un air étonné.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 586 / 1147
— Harry, il faut absolument que tu viennes, il
s’est passé une chose incroyable… S’il te plaît,
viens…
Elle l’attrapa par le bras et essaya de l’entraîner
avec elle dans le couloir.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Je te montrerai quand on sera là-bas. Viens
vite…
Harry échangea avec Ron un regard intrigué.
— Bon, d’accord, dit-il, en suivant Hermione
dans le couloir.
Ron se dépêcha de les rattraper.
— Surtout, ne faites pas attention à moi !
protesta la grosse dame d’un ton irrité. Ne perdez
pas de temps à vous excuser de m’avoir dérangée
inutilement ! Je serai ravie de vous tenir la porte
grande ouverte jusqu’à votre retour !
— C’est ça, merci, lui cria Ron par-dessus son
épaule.
— Hermione, où est-ce qu’on va ? demanda
Harry. Hermione leur avait fait descendre six
étages et dévalait à présent les marches de
l’escalier de marbre en direction du hall d’entrée.
— Tu vas voir, attends une minute ! répondit-
elle d’un ton surexcité.
Elle tourna à gauche au bas de l’escalier et se

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 587 / 1147
précipita vers la porte derrière laquelle Cedric
avait disparu, le soir où la Coupe de Feu avait
donné les noms des champions. Harry n’était
encore jamais allé dans cette partie du château.
Ron et lui suivirent Hermione qui descendit une
volée de marches mais, au lieu de se retrouver
dans un sinistre passage souterrain comme celui
qui menait au cachot de Rogue, ils découvrirent un
large couloir aux murs de pierre, brillamment
éclairé par des torches et décoré de tableaux aux
couleurs éclatantes qui représentaient surtout des
victuailles.
— Attends un peu, Hermione, dit lentement
Harry lorsqu’ils furent arrivés au milieu du
couloir.
— Quoi ? Elle se retourna vers lui avec
impatience.
— Je sais où tu nous emmènes, dit Harry.
Il donna un petit coup de coude à Ron et
montra du doigt le tableau qui se trouvait derrière
Hermione. Il représentait une immense coupe en
argent débordante de fruits.
— Hermione, dit Ron, qui venait de
comprendre à son tour. Tu vas encore nous
embarquer dans ton sale truc !
— Non, non, pas du tout, répondit
précipitamment Hermione. Et ce n’est pas sale ,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 588 / 1147
Ron…
— Tu as changé le nom ? demanda-t-il en
fronçant les sourcils. Comment ça s’appelle,
maintenant ? le Front de Libération des Elfes de
Maison ? Je te préviens, il n’est pas question que
j’entre dans cette cuisine pour leur dire d’arrêter
de travailler, pas question…
— Je ne te demande rien ! s’emporta Hermione.
Je suis descendue tout à l’heure pour parler avec
eux et j’ai vu… Viens, Harry, je veux te montrer !
Elle lui saisit à nouveau le bras, le traîna devant
le tableau représentant la coupe de fruits géante,
tendit le doigt et chatouilla une énorme poire
verte. La poire se mit à se trémousser et à glousser
puis se transforma soudain en une grande poignée
de porte de couleur verte. Hermione actionna la
poignée, ouvrit la porte et poussa Harry en avant
d’un geste décidé.
Harry eut alors la vision d’une immense salle,
très haute de plafond, aussi vaste que la Grande
Salle qui se trouvait au-dessus, avec des quantités
de casseroles, de marmites, de poêles en cuivre
entassées le long des murs et une impressionnante
cheminée en brique à l’autre bout. Presque
aussitôt, une petite créature se précipita vers lui en
s’écriant d’une voix suraiguë :
— Harry Potter ! Monsieur ! Harry Potter !

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 589 / 1147
Il eut le souffle coupé lorsque le petit elfe le
heurta de plein fouet au creux de l’estomac et le
serra si fort que ses côtes lui semblèrent sur le
point de se briser.
— D … Dobby ? balbutia Harry.
— Oui, c’est Dobby, monsieur ! couina la petite
voix au niveau de son nombril. Dobby a espéré,
espéré qu’il reverrait Harry Potter, monsieur, et
Harry Potter vient le voir, oh, monsieur !
Dobby le relâcha et recula de quelques pas en
lui adressant un grand sourire, ses énormes yeux
verts, de la taille d’une balle de tennis, débordant
de larmes de joie. Il n’avait presque pas changé
depuis la dernière fois que Harry l’avait vu : le nez
en forme de crayon, les oreilles semblables à celles
d’une chauve-souris, les doigts et les orteils très
longs, tout était pareil, sauf les vêtements qui
étaient complètement différents.
Lorsque Dobby travaillait pour les Malefoy, il
portait toujours la même taie d’oreiller crasseuse.
Mais maintenant, il était habillé d’un étrange
assortiment de vêtements, pire encore que tout ce
qu’avaient pu trouver les sorciers de la Coupe du
Monde pour s’efforcer de ressembler à des
Moldus. En guise de chapeau, il s’était coiffé d’un
cache-théière sur lequel il avait épinglé toutes
sortes de badges aux couleurs brillantes. Il portait

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 590 / 1147
également une cravate ornée de fers à cheval sur
sa poitrine nue, un short qui devait être une
culotte de football pour enfant et des chaussettes
dépareillées. L’une d’elles était noire et Harry la
reconnut aussitôt : c’était celle qu’il avait enlevée
de son propre pied en s’arrangeant pour que
Mr Malefoy la donne à Dobby par inadvertance.
Malgré lui, il avait ainsi offert la liberté à son elfe.
L’autre chaussette était à rayures roses et orange.
— Dobby, qu’est-ce que tu fais là ? dit Harry,
stupéfait.
— Dobby est venu travailler à Poudlard,
monsieur ! couina l’elfe d’un air tout excité. Le
professeur Dumbledore a donné du travail à
Dobby et à Winky, monsieur !
— Winky ? Elle est là aussi ? s’étonna Harry.
— Oui, monsieur, oui ! s’exclama Dobby.
Il prit Harry par la main et l’entraîna dans la
cuisine, entre quatre longues tables qui étaient
disposées exactement de la même façon que les
tables des quatre maisons, dans la Grande Salle
située à l’étage au-dessus. Pour l’instant, elles
étaient vides, le dîner étant terminé, mais Harry
supposa qu’une heure auparavant elles avaient dû
être couvertes de plats que les elfes envoyaient à
travers le plafond, sur les tables des élèves.
Il y avait dans la cuisine une bonne centaine

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 591 / 1147
d’elfes qui souriaient, s’inclinaient, faisaient la
révérence sur son passage. Tous portaient le même
uniforme : un torchon à vaisselle frappé aux armes
de Poudlard et drapé comme une toge.
Dobby s’arrêta devant la cheminée et tendit le
doigt.
— Winky, monsieur ! dit-il.
Elle était assise sur un tabouret, à côté du feu. À
la différence de Dobby, elle n’avait pas cherché à
se procurer des vêtements originaux. Elle portait
une petite jupe et un corsage, avec un chapeau
bleu assorti, dans lequel elle avait découpé des
trous pour laisser passer ses grandes oreilles.
Alors que l’étrange ensemble de Dobby était d’une
propreté impeccable, Winky, de toute évidence, ne
prenait aucun soin de sa tenue. Il y avait des
taches de soupe partout sur son corsage et une
brûlure avait fait un trou dans sa jupe.
— Bonjour, Winky, dit Harry.
Les lèvres de Winky se mirent à trembler, puis
elle fondit en larmes qui ruisselèrent de ses grands
yeux marron et inondèrent ses vêtements, comme
le jour de la Coupe du Monde de Quidditch.
— La pauvre, dit Hermione.
Accompagnée de Ron, elle avait suivi Harry et
Dobby au fond de la cuisine.
— Winky, ne pleure pas, ne pleure pas…

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 592 / 1147
Mais Winky pleurait plus fort que jamais.
Dobby, lui, regardait Harry, le visage rayonnant.
— Est-ce que Harry Potter voudrait une tasse
de thé ? demanda-t-il de sa petite voix aiguë, en
criant presque pour couvrir les sanglots de Winky.
— Heu… Oui, d’accord, répondit Harry.
Aussitôt, une demi-douzaine d’elfes de maison
arrivèrent à petits pas derrière lui, portant un
grand plateau d’argent sur lequel étaient disposés
une théière et trois tasses, ainsi qu’un pot de lait et
une grande assiette de biscuits.
— Le service est impeccable ! remarqua Ron,
impressionné. Hermione le regarda en fronçant les
sourcils, mais les elfes avaient l’air ravi. Ils
s’inclinèrent et repartirent.
— Ça fait combien de temps que tu es là,
Dobby ? demanda Harry tandis que Dobby servait
le thé.
— Une semaine seulement, Harry Potter,
monsieur ! répondit Dobby d’un ton joyeux.
Dobby est venu voir le professeur Dumbledore,
monsieur. Vous savez, il est très difficile pour un
elfe de maison qui a été renvoyé de trouver un
nouveau travail, monsieur, vraiment très difficile…
En entendant ces paroles, Winky se mit à gémir
de plus belle. Son gros nez en forme de tomate
écrasée coulait abondamment, mais elle ne faisait

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 593 / 1147
aucun effort pour arrêter ce flot.
— Dobby a parcouru tout le pays pendant deux
années entières, monsieur, pour essayer de
trouver du travail ! couina Dobby. Mais Dobby n’a
rien trouvé, monsieur, parce que, maintenant,
Dobby veut être payé !
Dans toute la cuisine, les elfes de maison, qui
regardaient et écoutaient avec beaucoup d’intérêt,
détournèrent aussitôt les yeux, comme si Dobby
venait de dire quelque chose de grossier et de
terriblement gênant.
— Tu as bien raison, Dobby ! approuva
Hermione.
— Oh, merci, Miss ! dit Dobby avec un sourire
qui découvrit toutes ses dents. Mais les sorciers ne
veulent pas d’un elfe de maison qui demande à
être payé, Miss. Ils ont dit : « Un elfe de maison
n’a pas à recevoir d’argent », et ils ont tous claqué
la porte au nez de Dobby ! Dobby aime travailler,
mais il veut porter des vêtements et il veut être
payé, Harry Potter… Dobby aime la liberté !
Les autres elfes commençaient à s’éloigner de
lui le plus possible, comme s’il était atteint d’une
maladie contagieuse. Winky, en revanche, resta
près d’eux, mais ses pleurs redoublèrent
d’intensité.
— Alors, Harry Potter, Dobby est allé voir

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 594 / 1147
Winky et il a découvert qu’elle aussi avait été
libérée, monsieur ! dit Dobby d’un air ravi.
À cet instant, Winky se jeta à plat ventre, tapant
de ses petits poings le sol recouvert de dalles et
hurlant littéralement de désespoir. Hermione
s’agenouilla auprès d’elle pour essayer de la
consoler mais rien de ce qu’elle put lui dire n’eut le
moindre effet.
Dobby poursuivait son récit, sa petite voix
perçante couvrant les lamentations de Winky.
— Alors, Dobby a eu une idée, monsieur !
Pourquoi est-ce que Dobby et Winky ne
chercheraient pas du travail ensemble ? s’est dit
Dobby. Où y a-t-il suffisamment de travail pour
deux elfes de maison ? a dit Winky. Alors, Dobby a
réfléchi et il a trouvé, monsieur ! Poudlard ! Et
donc, Dobby et Winky sont allés voir le professeur
Dumbledore, monsieur, et le professeur
Dumbledore les a engagés !
Le visage de Dobby resplendissait et des larmes
de joie apparurent à nouveau dans ses yeux.
— Le professeur Dumbledore a dit qu’il allait
payer Dobby, monsieur, si Dobby voulait être
payé ! Dobby est un elfe libre et il gagne un Gallion
par semaine avec un jour de congé par mois !
— Ce n’est pas beaucoup ! s’indigna Hermione
toujours occupée à essayer de calmer Winky qui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 595 / 1147
continuait de hurler en martelant le sol de ses
poings.
— Le professeur Dumbledore a proposé à
Dobby dix Gallions par semaine et les week-ends
libres, reprit Dobby, soudain parcouru d’un léger
frisson, comme si la perspective de tant de
richesses et de loisirs avait quelque chose
d’effrayant. Mais Dobby a réussi à faire baisser son
salaire, Miss… Dobby aime la liberté, Miss, mais il
ne veut pas qu’on lui donne trop, il préfère
travailler.
— Et toi, Winky, combien te paye le professeur
Dumbledore ? demanda Hermione avec douceur.
Si elle avait pensé que parler de son salaire
serait une façon de consoler Winky, elle fut très
vite détrompée. Certes, Winky cessa aussitôt de
pleurer mais, lorsqu’elle se redressa, le visage
ruisselant, elle regarda Hermione d’un air furieux.
— Winky est un elfe déchu, mais Winky n’est
pas tombée assez bas pour se faire payer ! couina-
t-elle. Winky a terriblement honte d’avoir été
libérée !
— Honte ? dit Hermione sans comprendre.
Enfin, Winky ! C’est Mr Croupton qui devrait avoir
honte, pas toi ! Tu n’as rien fait de mal, il a été
odieux avec toi…
Winky plaqua ses mains sur les trous de son

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 596 / 1147
chapeau en s’aplatissant les oreilles pour ne plus
rien entendre et poussa un hurlement suraigu.
— N’insultez pas mon maître, Miss ! N’insultez
pas Mr Croupton ! Mr Croupton est un bon
sorcier, Miss ! Mr Croupton a eu raison de
renvoyer la méchante Winky !
— Winky a du mal à s’adapter, Harry Potter, dit
Dobby en confidence. Winky oublie qu’elle n’est
plus attachée à Mr Croupton. Elle a le droit de dire
ce qu’elle pense, désormais, mais elle n’ose pas.
— Les elfes de maison n’ont donc pas le droit de
dire ce qu’ils pensent de leurs maîtres ? s’étonna
Harry.
— Oh non, monsieur, oh non, répondit Dobby
d’un air soudain grave. Cela fait partie de
l’esclavage des elfes, monsieur. Nous devons
garder leurs secrets et nous taire, nous devons
soutenir l’honneur de la famille et ne jamais dire
de mal d’eux. Mais le professeur Dumbledore a dit
à Dobby qu’il n’était pas obligé de respecter cette
règle. Le professeur Dumbledore a dit que nous
sommes libres de… de…
Dobby parut brusquement mal à l’aise et fit
signe à Harry de s’approcher. Harry se pencha
vers lui.
— Il a dit que nous sommes libres de le traiter
de vieux loufoque complètement cinglé si ça nous

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 597 / 1147
fait plaisir, monsieur !
Dobby eut une sorte de rire épouvanté.
— Mais Dobby ne veut surtout pas faire ça,
Harry Potter, reprit-il d’une voix normale.
Il hocha la tête et ses oreilles remuèrent comme
des éventails.
— Dobby aime beaucoup le professeur
Dumbledore, monsieur, et il est fier de garder ses
secrets.
— Mais tu peux dire ce que tu veux des Malefoy,
maintenant ? dit Harry avec un sourire. Une lueur
d’inquiétude passa dans les yeux immenses de
Dobby.
— Oh, Dobby… Dobby pourrait, dit-il d’un ton
mal assuré.
Il bomba son torse étroit, et reprit :
— Dobby pourrait dire à Harry Potter que ses
anciens maîtres sont… sont de très mauvais
sorciers qui pratiquent la magie noire !
Dobby resta un instant immobile, tremblant de
tous ses membres, horrifié par sa propre audace,
puis il se précipita vers la table la plus proche et se
tapa violemment la tête contre le bord en criant :
— Méchant Dobby ! Méchant Dobby !
Harry attrapa l’elfe par sa cravate et l’écarta de
la table.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 598 / 1147
— Merci, Harry Potter, merci, dit Dobby, hors
d’haleine, en se frottant la tête.
— C’est une question d’entraînement, assura
Harry.
— D’entraînement ! couina Winky d’un air
furieux. Tu devrais avoir honte, Dobby, de parler
comme ça de tes maîtres !
— Ce ne sont plus mes maîtres, Winky ! dit
Dobby d’un ton de défi. Dobby se fiche de ce qu’ils
pensent !
— Tu es un très mauvais elfe, Dobby ! gémit
Winky, des larmes coulant à nouveau sur son
visage. Mon pauvre Mr Croupton, comment fait-il
sans Winky ? Il a besoin de moi, il a besoin de mon
aide ! J’ai servi les Croupton toute ma vie, ma
mère les a servis avant moi, et ma grand-mère les
a servis avant elle… Oh, que diraient-elles, si elles
savaient que Winky a été libérée ? Oh, quelle
honte, quelle honte ! Elle enfouit son visage dans
sa jupe et se remit à hurler.
— Winky, dit Hermione d’un ton ferme. Je suis
certaine que Mr Croupton se débrouille
parfaitement bien sans toi. On l’a vu, tu sais…
— Vous avez vu mon maître ? dit Winky d’un
ton haletant en relevant la tête et en fixant
Hermione de ses grands yeux exorbités. Vous
l’avez vu ici, à Poudlard ?

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 599 / 1147
— Oui, répondit Hermione. Mr Verpey et lui
font partie des juges du Tournoi des Trois
Sorciers.
— Mr Verpey est venu aussi ? couina Winky.
À la grande surprise de Harry, Ron et
Hermione, elle parut à nouveau en colère.
— Mr Verpey est un mauvais sorcier ! Un très
mauvais sorcier ! Mon maître ne l’aime pas, oh
non, il ne l’aime pas du tout !
— Verpey ? Un mauvais sorcier ? s’étonna
Harry.
— Oh oui, répondit Winky, en hochant
furieusement la tête. Mon maître a dit des choses à
Winky ! Mais Winky ne répétera pas… Winky…
Winky garde les secrets de son maître…
Elle fondit à nouveau en larmes et enfouit la
tête dans sa jupe.
— Pauvre maître, pauvre maître, plus de Winky
pour l’aider !
Ils ne parvinrent plus à arracher à Winky la
moindre parole sensée et la laissèrent pleurer tout
son saoul. Dobby continua de bavarder
joyeusement pendant qu’ils buvaient leur thé,
parlant de ses projets et de ses revenus.
— Bientôt, Dobby va s’acheter un pull en laine,
Harry Potter ! dit-il joyeusement en montrant sa

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 600 / 1147
poitrine nue.
— Tiens, justement, dit Ron, qui semblait avoir
pris l’elfe en affection, si tu veux, je te donnerai
celui que va me tricoter ma mère pour Noël. Elle
m’en envoie un chaque année. Ça ne te dérange
pas, le violet ?
Dobby était enchanté.
— Il faudra peut-être le rétrécir un peu pour
qu’il soit à ta taille, mais il ira très bien avec ton
cache-théière.
Lorsqu’ils s’apprêtèrent à partir, de nombreux
elfes se précipitèrent vers eux pour leur offrir des
choses à emporter. Hermione refusa, visiblement
navrée de les voir s’incliner et multiplier les
révérences, mais Harry et Ron remplirent leurs
poches de gâteaux à la crème et de tartes.
— Merci beaucoup ! lança Harry aux elfes qui
s’étaient tous rassemblés autour de la porte pour
leur souhaiter bonne nuit. À bientôt, Dobby !
— Harry Potter… Est-ce que Dobby pourra
venir vous voir un jour prochain ? se risqua à
demander Dobby.
— Bien sûr que tu peux, répondit Harry.
L’elfe eut un sourire rayonnant.
— Vous savez quoi ? dit Ron, alors qu’ils
remontaient les marches menant dans le hall

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 601 / 1147
d’entrée. Pendant toutes ces années, j’ai été très
impressionné par la façon dont Fred et George
arrivaient à rapporter des tas de trucs de la cuisine
mais, finalement, ce n’est pas vraiment difficile. Ils
sont prêts à donner tout ce qu’ils ont !
— Je pense que c’est la meilleure chose qui soit
arrivée à ces elfes, dit Hermione. Je veux dire que
Dobby soit venu travailler ici. Les autres vont voir
à quel point il est heureux d’être libre et, petit à
petit, ils finiront par comprendre que c’est ça qu’il
leur faut !
— Espérons qu’ils n’iront pas voir Winky de
trop près, dit Harry.
— Oh, elle va sûrement retrouver le moral,
assura Hermione d’un ton qui ne paraissait pas
très convaincu. Une fois que le choc sera passé et
qu’elle se sera habituée à Poudlard, elle verra
qu’elle est beaucoup mieux sans ce Croupton.
— Elle a l’air de beaucoup l’aimer, dit Ron la
bouche pleine (il venait de mordre dans un gâteau
à la crème).
— En tout cas, elle n’a pas une très bonne
opinion de Verpey, fit remarquer Harry. Je me
demande ce que Croupton a dit de lui.
— Sans doute qu’il n’est pas très bon comme
directeur de département, répondit Hermione. Et
si on regarde les choses en face… il n’a pas

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 602 / 1147
vraiment tort, non ?
— J’aimerais quand même mieux travailler
pour lui que pour le vieux Croupton, déclara Ron.
Au moins, Verpey a le sens de l’humour.
— Ne dis pas ça devant Percy, dit Hermione
avec un sourire.
— Oh, de toute façon, Percy ne travaillerait
jamais pour quelqu’un qui a le sens de l’humour,
répondit Ron, qui s’attaquait à présent à un éclair
au chocolat. Si les plaisanteries pouvaient danser
toutes nues avec le cache-théière de Dobby sur la
tête, il ne les verrait même pas.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 603 / 1147
22
L A TÂCHE INATTENDUE
otter ! Weasley ! Pourriez-vous s’il
vous plaît faire un peu attention à ce
qui se passe ?— P
La voix irritée du professeur McGonagall claqua
comme un fouet pendant le cours de
métamorphose du jeudi. Harry et Ron
sursautèrent.
C’était la fin de la classe. Le programme du jour
était terminé. Les dindes qu’ils avaient
transformées en cochons d’Inde avaient été
enfermées dans une grande cage posée sur le
bureau du professeur McGonagall (le cochon
d’Inde de Neville avait encore des plumes, c’était
plutôt un cochon-dinde, comme l’avait fait
remarquer le professeur). Ils venaient de recopier
dans leurs cahiers de textes les devoirs indiqués au
tableau noir (Décrivez en donnant des exemples
les diverses façons d’adapter les sortilèges de
métamorphose aux transferts inter-espèces) et la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 604 / 1147
cloche n’allait pas tarder à sonner. Harry et Ron,
qui s’étaient livrés au fond de la classe à un
combat de baguettes farceuses fournies par Fred et
George, relevèrent la tête en s’entendant
interpeller par le professeur McGonagall. Ron
avait à présent un perroquet en fer-blanc à la main
et Harry un haddock en caoutchouc.
— Si Potter et Weasley veulent bien être assez
aimables pour cesser de se comporter comme des
enfants de cinq ans, dit McGonagall avec un
regard furieux, tandis que la tête du haddock
tombait par terre, tranchée par le bec du
perroquet, je pourrai peut-être vous annoncer une
nouvelle importante. Le bal de Noël approche. Il
s’agit d’une tradition du Tournoi des Trois
Sorciers, qui donne l’occasion de mieux connaître
nos invités étrangers. Le bal est ouvert à tous les
élèves à partir de la quatrième année mais vous
avez le droit d’y inviter des élèves plus jeunes, si
vous le souhaitez…
Lavande Brown laissa échapper un gloussement
suraigu et Parvati Patil lui donna un coup de
coude dans les côtes, en ayant elle-même le plus
grand mal à ne pas l’imiter. Toutes deux se
retournèrent vers Harry. Le professeur
McGonagall ne leur prêta aucune attention, ce qui
lui parut très injuste, lui-même et Ron ayant été

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 605 / 1147
rappelés à l’ordre un instant plus tôt.
— Les tenues de soirée seront obligatoires,
poursuivit le professeur McGonagall. Le bal aura
lieu dans la Grande Salle, le jour de Noël, il
commencera à huit heures du soir et se terminera
à minuit.
Le professeur McGonagall lança à toute la
classe un regard appuyé.
— Bien entendu, le bal de Noël a toujours
quelque chose d’un peu… échevelé, reprit-elle d’un
ton désapprobateur.
Lavande se mit à glousser plus fort que jamais,
la main plaquée contre sa bouche pour essayer de
faire un peu moins de bruit. Cette fois, Harry
comprit ce qu’il y avait de drôle : quand on voyait
le professeur McGonagall, avec ses cheveux
impeccablement tirés en un chignon serré, il était
difficile d’imaginer qu’elle ait jamais été échevelée,
dans tous les sens du terme.
— Cela ne signifie PAS, poursuivit le professeur
McGonagall, que nous tolérerons de la part des
élèves de Poudlard une conduite plus relâchée qu’à
l’ordinaire. Je serais extrêmement mécontente si
jamais je voyais un ou une élève de Gryffondor se
comporter d’une manière qui puisse porter
atteinte à la réputation de l’école.
La cloche retentit et l’habituel brouhaha s’éleva

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 606 / 1147
dans la classe tandis que les élèves rangeaient
leurs affaires dans leurs sacs et commençaient à
partir.
— Potter, je voudrais vous voir, s’il vous plaît,
lança le professeur McGonagall d’une voix
suffisamment forte pour couvrir le bruit ambiant.
Imaginant que cette demande n’était pas sans
rapport avec le haddock en caoutchouc décapité,
Harry s’avança vers l’estrade d’un air sombre.
Le professeur attendit que les autres élèves
soient partis avant de déclarer :
— Potter, les champions et leurs partenaires…
— Quels partenaires ? s’étonna Harry.
Le professeur McGonagall le regarda d’un air
méfiant, comme si elle le soupçonnait d’essayer
d’être drôle.
— Vos partenaires pour le bal, Potter, dit-elle
d’un ton glacial. Vos cavalières .
Harry eut l’impression que quelque chose se
contractait du côté de son estomac.
— Des cavalières ?
Il se sentit rougir.
— Je ne sais pas danser, dit-il précipitamment.
— Oh mais, il faudra bien, répliqua le
professeur McGonagall d’un ton agacé. C’est
justement ce que je voulais vous dire. Il est de

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 607 / 1147
tradition que les champions et leurs partenaires
ouvrent le bal.
Harry se vit soudain coiffé d’un haut-de-forme
et vêtu d’une queue-de-pie, accompagné d’une fille
habillée d’une de ces robes à fanfreluches que la
tante Pétunia portait toujours lorsqu’elle
accompagnait l’oncle Vernon à un cocktail.
— Je ne sais pas danser, répéta-t-il.
— C’est une tradition, dit le professeur
McGonagall d’un ton ferme. Vous êtes un
champion de Poudlard et vous allez faire ce que
l’on attend de vous en tant que représentant de
l’école. Alors, débrouillez-vous pour avoir une
partenaire, Potter.
— Mais… Je ne…
— Vous m’avez entendue, Potter ? coupa le
professeur McGonagall d’un ton qui ne souffrait
aucune réplique.
Une semaine plus tôt, Harry aurait pensé que
trouver une cavalière pour un bal n’était rien
comparé à l’obligation d’affronter un Magyar à
pointes. Mais maintenant qu’il en avait fini avec ce
dernier et qu’il lui fallait inviter une des filles de
Poudlard à l’accompagner au bal de Noël, il se
demandait si un nouveau combat avec un dragon
ne serait pas préférable.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 608 / 1147
Harry n’avait jamais vu autant d’élèves
manifester le désir de rester à Poudlard pour Noël.
Lui ne quittait jamais le château, pour ne pas être
contraint de passer ses vacances dans la maison de
Privet Drive mais, jusqu’alors, il avait été un des
rares à ne pas vouloir retourner dans sa famille.
Cette fois-ci, pourtant, tous les élèves à partir de la
quatrième année souhaitaient rester. Ils n’avaient
plus que le bal en tête – les filles surtout, et Harry
fut stupéfait de voir à quel point elles semblaient
soudain nombreuses. Il n’y avait jamais fait
attention jusqu’alors mais, à présent, il en voyait
partout. Des filles qui gloussaient et murmuraient
dans les couloirs, des filles qui se mettaient à
hurler de rire quand des garçons passaient devant
elles, des filles surexcitées qui comparaient des
listes de vêtements pour décider de ce qu’elles
allaient mettre le soir de Noël…
— Pourquoi faut-il toujours qu’elles se
promènent en troupeaux ? dit Harry à Ron en
voyant passer devant eux une douzaine de filles
qui pouffaient de rire. Comment on fait pour en
prendre une à part et lui demander si elle veut
venir au bal ?
— Essaye avec un lasso, suggéra Ron. Tu sais
déjà à qui tu vas demander ?
Harry ne répondit pas. Il savait parfaitement à

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 609 / 1147
qui il aimerait demander, mais encore fallait-il en
avoir le courage… Cho avait un an de plus que lui.
Elle était très belle. C’était une excellente joueuse
de Quidditch et tout le monde l’aimait beaucoup.
Ron semblait deviner ce qui se passait dans la
tête de Harry.
— Ça ne devrait pas être très difficile pour toi.
Tu fais partie des champions et tu viens de te
battre contre un dragon. Elles vont faire la queue
pour t’accompagner.
Par égard pour leur récente réconciliation, Ron
s’était efforcé de réduire au minimum l’amertume
qu’on sentait encore percer dans sa voix. En fait,
au grand étonnement de Harry, la suite prouva
qu’il avait raison.
Une fille aux cheveux bouclés, élève de
troisième année à Poufsouffle et à qui Harry
n’avait jamais parlé de sa vie, lui demanda dès le
lendemain d’aller au bal avec elle. Harry fut
tellement interloqué qu’il répondit « non » avant
même d’avoir pris le temps de réfléchir. La fille
s’éloigna, vexée, et Harry dut subir les
plaisanteries de Dean, de Seamus et de Ron
pendant tout le cours d’histoire de la magie. Le
lendemain, deux autres filles vinrent se proposer
pour l’accompagner au bal. L’une était en
deuxième année ; l’autre, une élève de cinquième

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 610 / 1147
année, avait (à sa grande horreur) une carrure
suffisante pour l’assommer en cas de refus.
— Elle était très jolie, il faut le reconnaître, dit
Ron, lorsque son fou rire se fut atténué.
— Elle avait trente centimètres de plus que moi,
répondit Harry, encore sous le coup de l’émotion.
Imagine de quoi j’aurais eu l’air si j’avais essayé de
danser avec elle.
Les paroles d’Hermione au sujet de Krum lui
revenaient sans cesse en mémoire. « Elles l’aiment
simplement parce qu’il est célèbre ! » Harry
doutait fort que les filles qui lui avaient demandé
de l’accompagner auraient eu la même idée s’il
n’avait pas été l’un des champions. Ressentirait-il
la même gêne si c’était Cho qui le lui demandait ?
Dans l’ensemble, Harry devait admettre que, en
dépit de la perspective peu réjouissante d’avoir à
ouvrir le bal, sa vie s’était considérablement
améliorée depuis qu’il avait accompli la première
tâche. Il s’attirait beaucoup moins de réflexions
désagréables lorsqu’il marchait dans les couloirs
et, à son avis, Cedric n’y était pas étranger. Il
n’aurait pas été étonné que Diggory ait dit à ses
camarades de Poufsouffle de le laisser tranquille,
pour le remercier de l’avoir prévenu au sujet du
dragon. Les badges VIVE CEDRIC DIGGORY
semblaient également moins nombreux. Bien

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 611 / 1147
entendu, Drago Malefoy continuait de lui citer des
passages de l’article de Rita Skeeter chaque fois
qu’il en avait l’occasion, mais ils provoquaient de
moins en moins de rires – et comme pour
renforcer ce sentiment de bien-être, aucun article
sur Hagrid n’avait paru dans La Gazette du
sorcier .
Lors du dernier cours de soins aux créatures
magiques du trimestre, Harry, Ron et Hermione
demandèrent à Hagrid comment s’était passée
l’interview avec Rita Skeeter.
— Pour dire la vérité, elle n’avait pas l’air très
intéressée par les créatures magiques, répondit
Hagrid.
À leur grand soulagement, Hagrid avait
renoncé à tout contact direct avec les Scroutts. Ils
passèrent le dernier cours derrière sa cabane, assis
autour de tables à tréteaux sur lesquelles ils
préparèrent de nouvelles sortes de nourritures
susceptibles d’allécher les redoutables créatures.
— Elle voulait simplement que je lui parle de
toi, Harry, poursuivit Hagrid à voix basse. Je lui ai
dit qu’on était amis depuis le jour où j’étais allé te
chercher chez les Dursley. Elle m’a posé des
questions du genre : « Vous n’avez jamais eu à lui
faire de réflexion en quatre ans ? » ou « Il n’a
jamais essayé de chahuter pendant vos cours ? »

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 612 / 1147
Je lui ai répondu que non mais elle n’avait pas l’air
contente du tout comme si elle voulait absolument
me faire dire que tu étais un horrible cancre.
— Bien sûr, c’est ce qu’elle veut, dit Harry en
jetant des morceaux de foie de dragon dans un
grand saladier de métal. Elle ne peut pas écrire
indéfiniment que je suis un pauvre petit héros à la
vie bien tragique, ça finirait par devenir ennuyeux.
— Elle veut prendre les choses sous un nouvel
angle, Hagrid, dit Ron avec pertinence, tout en
épluchant des œufs durs de salamandre. Cette
fois-ci, vous auriez dû dire que Harry était un
dangereux délinquant complètement fou.
— Mais ce n’est pas vrai ! répondit Hagrid,
sincèrement choqué.
— Elle aurait dû interviewer Rogue, dit Harry
d’un air maussade. Il lui aurait raconté tout ce
qu’elle voulait entendre. Depuis qu’il est entré
dans cette école, Potter a consacré la plus grande
partie de son temps à dépasser les limites …
— Il a dit ça ? s’étonna Hagrid. Tu as peut-être
fait quelques entorses au règlement, Harry, mais
tu es quelqu’un de bien.
— Merci, Hagrid, dit Harry avec un sourire.
— Vous allez venir au bal, le jour de Noël,
Hagrid ? demanda Ron.
— J’irai peut-être y faire un tour, oui,

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 613 / 1147
marmonna Hagrid. Ce sera sûrement une belle
fête. C’est toi qui ouvriras le bal, Harry ? Avec qui
iras-tu ?
— Je ne sais pas encore, répondit Harry qui se
sentit à nouveau rougir.
Hagrid n’insista pas.
Ron et Hermione éclatèrent de rire.
Au fil des jours, la dernière semaine du
trimestre devenait de plus en plus agitée. Des
rumeurs sur le bal de Noël couraient de tous les
côtés, mais Harry n’en croyait pas la moitié – on
disait par exemple que Dumbledore avait acheté
huit cents tonneaux d’hydromel à Madame
Rosmerta. Il semblait vrai, en revanche, qu’il avait
engagé les Bizarr ’ Sisters . Qui étaient exactement
les Bizarr ’ Sisters , Harry n’en savait rien, n’ayant
jamais eu accès à la station de radio des sorciers
mais, si l’on en jugeait par l’enthousiasme
déchaîné de ceux qui avaient grandi à l’écoute de
la RITM (RADIO INDÉPENDANTE À
TRANSMISSION MAGIQUE), c’était un groupe
très connu.
Voyant que tout le monde avait l’esprit ailleurs,
certains enseignants, comme le petit professeur
Flitwick, renonçaient à faire normalement leurs
cours. Le mercredi, Flitwick autorisa les élèves à
jouer à ce qu’ils voulaient et passa la plus grande

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 614 / 1147
partie de l’heure à parler avec Harry du
remarquable sortilège d’Attraction dont il avait
fait usage pour accomplir la première tâche du
tournoi. D’autres professeurs ne faisaient pas
preuve de la même indulgence. Ainsi, rien ne
pouvait empêcher le professeur Binns de lire d’une
voix monocorde ses notes sur les révoltes de
gobelins. Même sa propre mort n’avait pas
empêché Binns d’enseigner, il ne fallait donc pas
s’attendre à ce qu’un événement aussi insignifiant
que Noël le détourne de ses habitudes. Il était
extraordinaire de voir comment, racontées par lui,
les émeutes sanglantes et féroces des gobelins
paraissaient aussi ennuyeuses que le rapport de
Percy sur l’épaisseur des fonds de chaudron. Les
professeurs McGonagall et Maugrey les firent
également travailler jusqu’à la toute dernière
minute de leurs cours. Quant à Rogue, bien sûr, il
était tout aussi impensable d’imaginer qu’il les
laisserait jouer pendant sa classe que de lui
demander d’adopter Harry. Avec un regard
mauvais, il leur annonça qu’il passerait le dernier
cours du trimestre à tester leurs antidotes.
— C’est vraiment un affreux bonhomme, dit
Ron d’un ton amer, lorsqu’ils furent remontés
dans la salle commune de Gryffondor. Nous coller
un examen le dernier jour. Nous gâcher ce qui

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 615 / 1147
reste du trimestre avec toutes ces révisions.
— Ça n’a pas l’air de trop te fatiguer, fit
remarquer Hermione, en levant les yeux de son
cahier de potions.
Ron était occupé à construire un château de
cartes avec son jeu de bataille explosive – un
passe-temps beaucoup plus intéressant que les
châteaux de cartes de Moldus, car son
échafaudage pouvait exploser à tout moment.
— C’est Noël, Hermione, dit Harry d’un ton
nonchalant.
Confortablement installé dans un fauteuil
auprès du feu, il relisait pour la dixième fois En
vol avec les Canons .
Hermione lui lança également un regard sévère.
— J’aurais pensé que tu ferais quelque chose de
plus constructif, Harry, même si tu ne veux pas
réviser tes antidotes !
— Quoi, par exemple ? demanda Harry en
regardant Joey Jenkins de l’équipe des Canons
envoyer un Cognard sur le poursuiveur des
Chauves-Souris de Fichucastel .
— L’œuf ! murmura Hermione entre ses dents.
— Écoute, Hermione, j’ai jusqu’au 24 février
pour y penser.
Il avait rangé l’œuf d’or dans sa valise et ne

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 616 / 1147
l’avait plus ouvert depuis la fête qui avait suivi sa
première tâche. Après tout, il lui restait encore
deux mois et demi avant d’être vraiment obligé de
percer le mystère de ces hurlements.
— Mais il te faudra peut-être des semaines pour
découvrir ce que ça veut dire ! fit remarquer
Hermione. Tu vas avoir l’air d’un parfait idiot si
tout le monde sait en quoi consiste la prochaine
tâche sauf toi !
— Laisse-le tranquille, Hermione, il a bien
mérité de se reposer un peu, dit Ron.
Il posa les deux dernières cartes sur le château
qui explosa en lui brûlant les sourcils.
— Bravo, Ron, tu es très bien comme ça… Ça ira
à merveille avec ta tenue de soirée !
C’étaient Fred et George. Ils s’assirent avec eux
à la table tandis que Ron se tâtait les sourcils pour
essayer d’évaluer les dégâts.
— Ron, on peut t’emprunter Coquecigrue ?
demanda George.
— Non, il est en train de porter une lettre,
répondit Ron. Pourquoi ?
— Parce que George veut l’inviter au bal, dit
Fred d’un ton narquois.
— Parce qu’on veut envoyer une lettre, espèce
de sombre idiot, dit George.

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 617 / 1147
— À qui vous écrivez comme ça, tous les deux ?
demanda Ron.
— Ne mets pas ton nez dans nos affaires, sinon
je te le brûle aussi, répliqua Fred en brandissant sa
baguette magique d’un air menaçant. Alors… Vous
avez des filles pour vous accompagner au bal ?
— Pas encore, dit Ron.
— Tu ferais bien de te dépêcher, vieux, sinon il
ne restera plus que les moches, dit Fred.
— Et vous, vous serez avec qui ?
— Angelina, dit aussitôt Fred, sans la moindre
gêne.
— Quoi ? s’exclama Ron. Tu lui as déjà
demandé ?
— Tiens, tu fais bien de me le rappeler, répondit
Fred.
Il se retourna et s’écria :
— Oh, Angelina !
Angelina, qui bavardait près de la cheminée
avec Alicia Spinnet, leva les yeux vers lui.
— Quoi ? demanda-t-elle.
— Tu veux venir avec moi au bal ?
Angelina observa Fred comme si elle le jaugeait
du regard.
— D’accord, dit-elle, puis elle reprit sa
conversation avec Alicia, un petit sourire aux

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 618 / 1147
lèvres.
— Et voilà, dit Fred. Ce n’est pas plus difficile
que ça.
Il se leva en bâillant et ajouta :
— On ferait peut-être bien de prendre un hibou
de l’école, George. Viens…
Et tous deux sortirent de la salle commune.
Ron cessa de tâter ses sourcils et regarda Harry
par-dessus les débris fumants de son château en
ruine.
— Il a raison. On devrait peut-être s’en occuper
aussi… de trouver une fille pour le bal. Sinon, on
va finir avec une paire de trolls.
Hermione laissa échapper une exclamation
indignée.
— Une paire de quoi ? Comment tu as dit ?
— Je préférerais encore me retrouver tout seul
que d’y aller avec… disons avec Éloïse Midgen,
répondit-il en haussant les épaules.
— Son acné s’est beaucoup arrangée ces temps
derniers. Et elle est très sympathique !
— Elle n’a pas le nez au milieu de la figure, dit
Ron.
— Ah oui, je comprends, répliqua Hermione
avec irritation. Donc, en résumé, tu prendras la
plus belle fille que tu trouveras même si c’est la

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 619 / 1147
pire des chipies ?
— Heu… Oui, c’est à peu près ça, admit Ron.
— Je vais me coucher, lança Hermione d’un ton
sec.
Et sans ajouter un mot, elle monta l’escalier qui
menait aux dortoirs des filles.
Les responsables de Poudlard, toujours
désireux d’impressionner leurs hôtes de
Beauxbâtons et de Durmstrang, paraissaient
décidés à profiter de Noël pour présenter le
château sous son meilleur jour. Lorsque les
décorations furent installées, Harry resta bouche
bée : il n’en avait jamais vu d’aussi splendides. Des
stalactites de glace éternelle avaient été fixées aux
rampes de l’escalier de marbre, les traditionnels
douze sapins de Noël de la Grande Salle étaient
ornés de tout ce qu’on pouvait imaginer de plus
spectaculaire, des branches de houx à baies
lumineuses ou des hiboux d’or qui poussaient de
vrais hululements, et les armures avaient été
ensorcelées pour chanter des cantiques de Noël
chaque fois que quelqu’un passait devant elles.
Entendre chanter « Il est né le divin enfant » par
un heaume vide qui ne connaissait que la moitié
des paroles constituait un moment inoubliable. À
plusieurs reprises, Rusard dut faire sortir Peeves

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 620 / 1147
de l’intérieur d’une armure où il s’était caché pour
remplacer les paroles manquantes par des
couplets de sa propre invention qui offraient un
échantillon assez éloquent de sa grossièreté.
Harry n’avait toujours pas demandé à Cho de
l’accompagner au bal. Ron non plus n’avait pas de
cavalière et tous deux commençaient à s’inquiéter
sérieusement, même si, comme le lui avait fait
remarquer Harry, Ron aurait l’air beaucoup moins
stupide que lui s’il ne trouvait personne. Harry
était censé ouvrir le bal avec les autres champions.
— Il y a toujours Mimi Geignarde, dit-il d’un air
lugubre, en parlant du fantôme qui hantait les
toilettes des filles du deuxième étage.
— Harry, il faut simplement serrer les dents et y
aller, dit Ron le vendredi matin, comme s’ils
s’apprêtaient à se lancer à l’assaut d’une forteresse
inexpugnable. Quand nous reviendrons dans la
salle commune, ce soir, nous devrons avoir tous
les deux des partenaires. D’accord ?
— Heu… d’accord, dit Harry.
Mais chaque fois qu’il aperçut Cho ce jour-là –
pendant la récréation, à l’heure du déjeuner et
dans un couloir en allant au cours d’histoire de la
magie – elle était entourée d’amies. Elle n’allait
donc jamais nulle part toute seule ? Peut-être
devrait-il se mettre en embuscade sur le chemin

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 621 / 1147
des toilettes ? Mais non, même là, elle semblait
entourée d’une escorte de quatre ou cinq filles.
Pourtant, s’il ne se décidait pas bientôt, quelqu’un
d’autre allait inévitablement l’inviter à sa place.
Il eut du mal à se concentrer pendant le cours
de Rogue consacré aux antidotes et oublia
d’ajouter à sa préparation l’ingrédient essentiel –
un bézoard – ce qui lui valut la plus mauvaise note
de la classe. Mais peu lui importait : il était trop
occupé à rassembler le courage nécessaire pour
entreprendre ce qu’il avait décidé de faire. Lorsque
la cloche sonna, il prit son sac et se précipita vers
la porte.
— Je vous retrouve au dîner, dit-il à Ron et à
Hermione avant de monter l’escalier quatre à
quatre.
Il lui faudrait simplement demander à Cho s’il
pouvait lui dire un mot en particulier, voilà tout…
Il se hâta le long des couloirs bondés d’élèves, la
cherchant partout, et finit par la trouver plus tôt
qu’il ne le pensait, à la sortie de son cours de
défense contre les forces du Mal.
— Heu… Cho ? Est-ce que je pourrais te dire un
mot ?
En voyant glousser les filles qui l’entouraient,
Harry pensa avec fureur que les gloussements
devraient être interdits par la loi et punis de fortes

Harry Potter – T4 – Harry Potter et la Coupe de feu 622 / 1147
amendes. Heureusement, Cho, elle, ne gloussait
pas.
— D’accord, dit-elle en le suivant un peu plus
loin, là où ses amies ne pouvaient les entendre.
Harry se tourna vers elle et sentit une étrange
contraction dans son estomac, comme s’il avait
raté une marche en descendant l’escalier.
— Heu…, dit-il.
Il n’arrivait pas à poser la question. C’était
impossible. Pourtant, il le fallait. Cho restait
immobile devant lui en le regardant d’un air
perplexe. Les mots s’échappèrent de ses lèvres
avant qu’il ait eu le temps de les articuler
clairement.
— Teuvniaubalecmoi ?
— Pardon ? dit Cho.
— Tu… Tu veux venir au bal avec moi ? répéta-
t-il plus intelligiblement.
Pourquoi fallait-il qu’il rougisse en cet instant ?
Pourquoi ?
— Oh ! dit Cho, qui rougit à son tour. Oh,
Harry, je suis vraiment désolée – et elle semblait
sincère. J’ai déjà accepté d’y aller avec quelqu’un
d’autre.
— Ah bon, dit Harry. C’était étrange. Un instant
auparavant, il avait senti ses entrailles se tortiller

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