Cinq semaines en ballon A1 Jules Verne

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Jules Verne
Cinq semaines
en ballon
A1
CLE International
2009

Jules Verne naît le 8 f évrier 1828  à 
Nantes, dans une famille bourgeoise. Il fait 
des 
études de droit  à Paris, mais bien vite il
est attir
é par la litt érature et commence  à 
é
crire.
Il 
écrit pour le th éâ tre, pour l’op éra... 
é
tudie pour son plaisir les math ématiques, 
la physique, la g
éographie, les sciences... 
é
crit plusieurs romans et cr ée un genre nouveau : le roman 
scientifique d’anticipation.
En 1863, il publie  Cinq semaines en ballon  ­ le premier des cent
un volumes des Voyages extraordinaires dans les mondes connus
et inconnus. C’est 
à la fois un voyage dans les airs et un voyage 
en Afrique.
Gr
âce  à ses romans, Jules Verne nous fait voyager dans le 
monde entier.  Le Tour du monde en quatre­vingts jours, Les 
Enfants du capitaine Grant, Michel Strogoff,   Mathias Sandorf...  
nous emm
ènent sur les diff érents continents.
Les aventures en mer sont les plus nombreuses :  L’
île 
myst
érieuse, Un capitaine de quinze ans, Vingt mille lieues sous 
les mers...
À
 travers tous ses romans, Jules Verne nous fait partager sa 
passion de l’inconnu et de la d
écouverte.
Il meurt 
à Amiens en 1905.
***
Le XIX e
 si
ècle est le si ècle des grands romans et des grands 
romanciers. Jules Verne est le contemporain de Balzac, 
Alexandre Dumas p
ère, Gustave Flaubert, Guy de Maupassant, 
É
mile Zola...
Dans la seconde moiti
é du XIX e
 si ècle, les sciences 
d’observation, la physique, l’histoire naturelle sont tr
ès  à la 

mode en France. Les Français, qui voient na ître la radio, les 
rayons X, le cin
éma, l’automobile, aspirent  à la connaissance  à 
travers les faits. Cette tendance se retrouve 
également dans les 
romans qui deviennent plus r
éalistes. Jules Verne se sert des 
d
écouvertes des savants de son  époque et cr ée un nouveau genre 
litt
éraire : le roman scientifique d’anticipation.
Cinq semaines en ballon  para
ît en librairie en 1863.

CHAPITRE 1
Dans son numéro du 15 janvier, le  Daily Telegraph  publie 
l’article suivant : « Le docteur Samuel Fergusson a l’intention de 
traverser en ballon toute l’Afrique, de l’est 
à l’ouest. Le point de 
d
épart de ce voyage est l’ île de Zanzibar et le point d’arriv ée est 
bien entendu inconnu. Le docteur Fergusson a propos
é hier 
officiellement cette exploration scientifique 
à la Soci été royale de
g
éographie. »
***
Le docteur Fergusson a un ami : Dick Kennedy. Les deux 
hommes sont tr
ès diff érents. Dick Kennedy est un  É cossais fort 
et ent
êté. C’est un tr ès bon chasseur. Les deux amis se sont 
connus en Inde. Dick chassait le tigre et l’
éléphant, Samuel 
cherchait des plantes et des insectes. Depuis, les deux hommes 
sont rest
és tr ès amis et ils se voient souvent.
Un matin, Dick Kennedy apprend le projet de son ami par le 
Daily Telegraph .
—   Il est fou ! s’
écrie­t­il. Traverser l’Afrique en ballon !
Le soir m
ême, Kennedy prend le train et, le lendemain, il est  à 
Londres. Trois quarts d’heure plus tard, il arrive chez son ami.
Fergusson lui ouvre lui­m
ême la porte.
—  Dick ? Que fais­tu 
à Londres ? lui demande­t­il.
—  Ce que raconte le journal est vrai ?
—  Ces journaux sont bien indiscrets ! Mais assois­toi donc, mon
cher Dick.
—  Je ne veux pas m’asseoir ! Tu as vraiment l’intention de faire
ce voyage ?

—  Parfaitement, et je le prépare d éjà. Mais sois tranquille, j’ai 
bien l’intention de t’emmener avec moi !
—  Tu parles s
érieusement ? demande le chasseur. Et si je ne 
veux pas t’accompagner ? Mon cher Samuel, ce voyage est 
impossible ! Tu as pens
é aux dangers, aux difficult és ?
—  Les difficult
és, r épond s érieusement Fergusson, existent 
pour 
être vaincues.
—  Mais enfin, dit le chasseur apr
ès une heure de discussion, si 
tu veux absolument traverser l’Afrique, pourquoi ne le fais­tu 
pas par la route ?

—  Pourquoi ? Mais parce que tous ceux qui ont essayé de le 
faire par la route ont 
échou é ! Avec mon ballon, tout est possible 
et je n’ai rien 
à craindre. Si j’ai trop chaud, je monte; si j’ai froid, 
je descends; les montagnes, les pr
écipices, les fleuves ne sont 
plus des obstacles. Je marche sans me fatiguer et je m’arr
ête 
quand je le veux, et non pas parce que je suis fatigu
é. De plus, le 
gouvernement anglais a promis que trois ou quatre navires se 
trouveront sur la c
ôte occidentale  à l’ époque o ù j’arriverais. Dans
trois mois au plus je dois 
être  à Zanzibar pour gonfler mon 
ballon, et de l
à nous partirons...
—  Nous ? demande Dick.
—  Comment ? Tu n’es pas encore d
écid é ?
—  Si tu veux voir le pays, monter et descendre comme tu le 
veux, tu ne pourras pas le faire sans perdre ton gaz...
—  Mon cher Dick, je ne perdrai pas de gaz.
—  Et tu descendras quand tu le voudras ?
—  Je descendrai quand je le voudrai.
—  Et comment vas­tu faire ?
—  Ceci est mon secret, ami Dick.
***
Le docteur Fergusson a un domestique qui s’appelle Joe. Joe a 
une confiance absolue en son ma
ître et c’est un serviteur fid èle, 
qui a d
éjà accompagn é son ma ître dans plusieurs voyages. C’est 
pourquoi quand le docteur parle de traverser l’Afrique en ballon, 
Joe n’a aucun doute : le voyage va se faire et il va partir avec son
ma
ître.
—  Tu penses vraiment accompagner ton ma
ître ? lui demande 
un jour Dick.
—  Je l’accompagnerai o
ù il voudra. Je veux  être  à c ôté de lui 
pour lui donner la main, pour l’aider 
à sauter un pr écipice ; je 

veux être  à c ôté de lui pour le soigner s’il est malade, pour le 
porter s’il est fatigu
é...
—  Brave gar
çon !
—  D’ailleurs, vous venez avec nous, ajoute Joe.
—  Oui, bien s
ûr ! C’est­ à­dire je vous accompagne pour 
emp
êcher jusqu’au dernier moment Samuel de faire une pareille 
folie !
—  Vous n’arr
êterez rien du tout, monsieur Kennedy. Et puis, 
pour un chasseur comme vous, l’Afrique est un pays merveilleux.
À
 propos, vous savez que c’est aujourd’hui le pesage. Mon 
ma
ître, vous et moi allons tous trois nous peser.
—  Je ne me laisserai pas peser, dit l’Ecossais.
—  Bon! dit Joe en riant, vous parlez ainsi parce que votre ami 
n’est pas l
à ; mais quand il vous dira face  à face : « Dick, j’ai 
besoin de conna
ître exactement ton poids », vous irez.
—  Je n’irai pas.
À
 ce moment, le docteur entre dans son cabinet de travail o ù a 
lieu cette conversation.
Il regarde son ami et lui dit :
—  Dick, viens avec Joe; j’ai besoin de savoir ce que vous pesez 
tous les deux.
—  Mais...
—  Tu pourras garder ton chapeau sur la t
ête pendant le pesage.
Viens.
Et Kennedy le suit.

CHAPITRE 2
Le ballon du docteur Fergusson est très particulier : il y a en 
r
éalit é deux ballons d’in égale grandeur et le plus petit est  à 
l’int
érieur du plus grand. Les deux ballons peuvent 
communiquer entre eux. Le ballon ext
érieur a une forme 
allong
ée : son diam ètre horizontal est de cinquante pieds et son 
diam
ètre vertical de soixante­quinze.
Pendant son voyage au­dessus de l’Afrique, le docteur veut 
pouvoir reconna
ître sa direction, conna ître exactement la 
position des principales rivi
ères, montagnes et villes, et il 
emporte avec lui des ancres, des cordes, deux barom
ètres, deux 
thermom
ètres, deux boussoles, un sextant, deux chronom ètres... 
Il emporte 
également du th é, du caf é, des biscuits, de la viande 
sal
ée, de l’eau­de­vie et de l’eau. Et bien s ûr, des couvertures, 
plusieurs objets de cuisine, les fusils du chasseur et ses 
provisions de poudre et de balles.
Le 10 f
évrier, les pr éparatifs du voyage sont termin és et, le 19 
f
évrier, les trois voyageurs s’installent  à bord du  Resolute , le 
bateau qui doit les conduire dans la ville de Zanzibar d’o
ù ils 
veulent s’envoler.
Les officiers du  Resolute  s’
étonnent en voyant que le docteur 
emporte peu de vivres.
—  Cela vous surprend ? Mais combien de temps pensez­vous 
que va durer le voyage ? Plusieurs mois ? Sachez qu’il n’y a pas 
plus de trois mille cinq cents milles de Zanzibar 
à la c ôte du 
S
énégal. En voyageant nuit et jour, nous pouvons traverser 
l’Afrique en sept jours.
—  Mais si vous traversez l’Afrique en si peu de temps, vous ne 
pourrez rien voir, dit un officier, qui a bien compris le but du 
voyage.

—  Aussi, répond le docteur, si je suis ma ître de mon ballon, si je
monte ou descends comme je veux, je peux m’arr
êter lorsque je le
d
ésire.
***
Le bateau arrive dans le port de Zanzibar le 15 avril, 
à onze 
heures du matin. Le consul anglais, qui conna
ît par les journaux 
d’Europe le projet du docteur Samuel Fergusson,­ va accueillir 
les voyageurs sur le bateau. Il apprend au docteur qu’il a re
çu 
plusieurs lettres du capitaine Speke. Le capitaine et ses 
compagnons, lui dit­il, ont souffert de la faim et du mauvais 
temps avant d’arriver au pays d’Ugogo.
—  Nous n’aurons pas ce genre de probl
èmes, r épond le docteur.

Le 18 avril, le ballon est prêt et les voyageurs d înent pour la 
derni
ère fois  à la table du capitaine et de ses officiers.

CHAPITRE 3
Le 19 avril, à six heures du matin, le ballon est pr êt  à partir. 
Kennedy s’approche du docteur, lui prend la main et dit :
—  Tu es donc d
écid é à partir, Samuel ?
—  Oui.
—  Tu reconnais que j’ai fait tout ce que j’ai pu pour emp
êcher ce
voyage ?
—  Tout.
—  Alors, j’ai la conscience tranquille, et je t’accompagne.
—  J’en 
étais s ûr, r épond le docteur.
À
 neuf heures, les trois compagnons montent dans la nacelle. 
Le docteur allume le chalumeau pour chauffer le gaz contenu 
dans l’enveloppe du ballon. Et le ballon commence 
à se soulever.
—  Mes amis, dit le docteur, donnons 
à notre ballon un nom qui 
lui portera bonheur ! Appelons­le le  Victoria  !
Et peu apr
ès, le  Victoria  s’ élève dans les airs. Pendant les 
premi
ères heures du voyage, les trois compagnons regardent 
é
merveill és le paysage. Le pays est tr ès vert. Ils survolent de 
nombreux villages et partout les habitants poussent des cris de 
stup
éfaction en voyant le Victoria. Le ballon se d éplace  à une 
vitesse de douze milles 
à l’heure et il se trouve bient ôt au­dessus 
du village de Tounda.
—  C’est l
à, dit le docteur, que Burton et Speke ont souffert de 
fi
èvres violentes. Ils n’ étaient pas tr ès loin de la c ôte et 
cependant ils 
étaient d éjà fatigu és, et la nourriture commen çait 
à
 manquer.
En effet, dans cette r
égion, les habitants ont tous la malaria; 
heureusement, le docteur peut 
éviter cette maladie en  élevant le 
ballon au­dessus de cette terre humide.

Le paysage change et les villages deviennent plus rares.
—  Est­ce que nous allons voyager pendant la nuit ? demande le 
chasseur.
—  Non, répond le docteur. Nous ne devons pas seulement 
traverser l’Afrique, nous devons aussi la voir.
Vers six heures et demie du soir, le  Victoria  se trouve en face 
du mont Duthumi. Il passe pardessus et, 
à huit heures, il 
descend le c
ôté oppos é. Joe lance les ancres hors de la nacelle et 
l’une d’elles s’accroche 
à la branche d’un arbre  énorme. Il se 
laisse glisser le long de la corde et l’attache solidement. Le ballon
reste immobile et les trois compagnons pr
éparent le repas du 
soir.
Les trois hommes d
écident de diviser la nuit en trois quarts : 
comme cela ils pourront tous dormir 
à tour de r ôle. Le docteur 
prend le quart de neuf heures, Kennedy celui de minuit et Joe 
celui de trois heures du matin.
***
Le samedi matin, en se r
éveillant, Kennedy est fatigu é et il a de
la fi
èvre.
—  Ce n’est pas 
étonnant, mon cher Dick, lui dit le docteur, car 
nous nous trouvons dans la r
égion la plus insalubre de l’Afrique. 
Mais nous n’allons pas y rester longtemps. En route !
Joe d
écroche l’ancre et le  Victoria  reprend son vol, pouss é par 
un vent fort.
Kennedy souffre beaucoup.
—  Regarde si tu as un f
ébrifuge dans ta pharmacie, Samuel.
—  Un peu de patience, mon cher Dick, lui dit le docteur 
Fergusson, et tu seras bient
ôt gu éri. Je n’ai rien dans ma 
pharmacie mais je vais te gu
érir avec quelque chose de tr ès 
naturel.

—  Et qu’est­ce que tu vas faire ?
—  C’est bien simple. Je vais tout simplement monter au­dessus 
de ces nuages et m’éloigner d’ici. Dans dix minutes tu sentiras 
l’influence de l’air pur et du soleil.
Le  Victoria  monte 
à une hauteur de quatre mille pieds. On ne 
voit plus la terre. Trois heures plus tard, Kennedy ne sent plus 
aucun frisson de fi
èvre et il d éjeune avec app étit.
—  Nous avons bien fait de traverser ce pays en ballon et non 
pas 
à pied, explique Fergusson. Le jour, il fait une chaleur 
humide, et la nuit un froid insupportable... Sans parler des 
animaux f
éroces et des habitants de ces terres qui sont tout 
aussi cruels. Les voyageurs qui l’ont travers
é à pied avant nous 
ont d
û marcher dans cette boue malsaine et ils ont vu mourir la 
moiti
é de leurs b êtes.

CHAPITRE 4
Quelques heures plus tard, le  Victoria  s’approche du sol. Joe 
lance les ancres et le ballon devient immobile.
—  Maintenant, dit Fergusson, prends deux fusils, ami Dick, un 
pour toi et l’autre pour Joe, et essayez de rapporter de beaux 
morceaux d’antilope pour notre dîner.
—  Partons ! crie Kennedy.
Les deux hommes descendent de la nacelle.
—  Ne vous envolez pas, mon ma
ître, crie Joe.
—  Sois tranquille, mon gar
çon. Bonne chasse ! Je vais observer 
le pays sans descendre de la nacelle et, s’il y a un danger, je tire 
un coup de fusil.
Apr
ès une demi­heure de marche, Joe et Dick arrivent dans une
for
êt.
—  Cela fait du bien de marcher, monsieur Dick. Kennedy fait 
signe 
à son compagnon de se taire et de s’arr êter : une dizaine 
d’antilopes boivent au bord d’une rivi
ère.
Kennedy tire un coup de fusil et une antilope tombe. C’est, un 
magnifique animal.
Joe pr
épare la viande.
—  Savez­vous 
à quoi je pense, monsieur Dick ?
—  Sans doute 
à tes biftecks, r épond le chasseur.
—  Pas du tout ! Et si nous ne retrouvons pas le  Victoria  ?
—  Quelle id
ée ! Tu veux que le docteur nous abandonne ?
—  Non, mais si l’ancre se d
étache...
—  Impossible !
À
 ce moment, ils entendent un coup de fusil.

—  Un danger pour nous, dit Dick.
—  Ou peut­être pour lui ! r épond Joe.
—  En route !
Ils entendent un second coup de fusil.
—  D
épêchons­nous ! crie Joe.
Ils voient enfin le Victoria. Il est bien 
à sa place et le docteur 
est dans la nacelle.
—  Un groupe de Noirs entourent la nacelle, dit Joe.
En effet, 
à deux milles de l à, une trentaine d’hommes entourent
le ballon en gesticulant et en hurlant. Quelques­uns, mont
és 
dans l’arbre o
ù est accroch ée l’ancre, s’avancent sur les branches 
les plus hautes pour essayer de monter dans la nacelle.
—  Mon ma
ître est perdu ! dit Joe.
Un nouveau coup de fusil part de la nacelle et atteint un corps 
qui grimpe par la corde de l’ancre. Le corps sans vie tombe de 
branche en branche et reste suspendu 
à une vingtaine de pieds 
du sol, ses deux bras et ses deux jambes se balan
çant dans l’air.

—  Hein ? fait Joe en s’arrêtant. Par o ù diable se tient cet 
animal­l
à ?
—  Peu importe, r
épond Dick.
—  Ah, monsieur Kennedy, s’
écrie Joe, en  éclatant de rire; par 
sa queue ! C’est un singe ! Ce sont des singes !
—  Ç
a vaut mieux que des hommes ! r épond Kennedy.
Les deux hommes tirent quelques coups de fusil sur les 
animaux qui partent aussit
ôt.
Peu apr
ès, le  Victoria  s’ élève dans l’air et se dirige vers l’est.
Vers sept heures, le ballon vole au­dessus de Kanyem
é puis il 
s’approche du Mdaburu. Le vent tombe et, en voyant ce calme de
la nature, le docteur d
écide de passer la nuit dans les airs.
***
Le lendemain matin, ils reprennent leur route.
—  Voil
à Jihoue­la­Mkoa, dit le docteur. Nous allons nous 
arr
êter un instant pour prendre de l’eau.
Vers deux heures, par un temps magnifique, le  Victoria  est au­
dessus de la ville de Kazeh, situ
ée  à trois cent cinquante milles 
de la c
ôte.
—  Nous sommes partis de Zanzibar 
à neuf heures du matin, dit
le docteur Fergusson; et apr
ès deux jours de travers ée, nous 
avons parcouru pr
ès de cinq cents milles. Les capitaines Burton 
et Speke ont mis quatre mois et demi pour faire le m
ême chemin.

CHAPITRE 5
Kazeh n’est pas vraiment une ville. C’est un ensemble de cases 
avec de petites cours et de petits jardins, de grands arbres et une
grande place pour le marché. C’est le rendez­vous des 
caravanes ; celles du Sud qui apportent des esclaves et de 
l’ivoire; celles de l’Ouest qui vendent du coton et des verroteries 
aux tribus des Grands Lacs.
Sur le march
é, il y a une agitation permanente, un brouhaha 
sans nom compos
é du cri des porteurs, du son des tambours, du 
braiement des 
ânes, du chant des femmes, des cris des enfants... 
Tout 
à coup, hommes, femmes, enfants, esclaves, marchands, 
Arabes et Noirs, tout le monde dispara
ît. Le  Victoria  vient 
d’appara
ître dans les airs.
—  Bon, dit le docteur; ces indig
ènes ont eu peur mais ils vont 
bient
ôt revenir.
Le  Victoria  s’approche de la place et Joe accroche une ancre au 
sommet d’un arbre.
Les indig
ènes apparaissent  à nouveau. Plusieurs “ Waganga ”, 
les sorciers de l’endroit, s’avancent. Les femmes et les enfants 
entourent la nacelle et tendent les mains vers le ciel.
—  C’est leur mani
ère de supplier, dit le docteur Fergusson; et 
cela veut dire que nous sommes des personnes importantes.
Un sorcier fait un geste et toute la foule se tait. Puis il adresse 
quelques mots en arabe aux voyageurs. Le docteur comprend 
alors que les indig
ènes croient que le  Victoria  est la Lune en 
personne. Il r
épond avec une grande dignit é que la Lune visite 
ses terres tous les mille ans, et qu’ils peuvent demander ce qu’ils 
veulent.
Le sorcier r
épond que le sultan, le “ Mwani ”, est malade depuis
plusieurs ann
ées et il invite les fils de la Lune  à aller le voir.
—  Tu vas aller voir ce roi ? demande le chasseur 
à Fergusson.

—  Bien sûr, nous n’avons rien  à craindre.
—  Mais que vas­tu faire ?
—  Sois tranquille, mon cher Dick. J’ai quelques m
édicaments...
Puis, s’adressant 
à la foule :
—  La Lune a eu piti
é de votre sultan et elle nous envoie pour le 
gu
érir.
La foule commence 
à chanter pour remercier les enfants de la 
Lune.
—  Maintenant, mes amis, dit le docteur Fergusson, il faut nous 
organiser; nous pouvons, 
à un moment donn é, être oblig és de 
repartir rapidement. Je vais aller voir ce sultan. Joe restera au 
pied du ballon et toi, Dick, reste dans la nacelle.
Il est trois heures de l’apr
ès­midi et le soleil brille. Fergusson 
part lentement vers le palais du sultan, accompagn
é par la foule.
Il entre dans le palais et s’avance vers le lit du malade : c’est un 
homme de quarante ans, abruti par l’alcool.
Le docteur ranime un instant le sultan et la foule pousse des 
cris pour le remercier. Fergusson sort du palais et se dirige 
rapidement vers le  Victoria . Il est six heures du soir.
Soudain, la foule se met 
à courir derri ère lui en hurlant. Les 
sorciers ont l’air tr
ès en col ère. Le docteur arrive enfin au pied 
du ballon et il monte rapidement dans la nacelle, suivi de Joe.
—  Ne perdons pas de temps et coupons la corde, dit­il 
à ses 
compagnons.
—  Mais que se passe­t­il ? demande Joe.
—  Regardez ! r
épond le docteur en montrant le ciel : la Lune !
La Lune, en effet, se l
ève, rouge et magnifique. Elle ressemble  à
une boule de feu dans le ciel bleu. C’est bien la Lune ! La Lune et
le  Victoria . Ou il y a deux Lunes, ou les 
étrangers ne sont que 

des faux dieux ! Voilà ce que pense la foule et pourquoi elle court 
derri
ère Fergusson. Les habitants de Kazeh comprennent que les
faux dieux vont s’
échapper et ils poussent des cris. Un sorcier 
s’approche du ballon. Il grimpe dans l’arbre o
ù est accroch ée 
l’ancre.
—  Je coupe la corde ? demande Joe.
—  Attends, r
épond le docteur.
—  Mais ce sorcier...
À
 ce moment, le sorcier d écroche l’ancre de l’arbre. Mais le 
Victoria  s’envole et le sorcier, accroch
é à l’ancre, s’envole 
é
galement.
—  Un petit voyage ne lui fera pas de mal, dit Kennedy en riant.
—  Est­ce que nous allons l
âcher cet homme tout d’un coup ? 
demande Joe.
—  Non, r
épond le docteur. Nous le redescendrons 
tranquillement 
à terre. Apr ès une telle aventure, les habitants 
de Kazeh lui donneront encore plus de pouvoirs.
Une demi­heure plus tard, le docteur, voyant le pays d
ésert, se 
rapproche de la terre et rend sa libert
é au sorcier.

CHAPITRE 6
Les voyageurs ont quitté Zanzibar depuis cinq jours seulement 
et Samuel Fergusson se sent 
ému : il vient enfin d’apercevoir  à 
l’horizon ce lac tant cherch
é, que le capitaine Speke a vu le 3 
ao
ût 1858 et qu’il a appel é Nyanza Victoria. Les voyageurs 
lancent leur ancre sur un arbre et le Victoria devient immobile. 
Mais ils ne peuvent pas descendre 
à terre car des arm ées de 
moustiques couvrent le sol.
—  Demain, si le vent est favorable, dit le docteur, nous irons 
vers le nord et nous d
écouvrirons peut­ être les sources du Nil, ce 
secret que personne ne conna
ît.
Le mercredi 23 avril, le  Victoria  part vers le nord.
—  Aujourd’hui, nous verrons le Nil, dit le docteur. Je suis s
ûr 
que ce fleuve prend sa source dans ce lac.
—  Nous verrons bien, r
épond Kennedy.
Le docteur Fergusson observe le pays avec attention.
—  Regardez ! dit­il 
à ses deux compagnons, nous sommes au­
dessus d’un fleuve et ce fleuve est s
ûrement le Nil !

Le docteur Fergusson montre une île au milieu du fleuve.
—  Regardez ! C’est l’
île de Benga. Nous allons descendre.
—  Elle semble habit
ée, monsieur Samuel.
—  Joe a raison ; il y a un groupe d’une vingtaine d’indig
ènes.
Le  Victoria  s’approche de l’
île. Les Noirs, qui appartiennent  à la
tribu de Makado, poussent de grands cris. Kennedy fait feu et les
indig
ènes se jettent dans le fleuve.
—  Descendons, dit le docteur.
Il emm
ène ses compagnons vers un groupe de rochers et semble
chercher quelque chose. Tout d’un coup, il prend le bras de Dick :
—  Regarde ! dit­il.
—  Des lettres ! s’
écrie Kennedy.
En effet, deux lettres sont grav
ées sur le rocher : A.D.
—  A.D., dit le docteur Fergusson. Andrea Debono ! La signature
du voyageur qui est arriv
é le plus loin sur le Nil !
—  C’est bien le Nil ! Nous ne pouvons pas nous tromper !
Dix minutes apr
ès, le  Victoria  reprend sa route dans les airs.
—  Mes amis, dit le docteur 
à ses deux compagnons, nous 
commen
çons maintenant v éritablement notre travers ée de 
l’Afrique. Jusqu’ici, nous avons suivi les pas d’autres 
explorateurs, mais maintenant nous partons dans l’inconnu.

CHAPITRE 7
En ce jour du 23 avril, le ballon parcourt une distance de plus 
de trois cent quinze milles. La région qu’il survole est immense.
—  Nous traversons sans doute le royaume d’Usoga, dit le 
docteur.
—  Est­ce que cette r
égion est habit ée ? demande Joe.
—  Oui, et mal habit
ée. On appelle ses habitants les Nyam­
Nyam, et ce nom reproduit le bruit que l’on fait lorsqu’on mange.
Ces peuples sont consid
érés comme anthropophages...
La nuit devient obscure et le docteur accroche le ballon 
à un 
arbre. Ils s’endorment chacun 
à leur tour. Dick est de garde 
lorsqu’il entend soudain un sifflement.
Est­ce un cri d’animal ? Est­ce que ce cri sort d’une bouche 
humaine ?
Dick met la main sur l’
épaule du docteur et le r éveille. Puis il 
r
éveille Joe et il leur raconte ce qu’il a entendu.
Joe et Dick prennent leurs fusils et descendent dans l’arbre; ils 
voient un groupe important de Noirs qui montent dans l’arbre 
pour essayer d’arriver jusqu’au ballon et ils tirent sur eux pour 
les faire fuir. Les Noirs partent en criant. Mais au milieu des 
cris, une voix humaine dit ces mots en fran
çais :
—  À
 moi !  À  moi !
Kennedy et Joe remontent dans la nacelle.
—  Vous avez entendu ? leur demande le docteur. Il y a un 
Fran
çais et il est prisonnier. C’est s ûrement un voyageur, peut­
ê
tre un missionnaire. Nous devons tout faire pour le sauver !
—  À
 moi !  À  moi ! r épète la voix, plus faiblement.
—  Il faut lui faire savoir que nous voulons le sauver, dit 
Fergusson.

Et debout dans l’obscurité, il crie :
—  Ayez confiance ! Trois amis vont vous sauver !
Un cri terrible leur r
épond.
—  Nous avons encore deux cents livres de lest, dit le docteur. Si
ce prisonnier p
èse autant que nous, il nous restera encore 
soixante livres 
à jeter afin de monter plus rapidement. Nous 
allons descendre et le sauver. Joe jettera le lest au moment o
ù 
nous mettrons ce pauvre homme dans la nacelle.
À
 cent pieds au­dessous du ballon, il y a un jeune homme de 
trente ans, 
à demi nu, maigre, couvert de sang, qui est couch é 
par terre.
—  C’est un missionnaire, dit Joe.
—  Pauvre homme ! r
épond Dick. Il faut le sauver. La nacelle 
s’approche du sol. Le docteur prend le missionnaire sous les bras
et le monte dans la nacelle. Au m
ême instant, Joe jette les deux 
cents livres de lest et le ballon s’
élève.
—  Hourra! crient les trois hommes.
Le Fran
çais ouvre les yeux.

—  Vous êtes sauv é, lui dit le docteur.
—  Je vous remercie ; mais je ne vais pas vivre bien longtemps.
Et le missionnaire s’endort 
à nouveau.
Le docteur le couche sur une couverture, lave ses blessures et 
lui donne un peu d’alcool pour le ranimer.
Le lendemain, le malade semble aller mieux. Il appelle ses 
nouveaux amis.
—  Comment allez­vous ? lui demande Fergusson.
—  Mieux ! r
épond­il. Mais qui  êtes­vous ?
—  Nous sommes des voyageurs anglais, r
épond Samuel, et nous
traversons l’Afrique en ballon.
Mais le soir, le missionnaire va plus mal.
—  Mes amis, dit­il, je vais mourir. Mettez­moi 
à genoux.
Kennedy le soul
ève, mais le missionnaire retombe aussit ôt dans
les bras du chasseur.
—  Mort ! dit le docteur. Demain matin nous l’enterrerons dans 
cette terre d’Afrique.
Le  Victoria  descend. Kennedy et Joe font un trou profond pour 
enterrer le missionnaire. Le docteur reste immobile. Il pense.
—  À
 quoi penses­tu, Samuel ? lui demande Dick.
—  Je pense que ce missionnaire, qui vivait dans la pauvret
é, est
enterr
é maintenant dans une mine d’or !
—  Une mine d’or ! disent en m
ême temps Kennedy et Joe. 
Impossible!
—  Et pourtant c’est bien une mine d’or, r
épond tranquillement 
le docteur. Ces pierres sur lesquelles vous marchez, et qui 
ressemblent 
à des pierres ordinaires, contiennent en fait de l’or.
—  C’est impossible, impossible ! r
épète Joe.

Et il court comme un fou d’une pierre à l’autre.
—  Tranquille, Joe ! lui dit son ma
ître. R éfl échis !  À  quoi peut 
bien nous servir cet or ? Nous ne pouvons pas l’emporter. C’est 
trop lourd pour notre nacelle.
—  Mais nous ne pouvons pas abandonner ces richesses, se 
plaint Joe.
—  Nous ne sommes pas venus ici pour chercher la fortune, 
d
éclare le chasseur.
—  Mais enfin, dit Joe, nous pouvons remplacer le sable du lest 
par de l’or.
—  D’accord, lui r
épond le docteur. Mais tu ne feras pas la 
grimace chaque fois que nous jetterons quelques milliers de 
livres par­dessus la nacelle.

CHAPITRE 8
Le  Victoria  passe la nuit accroché à un arbre et, apr ès les 
é
motions des journ ées pr écédentes, les voyageurs peuvent enfin 
se reposer.
Le matin suivant, le ballon s’
élève dans les airs, mais il se 
d
éplace difficilement.
—  Nous n’avan
çons plus, dit le docteur. Si je ne me trompe pas, 
nous avons fait la moiti
é de notre voyage en dix jours  à peu pr ès;
mais si nous continuons comme maintenant, nous allons mettre 
des mois pour le terminer. Et en plus, nous n’avons presque plus 
d’eau !

Les trois hommes survolent maintenant le désert. Ils ne voient 
plus d’arbres, plus un seul village... Et ils se d
éplacent tr ès 
lentement.
En plus, ils n’ont plus beaucoup d’eau. Il reste en tout trois 
gallons, c’est­
à­dire quinze litres. Fergusson garde deux gallons 
pour le chalumeau. Il reste donc seulement cinq litres d’eau pour
les trois hommes.
—  Avec les deux gallons d’eau, je peux faire avancer le ballon 
pendant cinquante­quatre heures, annonce Fergusson. Je ne 
veux pas voyager la nuit car je veux voir s’il existe une rivi
ère. 
C’est donc trois jours et demi de voyage... Il faut absolument 
trouver de l’eau !
—  Rationnons­nous, r
épond le chasseur.
Au repas du soir, l’eau est mesur
ée.
Le lendemain matin, le soleil est tr
ès chaud. La temp érature 
devient br
ûlante. Le docteur ne veut pas faire monter le ballon, 
par crainte de la chaleur. Il ne veut pas d
épenser plus d’eau.
—  Maudite chaleur ! dit Joe en essuyant son front.
Le lendemain, c’est le 1 er
 mai.
—  Nous ne sommes pas 
à plus de trois cents milles du golfe de 
Guin
ée, dit Fergusson. Et comme la c ôte est habit ée, le d ésert va
bient
ôt se terminer et nous trouverons s ûrement de l’eau.
—  Je crois que je vois des nuages 
à l’est, dit Joe.
—  Tu as raison, r
épond le docteur. Mais ce nuage est tout seul 
et il ne va pas apporter de pluie.
À
 ce moment, Joe dit avec surprise :
—  Mon ma
ître ! Monsieur Kennedy ! Regardez ! Nous ne 
sommes pas seuls ici ! Quelqu’un a le m
ême ballon que nous !
—  Est­ce que Joe devient fou ? demande Kennedy 
à Fergusson.

—  Regardez, monsieur, dit Joe en montrant du doigt quelque 
chose dans le ciel.
En effet, à deux cents pieds, un ballon flotte dans l’air avec sa 
nacelle et ses voyageurs ; et il suit exactement la m
ême route 
que le  Victoria .
—  Eh bien, dit le docteur, nous allons faire des signes 
à ses 
voyageurs.
Mais les voyageurs de l’autre ballon ont eu la m
ême id ée au 
m
ême moment car ils agitent la main de la m ême fa çon.
—  Qu’est­ce que cela veut dire ? demande le chasseur.
—  Cela veut dire, r
épond Fergusson en riant, que tu es en train
de te faire un signe de la main 
à toi­m ême. Cela veut dire que 
l’autre ballon est tout simplement notre  Victoria . Agite tes bras, 
Joe, et tu verras.
Joe ob
éit. Il bouge ses bras et un des hommes de l’autre ballon 
les bouge au m
ême moment, de la m ême fa çon.

—  C’est ce qu’on appelle un mirage, dit le docteur : tu crois voir 
quelque chose qui n’existe pas. C’est tout !
—  C’est un spectacle vraiment étrange, dit Kennedy.
Vers quatre heures, Joe montre deux arbres : ce sont des 
palmiers.
—  Des palmiers ! dit Fergusson ; cela veut dire qu’il y a un 
puits, de l’eau...
—  De l’eau ! De l’eau ! Nous sommes sauv
és. Buvons puisque 
nous allons trouver de l’eau !
À
 six heures, le ballon arrive au­dessus des deux palmiers. Ce 
sont deux petits arbres, secs, plus morts que vivants. Il y a un 
puits 
à c ôté mais il n’y a pas d’eau. Des os blanchis par le soleil 
entourent le puits... Les voyageurs se regardent et p
âlissent.
—  Ne descendons pas, dit Kennedy. Il n’y a pas d’eau ici.
Les trois hommes continuent leur voyage. Ils souffrent car ils 
ont soif. Il ne reste que quelques gouttes d’eau mais personne 
n’ose les boire.
—  Il faut faire un dernier effort, dit le docteur.
Il fait monter le ballon, cherche un courant d’air, un peu de 
vent, mais il ne trouve rien. Enfin le  Victoria , ne pouvant plus 
avancer, descend lentement et se pose sur le sable.
Il est midi et ils sont 
à presque cinq cents milles du lac Tchad,  à
plus de quatre cents milles des c
ôtes occidentales de l’Afrique.
Le lendemain, il ne reste qu’une demi­pinte d’eau et les trois 
hommes d
écident de la garder.
Kennedy est tr
ès malade. Il souffre beaucoup. Ses l èvres et sa 
langue lui font mal et il ne peut pas parler. Le soir, Joe devient 
presque fou. Il a des hallucinations et croit voir de l’eau partout. 
Il d
écide de terminer les quelques gouttes d’eau qui restent. 
Mais au moment o
ù il va boire, il entend «  À  boire !  À  boire ! ». 

C’est Kennedy. Joe lui donne la bouteille et Kennedy boit toute 
l’eau.
Le mardi matin, le docteur montre quelque chose du doigt :
—  Regardez là­bas ! Le simoun !
—  Tant mieux ! dit Kennedy, nous allons mourir !
—  Non, nous allons vivre, au contraire ! r
épond le docteur.
Il jette du lest et le ballon monte rapidement. Samuel, Dick et 
Joe ne parlent pas. Ils n’ont plus aussi chaud. 
À  trois heures, 
l’orage est termin
é et le ballon survole une petite  île couverte 
d’arbres.
—  L’eau ! L’eau est l
à ! crie le docteur.
Ils arr
êtent le ballon et descendent aussit ôt  à terre pour boire.

CHAPITRE 9
C’est aujourd’hui le 12 mai, dit le docteur. Nous sommes partis 
le 18 avril. Nous avons voyagé vingt­cinq jours. Encore dix jours 
et nous serons arriv
és.
Les voyageurs survolent le fleuve Shari puis, 
à neuf heures du 
matin, ils arrivent au bord du lac Tchad.
—  Voyez­vous l
à­bas ce groupe de gros oiseaux qui se dirigent 
vers nous ? demande Joe.
—  Je les vois, r
épond Kennedy. Il y en a quatorze !
—  Ces oiseaux ne me plaisent pas du tout, dit le docteur. 
J’esp
ère qu’ils ne vont pas faire de mal au ballon. De toute fa çon,
nous allons faire monter le  Victoria .
Le ballon s’
élève dans le ciel mais, malheureusement, les 
oiseaux aussi.
—  J’ai envie de tirer un coup de fusil sur ces oiseaux ! dit le 
chasseur. Ils sont quatorze et je peux tirer dix­sept coups de 
fusil.
—  Non, Dick, ne fais pas cela, r
épond Fergusson, car s’ils 
montent au­dessus du ballon, tu ne pourras pas les voir et ils 
seront encore plus dangereux.
À
 ce moment, un des oiseaux se lance sur le  Victoria , le bec 
ouvert, pr
êt  à mordre,  à faire un trou dans la toile du ballon.
—  Feu ! crie le docteur.
Kennedy et Joe tirent et tuent plusieurs oiseaux. Mais les 
autres oiseaux s’
élancent sur le  Victoria  et font un trou dans la 
toile du ballon. La nacelle se met 
à descendre. Joe jette les 
derniers morceaux de minerai, mais le ballon continue 
à 
descendre.
—  Nous sommes perdus ! crie Fergusson. Nous allons tomber 
dans le lac ! Videz les caisses d’eau !

Mais le ballon continue à tomber.
—  Les provisions, Joe ! Jette les provisions !
Joe ob
éit. Mais le ballon continue  à s’approcher du lac.
—  Jetez encore ce que vous pouvez ! crie­t­il 
à ses compagnons.
—  Il n’y a plus rien, r
épond Kennedy.
—  Si ! r
épond Joe.
Et il saute dans le lac.
—  Joe ! Joe ! crie le docteur terrifi
é.
Mais Joe ne peut pas l’entendre. Le  Victoria , qui vient de 
perdre beaucoup de poids, remonte 
à mille pieds dans les airs.
—  Il faut descendre 
à terre d ès que possible, Dick, et puis tout 
faire pour retrouver Joe.
Le  Victoria  descend et se pose au nord du lac, sur une c
ôte 
d
éserte.
—  Au moment o
ù Joe a saut é, nous  étions au­dessus d’une  île, 
dit Kennedy.
—  Oui, et cette 
île, comme toutes celles du Tchad, est sans 
doute habit
ée par des sauvages meurtriers. S’ils trouvent Joe, 
que va­t­il devenir ? Je crois que, d’abord, il faut lui donner de 
nos nouvelles et lui faire savoir o
ù nous sommes.
—  Oui, mais comment ? demande Kennedy.
—  Nous allons reprendre notre place dans la nacelle et nous 
é
lever dans l’air. Joe nous verra s ûrement et il nous fera un 
signe pour nous faire savoir o
ù il est.
—  Il le fera s
ûrement s’il est seul et libre, Samuel, mais s’il est 
prisonnier ?

—  Les indigènes n’ont pas l’habitude d’enfermer leurs 
prisonniers. S’il n’est pas libre, il nous verra et il saura que nous 
le cherchons.
—  Alors, partons, r
épond le chasseur.
Le ballon reste toujours 
à une hauteur entre deux cents et cinq 
cents pieds.
—  Je ne vois rien, dit Kennedy apr
ès deux heures de 
recherches.
Au bout de quelque temps, il se tourne vers le docteur et dit :
—  Je vois un groupe de cavaliers qui se d
éplacent rapidement. 
Ils doivent chasser car ils poursuivent quelque chose, un animal,
sans doute.
Il observe 
à nouveau et, quelques minutes plus tard, il ajoute :
—  Ce sont des Arabes. Je les vois tr
ès bien. Ils sont presque 
cinquante. Et leur chef est devant eux. Non, ils ne suivent pas 
une personne, ils la poursuivent.
—  Tu es s
ûr, Dick ?

—  Je ne me trompe pas. C’est bien une chasse, mais une chasse
à l’homme !
—  Une chasse 
à l’homme ! s’exclame Fergusson.
—  Samuel ! Samuel ! dit alors Kennedy, d’une voix tremblante.
—  Qu’est­ce que tu as, Dick ?
—  C’est lui, Samuel ! C’est lui, 
à cheval !
—  Lui ! s’
écrie Samuel.
« Lui » veut tout dire. Ils n’ont pas besoin de dire son nom.
—  Nous allons faire descendre le ballon, dit alors le docteur. Joe
doit nous voir et savoir que nous allons le sauver.
À
 ce moment, Kennedy pousse un cri de d ésespoir.
—  Joe vient de tomber de son cheval, Samuel !
—  Oui, mais il nous a vus ! s’
écrie le docteur. En se relevant, il 
nous a fait un signe.
Joe saute sur un cheval et jette le cavalier 
à terre. Un autre 
cavalier s’approche alors de lui pour le tuer. Heureusement, 
Kennedy le voit et tire sur lui.
—  Samuel, est­ce que tu peux porter dans tes bras cent 
cinquante livres de lest ?
—  Et plus encore s’il le faut !
—  Alors pr
épare­toi  à jeter ce lest d’un seul coup. Mais surtout 
ne le fais pas avant mon ordre, sinon nous ne pourrons pas 
sauver Joe.
Le  Victoria  s’approche de la terre. Le docteur jette par­dessus la
nacelle une 
échelle faite en corde.
—  Joe ! crie le docteur.
Joe, sans arr
êter son cheval, attrape l’ échelle et monte. Au 
m
ême moment, Dick jette le lest et le  Victoria  s’ élève  à nouveau.

Les Arabes poussent des cris de surprise et de colère.
—  Mon ma
ître ! Monsieur Dick ! dit Joe en montant dans la 
nacelle.
Joe est presque nu; ses bras sont en sang et son corps est 
couvert de blessures. Le docteur le soigne et Joe leur raconte ce 
qui lui est arriv
é.

CHAPITRE 10
Le 20 mai, le  Victoria  arrive au­dessus de la ville de 
Tombouctou et, le lendemain, ils se réveillent sur les bords du 
fleuve Niger, pas loin du lac Debo.
—  Encore un nuage ! dit Fergusson.
—  Et un gros ! r
épond Kennedy. Mais ce n’est pas un nuage 
comme les autres, c’est un nuage de sauterelles. Des milliards de
sauterelles vont passer sur ce pays et, si elles descendent, il n’y 
aura plus de v
égétation.
À
 cent pas du Victoria, les sauterelles s’abattent sur un pays 
vert ; un quart d’heure plus tard, lorsqu’elles reprennent leur 
vol, il n’y a plus d’herbe, plus de feuilles sur les arbres...
—  Les habitants de ces pays ne peuvent rien faire contre les 
sauterelles, dit Fergusson. Quelquefois, ils mettent le feu aux 
for
êts ou aux champs pour arr êter le vol de ces insectes, mais ils 
sont tellement nombreux qu’ils peuvent 
éteindre le feu.
Les voyageurs continuent leur voyage. Ils survolent Sego, la 
capitale du Bambarra, et se dirigent vers le nord­ouest.
—  Encore deux jours et nous arriverons au fleuve du S
énégal, 
dit le docteur.
***
Les jours suivants, le  Victoria  n’arrive pas 
à s’ élever dans les 
airs et, pendant plus de cent vingt milles, les trois hommes 
doivent jeter petit 
à petit plusieurs objets plus ou moins utiles. 
Mais le ballon continue 
à descendre.
—  Il est peut­
être d échir é, dit Kennedy.
—  Non, r
épond le docteur, mais il perd du gaz. Jetons tout ce 
que nous pouvons.
—  Mais il ne reste presque plus rien, dit Kennedy.

—  Jetons les couvertures. Elles sont lourdes.
Joe obéit et le ballon s’ élève un peu. Mais peu  à peu il 
recommence 
à descendre.
—  Nous ne sommes pas loin du fleuve, dit le docteur. Peut­
être 
que nous atteindrons le bord. Seulement, pour arriver l
à, il faut 
passer au­dessus d’une montagne et je ne sais pas si nous 
pourrons le faire.
—  Voici la montagne, dit Kennedy. Il faut absolument passer 
au­dessus.
—  Gardons de l’eau pour aujourd’hui et jetons le reste, dit 
Fergusson.
—  Voil
à ! dit Joe.
—  Est­ce que le ballon remonte ? demande Kennedy.
—  De cinquante pieds, plus ou moins, r
épond le docteur. Mais 
ce n’est pas assez.
—  Il faut pourtant passer, dit Kennedy.
—  Joe, j’esp
ère que cette fois tu ne vas pas sauter du ballon. 
Jure­moi que tu ne vas pas le faire !
—  Je ne vous quitterai pas, mon ma
ître ! Je vous le jure.
—  Nous ne sommes pas assez haut, dit le docteur. Joe, jette la 
viande. Et s’il le faut, Dick, jette tes armes.
—  Jeter mes armes ! r
épond le chasseur avec  émotion.
—  Mon ami, si je te le demande, c’est que ce sera n
écessaire.
Le ballon s’approche de la montagne. Joe jette les couvertures 
mais ce n’est pas suffisant.
—  Kennedy ! crie le docteur, jette tes armes ou nous sommes 
perdus !
—  Attendez, monsieur Dick ! dit Joe, attendez !

Kennedy se retourne et voit Joe disparaître au­dehors de la 
nacelle.
—  Joe ! Joe ! crie­t­il.
—  Le malheureux ! dit le docteur.
Le sommet de la montagne a une vingtaine de pieds de largeur. 
La nacelle touche presque le sol, mais elle passe la montagne.
—  Nous passons ! nous passons ! nous sommes pass
és ! crie une
voix.
Cette voix, c’est la voix de Joe. Il est accroch
é par les mains  à la
nacelle et il court sur le sommet de la montagne, enlevant ainsi 
au ballon la presque totalit
é de son poids. Arriv é de l’autre c ôté 
de la montagne, il remonte dans la nacelle.
—  Et voil
à ! Ce n’ était pas plus compliqu é !
—  Mon brave Joe ! dit le docteur.
—  Oh ! vous savez, ce que j’ai fait, je l’ai fait pour sauver le fusil
de monsieur Dick. Je lui dois bien cela depuis qu’il m’a sauv
é des
Arabes.
Kennedy lui serre la main sans dire un mot.
—  Nous allons chercher un endroit tranquille pour passer la 
nuit, dit le docteur.
Le  Victoria  redescend doucement vers une for
êt et Joe accroche 
les ancres 
à un arbre.
À
 deux heures du matin, Kennedy prend son quart. La nuit est 
tranquille. Kennedy, fatigu
é par les derniers  événements, 
s’endort sans s’en rendre compte.
Soudain, quelque chose le r
éveille. Il se frotte les yeux et se 
l
ève. La for êt est en feu !
—  Au feu  ! Au feu ! crie­t­il.
Ses deux compagnons se r
éveillent.

À ce moment, ils entendent des hurlements.
—  Les indig
ènes ont mis le feu aux arbres pour nous tuer ! dit 
Joe.
—  Partons vite ! crie le docteur en coupant avec un couteau la 
corde de l’ancre.
Le ballon s’
élève, laissant la for êt derri ère lui, et se dirige vers 
le S
énégal.
—  Dick, Joe, regardez ! crie le docteur.

Un groupe de cavaliers armés suivent le  Victoria .
—  Ce sont des Talibas, dit le docteur. C’est un peuple cruel. Il 
faut mettre le fleuve entre eux et nous.
Pendant des heures, les Talibas poursuivent le  Victoria .
—  Nous descendons ! crie Kennedy en regardant le barom
ètre. 
Que pouvons­nous jeter ?
—  Jetons toute la nourriture ! dit Fergusson.
La nacelle, qui touchait presque le sol, remonte au milieu des 
cris des Talibas. Mais une demi­heure plus tard, le  Victoria  
redescend.
—  Nous n’avons plus rien 
à jeter, dit Kennedy.
—  Si, r
épond le docteur. La nacelle ! Coupe les cordes de la 
nacelle, Joe. Nous nous accrocherons aux cordes du ballon.
Et le  Victoria , qui vient de perdre ainsi un poids important, 
remonte dans les airs.
Les trois amis, accroch
és aux cordes, arrivent rapidement au 
fleuve.
—  Le fleuve ! Le S
énégal ! crie le docteur. Encore un quart 
d’heure et nous serons sauv
és !
Mais le ballon redescend peu 
à peu car il n’y a plus de gaz. Il 
touche plusieurs fois le sol et finit par s’accrocher aux branches 
du seul arbre qu’il y a.
—  C’est fini, dit le chasseur.
Mais le docteur est pr
êt  à tout faire pour sauver ses 
compagnons.
—  Je n’ai plus de gaz; eh bien, je traverserai le fleuve avec de 
l’air chaud, leur dit­il.

Les trois hommes se mettent au travail. Ils entassent une 
grande quantité d’herbes s èches sous la toile du ballon, puis ils 
mettent le feu.
Il faut peu de temps pour gonfler un ballon avec de l’air chaud. 
Le  Victoria  reprend sa forme ronde.
—  Vite, vite ! crie Kennedy. Les Talibas vont bient
ôt arriver. 
On entend d
éjà leurs cris.
Dix minutes plus tard, le ballon s’envole, au moment m
ême o ù 
les Talibas arrivent. Il traverse le fleuve et redescend de l’autre 
c
ôté.
L
à, surpris et  émerveill és, un groupe d’hommes les regardent 
arriver. Ce sont des officiers fran
çais qui connaissent par les 
journaux le voyage de Fergusson et qui le reconnaissent tout de 
suite.
—  Le docteur Fergusson ? demande un officier.
—  Lui­m
ême, r épond tranquillement le docteur. Et mes deux 
amis, Dick Kennedy et Joe.
***
Ici finit l’
étonnante travers ée du docteur Fergusson et de ses 
compagnons.
—  Notre voyage a 
été bien monotone, r épond Joe,  à tous ceux 
qui lui demandent de raconter la travers
ée de l’Afrique. Et nous 
ne sommes pas morts d’ennui parce que nous avons eu quelques 
aventures comme celles du Tchad et du S
énégal.
X