Julie 8 - Julie et la bête dans la nuit

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Collection dirigée par
Stéphanie Durand

De la même auteure chez Québec Amérique
SÉRIE JULIE Julie et la messe du revenant, Bilbo, 2009.
Julie et le feu follet, Bilbo, 2008.
Julie et la Dame blanche, Bilbo, 2006.
Julie et le Bonhomme Sept Heures, Bilbo, 2005.
Julie et la danse diabolique, Bilbo, 2004.
Julie et le serment de la Corriveau, Bilbo, 2003.
Julie et le visiteur de minuit, Bilbo, 2002.
Un lourd silence, Titan, 2010.
À eur de peau, Titan, 2001, réédition 2010.
Les Secrets du manoir, Titan, 2007.
Le Grand Vertige, Titan, 2004.

Julie et la bête
dans la nuit

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales
du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Latulippe, Martine(
Julie et la bête d(ans la nuit
(Julie
; 8)
(Bilbo


; 187)
ISBN 978-2-7644-128(4-8 (Version imprim(ée)
ISBN 978-2-7644-132(8-9 PDF
ISBN 978-2-7644-191(2-0 EPUB
I.

Rousseau, May. II. Titre. III. Collection
:
Latulippe, Martine. Julie
;
8.
IV. Collection

: Bilbo jeunesse

; 187.
PS8573.A781J823 2011(


jC843’.54

C2011-940682-9
PS9573.A781J823 2011(
Québec Amérique
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MARTINE LATULIPPE
ILLUSTRATIONS : MAY ROUSSEAU
Julie et la bête
dans la nuit
Québec Amérique

À Maélie

-1-
Un été
peu tentant

J’
ai tout essayé, je le jure. Quand mes parents m’ont
annoncé que je passerais encore
une fois l’été au terrain de jeu, j’ai
protesté. J’ai grommelé. J’ai même
pleurniché, je l’avoue, et j’ai crié.
Une Julie en état de panique ! Eh
bien… rien. Aucune réaction de
mes parents, qui se sont contentés
de me répondre d’un ton très
calme qu’ils n’avaient pas le choix
de travailler. Ils ont ajouté que
nous passerions la dernière se -
maine d’août ensemble. Je veux
bien, mais d’ici là ?

J’ai alors affirmé que j’étais
assez grande pour me garder
seule, maintenant. Maman m’a
dit que non. J’ai contre-attaqué
en disant que je pourrais passer
mes journées avec Stéphane,
mon oncle adoré. Papa a dit que
non. Que Stéphane travaillait
aussi et que très souvent il n’était
pas chez lui.
Toute l’année, à l’école, quand
je pensais à mes vacances d’été,
je rêvais de voyager, de vivre des
aventures, de briser la routine, de
me reposer, de faire des activités
spéciales, excitantes, exaltantes !
Pas de jouer au soccer avec les
gars et les lles que je vois chaque
jour de septembre à juin…
J’ai donc tenté le tout pour le
tout. J’ai déclaré :

— Puisque c’est comme ça,
c’est décidé, je fais une grève de
la faim.
Papa et maman n’ont pas dai-
gné me répondre. Je pense même
qu’ils ont souri. C’est ce jour-là, à
18 h 30 exactement, que j’ai entre-
pris ma première grève de la faim.
Je ne mangerais plus jusqu’à ce
que mes parents m’annoncent
qu’ils ont changé d’idée.
Aussitôt ma décision prise, des
images se sont mises à tournoyer
dans mon esprit.
Un croissant chaud avec du
beurre…
Du fromage. Des craquelins.
De la crème glacée aux pa -
canes, fudge et caramel…
Des graines de tournesol
salées.
Une salade de fruits frais faite
maison.

Des biscuits dodus et fondants
sortant du four…
AU SECOURS ! Une Julie
affamée !
N’y tenant plus, je me suis
précipitée vers le réfrigérateur
et j’ai abandonné mon projet.
Il était exactement 18 h 37.
Probablement la plus courte
grève de la faim de l’histoire du
monde. Tant pis. J’irais au terrain
de jeu cet été.
Voilà pourquoi je suis assise
dans le gymnase de mon école
ce matin. Oui, l’école que je fré-
quente toute l’année. Voilà pour-
quoi je suis entourée des élèves
que je côtoie habituellement. Oui,
oui, ceux que je vois toute l’année.
Et voilà pourquoi le professeur
qui se trouve devant nous… Ah,
non ! Là, je me trompe ! Devant
nous, ce n’est pas un professeur

qui se présente, c’est le moniteur
de mon groupe, Alexandre.
— Tout le monde m’appelle
Alex, précise-t-il.
Il semble très dynamique et
vraiment sympathique. L’été ne
sera peut-être pas si pire que ça.
La porte du gymnase s’ouvre
et Dominic, le beau Dominic
qui est dans ma classe et que je
vois avec plaisir tous les jours de
l’année, s’approche de nous en
courant, en s’excusant d’être en
retard. Il m’aperçoit et me lance
un sourire éclatant avant d’aller
s’asseoir à côté de son meilleur
ami, Jacob. L’été sera peut-être
pas mal du tout, nalement !
Alex annonce :
— Pour bien commencer l’été,
j’ai prévu deux activités très
spéciales cette semaine. Mer-
credi, j’ai invité un homme du

coin à venir vous raconter des
légendes…
Oh, oh ! Des légendes ? ! Je me
redresse, soudain à l’affût.
J’adore les légendes ! Je n’en ai
jamais assez ! Mon oncle Steph,
qui est ethnologue, m’en raconte
sans arrêt : le Bonhomme Sept
Heures, la Messe du revenant, la
Corriveau, les feux follets… Je
soupire. J’en connais vraiment
beaucoup. Ça m’étonnerait que
le visiteur m’en apprenne une
nouvelle… Alex continue :
— Certains d’entre vous
connaissent peut-être notre
invité : monsieur Joseph Vézina.
J’ai envie de crier de joie ! Joe
Vézina ! Mon oncle m’a déjà
dit que c’était son modèle, son
inspiration. Joe Vézina est le
meilleur conteur de tous les
environs, selon Stéphane. J’ai

déjà hâte à mercredi… Je me
demande bien quelle légende il
va nous présenter.
— L’autre surprise, poursuit
Alex, c’est que vendredi, nous
irons tous camper, dans le boisé
près d’ici. On fera un souper
extérieur, on montera les tentes
nous-mêmes, on fera un feu et
on dormira là… Ça vous
intéresse ?
Autour de moi, plusieurs
lancent aussitôt un « Oui ! »
enthousiaste. Dominic et Jacob,
tout heureux, se tapent dans la
main. Une fille s’inquiète des
toilettes. Alex répond que l’em-
placement de camping est à
quelques mètres à peine du
terrain de baseball et du centre
communautaire, et qu’on aura
accès au centre. Dominic se
tourne vers moi, l’air ravi :

— On va aller camper
ensemble. Génial, Julie ! Il est
vraiment bien, Alex, hein ?
Bien ? Il est adorable, oui !
Rien de moins !
Des légendes, du camping, le
beau Dominic… j’aurai peut-être
un été plus animé que je le croyais,
après tout. Mes parents ont eu
une merveilleuse idée de m’ins-
crire au terrain de jeu ! Une Julie
emballée !

Une bête
inquiétante
-2-

J’
engloutis mon dîner en trois
minutes et demie. Je suis ravie
d’avoir abandonné ma grève de
la faim. Ma mère m’a préparé mon
sandwich préféré : pepperoni et
fromage suisse. Pourtant, elle
déteste quand je mange des char-
cuteries... Pour que mes parents
m’achètent du pepperoni pour
mes lunchs, pas de doute, ils se
sentent coupables ! Ma grève
aura été courte mais ef cace !
Toutes les équipes du terrain
de jeu mangent dans le gymnase,
aujourd’hui. Le temps est maus-
sade : lourds nuages gris et vent

frisquet. Tout le monde a fini
depuis un bon moment et ça
commence à s’agiter dans la
grande salle quand Alex nous
fait signe de le suivre, à moi et
aux onze autres jeunes de son
groupe. Intrigués, nous lui em -
boîtons le pas et descendons
l’escalier jusqu’au sous-sol, vers
une pièce que je n’avais encore
jamais vue.
— C’est ici que le concierge
range ses balais, ricane Jacob
derrière moi pendant qu’Alex
ouvre la porte.
Hum. Peut-être. N’empêche
qu’aujourd’hui, l’endroit n’a pas
l’air d’un espace de rangement :
il est tout sombre, sans aucune
lumière allumée, sans fenêtre
non plus d’après ce que je peux
voir dans l’obscurité. Au centre,
plusieurs bougies brillent, posées

directement sur le sol. Dans un
coin, un évier, quelques seaux
et une vieille chaise berçante
recouverte d’un tas de couver-
tures. Nous nous assoyons en
rond, autour des bougies. Instinc-
tivement, tout le monde se met à
chuchoter. Des frissons me par-
courent le dos. C’est génial !
— Je vous avais promis une
légende, déclare Alex d’un ton
solennel. Eh bien, vous ne serez
pas déçus !
Un profond silence s’installe.
Tout à coup, une voix grave
nous fait tous bondir :
— La légende que j’vais vous
raconter là me vient de Joe
Violon.
Quelques-uns poussent un
petit cri effrayé : la voix provient
de la berceuse derrière moi ! Je
me retourne : à la lueur des

bougies, j’y découvre avec sur-
prise le vieux Joseph Vézina,
emmitou é dans un long man-
teau noir posé par-dessus son
éternelle chemise à carreaux,
une pipe éteinte entre les dents.
Tout le monde se déplace
pour bien voir Joe Vézina. Une
fois le silence rétabli, le conteur
reprend, visiblement er de son
effet :
— Dans le monde des légendes,
faut toujours être prêt à avoir un
peu peur… Est-ce qu’il y en a
parmi vous qui connaissent Joe
Violon ?
Je réponds tout bas :
— C’était un conteur. Il racon-
tait souvent des légendes qui se
passaient dans les chantiers, je
pense…
Joe Vézina semble étonné. Il
se penche vers moi, mordille sa

pipe, sourcils froncés, et me
dévisage un moment. Un sourire
plisse son visage ridé.
— Tu serais pas la petite nièce
à Stéphane, toi ? Julie, c’est ça ?
Je fais oui de la tête.
— Eh ben, on a de la relève !
Bravo, ma lle ! Une experte en
légendes, à ton âge ! Ton oncle
m’a beaucoup parlé de toi…
Je rougis. Heureusement qu’il
fait noir et que personne ne peut
le remarquer ! En n, Joe reprend
le l de son récit :
— Joe Violon était un conteur
que Louis Fréchette avait souvent
entendu… Louis Fréchette, lui,
c’est un poète bien connu, qui a
publié aussi des recueils de
contes et légendes. Souvent, il
faisait raconter ses histoires par
Joe Violon, un personnage haut

en couleur et un conteur extra-

ordinaire.
Une fille de mon groupe,
Audrey, intervient timidement :
— Euh… je trouve que Joe
Violon, ça ressemble pas mal à
votre nom !
Joe éclate de rire :
— C’est vrai que je l’ai souvent
entendue, celle-là ! Joe Vézina,
Joe Violon… j’étais destiné à
raconter les légendes d’ici, il faut
croire. Puis à vivre toutes sortes
d’aventures, ajoute-t-il plus grave-
ment. Mais on parlera pas de ça
aujourd’hui. Ce que je veux vous
raconter, vrai comme je suis là,
c’est la légende de la Bête à
grand’queue.
J’ai envie de crier de joie ! Je
ne la connais pas ! Je n’ai même
jamais entendu parler de cette
bête ! Une nouvelle légende !

J’aurais envie d’embrasser mon
moniteur, qui a eu l’idée d’inviter
Joe Vézina. Une Julie ravie !
— La Bête à grand’queue, on
l’appelle aussi la Hère. C’est une
bête bien particulière : elle a pas
de mère, pas de père, pas d’enfant.
Elle est n seule de son espèce.
On dit qu’elle est laide, laide à
faire peur. La Hère, elle a des yeux
qui brillent dans le noir, la nuit,
et une très grande queue, ce qui
lui a valu son surnom.
— Vous l’avez déjà vue, vous ?
demande Jacob d’un ton moqueur.
Mais le petit sourire ironique
de Jacob disparaît vite quand Joe
répond en le xant droit dans les
yeux :
— Jamais, mon gars. Puis je
souhaiterais pas ça à mon pire
ennemi. On dit que la Hère
apparaît environ une fois tous les

cinquante ans. Elle a déjà enlevé
une femme dans le coin de
Saint-Antoine-de-Tilly. Son mari
a tout vu, mais il a jamais pu
en parler. Il a perdu la raison,
comme qui dirait. Dès qu’on
abordait le sujet de la Bête à
grand’queue, il se mettait à trem-
bler sans pouvoir arrêter.
Joe fait une pause. Dominic
en pro te pour chuchoter :
— Joe Violon l’a vue, la Bête,
lui ?
— Même pas, mon garçon.
Mais pas loin… Une année, Joe
avait été engagé pour construire
une cage de pin rouge sur la
rivière aux Rats, avec quelques
autres ouvriers. Un membre du
groupe s’appelait Johnny La
Picotte.
De petits rires nerveux fusent
dans la minuscule pièce sombre.

Joe reste bien concentré et pour-
suit son récit :
— Joe Violon trouvait Johnny
bien sympathique et il allait sou-
vent jaser avec lui, le soir, au
bord de la rivière, en fumant la
pipe. Joe avait entendu toutes
sortes de rumeurs sur Johnny
La Picotte. On racontait même
qu’il avait des histoires avec le
diable…
— Quel genre d’histoires ?
demande Alex, qui semble aussi
très intéressé.
— Eh bien, vous savez ce que
ça fait, l’écho ?
— Ça répète ce qu’on dit,
répond Emmy.
— D’habitude oui, fait Joe
Vézina. Mais pas avec Johnny La
Picotte… Il paraît que le soir, il
allait sur la grève et il criait. Au
lieu de répéter ce que disait

Johnny, l’écho répondait à ses
questions ! L’écho criait même
des bêtises… Des gros mots.
Je demande d’une petite voix :
— C’était le diable qui ré-

pondait ?
— On le sait pas, Julie, répond
Joe, mais c’était sûrement pas
l’écho et sûrement pas humain
non plus. Joe Violon était pas un
homme qui se laissait impres-
sionner facilement. Il a pas pris
les commérages trop au sérieux,
jusqu’à un certain jour… Ce jour-
là, il s’est retrouvé à parler des
histoires d’écho avec Johnny La
Picotte… Pile au même moment,
un hurlement effrayant s’est
élevé dans la forêt. Un hurlement
qui couvrait tous les autres bruits
et qui a semblé parcourir les
deux hommes avant de s’en
aller. Joe tremblait et était blême,

on le comprend. Il a demandé à
Johnny ce que c’était. « La Hère »,
a répondu Johnny, bien sérieu-
sement et le plus calmement du
monde.
— C’était la Bête à grand’queue,
murmure Audrey, à côté de moi.
— Joe Violon pensait que oui,
ma lle. C’est sûr qu’il y en a tou-
jours pour dire que non, que La
Picotte était un ventriloque ou
pour trouver n’importe quelle
autre explication. Mais pourriez-
vous me dire, vous autres, si la
Hère existe pas, comment on sau-
rait qu’elle a une grande queue ?
Pourriez-vous me dire comment
on sait qu’elle rôde surtout dans
la forêt et qu’elle apparaît les
soirs d’orage en particulier ?
Personne ne répond. Joe
conclut :

— Si cette bête existe pas, je
voudrais bien qu’on m’explique
pourquoi, dans la forêt, des cam-
peurs disparaissent sans laisser
aucune trace. On n’en entend
plus jamais parler. Ceux qui cam-
paient avec eux se mettent à
trembler dès qu’on leur parle
d’une bête mystérieuse qui rôde-
rait dans la forêt… Ben moi, Joe
Vézina, je dis que c’est pas pour
rien. Ils l’ont vue ou entendue, la
Bête à grand’queue, eux autres,
et ils ont rien qu’une peur : c’est
qu’elle revienne les chercher
aussi. Je peux vous garantir que
ces gens-là, ils retournent plus
jamais faire de camping de leur
vie.
La gorge serrée, je ne peux
pas m’empêcher de penser à
l’activité prévue pour vendredi.
Le camping dans le boisé. Et si

jamais la Hère… ? J’essaye de me
calmer, de me rappeler que ce
n’est qu’une légende. Je n’ai pas
peur. Non, pas du tout. Mais j’ai
quand même un petit pincement
au creux du ventre. Une Julie un
peu stressée, je dois l’avouer.

Questions
sur la Hère
-3-

L
a journée au terrain de jeu est
terminée. Le ciel s’est dégagé
pendant l’après-midi et de légers
rayons de soleil viennent même
me chatouiller les joues pendant
que je rentre chez moi à pied. J’ai
adoré la légende de Joe Vézina !
Quel excellent conteur ! Mais
bon, j’aime quand même mieux
quand mon oncle Stéphane me
raconte une histoire… parce que
quand je suis seule avec lui, je
peux lui poser les mille questions
qui me viennent à l’esprit. Tandis
que cet après-midi, ces mille
questions restent coincées dans

ma tête ! Il faudra que j’appelle
Steph pour savoir s’il connaît la
Hère. À moins que…
Une idée me vient : quand je
rentre à la maison, je dois passer
devant l’église et devant la maison
de Joe. Je me demande s’il serait
fâché que j’arrête lui poser
quelques questions… J’en meurs
d’envie. Je tourne le coin de la rue :
l’église apparaît devant moi, ma -
jes tueuse avec ses larges portes
et ses nombreux vitraux. Et… je
pousse une exclamation joyeuse !
Juste à côté, il y a la maison de
Joe, avec son balcon… et sur ce
balcon, Joe Vézina se berce en
mordillant sa pipe éteinte et en me
regardant, un sourire malicieux
sur les lèvres. C’est trop tentant :
je m’arrête !
— Bonjour, Joe ! J’aurais
quelques questions…

À ma grande surprise, le
conteur éclate d’un énorme rire !
— Ton oncle te connaît trop
bien ! Quand je lui ai raconté que
j’avais rencontré ton groupe au
terrain de jeu ce midi, Stéphane
m’a dit qu’il était prêt à parier
n’importe quoi que tu viendrais
me poser des questions ! Il dit
que chaque fois qu’il te raconte
une légende, tu en redemandes.
Mal à l’aise, je grommelle et je
rougis un peu.
— Bon... eh bien... pfff... Dans
ce cas-là…
— Sois pas gênée, ma lle, au
contraire ! Stéphane et moi, on
est ravis que tu t’intéresses aux
légendes autant que nous.
Rassurée, je m’installe sur la
chaise de bois que Joe me
désigne.

— Qu’est-ce que tu veux
savoir, Julie ?
— Steph m’a appris que, sou-
vent, il existe plusieurs versions
d’une même légende. Je me de -
mandais si c’est le cas pour la
Bête à grand’queue. Est-ce que
l’histoire de Louis Fréchette est
la seule qu’on connaît ?
— Pas du tout, répond Joe
aussitôt. La plus connue est peut-
être même celle d’Honoré
Beaugrand, un auteur québécois
qui a aussi été journaliste et poli-
ticien. Il a même été le maire de
Montréal pendant quelques
années au dix-neuvième siècle !
Honoré Beaugrand. Je retiens
le nom et me promets d’aller
faire des recherches à la biblio-
thèque sur les contes de cet
homme.

— Dans la version de
Beaugrand, c’est un certain
Fanfan Lazette qui rencontre la
terrible bête.
Étonnée, je demande :
— Il a vu la Hère ?
— Presque, murmure Joe en
s’enfonçant confortablement
dans sa chaise, les yeux fixés
dans les miens. Pas tout à fait,
parce que c’était la nuit, mais
presque. On raconte que Fanfan
était un gars bien travaillant,
mais qui aimait fêter et faire à sa
tête. Il ne s’occupait pas trop de
la religion, ce qui était bien mal
vu à l’époque, et il disait jamais
non pour boire un petit coup.
Pressée d’en arriver à la mysté-
rieuse Hère, je demande :
— C’est pour ça qu’il a vu la
Bête à grand’queue ? Parce qu’il
n’allait pas à la messe ?

— C’est ce que tout le monde
a pensé à l’époque, en tout cas.
Toujours est-il qu’un soir, notre
Fanfan s’en va porter des poches
d’avoine à Berthier, en compagnie
du grand Sem Champagne.
Pendant que Sem va voir sa
blonde quelques heures, Fanfan
fait la tournée de ses connais-
sances et boit un verre, puis un
autre, et encore un autre... Finale-
ment, il va chercher Sem, qui a
bu tout autant et qui s’endort
aussitôt qu’il s’assoit dans la
charrette. Fanfan prend la route
du retour, mais un orage éclate…
Je murmure :
— Et la bête mystérieuse
apparaît les soirs d’orage…
— Tu as tout compris, Julie. Il
pleut à boire debout, il vente, les
éclairs déchirent le ciel… Tout à
coup, voilà le grand Sem qui se

réveille et qui se met à crier :
« Regarde, Fanfan ! C’est la Bête à
grand’queue ! » Fanfan se retourne
et qu’est-ce qu’il voit derrière la
charrette ?
Les yeux grands ouverts, com-
plètement prise par l’histoire de
Joe Vézina, je ne réponds rien.
— Il voit deux gros yeux qui
brillent dans le noir, déclare Joe
d’un ton lugubre. Le temps d’un
éclair, il aperçoit aussi une longue
queue qui s’agite. Et il entend un
hurlement terrible dans la nuit,
tout près de lui. La jument de
Fanfan panique et se met à
galoper à toute vitesse. Une
course folle s’engage. Il entend
des pas derrière la charrette. La
bête les suit. Dans un virage, la
jument s’emballe, la charrette se
renverse dans le fossé et notre

homme sent que la Hère est juste
là, tout près.
Le souf e court, je demande :
— Qu’est-ce qu’il a fait ?
— C’est connu, le seul moyen
de se débarrasser de cette bête-
là, c’est de lui couper la queue.
Alors Fanfan a pris son courage
à deux mains, il s’est engagé dans
une lutte terrible avec la bête,
pendant de longues minutes. Il
s’est agrippé à la queue de la
Hère, qui a tenté de s’enfuir.
Mais notre Fanfan s’accroche,
il ne lâche pas prise même s’il
est ballotté de tous côtés, en
pleine tempête, s’égratignant
partout. En n, au bord de la
rivière, il réussit à prendre son
couteau dans sa poche et
SCHLACK ! Il coupe la queue de
la bête, qui s’en va s’écrouler
dans le cours d’eau.

— Fanfan a tué la Bête à
grand’queue ?
— C’est ce qu’il a juré à qui
voulait bien l’entendre, ma lle.
Il a même gardé la queue pour le
prouver : une longue queue
rouge d’environ cinq pieds.
Je ré échis un moment.
— S’il a tué la Hère et qu’elle
est seule de son espèce, alors il
n’y a plus de danger ? Elle n’existe
plus ?
Joe pousse un soupir.
— Ce serait trop simple, Julie.
L’histoire ne s’arrête pas là…
— On a retrouvé le corps ?
— En fait, quelques jours après
la terrible soirée où Fanfan s’est
battu avec la bête, un employé
d’un fermier des environs a
découvert, sur le bord de la
rivière, la carcasse d’un taureau
de son maître qui avait disparu…

et le taureau mort n’avait plus de
queue. Le fermier a demandé à
Fanfan Lazette de le rembourser.
— Oui, mais quand même, les
taureaux n’ont pas la queue
rouge ?
— Il paraît que, juste avant la fa -
meuse nuit, le taureau s’était frotté
contre une barrière rouge fraîche-
ment repeinturée. Astheure, Julie,
pour savoir si c’est la vérité ou si
le fermier cherchait juste à se
faire de l’argent avec son taureau
mort, c’est une autre histoire…
On le saura jamais.
— Donc, vous pensez que la
Bête à grand’queue vit tou
jours ?
— Je suis sûr que la Hère rôde
encore, quelque part dans les
parages, avec ses yeux brillants
puis sa longue queue rouge,
répond Joe d’un ton convaincu.

Si convaincu que j’en ai un
long frisson. On jurerait que Joe
Vézina sait de quoi il parle. Qu’il
est au courant de quelque chose.
Une Julie la gorge serrée.

Comme un
cauchemar
-4-

J
e me réveille en sursaut au
beau milieu de la nuit. Il me
faut un bon moment pour me
rappeler où je suis… Le sol est
dur. Je ne suis pas couchée dans
mon lit. Aucun des objets fami-
liers de ma chambre n’est autour
de moi. Je me redresse. Ça y est !
Ça me revient ! Je suis en cam-
ping avec mon groupe du terrain
de jeu. Je prends ma lampe de
poche, je regarde ma montre. Il
est 3 h 37 du matin. Je me
demande ce qui m’a réveillée.
Un mauvais rêve ? Un bruit ? Un
roulement de tonnerre gronde

dans le ciel, au loin, comme pour
répondre à ma question. Il y a de
l’orage dans l’air. C’est sûrement
ça qui m’a tirée du sommeil.
Je me recouche, m’enroule le
plus confortablement possi -
ble dans mon sac de couchage.
Je me tourne d’un côté. Puis de
l’autre. Et on recommence : un
côté, l’autre, un côté, l’autre. Je
gigote, comme dirait ma mère. Je
n’arrive plus du tout à dormir.
Soudain, je me crispe : un drôle
de bruit vient de retentir à l’exté-
rieur de la tente. Comme un
grondement de bête. Mais peut-
être que j’ai rêvé. Mes parents
me disent toujours que j’ai trop
d’imagination, c’est sûrement ça.
J’essaie de me calmer. Penser
à autre chose. Me concentrer. Je
revois notre arrivée dans le boisé
cet après-midi, Alex en tête,

évidemment. Mon moniteur
marche toujours si vite qu’on a
du mal à le suivre ! Juste avant le
souper, nous avons monté deux
tentes : celle dans laquelle je
suis, avec les cinq autres lles de
mon groupe et une assistante-
monitrice nommée Émilie, et
une autre pour les gars, quelques
mètres plus loin. Nous avons fait
un feu, nous y avons fait cuire le
souper. Du steak haché mélangé
avec plein de légumes coupés, le
tout emballé dans du papier alu-
minium et jeté sur la braise le
temps que ça cuise. Délicieux.
Un nouveau bruit me sort de
mes pensées. Je suis certaine
que je n’ai rien imaginé, cette
fois. Et c’était plus près que tout
à l’heure. Je me recroqueville
dans mon sac de couchage. J’ai un

peu mal au ventre. Essayer de ne
pas y penser. Me changer les idées.
Après le souper, donc, nous
avons fait un grand jeu extérieur,
puis nous nous sommes ras-
semblés autour du feu pour
boire un chocolat chaud et nous
raconter des histoires. Ça n’arrivait
pas à la cheville des légendes de
Steph ou de Joe Vézina, mais
nous nous sommes bien amusés
quand même.
— On arrête les histoires de
peur, a tout à coup déclaré Alex.
Je ne veux pas que vous ayez du
mal à dormir cette nuit.
— Pffft ! On n’est pas des peu-
reux ! a rétorqué Jacob.
— Ni des peureuses, a ajouté
Audrey.
Je n’ai pas aimé le regard
que Jacob a adressé à Dominic
à ce moment-là. Comme s’ils

préparaient un mauvais coup, tous
les deux. La soirée s’est terminée
là-dessus, chacun est allé se
brosser les dents et se préparer
pour la nuit, puis on s’est installés
dans les tentes. Voilà pourquoi
je me retrouve ici, dans mon sac,
si tendue que j’en ai mal aux
épaules.
Le grognement s’élève de
nouveau dans la nuit. Je serre les
poings. Audrey est couchée à
côté de moi. Elle me tourne le
dos. Je chuchote :
— Tu as entendu, Audrey ?
Pas de réponse. Seulement la
respiration lourde des dormeuses
autour de moi. Je dois aller véri er
ce qui se passe. Si je ne fais rien, je
m’en voudrai toute ma vie si
quelqu’un ou quelque chose
menace réellement notre campe-
ment. Ré échissons. Je dois être

brave et courageuse. Le mieux à
faire est d’aller voir dehors et, en
cas de danger, de revenir prévenir
Émilie, l’assistante-monitrice, ou
de crier pour réveiller Alex et les
gars. Voilà. C’est ce que je dois
faire.
Les jambes un peu tremblo-
tantes, je sors de mon sac de
couchage. Je me glisse près de la
porte. J’ouvre la fermeture éclair
le plus discrètement possible. Je
bondis en entendant :
— Non ! Je ne l’avais pas vu…
Arrête !
C’est Emmy, couchée près de la
porte, qui a marmonné. Elle est en
train de rêver. J’attends quelques
secondes qui me semblent inter-
minables. Elle ne dit plus rien…
mais le grognement de la bête
résonne dehors, de même qu’un
coup de tonnerre. Et si c’était la

Hère ? La Bête à grand’queue
venue hanter les campeurs par un
soir d’orage ? Une Julie terri ée ! Je
prends de grandes inspirations. Ce
n’est qu’une légende, une histoire.
Rien de vrai là-dedans. Courage.
Je me fau le à l’extérieur. Je me
dresse devant la tente. Je parcours
des yeux la clairière dans laquelle
nous avons monté les tentes.
Personne en vue. Je ne vois rien
non plus dans les arbres qui
nous entourent. Il faut dire qu’il
fait très noir. L’orage va éclater
d’une seconde à l’autre, j’en suis
certaine. Pas une seule étoile
dans le ciel pour m’éclairer. J’ai
peur. J’ai tellement peur… Je
suis peut-être en train de faire
une bêtise. Je devrais réveiller
nos moniteurs, c’est sûr. C’est ce
que je vais faire.

Au moment où je me penche
pour retourner dans la tente,
j’entends des piétinements venant
des arbres. Comme un bruit de
branches qui craquent. Je gémis.
Je ferme les yeux très fort, puis je
m’oblige à les rouvrir. Allons,
Julie, du nerf ! Je me retourne
vers le boisé, le corps si crispé
que j’ai mal partout. Et c’est alors
que je vois... que je vois claire-
ment… trop clairement… LES
YEUX DE LA BÊTE ! À quelques
mètres de moi, derrière les arbres,
deux points lumineux me xent.
— AAAhhhhh !
C’en est trop ! Je n’ai pas pu
retenir un cri. Je ne peux rien
faire, seule contre la Hère. Je n’ai
même pas de couteau pour lui
couper la queue ! Tant pis, j’aban-
donne ! Je ne suis pas brave, je
ne suis pas courageuse. Une

Julie morte de peur. Je me réfugie
dans la tente à toute vitesse, je
referme la fermeture éclair. Je
tremble de tous mes membres.
Quelques lles remuent dans
leur sac, probablement dérangées
par mon cri. Je retiens mon souf-
e… et il me semble alors que
j’entends, venus de la forêt, tout
près… des rires. Bizarre. Puis,
des bruits de branchages et de
feuilles. Soudain, dans la nuit
noire, des cris terribles s’élèvent.
— AAAAAAHHHHH !
Je n’en suis pas sûre, mais il
me semble reconnaître les voix
de Jacob et Dominic. Ça y est, ils
ont vu la Hère. J’espère juste
qu’ils n’ont pas été enlevés… La
voix grave d’Alex retentit :
— Ça va, les gars ? Qu’est-ce
que vous faites dehors ?
Jacob bégaie :

— On… on a vu… la Bête à
grand’queue ! Et elle…
— Ça suffit, venez dormir,
l’interrompt Alex. Rentrez dans
la tente. Ce n’est pas une heure
pour faire des blagues.
— Ce n’est pas… pas des bl…
balbutie Dominic.
Je n’en suis pas certaine, car
les voix s’éloignent par la suite,
mais je crois que Jacob et
Dominic pleuraient. Ils ont eu
aussi peur que moi. Mais au
moins, personne n’a été enlevé
par cette terrible bête. Jusqu’à
maintenant, du moins. La nuit
n’est pas nie.

Le conseil de
Joe Vézina
-5-

C
e matin, tout le monde semble
d’une humeur massacrante.
Alex ne parle presque pas.
Dominic et Jacob sont déjà repartis
chez eux sans nous aider à
ramasser. J’aurais bien voulu les
interroger sur les événements de
la nuit, mais je n’en ai même pas
eu le temps. Quant à moi, je n’ai
pas pu fermer l’œil de la nuit après
la visite de la Bête à grand’queue.
Il était hors de question que je
dorme, évidemment. Heureuse-
ment, comme c’est samedi, sitôt
les tentes démontées, chacun
repart à la maison. Je rêve déjà

de m’écrouler sur mon lit et de
dormir toute la journée. Une
Julie épuisée par les vacances !
Mon sac à dos sur l’épaule,
mon sac de couchage sous le
bras, je reprends le chemin de la
maison en bâillant. À cette heure,
le terrain de baseball et le centre
communautaire sont déserts.
Rien ne bouge au village. Je
passe devant l’église, puis devant
la maison de Joe Vézina. Je meurs
d’envie d’aller lui raconter mon
histoire, mais il est trop tôt, je
crois. Et si mes parents l’appren-
nent, je me ferai encore gron-
der : ils disent que je devrais
arrêter de m’intéresser aux légen-
des, puisque je passe mon temps
à m’inventer des histoires chaque
fois que j’en apprends une nou-
velle… Mais je n’invente rien,
c’est ce que papa et maman n’ont

pas compris ! J’ai une vie mouve-
mentée, c’est tout !
La porte de la maison de Joe
Vézina qui s’ouvre me tire de mes
ré exions. Le conteur apparaît
sur le balcon, un café à la main.
— Bon matin, Julie !
Je murmure un « Bonjour »
hésitant. Je lui fais part de mon
aventure ou non ? Une Julie par-
tagée. Racontera, racontera pas ?
— Tu m’as l’air bien fatiguée,
déclare alors Joe. La nuit a été
mauvaise ?
On dirait qu’il lit dans mes
pensées ! Ça suf t, je n’ai pas le
choix, l’invitation est trop belle.
Je dois tout raconter ! Je me
lance.
— Je n’ai pratiquement pas
dormi, Joe. J’ai vu… vous ne me
croirez pas, mais j’ai vu la Hère !

À ma grande surprise, contrai-
rement aux autres adultes que
je connais, Joe ne tente pas de
me convaincre que j’ai rêvé ou
tout imaginé. Il est exactement
comme mon oncle Steph ! Il se
contente de prendre calmement
une gorgée de café, de planter
ses yeux dans les miens et de
demander :
— Vraiment ? Tu l’as vue ?
— En fait, je n’ai pas vu la
créature en tant que telle. J’ai vu
ses yeux briller dans la nuit.
— Hum… Tu sais, Julie, il ne
faut pas toujours croire ce qu’on
voit. Nos yeux nous trompent
parfois. Et si…
Joe semble ré échir à ce qu’il
doit dire. Il prend une autre gorgée
de café et poursuit :
— Et si des gars de ton groupe
avaient décidé de vous jouer un

tour et d’essayer de vous faire
peur, disons ? S’ils avaient pris
deux lampes de poche pour faire
croire à des yeux qui brillent
dans la nuit… Tu penses que ça
se pourrait ?
Je revois la scène de la nuit
passée. Les yeux à travers les
arbres… oui, je pense que ça
aurait pu être des lampes de
poche. J’entends aussi dans ma
tête les rires étouffés quand je
suis rentrée à toute vitesse dans
la tente… Ce serait tout à fait le
genre de blague que ferait Jacob,
ça. Peut-être même avec l’aide
de son inséparable ami Dominic.
Grrr… Je sens la colère monter.
— Il ne faut pas leur en vouloir,
poursuit Joe. Je pense qu’ils ont
juste voulu s’amuser un peu. Et
en n de compte, ils ont sûrement
eu encore plus peur que toi.

C’est peut-être eux, nalement,
qui ont vu la Bête à grand’queue…
Je repense aux cris affolés de
Dominic et Jacob, cette nuit.
À leurs yeux cernés et à leur
fuite de ce matin. Ils auraient
donc vraiment vu la Hère,
comme ils l’ont dit à Alex ? Ça se
tient, l’histoire de Joe… Mais je
n’y comprends rien : comment
sait-il tout ça ?
— Tu te demandes sûrement
pourquoi je suis au courant… Je
fais souvent de l’insomnie. On
dirait que plus je vieillis, moins
je dors. J’ai donc pris l’habitude
de m’installer sur mon balcon
très tôt le matin. Tantôt, au lever
du soleil, tes deux amis sont passés
devant ma maison en revenant
du boisé et ils m’ont tout raconté.
Ils étaient vraiment morts de peur…

Il lit dans mes pensées ! Pas de
doute : Joe Vézina est un peu
sorcier !
— Bien moi, je dis : tant mieux
pour eux ! Quand je vois des gars
essayer de faire peur à des jeunes
lles sympathiques, continue Joe
avec un sourire malicieux, des
fois, je pense que ce serait bien
que quelqu’un s’en mêle un peu
et leur rende la pareille…
Joe redevient sérieux. Est-ce
qu’il essaye de m’expliquer que
c’est lui qui a joué un tour à
Jacob et Dominic ? Quand il fait
de l’insomnie, la nuit, est-ce qu’il
va se promener ? Joe ouvre la
porte. Juste avant de rentrer, il
me dit d’un air très grave :
— J’ai juste un conseil à te
donner, Julie : les créatures
comme la Hère, moi, j’ai pour
mon dire qu’il vaut mieux pas

s’en moquer. On les approche
pas, on les provoque pas, on
s’en tient le plus loin possible.
Il disparaît dans la maison.
Songeuse, je reprends la route
vers chez moi. Joe Vézina a beau
dire qu’il n’a jamais vu la Hère,
je trouve qu’il a l’air d’en savoir
très long sur le sujet. Je ne serais
pas étonnée qu’il la connaisse
personnellement.
En tout cas, message reçu : j’ai
bien compris son avertissement.
C’était on ne peut plus clair. Joe
peut être certain que je ne me
moquerai jamais de la Bête à
grand’queue et que je m’en
tiendrai aussi loin que possible
toute ma vie. Du moins, je vais
essayer… Quand il est question
de légendes, j’ai parfois du mal à
contrôler ma curiosité ! Dans ma

tête, je remercie Joe pour son
conseil précieux. Une Julie avertie
en vaut deux !

De la même auteure
SÉRIE MARIE -P
À toi de jouer, Marie-P !, éditions FouLire, 2010.
Au voleur, Marie-P !, éditions FouLire, 2009.
Au secours, Marie-P !, éditions FouLire, 2009.
Chapeau, Marie-P !, éditions FouLire, 2008.
Au boulot, Marie-P !, éditions FouLire, 2008.
Ce qui arriva à Chloé et Mélina un jeudi après-midi, coll. Klaxon, La Bagnole, 2009.
Petit Thomas et monsieur Théo, roman vert lime, Dominique et compagnie, 2007.
Les Orages d’Amélie-tout-court, roman rouge, Dominique et compagnie, 2004.
SÉRIE MOUK Mouk mène le bal !, coll. La Joyeuse maison hantée, éditions FouLire, 2008.
Mouk le monstre, Un record monstre, coll. La Joyeuse maison hantée, éditions FouLire, 2007.
Mouk le monstre, À la conquête de Coralie, coll. La Joyeuse maison hantée,
éditions FouLire, 2006.
Mouk le monstre, Le cœur en morceaux, coll. La Joyeuse maison hantée, éditions FouLire, 2005.
Mouk le monstre, En pièces détachées, coll. La Joyeuse maison hantée, éditions FouLire, 2004.
SÉRIE LORIAN LOUBIER Lorian Loubier, Vive les mariés!, roman bleu, Dominique et compagnie, 2008.
Lorian Loubier, détective privé, roman bleu, Dominique et compagnie, 2006.
Une journée dans la vie de Lorian Loubier, roman bleu, Dominique et compagnie, 2005.
Lorian Loubier, Appelez-moi docteur, roman bleu, Dominique et compagnie, 2004.
Lorian Loubier, grand justicier, roman bleu, Dominique et compagnie, 2003.
Lorian Loubier, superhéros, roman bleu, Dominique et compagnie, 2002.
La Mémoire de mademoiselle Morgane, roman vert, Dominique et compagnie, 2001.
Louna et le dernier chevalier, Les petits loups, Le Loup de Gouttière, 2000.
Simon, l’espion amoureux, coll. Libellule, Dominique et compagnie, 1999.

MARTINE LATULIPPE
Depuis 1999, Martine Latulippe a
écrit pas moins de trente romans,
dont la populaire série Julie portant
sur les légendes québécoises. Réci-
piendaire des prix littéraires Ville
de Québec / Salon international du
livre de Québec 2007 et 2009, elle a aussi eu deux de
ses titres dans le Palmarès Communication-Jeunesse
et trois dans la sélection Hackmatack. Ces recon-
naissances s’ajoutent à une feuille de route déjà bien
garnie, comme en témoignent ses nombreuses nomi-
nations à différents prix et les invitations qu’elle reçoit
pour rencontrer ses lecteurs aux quatre coins du pays.
Photo : © Anaïe Gouffé

Fiches d’exploitation pédagogique
Vous pouvez vous les procurer sur notre site Internet
à la section jeunesse / matériel pédagogique.
www.quebec-amerique.com